LE RENIEMENT D'HIPPOCRATE

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L'auteur raconte simplement une histoire effrayante et banale qui a été vécue par beaucoup de malades hospitalisés : une incroyable accumulation d'erreurs sur un socle de mépris total. Il est sain et nécessaire que ceux qui jouissent d'une bonne santé puissent lire ce livre et connaître la réalité des épreuves qu'ils sont susceptibles de vivre, la déshumanisation de certains services hospitaliers, la cupidité de certains propriétaires de clinique, ainsi qu'au rebours le dévouement, la qualité d'un grand nombre de médecins.
Publié le : mercredi 1 décembre 1999
Lecture(s) : 30
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EAN13 : 9782296389083
Nombre de pages : 112
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LE RENIEMENT D'HIPPOCRATE

@ L'Harmattan, 1999 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris
L'Harmattan, Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) Canada H2Y 1K9 L'Harmattan, Via Bava 37 10124 Torino Italia s.r.l.

ISBN: 2-7384-7918-9

Jean Uon Donnadieu

Le reniement

d'Hippocrate
Aventure à l'hôpital
fiction

L'Har11lattan

Du même auteur
D'hommes à hommes. Itinéraire d'un DRH, préfacé par Antoine Ribaud, L'Harmattan, 1998

AVERTISSEMENT

AU LECTEUR

Ce livre est un roman. Il est le fruit de mon imagination. Si des personnes croyaient se reconnaître dans celles que j'évoque, ce serait pure coïncidence. Mais je lis dans les journaux que plusieurs milliers de patients meurent, chaque année, à l'hôpital, d'une maladie différente de celle pour laquelle ils y sont entrés. Cela donne une certaine vraisemblance à ce roman: ce qu'il raconte est inventé mais cela a pu arriver.

L

A chambre est vaste, nue. Une grande

baie vitrée ouvre sur le couchant et laisse

pénétrer jusqu'à moi la douce lumière d'un soleil d'hiver. - Rares sont ceux qui sont allés jusqu'au point où tu es allé et qui en sont revenus! Il Y aura beaucoup d'enseignements voyage! C'est Philippe, mon ami médecin, qui me parle ainsi au téléphone. Je suis dans un lit d'hôpital, le ventre solidement serré par de larges bandes collantes, immobilisé, bourré d'antibiotiques. C'est moi-même qui l'ai appelé à son cabinet, dès que je suis sorti de la salle de réanimation. Il est maintenant violemment ému et heureux. Il parle précipitamment, s'interrompt soudain et garde le silence. Il m'a appelé chaque jour à l'hôpital, malade d'inquiétude. Parce qu'il m'aime et parce qu'il se croit à tirer de ce

LE RENIEMENT D'HIPPOCRATE

responsable

de ce qui arrive. Mais maintenant,

il sait que je vais m'en sortir.

- Quand tu verras le docteur Perrin, ajoutet-il, serre-lui les mains et remercie-le chaleureusement. Il a pris tous les risques. C'est lui qui t'a sauvé. Des larmes coulent lentement sur mes

joues. Je suis affaibli et vulnérable. J'ai pleuré ce matin, à l'aurore, en regardant par la baie vitrée le soleil se lever. Premier matin, premier soleil! J'étais mort, voici la vie ! C'est dangereux d'être solide quand on a l'âge d'être faible. On se croit éternel. On quitte ceux qu'on aime, comme ça, avec un baiser ou un signe de la main, assuré de les retrouver le soir ou le lendemain. Mais, soudain, la mort vous saute dessus sans prévenir. Nous ne savons ni le jour ni l'heure.

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AVENTURE À L'HÔPITAL

J'ai souvent pensé à la mort quand j'ai vu disparaître des amis ou des camarades de mon âge. Il y a quelques semaines, j'ai retrouvé une photo de ma classe de philo. 1938 : la génération de la guerre! J'ai passé en revue tous ces camarades dont je me rappelle encore les noms. La plupart d'entre eux ont disparu. Cela ne m'a pas troublé. Égoïste, j'ai toujours cru que je vivrais longtemps. Je n'ai pas fait la moitié de ce que j'avais à faire. J'ai reçu un avertissement. Auparavant, j'étais heureux. Désormais, j'ai peur de me croire vieux et de devenir emmerdant. Rien ne sera plus comme avant. J'aurai pour ma femme, mes enfants et mes petites-filles un autre regard, déjà un regard de l'au-delà. Les oliviers du jardin, je les contemplais longuement, j'admirais leur force et leur beauté. Maintenant, je pense qu'ils ont trois fois mon âge et qu'ils vivront encore trois fois ma vie.

9

LE RENIEMENT D'HIPPOCRATE

Au fond, la mort, la mienne, en fait n'était rien. Mourir était facile. Je n'avais qu'à me laisser aller et je serais parti, comme ça. Seulement j'ai refusé, je n'ai pas pensé une seule fois que j'allais mourir. Malgré le matraquage des calmants, dans les pires moments, même dans le coma, je n'ai jamais lâché la volonté de vivre. C'est le salut dans les pires moments. J'étais en paix dans ma certitude. Ce qui est terrible, c'est de revenir, de vivre avec sa propre mort sur le visage, marqué par l'angoisse entourent et le chagrin de ceux qui vous et qui vous aiment. Ils doutent

encore que vous soyez revenu parmi eux et leurs yeux sont pleins d'incertitude et de peur. Aujourd'hui, plusieurs mois après, ma femme me regarde encore avec une attention excessive, comme si j'étais un autre homme, comme si ce n'était pas moi.

10

L

A douleur ne cesse pas. C'est quoi la

douleur? Je ne sais pas vraiment. C'est

simple, paraît-il: une partie vivante du corps a du mal à vivre, le fait savoir au cerveau qui nous informe en nous faisant ressentir une sensation anormale. Cela n'explique pas ce qu'est la douleur. C'est parfois ce mal inutile, insupportable, qui envahit le corps vaincu et dont on sait qu'il n'aura pas de fin. Ma douleur est le signal que quelque chose ne fonctionne pas normalement. J'ai connu cela souvent mais j'attendais que cela passe. Cette fois, cela dure trop. Je me décide, enfm, à appeler Philippe chez lui. J'ai besoin de lui. Il me dira pourquoi je souffre et ce qu'il faut faire pour remettre la machine en bon état de marche. Je sens qu'il est un peu agacé. Il n'aime pas être dérangé chez lui un samedi soir. -Qu'est-ce que tu as, Joan ?

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