Le problème corse

Publié par

Publié le : mardi 27 mars 2012
Lecture(s) : 99
Tags :
EAN13 : 9782296375857
Nombre de pages : 189
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Marie-Françoise

POIZAT-COST A

LE PROBLÈME CORSE
Essai d'anthropologie philosophique

Ouvrage publié avec le concours de l'Assemblée de Corse

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 PARIS

<9 L'Harmattan,

1987

ISBN: 2-85082-723-4

Â

ma fille Aude

Je remercie ici très chaleureusement: - le docteur Jean-Paul de Rocca-Serra, président de l'Assemblée de Corse, pour l'aide qu'il m'a apportée, - Monsieur Pinelli, directeur du service culturel de l'Assemblée de Corse, Madame Pompelia Ulysse, ancienne chargée de mission par le préfet de Corse auprès du président de Région, Plus particulièrement chargée des services universitaires et d'éducation, la dottoressa Sandra Di Majo, directrice de la bibliothèque de l'Ecole normale suPérieure d'Italie, à Pise, où a été écrite la plus grande partie de cet ouvrage, pour la profonde générosité de son accueil et l'amitié qui est née entre nous.

-

Cet ouvrage, Pour une philosophie génémle du problème corse, a fait l'objet d'une soutenanee de thèse, devant l'université de Paris I PanthéonSorbonne, soœ la direction de Jean-Toœsaint Desanti, professeur, Assesseur: Robert Jaulin, professeur anthropologue (directeur de l'UER d'anthropologie de Paris VII) et Hélène Védrine, directrice de l'UERde philosophie de l'université de Paris I (mars 1983).

APPROCHE DU PROBLÈME CORSE

Pourquoi faire du problème corse une question de philosophie, un problème philosophique? Parce que c'est un problème général qui a de multiples facettes. Le tort que l'on avait eu était d'en faire une série de problèmes particuliers. Un problème philosophique, celui d'une attitude générale devant la vie, s'est posé. Le lien de l'individu et de l'histoire. C'est celui de l'individu corse qui n'arrive pas à exister, par un manque d'histoire (ou histoire anormale) et une société qui l'oppresse. Un manque d'histoire générale et d'histoire personnelle. Exil et individu. Intériorisation de la culture, perte d'identité. Passage de l'extérieur à l'intérieur devant l'agression, ce qui fait qu'il y a eu culture et non pas civilisation. Intériorisation. Pourquoi rien ne fonctionnait-il normalement, comme ailleurs? Qu'est-ce qui n'allait pas? Alors on disait: c'est l'économie, c'est la politique, c'est la géographie, c'est l'histoire, ceci ou cela. Mais non, aucune de ces solutions ne résout une question. Ce sont toujours des réponses partielles, sectorielles, voire sectaires. C'est un problème philosophique, général, qui à travers ces deux concepts d'exil et d'individu, trouve deux directions productives. Notre travail conclura au lien de l'individu et de l'histoire. Une histoire anormale a été démontrée, et une absence d'individu. Le problème a été de faire le lien des deux :.montrer que sans l'individu, aucune histoire ne sera possible pour la Corse, mais que sans une accession à l'histoire person~ 9

nelle et individuelle, en même temps qu'à l'histoire générale, l'individu corse ne pourra exister. Ce sùnt les différentes facettes d'un problème qui est ontologiquement un problème d'être, de nature. Au fond, qu'est-ce qui ne va pas? Et pourquoi? C'est une question d'être qui touche comme toutes les questions ontologiques au plus profond de ce qu'est la vie. Pourquoi cet être corse n'arrive pas à être? Les Corses savent ce qu'ils sont. Le problème, c'est qu'ils n'arrivent pas à l'être. C'est parce qu'elle fuse dans des tas de directions que la question est productive et philosophique.

PREMIÈRE PARTIE

L'EXIL

Panorama de l'exil Si les problèmes corses peuvent se résumer en quatre lettres, ce sont, à mon avis ces quatre-là: EXIL.Les Corses se sont de tout temps exilés. Ils se sont exilés au cours de leur histoire, à Pise, à Florence, à Gênes, à Rome et dans le monde entier. Cela vient du fait que la Corse est une île et que la conformation géographique (superficie habitable) de cette île ne permet pas à une population nombreuse d'y vivre. Même si les Corses voulaient être deux millions dans l'île, ils ne le pourraient pas. Cela tient bien sûr aussi à d'autres facteurs. Ils sont pourtant 1 million de par le monde, chiffre approximatif, qui englobe:

- les 120 000 Corse~ vivant en Corse (le reste de la population: 240 000 habitants étant composé d'éléments allogènes: Français continentaux, Italiens et un certain nombre de Maghrébins: 22 000 environ) ; - les 600 ou 700 000 Corses vivant sur le continent: là encore les chiffres sont difficiles à obtenir: on compte 100 à 150000 Corses dans la région parisienne (chiffre plus important que celui des Corses résidant en Corse même), à peu près autant à Marseille, beaucoup également sur la côte, et dans la région lyonnaise, le reste étant réparti d'une manière inégale sur tout le continent français; - enfin une bonne partie, là encore les chiffres sont difficiles à obtenir, vivant à l'étranger: avec la répartition
13

suivante: une grande partie en Amérique latine, en particulier à Caracas au Venezuela (où ils se sont exilés à partir de 1850: le dernier président vénézuélien était un Corse, M. Léoni, et il faut signaler qu'à Caracas un journal est publié quotidiennement en langue corse), en Colombie (Bogota) et à Porto Rico (300 000 environ). Selon les renseignements fournis par le professeur J.-L. de Passalacqua, professeur de droit international à l'université de droit de Porto Rico, 300 000 personnes à Porto Rico se reconnaissent des attaches avec la Corse, de par les noms qu'ils portent et l'attachement que leurs familles ont encore pour l'île (certains y reviennent tous les étés, l'exil sud-américain ayant surtout été un exil des Cap-Corsins), mais 1 million de personnes dans cette même île de Porto Rico portent des noms corses même s'ils n'ont plus conscience de leur origine. Il y a aussi de nombreux Corses en Amérique du Nord (New York en particulier) et aux quatre coins du monde: quelle n'a pas été la surprise d'un médecin corse de Médecins sans Frontières débarquant à Sydney de l' lle-de-Lumière* et trouvant un bar, le Propriano, où il découvrit une camarade de classe de sa mère! L'avant-dernier exil, et le plus important car il a beaucoup pesé dans l'histoire de l'île, même s'il est aujourd'hui terminé, a été l'exil colonial dans l'empire colonial

français: on a dit, et c'est vrai, que les Corses « avaient fait
l'empire colonial français». Ils l'ont fait un peu partout, c'est vrai, par leurs remarquables qualités de fonctionnaires et d'administrateurs, à l'extérieur de l'île, en même temps que de pionniers: le Corse semblant plus apte à l'aventure et à la découverte à l'extérieur, que chez lui. Ce qui s'explique, nous le verrons plus loin, par une fermeture de la société insulaire**, la passion et la vie intérieure qui sont dans chaque individu et qui sont engendrées par l'île elle-même et l'attachement à une terre, ne pouvant pas toujours s'exprimer en actes concrets: l'individu étant « étouffé» par la collectivité, étouffement qui est à nuancer car la vie et la passion qu'il a en lui lui

f * Navire affrété par Médecin.ç.çan.çrontière.ç. ** Cf. A Cabia de D. Tognoni (La cage, pièce de théâtre). 14

viennent de la force de cette collectivité. Ceci a d'ailleurs été remarquablement analysé dans les romans d'Angelo Rinaldi. Le côté intérieur de l'exil devra donc être analysé plus loin. Pourquoi, s'est-on souvent demandé, le Corse réussit-il mieux à l'extérieur que chez lui? Quelles forces curieuses d'inertie le rendent plus passif chez lui qu'à l'extérieur? Quel est ce lacemu core (laissons courir) intérieur, dont d'aucuns ont voulu faire avec partialité - il faut le dire un caractère atavique des insulaires, qui, à l'extérieur, se transforme en esprit combatif? Dans l'empire colonial, les Corses ont surtout bâti l'Indochine où ils étaient 22 000 et où ils ont occupé une place très importante, depuis l'ère des pionniers (fin du XIXe,Mariani et tant d'autres) jusqu'à celle des fonctionnaires-administrateurs: le maire de Saigon, Gassano, était un Corse, les propriétaires des plus grands hôtels de la ville dont Le Continental de Mathieu Franchini, des Corses, (d'ailleurs très curieusement originaires pour la plupart de Bastelica), la police, l'enseignement étaient dominés par des Corses. Il Y avait aussi de grands avocats comme Cancellieri, des journalistes. Les Corses formaient une

société dans la société, différente

du reste des « coloni-

sants» quoique bien évidemment du côté du colonisateur. Ils étaient plus intégrés que la plupart des autres Français et certains avaient épousé des Vietnamiennes, s'étaient « encongaiés». Philippe Franchini a montré dans son livre Continental Saigon ainsi que dans un récent article du

Provençal: « Etre corse et vietnamien»

\

la parenté qu'il Y

avait entre les Corses et les Vietnamiens: pour lui, ce qui était frappant chez les seconds, c'est qu'ils se comportaient comme des insulaires! Ce qui explique leur rapprochement. De nombreux Eurasiens ont des pères corses. Ils ont aussi bâti l'Afrique noire coloniale et le Maghreb: on les trouve très nombreux au Maroc où ils sont administrateurs et dans l'armée, en Algérie où ils sont colons et fonctionnaires, en Tunisie et en Afrique: le gouverneur Colombani, gouverneur du Niger et du Tchad, se souvient que sa province était entièrement administrée par des Corses. Il fut lui-même adjoint d'un certain Colombani de Belgodère
1. Supplément corse du 8 juin ]980 (article M.-F. Poizat-Costa). 15

qui avait été Marignana.

lui-même

secrétaire

d'un

Coppolani

de

Il faüt voir comment, à ce moment-là, la « colonie» a compté dans la vie de l'île. On allait à la « colonie» pour
un temps et l'on envoyait de l'argent revenait tous les trois ans. Au point à la famille. que certains, On tel

Alexandre Sanguinetti 2 ont voulu faire commencer le « problème corse» le jour où la France a perdu ses colonies. Un des débouchés de l'exil étant perdu et de nouveaux équilibres devant s'instaurer. Ce qui est contestable, le problème corse ayant de tout temps existé, ce qui est d'ailleurs peut-être unique dans l'histoire d'un pays, une

histoire « normale

»

n'ayant pu avoir lieu.

L'histoire « anormale)) (ou une histoire qui n'a pas eu lieu)
Il faut plutôt se demander comment, à deux pas de la Toscane, un développement harmonieux, générateur de civilisation, n'a pu avoir lieu. La Toscane si proche et si parente. Cela tient à notre avis à deux facteurs: l'un géographique, qui a engendré l'exil (le peu de surface habitable) ; l'exil est alors une conséquence du problème l'autre historique - là, l'exil devient une cause. Dans un pays vide de ses habitants, une histoire normale ne peut avoir lieu. Les Corses ont passé leur temps à se battre ou à partir. Se battre pour défendre leur pays et leur culture contre les envahisseurs ou les occupants. On se souvient par exemple des « descentes» des Niolins contre les Gênois. Une civilisation nécessiteuse de paix n'a jamais eu le temps de se dessiner. C'est pourquoi cette culture est devenue quelque chose de tout à fait intérieur, que l'on porte en soi et n'a pu donner naissance à une civilisation qui aurait eu besoin de paix pour s'épanouir. Le problème de l'intériorisation de la culture est intéressant, nous le verrons plus loin. S'il y a eu une culture corse, il n'y a jamais eu de civilisation que l'on puisse retrouver dans un art qui la caractérise, comme il y a eu des civilisations pisanes, florentines ou siennoises: mais Pise, Florence et
2. Alexandre Albin Michel. 16 Sanguinetti, Lettre ouverte à mes compatriotes corses, éd.

Sienne ont été des républiques ou des grands duchés qui ont toutes eu une autonomie politique. Pourquoi se sent-on si bien à Sienne avec cet être corse intérieur que nous portons en nous, si ce n'est pour dire: ici, tout n'est qu'harmonie et paix, ce que nous aurions voulu être, et la Toscane... c'est la Corse avec... la civilisation en plus, cette civilisation qui n'a pas eu le temps, pas pu se développer chez nous mais que nous portons au fond de nous-mêmes comme une culture, un être intérieur. L'histoire que nous n'avons pas eue et que nous portons en potentialité au fond de nous-mêmes.

Cette histoire « anormale », cette absence de civilisation,
les Corses l'ont-ils vraiment mérité? Est-ce une bonne

question?

Il est certain que « vu d'en face» on comprend

beaucoup de choses. Pourquoi ce sentiment si violemment anti-français lorsque l'on rentre de Toscane à Paris, comme si on nous avait enlevé quelque chose auquel nous avions droit de par ce que nous étions, comme si quelque chose n'était pas arrivé? N'était-il pas plus normal que les Corses fassent partie de la Toscane, dispensatrice de civilisation et dont les composantes humaines, en particulier celles des Siennois et des Pisans, sont les mêmes? Et qui fait dire à celle qui se promène dans Pise ou dans Sienne: la Toscane, c'est mon pays... avec une histoire profonde, interne, civilisée que nous n'avons pas eue et dont nous avons un besoin profond. Lorsque l'on se promène dans Sienne, on est presque choqué de rencontrer un cousin ou un parent, tant les types physiques sont identiques. J'ai eu pour ma part ce choc à cinq ou six reprises. Les manières d'être sont les mêmes. Pourquoi se sent-on tant chez soi là-bas? Pourquoi l'être corse intérieur se sent-il si bien? La Toscane; c'est l'histoire que nous n'avons pas eue. Les Corses ont-ils mérité cette absence de civilisation? Quelque chose n'est pas arrivé auquel nous avions droit et qui s'appelle développement, histoire tout court. Il ne faudrait pas voir dans ces lignes un bête et stupide retour à l'irrédentisme, spectre tant agité. Mais on peut comprendre comment certains ont eu la tentation d'un retour à Pise, ou même à Rome. Le mouvemen~ irrédentiste corse n'est pas né par hasard, entre les deux guerres. Certains se sont sentis, et je crois qu'ils ont été tout à fait 17

sincères, une parenté, une identique communauté d'être avec ce qu'il y avait en face. Ils sortaient aussi des souffrances de la Première Guerre mondiale. Ils ont été ensuite les victimes d'une période historique qui n'a pu aller que contre eux: celle du fascisme et des désirs de Mussolini de récupérer la Corse. Mais je crois que le fait que le mouvement de «A Muvra», de 1925 à 1938, ait été essentiellement un mouvement culturel est tout à fait significatif: c'est au niveau littéraire et culturel que les échanges ont été les plus importants. Dans un besoin de reconnaissance, aux deux sens du terme: être dans un terrain où l'on se reconnaît, où l'on reconnaît ce que l'on est, et être reconnu par les autres pour ce que l'on est, pour sa propre culture, ce qui était nié par la France. Ce mouvement a malheureusement été un terrain favorable aux manipulations politiques, si faciles, d'un côté comme de l'autre, France et Italie, en cette période troublée de la préparation de la Deuxième Guerre mondiale et de l'apogée du fascisme en Italie. Mais on peut se demander à juste titre ce qu'il serait devenu si la guerre n'avait pas eu lieu. Il faut s'être promené dans Pise par la via Pasquale Paoli, la via Corsica, la célèbre Piazza dei Cavalieri où se trouve l'Ecole normale supérieure (fondée soit dit en passant par Napoléon sur le modèle de l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm par un décret de la Convention) et y avoir consulté l'Archivio Storico Di Corsica. On peut de même être passé devant le palais Lanfranchi, avoir consulté l'annuaire de Pise qui est identique pour ce qui est des noms à l'annuaire de Bastia (les Orsoni, les Orsini, les Bianchi, les Marchetti, etc.) ou s'être assis sur le Campo de Sienne ou devant le magasin Rossi, pour comprendre cette parenté et cette recherche aux deux sens du mot recherche: activité littéraire, mais en même temps se chercher soi-même et se trouver. Le travail le plus intéressant à cet égard a été celui de 3 l'Arehivio Storieo Di Corsica, dirigé par Gioacchino Volpe :
«

Les publications

de l'Arehivio Storieo Di Corsica sont
en raison de ses préoccupa-

très importantes, 3. Francis Pomponi, 18

non point

Le Mémorial des Corses, t. IV, p. 235.

tions idéologiques (la campagne irrédentiste en Corse et en Italie), mais par la contribution qu'elles apportèrent à la connaissance du passé insulaire à une époque où il n'y eut point, ni en quantité, ni en qualité, l'équivalent en

Corse ou en France continentale. » (Francis Pomponi.)
Gioacchino Volpe était un éminent professeur de Milan, de l'Académie d'Italie, entouré d'historiens qui ont écrit à partir de 1933 jusqu'en 1942 dans cette revue trimestrielle. On y trouve l'histoire de la première insurrection corse, de 1730 à 1733, d'après des documents de l'époque, celle de la seconde insurrection de 1733 à 1737, par un historien qui signe Oreste, celle de la splendide Certosa di Pisa (XVe-XYIIleiècle, chartreuse qui se trouve à s Calci, à 10 kilomètres de Pise et qui possédait de nombreux domaines en Corse), les thèmes dominant la poésie populaire corse (patrie et amour: étude de Giardini en 1941), les manuscrits de la bibliothèque de Florence relatifs à l'histoire de la Corse (les manuscrits palatins où l'on retrouve l'histoire de toutes les grandes familles de l'île), le refuge en Toscane de Pascal Paoli et de ses compagnons après Ponte Novu, par Viviani della Robbia (publication de deux lettres inédites en 1939), une étude de la Corse à Gênes en 1347, la publication de la plus vieille carte corographique de la Corse (en décembre 1939), de nombreuses autres très belles cartes, l'Eglise et la confraternité des Corses à Rome (D. Spadoni: v. 39), une étude de Borlandi sur la population de la Corse dans l'Antiquité, Sampiero Corso en mission à Constantinople (v. 1941), etc. Michel Ersilio en était le rédacteur en chef. La revue était éditée par G. Chiappini à Livourne. Tout ceci constitue neuf gros volumes, rangés sur les rayons des revues de la bibliothèque de l'Ecole normale de Pise. Sont aussi étudiés les manuscrits de la Bibliothèque nationale de Milan relatifs à l'histoire de la Corse (voir année 1940, article d'Adami), un article de Spadoni: les amis toscans de Pascal Paoli (qui montre le rapport avec la Toscane), en juillet-septembre 1940: les projets de constitution pour la Corse de Jean-Jacques Rousseau (étude de Léopoldo Sandri, pp.257-291). Manquent malheureusement certains volumes de 1940 et l'album de 1938. Tout ceci pour montrer que beaucoup d'universitaires 19

ont cherché à ce moment-là à approfondir les rapports de la Corse avec la Toscane et à montrer la parenté qui existait entre elles. Quand bien même leurs entreprises n'étaient pas complètement q.ésintéressées ou ont été en tout cas récupérées par le gouvernement italien de l'époque (je crois qu'on peut faire confiance à Francis Pomponi pour le dire, car il ne peut être soupçonné de sympathies irrédentistes, son article « Bruits de bottes» dans le volume IV du Mémorial des Corses étant même un peu tendancieux dans la critique), les travaux, eux, sont restés. Un autre monument fit à ce moment-là le pendant par son importance à l'Archivio Storieo di Corsica: ce fut l'Atlante Linguistico della Corsica de Gino Bottiglioni, homologue dans le domaine linguistique de ce qu'était l'Archivio pour l'histoire. Il y eut aussi la revue Corsica Antica e Moderna, de moindre importance, qui occupa le créneau resté vacant et s'ouvrit à la littérature et à la poésie en faisant une large place aux auteurs corses, qu'ils soient irrédentistes ou pas. Le but avoué, et qui est inscrit dans le préambule du

numéro de 1932 de la revue, était de

«

reserrer les liens

d'amitié entre les intellectuels de Corse et d'Italie 4. « La première raison de cette revue est à rechercher dans notre grand et désintéressé amour de la Corse, dans notre sincère et profonde admiration pour son peuple héroïque, pour ses glorieuses actions, pour la brève mais noble histoire de sa littérature.» Il y en avait d'autres et c'est certain en cette période du fascisme italien. Restent des œuvres scientifiques et universitaires très importantes. La revue Corsica

Antica e Moderna, qui parut jusqu'en

1942 est

«

une revue

de qualité contenant de savantes études avec d'excellentes illustrations de F. Giammari 5. Des travaux universitaires considérables, d'une grande importance qualitative et quantitative (<< jamais une œuvre comme l'Archivio storico di Corsica, qui est un référent pour l'histoire, n'avait été écrit», dit encore F. Pomponi), qui montrent la parenté de la Corse avec la Toscane, les liens étroits, la profonde communauté d'histoire, restent. Ils sont une source de richesse et d'identité pour les Corses. La politique, elle, passe. Ce qui est vrai n'a que faire d'elle. L'important, c'est
4. F. Pomponi, 5. [demo Mémorial des Corses, vol. 4, op. cit., p. 237.

20

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.