LE MONDE ET LE DESTIN DES AFRICAINS

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Premier volume d’une trilogie intitulée « Le monde et le destin des africains », cet essai se veut une photographie du monde contemporain sur le plan des relations internationales. L’auteur a cherché à fixer les enjeux qui déterminent les grandes tendances de l’évolution du monde actuel et le destin des africains. Au regard des enjeux démographique, stratégique, économique, culturel et politique, il essaie d’attirer l’attention sur les forces et les puissances qui structurent et façonnent le monde dans lequel nous vivons.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296302167
Nombre de pages : 218
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LE MONDE

ET LE DESTIN
mondiaux

DES AFRICAINS
de puissance

Les enjeux

Présentation

de l'auteur:

Mr. Atsutsè Kokouvi AGBOBLI, de nationalité togolaise, historien, politologue et journaliste, fut ministre dans son pays, le Togo, après avoir sillonné l'Afrique et le monde et s'être pénétré de ses réalités. Auteur de plusieurs articles dans les journaux et revues en France, au Togo et en Afrique, il a publié Sylvanus Olympio,un destin tragique".Brasseur d'idées et leader d'opinion, il ne cesse de participer aux débats concernant l'évolution du Togo, de l'Afrique et du monde. En tant que chroniqueur politique, il anime régulièrement la rubrique "actions et réflexions" dans le bimensuel Afrique Education (adresse Internet: www.afriqueeducation.com). Comme créateur de pensée, il se veut un original qui n'hésite pas à prendre le contre-pied des idées reçues au risque de choquer l'opinion. En témoignent ses plaidoyers pour l'UNITA angolaise et son chef charismatique, Jonas Savimbi, assassiné le 22 février 2002 et avec lequel il publia un livre d'entretiens intitulé "Combatspour l'Afrique et la démocratie" et pour la création dans les pays africains d'Etats forts à orientation démocratique chargés de jeter les bases de la modernisation industrielle et de la démocratisation des sociétés africaines.

Couverture: Graphique de la page de couverture cgYves Ekoué Amaïzo

Directeur

de la collection

"Interdépendance africaine"

- Etudes

africaines:

Yves Ekoué Amaïzo, Contact: yeamaizo@hotmail.com E.ditions l'Harmattan Tél.: 0033 (01) 40 46 79 20 - Fax.: 0033 (01) 43 25 82 03 Courrier électronique: harmat@worldnet.fr Adresse internet: http://ww.\v.editions-harmattan.fr

@ L'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-3214-3

Atsutsè

Kokouvi

Agbobli

LE MONDE

ET LE DESTIN
mondiaux

DES AFRICAINS
de puissance

Les enjeux

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L 'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRŒ

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALŒ

Collection

« Interdépendance africaine: Etudes africaines »

Collection« Interdépendance africaine: Études africaines » Dirigée par Yves Ekoué Amaîzo

Dernières parutions

Yves Ekoué AMAIZO, L'Afrique est-elle incapable de s'unir, 2002. Atsutsè Kokouvi AGBOBLI, Le monde et le destin des Africains. Les enjeux mondiaux de puissance, 2002.

A Anokovi Anani, ma chère épouse disparue, A Afi, Ayao et Ayaovi, nos enfants, A Kodjo Agbobli, mon père, A Massan Sydo l, ma mère, A mes frères, sœurs et parents, Et, par de là eux, aux Africains de tous les pays.

Remerciements
Je tiens tout particulièrement à remercier mon compatriote Yves Ekoué Amaïzo qui, en plus de ses multiples activités professionnelles, a mené un travail important d'édition, de composition, et de mise en page des différentes versions qui ont conduit à la parution de cet ouvrage. Lomé, le 10 mars 2002 Atsutsè Kokouvi Agbobli

Avant-propos Nul doute que l'Afrique d'aujourd'hui, en proie aux guerres civiles, aux maladies et aux famines, est à la croisée des chemins. Ce qui pose en des termes angoissants la question du destin des Africains dans un monde de combat. Surtout que cette situation générale se caractérise par le démantèlement des Etats, la désagrégation des pays et la désintégration des sociétés constituées avec pour corollaire l'extension progressive du désordre, de l'anarchie, de la désolation et de la mort. Sans qu'il soit question ni d'afro-optimisme ni d'afro-pessimisme, il s'agit de se projeter tout simplement dans un avenir prévisible pour évaluer les conséquences de ces épreuves douloureuses sur le devenir des Africains en tant qu'êtres humains et communautés historiques établies. A moins d'ignorer les faits saillants du passé ou encore de prôner secrètement la réduction drastique du nombre des Africains et de programmer leur disparition pure et simple, tout fin connaisseur des grandes tendances de l'évolution de l'histoire doit s'inquiéter de l'avenir et du sort futur des Africains. Le chaos africain ne peut laisser indifférent l'Africain qui sait que les guerres, les maladies et les famines, qui sévissent aujourd'hui sur le Continent noir, ont servi dans l'histoire comme moyens de destruction de peuples entiers. Il est fait pour empêcher l'Africain informé des intentions des géopoliticiens, stratèges et hommes politiques étrangers d'y recourir comme solution finale à la Nouvelle Question d'Afriquet identifiée en fait au Péril africain, voire au Péril noir. Cette inquiétude fondée sur les épreuves auxquelles l'Afrique et les Africains sont confrontés depuis des lustres et qui n'est l'expression d'aucun désespoir impose la connaissance approfondie des réalités mondiales telles qu'elles se présentent dans leur froideur. Cela permettra aux Africains de se ressaisir, de se pénétrer de l'idée d'améliorer leur sort, de l'idée de savoir saisir leur chance en s'engageant résolument dans le combat de la vie, pour renaître à l'histoire, et se forger des ambitions collectives qui soient le rêve africain. Telle est l'ambition de cet essai. Elle vise à intéresser les Africains au sens réel de la vie et à la nature réelle du monde, à attirer leur regard sur les forces et les faiblesses de la culture africaine traditionnelle face aux défis de l'existence et à leur faire prendre conscience de la dynamique des rapports de force dans la détermination de l'évolution de l'humanité. Le présent volume est le premier d'une trilogie intitulée "Lemondeet le destindes Africains".On eût pu dire "Lemondeet le destindes Noirs",car c'est en fait le Monde noir tout entier qui vit une situation exceptionnellement tragique sur l'échiquier planétaire actue1.

t

Atsutsé Kokouvi Agbobli, La nouvelle question d'Afrique, pp. 127-161, in Yves Ekoué Amaïzo (sous la coordination de), L'Afrique est-elle incapable de s'unir? Lever l'intangibilité des frontières et œuvrer pour un passeport commun, éditions I'Harmattan, Paris, avril 2002, 664 pages.

Sans s'enfermer dans des considérations "sentimentalistes",des présupposés surréalistes, des a priori tendancieux ou des approximations démagogiques, cet essai tente de faire le point des forces qui déterminent les grandes tendances de l'évolution de l'histoire dans le but d'apprécier le sort réservé aux peuples africains. Comprendre le sens réel que les peuples dominants se font de la vie terrestre, s'adapter à la vision qu'ils ont de l'existence et maîtriser les méthodologies d'action qu'ils se donnent sont une démarche indispensable pour tout peuple qui veut s'affirmer comme acteur de l'histoire. Parce qu'ils ne vivent pas le monde réel mais s'accommodent plutôt d'un monde virtuel, les Africains s'excluent du monde. Ce premier volume porte le sous-titre: "Les enjeux mondiaux de puissance". Il essaie de photographier la scène politique mondiale à l'aune des enjeux qui opposent les peuples et les nations au regard des défis qu'ils sont tenus de relever pour s'affirmer comme acteurs agissants de l'histoire universelle. Il part du principe selon lequel la vie est un combat et la vie internationale un combat entre les peuples et entre les nations pour s'assurer les meilleures places au Grand Banquet de la vie et souhaite démontrer que, sans exclure la recherche de l'intérêt personnel des individus, la promotion de l'intérêt national a toujours commandé les relations internationales. Aussi, sur un échiquier international fait de la permanence de la compétition, de la concurrence et du combat, la démographie, la sécurité, l'économie, la culture sont-elles des grands enjeux de puissance. Elles sont au fondement de l'action des nations confirmées et constituent les données essentielles de la politique des Etats. Elles sont si imbriquées les unes aux autres et si liées les unes aux autres que le déclin de l'une sonne généralement la chute de l'ensemble de l'édifice que forme toute communauté historique constituée. Les hommes d'Etat les plus avisés le savent au point de veiller à ce qu'aucune de ces constantes de la puissance des peuples et des nations ne soit négligée. Le deuxième volume portera sur "Lacrise de la conscienceafricaine".Il interroge l'Africain dans son être, dans son âme à partir de l'idée qu'il se fait du monde dans lequel il vit, de la conception qu'il a de son existence sur la Terre, de ses relations avec les autres peuples, c'est-à-dire de sa place dans le monde. L'Africain d'aujourd'hui a-t-il intégré dans son subconscient les schèmes culturels fondamentaux de la dynamique des civilisations qui, depuis les temps immémoriaux, ont forgé la conscience des peuples qui se sont révélés conducteurs de l'histoire universelle ou reste-t-il à jamais attaché aux toutes premières valeurs spirituelles inventées par ses seuls ancêtres et dont il est incapable de se défaire? A étudier de près la société africaine traditionnelle telle qu'elle s'exprime de nos jours, à travers la pensée et la moralité, l'organisation et la méthode, l'autorité et l'Etat, la confiance et la socialité, le temps et l'historicité, on constate l'existence d'une crise généralisée de la conscience africaine. L'Africain se veut tout mais il n'est nulle part. Loin d'être le maître de son destin il subit, asservi et abruti, la raison d'un maître qu'il prend pour son ami. Alors même qu'un très vieil adage africain qui est autant un précepte pour la vie veut que "si tu ne saispas d'où tu viens,sais au moins où tu vas", l'Africain d'aujourd'hui baigne dans un univers où il est à
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la merci de tout vent. Il ne sait pas qui il est, d'où il vient et où il va, au point d'être comme le veulent certains exégètes de la Bible "l'esclavedes esclavesde sesfrères". Il se complaît de l'image d'exotisme voire d'objet d'études que l'Occidental se fait de lui. Il semble accepter comme relevant de la fatalité la soumission à l'étranger dominateur qui, en réalité, a fondé ses rapports avec l'Africain sur la peur inexpugnable de l'homme noir qui serait en fait conscient que l'esclavage et la domination de l'homme blanc sont aux sources de ses malheurs. Le troisième volume, intitulé "La démocratiecontre l'Afrique", peut paraître, par son titre, provocateur. Mais, le titre reflète la condition réelle d'une Afrique toujours occupée, dominée et exploitée et à qui la démocratie est servie comme diversion pour semer la zizanie au sein de ses élites et les éloigner de l'objet de la politique qui reste la promotion du développement et la réduction des inégalités. Comme de l'os jeté par des voleurs aux chiens pour tromper leur vigilance, la démocratie balancée aux Africains, après la chute du rideau de Fer, la disparition de l'Union soviétique et l'effondrement du communisme, par leurs dominateurs viscéralement hostiles à la liberté et à la libération de l'Afrique, ne manque pas de soulever des interrogations chez les élites africaines les plus conscientes. Correspond-elle au stade actuel des forces productives et des rapports de production en Afrique ainsi qu'aux légitimes ambitions de modernisation industrielle des sociétés africaines? Peut-on démocratiser et développer des sociétés dominées de l'extérieur? La démocratie conseillée aujourd'hui aux Africains ne sert-elle pas plutôt à les détourner des grands défis qu'ils doivent relever à commencer par le défi de la modernisation industrielle qui est la clé du développement au regard de l'histoire des nations industrielles de l'époque contemporaine? Bien sûr que la démocratie reste pour l'heure le moins mauvais des systèmes de gouvernement de la cité. N'en déplaise à ceux qui le proclament en sachant pertinemment que cela relève de la chimère, la démocratie n'est pas et n'a jamais été la condition du développement. Et, imposer, dans des Etats africains en formation et au sentiment national encore fragile, la forme actuelle très avancée de la démocratie parlementaire de type occidental connue pour ses fortes tendances à la division de l'opinion, revient, en fait, à sonner le glas de l'unité nationale sous l'effet du réveil des antagonismes ethniques, régionaux, religieux voire identitaires. Loin d'être la panacée pour les énormes défis que toute société africaine doit relever dans le but d'entrer dans la modernité ou la condition du développement, la démocratie se construit progressivement en symbiose avec le long et dur processus de modernisation industrielle de la société. Et celle-ci ne se conçoit pas sans la promotion de la liberté, des droits de l'homme et de l'état de droit caractérisé par l'égalité de tous devant la loi. Ce premier essai se veut un diagnostic réaliste et sans complaisance des rapports de forces mondiaux tels qu'ils se présentent au regard des conflits entre les peuples, entre les nations voire entre les races qui s'affrontent sur l'échiquier planétaire. Il refuse de taire les antagonismes raciaux irréductibles qui, eux aussi, participent à la détermination des rapports au sein des peuples et des nations et 13

structurent les relations entre les peuples et entre les nations et que les dominateurs de l'intérieur et de l'extérieur manipulent à volonté tout en s'efforçant de les voiler pour endormir leurs victimes par des discours insistant uniquement sur la lutte des classes, les conflits entre les ethnies, la guerre des religions voire le choc des cultures ou des civilisations. Par convenance inacceptable, l'on se garde généralement de parler désormais de guerre raciale dont la matérialité ne fait aucun doute dans la marche actuelle de l'histoire. Mais les faits patents de l'histoire commandent de refuser de s'enfermer dans le carcan idéologique établi par les dominateurs, spécialistes du lavage des cerveaux, pour analyser la question du devenir des Africains en termes de combat entre eux et les autres peuples pour participer au commandement de l'histoire universelle. Ce premier essai se veut également prospectif: s'inspirant des faits du passé lointain et récent et des événements qui se déroulent sous nos yeux, il essaie de les projeter dans un avenir prévisible pour déterminer le sort qui attend les Africains. Même s'il dépeint, sur la base des tendances actuellement décelées, un tableau terrifiant du monde de demain pour les Africains, il a pour ambition de réveiller ces derniers de leur torpeur pour leur indiquer qu'ils ont la possibilité de renverser le cours de l'histoire à condition de savoir qu'il leur faut se battre pour réaliser comme ambition un rêve africain fait d'enrichissement des individus et des peuples par le biais de la modernisation industrielle. La meilleure manière pour les peuples de disparaître est d'accepter comme naturelle la servitude alors que les dominateurs savent pertinemment que les peuples dominés portent en eux un potentiel de révolte qu'il suffit de réveiller pour déclencher la confrontation libératrice. "Lemonde et le destin des Africains" se veut une somme qui aide les Africains à prendre conscience de leur condition et de leur force pour se réveiller et participer activement à la nouvelle civilisation qui s'affirme.

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"Si vous voulez être libre, ilfaut travailler. "
Périclès, homme d'Etat athénien.

"L'adversité est grande, mais l'homme est encore plus grand que
l'adversité ft.

Rabindranath

Tagore, écrivain indien.

"Tout organisme ne reçoit vraiment l'existence que selon la force de résistance qu'il oppose à son antagoniste. Adam Müller, philosophe allemand.

Introduction

Fin de siècle, fin de millénaire et fin d'un monde. Notre monde entre dans une période tourbillonnaire. Il bouge. D'un mouvement tellurique qui annonce, par des bouleversements surprenants, l'accélération de l'Histoire. D'une Histoire dont la dynamique demeure comme le rappelle à juste titre Francis Fukuyama la conjugaison du désir de reconnaissance de l'homme et de la logique de la science et de la technique moderne2. Mais, de tous les côtés, les certitudes les plus avérées sont ébranlées. Les métamorphoses du communisme puis sa chute brutale en tant que fondement de l'action politique au début de la décennie 1990 marquèrent la fin d'une époque. Le Village planétaire pressenti dès le milieu des années 1970 par le Canadien Herbert Marshall McLuhan3 a pris corps sans pour autant laminer totalement les diversités ethniques et les réalités nationales. L'économie a beau se mondialiser dans l'unique intérêt des puissances industrielles confirmées et de leurs grandes compagnies multinationales, les peuples et les nations sont toujours là, campés sur leur identité et leurs certitudes. Le sentiment national voire l'appartenance raciale, ethnique et religieuse sied, plus que jamais vivace, dans le subconscient des individus et dans la conscience collective des peuples. Il provoque des turbulences qui surgissent en dessinant les contours fondamentaux du monde de demain. Fondées essentiellement sur des rapports de forces militaires qui sous-tendent la confrontation commerciale, les mutations d'aujourd'hui préparent un nouvel équilibre des forces à l'échelle planétaire. Les évènements du Il septembre 2001 et ses conséquences en témoignent amplement. Quoiqu'en disent des observateurs très avertis et des esprits très savants, l'évolution de la population reste la donnée cardinale du nouvel ordre mondial en gestation. Même si la faculté de conduire l'histoire échouera aux mains des peuples et des nations qui, comme jadis, sauront s'arrimer au train du progrès scientifique et technique qui se manifeste sous nos yeux par la révolution électronique et informatique, la révolution de l'information et de la communication et des médias et celle du développement technologique. Au commencement est la ressource humaine. Plus que jamais comme l'affirmait au XVIe siècle le Français Jean Bodin: "i! n'est force et richesse que d'hommes", la ressource humaine est aux sources de toute richesse et à l'origine de toute puissance. Nombreuse, elle a permis à la Chine et à l'Inde de résister à toutes les invasions et aux desseins de liquidation physique de leurs habitants ourdis dès le XVIIIe siècle par les Anglais du général Robert Clive de Plassey. Elle sous-tend en partie l'expansion européenne au XIXe et dans la première moitié du XXe siècle. Vieillissante et en déclin, elle fut aux origines de l'écroulement de l'empire Romain comme cela provoque aujourd'hui les pires réactions de survie de la part de la communauté des peuples de souche européenne.

2 Francis Fukuyama, La Fin de l'histoire et le dernier homme, Paris 1992, Flammarion, 3 Herbert Marshall McLuhan, La Galaxie Gutenberg, 1964.

452 pages.

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C'est bien en fonction de l'enjeu démographique planétaire que se mène, sous nos yeux, le grand jeu des puissances, prélude à la nouvelle redistribution des cartes à l'échelle planétaire. Les taux inégaux de la croissance démographique entre les nations développées - notamment celles de souche européenne - et les peuples non-européens avec les rapports de force favorables aux non-Européens allant de pair avec l'extension de la révolution scientifique et technique et du développement technologique au monde entier n'annoncent-ils pas la revanche des peuples considérés jadis par Friedrich Hegel, et même Karl Marx, comme ahistoriqueset qui recommencent aujourd'hui à renaître à l'histoire? En visionnaire perspicace, Oswald Spengler avait déjà entrevu cette évolution dans "Le Déclin de !'Occident,rIavant de la préciser avec force dans les ''Années Décisives',5; lorsque la science et la technique modernes, mises au point en Occident, tomberont aux mains des peuples de race non-européenne, disait-il en substance, le commandement de la politique mondiale penchera du côté des peuples à croissance démographique plus accusée. Les peuples africains et asiatiques, incarnation de l'Orient face à l'Occident dans la terminologie des géopoliticiens occidentaux, reprennent peu à peu le commandement de l'histoire qui leur fut ravi par la force des armes modernes. Leur dynamique de croissance démographique accélère le bouleversement des données géopolitiques planétaires. Devenu zone de hautes pressions démographiques, l'Orient n'est-il pas appelé à prendre sa revanche sur l'Occident transformé par la dénatalité et le vieillissement en une zone de basses pressions démographiques? Qu'on se rappelle le début des années 1960 ! Dans sa lutte contre l'impérialisme américain et contre ce qu'il dénommait alors le révisionnisme social-impérialiste soviétique, le Chinois Mao Zedong rêvait d'un monde débarrassé de la domination de la race blanche européenne au profit d'un monde en réalité cogéré par les peuples de race jaune et de race blanche européenne. L'Albanais Enver Hodja s'empressa de faire connaître à ses frères de la communauté des peuples de souche européenne la thèse des Chinois qui cachait la volonté de Pékin de réduire la prépondérance européenne dans le monde. En fait, convaincu d'un déterminisme historique irréversible qui veut que ce soit le tour des Asiatiques de conduire la politique mondiale, Pékin cherchait à attiser les rivalités et les tensions entre l'Occident capitaliste et son frère ennemi la Russie soviétique. Une guerre nucléaire entre les frères ennemis de souche européenne arrangerait bien la populeuse Chine. Et Nikita Khrouchtchev le rendit bien à Mao Zédong en menaçant la Chine de bombardements nucléaires au cas où Pékin s'aventurerait à envahir les territoires soviétiques revendiqués en Extrême-Orient. Depuis lors, à l'Est du côté de la Russie soviétique et de la Chine communiste comme à l'Ouest chez les nations capitalistes., la démographie est et reste à l'ordre du jour.

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Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident, 2 vol. Gallimard, Paris 1976.
Oswald Spengler, Années décisives, édition Copernic, Paris, 1980, 245 pages.

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Géopoliticiens, penseurs et stratèges américains et hommes politiques, asiatiques et européens se préoccupent hardiment de l'avenir de l'humanité à partir de l'évolution de la population mondiale. Les uns et les autres sont conscients que le destin de leurs peuples et de leurs nations se joue en ce début de XXIe siècle. Face à la poussée des "Barbares',6de l'Hémisphère Sud, les dirigeants des nations ploutocratiques du Nord, entonnent le péan du rassemblement. Le Français Jean Raspail dans "Le Camp des Saints"-, roman publié au milieu de la décennie 1970, décrivait le scénario de l'invasion de l'Europe développée et riche par des hordes de pauvres provenant du Sud de la mer Méditerranée. Aux Etats-Unis, les penseurs et stratèges appartenant comme Henry Kissinger au Councilfor ForeignRelations(CFR) et des officiers supérieurs et généraux comme le Commandant Thibault et les amiraux Stanfield et Lehrner à la même époque étaient arrivés à la conclusion que le péril redoutable qui menace l'âme de l'Occident n'était plus le communisme soviétique mais la dynamique démographique dans les pays du Tiers Monde et le prosélytisme islamique. Surgit Mikhaïl Gorbatchev. En Européen convaincu, il comprit vite que la longue guerre civile inter-européenne qu'était en définitive le conflit Est-Ouest pouvait à long terme précipiter l'effacement des deux protagonistes au profit de tierces puissances en constitution hors du domaine de peuplement européen. Il conçoit sa politique de détente, d'entente et de coopération entre l'Est et l'Ouest dans la perspective d'une vaste entreprise de réforme dénommée Perestroïka qui portait en elle les germes d'une révision globale de l'ordre planétaire. Mikhaïl Gorbatchev mettait à bas l'ordre bâti à Yalta en 1945 sur les décombres des nations acquises au nazisme et au fascisme. Derrière sa vision du réaménagement de la carte de l'Europe se dessinait une géopolitique mondiale toute nouvelle. Eclatée, l'Union soviétique redonnait vie à la Russie historique; comme le fit Pierre le Grand, trois siècles plus tôt en déplaçant sa capitale de Moscou à Saint-Pétersbourg au bord de la mer Baltique pour marquer une Nouvelle Russie collée définitivement à l'Europe moderne et débarrassée de ses possessions musulmanes d'Asie centrale. Léningrad reprit le nom de Saint-Pétersbourg. Ainsi, la Russie post-communiste réintégrait l'Occident. Bloquée dans son expansionnisme, en Extrême-Orient, par l'immense Chine et, en Asie méridionale et centrale, par un islam de plus en plus combatif, elle retrouve à l'Ouest avec le président Boris Eltsine la place occupée jadis par l'empire des Tsars comme le bastion avancé de l'européanité à l'Est face aux Asiatiques prolifiques et à l'islam conquérant8. Nul doute que le vent de la liberté qui avait balayé le socialisme marxiste à Varsovie, Budapest, Berlin-Est, Sofia, Prague, Moscou, Tirana, Bucarest, etc. ne

6 Jean Raspail, Le Camp des Saints, édition Robert Laffont, Paris 1973. 7 Jean Christophe Rutin, L'Empire et les Nouveaux Barbares, Jean-Claude Lattès éditeur, Paris, 1991, 248 pages. 8 Hélène Carrère d'Encausse, Victorieuse Russie, Arthème Fayard, Paris, 439 pages. 21

pouvait qu'influencer favorablement la construction de l'union européenne, allant de l'Atlantique à l'Oural voire de l'océan Atlantique à l'océan Pacifique. Mais, cette Europe chrétienne qui campe en sentinelle face à l'Asie populeuse et à l'islam conquérant fait partie d'une citadelle encore plus vaste qui est l'Euramérique, de Vancouver au Canada, sur la côte Est de l'océan Pacifique, à Vladivostok, en ExtrêmeOrient russe, sur la côte Ouest du même océan. Divisé en deux blocs rivaux mais non plus antagoniques, comprenant une masse eurasienne portant en elle les germes de l'unité sous l'appellation d'''UnionEuropéenne" et le Nouveau-Monde et conduit par l'Amérique du Nord traînant dans ses basques le Royaume-Uni, ce nouvel ensemble se structure dans l'Hémisphère Nord. C'est une vaste communauté de destin étendue sur l'Amérique, l'Europe et l'Asie sous occupation russe. A l'orée du troisième millénaire, cet ensemble géopolitique représente, dans tous les domaines de l'activité humaine, une force colossale, la plus puissante que l'homme ait jamais bâtie. A ce titre, il tient à demeurer la première puissance militaire et la première puissance industrielle du monde. Sa culture se doit de s'imposer au reste du monde pour assurer sa prééminence ad reternam. Comme force puissamment organisée, elle est dirigée essentiellement contre l'Orient, perçu en réalité comme ennemi mortel de l'Occident de souche européenne et de culture judéochrétienne. Cet Orient-là, c'est à la fois l'Afrique et l'Asie. D'immenses terres encore inexploitées. Par endroits, encore vides d'hommes, surtout sur le Continent noir. Des sources d'énergie considérables, des matières premières minérales fabuleuses, des potentialités agricoles énormes. Des populations jeunes au cœur bouillonnant d'énergie et qui attendent d'une direction politique clairvoyante et efficace qu'elle les éduque, les instruise, les forme et les mette au travail en vue d'entreprendre la modernisation industrielle de leurs immenses pays avec le concours de la science et de la technique modernes. L'Asie9, c'est d'abord l'immense Asie occidentale aux ressources énergétiques fabuleuses comprenant notamment les hydrocarbures et cœur historique de l'islam tant redouté de l'Occident. C'est aussi l'Asie centrale, tout aussi gorgée d'hydrocarbures et foyer d'un prosélytisme islamique dont la verdeur n'a d'égale que l'intensité de l'hostilité des nations et peuples chrétiens à tout ce qui participe de l'expansion de l'étendard du CroissantlO. C'est ensuite l'Asie du Sud, populeuse avec l'Inde, le Pakistan et le Bengladesh, trois pays aux populations parmi les plus miséreuses du monde. C'est encore l'Asie du Sud-Est dont l'industrialisation à marche forcée sous la houlette de régimes autoritaires se retrouve hypothéquée par un processus tout aussi forcé de démocratisation précoce. C'est enfin l'Asie Orientale avec la Chine immense,

9 Roger Holeindre, L'Asie en marche à la conquête économique du monde, Robert Laffont, Paris, 1983, 290 pages; voir aussi François Godemont, La Renaissance de l'Asie, Odile Jacob, Paris, 1993, 378 pages.
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Xavier de Panhol, Les Nations du Prophète, Arthème Fayard, Paris, 1993, 894 pages.

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le Japon prodigieux et la Corée mystérieuse, une zone où le destin du monde se joue autour de l'empire du Soleil levant y étalant petit à petit son ombre en attendant le réveil définitif de la Chine qui n'est pas disposée à brader son indépendance pour une démocratie déstabilisatrice, pensée et imposée par l'Occident dominateur. L'Orient, c'est également l'Afrique, là où les Arabes, bloqués en Asie occidentale par les Perses et les Turcs, s'efforcent d'étendre inexorablement leur influence sur des peuples noirs, inorganisés et sans défense. Objet de l'attention soutenue des ordonnateurs de la politique mondiale, la carte politique africaine, stabilisée depuis des lustres par des puissances conquérantes, souffre d'aménagements qui fragilisent ses peuples et empêchent les Africains d'affirmer leur destin en tant qu'acteurs agissants de l'histoire universelle. Nous vivons dans un monde marqué par des enjeux de puissance aux conséquences incalculables. Ils ont pour nom l'enjeu démographique, l'enjeu stratégique, l'enjeu économique, l'enjeu culturel et l'enjeu hégémonique. L'évolution actuelle de la population mondiale est marquée par le vieillissement et la dénatalité chez les nations industriellement avancées notamment les peuples de souche européenne. Ce qui pose l'enjeu démographique mondial en des termes conflictuels: l'Occident industriel voit dans la dynamique démographique des peuples non-européens un péril majeur. Dans le monde qui est d'habitude l'apanage des peuples jeunes à accroissement naturel plus accusé, l'Occident se sent obligé de perfectionner continuellement son armement pour demeurer à jamais le plus fort et maintenir ainsi entre ses mains la faculté de conduire l'histoire universelle. Il ne veut pas être faible au point d'être la proie des peuples prolifiques de l'Orient afro-asiatique. L'enjeu stratégique universel est ainsi clair: il n'est pas question pour les peuples de souche européenne, conquérants et dominateurs, de laisser d'autres peuples leur contester la suprématie militaire qui leur permet d'imprimer leur marque à la politique mondiale. Cette suprématie militaire découle sans conteste de l'application des progrès scientifiques, des inventions techniques et des innovations technologiques à l'industrie militaire. A cet effet, tous les moyens y compris l'embargo de l'Organisation des Nations Unies (ONU) sont utilisés pour empêcher de nouvelles nations d'accéder au rang de puissances nucléaires ou spatiales et de jouer dans la cour des grands. Dans le monde actuel où l'industrialisation basée sur la maîtrise de la science, de la technique moderne et du progrès technologique reste le facteur essentiel de la modernité et de la puissance, l'Occident, entendu comme la communauté des peuples de souche européenne, ne saurait voir de gaieté de cœur des sociétés aux forces productives archaïques se transformer en nations industrielles concurrentes sous l'effet du développement de l'esprit scientifique, du progrès technique et des innovations technologiques. Surtout que peu riche en sources d'énergie et autres matières premières qui font les puissances industrielles de notre Temps, l'Occident a un besoin vital des ressources naturelles du monde sous-développé.

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