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Le mouvement syndical au Maroc

De
228 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1993
Lecture(s) : 127
EAN13 : 9782296282988
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A.lbert AYACHE
LE MOUVEMENT SYNDICAL
AU MAROC
Tome 3 : Vers l'Indépendance
1949-1956
Éditions L'Harmattan
5-7 fue de l'École Polytechnique
75005 PARISIllustration de couverture: photographie extraite du « Bulletin
économique et social du Maroc », volume XXII, n° 79,
3e trimestre 19580
Collection
« Histoire et perspectives méditerranéennes »
dirigée par Jean-Paul Chagnollaud
Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les éditions
L'Harmattan se proposent de publier un ensemble de travaux
concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours.
Derniers ouvrages parus:
Paul Sebag, Tunis au xvlr siècle: une cité barbaresque au temps de
la course.
Antigone Mouchtouris, La culture populaire en Grèce pendant les
années 40-45.
Abderrahim Larnchichi, Islam et contestation au Maghreb.
Yvelise Bernard, L'Orient auxv.f siècle.
Salem Chaker, Berbères d' aujourd'hui.
Dahbia Abrous, L'honneur face au travail des femmes en Algérie.
Daniel lemma-Gouzon, Villages de l'Aurès - archives de pierres.
Vincent Lagardère, Le vendredi de Zallâga, 23 octobre 1086.
Fouad Benseddik, Syndicalisme et politique au Maroc.
Abellah Ben Mlih, Structures politiques du Maroc colonial.
Yvette Katan, Oudja, une ville frontière du Maroc. Musulmans,
Juifs et Chrétiens en milieu colonial.
Alain Quella Villeger, La politique méditerranéenne de la France, un
témoin Pierre Loti, 1870-1923.
Paul Sebag, Histoire des Juifs de Tunisie, des origines à nos jours.
Jean-Claude Zeltner, Tripoli carrefour de l'Europe et des pays de
Tchad.
Rachid Tridi, L'Algérie en quelques maux, autopsie d'une anomie.
Samya Elmechat, Tunisie, les chemins vers l'indépendance (1945-
1956).
Abderrahim Larnchichi, L'islamisme en Algérie.
Jacques Ganteau, l.Jefeu et la pluie de l'Atlas, vie quotidienne d'une
famille de colons français.
Jean-Jacques Lavenue, Algérie, la démocratie interdite.
@ L'Harmattan, 1993
ISBN: 2-7384-2173-3Pour m,a jen1me
AVANT-PROPOS
Cet ouvrage continue et achève l'étude entreprise sur le
mouvement syndical au Maroc dans sa période coloniale.
Les matériaux utilisés, livres, dOCUInents, témoignages, de-
meurent pour la plupart ceux énumérés dans la note de
documencation du torne l et de celle, plus actuelle, du tome II. Il
ne sera donc donné à la fin du livre que des compléments.
Si, dans le récit, le ton monte parfois, c'est qu'il nous a alors
paru nécessaire de redresser certaines affirmations et apprécia-
tions, trop souvent formulées, et que, ni l'étude des documents,
ni celle des faits n'autorisent à retenir.
Que soient ici, à nouveau remerciés, tous ceux qui ont aidé à
mener ce travail à son terme.
Albert A YACf-IE
3Du même auteur:
GéograjJhie du Maroc., avec F. Joly, J. Fardel, 1-,.
Delagrave., Paris 1949., épuisé., (traduit en russe).
Le Maroc, bilan d'une colonisation, préface de J. Dresch.,
Editions Sociales 1956., épuisé (traduit en russe., en allemand., en
bulgare. traduit en arabe aux Editions El Khattabi., Casablanca.
1985) .
]-listoire ancienne de l'Afrique du Nord") Editions Sociales.
196-L épuisé.
Le Mouv,vment syndical au Maroc, TOIne l: 1919-1942.,
Pl Iannat tan., 1982 (traduit en arabe aux Editions J~l Khattabi.
Casablanca., 1988). T'otne 2: la luarocanisation., '194:3-1948.
Editions \Xlallada" (~asablanca., 1990;
4LISTE DES SIGLES EI~ ABRÉ\TIA1'IONS lrrltJSÉS
Journaux et périodiques
A.S. :A.ction Syndicale
B.E.S.J\l ou B.E.S. :Bulletin Econol11ique et Social du .\/laroc
B.I. :Bulletin (fInforn1ation du wlaroc. Résidence.
llaba t
B.C). :Bulletin ()fficiel du Protectorat français
F.\I. :L,e Fonctionnaire j\larocain
p ,.\1. :Le Petit \'Iarocain., quotidien syndical. 1943-
1950
Livres
, (r A}-\laroe, bilan.... :\ 1a roc. b iIa Il cI"tl nec 0Ion isa l i0 Il
h. ;\yache
1'. 1 :Le I;lOU\'erneu t syudical au ~Iaro('. 'roI ne I
1'. Il ou ~r. :2 :L,e InOllvelnent s~'udical au .\laroe, 'folne 11
.\dlnillistratiolls, partis politiques et ort!allisatioH syndicales
i\.E. :AffaÎres Etrau!!ères. Paris
,-\rch.. t l'a vail. Archi\.es du Inlinist~re du ~rravail. Hahat
H.ahat
A.F.L. :..\'llerican Federation of L,aboI'
B.\l.~r. :Bu l'eau \larocain du 'TravaiL Ca~ablall('a
C:.(:.1'. :C:oufédératioll Générale du l'ra\ë1il. Pari~
C:.E. :(:ollllnissioll Exécu ti ve de lJIlion des syn di-.l'
cats ~;laroc
C.C:. :(~oln ité Général de l'Un ion des syndicats
r ()(~ .(; . r . F. . :C~ollfédératioll Céllérale du 'fn'l\-ail. Fore(.
()uvrière
(: .l.(). :C:ollgress of Industrial ()rganizatiolls
C:.I.S.L. :(~ollfédératioll Interllationale des Svudicats.
Libres
F..\l.S.F. :Fédératioll J\larocaine des Syndicats de FOllc-
tIOllllèllres
P.C.F. :Parti C:ornlnuniste Fran<;ais
P.C..\1. :Parti COllHl1Uniste ~larocain
~P.l. :Parti de I lstiq lai
S.F.l.(J. :Parti Socialiste. Section Française de lîll\er--
()uIlatiollH le ,'rière
LI.I). lTnioll l)épartelnclltale
dplL(;. L:nioll Cénérale. appellat iOIl f'alllilii.rt'
l' LI . C; . s . .\ 1.
5li.L. :lJnion locale
lJ.C.1'.1'. :Union C;énérale rrunisienne du 1'rayaîJ
U.G.S.C.\l. :Union Générale des Syndicats (~ollfédérés du.
J\laroc ((=.(~.1~)
lJ.~LI-'. :UnionJ\larocaine du 'fravail
lT.S.~r.l~. :Union Syndicale des Travailleurs de Tunisie
Entreprises
B.C.'r. :Bureau Central des Transports
(~.F ..\1. :(~henlins de Fer du .\la1'oc
()(~ :(~olnpagnie Sucrière \larocaÎne. . S .lT . \1. i\ .
S.~I.I) . :Société j\'1arocaine de Distribution d'eau et
d"électricité
().C.P, :()ffice chrérifien des Phosphates
~r.:\. (:. :C:olllpagnie des T'rarn,,'ays et A.tllobllS (~asa-
blallcais
~oln actuel de localités ou lieux cités
Fedala :\loballll11edia
Louis (;t~l)t il : \'nussoufia
Il t e\'Port - L :Kellitra."H
Petit-.J~all :Sidi Kacclll
.\ lazH!!êk Il :El Jadida
:liay .\lohanllnadiCarrii'n"s centrales
:Hu~ Farhat 11achedHue Lasalle
6AFFRONTEMENTS
1949-1953
Cette période de cinq années fut marquée par un grand essor
des activités de la colonisation et par raugmentation des tensions
entre dominants et dominés.
La volonté plus affirmée, plus impérieuse des « prépondé-
rants» de ne céder sur rien se 'heurta à la volonté non moins
égale des forces nationales marocaines d"en finir avec le régime
du Protectorat.
L'Union générale des syndicats, dans la défense de ses
membres les plus nombreux et les plus exploités" les Marocains,
en était arrivée à la n1ême conclusion et elle l'exprima en son
6.: Congrès" le 12 novembre 1950. Elle fut disloquée en décembre
1952" en même temps que les partis politiques. Parti communiste
marocain et Parti de l"IstiqlaL auxquels appartenaient la plupart
de ses militants.
Isolé.. le sultan du Maroc, Sidi Mohamed Ben Youssef.
considéré comme l'initiateur du mouvement national. fut déposé
le 20 août 1953.
7PREMIÈRE PARTIE
ESSOR DE L'ÉCONOMIE
COLONIALEChapitre I
Enrichissement et puissance
du grand patronat et des grands colons
1 - Afflux de capitaux et investissements publics et
privés
L ~intense développement de réconomie coloniale fut lié à la
masse des investissements publics et privés.
562 milliards de francs. valeur 1952. furent injectés. soit en
cinq années. près du tiers des capitaux investis dans le pays
l, Ils culminèrent en 1951depuis le début du protectorat
2. Il
(121 milliards), 1952 (132 milliards). 1953 (121 milliards)
n "est pas indifférent de noter que ces trois années furent
précisément celles où les forces coloniales engageaient une action
délibérée de destruction des organisations ouvrières et natio-
nales ~ elles étaient persuadées y être définitivenlent parvenues
avec la déposition du sultan.
Les capitaux publics investis provenaient des ressources()/u. d'avances duhudgétaires chérifiennes pour environ 50
gouvernement français sous la forme de prêts Ù long ternle. du
):. de prêts
Fonds de Modernisation et d'Equipenlent (F. ivl. E.
--- (,()() milliards pour les1. Le total fut évalué Ù environ 1 SOO milliards. ~nit
investissements publics et 900 milliards pour les invèsti",",clllents pri\'0s. Ct'.
Ath. Ayache. op. cil.. pro 129 et 14b.
2. La ventilation de ces investissements, nous remprunton~ aux Tahleaux
t!cononliques du 'N1aroc' 1915-/959. publiés en 19hO à Rahat sous la direction de
Paul Dubois. alors chef du service central des st~ltistiques du Ro~allnle.
dujourd'huÎ chef de l'Inspection générale de l'I.N.S.E.E. ~l Paris.
Uni té milliards frs52f\NNÉES
1952 1951194<) 1950 1951
57.053.3 51.1 6JA -+7.71Y1atériel
45.()23.H JR.K -+0.2Bâtiment 21.9
27.()1().9 29.021.2 2..+'2Travaux puhlics
t)(). 131 .6 120. Y92.1 I 121.-+Total
3. Le Fonds de rYlodt'rnisation était alimenté pour les deux tiers par le hud~ct
français et pour un tiers par la contre-valeur en francs du plan rvlarshall. Les
avances faitcs au Protectorat étaient remboursables en 25 ans et amorties par
annuités.
Iltelnporaires aux sociétés concessionnaires, l'Energie Electrique
du Maroc (E.E.M.) et les Chen1Ïns de Fer du Maroc (C.F.M.). Il
faut y ajouter les dépenses en main-d'œuvre du gouvernement
américain quand il eût décidé la construction de trois bases
aériennes stratégiques en 1951, 52, 53 avec l'autorisation du
gouvernement français~ mais sans que le maghzen chérifien ait eu
à donner son avis 4.
Les investissements étaient aussi le fait de capitaux privés,
capitaux locaux, tenus en réserve dans les banques, capitaux
extérieurs comme toujours attirés par la légèreté des' charges
salariales et fiscales. Leur flot, ralenti pendant quelque dix-huit
mois, de janvier 1949 à nlai 1950, déferla à nouveau quand
l'horizon international s'assombrit après qu'eut éclaté dans
l'Extrême-Orient la guerre de Corée (juin 1950). Déjà renommé
comme paradis fiscal, le Maroc apparut carnrne une terre de
refuge dans un monde incertain.
Ils arrivèrent, bien sûr, de France et d'Algérie, et il n~était
point de grande firme française qui n'ait alors créé une filiale au
Maroc. Ils vinrent de plus loin encore, de l'Indochine révoltée et
en voie d'être perdue ou d'Argentine où des entreprises
françaises, Société du port de Rosario ou Brasseries Quilmès,
étaient menacées par les projets péronistes de nationalisation.
Ainsi, aux côtés des banques de Paris et Pays-Bas, de l'Union
parisienne, des Gradis, Hersant, Rothschild Frères, de Schnei-
der-Creusot, vinrent se ranger d'autres grands, les Brasseries
Quilmès, qui transférèrent leur siège social à Casablanca et la
Banque d'Indochine, alourdissant l'emprise du capital français
sur l'Empire chérifien.
Ces investissements publics, semi-publics et privés, concentrés
sur une courte période, accentuant l'action d'investissements
antérieurs, accélérèrent le remodelage du paysage rural et urbain
et les mutations au sein de la société marocaine.
Les chantiers se multiplièrent dans les campagnes, les centres
miniers, les ports et les villes.
Des tronçons routiers et ferroviaires furent construits pour
doubler des axes de circulation surchargés et qui avaient aussi à
répondre à des considérations stratégiques nouvelles: voie
lit.torale de Port-Lyautey, Rabat, Casablanca; voies ferrées
Casablanca, Nouasseur Sidi-Laidi, Benguerir, Louis Gentil, Safi,
pour la desserte des gisements phosphatiers et des bases
américaines. Il fallut agrandir des ports devenus insuffisants,
Safi, ou menacés d'asphyxie, Casablanca, par la construction de
môles, de quais, le prolongement de jetées.. le renforcement de la
4. Environ 40 milliards, ce qui ne représente que la septième partie du coût des
bases, l'essentiel de la dépense restant aux Etats-Unis.
12puissance de routillage~ achever enfin raménagement du grand
fleuve, l'Oum er Rebia, et de son affluent l'Oued el Abid~ pour
l'irrigation et la fourniture d'énergie.. œuvre considérable qui
% des investissements publics et semi-publics,absorba près de 40
En aval du fleuve'! leurs dernières turbines installées,
centrales d'Imfout en 1949.. de Daourat en 1950.. tournèrent à
plein régime. En 3ITIOnt, les travaux entrepris depuis de si
longues années sur rOued el Abid furent terminés: barrage et
usine de Bine el Ouidane, usine d' Afourer, creusement du tunnel
de 10 km précipitant les eaux turbinées de l'usine de Bine el
Ouidane dans celle d' l\fourer. [,es groupes turbo-alternateurs
progressivement installés entre 1953 et 1955 portèrent la
production du complexe à 600 millions de kWh".
Ces injections de crédits publics et semi-publics stimulèrent
toutes les activités de la colonisation. Les capitaux privés., locaux
et immigrés, multiplièrent les créations d'entreprises. Quatre
sortes d'activités semblent avoir eu leur faveur: le crédit, les
transactions et le courtage ~ l'industrie et les mines : la
construction: les cultures cornrnerciales.
1 et 2) D'une étude sur le mouvement des capitaux dans les
sociétés au Maroc, il ressort que les investissements dans
l'industrie et dans les rnines au cours de ces cinq années ravirent
la première place aux activités de crédit et de transactions qui
avaient eu jusqu'ici la faveur des investisseurs ~ elles retinrent().(~~)
71 milliards sur un total de 115 milliards" soit 62
La répartition entre les différentes branches industrielles est
difficile à établir, Un essai d'évaluation que nous avons tenté,
Inais sur une pl us longue période., 1949-1955, faÏ t ressortir la
préén1inence de trois groupes d'activités: les industries alin1en-
taires avec le 1/3 des investissements, qu'elles soient tournées
vers la consommation intérieure, minoteries, fabriques de pâtes
alimentaires~ de bière, de boissons gazeuses, sucreries par
exemple, ou qu'elles soient tournées vers l'exportation:
conserves de poissons. de légumes et de fruits... Le travail des
Illétaux arrive au second rang, suivi par les industries textiles~
7. Les investissements Ininiers, déjà impor-crin végétal compris
---~---~-- nl) 21:trimestre 1951, pp.360-378, l'article50.5. D'après le B.E.S,l\1.
« L'équipement de l'Oued el Abid », l'ensemble des divers chantiers occupait
650 agents européens et 3 000 « ouvriers indigènes ».
D'après l'annuaire statistique. op. cil., 1952, p. 14, les trois agglomérations
nées à proximité des chantiers comptaient: l 802 « non-l\1arocains », et 6 054-
Marocains au recenseroent de 1952.
)
6. Alb. A.yache «Les Mouvements de capitaux dans les sociétés au rvlarocpp, 17-27,
(1912-1955). Bulletin de la société des géographes français, mai 19SR,
plus particulièrement, la courbe p. 19 et le tableau p. 21.
7. Mouvefnents de capitaux..., tableau IV, p. 2. Ce classement se trouve
confirmé et précisé par les études de valeur ajoutée faites dans Tableau.\"
13tants au sortir de la guerre pour la remise en état d'exploitations
délabrées, furent continués pour la modernisation du matériel et
des techniques: ils représentaient en valeur près de la moitié des
investissements industriels: 22 milliards pour 49 aux investisse-
ments industriels.
3) Avec les investissements industriels, ceux faits dans la
construction furent considérables. Le Maroc, depuis 1946, s'était
couvert de chantiers dont l'activité, souvent ralentie: par le
manque de ciment et de fer, reprit de plus belle après 1948. On
construisit dans les centres miniers, dans les villes de l'intérieur:
Oujda et Taza, Fès et Meknès, et dans celles de la côte:
Port-Lyautey, Rabat, Safi, Agadir. Partout de nouveaux quar-
tiers d'habitation et d'usines apparurent: Casablanca, où 60 à
70 % de tous les investissements sociétaires étaient rassemblés,
façonnait un ensemble de grande allure à l'endroit de la vieille
place de France, le long de l'avenue conduisant au port et elle
prolongeait ses banlieues industrielles, les Roches Noires et Aïn
Sebbaa, en direction de Fedala.
Dans l'ensemble, cette fièvre entraînait toutes les activités liées
au bâtiment, extraction de pierre et de sable, fabrication de
ciment et d'autres matériaux, activités de transactions, et elle
était entretenue par la rapidité des profits réalisés. Une demande
jamais satisfaite provoquait un envol du prix des terrains.
4) Autre source d'enrichissement, les cultures commerciales et
arbustives. Destinées pour la plus grande part à l'exportation,
. leurs productions étaient vendues pour moitié en France où elles
étaient admises en franchise, donc dispensées du paiement de
droits de douane; le reste allait à l'étranger.
Les orges arrivaient au premier rang. Interdites à la sortie sous
la pression de l'opinion et des organisations ouvrières après la
~'famine de 1945, elles furent de nouveau exportées, après 1948,
malgré la médiocrité des récoltes céréalières. Les grandes
maisons spéciaJisées, dont les courtiers parcouraient les cam-
pagnes, rassemblaient les grains dans leurs entrepôts de Casa-
blanca et les expédiaient sur Marseille; en 1952., 280 000 tonnes
furent ainsi vendues pour une valeur de 9 milliards de francs.
Puis venaient les agrumes dont les plantations ne cessaient de
s'étendre, 111 000 tonnes pour 4 milliards de francs ~ les to-
mates, 32 000 tonnes pour 1.2 milliard. La vente de ces produits,
économiques..., p. 117 : Alimentation et tabacs: 20 milliards, soit 40 %) de la
valeur ajoutée brute en 1952 des industries de transfonnatiofL ~1étaux:
9 milliards, soit 18 0/0" Textiles: 5 à 6 milliards, soit Il <YcJ.~v1atériaux de
construction dont cimenteries: 3 milliards, 6 %. Chimiques et parachiïniques :
3 rnilliards, 6 %. Corps gras: 2,5 milliards, 5 %. Cuir: 2 miUiards, :2 %J.
Autres: 6 milliards. Il %.
14au prix de revient très bas, procuraient de hauts profits aux
grands colons et aux exportateurs 8.
Des ressources tirées de toutes ces actîvités, une partie était
réinvestie, une autre, consacrée à l'acquisition de biens urbains
ou ruraux, la troisième, déposée à vue dans les banques,
demeurait disponible pour des opérations rapidement fruc-
tueuses ou pour le passage à Tanger, si aisément accessible, porte
ouverte sur le monde libre des devises et de l'or.
Certes de multiples indicateurs, et celui de la consommation
totale d'énergie en est le plus parlant 9, révèlent que les activités
modernes de la colonisation étaient deux fois plus importantes en
1953 qu'en 1948 et plus de quatre fois et demie qu'en 1938. Mais
les richesses ainsi produites étaient loin d'équilibrer la masse de
capitaux flottants dont les dépôts dans les banques donnent une
idée. En 1938, ils s'élèvent à 831 millions, en 1949 à 50 milliards,
soit soixante fois plus; en 1950, le bond est considérable, c'est la
guerre de Corée qui les fait passer de 50 à 68 milliards; en 1953,
en avait 123 milliards, soit cent quarante-sept fois plus qu'enil Y
1938.
Les effets inflationnistes de ces capitaux flottants furent
durement ressentis par l'ensemble des populations du Maroc, à
l'exception d'une minorité de grands propriétaires fonciers, de
chefs d'entreprises et d'hommes d'affaires qui, à l'autre pôle,
s'enrichissai t.
Ainsi, après les aspects quantitatifs des mouvements de
capitaux entre 1949 et 1953 et leurs implications géographiques et
économiques, ce sont leurs répercussions humaines qui méritent
d'être plus attentivement étudiées. Le recensement des popula-
tions du Maroc effectué en 1951-1952, en dépit de certaines
10.
faiblesses, aide à mieux les cerner
2 - I.-Jes répercussions humaines
Le premier fait qui apparaît et qu'il faut tout de suite signaler,
8. Annuaire statistique..., op. cil., Rabat 1952, pp. 104-105. Depuis 1946, les
salaires dans l'agriculture étaient demeurés inchangés. En avril 1948, la section
économique de l'U.G.S.C.M. avait calculé que le prïx de revient d'un kilo
d'oranges ne devait pas dépasser 5 francs par kilo; il était vendu par le
producteur aux exportateurs 22 francs, soit 17 francs de profit. L'exportateur le
revendait quai Casablanca à 47 francs. En 1948, on évaluait le bénéfice total,
producteurs, exportateurs à 2 milliards de francs.'
9. La quantité d'énergie consommée, qu'elle fût produite ou importée évaluée
en tonnes-équivalent charbon, fut de 448 000 tonnes, en 1938; en' 1945 à
700 000 tonnes; 1948, 1 million; en 1949, 1 140000 tonnes et 2 067 000 tonnes
en 1953... Tableaux économiques..., op. cit., p. 108.
10. Le tableau humain du Maroc en 1952 fut brossé à partir des études faites
dans Maroc, bilan..., op. cil., pour les Marocains, pp. 301 à 311 et pour la colonie
européenne, pp. 249 à 267.
15c'est que cet afflux de capitaux a encore plus creusé le fossé entre
la société marocaine et la société coloniale, r économie tradition-
nelle de l'une et l'économie moderne de l'autre. Les progrès du
secteur moderne' ne profitèrent pas à l'ensemble des
Il. Ce fut pour eux la stagnation, sinon la régression,Marocains
sauf pour quelques minces couches de la population, grande
bourgeoisie urbaine, animant parfois l'opposition nationale, ou
au contraire, féodalité rurale, d'origine administrative, liée au
régime du protectorat.
La colonie étrangère
Elle s'accrut de 90 000 unités, passant de 340 000 à 430 000
personnes, un tiers par mouvement naturel, deux tiers par
immigration. Ces 60 000 immigrants allaient être rejoints par
%13 000 autres l'année suivante. Ils étaient pour 90 des
Français, toujours attirés par l'espoir de profits rapides ou, pour
12.les plus nombreux, d'emplois plus stables et mieux rémunérés
L,es fondés de pouvoir des groupes économiques repliés sur le
Maroc, les hommes d'affaires., les chefs d'entreprises, intégrèrent
les organisations patronales dont ils accrurent l'influence et la
pesée sur les autorités du Protectorat. Ils ne trouvaient rien à
redire, au contraire, à l'action de dirigeants qui avaient obtenu la
dérèglementation des prix.. des salaires, de l'emploi, des
conditions de travail, imposé que soient écartés des comités
économiques et sociaux les représentants de l'V nion générale des
syndicats, que soient remisés les projets de droits syndicaux pour
les travailleurs marocains. Ils adhéraient au programme de
création de corporations professionnelles, d'assemblées ou-
vrières dites « djemaâ »., où les travailleurs marocains feraient
''l'apprentissage du syndicalisme sous la conduite àe conseillers
dits « techniques ou sociaux ».
Au sein de ces groupes d"intérêts~ il y avait certes des rivalités.
Mais elles n~apparaîtront qu'après 1953'1 quand se posera la
question de savoir si ran devait ou non satisfaire aux revendica-
%1i. Bien que la consommation moyenne d'énergie ait augmenté de 65 entre
1949 et 1955 passant de 0,16 à 0,25 tonnes d'équivalent charbon par tête
d'habitant, moyenne caractéristique de pays à développement économique peu
élevé. il apparaît, si on rapporte la consommation sur chacun des groupes en
présence que: 1) la consommation par la minorité étrangère' est de 2.7 tonnes
par tête, égale à la moyenne en France; 2) celle des Marocains, de 0,12 tonne.
donc 22 fois plus faible. Cf. Tableaux économiques..., op. cil., p. 95.
12. Maroc, bilan..., op. cil., p. 247, sur les recensements de la population au
Maroc et les problèmes qu'ils posent, et p. 249 et suivantes sur la colonie
européenne.
16tions de la grande bourgeoisie marocaine, s'en faire une alliée ou
I.~.la rejeter définitivement dans une opposition dangereuse
Les travailleurs indépendants, venus avec un petit capital, les
réparateurs, chefs d~ateliers et petits commerçants, connurent les
14.Les uns réussirent,mêmes vicissitudes que leurs prédécesseurs
d'autres parvinrent à vivre; d'autres enfin connurent de grandes
difficultés, affectés par la hausse des prix, la diminution des
ventes, le resserrement du crédit, les troubles qui agitèrent le
pays après 1952.
Mais les plus nombreux arrivèrent en quête d'emplois et de
rémunérations qui leur permettent de mener une vie plus large.
Ce furent les plus affectés, surpris par la cherté de la vie alors
qu'ils croyaient arriver dans un pays de cocagne, la rareté et le
coût des logements, l"absence de législation sociale, de conven-
tions collectives du travail réglementant la classification profes-
sionnelle et la rémunération. Seuls demeuraient le statut type qui
consacre l'autorité patronale, ou les clauses d'un contrat mal
établi. Inquiétés quand ils adhéraient à une organisation non
conformiste, ils furent amenés à négliger l'action syndicale. l..eur
sort empira.
Perméables aux affirmations sans cesse martelées de la presse
et de la radio sur les bienfaits de la colonisation et l'incapacité où
étaient les Marocains de s'élever aux formes de la vie moderne,
ils en arrivaient dans leur majorité à être persuadés que leurs
conditions d'existence, parfois précaires, mais apparemment
privilégiées comparées à la situation de l'ensemble des Maro-
15.cains, étaient liées au régime colonial
Le fait marquant cependant fut le rapide accroissement du
nombre des Américains. On en avait recensé 276 en 1947.. 1060
en 1951. D'après les renseignements communiqués par le
16, ils auraient été 4 000 en 1954, les troisconsulat des Etats-Unis
quarts étant. des salariés travaillant sur les bases américaines. Le
reste aurait compris des retraités et 42 chefs d'entreprises avec
leurs employés au nombre de 30. Leur importance numérique
était donc modeste au regard de celle des communautés française
17. Mais leurou méditerranéenne.. plus anciennement établies
13. Id., pp. 257-262.
14. Ils avaient été 26000 au recensement de 1951-1952.
15. Le recensement de 1951 chiffrait à 70 000 le nombre de salariés du secteur
privé et à 33 000 celui des travailleurs des secteurs publics et concédés, soit
respectivement 51,4 0/0 et 24 ~/o du total de la population active évaluée à
133 000.
16. J. Milleron : Regards sur l'économie marocaine, Rabat 1954, p. 107.
17. Le recensement de 1951 donne les chiffres suivants (sous-évalués et non
rectifiés). Français: 304 000 ~Espagnols: 26 100 : Italiens: 13 550 ; Portugais:
5 200 : Britanniques: 1 900 ; Suisses: 1 750 : Russes: 1 050 : Grecs: 1 040 :
17influence était considérable. Le sénateur Rodes, président de la
chambre américaine de commerce du Maroc, aussi de
la section locale de l'American Legion, avait grande autorité au
Congrès des Etats-Unis dont les membres, défenseurs intrai-
tables de la libre entreprise, étaient toujours prêts à menacer de
rétorsion les Etats bénéficiaires du plan Marshall qui l'enfrein-
draient.
Leurs exigences économiques et les rapports qu'ils entrete-
naient avec la bourgeoisie et les partis nationaux marocains
étaient sources de préoccupations pour les autorités du protecto-
rat et d'indignation pour le Comité central des industriels et les
chambres de commerce et d'industrie françaises au Maroc.
Pour s'assurer le contrôle de minerais stratégiques, plomb,
zinc, cobalt, manganèse, des sociétés new-yorkaises du .groupe
Morgan s'associèrent à la société des mines de Zellidja (groupe
Walter) pour former la Société nord-africaine du plomb. Et le
gouvernement américain obtint du gouvernement français que
pendant une période de 7 ans, certaines quantités de manganèse
IR.et de cobalt marocains lui soient livrées
Les hommes d'affaires, eux, créèrent des entreprises de
transports automobiles., des sociétés de boissons gazeuses,
Pepsi-Cola, mais surtout Coca-Cola, où furent intéressés de
riches marchands marocains bientôt submergés par les capitaux
de la Banque de Paris et de Pays-Bas. La quarantaine de
commerçants américains, invoquant le traité d'Algésiras, refusè-
rent d'admettre que leurs achats à l'étranger fussent subordon-
nés, pour des questions d~attribution de devises, à une autorisa-.
tion de l'administration française du Maroc. Ils demandaient en
outre que le privilège d'extra-territorialité auquel leur gouverne-
19
ment n'avait jamais expressément renoncé leur fût appliqué...
Le différend porté devant la Cour internationale de La Haye
fut réglé en leur faveur en ce qui concerne le droit de commercer,
aux applaudissements des marchands marocains, mais à la colère
des industriels français. Par contre, la Cour internationale rejeta
leur seconde prétention au maintien de l'extra-territorialité.
Dans la pratique, rien ne fut réglé. Les autorités résidentielles
continuèrent de prendre des mesures réglementaires pour gêner
les importations sans devises, et Rodes et la chambre américaine
Belges: 940 ~ Américains: 1 060 ~ les effectifs des forces aéronavales améri-
caines basées au Maroc en 1954 ne sont pas connus.
18. Cf. Avache : Maroc, bilan..., op. cil.. pp. 265-267.
19. Sur les rapports franco-américains. cf. Annie Lacroix-Riz : Les Protecto-
rats d'Afrique du Nord entre la France et Washington, L'Harmattan. 1988. p. 61 et
sq.. et aussi p. 156 et sq.
ISd'alerter le Congrès et le département d'Etat sur les violations de
la décision de La Haye.
Face à la résistance nationale des Marocains qui les préoccu-
pait, la position des Alnéricains fut ambiguë. Soucieux de la
sécurité de leurs installations militaires, ils assuraient la bour-
geoisie marocaine de leur sympathie; leurs agents diplomatiques
prenaient des contacts avec les militants de certains partis
nationaux, les centrales ouvrières américaines et la Confédéra-
tion Internationale des Syndicats Libres, la C.I.S.L., découvri-
rent la classe ouvrière marocaine au moment où, organisée avec
l'appui de la C.G.T., elle s'apprêtait à se constituer en
organisation syndicale indépendante.
~lais le département d'Etat manœuvrait en sens opposé pour
ménager l'allié atlantique qui lui avait fourni des bases sur un
territoire qui ne lui appartenait pas. Pour lui complaire, il
s'opposait en décembre 1951 et en décembre 1952 à la discussion
de la question marocaine devant l'Assemblée générale des
Nations Unies puis, fait plus grave, en août 1953, il reconnaissait
la déchéance du sultan Mohamed Ben Youssef et l'avènement de
Moulay Arafa, imposé par la coterie formée autour du Glaoui,
pacha de Marrakech et inféodée à la Résidence.
Près de deux ans après, en juin 1955, dans les Nouvelles
internationales du mouvement syndical libre publié par la
Fédération Américaine du Travail (A.F.L.) paraissaient trois
articles. Ils étaient du lieutenant-colonel Robert Emet Rodes~
qui fut, nous dit-il, chef de la section nord-africaine des services
20. Il Y condamnait vivement la politique d'appuistratégiques
apportée par le mouvement américain « au despotisme colonial
(rançais » et demandait que la France fixe « un plan prévoyant la
réalisation par étapes, en quelques années~ de l'indépendance
complète du Maroc. lJne telle politique~ ajoutait-iL protégerait
nos bases et notre position stratégique au Maroc».
Les Marocains
Le recensement de 1952 en décomptait 7 600 000 dont 200 000
Israélites. Même si le mouvement vers les villes ne diminuait pas
d'intensité, les Marocains demeuraient dans leur grande majorité
des ruraux (78 0/0). Le brutal essor du secteur colonial eut pour
effet d'accentuer la dislocation des structures de la société
marocaine. La condition de ses membresq ruraux et citadins, n'en
fut pas améliorée, au contraire.
20. Il ne ITtentionnait pas sa qualité d'ex-président de la Chambre de commerce
du Maroc. Madame Ritz-Lacroix. consultée, pense que c'est. à n'en pas douter. le
même personnage.
Il)Certes ce n5était plus rextrême détresse, conséquence de la
disette et de la pénurie de sucre, de thé~ de cotonnades, des
années 1944, 1945, 1946. Le cheptel s'était reconstitué~ les
denrées fondamentales commençaient à parvenir à qui elles
étaient destinées. Mais par suite d'aléas climatiques et de
conditions techniques et humaines de production déjà analysées,
les récoltes céréalières de la période quadriennale 1949-1952
furent médiocres. Oscillant entre 22 et 26 millions de quintaux.,
- il s'agit du total de la production, y compris celle des
Européens qui avoisinait 1,6 million de quintaux, - elles
couvraient à peine les besoins. Elles furent cependant jugées
suffisantes, à partir de 1949, pour que, sous la pression des
grandes maisons céréalières, l'Office interprofessionnel des
céréales autorise des exportations de quantités grandissantes.
21.d'orge, puis de blé dur
Surpeuplées, au regard des ressources qu'elles pouvaient
procurer, les campagnes marocaines continuaient d'alimenter de
forts mouvements migratoires vers les chantiers ouverts, les
centres miniers, les villes métropoles de l'intérieur, Oujda, Fès,
Meknès, Marrakech, ou les villes de la côte, Port-Lyautey,
Rabat, Safi, Agadir et, au premier rang de toutes, Casablanca.
Ouvriers agricoles., toujours tenus en marge d'une législation
protectrice, petits paysans (fellahs) et métayers au cinquième
(khamès), ruinés et sujets à l'arbitraire d'autorités locales,
affluèrent dans l'espoir de trouver rlus de liberté et une
rémunération plus régulière. Ils alimentèrent la réserve de
main-d'œuvre qui permit aux entreprises de peser encore plus sur
le niveau des salaires. Les entreprises y puisèrent des travailleurs
>). par le « statut type» et, de cedéfinis comme « occasionnels
22.fait, privés de toute protection sociale
De surcroît, depuis les mouvements sociaux de 1948, par suite
des mesures extrêmeInent rigoureuses prises par les directions
d'entreprises et les autorités coloniales agissant de concert~ la
syndicalisation devint pratiquement impossible hors des péri-
mètres urbains, c"est-à-dire sur les grands domaines de la
colonisation, dans les centres miniers, sur les chantiers des grands
barrages de travaux publics. A l'exception des fédérations de
services publics et semi-publics, rUnion générale en fut affectée
et connut une baisse d'effectifs que d'autres facteurs qui seront
chemin faisant analysés accuseront.
Cependant, avec les années, les luttes menées~ l'expérience
acquise ~le prolétariat marocain avait changé de nature, surtout à
21. Voir plus haut. p. 14.
22. Voir Statut type, torne IL p. 295 et sq.
20la ville. Ces travailleurs, d'origine rurale dans leur lnajorité,
déstructurés, avaient acquis des formes nouvelles de pensée et de
vie. Des solidarités de métier, de conditions de travail, de
voisinage, nouées dans le cadre de l"entreprise ou du quartier,
vinrent se surajouter, sinon se substituer, aux solidarités
anciennes distendues, ou disparues. Ainsi s'affirmait la
conscience de classe. Et comme le patronat était étranger, de
même que l'appareil d~ répression qui le frappait, le travailleur
en arrivait à lier ses luttes revendicatives aux problèmes de
libération, s'élevant ainsi de la conscience de classe à la
conscience nationale'} forme élaborée d'un sentinlent national
diffus n1ais toujours vivace.
Quoi qu'il en soit, la ventilation des salariés marocains entre
les différents secteurs modernes d'activité pour 1952 à quoi nous
2.' :
autorisent nos recherches pourrait être la suivante
100 000Travailleurs agricoles.
24100 000Bâtiment et travaux publics'
40 000Mines et carrières:
120 000Industries, électricité" transports:
20 000Marins-pêcheurs + ports, bases américaines:
50 000Comnlerce et secteurs publics:
On peut, au total, considérer que 450 000 Marocains actifs
relèvent des activités !11odernes de la colonisation. Les femmes
sont plusieurs milliers~ employées dans rindustrie des conserves,
les stations d'emballage des fruits et légumes, le triage du liège,
l'industrie textile, Elles révélèrent à maintes reprises leur sens de
rorganisation, de la revendication et leur combativité,
---
23. Sur les sources statistiques et les difficultés de leur utilisation. voir:
q op. cil., pp. 284-311 et l"article: «LaAlb. Ayache: Le A1aroc. bilan..
population ouvrière marocaine, évaluation et répartition géographique» dans
B.E.S. nU 79, 3e trimestre 1958, RabaL pp. 301-311-22, cartes hors texte et
3 tableaux.
24. Ces activités. facteurs d'entraînement de l'économie coloniale, étaient les
plus grosses utilisatrices de main-d'œuvre ~ la Chambre patronale évaluait en
l'Inspection du travail à 92 000. Bâtinlents1953 les effectifs employés à 166 000 ;
o;~)% : en 1953. 61 de la masseet travaux publics absorbèrent en 1952. 56
totale des investissenlcnts.
21