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LE PRINCIPE DE CONSCIENCE

De
160 pages
" Dans la conscience, la représentation est distinguée du sujet et de l'objet, ainsi que rapportée à l'un et l'autre, par le sujet ", c'est là l'énoncé du célèbre principe de conscience reinholdien. Énoncé qui scelle l'union de la conscience et de la représentation, l'intime liaison d'un sujet à un objet à lui opposé, liaison possible grâce à l'ouverture de la conscience sur quelque chose qu'elle vise.
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Karl Leonhard REINHOLD LE PRINCIPE DE CONSCIENCE
(Nouvelle Présentation des Moments principaux de la Philosophie élémentaire)

«;)L'Harmattan,

1999

ISBN: 2-7384-7564-7

TRADUIRE LA PHILOSOPHIE

Karl Leonhard REINHOLD

LE PRINCIPE DE CONSCIENCE
(Nouvelle présentation des Moments principaux de la Philosophie élémentaire)

Traduction inédite de l'allemand, notes et présentation de Jean-François Goubet

Préface de Myriam Bienenstock

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris. FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADAH2YIK9

Collection Traduire la philosophie dirigée par Patrick Thierry
La traduction philosophique connaît ses routes toutes tracées, jalonnées par des auteurs « classiques» offerts le plus souvent dans les quatre langues - grec, latin, allemand, anglais - qui conservent un accès permanent à la dignité philosophique. Sans méconnaître ses résultats, ni oublier ces langues, il s'agit ici d'autre chose: - ne plus se contenter d'auteurs reconnus ou de leurs seuls textes considérés habituellement comme importants, mais ouvrir également l'espace de la traduction à d'autres textes et d'autres langues. - affirmer une politique de traduction qui propose des points de vue inédits et fasse réapparaître les contemporanéités et les filiations, les relations complexes qui s'établissent entre textes derrière le récit mythique de la tradition. Déjà parus FRANCESCO GUICCIARDINI, traduction et présentation de Lucie de Los Santos, Considérations à propos des Discours de Machiavel. Sur la première décade de Tite-LIVE. MARC BALLANFAT (traduction inédite du sanscrit, notes et commentaire par), Les matérialistes dans l'Inde ancienne. A paraître FABIENNE BRUGÈRE (traduction et présentation de), Essai sur la
liberté de l'esprit et de l'humeur (1709) de Shafestbury.

Sommaire

Préface

Présentation 1. Le principe de conscience 2. Le texte de la Nouvelle Présentation 3. Un kantien sans esprit et sans imagination? 4. Le fait de la représentation et la teneur du premier principe 5. Remarques de traduction 6. Remerciements 1 14 21 33 45 46

Traduction NOUVELLE PRESENTATION DES MOMENTS PRINCIPAUX DE LA PHILOSOPHIE ELEMENTAIRE KARL LEONHARD REINHOLD, 1790

49

Notes Glossaire Index nominum Bibliographie sélective

111 127 133 137

Préface

Fonder la connaissance. Mettre en évidence les conditions de possibilité de la connaissance. Comprendre comment il se fait que notre esprit puisse se représenter COITectementla nature, se faire une image exacte du monde extérieur. Elaborer, en d'autres termes, une théorie de la connaissance - une épistémologie: telle fut la façon dont, longtemps, un grand nombre de philosophes comprirent leur tâche. Telle est aussi la démarche philosophique avec laquelle, aujourd'hui, beaucoup d'entre eux veulent rompre: la connaissance ne saurait être «fondée» ; et il serait bien superflu de s'interroger sur les conditions de possibilité d'une représentation correcte du monde, car notre esprit n'aurait rien d'un miroir - d'un miroir réfléchissant, mais parfois aussi déformant, plein d'images variées. Représenter le monde; se faire une image, dans notre esprit, de ce monde: ce ne seraient là, en fin de compte, que des métaphores. La philosophie serait encombrée d'images, de métaphores, dont il serait impératif de nous débarrasser. Dans la réalisation de cette tâche, toute « thérapeutique », le philosophe américain Richard Rorty, cherchant à identifier les véritables inventeurs de l'épistémologie comme «théorie de la connaissance» (Erkenntnislehre, Erkenntnistheorie), remonte non pas à Descartes, ou à Locke, mais plutôt à Kant - et, plus précisément, à la première génération de disciples, d'admirateurs de Kant. I Et il semble bien en effet que ce fut l'un des disciples et admirateurs de Kant - non pas tant, d'ailleurs, Ernst Reinhold (17931855) le fils, qui semble avoir été le premier à utiliser couramment le terme de «théorie de la connaissance »2, que déjà Karl Leonhard Reinhold (1757-1823) le père qui, en une longue série d'ouvrages, très lus à l'époque, popularisa non pas seulement les ouvrages de Kant, et Kant lui-même, mais également la thèse selon laquelle la philosophie consisterait en une recherche du «fondement» de la connaissance; ou encore, en une « théorie de la faculté humaine de représentation ».

Qu'est-ce donc, pourtant, qu'une «représentation»? Se réclamant de Dewey, de Wittgenstein, et même de Heidegger, Rorty critique la tentative de fonder toute une philosophie, ou une théorie de la connaissance, sur la notion de représentation. Le lecteur français, plus familier des textes de Heidegger que de ceux de Dewey, ou même, d'ailleurs, de Wittgenstein, identifiera sans peine, dans ce livre venu d'outre-Atlantique, la critique faite par Heidegger de la notion de Vorstellung: une notion si connue en sa version allemande, qu'il n'est presque plus besoin de traduire en français. Représenter, disait Heidegger, c'est «faire venir devant soi », «rapporter à soi », et «ré-fléchir dans ce rapport à soi» ce qu'on a opposé à soi. Mais c'est aussi, pour l'homme, se mettre soi-même en scène - comme dans une représentation théâtrale. Invoquant ainsi la «force originelle» de ce vieux mot de représentation, Heidegger rattachait aux théories et philosophies modernes qui s'en réclament certaines des plus grandes aberrations de l'histoire moderne: non pas seulement le «subjectivisme », mais aussi une volonté de conquête du monde, par la science et la technique.3 Cette critique radicale de la Vorstellung, et des théories qui se réclament de la «représentation» comme d'un fondement, s'inscrit dans une longue lignée de véhémentes protestations, souvent elles aussi très radicales, et toutes dirigées, nommément ou non, directement ou au contraire très indirectement, contre Reinhold et ses idées. Reinhold lui-même, certes, tomba assez vite dans l'oubli: longtemps, les spécialistes de Fichte, ou de l'évolution de ce que l'on dénommait alors «idéalisme allemand », furent les seuls à mentionner son nom, comme en passant. Et ce n'est bien évidemment pas Reinhold, que Heidegger prend pour cible. Il vise des auteurs bien plus connus: Hegel, par exemple, qu'il considère - à tort comme l'un des plus illustres représentants de cette philosophie de la représentation, dénommée aussi «philosophie de la conscience », dont il conviendrait de se détacher...4 Car Hegel lui-même, rappelonsle, avait déjà critiqué, très explicitement, la théorie de la « conscience », prise comme «faculté de représentation» ; une théorie qu'il avait rapportée non pas seulement à Reinhold, mais à Kant lui-mêmes. Et l'on ne saurait trop souligner que la critique faite par Hegel de la «représentation» et de la façon dont on conçoit

communément le porteur de ces représentations - la « conscience» joua un rôle décisif dans la constitution d'un idéalisme dont le projet semble, par bien des aspects, plus proche de certaines philosophies contemporaines du langage - de celle du « second» Wittgenstein, en particulier - que d'une théorie classique de la connaissance, ou d'une recherche de « fondements »6.
La critique faite par Hegel de la Vorstellung reinholdienne n'avait pas non plus été la première: on sait, et Jean-François Goubet le rappelle fort bien dans son introduction érudite, tout ce que la philosophie de Fichte doit à la confrontation aux idées de Reinhold, précisément sur la question de savoir si l'on peut comprendre le «Je », le «sujet» ou la « subjectivité », par le moyen de modèles issus de la «représentation ». C'est dans la rupture radicale avec ces modèles, non pas dans leur sillage, que se constitue la philosophie de Fichte, comme philosophie pratique? Et la question, posée aujourd'hui bien au-delà des cercles spécialisés dans l'étude de la philosophie de Fichte, devient d'autant plus essentielle: quel fut donc Reinhold, cet ennemi - ce « spectre» auquel s'attaquent, depuis maintenant plus de deux cents ans, tant de philosophes illustres? Sur sa théorie, de plus en plus étudiée aujourd'hui, les avis divergent. Comme le rappelle Jean-François Goubet, certains vont même jusqu'à voir dans son analyse descriptive du «fait de conscience» une forme de pensée déjà toute phénoménologique... Quelle que soit l'interprétation que l'on adoptera sur cet auteur, il est en tout cas certain que, si l'on veut se dégager de métaphores aussi tenaces que celle de la «représentation », il n'est pas de meilleur moyen que d'examiner directement les thèses incriminées, leur nature précise, leur intérêt - et leur validité. Dans cette perspective, le texte traduit ci-dessous par Jean-François Goubet est fort bien choisi; non pas seulement parce qu'il compte parmi ceux des écrits de Reinhold qui furent le plus recensés, critiqués ou réfutés, mais aussi, et surtout, parce qu'il porte sur le centre, le noyau même de cette conception de la conscience, ou de la représentation, dont Reinhold tenait tant à faire un système. Le langage, le vocabulaire, surprendront sans doute beaucoup moins le lecteur, que ne semble s'y attendre notre traducteur: c'est un langage commun aujourd'hui

en philosophie, que celui dans lequel les termes de « représentation »,
mais aussi d'« intuition », voire « intellectuelle» - de « conscience », mais aussi de « sujet» et d'« objet », et même d'« en soi », rythment l'argumentation. Mais le texte, si bien traduit, et si lisse, appelle à la réflexion - et à la critique. Le sens des termes les plus communs commence à faire problème, et doit être précisé, ou clarifié - comme Reinhold lui-même, d'ailleurs, entend le faire. Et il n'est pas de meilleure «thérapie» - si du moins nous voulons nous dégager des images, et des métaphores, qui encombrent aujourd'hui encore notre littérature philosophique. Myriam Bienenstock
I

Richard Rorty, Philosophy and the Mirror of Nature, Princeton, Princeton

University Press, 1979, trad. fr. par Thierry Marchaisse, L'homme spéculaire, Paris, Seuil, 1990. Cf. ici plus particulièrement le chapitre III. 2 Cf. Ernst Reinhold, Grundzüge eines Systems der Erkenntnislehre und Denklehre, Schleswig, 1822 .. Theorie des menschlichen Erkenntnisvermogens und Metaphysik, Gotha/Erfurt, 1832 u. 1835. Cf. surtout l'article d'Alwin Diemer intitulé « Erken/ltnistheorie, Erkenntnislehre, Erkenntniskritik» dans le Historisches Worterbuch der Philosophie, éd. par J. Ritter, vol. 2, Darmstadt, WBG, 1972,683. On notera cependant aussi le projet de constitution dès 1794 par Carl Christian Erhard Schmid, un professeur d'Iéna, disciple de Karl Leonhard Reinhold et opposant de Fichte, d'une «pure théorie de la science ». Cf. sur ce point Max Wundt, Die Philosophie an der Universitiit lena in ihrem geschichtlichen Verlaufe dargestellt, Jena, 1932, 182ss. 3 M. Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part, traduit de l'allemand par Wolfgang Brokmeier, Paris, Gallimard, 1980. Cf. tout particulièrement «L'époque des "conceptions du monde" », pp. 99-146, ici p. 119ss.
4

Cf. encore,dans Cheminsqui ne mènent nulle part, l'essai sur Hegel et son concept

de l'expérience, 147-252, ici partie. p. 163s., 178s., 182... 5 Cf. par ex. G.W.F. Hegel, Encyclopédie des sciences philosophiques en abrégé, vol. I: Science de la Logique, ~ 415, trad. Bernard Bourgeois, Paris, Vrin, 1970, p. 222 sq. 6 Cf. par ex. l'interprétation que donne, de ce projet, Charles Taylor, dans son Hegel (Cambridge, University Press, 1975). Cf. aussi, sur cette interprétation et sur Hegel, notre article «Qu'est-ce qu'être idéaliste en politique? La réponse de Hegel », in Revue de synthèse, 4e série, n° 1, 1995, 5-25. 7 Cf. les travaux mentionnés ci-dessous par Jean-François Goubet - et même déjà l'article ancien, mais important, de Dieter Henrich intitulé «La découverte de Fichte », in Revue de métaphysique et de morale, 1967, 154-169.

Nouvelle Présentation des Moments principaux de la Philosophie élémentaire
(Beitriige zur Berichtigung bisheriger Mi{3verstiindnisse Philosophen, Iéna, Mauke, 1790, pp. 165-254) der

Présentation,

traduction et annexes

Présentation

1. Le principe de conscience «Dans la conscience, la représentation est distinguée du sujet et de l'objet, ainsi que rapportée à l'un et à l'autre, par le sujet », c'est là l'énoncé du célèbre principe de conscience reinholdien. Enoncé dense, qui scelle l'union de la conscience et de la représentation, l'intime liaison d'un sujet à un objet à lui opposé, liaison possible grâce à l'ouverture de la conscience sur quelque chose qu'elle vise. Par cette proposition fondamentale, c'est toute la philosophie moderne, centrée sur la conscience depuis Descartes, que Reinhold a voulu ramasser. C'est grâce à elle qu'il a entrepris de clarifier les débats contemporains sur l'origine des représentations et qu'il a caractérisé les différents partis en présence; c'est encore grâce à elle qu'il s'est interrogé sur les caractéristiques intrinsèques des représentations survenant dans la conscience, qu'il a établi le fonctionnement de la conscience lors de la constitution de son objet. En d'autres termes, à la question de la provenance de nos idées, Reinhold a adjoint celle de savoir en quoi consistent justement nos idées, plaçant ainsi le débat dans le champ de l'immanence de la conscience, en mettant hors circuit, comme le fera plus tard la phénoménologie, la réalité du monde extérieur. Le principe de conscience se situe ainsi d'emblée non seulement au cœur de la philosophie reinholdienne, en sa qualité de proposition première, mais il occupe encore une place centrale dans l'histoire de la philosophie, car c'est autour de lui que s'articulent les interrogations fondamentales de la modernité. Qu'elles soient relatives à la naissance de nos idées ou à leur structure, à la provenance de nos représentations ou à la forme que celles-ci adoptent en l'esprit, les questions soulevées par Reinhold investissent le champ transcendantal afin d'en révéler le sujet primordial: la conscience. C'est donc tout naturellement avec ce domaine que nous débuterons le propos, en nous intéressant aux idées-forces du Viennois. 1

1.1. La conscience,

thème principal de la philosophie

moderne

« Que la philosophie continentale ait poursuivi son développement, après les débuts systématiques de Descartes, qui renfermaient une toute nouvelle dimension pour la pensée, et les systèmes d'un Spinoza, d'un Leibniz ou d'un Wolff, jusqu'aux prestations systématiques les plus hautes, celles de Fichte et de Hegel, on le doit sans aucun doute en grande partie aux travaux reinholdiens dans cette direction »1 : voilà comment R. Lauth, W. H. Schrader et K. Hiller ont désigné la position de Reinhold dans le champ de la philosophie moderne et sa participation à l'élaboration de ses questionnements fondamentaux. Avant de nous pencher plus avant sur la notion de système, induite par la position d'un principe présidant à une diversité de propositions, portons notre attention sur l'aspect thématique de la philosophie de notre auteur. La philosophie élémentaire est une pensée-charnière puisqu'elle est à la fois une œuvre récapitulative de ce qui fut en même temps qu'une contribution aux débats contemporains; elle veut en outre énoncer distinctement les nœuds conceptuels et placer le débat à un niveau dont on ne puisse déchoir sans du même coup renoncer à la philosophie et à ses exigences. C'est ainsi que la pensée reinholdienne se fait l'écho des querelles entre partisans de Leibniz et de Locke, non pour restituer historiquement les opinions divergentes, mais pour montrer les erreurs commises jusqu'ici par tous les sectateurs de l'un et de l'autre, touchant la nature des représentations. La pensée kantienne, dont Reinhold se réclame à l'époque, est exposée à nouveaux frais, afin de s'imposer dans sa vérité aux préjugés ayant eu cours2. Il est d'ailleurs capital de remarquer que bon nombre d'écrivains philosophiques en discussion avec le kantisme feront de Reinhold et de sa philosophie élémentaire leurs interlocuteurs, et que donc sa nouvelle élaboration du kantisme ne sera pas seulement saluée comme un exercice de style, mais bien comme le lieu dont doit partir tout progrès de la philosophie ou toute réfutation possible. Les auteurs de la «grande décennie» qui en découdront directement avec Reinhold sont légion, et ils comptent parmi les plus significatifs du temps: Maïmon, Enésidème-Schulze, Beck, et surtout Fichte et Schelling, qui ont consacré certaines de
2

leurs premières œuvres à l'examen de la philosophie élémentaire3, montrant par là le grand crédit qui lui était fait, crédit à notre sens pleinement justifié. Mais justement, où la philosophie élémentaire a-t-elle placé le débat pour concentrer sur elle l'attention de l'actualité? Pas ailleurs que Kant ne l'avait fait, et Descartes avant lui: sur la conscience. Reinhold s'inscrit dans la révolution transcendantale amorcée par le maître de Konigsberg, qui consiste à considérer les choses, non pas en soi, mais en tant qu'objets d'une expérience possible, en tant qu'elles se rapportent au sujet et à ses formes d'appréhension, la rencontre du sujet et des objets ayant lieu en la conscience. Le terme de philosophie élémentaire n'est d'ailleurs pas anodin, puisque l'exposé reinholdien est essentiellement un réaménagement de la première partie de la Critique de la Raison pure, traitant de la possibilité des jugements synthétiques a priori, de la réunion du divers de l'expérience par les formes de l'esprit humain en d'autres termes4. La question reinholdienne est certes légèrement différente, puisqu'elle ne part pas d'une possibilité mais d'un fait, celui de la consciences. Nous avons une conscience, et en celle-ci se produisent des modifications, se succèdent les représentations. On reconnaît néanmoins dans ce fait de conscience reinholdien les éléments que Kant avait nùs au jour lorsqu'il traitait des représentations dans la première Critique: un sujet, dépositaire des formes, un objet, tributaire d'un contenu divers, et l'unité de l'aperception, le fameux «je pense» qui doit pouvoir accompagner toutes mes représentations, et qui est de ce fait le troisième terme inévitable de toute modification de la conscience. Nous verrons au cours de cette introduction que Reinhold, même s'il est d'une grande fidélité à la lettre et au contenu de la doctrine kantienne, a opéré de profonds changements dans l'agencement des facultés et dans le déploiement de la déduction des catégories; pour l'instant, contentons-nous de souligner la sinùlarité d'orientation entre Kant et Reinhold. Ce dernier n'entend plus exposer une métaphysique des choses en soi, mais bien exposer, en accord avec l'idée fondamentale de la Critique, le procès de la connaissance, le fonctionnement synthétique de l'esprit dans son appréhension du divers de l'expérience. L'accent se porte sur la conscience, comme lieu d'avènement des représentations,
3

comme contact d'une unité subjective opérante et d'une multiplicité objective passive, inactive, et ce par essence. Ainsi, la pensée reinholdienne s'inscrit dans la tradition kantienne, ou plus généralement dans la philosophie du sujet, mais pour autant elle refuse d'être une philosophie à côté d'autres philosophies, elle se donne comme la «philosophie sans épithète », sans qualificatif qui la particulariserait et laisserait à entendre qu'elle est une doctrine à côté d'autres doctrines. Reinhold entend montrer que la révolution kantienne bien comprise coupe court à toute controverse. Il ne s'agissait que de l'exposer convenablement, ce dont le philosophe viennois se targue, pour que tous les suffrages du public éclairé s'y rallient. Justement, la philosophie sans qualificatif, le vrai tel qu'en lui-même, prend appui sur le terme central de «simple représentation », de représentation pure et simple, sans qu'on aille chercher autre chose que ce que l'on doit y penser immédiatement. Il importe de dégager ce terme central de la philosophie de la conscience des préjugés partisans qui le recouvrent, il faut dégager un accès direct à la représentation qui se présente immédiatement, avec toute son évidence, dans la conscience. Ces traits généraux de l'entreprise reinholdienne, tout comme sa volonté explicite de faire de la philosophie une science rigoureuse, ou encore la corrélation établie entre la conscience et quelque chose dont on a conscience, ne peuvent que rappeler la phénoménologie husserlienne au lecteur contemporain6. Pourtant, comme nous le verrons, le « retour aux choses mêmes» ne constitue que le point de départ de l'entreprise reinholdienne, et non son mot d'ordre programmatique. Reinhold n'entend pas procéder à une description des essences et des faits tels qu'ils se présentent en chair et en os, pour l'intuition originaire, en renonçant à l'attitude naturelle qui croit en la réalité d'un monde transcendant à la conscience, et donc en opérant une réflexion strictement immanente sur les faits de conscience. S'il revendique la réflexion, le retour sur soi de la conscience comme méthode d'investigation philosophique, c'est pour procéder à une enquête sur la subjectivité a priori, en tant qu'elle est la condition de possibilité de toute représentation à même de se produire effectivement; de plus, même si le point de départ est effectivement la conscience, on quitte bientôt cette conscience pour procéder à
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