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LE DOMAINE TCHADIEN DE RABAH

144 pages
En 1896, Von Oppenheim se retrouvait conseiller à la légation allemande au Caire ce qui lui permettait de rencontrer de nombreux musulmans venus des régions d'Afrique centrale, commerçants ou pèlerins. Les information recueillies auprès de ces témoins lui ont permis d'écrire l'histoire de Rabah depuis son départ du Soudan jusqu'à ses rencontres avec les Français et sa mort, le 22 avril 19000.
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Le domaine tchadien de Rabah
Traduit de l'allemand par Roger Pascal

L'image de couverture est tirée du Calendrier du soldatfrançais de 1939 avec le sous-titre suivant: Conquête de la région du Lac Tchad Mort de Rabah Bataille de Koussouri 1900

Von Oppenheim

Le domaine tchadien de Rabah
Traduit de l'allemand par Roger Pascal

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y 1K9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Collection Racines du Présent dirigée par Alain Forest

Dernières parutions
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cg L'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-0206-6

Préface du traducteur
Le baron Von Oppenheim, conseiller à la légation allemande du Caire, a publié en 1902, à Berlin, un livre intitulé "Rabah und das Tschadseegebiet". Les renseignements qu'il nous donne ne sont pas de première main, ils ne sont pas toujours exacts, ils sont incomplets: l'ouvrage méritait pourtant d'être traduit parce que l'histoire de la région du lac Tchad, avant et pendant la conquête coloniale, n'a jamais été écrite en français en prenant pour fil directeur la fortune d'un seigneur de la guerre africain. Nous ne pouvons enfermer l'aventure de Rabah dans le cadre d'un état africain. Soudan, République Centrafricaine, Tchad, Cameroun, Nigéria, Niger ont vu camper ses troupes, lui ont livré soldats, vivres, esclaves, argent et ivoire. Nous voyons avec Rabah, se faire et se défaire après bien d'autres, un état militaire. Il s'est élevé sur les ruines d'autres sultanats sans que se manifeste jamais un sentiment annonçant le patriotisme. Il y avait pourtant dans cette écharpe de peuples une même civilisation qui reposait sur l'unité de religion, sur un commerce exclusif et important avec l'Islam méditerranéen, sur l'esclavage surtout. L'esclavage fournissait tout à la fois, la main d' œuvre, les soldats, les fonctionnaires, les hommes de confiance des chefs, un moyen de transport, un produit de luxe et un article

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d'exportation. L'esclavage soutenait cette civilisation aussi fermement que la monnaie le monde occidental. C'est un système qui ne pouvait se maintenir que par la guerre d'où l'importance de ces sultans, Lamidos, Alifas, Mbang, Emirs etc. qui étaient avant tout chefs de brigands. C'est par la guerre qu'on raflait esclaves et butin: guerre de surprise, d'embuscades, de rapines, guerre mode de vie, moyen d'expression mais surtout d'exploitation. Les cavaliers portaient le heaume et parfois la cotte de mailles, mais nous sommes très loin des chevaliers chrétiens. Von Oppenheim emploie les mots de vassaux, de suzerain, d'hommage: ils sont impropres. Il n'y a pas dans cette Afrique une pyramide de liens réciproques fondés sur la bonne foi et la morale chevaleresque, il n'y a pas de féodalité, substitut de l'état. Il n'y a que des rapports de force, le prince groupe ses sujets par la contrainte, il ruine de vastes étendues pour se défendre de ses voisins. Ses vassaux sont des esclaves ou presque, le peuple une matière première qui fournit soldats et tribut. Le Coran qui ignore l'Etat national règle les rapports entre croyants. Allah veut le bonheur et la fortune des Musulmans, il permet une morale de maîtres, dure aux vaincus, dure aux esclaves païens. Le sultan enfin est très généralement étranger à ses sujets, il échappe ainsi aux pressions tribales, il peut arbitrer entre les tendances, assurer aussi son pouvoir en les opposant. Von Oppenheim nous montre un empire de Rabah tout hé-

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rissé de troupes disciplinées, instruites, braves, garni de places fortes, de magasins, de camps. Il nous montre les Français s'aventurant, sans cartes, sans réserves, sans liaisons; ils sont une poignée, leur seule supériorité réside dans la portée de leurs armes, faible avantage dans la steppe arborée qui limite les champs de tir. On peut admirer la fortune de ces Européens qui ne furent pas toujours invincibles mais il faut surtout s'interroger sur l'impact de la colonisation qui a créé des Etats séparés par des frontières et non plus par des déserts naturels ou artificiels, qui a dirigé vers l'Atlantique le commerce de ces pays et les a, sauf au Soudan, distraits de l'Islam méditerranéen, colonisation qui a supprimé l'esclavage et réuni sous le même imperium, maîtres du Nord et esclaves du Sud, colonisateurs très faibles, beaucoup trop faibles pour croire à la force. Il est curieux de constater qu'aucun Africain n'a encore tenté de présenter Rabah comme le défenseur de l'Afrique. C'est qu'il était trop Attila pour devenir Vercingétorix. On n'a pas oublié que ses soldats s'abreuvaient plus volontiers dans des calottes crâniennes que dans des calebasses. Mais il faut peut-être voir dans cette attitude le signe d'un grand embarras: le passé n'offre aucun enseignement, il n'y a pas eu une parenthèse de colonialisme; le passé a fait faillite, le peuple a ouvert les bras à l'envahisseur Européen, il a troqué l'indépendance de son pays contre sa liberté personnelle. « Nous ne sommes plus emmenés comme captifs, nous sommes libres de circuler dans le pays, d'acheter des boubous et des fardas. Les blancs commandent le pays et ils sont bons », chantaient les porteurs d'André Gide, au cours de son voyage au Tchad. Si la société africaine entend s'épanouir dans le cadre d'Etats, le passé ne lui sera pas d'un grand secours. Dans un

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contexte de plus en plus urbain et industriel, il importera toujours bien moins que I'héritage technique, politique et culturel de la révolution coloniale.

Roger Pascal

PRÉFACE DU TRADUCTEUR

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Avaut-propos
Il faut compter Rabah parmi les plus hardis et les plus heureux des conquérants des derniers siècles. Ce fut d'abord le serviteur et plus tard le capitaine d'un célèbre négrier soudano-égyptien, Ziber Pacha. Ses campagnes rappellent en bien des points celles de Napoléon. Il soumit les uns après les autres les rois de l'Afrique centrale et renversa des trônes séculaires. En peu d'années, il fonda un empire qui s'étendait des frontières du domaine du Mahdi sur le haut Nil jusqu'au Sokoto, au sud, il atteignait presque le Congo et au nord touchait au Sahara et au Ouaddaï. Le destin de Rabah rappelle par un autre point celui du conquérant Corse: son empire fut de brève durée. En 1894, il fonde sa capitale sur la rive sud du Lac Tchad et très vite il est balayé, battu par les Français. En avril 1900, il meurt sur le champ de bataille. Il ne put trouver un ferme appui chez aucune des populations qu'il avait vaincues. Sa cruauté avait fait haïr sa domination et le puissant ordre religieux des Senoussistes s'était déclaré contre lui 1.

1 En 1882, l'Algérien Mohamed Ben Ali Es Senoussi (1787-1859) prêchait à la Mecque le retour à la pureté originelle de l'Islam. Cette prédication n'allait pas sans activités économiques et politiques, les Turcs et les

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Ulémas de la ville sainte en prirent ombrage et Ali Es Senoussi dut se retirer chez les Bédouins de Cyrénaïque. Chez ces populations arriérées et anarchiques il fonda la confrérie militaire et religieuse de la Senoussia et implanta sa première Zaouïa: en français "Maison Mère". On y rendait la justice, prélevait l'impôt, levait des soldats, assurait l'ordre. Les Turcs n'apprécièrent pas d'être ainsi supplantés et Ali Es Senoussi, s'enfonçant vers le sud, transporta sa Zaouïa à Djaradoub où il mourut et fut enterré. Son fils et successeur El Mahdi accentua encore le caractère politique et commercial de la Senoussia et pour échapper définitivement aux Turcs, installa son siège au centre du désert libyque à Koufra, passage obligé des caravanes d'esclaves et d'ivoire venant des pays du Soudan. Les Senoussistes y fondèrent cinq Zaouïas et toujours maintenant l'ordre, exerçant la justice, faisant payer l'impôt en argent et en prestations, forant des puits, plantant dattiers et oliveraies, percevant des taxes de transit sur les caravanes, levant des soldats, ils se conduisirent exactement comme une puissance colonisatrice. A la mort d'El Mahdi en 1902 la Senoussia rayonnait du Maroc à l'Inde, de Benghasi au lac Tchad où leur poste le plus avancé, celui de Bir Alali, fut la même année enlevé par les Français. Craignant ces derniers, les Senoussistes se résignèrent à accepter la présence à Koufra d'un Gouverneur et de quelques gendarmes Turcs. En 1913 la Senoussia entra en lutte contre les Italiens puis, misant sur la victoire germano-turque, tenta de soulever le Darfour et d'attaquer les Anglais en Egypte et les Français à Tamanrasset. Elle s'était trompée, Ahmed el Chérif neveu et successeur d'El Mahdi voulut traiter, ses troupes l'abandonnèrent, il se réfugia à Constantinople. Son frère Mohamed el Abed reprit le flambeau, mais devant la poussée italienne abandonna Koufra pour se réfugier au Tchad, alors territoire français. Le Gouvernement français lui servit une pension et après la défaite italienne en Afrique du nord son fils Idriss monta sur le trône de Libye. Un coup d'Etat militaire a renversé la dynastie Senoussiste, mais on ne peut actuellement affirmer que le rôle spirituel de la confrérie soit achevé. n.d.t.

AVANT-PROPOS

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L'empire de Rabah s'écroula à sa mort, mais son fils Fadel Allah put regrouper une partie des bandes qui avaient fait sa puissance. Elle se réorganisa vite, selon des méthodes éprouvées et représenta, quelque temps encore, la puissance la plus redoutable des peuples de la région tchadienne. A deux reprises, Fadel Allah parvint à reconquérir l'empire de son père jusqu'au Chari, mais de nouveau refoulé par les Français et poursuivi en zone d'influence anglaise, il fut tué le 23 août 1901. Les vaincus, décimés, à court de munitions et de poudre, se rendirent. C'était la fin de l'empire tchadien de Rabah. L'hinterland de notre colonie du Cameroun par sa frontière nord touche au lac Tchad, elle a joué un rôle important dans les événements suscités par l'élévation de Rabah. C'est sur un sol allemand que Rabah a fondé Dikoa , sa capitale, c'est sur un sol allemand qu'il fut combattu et tué par les Français, c'est à Dikoa et non plus dans la britannique Kouka que réside maintenant le sultan du Bornou et c'est encore sur un sol allemand que vit le prince du Mandara, le plus puissant adversaire que Rabah ait rencontré dans la région du Tchad. C'est pour cela qu'il est du plus grand intérêt pour nous autres Allemands d'être instruits des événements qui se sont déroulés dans la région du Tchad, d'en connaître les prémices et le cours et cela au moment même où, conformément aux traités internationaux, nos propres expéditions progressant vers Garoua sur la Bénoué, atteignent la région tchadienne. Si j'ose entreprendre ce travail c'est que pendant longtemps, j'ai eu l'occasion de suivre les événements qui se déroulèrent en Afrique centrale. En 1894, je me vis confier le commandement d'une expédition lac Tchad dont le point de

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départ devait être Tripoli, lorsque parvint la nouvelle que Rabah avait conquis ces pays et coupé la route des caravanes entre le lac Tchad, Tripoli et l'Europe. Pour ces raisons, je dus repousser cette expédition dont j'avais commencé la préparation puis y renoncer tout à fait. Entre temps un traité avait été conclu avec la France délimitant la frontière orientale de notre colonie du Cameroun. Le Caire est un incomparable poste d'observation sur le monde musulman et les ressortissants des différents états de l'Afrique centrale s'y rencontrent. C'est là que depuis 1896 j'ai pu rassembler des nouvelles de première main sur le développement de la puissance de Rabah et sur les événements les plus récents du lac Tchad. Chaque année arrivent en Egypte, venant de ces régions, des marchands musulmans et de pieux pèlerins sur la route de la Mecque. Beaucoup de ces visiteurs centrafricains poursuivent de sérieuses études à la mosquée El Azar du Caire qui est la plus célèbre université de théologie du monde musulman. D'autres, avant d'entreprendre le long voyage qui les ramènera chez eux, cherchent dans cette riche vallée du Nil à gagner quelque argent. Ils pratiquent un art médical relevant de la magie ou prédisent l'avenir. Beaucoup de ces Centrafricains de mes relations étaient parvenus en Egypte après de longs détours et un voyage qui durait souvent des années. En Afrique, les nouvelles courent vite et les événements qui se déroulaient à l'intérieur du continent étaient souvent connus beaucoup plus tôt en Egypte qu'en Europe. C'est pour ces raisons que je crois pouvoir écrire l'histoire de Rabah et de son fils. Le rideau est tombé et si quelques erreurs de détail ont pu se glisser, l'ensemble est véridique.