//img.uscri.be/pth/4e100accb1b830d7372398adea7e404d5d254b8c
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 12,60 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

LE JUDAÏSME À PLUS FORTE RAISON

De
208 pages
Dans cet ouvrage, l'auteur a rédigé un certain nombre de textes où il propose ses réponses à certaines grandes questions qui se posent au judaïsme actuel. Sur quoi se fonde le fait d'être juif ? Quel est le sens profond du " Chabbat " ? Pourquoi une telle fête ? Quel est le statut de la femme dans le judaïsme ?… Pour appuyer ses points de vue, à l'Ancien Testament et au Talmud dont il fait une lecture fondée sur une logique de bon sens et le respect des textes.
Voir plus Voir moins

Le judaïsme à plus forte raison

~L'Hannattan, 1999 ISBN: 2-7384-7566-3

Hubert HANNOUN

Le judaïsme à plus forte raison

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADAH2YIK9

DU MEME AUTEUR

L'attitude non-directive de C. Rogers - Paris - ESF 1972
Ivan Illich ou l'école sans société

- Paris - ESF - 1973

La fonnation des maîtres (en coll.) - Paris - ESF - 1973
A la conquête du milieu - Les activités d'éveil à l'école élémentaire - Paris - Hachette Les conflits de l'éducation En classe, que faire? L'éducation naturelle

- 1973

- Paris

ESF

- 1975

- Paris

- Hachette - 1977

- Paris - PUF - Pour - 1987

- 1979

L'école toujours improvisée Les ghettos de l'école Paris ESF

- Paris - ESF - 1979
une éducation interculturelle

-

-

Paradoxe sur l'enseignant

- Paris - ESF - 1989

Pour une philosophie de l'éducation - S/dir. H.Hannoun et A.M. Drouin - Paris/Dijon - CNDP - 1994

Comprendre l'éducation
l'éducation

- Introduction

à la philosophie

de

- Paris - F.Nathan - 1995

Anthologie des penseurs de l'éducation
Les paris de l'éducation

- Paris -PUF - 1995 -

- Paris - PUF - 1996 -

Le nazisme, fausse éducation, véritable dressage Presses Universitaires du Septentrion Lille 1997

Lettres à Benjamin - Visages de la judéité actuelle Editions Honoré Champion - 1998

Paris

A mes petits-enjcmts
Céline, Yann, Arthur et Laura, ces pensées sur un monde aux couleurs d'amour et de raison oùje souhaite qu'ils grandissent

Dans les textes qui suivent, nous avons volontairement mentionné le Pentateuque et le génocide antisémite nazi en transcrivant les termes de "Tora" et de "Shoa", Cette orthographe peut, certes, se discuter si l'on tient compte de celle utilisée en hébreu. Pourtant, il nous a semble que de tels mots occupent, à notre époque, un espace sémantique tel qu'ils appartiennent désormais à un vocabulaire international, Cela nous a autorisé à utiliser pour eux, à l'intention d'un public de langue française, une orthographe phonétique française,

INTRODUCTION

Du mois d'octobre 1997 au mois de Juillet 1998, le quotidien de Marseille "La Provence" a publié, dans le cadre d'une chronique hebdomadaire "Visages du Judaïsme" (qui se poursuit encore actuellement), une série d'articles sur la situation et les problèmes à la fois idéologiques et pratiques que connaît la communauté juive en France actuelle. Ces articles portent sur différents domaines:

- Structure
- Fêtes

de la communauté juive française actuelle juive

et célébrations de la vie communautaire propres au judaïsme

- Les comportements

- Les

problèmes sociaux actuels appréhendés dans l'optique du judaïsme

Ce sont ces articles qui composent cet ouvrage.

Les interprétations du judaïsme qu'ils expriment reflètent évidemment l'approche de leur auteur qui présente ses analyses comme un des points de vue possibles sur les questions soulevées et souhaite qu'ils soient l'occasion d'échanges ainsi que cela a pu se faire, jusque là, avec ses lecteurs de "La Provence". Marseille le 20 Août 1998

7

LA COMMUNAUTE JUIVE CONTEMPORAINE
Signification globale de la communauté juive actuelle 18.09.97

LA LUMIERE D'UN DIAMANT
Désormais, "La Provence" présentera, chaque jeudi, une chronique sur la communauté juive de France et de notre région en particulier. L'idée me paraît judicieuse et pourrait être féconde. Mais, déjà, son annonce est source d'interrogation. Je viens d'écrire la communauté juive. N'existe-t-il qu'une communauté juive en France? Parmi les milliers de personnes qui y vivent - aucune étude sérieuse n'a jusque là été possible pour en déterminer précisément le nombre et qui se disent (ou sont dites) juives, que de points communs, sans doute, mais que de différences aussi! Quel sociologue, j'ai envie de dire, quel magicien saura déceler avec précision ce qui les rassemble et ce qui les distingue? La communauté juive présente tous les caractères symbolisés par la ménorah. ce chandelier à sept branches éclairé durant la période de Hanouca, chaque année. Il est fait d'un tronc unique, commun à tous, d'où partent plusieurs branches, plusieurs façons d'exprimer sa judéité dans tous les domaines de l'existence, pratiques quotidiennes, comportements sociaux, culturels, religieux, etc.

-

Un tronc commun enfoncé dans l'histoire

J'ai fouillé la réalité de la communauté des Juifs pour y rechercher ce qui les rattache, de quoi est fait le tronc de cette ménorah qui les symbolise si bien. Je crois y avoir trouvé des situations attachées à leur histoire. Un Juif actuel, quelles que soient sa situation matérielle, ses options politiques ou culturelles, ses orientations religieuses, réagit d'une façon

9

spécifique, comme juif, à la Shoa. au génocide nazi. Je crois que les Juifs actuels se sentent tous, plus ou moins confusément, les enfants de ce génocide. De là, je crois voir, entre eux, un autre lien. Par delà le comportement politique de l'Etat d'Israël, son existence provoque en eux une réaction elle aussi spécifique que l'on trouve plus rarement chez les non-Juifs. Mais, à part ces deux constats, je n'ai trouvé ni dans leur histoire, ni dans leurs conditions de vie matérielle, ni leurs choix politiques, ni dans leurs pratiques religieuses des points communs qui ne soient, souvent, largement couverts par des points de divergence. Une histoire aux sources diverses Les Juifs de la communauté française trouvent leur origine historique en trois points différents. En simplifiant quelque peu la question, je rappellerai, ici, les origines des Juifs ashkénazes venus d'Europe centrale, ceux venus de la région des Balkans (Turquie, Grèce...) enfin, et, actuellement les plus nombreux à Marseille, les Juifs venus du Maghreb, les sépharades. Chaque groupe a ramené avec lui certains éléments de sa culture d'origine, rituels culinaires, pratiques langagières, etc. Le Gefeltefish ashkénaze n'a rien de commun avec le couscous algérien ou marocain. Le yiddish demeure encore pratiqué en milieux ashkénazes. le judéo-espagnol et le ladino chez les Juifs originaires des Balkans et le judéo-arabe chez les Juifs sépharades. Si cette disparité n'est pas toujours source de conflits, elle est à l'origine de différences de comportements. Au plan matériel, des savetiers et des financiers La communauté juive, à l'instar des autres communautés, a, pour reprendre la vieille image du bon La Fontaine, ses savetiers et ses financiers, ses pauvres et ses riches. L'image exclusive du Juif repu est celle des fantasmes antisémites. Il n'est besoin, pour s'en convaincre, que d'apercevoir les efforts que la communauté juive fournit, chaque année, à l'époque de la "tsédaka" durant laquelle une vaste collecte est organisée pour venir en aide à toutes les bouches trop ouvertes de faim, à tous les corps trop 10

peu vêtus, à tous les enfants privés du soleil des vacances. Mais il est vrai, bien sûr, que d'autres personnes parmi les Juifs, comme en toutes les autres communautés, ont su faire fructifier leurs activités pour être à l'abri du besoin et, parfois, venir en aide aux autres. Notre société globale est ainsi structurée. Pourquoi voulez-vous que la communauté juive échappe à cette structure? Un échantillon de l'éventail national Au plan politique, les études réalisées à l'occasion d'élections nationales ont révélé que la communauté juive française présente le même visage que l'électorat national. Cela n'est pas pour nous étonner, les électeurs, voire les militants juifs se partagent entre les grandes familles politiques françaises de droite comme de gauche. On se rend parfois dans les mêmes synagogues, mais on ne glisse pas toujours les mêmes bulletins de vote dans l'ume. C'est bien la morale de la Tora que l'on préconise, mais on en projette l'image tantôt sur Chirac, tantôt sur Jospin. Il demeure pourtant, une spécificité de l'électorat juif touchant à son attitude face au front national, vis à vis duquel ses réticences sont particulièrement soulignées. La communauté juive considère que la shoa n'est pas un "dé~il de l'histoire". Mais, hormis cette spécificité, rien ne la distingue réellement des autres communautés de la nation française. Au plan culturel: un patchwork multicolore Il est peu probable qu'existe à travers le monde un seul groupe socioculturel qui présente le visage d'une homogénéité parfaite, d'une uniformité sans failles des idéaux et des pratiques de vie. La communauté juive n'échappe pas à ce constat. Mais, direz-vous, les Juifs n'ont-ils pas en commun le respect des règles de la Tora, les mitsvot ? Si nous regardons pourtant autour de nous, ce terme de commun bourdonne à nos oreilles comme le bruit assourdissant d'une erreur de taille. Car, il y a,
dans la communauté juive

- comme

dans les autres

communautés

-, au plan religieux, des pratiquants et d'autres qui le sont moins Il

ou pas du tout. Il y a ceux qui respectent scrupuleusement les impératifs du chabbat. et ceux pour qui il est toujours des "accommodements avec le ciel" comme dirait le grand Molière. Il y a ceux qui observent scrupuleusement les règles de la cacherout sur l'alimentation et ceux qui l'accommodent au gré de leurs pulsions gastriques du moment: on ne consomme pas de porc, mais, le cas échéant, on résiste mal à une paella aux moules par trop tentantes! Il y a ceux qui sont assidus à l'office chabbatique dans une synagogue où ils ont une place assignée ; et il y a les autres qui n'y mettent un pied furtif qu'en fin d'office le yom kippour. Et puis, par delà les différences individuelles de pratique religieuse, il existe, au sein de la communauté juive française, des courants que l'on trouve au sein de toutes les autres communautés juives dans le monde. A côté de ceux qui adhèrent au judaïsme orthodoxe qui, en France, est l'orientation du grand rabbinat et du consistoire central, certains Juifs se réclament de la synagogue libérale, d'autres du courant loubavitch ou du courant réformé, ou encore du courant des Juifs libre-penseurs, voire d'un judaïsme dit humaniste. Peut-on rejeter hors de la communauté juive ceux qui n'observent que peu ou pas les impératifs du chabbat ou de la cacherout ? Les non-pratiquants voire les athées? Je ne le crois pas et personne n'est tenté de le faire au nom des enseignements du Talmud qui nous apprend que (Sanhédrin 44a) même s'il a péché, il - le fauteur - reste membre du peuple d'Israël. Ainsi, pratiquants et non-pratiquants, Juifs orthodoxes et Juifs libéraux, Juifs croyants et Juifs non-croyants sont tous juifs à part égale. La communauté c'est l'ensemble qu'ils forment avec leurs ressemblances et leurs divergences

-

Un diamant à mille facettes Le singulier qui marque l'expression de communauté est donc singulièrement pluriel. La communauté juive n'est pas un bloc uniforme, unicolore, présentant sur toutes ses faces la même froide unicité. Je voudrais la comparer à un diamant si finement taillé qu'il laisse apparaître mille facettes, chacune étincelant 12

d'une lumière particulière, mais toutes participant à faire plus grande la même clarté, comme les couleurs de la lumière solaire, dans leur différence, participent à lui donner son unique luminosité.

13

Les comportements

des Juifs face à leur judéité 09.10.97

LES TROIS VISAGES DE LA COMMUNAUTE
La période que nous traversons est, pour les organisations communautaires de tous crins, celle des reprises d'activités socioculturelles. Les réunions se succèdent avec leur cortège d'assemblées générales, d'élections, d'élaborations de projets, etc. C'est lors d'une de ces rencontres que j'ai surpris, récemment, un entretien aux accents quelque peu amers entre deux responsable d'associations juives de Marseille: - Je suis persuadé, disait le premier, que le pourcentage de Juifs de la communauté qui militent au sein d'une association est très faible. Peux-tu me dire pourquoi? - Mieux encore, surenchérissait le second, parmi ces Juifslà, combien critiquent les instances responsables de la communauté sans jamais, pour autant, participer euxmêmes à ses activités! Ils disent beaucoup et ne font rien ou pas grand-chose! Militants, spectateurs et in-différents Cet échange est déjà l'approche d'une analyse qui m'a paru intéressante des différents visages que présente la communauté juive - les autres communautés sont-elles, de ce point de vue, différentes? - relativement à son vécu propre. Elle présente, en effet, trois types de "participants" Il existe, tout d'abord, ceux que j'appellerai les Juifs militants. Ce sont ceux qui, conscients à la fois de leur judéité et des obligations qu'elle réclame, participent plus ou moins activement à la vie d'organisations communautaires sociales, religieuses, culturelles, sportives, etc. Ces Juifs militants se retrouvent à tous les niveaux d'âge, de l'enfance (le plus souvent

15

par le biais des parents), à l'adolescence et à l'âge adulte. Ce sont ceux qui intègrent leurs convictions dans leur vécu quotidien. En second lieu, je mentionnerai les Juifs spectateurs. Ce sont ceux en qui la conscience de la judéité existe sans pour autant provoquer en eux une volonté suffisante pour la transposer au plan de l'action. Ils prennent position (au plan des prises de position, des intentions même...) sur les problèmes posés, participent (parfois) comme auditeurs ou spectateurs aux actions mises en place par les Juif militants mais ne font montre d'aucune initiative personnelle en ces domaines dont ils sentent pourtant qu'ils les concernent. Ils reçoivent des autres mais donnent plus rarement d'eux-mêmes. Ils sont les Juifs de la pensée. Rarement ceux de l'action. Enfin, le troisième visage, lui aussi représenté au sein de la communauté juive, est celui des Juifs indifférents. Ce sont ceux qui, tout en conservant la conscience de leur origine juive, n'en tirent aucune conséquence au plan de leur façon de penser ou d'agir au plan social, religieux, philosophique, etc. Ils se trouvent par hasard être juifs mais ne vivent aucune différence entre eux et les non-juifs. C'est en ce sens que je voudrais les dire indifférents. Chacune de ces trois personnalités peut et doit être expliquée à partir de son environnement social et du degré de sa conscience individuelle. Celle du Juif militant, d'abord. Au plan sociocultureL c'est, d'une part, son adhésion aux valeurs juives religieuses ou, plus généralement, culturelles - , d'autre part son environnement politique (mémoire de la Shoa et de ses séquelles psychologiques et politiques, situation au Moyen-Orient,...) qui sont les facteurs de son militantisme. De plus, cette prise de conscience parvient souvent à une certaine acuité pouvant même se traduire en termes d'angoisse. Elle est non seulement conscience des problèmes posés, au plan idéologique, à la pensée juive, ou au plan socio-politique au corps social juif local, national et international, mais encore conscience de l'urgence de son interrogation. Non seulement ces problèmes sont présents mais, de plus, leur solution ne souffre aucune tergiversation source de stagnation ni palabre inutile. Elle exige d'être immédiatement présente. La conscience militante de la judéité 16

entraîne dans son sillage, à la fois, le vécu des problèmes et celui de leur solution nécessaire. Que dire du Juif spectateur? Son profil.pourrait s'expliquer de deux façons. D'une part, et d'une façon générale, la conscience de sa judéité ne parvient pas à l'acuité qui caractérise celle du Juif militant. Pour le Juif spectateur, les problèmes sont là, il en ressent, certes, parfois même de l'inquiétude, mais rarement de l'angoisse, et, en tous cas, nulle motivation suffisante pour provoquer de sa part une participation active à la réponse qu'ils réclament. Il est une seconde interprétation possible des Juifs spectateurs qui se situe, elle, non pas au plan psychologique mais à celui de l'institution. Il n'est pas impossible que, parmi eux, il en est dont la non-participation active à la vie de la communauté s'explique par l'inexistence, en son sein, de structures institutionnelles, d'organismes correspondant à leur vision propre de la judéité et de ses problèmes. Imaginons une communauté dont les seules organisations agissantes seraient à orientation religieuse. En son sein, tout Juif non pratiquant ne trouverait, dans un tel cadre, aucune possibilité de s'exprimer et ne participerait, de ce fait, à aucune des actions proposées. Le cas inverse d'une communauté aux institutions exclusivement

non-religieuses mènerait à la même conclusion:

un - Juif

pratiquant n'y trouverait pas le cadre institutionnel de son expression juive et ne pourrait, en conséquence, y militer. Si donc, selon certains, la communauté juive en général comporte beaucoup trop de Juifs spectateurs, n'est-il pas du devoir - et de la responsabilité de ses responsables de faciliter l'expression de toutes les sensibilités juives de l'heure, en apportant de nouveaux cadres institutionnels à ceux qui ne trouvent pas actuellement la possibilité de s'exprimer selon leurs convictions? Par ailleurs, ne serait-il pas, de même, du devoir et de la responsabilité de ces Juifs spectateurs de prendre l'initiative de créations de ces nouveaux cadres, facilitant, de ce fait, l'élaboration d'un profil représentatif de la communauté globale?

-

17

De son côté, le Juif in-différent présente, à son tour, deux visages possibles. Il peut être, en premier lieu, celui qui adhérerait à d'autres valeurs que celles du judaïsme ou même à qui pourrait s'appliquer la dramatique formule: boulot, métro, dodo. Il est, dans ce dernier cas, celui dont l'horizon se limite au travail, à la télé, au week-end, aux vacances, avec un restaurant de temps à autre. Il est celui qui ne soulève jamais - ou rarement - la question du bien-fondé moral, social ou idéologique de son comportement. Il fait partie de ceux-là que le philosophe Maïrnonide juge sévèrement dans son introduction au Guide des Egarés en écrivant: ce sont tous les hommes qui n'ont aucune croyance religieuse, ni philosophique, ni traditionnelle... Ceux-là sont à considérer comme des animaux irraisonnables ; je ne les place point au rang des hommes... Ils ne se sentent pas juifs comme ils ne se sentent pas chrétiens, musulmans ou bouddhistes. Ils sont étrangers à tout système de valeur qui ne se réduirait pas à leur confort matériel immédiat. Ils ne sont que des consommateurs. La seule loi à laquelle ils se plient est celle de l'utilité immédiate d'un comportement rentable. Juifs et hommes Mais il est un autre visage du Juif in-différent. Il s'agit de ceux dont l'idéal se situe au niveau d'une recherche d'universalité. Nous sommes tous les fils d'Adam. ne cessent de rappeler les textes initiaux du judaïsme. Ainsi, s'affirmer dans sa judéité - on en dirait autant de la chrétienté pour le chrétien, ou de l'islamité pour le musulman - serait se réduire, se limiter, s'enfermer dans des limites qui voilent l'universalité des choses et des êtres. Au lieu de se dire juifs, ils préfèrent se dire hommes. Ils refusent ainsi tout ce qui les différencie des non-juifs, des goyim Dans la définition d'eux mêmes, ils retiennent les points qu'ils ont en commun avec les goyim et occultent les différences qui les en distinguent. Ils tiennent à demeurer in-différents. Si le premier visage des Juifs in-différents ne me paraît pas très défendable, le second mérite que l'on s'y attarde d'autant plus 18

que la dimension universaliste des choses et des êtres est l'une des implications les plus importantes de la pensée juive. Refuser son propre particularisme au nom de l'universalisme semble supposer que l'affirmation de soi implique nécessairement la négation de toute dimension universelle de soi, et, partant, l'opposition à tout ce qui n'est pas soi. Je ne pourrais, dans une telle perspective, m'affirmer comme juif qu'en m'opposant aux non-juifs. Formule qui me paraît très discutable. Particularisme n'est synonyme ni d'opposition ni de hiérarchie. Je suis moi, tu es toi. sans que cette différence soit synonyme d'opposition ni même de hiérarchie entre nous. Nous sommes différents l'un de l'autre, comme les insectes sont différents des fleurs sans que, pour autant, ils doivent s'opposer ni , bien sûr, être supérieurs à elles. Mieux encore, cette différence peut s'avérer source d'enrichissement des uns et des autres: les fleurs immobiles nourrissent de leur pollen les insectes qui, en butinant de l'une à l'autre, permettent leur fécondation et leur reproduction. Je suis donc particulièrement Juif et universellement homme à la fOIs. Je m'affirme dans ma différence, dans mes racines culturelles et historiques, et manifeste en même temps, mon désir d'universalité en revendiquant tout ce qui me relie aux autres hommes, en tendant la main aux goyim, en m'enrichissant de leur culture et en les enrichissant de la mienne. L'universalité n'est pas l'in-différence qui ferait de l'humanité un bloc uniforme, monolithique et ennuyeux. Elle est - ou devrait être - la coexistence féconde et heureuse d'une multitude de particularismes.

19