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Le massacre de Lubumbashi

208 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1993
Lecture(s) : 36
EAN13 : 9782296268838
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BURUNDI HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET POLITIQUE D'UN CONFLIT

BURUNDI ET RWANDA À L'HARMATTAN
dernières parutions

BEN

HAMMOUDA

Hakim:

Burundi

-

Histoire

économique et politique d'un conflit, 204 p. ERNY PieITe : Rwanda 1994 - Clés pour comprendre le calvaire d'un peuple, 256 p. GASARABWE Edouard: Parlons kinyarwanda et kirundi, 290p. GUICHAOUA André: Destins paysans et politiques agraires sur les hautes terres du Burundi et du Rwanda, 240 p. MARYSSE, HERDT NDA YAMBAJE : Rwanda Appauvrissement et ajustement structurel, cahiers Africains n° 12, Bruxelles, 86 p. MBONlMPA Melchior: Ethnicité et Démocratie en Afrique -L'homme tribal contre l'homme citoyen? 128 p. MBONIMPA Melchior: Hutu, Tutsi, Twa. Pour une société sans castes au Burundi, 110 p. MAUREL Auguste: Le Congo de la colonisation belge à l'indépendance, préfacé par J.-Ph. Peemans, 352 p.

NAHIMANA Ferdinand: Le Rwanda - Émergence d'un
État, 346 p. NDEGEYA Vénérand: Répression au Burundi, journal d'un prisonnier vainqueur; 160 p. NIEMEGEERS Marcel: Les trois défis du Burundi: Décolonisation-Démocratie-Déchirure, 224 p. RUMIYA Jean: Le Rwanda sous mandat belge (19161931), 250 p. WILLAME Jean-Claude: Aux sources de l'hécatombe Rwandaise, cahiers Africains n° 14, Bruxelles, 174 p. Etc.

HAKIM BEN HAMMOUDA

BURUNDI HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET POLITIQUE D'UN CONFLIT

Éditions L'Harmattan
5-7. rue de l'École-Polytechnique. 75005 Paris

L'auteur, titulaire d'un doctorat d'économie, enseigne à l'Université Pierre Mendès-France à Grenoble. Il a séjourné au Burundi de 1990 à 1993 et a enseigné à la Faculté des Sciences Économiques et Administratives de Bujumbura dans le cadre d'un projet de coopération internationale. Il a écrit de nombreuses contributions sur l'économie burundaise et a notamment co-dirigé un numéro spécial de la revue "Mondes en développement" sur le Burundi.

Couverture: les collines travaillées du Burundi

@ L'HARMATTAN, 1995 ISBN: 2-7384-1393-5

A Gaëla, Deborah et Sarah en espérant qu'elles connaîtront un Burundi où la différence ne sera plus une source d'exclusion.

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Remerciements
Au terme de ce travail, je tiens particulièrement à exprimer toute ma reconnaissance aux professeurs Gérard Destanne De Bernis et Rolande Borrelly pour les enseignements et l'attention qu'ils m'ont apportés. Je leur dois aujourd'hui en grande partie l'approfondissement du regard critique que je porte sur l'économie et la société. Mes remerciements vont également à Hamid Aït Amara pour son soutien précieux et son indéfectible amitié. Une pensée toute particulière pour Hubert Cochet, Barnabé Ndarishikanye et Néjib Bouderbala, avec qui les discussions m'ont permis de mieux comprendre l'agriculture burundaise. Je remercie également Claude Despiney, Mélanie Abiossé-Mbembé et Monique Chajmowiez pour l'aide qu'elles m'ont apportée dans la correction et l'amélioration du manuscrit. A Eugène, Willy, Françoise, Jean-Marie, Louis-Marie, Joseph, Kid, Geneviève, Alfred, Dany...et tous les autres en espérant qu'ils trouvent ici l'expression de ma profonde amitié.

CARTE ADMINISTRATIVE
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INTRODUCTION

La tentative de putsch dans la nuit du 20 au 21 octobre 1993 a remis en cause d'une manière tragique le processus de transition démocratique entamé au Burundi depuis la fin des années 80. Ce processus visait, à travers la démocratisation des structures d'exercice du pouvoir et l'ouverture d'un large débat sur la question de l'unité nationale, à mettre en place un nouveau projet social pluraliste qui puise sa légitimité dans une identification à un Etat-Nation se substituant à la légitimité ethnique. Ce processus a été initié après les événements de Ntega et Marangara et a conduit à la formation d'un gouvernement paritaire avec un premier ministre hutu, en octobre 1988. Le gouvernement, conduit par A. Sibomoana, a très rapidement ouvert un large débat sur l'unité nationale, clôturé par l'adoption par référendum en février 1991, de la Charte d'Unité ayant un statut supraconstitutionnel. Après l'adoption de cette Charte, le président P. Buyoya a mis en place une commission constitutionnelle chargée de l'élaboration d'une nouvelle constitution pluraliste qui sera approuvée par voie référendaire en mars 1992. Ce processus se poursuivra en 1993 avec les élections présidentielles et législatives qui ont vu la victoire du Front pour la Démocratie au Burundi (FRODEBU), principal parti d'opposition, et l'arrivée au pouvoir du président M. Ndadaye au mois de juillet. Certes les trois premiers mois d'exercice du pouvoir par la nouvelle majorité ont été émaillés de difficultés, voire d'erreurs liées essentiellement à une gestion précipitée et non concertée du retour des réfugiés. Parallèlement aux diffi9

cuItés de gestion des contentieux fonciers, le retour des réfugiés a nourri les rumeurs les plus folles sur les avantages que le gouvernement était en train de leur accorder dans l'administration, à l'université La multiplication des rumeurs et la situation d'instabilité relative qui s'est instaurée suite à la disparition des anciens mécanismes d'encadrement et de contrôle de la population ont amené le nouveau président à rassurer la population et à l'appeler au calme dans un discours radio-télévisé. Un appel qui a été insuffisant puisqu'une semaine plus tard le président ainsi que certains hauts responsables de l'Etat dont le président de l'Assemblée Nationale et son vice-président étaient assassinés par des militaires putschistes. Cette tentative de putsch a créé une situation de vacance du pouvoir qui a permis aux extrémistes de tout bord d'exercer librement leurs projets de purification ethnique. Quatre jours de violence se sont ainsi soldés par un bilan lourd: des dizaines de milliers de morts, plus d'un million de déplacés sur une population de six millions d'habitants. Un véritable drame qui, au-delà du blocage actuel de la situation politique, a produit une profonde cassure au sein de la société burundaise et marquera les générations futures. En effet, les récits des massacres des élèves tutsis dans une école à Kubimbi, de familles entières de paysans tutsis à Karusi et à Ruyigi ainsi que les exactions de l'armée contre les cadres du FRODEBU et des familles hutues nourriront à n'en pas douter une mémoire et une identité ethniques faites de sang et d'exil. Confrontées à cette violence aveugle, les élites burundaises, qui avaient misé sur cette transition comme moyen de dépassement des clivages ethniques et de construction d'une nouvelle citoyenneté, ont analysé ces événements comme la manifestation d'une certaine fatalité dont le peuple burundais ne pourra jamais se débarrasser. L'opinion occidentale ne s'est pas trop attardée comme par le passé sur ces événements, trop occupée qu'elle était à suivre d'autres conflits plus proches d'elle comme celui de l'ex-Yougoslavie. Ainsi nous a,..t-onannoncé très rapidement le rétablissement du gouvernement légal et le retour à la 10

nonnale ; manière à peine voilée pour nous amener à suivre des conflits plus proches de nos frontières. Par ailleurs, la presse occidentale a adopté un profil bas par rapport à ces événements, et n'a pas essayé de les ériger comme pour les événements de 1972 ou de 1988 en une manifestation de la sauvagerie des sociétés tribales1. Des compte-rendus furent dressés à l'époque dont l'objectif n'était pas d'aider les populations des pays développés à comprendre ces affrontements ethniques et à développer des réseaux de solidarité avec les pays du Tiers-Monde, mais, de les convaincre de la suprématie de l'ordre démocratique libéral par rapport aux modèles tribal de l'Afrique et totalitaire des ex-pays communistes de l'Est. Or, face au retour de "l'esprit de la tribu" en Europe, ce discours n'a plus de portée, et faute d'une utilisation idéologique de ces événements, la presse occidentale s'est limitée à une rapide description des faits. Dans cette perspective, les seules tentatives d'analyse renvoyaient d'une manière très vague aux contentieux qui opposent les différentes ethnies au Burundi. En définitive, en dehors des travaux académiques examinés tout au long de cet ouvrage, nous devons faire face à l'incapacité intellectuelle ambiante à analyser les conflits ethniques au Burundi. Quelle est l'origine de ces conflits? Comment les consciences ethniques se sont-elles fonnées dans un pays où les soi-disant ethnies partagent la même langue, le même espace géographique et les mêmes traditions culturelles? Quelles sont les bases de l'ethnicité au Burundi? Ces ethnies sont-elles seulement des constructions de l'histoire? Quelle place a l'Economique dans la construction des identités ethniques?

1. Voir à ce propos, l'étude effectuée sur la perception par la presse internationale des événements de Ntega et Marangara par A. Guichaoua, La vision des médias internationaux (commentaire et extraits) in J.-P. Chrétien, A. Guichaoua, G. Le Jeune, La crise d'août 1988 au Burundi, Cahiers du CRA N°6, 1989.

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Dans cet essai, il s'agit pour nous de poursuivre la réflexion entamée par des historiens et des sociologues autour de la question ethnique au Burundi, en introduisant la dimension économique longtemps marginalisée. Nous ne cherchons pas à privilégier l'aspect économique dans l'analyse des conflits ethniques, mais nous pensons qu'il est nécessaire de l'introduire dans une grille de lecture globale de ces phénomènes. Dans cette perspective, nous nous situons dans la continuité des recherches effectuées depuis quelques années sur le phénomène ethnique en Afrique en posant comme préalable à notre réflexion l'hypothèse que celui-ci n'est ni naturel, ni spécifique à l'Afrique. En effet, nous considérons que les ethnies sont des constructions dont l'histoire ne peut être dissociée du processus de structuration-déstructuration des systèmes de domination2. En conséquence, ces derniers ont cherché dans l'ethnisme les moyens de perpétuer leur omnipotence. Ainsi, les pouvoirs coloniaux ont-ils pu maintenir l'ordre colonial, entre autres, par la manipulation des sentiments ethniques à travers les alliances qu'ils passaient avec certaines ethnies contre d'autres. Ces pratiques et ces alliances étaient justifiées par les discours pseudo-scientifiques de l'anthropologie coloniale qui stipulaient la supériorité naturelle de certaines ethnies ou castes, et leurs aptitudes à exercer le pouvoir. Ce discours raciste de l'ethnologie coloniale sera rapidement intériorisé par les élites locales, et constituera la base idéologique des constructions étatiques post-coloniales en Afrique. Ainsi derrière les slogans de construction des EtatsNations se sont mis en place des systèmes économiques et sociaux de domination d'une ethnie sur d'autres dans un espace géographique aux contours déterminés à l'avance par le pouvoir colonial. Dans ce contexte, les contestations des pouvoirs étatiques s'exprimaient logiquement dans des discours ethniques ou régionalistes et, parallèlement aux pouvoirs établis, se structuraient de véritables réseaux de
2. Voir l'avant-propos du livre collectif sous la direction de J.-L. Amselle et E. M'bokolo, Au coeur de l'ethnie. Ethnies, tribalisme et Etat en Afrique, Paris, Editions La Découverte 1985. 12

solidarité érigés en contre-sociétés, donnant ainsi aux ethnies une identité et fondant leur conscience. Ainsi, c'est dans l'exercice du pouvoir ou dans sa contestation que les ethnies ont pu construire leur histoire. Ceci nous amènera à évoquer dans cet ouvrage les questions liées à la représentation dans les conflits ethniques. Le cas burundais est relativement spécifique en Afrique dans la mesure où les composantes "ethniques" de la société burundaise vivent mêlées sur les mêmes collines et ne se différencient ni par la langue, ni par les traditions ou les pratiques culturelles. Par conséquent, l'utilisation du concept d'ethnie ne nous paraît pas scientifiquement fondée. Les Tutsis et les Hutus ne sont ni des races ni des ethnies. D'ailleurs, certains auteurs parlent de castes ou utilisent le concept de super-clans patrilinéaires pour désigner ces groupes de populations3. Mais ces formes d'unité n'ont pas pu empêcher l'apparition et le développement d'un discours ethniste qui trouve ses origines dans les luttes et les compétitions politiques pour le contrôle des appareils étatiques en construction. A cet égard, le cas burundais cesse d'être spécifique pour s'inscrire dans la problématique générale des conflits ethniques en Afrique, en rapport avec le processus d'édification des systèmes de domination. Notre apport à cette grille d'analyse sera centré autour de l'introduction du volet économique dans une grille d'analyse globale de l'évolution de la société burundaise. L'objectif de ce travail est donc d'échapper à une lecture unidimensionnelle des questions ethniques et d'essayer dans la mesure du possible d'intégrer les aspects économiques, politiques et idéologiques. Ce choix s'explique par la forte interpénétration entre les sphères économique et politique qui caractérisent les sociétés africaines. Cette caractéristique a été analysée par l'africanisme politique français qui, à travers la reprise des catégories wébériennes de l'idéal-type de l'Etat
3. Voir M. Elias et D. Helbig, Deux milles collines pour les petits et les grands, in Politique Africaine N°42, Juin 1991. J.-P. Chrétien, Le clivage ethnique. Les jeux du pouvoir, de la peur et de la race, in I.-P. Chrétien, A. Guichaoua et G. Le Jeune, op.cit. 13

patrimonial, a permis un renouvellement important des études sur les sociétés africaines. Ces travaux, loin de nier les spécificités des constructions étatiques en Afrique, cherchent, sur la base d'une critique des théories dépendantistes et développementalistes, à reconstruire un nouveau paradigme de recherche à partir du noyau patrimonial commun à tous les Etats en Afrique4. En effet au-delà de leurs diversités, les processus d'étatisation en Afrique se caractérisent par l'absence de distinction entre les domaines public et privé qui se traduit par une forte personnalisation du pouvoir et une large imbrication du Politique et de l'Economique. Dans cette étude, nous cherchons à vérifier l'hypothèse d'une convergence entre conflits ethniques et périodes de crise et de remise en cause des systèmes politiques et économiques de domination. En effet, c'est durant ces périodes d'instabilité que les pouvoirs contestés mobilisent l'ethnisme pour justifier leur présence au pouvoir. D'un autre côté, les oppositions sont amenées à user de l'argument ethnique pour rassembler la base la plus large afin de donner une force nouvelle à leurs projets de contestation. Par ailleurs, nous introduisons dans notre recherche, la notion d'ordre social défini comme la capacité d'un bloc social à une période donnée et sur un espace géographique déterminé à investir l'Etat et/ou à le contrôler de manière à structurer une dynamique d'accumulation et un univers idéologique assurant sa domination sur la société. Dans cette perspective, l'étude des sociétés africaines aura pour objet, dans le cadre d'une approche pluri-disciplinaire, à construire l'histoire du mouvement de structuration-déstructuration des ordres sociaux. A ce propos, l'intérêt devrait porter particulièrement sur l'étude des trois piliers fondamentaux de chaque ordre social: le bloc social dominant, le mode d'accumulation et l'univers idéologique (figure 1).
4. Voir notamment: J.-F. Médard (sous la direction), Etats d'Afrique noire- Formations, mécanismes et crise, Paris, Kharthala 1991. 14

Au Burundi, nous distinguons la formation successive de trois ordres. Il s'agit d'abord de l'ordre royal pré-colonial qui, basé sur une forte intégration des différentes couches de la population à l'institution royale, a été le seul ordre véritablement hégémonique dans l'histoire récente du Burundi. La crise de cet ordre dès la fin du XIXème siècle et la pénétration coloniale vont permettre à l'administration coloniale de tenter d'imposer un nouvel ordre basé sur l'ethnisation de la société, l'extraversion de l'économie burundaise et son intégration dans un espace de fonctionnement basé sur la Belgique. Ces deux caractéristiques vont également marquer le dernier ordre social qui sera structuré dans la période postcoloniale. En effet, dépendance économique et ethnisation de la société seront les principaux traits de ce nouvel ordre social et également les facteurs de l'instabilité permanente qui va se manifester à travers des conflits ethniques répétés. L'ouvrage comporte quatre chapitres. Le premier analyse la situation du Burundi pré-colonial. L'étude des transformations économiques et sociales opérées par l'autorité coloniale belge, dans le second chapitre, nous permettra de situer les origines des conflits ethniques au Burundi. Enfin, les deux derniers chapitres sont consacrés à l'analyse du processus de construction de l'Etat néo-patrimonial durant la période post-coloniale ainsi que sa crise au milieu des années 80. Cet examen nous amènera à comprendre la cristallisation des conflits ethniques durant ces dernières années.

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GRILLE D'ANALYSE

DES SOCIETES

NEO-PATRIMONIALES

Sphère Espace Périphérique

Economique

Etat

Univers

de Léqitimation

Bloc

Social

Dominant

PRINCIPAUX

ELEMENTS

D'UN

ORDRE SOCIAL

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Chapitre I hégémonie L'ordre pré-colonial: stabilité économique

politique

et

Un royaume unifié à [afin duXIXème siècle Le royaume du Burundi est une des anciennes monarchies de l'Afrique des Grands Lacs qui s'est constituée vers le XVème siècle!. Mais c'est seulement sous le règne de Ntare Rugamba au XIXème siècle que le royaume du Burundi, qui comptait déjà les régions du Mugamba, Kirimiro, Buyenzi et Bututsi, s'est développé avec l'annexion du Buyogoma, du Bweru, du Bugufi, de l'Imbo et une partie du Bugesera pour constituer une unité territoriale proche du Burundi actueF. L'action de Ntare Rugamba ne se limita pas à l'agrandissement du royaume et à la consolidation de son unité, elle engendra également une profonde transformation des structures politiques et administratives du royaume. La première réforme fut une décentralisation du pouvoir avec la création d'institutions chargées de l'administration et de la gestion des provinces, et dominées par les princes de sang (abaganwa). La deuxième réforme consista à créer des domaines royaux (ivyibare) gérés par des Bishikira et d'où étaient exclus les princes de sang. La hiérarchie du royaume du Burundi à cette époque est dominée par le roi (Mwami) considéré comme "un personnage sacré, pilier du royaume, garant de la fécondité géné1. E. Mworoha, L'organisation politique du Burundi au XIXème siècle, in Cahiers d'Histoire, nOl, 1983. 2. E. Mworoha (sous la direction), Histoire du Burundi-Des origines à la fin du XIXème siècle, Hatier, 1987. 17

raIe du pays à travers la santé même de son propre corps, protecteur des cultures qu'il était censé avoir introduites (l'héritier au trône naît avec les principales semences à la main) et dont il règle le calendrier par le rituel annuel des semailles du sorgho (umuganuro) ; maître éminent des terres et des pâturages, père de ses sujets qui se saluent et jurent en son nom"3. Mais en dépit de ces fonctions, le pouvoir du roi n'était pas absolu, et les autorités administratives du royaume constituaient un contre-pouvoir efficace, limitant finalement le rôle du Mwami à l'arbitrage de la vie politique et sociale. Rappelons que le royaume du Burundi comprenait, sous le Mwami, trois niveaux d'autorités4 (voir figure 2) : - Les autorités administratives composées des chefs ganwa ou des princes de sang (abaganwa) ; des chefs bahutu ou batutsi appelés batware, des chefs bishikira, les ritualistes ou "hommes de secret" (banyamabanga) ayant des responsabilités magico-religieuses à la cour. Elles dominaient l'appareil d'Etat et incarnaient la réalité du pouvoir. L'aristocratie baganwa, d'où provenaient les chefs provinciaux, participait à la définition du droit du royaume et assurait le contrôle des terres et des pâturages par le biais des forces armées qu'elle entretenait. - Les autorités déléguées (ivyariho) qui, sous la responsabilité des chefs de provinces, assuraient le contrôle et la gestion d'une sous-chefferie composée de plusieurs collines. Le Cari ho, responsable de la sous-chefferie, jouait un rôle important dans la recherche des travailleurs, la collecte des redevances et l'exercice de la justice. - Les autorités arbitrales (abashingantahe) composées de vieux notables des collines qui réglaient les conflits et litiges entre les paysans.

3. E. Mworoha, Redevances et prestations dans les domaines royaux du Burundi précolonial, in Culture et Société, n° 3, 1980. 4. E. Mworoha (1983), op. cit. 18

Figure 2 : La hiérarchie politique au Burundi au XIXème siècle

MWAMI (ROI)
Autorités administratives

BAGANWA
(CHEFS-PRINCES)

INKEBE
(CHEFS BAHUTU OU BATUTSI)

BISHIKIRA (CHEFS DES DOMAINES ROYAUX

BANYAMABANGA

(CHEFS
RITUALISTES)

Autorités déléguées

Autorités arbitrales

Source:

E. Mworoha, (1987), op. cil., p. 226.

19

La succession royale était assurée par un cycle quaternaire qui commençait par le Mwami Ntare, et continuait avec Mweezi, Mutaga et Mwambutsa5. A l'arrivée d'un nouveau roi, ses descendants recevaient le nom de Ganwa. Ainsi les descendants de Ntare sont des Batare, ceux de Mweezi des Bezi, de Mwambutsa des Bambusta, de Mutaga des Butaga. Au même moment, l'accession d'une nouvelle lignée au pouvoir entraînait pour les anciens ganwa la perte de tous leurs privilèges au profit des nouveaux. Ce système de succession, s'il a codifié les règles d'alternance et favorisé le renouvellement des structures politiques, n'a pas pour autant empêché les luttes pour le pouvoir entre les différentes lignées. L'origine des dynasties royales au Burundi n'est pas déterminée d'une manière précise: tutsie pour certains, hutue et tutsie pour d'autres, ganwa pour d'autres encore6. Certains historiens soutiennent l'hypothèse de lignées royales originaires de Buba en Tanzanie et métissées dès leur arrivée suite à un mariage entre un roi hutu et une femme tutsi. En définitive, le pouvoir royal au Burundi s'est progressivement démarqué, dans l'histoire, des grandes lignées hutu et tutsi en se concentrant entre les mains des grandes familles royales et princières et du clan tutsi des Banyaruguru. Cette situation est totalement différente du cas rwandais où le pouvoir royal était détenu par les tutsis. C'est ce modèle rwandais qui est à la base du discours et des pratiques coloniales belges comme on le verra dans le chapitre 2. Après Ntare Rugamba, c'est Mwezi Gisabo (18501908) qui assurera la continuité du royaume et maintiendra son unité face à des difficultés internes: tentatives d'insubordination de certains membres de la famille royale, attaques et incursions venus de l'extérieur. Sous le règne de Mwezi Gisabo, les historiens s'accordent à reconnaître que
5. Voir J-F. Médard 6. Voir anniversaire 20 J-P. Pabanel, Le Burundi, Un Etat d'origine traditionnelle, in op.cil. H. Rossel, Le Rwanda et le Burundi à la veille de leur 30ème d'indépendance, Genève-Afrique, n02, 1991.