Le Languedoc, le Roussillon et la mer

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Publié le : mercredi 1 janvier 1992
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EAN13 : 9782296242807
Nombre de pages : 320
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LE LANGUEDOC, LE ROUSSILLON ET LA MER

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

En couverture: Sète et le golfe d'Aigues-Mortes, depuis le Mont SaintClair à Sète, par Barbara Robinson (octobre 1991). Barbara Robinson est née à Londres le 7 mars 1928. Elle vit et peint à Vic-le-Fesq, au Nord de Sommières dans le Gard, depuis 1957, où elle rencontrera l'écrivain britannique Lawrence Durrel en 1982. L'auteur du « Quatuor d'Alexandrie» préfacera «Lumières de Barbara Robinson» (Editions Tierra, Toulouse, 1985), recueil d'entretiens et biographie du

peintre. Barbara a trouvé son « équilibre pictural» en quittant l'Angleterre,
pour découvrir le Sud de la France, prenant le parti d'un trait toujours épuré, d'une extrême rigueur de formes, sans défaillance, pour traduire le ciel du Languedoc et l'architecture méditerranéenne. Jean Rieucau Montpellier, 9 décembre 1991.

@ L'Harmattan, 1992 ISBN: 2-7384-1054-5

sous la direction de Jean RIEUCAU

et Gérard CHOLVY

LE LANGUEDOC, LE ROUSSILLON

ET LA MER
(des origines à la fin du x~ siècle)
Volume 1

Actes du colloque, Sète, 8, 9, 10 juin 1990 Colloque organisé par: La Fédération Historique du Languedoc Méditerranéen et du Roussillon. - L'URA 904 du CNRS «Dynamique et gestion des espaces littoraux ». - Le laboratoire universitaire «Aménagements des littoraux et organisation de l'espace» (Université Paul-Valéry). Réalisé avec le concours de: - Conseil Régional du Languedoc-Roussillon. - Conseil Général de l'Hérault. - La ville de Sète. - La Fédération Historique du Languedoc Méditerranéen Roussillon. - L'URA 904 du CNRS. -

et du

Sommaire
TOME I Avant-propos: L'aménagement Gérard Cholvy, Jean Rieucau de la côte, l'édification

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11 15 17 19 31 37 39 48 67 77 79 98 109 133 144 158 171 173 187 7

Le Languedoc-Roussillon

et la mer dans l'histoire........... des ports

Alain Teulade. La conquête des marais par le peuple de Posquières-Vauvert ................................................ Paul Bouteiller. Les projets d'agrandissement du port d'Agde
au XVIIe et XVIIIe siècles.

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La défense du littoral et la construction navale............ Alain Ayats. La défense de la côte roussillonnaise à l'époque
moderne. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Didier Catarina. La défense de la côte du Languedoc au XVIIIesiècle.......................................................... Romero Gonzalez y Manuel Martinez Neira. Consules de nave y nautico-militares en el derecho maritimo deI Mediterraneo occidental (siglos XII-XIV) ............................ Les aléas du commerce maritime............................... Cyr Descamps. L'épave antique de la Mirande à Port-Vendres Kathryn Reyerson. Montpellier et le transport maritime: le problème d'une flotte médiévale............................... Alain Degage, Jean-Paul Jeanjean. Frontignan et la Méditerranée: l'exemple des Argelliès, quirataires de barques de mer, 1633-1661 ...................................... Annick Chele. Les déclarations de construction, d'achat et de vente de bateaux à l'Amirauté de Collioure (1740-1789) Robert Chamboredon. Cadix et le Languedoc à travers la correspondance et la comptabilité du fonds Fornier (17481786) .................................................................. Manuel Pelaez. Cambios Maritimos en el derecho de Cataluna
y Rosse16n (siglos XIII al XVIII)

................................

Pêcheurs et marins de commerce du Levant................. Alain Cabantous. Ponant et Levant au xvue et XVIIIesiècles: des communautés halieutiques semblables? ................ Benoît Coutancier. Pêcheurs en Roussillon au XVIIIesiècle: les procès de l'Amirauté de Collioure.......................

Raoul Balso. Agde, capitaines au long cours: 1800-1850 '" L ztterature et spzntua tzte .. o 0 o o.. o 0 0 o.. o...... Henri Guitter. La côte languedocienne selon Auienus ..0... Henri Barthès. Le vocabulaire maritime du littoral Languedocien du xe au xve siècle .. .. .. .. 0.. ... .. 0.. .. .. .. .. .. .. .. . Roland Andréani. Un languedocien, romancier de la mer et des terres lointaines: Louis-Frédéric Rouquette (1884-1926) Gérard Cholvy. Le Languedoc-Roussillon et la mer dans
o / 0 0 o /

204 213 215 223

297 305 307

l'histoire
contemporaine.

o. 0 . . . . . . . . 0 00 0. . . . . 0. 00 . . . . . . . . . . 0 00 0 . . . . . . . 0. 0 0 0 0. 0 0 . . . 0. 0 00

Jean Rieucau. Le Languedoc-Roussillon
0 o.. o 0 0 o 0 000.

et la mer à l'époque
0 00. 0 0 0.000.00... o. 0 0 0

TOME II Avant~propos: Gérard Cholvy, Jean Rieucau . 0 0 0 0 o o. Jean Rieucauo Le Languedoc- Rotlssillon et la mer à la fin
du xxe siècle. 0 . 0 0 0 0 0 0 0 . . . . 0 0 0 0 0 . 0 0 . 0 0 0 0 0 0 0 0 0 . 0 0 . . 0 . . 0 0 0 0 . 0 0 0 . . . 0 000

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La mer, le lido, les étangs,. milieu naturel et aménagements Jean Rieucau. Grille de lecture introductive 0.......... Martine Ambert. Milieu naturel et aménagement de l'étang
de Mauguio

.. 0. . . . . . . . . 00. . . . . . . . . . . . 0. 0. . . . . . . . . . . 0. . . . . . . . . . . . . 0. .

Martine Ambert. L'évolution récente de la ligne de rivage de Sète à lé! Petite-Camargue.................................. Jean Rieucau. Evolution des cordons littoraux, colmatage des étangs (Conclusions et observations) 0. .. .. .. .. .. .. 0.. Alain Saussol. Un siècle de mutations sur le littoral languedocien: le cas de Gruissan (1860-1990) 0.................... Didier Moulis. Plages et dunes du Golfe du Lion, analyse du fonctionnement (techniques de protection et de restauration) Guy-François Frisoni. Fonctionnement écologique et évolution
o. 0 0 o 0 o. o 0 0 0 0 0 0 0 0 o 0 0 0 0 0 o. o 0 0 0 0 0 0 0 0 o..

du milieu lagunaire en Languedoc: les étangs palavasiens

0.0

Jean Rieucau. Lidos et lagunes: des milieux naturels en aménagement rapide (Conclusions et observations) ....... Robert Rezenthel. Le Languedoc-Roussillon et la Loi relative
au littoral. 00 0 . . . . . . . 0 0 . . . . . . 0 0 0. . . . . . . . . 0 0 00 . . . . . . . . 0 0 0 0. 0 0 . . . 00 0 0 . . 0

Jean Rieucau. La côte, les lagunes, nautisme, véliplanchisme et Loi Littoral (Conclusions et observations) 0.............. La mutation des activités lagunaires et maritimes... 000. 0. . Jean Rieucauo Grille de lecture introductive 0 0........
8

Jean-Claude
Roussillon.

Bizien. Pêche et aquaculture
et observations)

en Languedoc127 145 148 177 183 186 199 206 213 215 217 235 239 249 254 272 281 284 311 313 316 349 361 9

........................,..................................

Jean Rieucau. L'exploitation des ressources marines et lagunaires (Conclusions

...... ...... .... ..... .....

Jean Rieucau. Des citadins, des viticulteurs pour la mer côtière en Languedoc: nouveaux pêcheurs, nouveaux aquaculteurs ,.................................. Michèle Taurines. La chasse à l'eau en Bas-Languedoc: les rythmes de vie ,.................................. Jean Rieucau. Les micro-sociétés des marais du Bas-Languedoc (Conclusions et observations) ......................... Isabelle Dubost. Des hommes et des bateaux: la charpenterie de marine sur la côte languedocienne....................... René Perret. Port-la-Nouvelle et Port-Vendres, deux ports de commerce de rang régional................................. Jean-Claude Barthès. Le tourisme sur le littoral du Languedoc-Roussillon: une rente immobilière." ,............ Les pratiques de la mer en Languedoc-Roussillon......... Jean Rieucau. Grille de lecture introductive ,.............. Jean-Pierre-Augustin. Les pratiques de plaisance en Languedoc-Roussillon: nautisme et sports de glisse............... Jean Rieucau. Les loisirs et la mer: aménagements, pratiques nautiques, sports de glisse, navigateurs plaisanciers
(Conclusions et observations)

.... ..:.............. .... .... .. ....

Claude Bonfils. Les régatiers et la ville de Sète.............. Jean Rieucau. Régates, navigation de plaisance, associations nautiques dans l'image de la ville de Sète (Conclusions et observations) ,.................................. Jean Rieucau. Les navigateurs circum-terrestres au départ des ports de plaisance languedociens........................ Yves Leenhardt. La sécurité et le sauvetage en mer sur les côtes du Languedoc-Roussillon................................. Jean Rieucau. La solidarité et le sauvetage en mer (Conclusions et oberva tions)

... . . . . . . . . , . . . . . , . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Jean Rieucau. Des hommes de la côte en Languedoc, aux gens de mer des rivages français.............................. identité et maritimité languedocienne..., ,..,..., ,..... Jean Rieucau. Grille de lecture introductive................... Jean Rieucau. Sète, ville de la mer, des milieux maritimes...,..,. André Freisses, Catherine Lopez. Géographie culturelle d'une cité de la mer à travers la représentation des joutes nautiques Jean Rieucau. La géographie culturelle d'une cité de la mer à travers la peinture d'une manifestation collective: l'exemple des joutes nautiques (Conclusions et observations)

Jean Rieucau. Les néos-marins en Languedoc (1980-1990), de l'analyse des néos-ruraux en zone rurale désertifiée, à celle des néos-marins en mer côtière surchargée......... Brigitte Simon. Nous irons voir les bateaux... Contribution à l'éclairage des représentations contemporaines de la mer en Languedoc....................................................... Jean Rieucau. Les représentations contemporaines de la mer en Languedoc (Conclusions et observations) ................ Jean Rieucau. Identité et maritimité languedocienne (Conclusions et observations sur le chapitre)

365 396 400 402 406 408

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Gérard

Cholvy. Le Languedoc-Roussillon

et la mer dans

l'histoire. contemporaine.

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Jean Rieucau. Le Languedoc-Roussillon

et la mer à l'époque

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AVANT-PROPOS

Gérard CHOLVY, Jean RIEUCAU
Les 8-9-10 juin 1990, s'est tenu à Sète, à l'initiative de la Fédération Historique du Languedoc Méditerranéen et du Roussillon, de l'Unité Associée du CNRS 904 «Dynamique et gestion des espaces littoraux », du Laboratoire universitaire (Université Paul Valéry) «Aménagements des littoraux et organisation de l'espace », un colloque international sur le thème du «Languedoc, du Roussillon et de la mer ». Une demande concomittante, émanant des scientifiques et des responsables des différentes collectivités territoriales (Conseil Régional du Languedoc-Roussillon, Conseil Général de l'Hérault, Mairie de Sète, Musée Paul Valéry sie la ville de Sète), ainsi que des partenaires institutionnels de l'Education Nationale (Inspection Académique, Rectorat de l'Académie de Montpellier), permet d'harmoniser les approches, sur un thème maritime, ayant fait l'objet d'études et recherches partielles, isolées, n'ayant jamais donné lieu à l'organisation d'un colloque, participant d'une démarche globalisante. Quarante participants, présentant une ou plusieurs communications, universitaires ou chercheurs permettent le rassemblement de l'ensemble des disciplines des sciences sociales: historiens, géographes, ethnologues, sociologues, juristes, halieuticiens, mais également acteurs de terrains, représentant diverses associations, plusieurs administrations, différentes sociétés: sauveteurs marins, administrateurs maritimes, responsables de Chambre de Commerce et d'Industrie, municipalités, associations sportives (nautisme, véliplanchisme), mouvements de défense du patrimoine naturel, ont, durant trois jours, posé les principales questions, traitant des relations entre l'espace et les sociétés sur l'interface littorale. Cette rencontre participe de la dualité majeure au sein des sciences sociales, associant les données temporelles et de l'espace. Le colloque se place dans une continuité méthodologique, amorcée en 1986, à l'Institut de Géographie de Paris, sur le thème de «la Il

société littorale et maritime en Manche et en Atlantique, éléments d'une socio-géographie historique et contemporaine, à l'instigation Jean Rieucau et de l'URA 904 du CNRS. La démarche, visant à associer l'histoire sociale, la géographie culturelle et sociale, permet la recherche des synergies scientifiques et thématiques, autorisant des échos entre les interventions, à l'instar de l'étude présentée

par Alain Cabantous « Levant et Ponant: des communautés halieu-

tiques semblables, XVIIe-XVIIIe siècles» et celles proposées par Jean Rieucau, «Gens de mer des côtes de France », «Les hommes et la mer en Languedoc à la fin du Xxe siècle» 1. La Fédération Historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon pratique une alternance entre des colloques thématiques et plus directement attachés à un champs géographique, relevant de son aire d'investigation. Elle apporte un dimension temporelle à l'exercice des sciences sociales contemporaines, mais également des éclairages internationaux sur la maritimité languedocienne et roussillonnaise, grâce à des communications présentées par des universitaires catalans, espagnols (Manuel Pelaez et Elias Romero Gonzalès) et la vision de la recherche universitaire américaine sur la flotte médiévale montpélliéraine (Kathryn Reyerson). Le questionnement central du colloque s'établit d'emblée autour de l'interrogation formulée par l'historien Jean Combes, au XIVesiècle, décrivant le littoral languedocien tel «une côte ayant une faible valeur maritime ». Les romanciers, en particulier le Piscénois Georges Beaume (1861-1940), le Bédaricien Ferdinand Fabre, s'accordent, pour reconnaître que les habitants du rivage appartiennent à un monde à part, jusqu'au zélé missionnaire, le père André Soulas, découvrant ces petites communautés côtières, en 1839, aux cabanes de Palavas, avant de les évangéliser 2. Historiens contemporains et géographes posent le problème du littoral, source de richesse récente, en particulier depuis la mise en place de la Mission Racine, à l'œuvre de 1963 à 1982, faisant reconnaître la vocation touristique du littoral languedocien, dont elle assurera la mutation, d'une situation de «vacuité côtière» 3 au façonnement de «rivages balnéarisés ». Cette région devient, dès les années 1960, exemplaire pour étudier les mutations socio1. RIEUCAU (J.), 1986, «La société littorale en Manche et en Atlantique, élémepts d'une socio-géographie historique et contemporaine », colloque organisé par l'auteur à l'Institut de géographie en janvier 1986, publié par le Bulletin de l'Association des GéographesFrançais, N° 3, 30 p. 2. CHOLVY (G.), 1983, «André Soulas et l'évangélisation des "sauvages des cabanes de Palavas" », in Les zones palustres et le littoralméditerranéende Marseilleaux Pyrénées, Actes du LVI. congrès de la Fédération Historique du Languedoc Méditerranéen et du Roussillon, PE. 156-172. 3. RIEUCAU(J.), 1991, «Le Languedoc, les languedociens et la mer, à la fin du xx. siècle », actes du colloque: «100 ans de géographie en Languedoc », Bulletin de la Société Languedocienne de Géographie, à paraître, 25 p. 12

spatiales, symbolisées par le tropisme solaire et les pratiques nautiques. Comment, en effet, l'aménagement de cinq unités touristiques, la prise en compte de 66 communes avec rivage lagunaire ou maritime, contribuent à créer des pôles d'attraction maritimes, devenant des catalyseurs de pratiques récréatives de la mer, déployant dans un premier temps, l'utilisation de voiliers traditionnels, puis de nouveaux utilisateurs de la mer côtière, les différents «engins de glisse », posant de sérieuses questions d'aménagement, en même temps qu'elles interrogent la société sur le sens à donner à l'espace, au territoire. A l'intérieur de l'interface littorale, en situation de surcharge, en particulier dans la mer côtière, au cours de la décennie 19801990, le phénomène de découverte de la mer, décalé dans le temps, par rapport au mouvement de retour à la terre dans un arrièrepays désertifié, actif dans les années 1968-1975, porte vers la discontinuité géographique terre-mer, deux types de populations qualifiées de «néo-marins»: d'une part de nouveaux habitants. côtiers ou «ripuaires» 4, aquaculteurs, pêcheurs, producteurs de ressources marines vivantes, d'autre part des populations recherchant, en haute mer, les sensations physiques, sportives, procurées par le nautisme, que nous proposons d'appeler «les néo-marins plaisanciers ». La complémentarité entre la démarche historique et celle des sciences humaines contemporaines prend toute sa dimension lorsque les historiens maritimes insistent sur la fréquence des conversions maritimes: démontrant le recrutement de paysans pour la mer au XVIIesiècle, de marins de commerce pour la pêche au
XVIIIe siècle.

Quel attrait pour la mer, quelle acculturation maritime, peuton attendre de ces milliers de citadins «mis sur l'eau », l'été? Il est clair que les languedociens semblent apparaître davantage comme des pêcheurs que comme des marins. Le Languedoc-Roussillon, d'autre part, est perçu en France comme une région peu maritime, bien qu'elle recelle des cités marquées par l'histoire et le fait maritime (Agde, Sète, Gruissan). Cependant, l'ensemble des congressistes, des élus et responsables de la région, s'interrogent sur l'émergence d'une nouvelle maritimité culturelle, articulée autour des salons nautiques, des fêtes de la mer pour plaisanciers, fondée sur les compétition~ nautiques (base d'entraînement pour la course de l'America's Cup à Sète), mais également sur les nouvelles formes de loisirs nautiques, transformant les représentations classiques de l'élément marin, par une véritable recomposition artificielle du milieu naturel, à l'intérieur des bases de loisirs aquatiques ou
4. RIEUCAU(J.), 1990, «Les hommes et la mer en Languedoc à la fin du xx. siècle », in Les gens de mer, Sète en Languedoc, l'Harmattan, sous la direction de Jean Rieucau, pp.41-70. 13

«

aqualands ». D'autre part, que penser de la mise en place de

l'image d'une «Méditerranée décor », de la projection maritime des grandes villes de proximité littorale, telle Montpellier, par l'aménagement de ports de plaisance dans les terres (projet PortMarianne) ?

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LE LANGUEDOC-ROUSSILLON ET LA MER DANS L'HISTOIRE

Ce congrès, placé sous le haut patronage de M. Toulemonde, recteur et chancelier des Universités, était organisé par la Fédération historique du Languedoc Méditerranéen-Roussillon, l'URA 904 du CNRS« Dynamique et gestion des espaces littoraux» et le laboratoire «Aménagements des littoraux et organisation de l'espace» (Université Paul Valéry). Pour la première fois, se retrouvaient ainsi, autour d'un même thème, historiens et géographes. Pour 1'« histoire », la présidence des séances était assurée par Mme Bonnel, de la Commission française d'histoire maritime, membre de l'Académie de marine; MM. Cabantous du CNRS; Cholvy et Guiter ainsi que Mlle Gavignaud de l'Université Paul Valéry; MM. Pelaez et Degage des Universités de Malaga et de Perpignan; M. Pomey, directeur national des recherches archéologiques sousmarines et M. Romestan de la Société archéologique de Montpellier. Nous ne pouvons insister que sur quelques points. Tout d'abord, le commerce maritime grâce aux fouilles des épaves grecques de la rade de Port-Vendres et la présence exceptionnelle d'épaves médiévales sur le même site (MM. Pomey et Descamps, Marseille et Perpignan), l'une des épaves grecques étant chargée de plaques de marbre en provenance d'Italie. Commerce encore, par les monnaies des ateliers de Marseille aux siècles précédant notre ère, frappées du lion dans un style évolutif jusqu'à devenir un corps de serpent par raffinement de la croupe et une tête de scorpion par étalement de la crinière (Mme Poumot, Marseille). M. Guiter conclut à un avancement de la côte roussillonnaise par une différence de sept mètres de hauteur du littoral depuis l'époque antique, conclusion issue d'une étude de la carte d'Avienus et de la topographie actuelle, ce qui pose le problème du dessin de la côte au début de notre ère. Échanges commerciaux toujours, au Moyen-Age cette fois, entre les ports languedociens, Montpellier notamment, et Majorque ou l'ensemble des «pays de la couronne d'Aragon» (M. Romestan), 15

mais aussi négoce actif au XVIIIesiècle entre Cadix et le Languedoc (M. Chamboredon, Nîmes) par analyse de livres de comptes nîmois mettant en relief l'importance du trafic des draps et des soieries exportés depuis Marseille. Contrats maritimes à travers le droit de la Catalogne, du Roussillon et du Languedoc du XIIIe au XVIIIesiècle (MM. Pelaez et Romero Gonzalez, Malaga) évoquant similitudes et différences des coutumes et de la pratique. Trafic maritime encore grâce à l'analyse des registres de l'amirauté de Collioure et des registres de notaire d'Agde pour la construction de barques de commerce et de pêche au XVIIIesiècle (Mlle Chèle, Perpignan et M. Gaussent, Sète), ce qui permit un long débat technique sur les jauges de ces bâtiments, débat que MM. Degage et Jeanjean (Sète) complétèrent par leur dépouillement d'un registre de comptes frontignanais relatif au transport du vin en direction de l'Italie au XVIIesiècle sur des tartanes. Le second thème évoqué fut celui des gens de mer. M. Cabantous nota les différences constatées aux XVII-XVIIIeiècles entre notre s littoral et celui de l'Atlantique quant au mode de vie des pêcheurs: les Languedociens étaient pauvres, les Ponantais plus aisés, ceci du fait d'activités agricoles parallèles. Quant à M. Balso (Béziers), il évoqua les capitaines au long cours d'Agde au XIXesiècle, insistant sur la présence de véritables dynasties endogamiques formées à l'école d'hydrographie agathoise. Le troisième thème fut la défense de notre littoral au XVIIIesiècle, en Languedoc par M. Catarina (Montpellier) et donc celle de Sète du fait de la présence anglaise au large de la côte, œuvre de l'ingénieur Mareschal notamment. Défense encore du Roussillon (M. Ayats, Perpignan) à la même époque et pour la même raison dont témoignent les forts de Collioure aidés dans le cadre de la surveillance de la côte par les tours à feux, telle celle du Castelas. Quant au fort Brescou et au port d'Agde, M. Bouteiller (Paris) exposa les divers plans ql!i toujours aux mêmes époques furent élaborés, projets que les Etats du Languedoc ne réalisèrent pas pour des raisons de finances absentes ou utilisées ailleurs par ces « banquiers» de la province. Texte paru dans le Midi Libre, 16-06-1990.

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L'AMÉNAGEMENT DE LA CÔTE, L'ÉDIFICATION DES PORTS

LA CONQUÊTE DES MARAIS PAR LE PEUPLE DE POSQUIÈRES-VAUVERT

Alain TEULADE

LE FLEUVE ET LA MER
La commune de Vauvert avec 11 000 ha est une des plus importantes de France quant à la superficie. La moitié de ce territoire s'étend sur la partie occidentale du delta du Rhône. Ce dernier, pris dans son sens le plus large est constitué par une zone de subsidence qu'on peut délimiter ainsi: du Nord au Sud il va depuis la région d'Arles jusqu'à la mer, et de la bordure de la Crau au pied de la Costière d'Est en Ouest. Deux cuvettes principales se partagent le delta. L'étang du Vaccarès occupe la plus importante, entre les deux bras actuels du fleuve. La seconde, située sur la rive droite du Petit Rhône, est désignée sous le nom de Scamandre vu la prépondérance de cet étang; mais elle en comprend deux autres (le Crey et le Charnier) qui aujourd'hui sont individualisés. Sans entrer dans le détail de la formation du delta, il faut savoir que deux principaux agents alluviaux se sont conjugués pour le former: le fleuve et la mer. Les cordons littoraux orientés EstOuest ont été abandonnés par la mer lors de la baisse de son niveau. Et les différents bras du Rhône ont déposé des alluvions formant des bourrelets constitués de limons fertiles. Les différents lits du fleuve; actuels ou colmatés, ont isolé étangs et marais. Il s'en suit tout un cloisonnement essentiel pour l'élaboration du paysage. La Camargue, Petite et Grande, n'est pas une plaine uniforme; elle est composée au contraire d'un grand nombre de
«

pays », riches de leur diversité. Il faut relever par exemple
19

l'existence de belles roselières autour du Scamandre du Crey et du Charnier et leur absence dans le Vaccarès. Les 5500 ha de zones humides de Vauvert comprennent toutes les composantes du delta du Rhône. Complètement au Nord, la Coustière est un atterissement, c'est-à-dire une bande de terre gagnée sur les marais du fait de la baisse naturelle du niveau de l'eau. C'est ce terme de Coustière qui, déformé, a donné son nom aux collines environnantes que nous appelons les Costières. Viennent, ensuite, les marais inférieurs, ainsi dénommés à cause de leur plus faible altitude: il s'agit des étangs du Scamandre, du Crey et du Charnier, y compris Buisson gros, la relonge du Charnier et pour partie la Fromagère, etc. Toujours plus au Sud on trouve les marais supérieurs: la Souteyrane, l'Hermitane, le Clos d'Essais, les Gargates, etc. Entre ces deux groupes de marais s'étire une longue bande de terrain en forme de lanière d'où son nom actuel, le Courregeau. Large de quelques 1500 mètres dans sa partie Nord-Est (située sur la commune de Saint-Gilles) le Courregeau va en se rétrécissant vers l'Ouest. Nous connaissons bien l'origine de cette «tourrade ». Le terme local de «tourrade» ou «tourradon» désigne toute surélévation ou émergence de terrain dans les marais, que son origine soit fluviale ou maritime. Dans le cas du Courregeau il s'agit d'un bourrelet alluvial qui marq\le le lit d'un ancien bras du Rhône, désigné à juste titre par les géologues sous le nom de Rhône des Tourradons. Il avait une position centrale dans la dépression dite du Scamandre; il est, partant, à l'origine de la séparation entre les marais inférieurs et supérieurs. Sans qu'il soit possible de donner une date précise, on estime que ce bras du Rhône s'est colmaté entre le vme siècle et le XIIe siècle de notre ère. C'est dire que le Courregeau, tel que nous le connaissons aujourd'hui est de constitution récente à l'échelle du temps géologique. Il y a peu donc, cette dépression était alimentée en eau douce, ce qui contribua à son dessalement partiel. Les marais supérieurs (Souteyrane, Clos d'Essais, etc.) sont traversés d'Est en Ouest par un ancien cordon littoral que masquent souvent des al1uvions récentes; et lorsque cela arrive, il affieuve si peu qu'il n'a aucune incidence sur le paysage et par conséquent il ne constitue aucune limite. En revanche ce que nous appelons la région des sables, vers Montcalm et qui commence à Quatret quand on vient de Gallician, n'est autre qu'un important cordon littoral bien individualisé. Avec lui nous quittons la «palus» proprement dite; c'est un terrain différent qui jusqu'à l'époque révolutionnaire était couvert d'une épaisse forêt, la Sylve godesque. On en retrouve la trace dans la toponymie: tel ce quartier cadastral dénommé Sylve de Montcalm, le mas de la Petite Sylve et bien sûr Sylveréal. Les sables de 20

Montcalm marquent à peu près la limite Sud de la commune sauf à son extrême pointe quand elle atteint le bord du Petit Rhône. Alors le dernier élément apparaît: Les sennegau. Ainsi désigne-ton les levées de sédiments formées par le Rhône sur ses berges au cours de ses crues successives formant en quelque sorte une digue naturelle. Cette rapide description géographique nous montre bien sûr la variété des zones humides de la commune de Vauvert. Mais nous en avons vu aussi sa relative jeunesse. Au XIIIe siècle elle avait acquis depuis peu une certaine stabilité. Le Rhône ne l'alimentait plus ce qui entraînait une baisse du niveau des eaux. Toutefois à la différence d'aujourd'hui, l'alimentation en eau douce se faisait de façon naturelle. Le Vistre débouchait dans le Scamandre et les ruisseaux saisonniers dévalant de la Costière déversaient, outre l'eau, des alluvions qui régénéraient le sol. Le dessalement se poursuivait donc. A cette époque l'ensemble de la dépression qui est l'objet de notre étude, avait une configuration un peu différente de celle d'aujourd'hui. Le Scamandre, dans son acception du XIIIe siècle recouvrait au Nord du Courregeau, d'un seul tenant, les étangs et marais actuels du Scamandre, du Crey et du Charnier. Au sud un grand étang, la Souteyrane s'étendait jusqu'à la Sylve godesque. La communication entre les deux se faisait par de nombreux. fossés (valla) creusés à travers le Courregeau. La variété de ce territoire le rendait riche de potentialités économiques. Il avait à peu près les mêmes limites que la commune de Vauvert aujourd'hui et il était tout entier inclus dans la baronnie de Posquières (ancien nom de Vauvert).

LA COMMUNAUTÉ VILLAGEOISE FACE AUX PUISSANTS
Nous avons la chance de posséder un groupe de textes s'échelonnant de 1235 à 1325 qui nous permettent de reconstituer les péripéties du conflit entre le baron et les habitants de Posquières pour s'approprier l'exploitation des régions situées au Sud de la Costière.

Le baron possédait directement la majeure partie de la « palus»
et de la Sylve godesque (seule la moitié du Scamandre et quelques lopins de terre appartenaient en indivis à trois petits nobles locaux). Mais il exerçait tous les droits seigneuriaux sur l'ensemble, en particulier le droit de haute et basse justice.

Les habitants de Posquières, depuis des « temps immémoriaux»
disposaient de droits d'usage, de franchises et de libertés (autant 21

d'expressions nécessaires pour traduire le mot explèche) concernant surtout la dépaissance de leurs troupeau mais aussi la pêche, la chasse et l'agriculture. La charte octroyée par Rostaing de Posquières le 29 mars 1235 relève surtout la possibilité de conduire les troupeaux dans tous les pâturages de la baronnie (ce qui comprend la Costière et le Courregeau avec ses marais adjacents). Dès cette date les habitants de Posquières disposaient d'une structure autonome qui leur permettait de se faire représenter. Ce sont des syndics qui reçoivent les chartes des barons «en leur nom propre et au nom des habitants de Posquières ». Ils traitent avec les autorités pour maintenir ou acquérir des «explèches ». Ces syndics, regroupés en «syndicat» (syndicatus) sont signalés dans tous les textes depuis 1235. Le «syndicat» avait une existence officielle puisque sa composition était authentifiée par un acte notarié. Posquières n'était donc pas à l'écart de la vie du royaume de France pour l'obtention de chartes en faveur des paysans. Ce mouvement qui s'était amplifié sous le règne de Philippe Auguste, avait atteint nos régions au milieu du XIIIe siècle, bien qu'à cette date elles fussent rattachées depuis peu à la Couronne.

LA SYLVE GODESQUE
Toutefois les barons n'entendaient pas laisser aux seuls habitants dePosquières la possibilité de jouir de certains avantages. Ils voulaient, au contraire, retirer le maximum de revenus de leur domaine quand bien même ce serait au détriment des Posquiérois. Aussi Pons IV de Montlaur entreprend toute une transformation de la gestion de son terroir. Il ne percevait rien en échange de l'utilisation des pacages. il vend donc en 1258 aux habitants de Saint-Laurent d'Aigouze (en fait le territoire dominé par l'abbaye de Psalmody) le droit de dépaissance dans la Sylve godesque. Apparemment cette vente n'a pas suscité de réaction de la part des syndics. La Sylve godesque de Posquières était en effet peu étendue et en Costière les troupeaux disposaient de très importants espaces boisés de chênes. En revanche cette vente fut à l'origine d'un conflit entre la baronnie et l'abbaye de Psalmody qui possédaient une partie de la Sylve, contigüe à celle de Posquières. Et l'usage aidant, la limite entre les deux propriétés a donné lieu à contestation. Aussi les deux propriétaires en virent à transiger en 1325 sur le bornage de leur territoire respectif. De cette querelle, les paysans de Posquières semblent bien avoir été absents. Et le baron n'a pas eu à faire confirmer ses droits tant de propriété que de haute et basse justice.

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LA «DONATION»

DE 1256

Il en est allé tout autrement de la «donation» du Courregeau en 1256 faites par le même Pons IV en faveur de l'abbaye de Franquevaux. Pons IV était directement propriétaire des trois quarts environ du Courregeau (le quart Ouest, le moins important, appartenait à un des co-propriétaires du Scamandre, Béringuier de Foule). Le baron donc «donne et concède» à l'abbaye de Franquevaux cette portion de son territoire. (Le texte latin original emploie les termes «donare» et «concedere»). Il Y a là une ambigüité de vocabulaire. Nous verrons qu'en fait il ne s'agit pas d'une donation au sens strict mais plutôt d'une concession comme nous l'entendons dans le langage moderne. Sur ce territoire le baron accorde des facilités très étendues à l'abbaye. Par recoupement entre plusieurs textes nous savons qu'elle pouvait quasiment se comporter en propriétaire des lieux: elle avait l'usage des pâturages, des terres arables où elle cultivait la vigne et le blé, le droit de pêche et de chasse; elle pouvait disposer des arbres. Tant et si bien que ce bourrelet alluvial connu aujourd'hui sous le nom de Courregeau, s'appela à partir de 1256 Iscle de Franquevaux (le terme d'Iscle provient de la déformation du mot latin «insula»); et il confirme la situation de ce terroir, tout entouré de marais et d'étangs. La «concession» de 1256 va même jusqu'à prévoir le cas des atterrissements. Si l'étang se retire, l'abbaye jouit des mêmes possibilités que nous venons de décrire, sur les terrains nouvellement asséchés, jusqu'à concurrence de 100 canes (environ 200 m). Cette clause confirme l'importance des prérogatives de l'abbaye. Et la prévision d'atterrissements montre que l'évolution de ce milieu n'étaient pas achevée; en 1256 le colmatage du Rhône des Tourradons était récent et on pouvait envisager la diminution des surfaces inondées. Toutefois Pons IV introduit dans le texte de la donation-cession des limites aux facultés accordées à l'abbaye. Si elle peut édifier des levées de terre et prolonger dans les atterrissements les fossés qui déjà traversent le Courregeau, cela ne doit en aucune façon gêner l'accès de l'Iscle aux barques du baron «pour ses affaires à apporter et à rapporter ». Et surtout le baron garde « l'imperium », ce qu'il faut traduire par droit de haute et basse justice (cette traduction est confirmée par la sentence de 1300). La poursuite des activités des gens du baron sur l'Iscle et le maintien du droit de justice, prouve bien qu'il ne s'agit pas d'une donation pure et simple. Par ce biais, Pons IV crée à l'encontre de l'abbaye un état proche de la vassalité pour les terres de l'Iscle. En revanche dans la « cession» de 1256 les droits des habitants 23

de Posquières sont totalement passés sous silence alors que l'année précédente ils avaient été renouvelés par une charte. Cette lacune est d'autant plus incompréhensible qu'en 1279 Guignon V seigneur de la Roche et seigneur de Posquières confirme par une nouvelle charte les «franchises, libertés et immunités...» que ses prédécesseurs «Rostaing de Posquières, Héraclès de Montlaur et Pons de Montlaur donnèrent, concédèrent et confirmèrent aux hommes du château de Posquières ». La charte de 1279 ne réduit en rien le droit de dépaissance sur tous les pacages de la baronnie, tandis que la «donation» de 1256 l'a accordé aussi à l'abbaye sur l'Iscle. Il y a là, en germe, une source de conflit entre la communauté des habitants de Posquières et l'abbaye de Franquevaux: toutes les deux possèdent au moins un même droit (la dépaissance) sur un même territoire (le Courregeau). On est en droit de se demander les raisons qui ont conduit Pons IV et ses successeurs à agir de la sorte. Certes au MoyenAge une «donation» en faveur d'une institution religieuse était chose fréquente. Cette pratique n'était pas nouvelle de la part d'un baron de Posquières. C'est ainsi que Bermond en 1174 donne à l'abbaye de Franquevaux (créée en 1143) une propriété située dans le domaine d'Airole. Mais dans le cas précis de l'Iscle trop de restrictions et d'ambiguïtés subsistent. Tout se passe comme si les barons avaient mis en pratique la maxime: «diviser pour régner ».

LA SENTENCE ARBITRALE

DU 21 DÉCEMBRE

1300

Le 21 décembre 1300, sous le règne de Philippe le Bel, Guigon V seigneur de la Roche et seigneur de Posquières prononçait une sentence arbitrale entre «le père Seigneur Hugon, abbé du monastère de Franquevaux (...) en son nom propre et au nom de son

dit monastère d'une part et

(00')

les syndics de tous les hommes

dudit château de Posquières, en leur nom et au nom de tous les hommes de ce château, présents et à venir, d'autre part ». Cette sentence a pour but de mettre un terme à «la contestation qui est dûe et occasionnée par l'usage de faire paître corroder et abreuver les animaux des hommes de ce château et de ses habitants et par n'importe quelle autre franchise (explèche) dans l'Iscle du monastère de Franquevaux et dans les marais attenant à cette Iscle ». Cette contestation dit le texte, «dure depuis longtemps ». La sentence de 1300 est l'aboutissement d'un conflit prévisible. Les Posquiérois n'ont pas hésité à affronter un personnage aussi puissant qu'un abbé cistercien, pour maintenir toutes leurs « explèches » relatives à l'exploitation économique de l'Iscle et des maris adjacents. 24

Les syndics de Posquières comptent parmi eux quelques petits nobles locaux. On trouve par exemple Béringuier de Foule qui possède, nous le savons, l'extrémité Ouest de l'Iscle. Par l'institution syndicale il a trouvé le moyen d'avoir un droit de regard sur la gestion de la palus; ce qui l'intéresse en tant que propriétaire. La paysannerie posquiéroise avait certainement des difficultés pour recruter en son sein des personnalités capables de défendre ses intérêts face à des personnes bénéficiant de la formation donnée à des pèrès abbés. Mais elle n'en avajt pas moins la détermination suffisante. Les posquiérois, en effet, ont obtenu gain de cause. Ils sont arrivés à faire confirmer par leur baron et reconnaître par l'abbaye tout un ensemble d'explèches qui diffèrent selon les parties de l'Iscle. Cette dernière est coupée en deux par «le fossé de la porcherie ». Nous n'avons aucune certitude historique quant à son emplacement. Toutefois en 1949, la commune de Vauvert représentée par le docteur E. Guigou et le propriétaire du mas des Iscles ont convenu que le fossé de la porcherie avait eu comme tracé le lit de l'actuel canal de Capette. Cette solution a été retenue dans un rapport d'experts, repris lui-même par la Cour d'Appel de Nîmes en 1952. Il Y a donc autorité de la chose jugée. La distinction ainsi établie n'est pas sans intérêt pour l'historien. Car tout au long des siècles, de constantes remises en cause des droits trouveront leur dénouement dans la reprise de la sentence de 1300.

LES DROITS DES POSQUIÉROIS A L'OUEST DU FOSSÉ DE LA PORCHERIE Ils sont, dit le texte, accordés « à perpétuité (...) pour les hommes
tant présents qu'à venir ». L'élevage du gros et menu bétail est concerné en premier. Les Posquiérois peuvent faire paître et abreuver leurs troupeaux. Certes ils doivent respecter les cultures de l'abbaye: les blés sont toujours interdits au passage des bêtes. Du 1ermai au 14 septembre, sauf autorisation contraire de l'abbaye, les pâturages eux aussi sont interdits. Ils peuvent faire dompter leurs animaux par des «gardians»:. (Le terme de «gardianus» est employé quand il s'agit de dompter, alors que pour la simple surveillance des troupeaux c'est le terme de «Custos» qui est utilisé; il est intéressant d'apprendre qu'en 1300 déjà le terme local de «gardian» existait déjà.) Les Posquiérois ont aussi la possibilité de construire des cabanes ce qui leur rend plus faciles leurs activités d'éleveurs (il faut savoir que l'Iscle est située à quelques 15 km de Posquières). Tout cela sans payer de redevance. 25

Les Posquiérois avaient aménagé des «faïsses» (ce mot languedocien utilisé dans le texte de 1300, désigne des espaces de terre arable maintenus par un moyen quelconque, murets, troncs d'arbres, pour mieux résister à l'érosion); et pour enrichir le sol ils avaient le droit de faire des composts. Pour ces «faïsses» ils étaient redevables envers l'abbaye d'un cens ou loyer versé annuellement, qui était fixé en proportion des revenus obtenus par l'exploitation. Ce loyer était dû «jusqu'à ce qu'il atteigne la valeur d'échange de la faïsse ». Il s'agissait en quelque sorte d'un système de location-vente. La pêche et la chasse n'étaient pas moins importantes pour se procurer des subsistances. Les Posquiérois possédaient des fossés dans l'Iscle alors qu'ils n'étaient pas chez eux. Là ils pouvaient «pêcher les poissons », moyennant une redevance à l'abbaye, appelée droit de levade. Pour ce faire ils utilisaient des «trabaques », technique qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours: il s'agit d'une claie de roseaux tissés avec laquelle on ferme les fossés pour retenir .les poissons prisonniers et les saisir plus facilement. Les pêcheurs, eux aussi, ont le droit de construire des cabanes. On pouvait aussi chasser les oiseaux, mais pas les lapins. Cette restriction est confirmée par l'obligation de tenir les chiens en laisse. Mais la restriction la plus importante concerne l'exploitation du roseau. Exploité presque toute l'année, il était utilisé comme pâturage, ensuite comme fourrage et litière enfin comme chaume (la sagne). Le roseau a toujours été un élément important des marais. Le fait que l'abbaye se soit réservé la jouissance de cette ressource montre bien qu'il y a eu partage de l'exploitation de l'Iscle. Nous mesurons donc l'importance revêtue par toutes ces «explèches ». Il y avait un début d'occupation humaine, au moins occasionnelle, avec les cabanes. Par ailleurs, les Posquiérois peuvent acquérir certains droits de propriétés dans le cas des «faïsses» et pour les fossés ce droit est confirmé. La valeur économique de l'Isc1e était considérable. On comprend dès lors l'acharnement mis par les Posquiérois pour faire confirmer solennellement la jouissance de ces revenus. Et le succès ainsi remporté n'en est que plus éloquent.

LES DROITS DES POSQUIÉROIS A L'EST DU FOSSÉ DE LA PORCHERIE
A l'Est du fossé de la porcherie (le Canal de Capette) soit «dans le reste de l'Iscle et des marais (...) jusqu'au territoire de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem de la ville de Saint-Gilles» 26

les hommes de Posquières ne peuvent «prétendre jouir d'une quelconque franchise (explèche) ». Donc du Canal de Capette jusqu'à Bramasset, les Posquiérois, dit le texte, n'ont aucun droit. Mais il y a une exception de taille: sous réserve de payer une redevance ils peuvent y « pêcher les poissons et chasser les oiseaux ». Le texte de la sentence est donc très clair et sans contestation possible: même dans les quartiers appelés aujourd'hui Buisson Gros, la Fromagère, le Clos d'Essais et les Gargates, les droits de pêche et de chasse étaient accordés aux Posquiérois par leur seigneur Guigon en concurrence avec l'abbaye de Franquevaux. Les «hommes et habitants du château de Posquières et de son territoire» ne sont pas les seuls bénéficiaires de cette sentence arbitrale. Le baron a su en tirer avantage. Tout au long du texte on constate une évolution dans l'affirmation de ses pouvoirs. Au début le texte nous dit qu'il a été choisi comme arbitre en tant que «juge ordinaire» sans plus de précisions et comme «ami commun », ce qui semble réduire son droit de justice en tant que tel. D'ailleurs, il dispose de «pouvoirs qu'elles (les deux parties en cause) lui ont attribué ». On sent bien la réticence initiale des syndics et de l'abbaye à reconnaître trop d'importance au baron. En revanche, ce dernier fait preuve de beaucoup d'habileté pour s'imposer. Il s'entoure de toutes les garanties: il entend les deux parties, les amis de chacune d'elles, les personnes compétentes, il étudie les contrats déjà passés et se rend même sur les lieux du litige; ensuite il prend sa décision «selon la volonté et l'assentiment des personnes ayant traité ». Il paraît alors inconcevable de contester sa volonté. Après tous ces préliminaires Guigon peut «vouloir prononcer, ordonner, établir, arrêter» selon les propres termes de la sentence. Mais il ne s'arrête pas en si bon chemin. Après avoir départagé les habitants de Posquières et l'abbaye de Franquevaux, il rappelle les pouvoirs attachés à son statut de seigneur et de propriétaire: «il proteste du maintien de son droit de haute et basse justice et de son droit de possession et de propriété ». Il dit bien à chacune des parties en cause que jamais n'a été aliéné aucun de ses attributs de suzerain, pas plus que de propriétaire. Et Guigon insiste sur le fait qu'il a lui-même «établi» le droit. La suite va dans le même sens: «il se réserve entièrement le droit (...) de corriger et d'interpréter» la sentence; il menace de sanctions; il fait consigner les noms des témoins; et surtout il fait authentifier ses décisions par un notaire royal. C'est une façon de se recommander de l'autorité de son suzerain face aux habitants de Posquières, peutêtre, mais surtout face à l'abbaye cistercienne. Car l'ordre de Cite aux, à l'époque était une prodigieuse puissance spirituelle certes mais aussi économique donc politique, qui étendait un réseau d'abbayes couvrant toute l'Europe, du Portugal à la Norvège et de 27

la Pologne à la Sicile. C'est dire que le baron de Posquières avait bien besoin d'en appeler au roi de France pour se poser face à une telle organisation. Finalement le baron de Posquières a su tirer son épingle du jeu. A l'occasion d'un conflit inévitable (voulu peut-être par Pons IV de MontIaur) il a réussi à faire approuver, par toutes les parties en cause, ses prérogatives qui lui tenaient tant à cœur.

LA TRANSACTION

DE FÉVRIER

1301

L'Iscle et les marais adjacents ne sont pas toute la «palus» de Posquières. Un domaine immense, l'étang du Scamandre, constituait une réserve de pêche quasi inépuisable. Les Posquiérois, enhardis, n'hésitèrent pas deux mois après leur succès face à l'abbaye, à se retourner vers leur baron et les autres copropriétaires du grand étang. Leurs syndics affirmaient que «tous et chacun des hommes dudit château de Posquières et de son territoire ont le droit et l'explèche de pêcher dans le dit étang du Scamandre avec des "trabaques" et par tout autre moyen ce que le seigneur niait (.u) et il disait qu'ils n'avaient pas le droit de pêcher le poisson dans le dit étang du Scamandre (u.) si ce n?est avec son assentiment ». Finalement la transaction débouche sur une solution originale en ce qui concerne Is «roubines» et autres fossés. Les Posquiérois peuvent pêcher avec des «trabaques» mais sous réserve d'en demander l'autorisation à l'un ou l'autre des propriétaires de l'étang. Ces derniers ne peuvent pratiquement pas refuser. Mais ils ont la possibilité, s'ils le désirent de participer pour un quart aux frais de confection des «trabaques»; alors le quart des prises leur revient. L'instrument utilisé en effet, leur appartient partiellement. Cette redevance en nature s'opère sans préjudice du droit de levade que les Posquiérois doivent verser au propriétaire de l'étang, une fois par semaine. C'est en quelque sorte une mise en tutelle de la pêche qui n'est pas vraiment libre. Les propriétaires de l'étang entendent bien garder la maîtrise de cette. ressource alimen~aire bien qu'ils aient dû en accepter le partage. Quant aux autres modes de pêche, aucune précision, n'est apportée dans ce texte. Mais nous savons que dans le Scamandre même les Posquiérois pêchaient au filet. * **
A la charnière des XIIIe et XIVesiècle la communauté habitants de Posquières a affirmée son indépendance face des aux

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puissants personnages locaux: le baron et l'abbé de Franquevaux. Elle a réussi à se faire céder une part importante des ressources de territoires dont elle n'était nullement propriétaire. Les résultats obtenus par la sentence de 1300 et la transaction de 1301 sont fondamentaux pour la gestion de la «palus» jusqu'à nos jours et en grande partie pour l'histoire postérieure de Posquières Vauvert. Constamment des conflits renaissaient pour la maîtrise de ces ressources et chaque fois ces textes étaient mis en avant, avec succès par la communauté villageoise. Au cours des siècles les propriétaires ont changé, les droits ont été contestés mais jamais abolis. De nombreux procès aux XV, XVI, XVII, XVIIIesiècles les ont confirmé. Toute menace sur les marais a mobilisé les Vauverdois pour leur défense; en particulier au XVIIIesiècle quand il fut question de les assécher. La perte économique eût été trop grande pour la population puisse accepter leur disparition. Les mutations de propriétés, occasionnées par la période révolutionnaire n'ont pas changé la gestion des marais. En 1829 un propriétaire avait intenté un procès à un groupe de pêcheurs qui exerçaient leur activité sur son territoire. Finalement les pêcheurs ont obtenu gain de cause; et les attendus du jugement font référence à la sentence de 1300. La sentence du 21 décembre 1300 semble défier le temps. Tout près de nous, en mars 1989 une partie de la relonge du Charnier était mise en réserve par arrêté ministériel. La société de chasse Vauverdoise n'acceptant pas une réduction du territoire où ses membres pouvaient se livrer à leur loisir préféré, attaqua cet arrêté près le Tribunal Administratif de Montpellier. Et la décision de cette juridiction en date du 6 octobre 1989 annula l'arrêté ministériel en s'appuyant sur ce fameux texte vieux de presque sept siècles. SOURCES
Archives Archives Archives Archives Archives Archives Communales de Communales de Communales de Départementales Départementales Départementales Vauvert: Vauvert: Vauvert: du Gard: du Gard: du Gard: AA1 AA2 AA3 G 761 H 89 lE 2058

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BIBLIOGRAPHIE
Prosper FALGAIROLLE, Histoire Civile Religieuse et Hospitalière de la Ville de Vauvert, Teissier-Moury, 1918. Émile GUIGOU,De Posquières à Vauvert. Une cité au Pays d'De, Éditions Anthropos, 1978.

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LES PROJETS D'AGRANDISSEMENT DU PORT D'AGDE AUX XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES

Paul BOUTEILLER La présente communication est fondée sur des documents consultés au Cabinet des Estampes et au Service des Cartes et plans de la Bibliothèque Nationale, ainsi qu'aux Archives de la Chambre de Commerce de Marseille: elle complète un travail réalisé par l'auteur sur «Un port du Languedoc dans la seconde moitié du XVIIIesiècle: AGDE ». Il est bien connu que Richelieu, en 1632, envisagea de faire d'Agde un grand port militaire en réunissant l'îlot de Brescou à la terre ferme par une digue de 2 kms environ. La digue fut commencée mais, à la mort du cardinal, en 1642, elle n'avait que 700 m de long et les travaux furent abandonnés, faute de crédits. On l'appela le môle (près du Cap d'Agde). Ce grand projet fut repris par Vauban. Dans un mémoire, en date du 4 mars 1686, Vauban, qui est Commissaire Général des fortifications du royaume, décrit avec précision les différentes parties de son projet et il en indique le coût financier. Lors d'une inspection, Vauban a constaté que le fort de Brescou est en mauvais état, qu'il est «mal tenu» et que l'extrémité du môle Richelieu est à demi démolie. Il a également constaté que les vents ont poussé des pierres et du sable le long du môle, du côté tourné vers Agde, et qu'il n'y a pratiquement plus de profondeur d'eau à cet endroit. Son projet est global, c'est-à-dire qu'il concerne à la fois la future rade de Brescou et le cours de l'Hérault jusqu'à Agde. Vauban propose de construire deux jetées de pierre à gauche et à droite de Brescou (en regardant vers la terre). Celle de gauche aurait 400 toises de long (environ 780 m) et celle de droite 300 toises (environ 585 m) le tout en forme de croissant. Le vieux môle serait ouvert sur son arrière, près de l'emplacement dit de la Maison du Roi et serait légèrement diminué en longueur. 31

par le môle Richelieu.

On créerait ainsi une très bonne rade protégée par Brescou et
.

En ce qui concerne l'Hérault et son embouchure dans la mer, Vauban propose: - de rétrécir le grau par deux jetées, - de diguer la rivière sur les 2/3 de son cours entre l'embouchure et Agde, - de rehausser de 3 à 4 pieds (enyiron 1 m à 1,30 m) la digue de pierre qui sert aux moulins de l'Evêque et qui se trouve en amont d'Agde. Cette digue serait percée de trois écluses de 10 à 12 pieds de large (environ 3,25 m à 3,90 m). De la sorte, la profondeur d'eau au grau passerait de 3 pieds et demi (environ 1,15 m) à 10 ou 12 pieds (environ 3,25 m à 3,90 m) permettant aux barques, aux galères et même aux frégates de venir jusqu'à Agde. La rade de Brescou, proche de 3/4 de lieue (environ 3 kilomètres) permettrait aux navires de mouiller en sécurité, avant d'entrer dans la rivière, qui formerait un port depuis son embouchure jusqu'à Agde. Vauban est un partisan déterminé du port d'Agde qu'il préfère à celui de Sète. Pour lui, Agde est un bon port, disposant de quantité d'eau douce et possédant un arrière pays fertile; de plus la ville de Pezenas est très proche et communique facilement avec Agde. Le site d'Agde est préférable à celui de Sète car il est moins dangereux pour les navires et une ville déjà bâtie s'y trouve (en 1686 Sète vient de naître et les bateaux n'y accostent que depuis 1677). Ce projet d'agrandissement du port, que Vauban déclare «de grande utilité» reviendrait à 1 665 109 livres se répartissant ainsi: - Jetées de Brescou et arrangement du môle: 1153750 L - Entrée de l'Hérault: jetées, encaissement: 475359 L - Digue des moulins: rehaussement, écluses: 36 000 L Le projet de Vauban, pourtant soutenu par l'intendant du Languedoc, M. de Basville, n'aboutit pas. Au milieu du XVIIIesiècle, exactement le 5 août 1752, les autorités et commerçants d'Agde firent imprimer un mémoire démontrant la nécessité d'établir une rade sous le fort de Brescou, cela en raison de l'augmentation du trafic du port d'Agde et des dangers de la mer. Un certain Le Pelletier des Ravinières, capitaine garde côte de la compagnie d'Agde, se fit l'apôtre du nouveau projet, après avoir pratiqué, sur ordre des autorités, un certain nombre de sondes en mer à partir de 1755. Son projet, qui reprend en partie celui de Vauban, est prêt en 1777, date de la carte qu'il produit. 32

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