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Le jeune antillais face à la migration

168 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 57
EAN13 : 9782296319776
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SAINTE-ROSE Pierre-LevaI

Le jeune

Antillais

face à la migration
Analyse du couple attrait I répulsion dans le phénomène migratoire

Collection:

Regards

Editions CARIBEENNES 5, rue Lallier - Paris ge
Tél. 285-32..34

-

Cet ouvrage a été publié avec le concours: de l'Association Présence du Livre Caribéen; du Centre de Recherches et d'Etudes Caraïbéennes.

-

Illustration de couverture: A. Buzet Photos: J.M. Derouand - N. Silatsa Maquette: Myline

A Monique, A François.

Clarisse et Anaïs.

REMERCIEMENTS Je dois ici adresser de très vifs remerciements à tous ceux qui ont contribué de quelque manière que ce soit à la réalisation de cette étude. A Monsieur Nemouthe, Principal du Collège de RivièreSalée. Aux Professeurs du Collège de Rivière-Salée. A Monsieur le Professeur Marc Barbut, Directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. A Monsieur le Professeur François Raveau, Directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et Directeur du C.R.E.D.A A Monsieur Eric Lepointe, Directeur du Centre d'Etudes et de Recherches Criminologiques à l'Université AntillesGuyane. A Monsieur Marcel Jollivet, Maître de Recherche au C.N.R.S. A Julie Lirus, Jean Galap, Geneviève Coudin, J.-P. Lecoutre, Denise et Monique Potier, collaborateurs au C.R.E.D.A. du Professeur François Raveau.

(Ç) Editions

CARIBEENNES,

1983.

Tous droits de traduction, d'adaptation et de reproduction réservés pour tous les pays. ISBN: 2-90303343-9

PREAMBULE Sur un sujet aussi actuel et qui suscite tant d'opinions, de jugements et même de polémiques, il convenait d'indiquer notre qualité de Martiniquais, nos motivations et nos raisons. Ne serait-ce que pour informer le lecteur du sens de notre recherche et de l'intention que nous avons d'être le plus objectif possible. Notre expérience de militant politique et syndical, les nombreux contacts que nous avons eus à ce titre, nous amènent à constater que le discours critique sur l'émigration n'est guère entendu. L'émigration est une hémorragie pour la Martinique, elle entraînera le vieillissement de sa population, donc la diminution de la population active, disent les uns. Il y a un chômage croissant en Métropole, les conditions d'accueil y sont difficiles pour les émigrants antillais (difficultés de logement, racisme, rigueur du climat...); mieux vaut être exploité au soleil que dans le froid, disent les autres. Et le discours politique sur le changement de statut comme moyen, justement, d'arrêter le départ des jeunes en assurant le développement économique et culturel de la Martinique n'est pas entendu non plus. L'argument du député-maire de Fort-de-France, Aimé Césaire, et du parti politique qu'il préside, le Parti Progressiste Martiniquais (P.P.M.), sur l'existence à la Martinique d'un génocide par substitution a été développé depuis plusieurs années déjà lors des diverses campagnes politiques, et pas seulement à Fort-de-France, avec un succès relatif. Tout au plus, a-t-il conduit au racisme contre les Métropolitains, uniquement, et non contre les « békés» 1, une partie de la population.
1. « Béké.
: blanc créole de la Martinique.

5

Il est vrai que des Métropolitains viennent de plus en plus nombreux en Martinique pour occuper des emplois dans tous les secteurs et à tous les niveaux de l'activité économique. Il y a seulement vingt ans, les Métropolitains qui vivaient en Martinique étaient dans leur presque totalité des fonctionnaires, des gendarmes ou des militaires. Ainsi, devant l'importance quantitative de l'émigration que nous soulignerons plus loin, et la difficulté d'agir sur le courant migratoire, tous ceux qui s'inquiètent du devenir de la société martiniquaise, voudraient connaître le sentiment des Martiniquais sur ce problème, et notamment des jeunes, appelés à être tôt ou tard des émigrants potentiels. D'autre part, notre recherche s'inscrit dans un cadre: le C.R.E.D.A. (Centre de Recherches et d'Etudes des Dysfonctions de l'Adaptation) qui a entrepris des travaux portant sur les migrations antillaises, groupés autour des thèmes de migration et changement social dans leurs rapports avec le phénomène d'adaptation. Les travaux relatifs à l'émigration proprement dite ont été réalisés sur les émigrants en situation d'adaptation en Métropole. Pour les compléter, il convenait d'étudier l'émigration dans le pays d'origine des émigrants, c'est-à-dire en Martinique. Par cette recherche nous espérons contribuer utilement à une meilleure connaissance de l'émigration martiniquaise et aborder le problème de son impact dans le pays de départ.

INTRODUCTION

Nous décrirons brièvement l'émigration martiniquaise vers la Métropole et le contexte politique, économique et social dans lequel elle a pris naissance puis s'est développée. Nous soulignerons ses caractéristiques et ses spécificités. Ensuite nous relèverons les analogies avec d'autres migrations. Nous évoquerons les théories sur les migrations, dans la mesure où elles s'appliquent à l'émigration martiniquaise et permettent de l'expliquer. Nous rappellerons les différentes approches (économiques, psychologiques, sociologiques, etc.) utilisées dans les recherches sur les migrations antillaises. Enfin, nous situerons notre travail parmi les études multidisciplinaires entreprises sur les migrations antillaises par le C.R.E.D.A.
«

Du milieu du XVII.siècle à la fin du XIX.siècle, soit pen-

dant deux siècles et demi, la population des Antilles n'a pu s'accroître que grâce à une immigration massive 1». De nos jours, nous assistons en Martinique au phénomène inverse, à une émigration, plutôt massive des Martiniquais. LE FAIT MIGRATOIRE MARTINIQUAIS: ASPECTS DEMOGRAPHIQUES. Sans pour autant faire œuvre de démographe, nous voulons situer quantitativement la migration des Martiniquais en Métropole dans l'évolution de la population.
1. Y. Peron. La population
tion n° 1966.

des départements

d'outre-mer.

I.N.E.D. Popula-

7

Le jeune Antillais C'est vers 1920-1930 que s'amorce l'explosion démographique que connaît la Martinique dans les années 1950 et 1960. La population va passer de 227798 habitants en 1927 à 320030 habitants en 19672. Le taux d'accroissement annuel de la population demeure supérieur à 10 pour 1000 jusqu'en 19663. Dès 1967, ce taux s'effondre; il descend à 6,9 pour 1000 en 1968, puis à 1,3 pour 1000 en 1972. En 1973, il devient négatif (- 2,3 pour 1 000), puis continue à décroître. Aussi, entre les recensements de 1967 et de 1974, la population ne s'accroît que de 4 802 personnes 4. C'est un renversement de tendance qui s'opère. Il est vrai que dans le même temps, le taux brut de natalité baisse. Il passe de 30,9 pour 1000 à 22,5 pour 1000 s. Il demeure toujours élevé en 1974 où l'on enregistre à la Martinique 7317 naissances contre 9877 en 19676.

TABLEAU N° 1 EVOLUTION DE LA POPULATION TOTALE DEPUIS 1664
Source LN.S.E.E.

ANNEE 1664 1701 1734 1751 1789 1831 1853 1861 1867 1876 1886 1894 1901 1905

POPULATION 4505 24 298 66 595 79517 83 454 1099]6 129681 135991 153334 161995 174863 187592 203781 182024

ANNEE 1910 1921 1927 1931 1936 1946 1951 1954(R) 1961(R) 1967(R) 1974 1978 1980

POPULATION 184004 244 439 227 798 234 500 246 712 210000 226 500 239 130 292 062 320030 324 832 315 685 308169

2. Voir tableau 1. 3. Voir tableau 2. 4. Voir tableau 1. 5. Le taux brut de natalité du nord: 18.5 pour 1 000. 6. Voir tableau 2.

métropolitain

le plus élevé est celui

de la région

8

face à la migration
De ce fait, l'accroissement naturel7 est de 51871 personnes entre 1967 et 1974. En 1975, la Martinique aurait pu compter 370052 habitants, si l'on ajoute l'accroissement naturel à la population estimée au 1er janvier 1967. Or, à cette date 8, la Martinique n'a que 324 588 habitants. Il y a une différence de 45 564 personnes qui ne peut donc s'expliquer que par l'émigration, soit en moyenne de 5 695 migrants par an. Le chiffre annuel des Martiniquais qui émigrent en Métropole est difficile à connaître avec précision. D'abord, parce que tous ceux qui quittent la Martinique ne vont pas en Métropole. Ensuite, il y a aussi des Métropolitains qui laissent la Martinique chaque année 9. Il existe une assez forte population métropolitaine à la Martinique, à laquelle on peut d'ailleurs attribuer une partie non négligeable des naissances qui entrent dans l'accroissement naturel. Le solde des mouvements de passagers français aux frontières n'est guère précis car il englobe tous les mouvements de voyageurs et ne fait pas la distinction entre Martiniquais et Métropolitains. Néanmoins, l'évolution du solde migratoire des entrées et des sorties et du solde migratoire, perspective ajusté, donne une indication suffisante sur l'importance quantitative de l'émigration martiniquaise. L'ampleur du phénomène migratoire est indiscutable. Aussi, nombreux sont ceux qui rendent l'émigration responsable de la baisse de la population et de son «vieillissement». Nous pensons que cette opinion est en partie fondée. Depuis 1973, le solde migratoire, perspective ajustée, dépasse l'accroissement naturel chaque année 10. Il s'en suit un accroissement annuel négatif et donc, une diminution de la population d'année en année. Remarquons que l'augmentation du solde migratoire s'accompagne d'une baisse importante du taux de natalité 11.La chute de la natalité est due à la régulation des naissances «réussies» 12 mais aussi à «l'émigration des jeunes dans la tranche d'âge à forte fécondité et également à la chute de la fécondité» 13.
7. L'accroissement naturel est égal à la différence entre les naissances et les décès. L'accroissement annuel tient compte du solde migratoire. 8. 1er janvier 1975. 9. Fonctionnaires dont le séjour se termine. 10. Voir tableau 2. U. Idem. 12. M. Yoyo. Un exemple de la confrontation de la mentalité traditionnelle et du changement social, p. 1. 13. Idem p. 3.

9

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PREMIERE PARTIE
PROBLEMATIQUE, HYPOTHESES, METHODE

A. I. -

PROBLEMATIQUE ET HYPOTHESES

PROBLEMATIQUE.

Pour éclairer les développements sur la problématique et les hypothèses qui sous-tendent notre recherche, il est utile

de préciser ici que l'étude des

«

représentations de la migra-

tion chez des enfants de 11 à 17 ans en milieu rural» a été faite à l'aide d'une enquête par questionnaire; que la population de l'enquête est constituée par des élèves d'un collège du Sud de la Martinique, celui de Rivière-Salée.

1. -

Les représentations.

Le mot « représentation» n'a pas ici le sens qu'on lui attribue en psychologie, ou en psychologie sociale. Il ne s'agit ni de perception ni de représentation sociale. Il désigne simplement les idées, les opinions ou les jugements que les enfants ont sur la migration. Nous employons quelquefois le mot « image» dans le même sens que « représentations ».

2. -

Le choix des sujets.

Les jeunes Martiniquais de 11 à 17 ans sont des migrants potentiels, parce que la migration vers la Métropole touche surtout les jeunes de 16 à 25 ans pour lesquels le taux de non-emploi, en Martinique, est de 71 % aussi bien pour les garçons que pour les filles 14. « L'arrivée sur le marché du travail des jeunes se fait principalement entre 16 et 25 ans; or, ces âges correspondent aux effectifs d'émigrants les plus élevés: la migration nette entre ces âges représente environ les 2/3 de l'émigration nette totale. La stabilisation appa14. Voir plus haut. 11

Le jeune AntlIais rente du chômage pourrait s'expliquer par l'émigration massive des jeunes; les générations qui sont arrivées sur le marché du travail entre 1967 et 1974 ont perdu 40 % et plus de leurs effectifs en sept ans» 15. La population de notre enquête, surtout les sujets les plus âgés, est proche du moment où elle émigrera vers la Métropole. Aussi, nous a-t-il semblé intéressant d'étudier chez ces enfants les facteurs de l'élaboration de la décision d'une migration éventuelle.

3. -

Les variables explicatives.
de distinguer

Parmi les jeunes de 11 à 17 ans, il convient trois groupes: - les pré-adolescents, de 11 et 12 ans; - les adolescents de 13, 14 et 15 ans; - les adolescents de 16 et 17 ans.

. Les pré-adolescents: ne connaissent guère le vocabulaire abstrait; néanmoins, ils peuvent répondre à des questions simples. Ces enfants auront tendance à proposer des réponses provenant de leur entourage ou de leur milieu. Une différence dans les réponses des garçons et des filles pourra apparaître du fait d'une plus grande opposition de celles-ci à l'ensemble de la société adulte, exprimant par là

leur « désir d'affirmer leur hostilité, leur rébellion»
est dû à une maturité les garçons. plus précoce

16.

Ceci

chez les filles que chez

Les adolescents de 13 à 15 ans: sont ceux qui font le plus preuve de négativisme, d'instabilité et de turbulence dans le milieu familial comme dans le milieu scolaire. C'est d'eux qu'il faut attendre le plus de jugements négatifs. Avec cependant des incohérences du fait qu'ils demeurent impressionnés par le monde social adulte qui les attire, mais qu'ils connaissent mal. Les adolescents de 16 et 17 ans: s'opposent eux aussi aux adultes, à leur société. Toutefois, « la crise d'opposition ne se joue pas seulement à l'égard des personnes, mais également par rapport aux valeurs que ces personnes ont pré15. I.N.S.B.B. Martinique. Démographie et emploi en Martinique. Btudes et Documents n° 1. p. 2. Informations disponibles en 1976. 16. A. Percheron. L'univers politique des enfants, p. 218. 12

.

.

face à la migration
sentées jusqu'ici. Elles sont perçues surtout comme des émanations de l'autorité et, à ce titre, deviennent suspectes. Le fait de les reconnaître serait perçu comme une dépendance» 17. C'est la revendication d'une certaine indépendance. L'adolescent de cet âge réfléchit, il est capable de «construire des théories et de se préoccuper du choix d'une carrière qui corresponde à une vocation et qui lui permette de satisfaire ses besoins de réformation sociale et de création d'idées nouvelles» 18. Aussi les réponses techniques ou descriptives des adolescents de ces âges seront-elles plus J'ombreuses. Notons, ici encore, des différences à prévoir litre les réponses des garçons et des filles. «L'empreinte p~'entale se maintient avec plus de persistance chez les jeunes filles... Dans leur comportement, les adolescentes se montrent plus plastiques, plus conformistes, plus influençables; le "qu'en dira-t-on" a plus de prise sur elles... Elles sont souvent plus scrupuleuses dans l'accomplissement de leurs tâches, plus soigneuses dans leurs travaux. Ceci explique la supériorité moyenne de leurs résultats dans les classes mixtes d'enseignement secondaire» 19. Ainsi, il existe selon les psychologues Deconchy, Hotyat, Inhelder et Piaget, des différences d'attitude notables selon l'âge et le sexe, à l'intérieur de la classe d'âge que nous avons considérée. Nous pouvons donc émettre l'hypothèse que les jeunes de 11 à 17 ans ne constitueront pas, dans la connaissance qu'ils auront et dans les jugements qu'ils porteront sur la migration, une population monolithique. Nous retiendrons donc l'âge et le sexe comme variables explicatives. D'autre part, les adolescents sont sensibles à l'inégalité sociale, qu'ils ressentent. Elle «influence défavorablement la sensibilité de l'enfant» dit G. Mauco. La situation matérielle de la famille et le comportement de ses parents, qui en découle, n'échappe pas à l'enfant. Il nous faudra tenir compte de cet aspect, d'autant plus que le collège où nous avons réalisé notre enquête se trouve situé dans une commune rurale où l'inégalité sociale est grande. Près de 70 % de la population active agricole est composée d'ouvriers agicoles, souvent saisonniers, en raison des activités prati17. Deconchy I.-P. Le développement psychologique de l'enfant et de l'adolescent. 18. Piaget J. et Inhelder B. La psychologie de l'enfant, p. 120. 19. Hotyat F. Psychologie de l'enfant et de l'adolescent, p. 177. 13

Le jeune Antillais quées (canne à sucre et banane). Nous retiendrons aussi le revenu des parents comme variable explicative. La commune de Rivière-Salée est un «centre-bourg» rural. Cette commune se trouve au contact des régions du Centre et du Sud de la Martinique. C'est une commune de plaine, essentiellement, mais dont les bords sont des «mornes» 20 où se trouvent la plupart des «campagnes» 21, dixhuit au total. Un village se trouve dans la plaine, le village de Petit-Bourg. La commune de Rivière-Salée comptait au recensement de 1974, 7020 habitants, dont 1837 au CentreBourg et 5183 dans les campagnes. Elle s'étend sur 3938 hectares. C'est bien une commune rurale puisqu'elle se caractérise par l'ensemble des traits constitutifs de la ruralité : - 26 % des habitants résident au bourg et 74 % dans les
« campagnes» ;

- sur 3 938 ha, 2 927 sont destinés 2 458 sont effectivement utilisés;
l'activité agricole concerne 2404

à l'agriculture,
personnes 22, soit

dont
plus

du tiers de la population totale. Les cultures pratiquées sont, dans l'ordre: la canne à sucre (1038,86 ha), les cultures maraîchères et vivrières et les jardins (142,87 ha), la banane (127,51 ha), les vergers (20,85 ha). On y pratique aussi l'élevage, bovin surtout, sur 963,61 ha. Notons qu'en 1974, les exploitations agricoles de la commune produisaient 62851 tonnes de canne à sucre (troisième rang des productions des communes). Ces cannes ne sont plus broyées à l'usine de Rivière-Salée qui a fermé ses portes. La commune de Rivière-Salée est une région de contrastes: 28 exploitations de plus de 10 ha totalisent 2143 ha, et 597 exploitations de moins de 3 ha, juchées sur les mornes, 529 ha. Ces petites parcelles appartiennent à des ouvriers agricoles qui tirent l'essentiel de leurs revenus monétaires du tavail salarié sur les grandes exploitations des environs. Nous avons donc jugé bon de retenir la résidence comme variable explicative. Les activités du bourg sont celles d'un centre administratif et commercial. La population de la commune a diminué d'environ 500 habitants entre 1961 et 1974, alors que pendant cette période le taux de natalité est demeuré élevé. Des communes voisines,
20. Morne: petite hauteur, colline. 21. Campagnes: hameaux. 22. I.N.S.E.E. Martinique. 14

face à la migration
Ducos, Saint-Esprit, Sainte-Luce ont vu leur population augmenter dans la même période. La crise de l'industrie sucrière est certainement responsable de cet exode, qui a dû aussi alimenter l'émigration. Nous avions retenu d'autres variables explicatives: le niveau scolaire, le phénotype, le métier envisagé, les études prévues, la structure de la famille, la composition du couple parental, le nombre de frères et sœurs, le rang dans la fratrie, le nombre de migrants connus, leur parenté avec l'enquêté, le caractère (prestigieux ou modeste) de leur occupation, le nombre de ceux de moins de 25 ans. Ces variables, qui ne sont pas dénuées d'intérêt, n'ont pas fait l'objet de croisements avec les variables à expliquer. Elles seront un complément d'information dans la structure de la population. Certaines d'entre elles apparaîtront dans les résultats de l'analyse factorielle des correspondances.

4. -

Les variables dépendantes.

Il s'agit de savoir: - si les enfants connaissent la migration; - par quels moyens ils la connaissent; - comment ils la jugent; - s'ils envisagent de partir: leur projet.

. Les enfants connaissent-ils la migration? Un élément
important pour évaluer les possibilités qu'ont les enfants de connaître la migration sera le lien avec un migrant et sa nature. Une enquête que nous avons effectuée il y a plusieurs années déjà, nous permet de penser que tous les enfants, ou presque ont de la famille en Métropole. Cette enquête portait sur 372 élèves de collège qui provenaient de 14 classes de différents collèges (trois au total). A partir du résultat de cette enquête, qui consistait à connaître le nombre de migrants par famille, nous avons calculé un taux de migrants par famille qui est égal au rapport: nombre de migrants total des familles concernées

nombre

de familles

Nous avons obtenu un taux de migrants par famille de 1,91 en milieu rural, et de 1,5 en milieu urbain (quartier populaire). 15

Le jeune. Antillais

TABLEAU N° 2 NOMBRE
Milieu d'implantation du collège rural urbain total

DE MIGRANTS
l'<ombre d'élèves 318 54 372 Nombre d'enfants famille 7). 7

PAR FAMILLE

23

Nombre de migrants 153 15 168

Nombre Taux de familles de migrants concernées famille 80 10 90 1,91 1,50

Par quels moyens les enfants connaissent-ils la migration? : d'abord par les témoignages des migrants qu'ils connaissent, que ces migrants appartiennent ou non à leur famille; par les lettres qu'ils écrivent, par les souvenirs qu'ils évoquent quand ils reviennent en vacances ou définitivement. La connaissance de la migration par les enfants se fait aussi grâce aux conversations de leur entourage. Vu le nombre de migrants en Métropole, il ne serait pas étonnant que leur vie alimente bon nombre de conversations. La connaissance des enfants se fait aussi par les média (radio, télévision, journaux) qui existent sous une ou plusieurs formes dans toutes les familles. Bien entendu, ce n'est pas un moyen privilégié de connaître la migration, car cet aspect de la société martiniquaise est peu évoqué à la radio et à la télévision, bien plus abondamment dans les journaux, quelles que soient leurs orientations. Enfin, par les livres. Les enfants qui ne lisent guère cependant peuvent avoir connaissance de l'expérience des migrants 24.Les chansons à la mode évoquent assez souvent la vie des migrants, en termes plutôt humoristiques. Les enfants les connaissent et les fredonnent.

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les enfants peuvent-ils juger la migration? : Ils la jugent d'abord à travers les témoignages des migrants qui parlent certainement de leurs problèmes dans leurs lettres. Quels peuvent bien être ces problèmes? Des problèmes de travail (rythme, cadence, emploi, chômage), d'installation (logement), d'acclimatation (climat, santé), de relations (racisme, amis), de déplacement (transport). Les

. Comment

23. Nous tenons à préciser que, compte tenu de l'échantillon de population à partir duquel il a été calculé, ce taux n'est pas applicable à l'ensemble des familles martiniquaises. 24. F. Ega. Lettres à une noire.

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