//img.uscri.be/pth/89770d6888d9df4017b64af9133f787a2df50ffb
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 23,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Le renouveau rural

De
384 pages
Passé et futur, en milieu rural français, ne se conjuguent plus et les anomalies objectives se généralisent du point de vue spatial. Si pour Christian Fougerouse la suprématie agricole au sein des économies villageoises s'efface définitivement en cette fin du XXème siècle, il souligne les voies, semées d'embûches, de la reviviscence des terroirs. Parallèlement, l'extension aveugle de l'urbanisation des plus petits villages, via le retournement de tendance du solde migratoire, révèle une nouvelle économie rurale autonome, dont les initiatives atomisées affirment la prédominance du secteur tertiaire. Dès lors, la construction d'un modèle rural, pluriel, territorial, combinant temps et patrimoines, réhabilite, dans un contexte paradoxal d'internationalisation économique, les flexibilités et les authenticités du mode de production artisanal à la campagne. Si la vigueur associative est par ailleurs exceptionnelle, n'y a-t-il pas là matière à espérer et à organiser des chances honorables de promotion socio-économique des populations villageoises, notamment quant à leur souci premier c'est-à-dire celui de l'emploi.
Voir plus Voir moins

LE RENOUVEAU RURAL

dépendance

ou autonomie

@L' Harmattan, 1996

ISBN: 2-7384-4566-7

Christian FOUGEROUSE

LE RENOUVEAU RURAL

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques ' Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

à mes parents, à tous les paysanS de coeur et les artisans à l'oeuvre

Avec la transformation du rural, Christian Fougerouse traite l'un des grands thèmes de l'évolution actuelle des sociétés développées. Justement, ce développement a été acquis par l'émergence de l'industrie et par la structuration, d'une certaine manière liée, de l'urbain. Or, depuis quelques décennies, industrie et ville semblent connaître quelques difficultés à soumettre et à structurer l'économie et le territoire, en tout cas selon les'~ modalités anciennes. Dans ce contexte de niveau de développement atteint et de crise, nous assistons à l'un de ces renversements dont les temps que nous vivons sont prolixes: le rural ne semble plus soumis à la loi inexorable de la désorganisation et du déclin. Au contraire, il témoigne d'une capacité largement imprévue à se repeupler, à accueillir des activités, à développer des emplois. Là se trouve le fondement du travail de Ch. Fougerouse. Il dissèque, il analyse cette rupture, encore que, à y regarder de plus près, il s'agit plutôt d'un renversement progressif de tendance qui apparaît dans les années soixante en France, une bonne décennie après les Etats-Unis. L'auteur illustre l'extrême richesse de la diversité aux multiples formes de ce processus de revitalisation humaine et économique. Il nous démontre que, si l'agriculture perd sa domination sur le rural, elle participe pleinement à sa recomposition avec l'appui de l'industrie et surtout des services à travers petite entreprise et artisanat. Il nous incite aussi à l'examen de la société locale, notamment pour nous faire sentir le rôle primordial du mouvement associatif dans cette mutation tout comme celui, plus ambigu, des gestionnaires de la ruralité. De la sorte, l'auteur nous conduit de la "révolution agricole" à la "révolution rurale" dans laquelle certains voient un

phénomène majeur en cette fin de siècle, pour notre société occidentale. Dans cette orientation, Ch. Fougerouse s'inscrit parfaitement de la veine des recherches sur le monde rural dont Montpellier s'est fait une spécialité déjà ancienne. En d'autres termes, il renouvelle, vingt ans après, la thèse d'Alain Berger sur "La nouvelle économie rurale" et il participe à la communauté scientifique locale travaillant sur "Les recompositions de l'espace rural". Cette spécialisation montpelliéraine est d'ailleurs parfaitement légitimée par l'avance que les campagnes méditerranéennes -et aujourd'hui méridionales dans leur ensemble- ont pris en la matière sur la ruralité plus septentrionale. Pour autant n'en concluons pas à une spécificité du Midi. C'est bien à une évolution générale qu'appartient le phénomène étudié ici, même si Rhône-Alpes et Languedoc-Roussillon occupent une place privilégiée dans l'illustration utilisée. Pour démontrer que le déclin n'est plus inexorable, que petite taille des communes et faible densité ne sont plus des handicaps rédhibitoires, Ch. Fougerouse s'appuie sur une réflexion et une méthode, toutes deux fort originales. La méthode consiste à s'appuyer sur une formidable connaissance de la vie des villages. Moyennant quoi il fournit l'exemple vivant de dizaines de villages relevant, chacun dans sa catégorie, du cas d'école. Il y a quelque chose d'un périple dans ce travail qui nous entraîne dans une sorte de tourisme nouveau, le tourisme scientifique, depuis les Pyrénées jusqu'aux Alpes. Ch. Fougerouse y sollicite les villages cathares tout autant que les tènements viticoles; il utilise aussi bien les "industrieux" monts du Lyonnais que la résistance au terroir beaufortin pour la plus grande information de ses lecteurs. Cette extrême complexité des hommes, des activités et des territoires est ramenée à une convergence problématique relativement simple, astucieuse et complète, celle qui combine patrimoine, savoirfaire et société. Dans sa capacité à cristalliser le passé et à modeler les enjeux du moment, chacun de ces trois grands éléments fournit une assise solide (dont on peut discuter les modalités d' action mais pas l'évidence première) à la thèse avancée.

Parce qu'il détient un patrimoine unique que les temps actuels revalorisent, parce qu'il a su conserver et renouveler ses productions variées et porteuses, parce qu'il propose un autre mode de vie, non pas alternatif mais complémentaire, le rural se voit offrir à l'aube du vingt et unième siècle une nouvelle destinée. Pour Ch. Fougerouse, le pari n'est pas gagné, mais les chances sont appréciables. On voit bien dès lors l'importance de la thèse en matière de gestion du territoire. La page de la protection, de la conservation nécessite au moins d'être suivie et complétée de paragraphes sur l'ouverture, la diversification, en un mot sur l'aventure créative. C'est donc à un réexamen radical de la politique du rural à laquelle nous sommes conviés. Après celui de l'Agriculture et celui de la Ville, c'est au ministère du Rural qu'il faut commencer à songer. D'ailleurs, sans aller à cette extrémité, l'air du temps semble bien évoluer. Le travail qui nous est offert ici participe pleinement à cette transformation des esprits. Dans un tout autre ordre d'idée, je me plais à souligner l'originalité de l'écriture. Pour être une version d'un travail universitaire, le livre de Ch. Fougerouse constitue un reflet attirant de l 'homme qu'il nous cache mal. Il sait de quoi il parle, lui fils de paysans, héritier et transfuge d'un monde qu'il regrette parfois quelque peu, et chantre d'une espérance nouvelle qui légitime son abandon. Par ailleurs, le style très classique sous certains aspects, corrosif très souvent et audacieux toujours réserve des surprises linguistiques et sémantiques pour celui qui goûte le dépassement des sentiers battus. C'est là parler du style et c'est tout aussi bien traiter du fond.

J. ROUZIER

Directeur de Recherches CNRS Directeur du CRPEE

L'e"eur du planificateur est toujours de sous-estimer la liberté de l'Homme.

Jules MILHAU (*)

Le vécu précède l'idée, mais seule l'idée permet de comprendre le vécu et donc de le formaliser, de le développer et de reculer les limites du possible.

Michel CROZIER (**)

(*) ln Région

et Développement,

Gauthier-Villars

éditeur,

Paris,

1968, p. 291.

(**) Cité par Guy Boulet, Boulangers, artisans de demain. L'hypolhétiquemariage de la tradition et du progrès, Editions l'Hannattan, 1994, p. 99.

INTRODUCTION

C'est dans le pays rural que l'on pourra peut-être, demain, créer le plus d'emplois. Intervention d'un député - Loi de Finances, 1983. Des régions entières ne seront bientôt plus qu'un vaste no man's land désertique et impénétrable. Intervention d'un député - Loi de Finances, 1990. L'analyse du devenir de l'espace rural débouche actuellement sur des visions divergentes, parfois même contradictoires, selon que l'on privilégie tel ou tel indicateur. Certains observateurs, les plus nombreux, parlent de crise et de désertification, d'autres mettent au contraire l'accent sur la reprise, voire la reconquête de l'espace rural (1). Ainsi, l'indicateur démographique offre la surprise, renouvelée depuis trois recensements, d'une attractivité croissante de l'espace rural français alors que l'accélération des mutations du secteur agricole, sous la pression de l'internationalisation croissante des marchés, la réorientation des politiques agricoles européennes et l'apparition des jachères et des friches désoriente, déconcerte et fait planer des incertitudes sur le maintien de l'activité et de l'homme en milieu ruraL.. (2 ). Or, depuis 1975, les communes rurales françaises prises dans leur ensemble (3 ) ont gagné plus de 1,5 million d 'habitants faisant gonfler la population rurale de 13,2 millions à 14,7 millions en 1990. Cette croissance démographique s'explique par des apports migratoires positifs se diffusant, en 1990, sur 85 départements du

(1) Alain Berger, "Les perspectives d'une recomposition", Revue de l'Economie Méridionale "La recomposition de l'espace rural", nOs 165-166,1994, p. 6. (2 ) S. Savey, lors des journées d'études "Précarités et exclusions en milieu rural", Université Paul Valéry de Montpellier ill, 15-16 avril 1994; citée par L. Ferrière "Exclusion et précarité à la mode de nos campagnes" in l'Acteur Rural, magazine de l'espace rural, juillet-août 1994, p. 28. (3) Nous retiendrons la définition INSEE 1990 des communes rurales pour les statistiques démographiques utilisées ultérieurement dans cette thèse.

13

territoire national (4). Certes, si les deux tiers des communes rurales françaises parviennent au moins à stabiliser leur démographie, on doit aussi noter qu'un tiers des communes rurales reste sur la pente plus que séculaire du déclin, là où la densité est la plus faible et la ville lointaine. Mais notre hypothèse de base est qu'il n'existe pas de fatalité au déclin ce que suggère nombre de très petites communes dont la population continue à diminuer mais dont le solde migratoire est tout de même devenu positif dans la période récente. Il ne convient pas pour autant de tomber dans l'angélisme intellectuel du renouveau rural mais de souligner d'emblée que les territoires restreints dont le dépeuplement et la désertification économique, agricole en particulier, s' accélèrent~< se trouvent désormais insérés dans le cadre d'un questionnement global où, face à un processus de transformation historique de longue période, l'exode urbain succède à l'exode rural en liaison avec un solde migratoire positif des communes rurales françaises qui, sur la seule période 1982-90, dépasse un million de personnes. "Ainsi, pour J. Catanzano : ce qui est plus intéressant, c'est le déphasage encore plus choquant qui persiste entre une certaine attractivité constatée dans les flux démographiques récents et une apparente inertie pour ne pas dire paralysie a priori du tissu local (5). Mais cet auteur s'empresse aussitôt d'ajouter que l'économique ressurgit nécessairement. Dès lors, on peut légitimement s'inquiéter du peu d'écho chez les scientifiques et les économistes tout particulièrement, à ce sujet. Certes, l'intense diversification socio-économique actuelle des milieux ruraux fait que, comme le relève, dès 1975, R. Badouin : il n'est pas étonnant que cette nouvelle civilisation villageoise soit malaisée à caractériser (6 ). De plus, en France on continue à parler d'économie rurale à propos d'une discipline qui ne traite pour

(4) M. Dedeirc, "Population rurale et emploi", Revue de l'Economie Méridionale "La recomposition de l'espace rural", nOs 165-166, 1994, p. 50.
(5 ) Retour l'Economie vers l' arrière-pays. Migrations en lAnguedoc-Roussillon, Méridionale, n° 9, 1987, pp. 147-148 Les Cahiers de

(6 ) In préface A. Berger, La Nouvelle &onomie de l'espace rural, Editions Cujas, collection. marchés et structures agricoles, Paris, 1975, p. vm.

14

l'essentiel que d'économie agricole (7), soulignant en parallèle l'inconfort scientifique' de l'économie régionale où l'urbain est le déterminant quasi-exclusif des politiques d'aménagement du territoire national. Tout ceci conduit à des frustrations intellectuelles préjudiciables pour l'appréhension du développement face à des milieux ruraux en charge de la dynamisation de 85 % de l' e~pace français et dont le poids démographique, calculé au travers de celui des communes rurales françaises au sein de l'ensemble national, s'élève à 24,9 % en 1975 et à 26,0 % en 1990. Mais il convient plus fondamentalement de s'interroger à propos du peu d'intérêt porté à l'évolution de l'économie des milieux ruraux et artisanaux depuis les révolutions industrielles et urbaines du XIXe siècle. Il s'avère que parmi les sciences sociales, l'économie se veut la science de la modernité par excellence, science totale, totalisante, totalitaire (8 ). Or, comme K. Marx le faisait remarquer: la seule bonne chose du capitalisme, c'est qu'il est capable de mettre fin à l'idiotie rurale. Dès lors, à bien des égards, les philosophes et les économistes utopistes du XIXe si:~le, tels Proudhon et Fourier et jusqu'à Charles Gide et Emmanuel Mounier au XXe siècle ont illustré parfois relativement inconsciemment d'ailleurs, le désarroi des milieux ruraux alors très majoritaires particulièrement dans une nation aussi paysanne et boutiquière que la France. De même, les populations des pays européens les plus attardés du point de vue de ces révolutions industrielles et urbaines comme en Russie voire en Italie, pour lesquelles le blocage de l'exode rural a été durable et les ghettos du sous-prolétariat néourbain ont fréquemment sombré dans l'économie informelle, se sont heurtées aux impasses de l'exaltation anarchiste, contestant les dévoiements rationnels d'une science de l'homme au travers de la conjugaison de l'aliénation libérale et marxiste. Mais pour les économistes utopistes, le progrès technique libérera la créativité de l'artisan, autorisera le temps libre des passions de tous et de chacun et assurera la démocratie patrimoniale et entrepreneuriale dans le cadre d'une organisation généralisée de la société et de l'économie basée sur le mutualisme coopératif. Ils seront pour le moins

(1) A. Bron, J. Cavailhès, Ph. Perrier-Comet, revisités", RERU, 1992, n° 1.
(8 ) R. Sue, Temps et ordre social, PUF, collection

B. Schmitt, "Les espaces roraux

le Sociologue,

1994, p. 171.

15

égratignés par la minimisation des coûts, l'exploitation du travail, la concentration du capital et, in fine, ridiculisés par les utopies vertes, éphémères, de mai 1968. On a souvent tort d'avoir quelque peu raison, trop tôt. Ainsi, à l'heure actuelle une des bonnes choses du capitalisme malade au regard du communisme perdu est peut-être de mieux permettre l'avènement des renouveaux ruraux post-industriels. Par ailleurs, la question rurale, à cause même de ses ingratitudes économiques de longue période, reste toujours prégnante en liaison avec un affaiblissement démographique des milieux ruraux dont l'irréversibilité historique apparaît à la fois acquise et redoutée. Il convient alors de noter que le champ scientifique que l'on se propose d'investir a historiquement subi diverses convoitises. Tout d'abord, les agronomes ont récupéré la gestion périlleuse des milieux ruraux. Leur dévouement ira jusqu'à promouvoir la supériorité d'une organisation coopérative de l'activité agricole et à louer, parfois avec complaisance, les vertus incontournables d'une agriculture familiale. Leur passion ira aussi jusqu'à occulter le fait que, dans les premières phases de l'exode rural au.; début du XIXe siècle, les départs de la population rurale non-agricole, artisanale en particulier, sont plus importants que ceux de la population agricole, avant que le processus lié de déstructuration historique des milieux ruraux n'entraîne dans le déclin cette dernière population. A titre illustratif, dans le village cévenol de Valleraugue~ le temps est loin (1801) où l'on y dénombrait 360 chefs de famille non paysans, 12 fabricants de bas, 39 artisans, 19 marchands, 9 meuniers, 9 aubergistes (9). Or, il apparaît cependant dans la logique de la révolution agricole que les villages se vident, que la friche gagne du terrain, que les paysans et leurs activités désertent les campagnes. Ce que n'avaient dit ni les physiocrates, ni les agronomes chargés.de la promouvoir (10 ). Ensuite, les politiques se sont faits les maîtres à penser des milieux ruraux même si les pouvoirs centraux ont très bien compris que, depuis la fm des féodalités moyen-âgeuses, le véritable enjeu

(9) Paul Marres et Robert Vacquier, "Le Massif de l'Aigoual: les paysages, les activités humaines, l'avenir", in Causses et Cévennes, Revue du Club cévenol, n° 2, 1969. (l0) G. Gavignaud-Fontaine, "Révolution agricole et révolution rurale dans les campagnes contemporaines (XVille-XXe siècles)," Revue de l'Economie Méridionale, nOs 165-166, 1994, p. 139.

16

politique se situe dans les villes: les forces conservatrices méprisent et courtisent les paysanneries tandis que les forces progressistes, lorsqu'elles prétendent défendre les travailleurs, ignorent délibérément les travailleurs de la terre, de l'artisanat et du secteur associatif. Paradoxalement, la sur-représentation des notabilités rurales s'est imposée dans le cadre de pouvoirs mineurs, s'appuyant sur les organismes de concertation, groupes, unions, comités et autres fédérations dont le milieu rural s'est fait une spécialité [lesquels] s'efforcent tellement de ne jamais privilégier aucun de leurs membres qu'ils ne citent personne. Cet autisme intellectuel ne serait pas gênant s'il s'accompagnait de débat. Une bonne polémique pourrait nous en apprendre beaucoup (11). On fera toutefois observer que les discours-fleuves n'ont pas manqué en la matière. De plus, la politique rurale est, par tradition, une politique d'assistance qui requiert de la part des intéressés une naïveté quelque peu surfaite et dont la pérennité politiquement bien compri~,. exige des mythes conservatoires et des tabous entretenus tels que ceux de l'ordre éternel des champs (12 ) et de la désertification (13 )., Enfm, les aménageurs ont fortement imprimé leur manière technocratique sur les campagnes depuis une trentaine d'années. La DATAR, créée en 1963 à l'initiative de l'Etat, dispose alors d'ambitieux projets pour une moderillsation industrielle triomphante, à la campagne. Le plein emploi conjugué avec la forte croissance économique de l'époque conforte la conception selon laquelle il est insoutenable et dangereux de laisser croire que les enclaves artisanales et rurales pourront se maintenir dans un univers urbanisé et industrialisé (14 ). Or, si la crise économique à partir du début des années 70 a révélé l'épuisement technocratique des aménageurs au travers d'incitations diverses et de réglementations volumineuses, cette caste a su, en liaison avec sa démographie croissante, son souci

(11 ) Ph. Vérrièle, "Des contributions de chapelle", rubrique humeur in l'Acteur Rural. Ville/campagne: y-a-t-il une barrière ?, n° 5, avril-mai 1994, p. 5.
(12) R. Maspetiol, L'ordre éternel des champs, Paris, Editions 1946. le Portulan, 1946, 414 pages.

(13 ) J. F . Gravier,

Paris et le désert français,

(14) P. Houée, Quel avenir pour les ruraza ?, chapitre 1er: la conquête des campagnes, Editions Ouvrières, collection Développement et Civilisation, 1974, p. 26.

17

légitime de la pérennité de son propre emploi et sa très forte diffusion résidentielle, habilement rebondir sur les anecdotes du local et les éblouissements du management appliqués à la petite entreprise, redécouverte par nécessité. A tel point que nombre d'aménageurs devenus de modestes animateurs du développement local ont, tel M. Jourdain dans un autre domaine, fait de l'économie rurale sans le savoir. Par ailleurs, l'emprise des aménageurs et autres statisticiens de l'INSEE s'est traduite par l'obsession des limites de l'espace rural. Le seuil des 2 000 habitants agglomérés illustre le rural résiduel. Quant à la réflexion sur le contenu structurel de l'économie rurale, elle a été renvoyée au romantisme flou de la sociologie: la ruralité est une notion qualitative (qui) est caractérisée par le mode spécifique de rapports que les ruraux entretiennent avec leur environnement, avec leur société, avec leur localité (15). Même si l'on peut souligner l'essai de R. Badouin à propos d'une économie agricole amalgamée (16 ), le vide scientifique des économistes, en la matière, traduit l'absence d'intérêt porté à une problématique d'autonomie des milieux ruraux, celle-ci s'identifiant .au déclin irréversible. Par ailleurs, la reprise démographique des communes rurales a dans un premier temps confirmé l'importance du développement résidentiel à proximité de villes où se concentre l'emploi. Ceci a conforté l 'hégémonie scientifique de la ville que les géographes ont su habilement valoriser. Toutefois, l'extension spatiale de la reprise démographique certes longtemps masquée par le déficit naturel, la croissance de l'emploi non-agricole des communes rurales encore occultée par la poursuite de la baisse de l'emploi agricole interrogent sur certains aveuglements et surtout sur le sens profond de l'orientation de la dynamique en oeuvre. C'est là que la persistance du bruit des scientifiques sur la ville peut apparaître quelque peu suspecte. A l'image des techniciens de l'aménagement, l'intérêt social et professionnel bien compris des économistes est d'être fmancé à propos de problèmes bien visibles, très durables comme la crise industrielle et urbaine et non pas de se risquer à s'intéresser à de nouveaux développements perçus comme

(15 ) B. Kayser,

Prospective

et territoires,

DATAR,

1992.

(16 ) R. Badouin, "Une nouvelle économie de l'espace rural", Revue de l'Economie Méridionale, n057, 1967.

18

minuscules, fragiles et ruraux de surcroît sauf à être un peu fou (ce qui est le cas de certains) (17 ). Or, force est aussi de constater que la science économique tourne à vide depuis un quart de siècle face aux problèmes sociaux de nos sociétés riches, à commencer par la question de l'emploi. Science de l'homme malgré tout, l'économie a pu récemment manifester quelque repentir qui ne manque pas de laisser incrédule ou à tout le moins perplexe: l'économiste, aujourd'hui, rencontre la complexité du monde et de l'homme, après une longue période historique où il a eu tendance à les oublier. A la vision d'une économie repliée sur les marchandises, les prix, la monnaie, le capital, gérante de la rareté et inconsciente à l'égard de la nature dont elle ignore les lois, tend à se substituer celle d'une économie ouverte aux multiples influences d'un univers multidimensionnel, auquel elle appartient, et qui, loin d'obéir sans solution de continuité à une même loi mécanique à tous les niveaux, se révèle complexe multiple, mue par des processus "processeurs" et "processés" d'une grande diversité (18 ). Précisément, la diversité des milieux ruraux est exemplaire. Cela explique à merveille le désarroi intellectuel de l'économiste volontariste, dans un contexte d'indigence scientifique, qui exigera, compte tenu de la transformation économique méconnue un effort de réflexion théorique refondatrice de l'économie rurale. Nous envisageons donc, en première approche, le milieu rural, que l'on pressent délibérément innovateur (19 ), comme un tissu social dense d'interconnaissances et de structures économiques atomisées. L'homme y développe en permanence une économie qui tente de réaliser une adaptation territoriale à des choix résidentiels ex-ante. L'économiste rural contemporain, s'il veut être porteur d'avenir, se situe donc, par choix et par force, dans le champ de la socioéconomie ce qui, à bien des égards, est scientifiquement rédhibitoire au regard des théories économiques et spatiales des révolutions industrielles et urbaines où l'homme tend à se plier aux mobilités

(17) S. Le Calvez, "Du temps pour les cerises" in l'Acteur rural, magazine de l'espace rural, "les associations sont-elles en danger?", n° 7, juillet-août 1994, p. 2.
(18 ) H. Bartoli, L'économie multidimensionnelle, Economica, Paris, 1991, p. 508.

(19) Cf. à ce propos, J.C. Perrin, "Réseaux d'innovation
développement territorial", RERU, nOs 3/4, 1991.

- milieux

innovateurs

19

obligatoires, liées à l'exode rural (20) et aux diktats d'un pouvoir économique concentré, deus ex-machina. Ainsi, après plus d'un siècle d'habitudes, d'accoutumance, durant lequel il semblait aisé de donner un ordre, un sens et une hiérarchie à nos choix individuels et collectifs, une réalité foisonnante, hétéroclite, capricieuse, paraissant désordonnée,. impose désormais ses changements. Le temps et l'espace peuvent aider à mieux comprendre ce monde en mouvement et s'imposent, en tous cas, de manière prégnante à tous et partout, avec une imprévisibilité plus brutale que jamais. Aujourd'hui ne reproduit pas systématiquement hier et ce constat ouvre des perspectives nouvelles de réflexion sur des objets situés aux confins de diverses disciplines. On l'aura compris, cette recherche s'inscrit dans le cadre d'une approche systémique du territoire. Le territoire est ici envisagé tel un système résultant de l'interférence de quatre sphères: spatiale, démographique, économique et gestionnaire, et amplement ouvert sur le monde environnant. La sphère spatiale n'est pas mineure au sens de l' espacesupport et n'est pas dictée par l'unicité irréversible du modèle centrepériphérie. Mariage de la nature et de l'histoire, elle procède directement du processus de défmition concrète du territoire. L'histoire est ici entendue comme la sédimentation temporelle des relations à l'intérieur et entre les quatre sphè(es mentionnées. Dès lors, le dialogue spatio-temporel agrège et pondère l'intensité événementielle de l'histoire, produit une culture dont les profondeurs ne se recomposent qu'extrêmement lentement et qui participe à la stabilité troublée des territoires et donc des pays réels. En cela, les révolutions industrielles et urbaines n'ont pas effacé les pays moyenâgeux: les gardois et autres rhodaniens sont toujours fortement concurrencés par les réflexes culturels cévenols et beaujolais. La sphère spatiale est donc par là même un acteur souterrain du développement qui à l'image d'un réseau d'irrigation ancestral continue de marquer le territoire en créant des irréversibilités économiques, patrimoniales et culturelles relatives qu'il convient, notamment via la sphère gestionnaire, soit de contourner, soit de tenter d'annihiler à moins que la pertinence réinventée de l'héritage

(20) Cf. à ce propos D. Courgeau, "Déconcentration urbaine et renouveau du monde rural", Economie Rurale, nOs 202-203, mars-juin 1991, p. 96.

20

d'hier ne vienne vivifier les forces des développements à venir? (21 ). La sphère démographique souligne, en particulier, le degré évolutif d'autonomie des choix résidentiels en liaison avec la sphère économique, à l'intérieur du territoire, d'abord, et entre les territoires, ensuite. L'indicateur démographique, en particulier le solde migratoire, constitue donc un outil privilégié d'exploration et de suivi des résistances et des reconquêtes rurales. La sphère économique interroge, au-delà des segmentations statutaires et sectorielles, sur les rapports de force qu'entretiennent structurellement, à l'intérieur du territoire et entre les territoires, le mode de développement de type industriel pour lequel la concentration du capital, la parcellisation du travail, la minimisation des coûts et la standardisation des produits et des consommations de masse s'imposent et le mode de développement de type artisanal basé sur l' atomisation, la polyactivité, le souci de l'accroissement de la valeur ajoutée unitaire et la différenciation qualitative des produits et des consommations personnalisés. Quant à la sphère gestionnaire, elle explique l'engouement contemporain porté à l'économie des institutions (22 ) et s'illustre au travers de la confrontation entre des pouvoirs diffus et concertés reposant sur des micro-institutions telles que les associations en milieu rural et des pouvoirs concentrés et hiérarchisés, basés sur de grandes institutions, comme par exemple les ministères ou des entités supranationales comme la commission européenne. D'une manière générale, l'urbain se caractérise par une triple concentration démographique, économique et de pouvoirs alors que le rural illustre une triple dissémination, en la matière. Dans ce contexte, les résistances et les reconquêtes rurales se traduisent potentiellement par un accroissement de la dissémination démographique, de la diffusion atomisée des structures économiques et du morcellement des pouvoirs, alors même que les restructurations et les réussites urbaines exigent davantage de concentrations. En conséquence, les indicateurs de diffusion apparaissent adaptés pour caractériser la transformation des milieux ruraux, alors même que les

(21 ) G. Gavignaud-Fontaine,

op. cil. p. 151.

(22) G. Myrdal, Duckworth, 1957.

Economic

theory

and

underdevelopped

regions,

London,

21

indicateurs de concentration habituellement proposés, s'épuisent à démontrer que Paris sera toujours Paris (23). Ceci exigera une reconsidération des outils jusque-là réservés à l'analyse spatiale urbaine, en particulier pour les mettre au service des milieux ruraux en voie de repeuplement. Parallèlement, une approche territoriale des milieux agricoles sera conduite ne se satisfaisant pas de la seule analyse économique spatialisée de la production agricole enfermée dans les limites d'un secteur. Il s'agira donc d'approfondir l'exploration des modalités de l'enracinement comme du déracinement de l'initiative entrepreneuriale agricole dans le territoire et donc le degré de participation et d'imbrication de l'activité agricole, à l'intérieur et entre les diverses sphères mentionnées. En conséquence, l'agriculture la plus territoriale ne s'identifie pas a priori à la perfection de l'entretien du territoire par une population laissée pour compte de la compétitivité agricole (24 ). Il se peut même que celle-ci s'éloigne de la représentation millénaire de la France jardinée et la recompose pour mieux satisfaire les objectifs socio-économiques de' maintien de l'homme en milieu rural. Dans ce contexte, l'information statistique disponible, très lacunaire, concernant les activités rurales nonagricoles apparaît à la fois surabondante et structurellement mal adaptée à une recherche s'intéressant à l'insertion territoriale des milieux agricoles. Notre préoccupation première n'est pas en effet de sanctionner par avance les agriculteurs ayant moins de 60 chèvres. Notre questionnement s'intéressera plutôt au fait de savoir si, à la limite et par exemple, un agriculteur n'ayant que 40 chèvres, propriétaire d'un gîte rural et président d'une association pédestre n'a pas un rôle éminent à jouer dans la revitalisation de l'économie territoriale alors même que sa contribution à la branche agriculture des Comptes de la Nation est assez ridicule? De même, n'y aurait-il pas des agricultures, puissantes mais fragiles, qui auraient

(23) Cf. J .-P. Gléau (INSEE). Communication Répartition des activités et des hommes sur le territoire, colloque" Aménagement du territoire, espaces ruraux et agriculture", SFER, Paris, CNCA, 2 juin 1994.
(24 ) G. Gavignaud-Fontaine, op. cit. p. 149.

22

objectivement et légitimement intérêt, à tout le moins seraient assez indifférentes, à la poursuite du dépeuplement villageois? (25 ). Ainsi nous faisons l'hypothèse que la ruralité appartient éminemment au monde des équilibrations, c'est-à-dire les faits d'éléments atomisés, disparates, organisés ou non, intégrant peu ou prou la régulation et porteurs de déviance partielle, voire totale (26 ). L'observation, en situation et en évolution, des milieux ruraux correspond donc à une ardente nécessité même si ce souci permanent de coller au concret a pu, en d'autres périodes, être assimilé trop rapidement sans doute, à un manque de rigueur reposant sur une démarche plus inductive que déductive. Ces temps sont révolus et l'évolution, la transformation imposent des révisions dans les manières de penser, de concevoir la vie économiqUe (27 ). Le champ géographique de cette recherche s'intéressera plus particulièrement à deux régions françaises: Languedoc-Roussillon et

Rhône-Alpes. Ce choix porte

d'abord la responsabilité pl~ine et

entière de l'auteur qui cristallise peut-être à l'extrême à travers une histoire familiale et personnelle, les mutations de longue période du monde paysan. Des ancêtres auvergnats, paysans sans terre (28 ) installés à Saint-Anthême, village dont le solde migratoire est devenu, contre toute attente, positif depuis 1982 et situé dans l'actuel parc naturel régional du Livradois-Forez, avaient franchi les siècles grâce notamment à la vaine pâture, interdite sur les prairies naturelles en 1889 dans l'intérêt des propriétaires... et rétablie en 1890, afin de calmer l'émoi des usagers! (29 ). Mais il est alors trop tard pour empêcher l'exode si bien qu'au début du XXe siècle, les

(25 ) Cf. à ce propos J. Levy, "Oser le désert? Des pays sans paysans", Sciences Humaines, hors série, n° 4, février-mars 1994, p. 6. (26) Dialectique empruntée à F. Perroux et développée notamment par Ch. L'huillier, Economie/EspaceRnformation. Pour une approche de l'espace. en termes de relations et d'informations. Thèse Doctorat ès Sciences Economiques, Université de Montpellier I, mai 1987. (27) J. Rouzier, "Concepts et méthodes", in Revue de J'Economie Méridionale, n° 161-162, le CRPEE "Quarante ans d'observation de la vie régionale", p. 28.
(28 ) A. Sylvère,Toinou : Le cri d'un enfant auvergnat. Terre Humaine, Editions Plon. (29 ) G. Gavignaud-Fontaine, op. cil. p. 136. Pays d'Ambert, collection

23

actifs de la famille s'emploient comme jardiniers-domestiques au service des demeures bourgeoises à Saint-Rambert-l'Ile Barbe, écrin de verdure au coeur de la métropole lyonnaise. Or, durant l'entredeux-guerres, ils achètent une maison dans un village des coteaux du Lyonnais et anticipent la diffusion résidentielle. Mais l'emploi urbain n'est pas au rendez-vous et ils pratiquent donc, à domicile, une pluri-activité combinant la garde d'enfants, l'activité textile et l'élevage porcin hors-sol. Cette néo-ruralité précoce s'est insérée dans le milieu agricole local grâce à un mariage, autorisant par là même la pratique de la polyculture, incluant la vigne, et de l'élevage bovin sur de petites surfaces en propriété. Comme G. GavignaudFontaine le fait observer le temps a fait son oeuvre et

[...)

l'accession à la propriété s'est généralisée au service des couches populaires rurales. La grande propriété à vocation capitaliste trouve par là même ses limites sur le sol français. Et ce jusqu'à la mi XXe siècle (30 ). Ainsi, la seconde guerre mondiale, en exacerbant les pénuries alimentaires de la métropole lyonnaise, a favorisé la reconquête agricole familiale, via l'expression de ...Ia rente de proximité des déboucbés, l'achat de petites parcelles et l'intensification du système de culture, lequel s'oriente, à partir des années 60, vers l'arboriculture fruitière et les pépinières. Au début des années 80, les nouvelles difficultés agricoles associées au paradoxe de l'accélération du repeuplement villageois ont suscité à la fois l'adhésion à une coopérative de commercialisation des fruits et la transformation de granges, devenues peu utiles depuis la disparition de l'élevage, en appartements locatifs. Toutefois, l' auteur, descendant direct, a, lui, exprimé dans la période récente une rupture singulière en rejoignant à la fois la ville et le tropisme languedocien: l'espace rural qui respirait jusqu'alors de sa sève terrienne devient un espace consommé avec modération lors du temps libre et festif des week-ends. Au-delà, il n'en demeure pas moins que l' intérêt scientifique pour ces deux régions se situe dans le fait que, bien que limitrophes, elles apparaissent fort dissemblables même si dans la période contemporaine leur espace rural connaît, précisément dans les deux cas, un vif redressement démographique. En effet, la population des communes rurales languedociennes prises dans leur ensemble est passée de 472 043 résidents permanents en 1975 à 568 974 en 1990,

(30 ) G. Gavignaud-Fontaine,

op. cil. p. 136.

24

soit une progression de plus du cinquième. De même, les communes rurales rhône-alpines voient leur population passer de 1 010 796 résidents permanents en 1975 à 1 262 492 en 1990, soit une augmentation de près du quart en quinze ans. Or, ces deux régions sont, au regard de la mesure officielle du rural, de part et d'autre de la moyenne nationale. En premier lieu, la proportion de la valeur ajoutée obtenue grâce à l'activité agricole classe la région Languedoc-Roussillon en haut du palmarès national, à l'inverse de la région Rhône-Alpes où la population active employée dans l'agriculture ne dépasse désormais pas 3 %. Deplus, si la densité moyenne des communes rurales de la France métropolitaine est de 32 habitants au km2, elle atteint 36 habitants au km2 en Rhône-Alpes mais elle est seulement de 25 habitants au km2 en Languedoc-Roussillon. On notera également que, si la part de la population .rurale au sein de la population totale est de 26,0 % en 1990 pour la France métropolitaine, elle atteint 26,9% en Languedoc-Roussillon mais est plus modeste en Rhône-Alpes avec 23,6 %. Par ailleurs, les apports à la recherche scientifique pourront potentiellement acquérir une dimension supplémentaire compte tenu de l'importance des contrastes intra-régionaux. Région rurale et méditerranéenne disposant d'un secteur tertiaire puissant et diversifié, le Languedoc-Roussillon s'illustre aussi au travers des espaces quasi-vides du causse Méjean, des rusticités cévenoles, des fiertés catalanes, des performances de la ferme lauragaise et surtout des dimensions de la monoculture viticole. Quant à la région RhôneAlpes, elle peut apparaître comme le condensé de l'éclatement français: les foules du métro lyonnais rappellent celles du métro parisien et les friches des hauts plateaux de l'Ardèche n'ont rien à envier à celles de la Corrèze, de même qu'il peut apparaître souhaitable de souligner, en préambule, que Privas a 30 000 habitants de moins que Brive-la-Gaillarde. Par ailleurs, si la Lozère est le département français qui dispose de l'altitude moyenne la plus élevée, la région Rhône-Alpes accuse une forte spécificité montagnarde avec plus de la moitié de la superficie régionale classée en zone de montagne ce qui constitue, pour le moins, un enjeu à prendre en considération. Nous nous risquons également à formuler l'hypothèse que le cadre géographique choisi peut se révéler anticipateur pour les mutations à venir de l'économie des milieux ruraux d'autres régions françaises, voire d'autres espaces extra-nationaux. En effet, à bien

25

des égards, la région Rhône-Alpes et, peut-être davantage encore, la région Languedoc-Roussillon ont eu à subir avec force les affres de l'exode rural historique ainsi que l'avalanche précoce du flot des difficultés agricoles, ce qui n'a pas ici pour autant signé la fin des campagnes mais a révélé, au contraire, des réveils inattendus dont l'explication des perspectives est largement à construire. Il convient donc, dans une première partie, de tendre vers la démonstration que passé et futur, en milieu rural, ne se conjuguent plus et que les anomalies objectives se généralisent du point de vue spatial. Nous éclaircirons, en conséquence, progressivement la pusillanimité stratégique du questionnement intellectuel rural basé sur l'ouverture non-agricole croissante à partir de l'économie agricole, au niveau de sa capacité à saisir la mutation des milieux ruraux contemporains. Parallèlement, l 'hégémonie de la ville et l'extension aveugle de l'urbanisation des plus petits villages, via le retournement de tendance du solde migratoire, sllsciteront et commenceront à dévoiler l'énigme d'une nouvelle économie rurale de reconquête, assurant l'attractivité des hommes. La deuxième partie sera vouée à la reconstruction d'un modèle rural pluriel, territorial, combinant temps et patrimoines sur un autre registre, lequel autorisera la reconquête du mode de production artisanal. Il s'agira notamment pour l'économiste rural de tenter de répondre aux défis lancés à la science économique par les avancées de la sociologie du temps, en particulier au travers de la nouvelle prédominance du temps libre, alors même que l'économie avait jusqu'à présent absorbé la société au nom de la rationalité du travail (31 ). Par ailleurs, les nouvelles rentes de situation diffuses, à caractère environnemental, feront l'objet d'une attention renouvelée au niveau de la compréhension des ancrages résidentiels et microentrepreneuriaux que celles-ci autorisent potentiellement pour les milieux ruraux; cela dans la perspective de mieux conquérir la nouvelle frontière post-industrielle (32 ) à l'entrée du XXIe siècle.

(31 ) R. Sue, Temps et ordre social,

PUF, collection

le Sociologue,

1994, p. 171.

(32) Cf. à ce propos, D. Courgeau, op. cit. p. 95.

26

TITRE

I

LA RECOMPOSITION DES CAMPAGNES DE LA PERIPHERIE AU LOCAL

Tous lieux fertiles, hors des villes (33 ), la campagne magnifie la logique spatiale centre-périphérie initiée par V. ThÜDen au XIXe siècle, renvoie le rural à l'agricole en liaison avec les déclins successifs des artisanats moyen-âgeux et donc à la persistance des chemins vicinaux de l'exode depuis plus de 150 ans. La campagne apparaît de surcroît peu innocente et tend à imposer son propre modèle sélectif de campagne: paysage rural où les champs ne sont pas clôturés, où il y a peu d'arbres et où les habitations sont groupées (34 ). Définitions soumises à l'aveuglement intellectuel des révolutions industrielles et urbaines, elles créent de fait, en occultant les réalités des milieux ruraux et les rugosités de l'espace, la permanence et l'omniprésence des campagnes. Or, ces' mêmes campagnes connaissent dans la période contemporaine, de p~pfondes recompositions, révélatrices d'une diversité accrue. Tout d'abord, on constate que paradoxalement aux effets d'attraction, se sont ajoutés des effets de diffusion dès que la poussée urbaine a atteint une certaine ampleur (35). La thèse de l'urbanisation-industrialisation des campagnes, de la scission de l'espace rural entre un avant-pays qualifié de région urbaine et un arrière-pays agricole et/ou marginalisé semble dès lors acquise. Toutefois, le caractère spatialement de plus en plus extensif du redressement démographique, outre l'appréciation de son importance et de sa pérennité, interpelle sur la pertinence ou la recomposition de certains vocables. Pour R. Ledrut, à la place des villes comme des campagnes nous voyons apparaître un nouvel espace qui n'est plus urbain ni rural [...J. Pourquoi ne pas dire alors que les résidences principales situées à dix kilomètres d'Orléans sont à la campagne ou que les industries de produits
laitiers sont en ville

[...J.

On voit que la ville et l'espace

urbain

(33 ) Cf. le Petit Robert, (34 ) Cf. le Petit Robert,

3e. 1e, Mod-géogr.

(35 ) R. Badouin, préface de la Nouvelle Economie de l'espace rural, A. Berger, Editions Cujas, collection marchés et structures agricoles, Paris, 1975, 286 pages.

29

périssent avec l'urbanisation (36 ). Ces incertitudes conduisent à une remontée des enjeux du développement autour de territoires vécus, de pays redécouverts, porteurs de roralités réinventées. Parallèlement, on assiste à une effervescence autour du local, à une redécouverte des potentiels endogènes. Tout ceci prend une dimension particulière en zone rorale renvoyant notamment à l'autarcie des sociétés paysannes traditionnelles révolues, aux velléités des résurgences régionalistes (37) et aux gestions territoriales diversifiées de l'exode agricole professionnel. Toutefois, L. Sfez précise que si le local existe, c'est dans le lien qu'il entretient avec d'autres espaces et singulièrement avec un espace plus vaste dans lequel il se différencie (38 ). En effet, les campagnes dites profondes s'effacent de plus en plus devant des territoires et des milieux roraux de plus en plus intégrés au sein d'espaces et d'enjeux régionaux, nationaux voire internationaux.. Il convient donc ici d'identifier à la fois les structurations territoriales créées par l'agriculture et les dynamiques spatiales liées aux mutations de l'économie générale et de la société urbaine afm de, prendre la mesure des recompositions villageoises. Il s'agit, ensuite, de proposer une approche territoriale du développement rural.

(36 ) R. Ledrot, (37)

L'espace

en question,

Editions

anthropos,

Paris,

1977, p. 55.

Volem viure al Pals des Occitanistes

(Nous voulons

vivre au pays).

(38) Sous la direction de L. Sfez, L'objet local, collections 10/18, Paris, 1977, p. 18.

30

Chapitre I
RENOUVEAU RURAL ET CRISE DE LA VISEE AGRO-INDUSTRIELLE DES CAMPAGNES

L'agriculture, malgré son poids déclinant, est.. envisagée comme un élément de structuration des territoires, continuant à accomplir des rôles particuliers notamment d'occupation de l'espace et de promotion souvent, sous-estimée, de valeurs et de st~atégies économiques non-agricoles de type familial. Notre démarche repose sur l'hypothèse qu' il existe non pas une, mais des socio-économies des milieux agricoles. En premier lieu, ceux-ci génèrent ou non, de manière évolutive, des stratégies diversifiées de résistance à l'exode professionnel qui peuvent être favorisées ou contre-carrées par la situation et l'évolution de la démographie et de l'économie générale des territoires où ils se situent et qu'ils orientent partiellement et/ou subissent. Outre les attitudes différenciées face au credo modernisateur d'une politique agricole qui dans ses fondements, malgré des inflexions, reste celle initiée par les lois d'orientation de 1960-62, il s'agit ici d'apprécier les recompositions agricoles dans un contexte global actuel caractérisé désormais par des apports migratoires substantiels et une très forte diversification socioéconomique en zone rurale. Alors que le rajeunissement de la profession agricole semble désormais s'imposer, les évolutions contrastées de la démographie agricole en présence de territoires ruraux où la démographie générale se redresse, interpellent. L'analyse des capacités, des contraintes et des opportunités des milieux agricoles à territorialiser sur place les populations issues de l'exode agricole professionnel retiendra l'attention. L'existence plus ou moins développée des milieux ruraux non-agricoles autochtones, par exemple des artisans du travail des métaux va conditionner des enjeux de pouvoir. De même, leurs capacités à s'autonomiser de la sphère agricole va influer sur le devenir socio-économique des espaces où ils sont localisés. Mais notre propos à venir vise à la fois

31

à montrer les rapports inséparables

mais douloureux qu'entretient

l'agriculture à la ruralité et aussi à mettre en évidence la crise des perspectives économiques agro-industrielles des campagnes, créant les conditions a priori paradoxales des reconquêtes rurales. Or, aux stratégies paysannes de résistance-adaptation sur des terroirs-territoires consacrés à l'agriculture par nécessité, s'est substitué progressivement mais en profondeur au cours de .ce siècle un autre visage de l'agriculture, soumise aux logiques industrielles. L'appauvrissement qui en résulte des liens traditionnels au territoire de l'activité agricole, la capacité d'une profession à s'emparer du fait rural pour gérer sa propre élimination tendent alors à ranger la ruralité dans le champ des résistances vaines ou des marginalisations forcées. Comme le retranscrit P. Houée : il ne sert à rien de pleurer sur une paysannerie agonisante ni de rêver de nouvelles sociétés rurales: on n'arrête pas le cours de l'Histoire (39). S'il ne s'agit donc pas ici de réveiller des nostalgies, il y a tout de même la volonté de comprendre la logique et les aboutissements de la visée agro-industrielle des campagnes, et particulièrement de certaines, là où l'adhésion - contrainte a été et reste encore la plus forte. Dans la période récente, la diminution constante du nombre d'agriculteurs n'est plus envisagée avec le même enthousiasme officiel qu'au début des années 60. Un certain nombre de désillusions sont venues s'accumuler à l'heure où les excédents agricoles deviennent structurels. L'aménagement agricole exclusif comme mode de développement de territoires ruraux, au travers de la rationalisation foncière et de la mécanisation croissante en particulier, s'avère de plus en plus cruel avec les conséquences d'un dépeuplement continu et les risques de l'impasse sociale. Au-delà du problème de la sectorisation du rural, le questionnement agricole proposé ne se situe pas entre la modernisation et le refus de la modernisation mais entre les différentes formes que cette modernisation pourra prendre. Or, comme le souligneP. Müller, le débat qui se développe aujourd'hui sur la sortie de la crise pour l'agriculture est complètement tronqué parce qu'il ne se situe qu'en

(39) P. Houée, Quel avenir pour les ruraux?, chapitre 1er: la conquête des campagnes. Editions Ouvrières, collection Développement et Civilisations,' 1974, p.21.

32

référence à une conceptionextrêmementétroite et datée du métier de paysan (40 ). Manque de chance, les paysans qui s'en sortent le mieux ne sont pas toujours les plus industrialisés, des commerçants réussissent là où ils auraient dû échouer en inventant des combinaisons socioéconomiques plus ou moins farfelues, la pluri-activité progresse dans tous les secteurs (mais en se transformant) et des maires de petites communes parviennent à faire mentir les pronostics de l'exode rural (41 ). Considérées à leurs débuts comme relevant de pratiques néo-archaisantes sur des territoires marginaux, ces stratégies tendent, à l'heure actuelle à devenir la norme sous l'effet de ruptures liées à la saturation de la demande alimentaire solvable, à l'expression croissante de demandes de différenciation et à la montée en puissance de patrimoines résidentiels atomisés, de temps libres désirés et!ou contraints. Sur un nombre croissant de territoires ruraux, l'économie générale tend à s'éloigner du pronostic de l'industrialisation et de la technicisation (41). Ainsi, les territoires de l'inadéquation structurelle à la visée agro-industrielle vont offrir les conditions paradoxales des reconquêtes rurales, de la part de nouvelles populations en provenance de la ville. A - LES ECHOUES DE LA MODERNISATION ET LE REVEIL TERRITORIAL On observe diverses résistances socio-économiques des milieux agricoles, liées à une inquiétude croissante de l'élimination professionnelle permanente, à des disparités très persistantes en matière de revenu et au divorce structurel de l'emploi, des compétences et des passions entre le ménage dit agricole et les possibilités offertes par l'exploitation. Dès lors, ceux -ci redécouvrent l'ancrage au territoire pour eux-mêmes et leurs enfants face au malvivre des banlieues et au chômage des usines.

(40 ) P. Müller, chapitre I: l'exploitant rural in les entrepreneurs ruraux: agriculteurs, artisans, commerçants, élus locaux, P. Müller, A. Faure et F. Gerbaux, Editions l' Harmattan, collection Alternatives Rurales, 1989, p. 14.
(41 ) P. Müller, Alain Faure, Françoise Gerbaux, p. 10.

33

1 Agricultures non agricoles
0

On ne se porte jamais aussi bien en agriculture que lorsque l'on en est sorti (42). A l'heure où en France les revenus non agricoles représentent en moyenne 50 % des revenus nets totaux des ménages dits agricoles et où les incertitudes pèsent avec une acuité particulière sur la capacité à pérenniser le soutien financier sectoriel de la puissance publique, l'étude des stratégies d'adaptation des acteurs et des excellences de structurations territoriales particulières en matière de pluri-activité (43 ), revêt une importance renouvelée.

a) Les agricultures

du développement

local

Des milieux dits agricoles entretiennent dans leur rapport au territoire une approche intellectuelle dichotomique entre l'agricole et le non-agricole. Le rural, c'est ici l'agriculture modernisée plus le local. Il s'agit de répondre à des inadéquations structurelles et à des échecs agricoles sous forme de résistances diversifiées, auto.;.justifiées en termes d'accidents conjoncturels et de questions sociales transitoires. Ressuscitant le vieux mythe localiste du complexe agroartisanal auto-suffisant des paysanneries authentiques, ils vont s'employer à accréditer le postulat que, comme le relève B. Hervieu : Quoi qu'on dise et fasse, l'agriculture reste le pivot du développement ou de l'aménagement rural. On peut certes imaginer d'autres apports à la vie économique et sociale des campagnes, mais l'agriculture doit demeurer, en droit et en fait, le noyau vital de l'uni vers rural (44 ). Des terroirs viticoles languedociens aux terres dauphinoises, on observe donc des résistances durables des populations agricoles et des reconquêtes des milieux ruraux, vaines à leurs débuts car liées au double enfermement à l'agricole et au local.

(42 ) Propos singuliers

relevés par l'auteur

chez un agriculteur agricoles

rhône-alpin

malicieux. économique

(43 ) Ph. Lacombe, Hétérogénéité des structures d'une région, ronéo, INRA, Montpellier, 1967.

et croissance

(44) B. Hervieu, in les Champs du Futur, Editions François Bourin, Paris, 1993, p.116.

34

Toutefois, il est réconfortant de constater que l'agriculture à temps partiel, après avoir été considérée, soit avec dérision, soit avec suspicion {...] a aujourd'hui droit de cité (45 ). Ainsi la double activité du chef d'exploitation agricole correspond à une pratique ancienne mais celle-ci est, au lendemain de la seconde guerre mondiale, l'apanage d'espaces restreints: les sites usiniers ou miniers et les terres historiques des paysans-ouvriers. En régions Languedoc-Roussillon et Rhône-Alpes, la cartographie des fortes

concentrations spatiales porte encore aujourd'hui les stigmates du
passé (cf. carte 1, page suivante). Ainsi en Languedoc-Roussillon, on relève toujours la présence des bastions anciens tels que le bassin d'Alès, la Cévenne textile, la haute vallée de l'Orb, la haute vallée de l'Aude mais aussi le Languedoc viticole et l'arrière-pays du Roussillon. Les espaces de faible double-activité se retrouvent aussi bien là où les activités nonagricoles sont peu développées, comme en Lozère, qu~, plus paradoxalement, sur l'axe urbain gardois allant de Nîmes à PontSaint-Esprit. De même, en région Rhône-Alpes, on trouve de vastes terres historiques des paysans-ouvriers telles que le Dauphiné, les Savoies et le Bassin d'Oyonnax dans l'Ain. On observe également des bastions plus ponctuels comme par exemple autour de la moyenne vallée du Rhône, de Vienne à Annonay et Romans. Les espaces de faible double-activité se retrouvent là encore aussi bien dans l'arrière-pays drômois que dans la Loire où la désindustrialisation et la scission entre le monde agricole et le monde ouvrier sont généralement marquées. Cela étant, il ne semble pas que la double activité soit amenée à se généraliser. Il apparaît même qu'après une période d'extension au cours des années 60, on amorce dans la période récente, un point d'inflexion nous amenant au tassement.

(45 ) R. Badouin, "L'évolution de l'agriculture et l'utilisation de l'espace rural", in Revue de J'Economie Méridionale, n° 144, 1988, p. 57.

35

Carte 1 BASTIONS DE LA DOUBLE-ACTIVITE DES CHEFS D'EXPLOITATION AGRICOLE

1_

Légende : (1\\\) cantons où plus de 25 % des chefs d'exploitation agricole sont double-actifs.
Source: RGA, 1988.

36

Tableau 1
Pourcentage de double-actifs au sein des chefs d' explOitaÔODagricole

Régions

1979

1988

Languedoc-Roussillon
Rhône-Alpes.

.
..................

... ........ .. .................

Fr8lltlCe métro)M)litaine

24,3 % 25,8 % 19,9 %

24,1 % 24,7 % 20,0 %

Source: RGA

En effet, la double activité régresse sur les bastions historiques alors qu'il n'est pas rare qu'elle se développe là où elle était l'exception. Ainsi, en région Languedoc-Roussillon, le pourcentage de

double-actifs progresse très sensiblement sur nombre de cantons
...

lozériens isolés ainsi que dans le Haut-Languedoc. De même, en Rhône-Alpes, le monde agricole des Baronnies dans la Drôme, par exemple, découvre la double activité. De ce constat, nous pouvons faire les deux analyses suivantes: d'une part, le profil du double-actif se diversifie et ne s'identifie plus systématiquement à la tradition usinière; d'autre part, la progression de la double activité sur des espaces difficiles, de faible densité et éloignés de la ville traduit à la fois l'approfondissement de la crise agricole mais aussi, malgré ce contexte, l'existence de nouvelles opportunités d'activité en milieu rural. Mais au-delà, il s'agit d'une recomposition en profondeur des rapports du ménage au travail agricole. Dans le cadre d'une pratique de plus en plus individuelle du travail du chef d'exploitation, les autres membres exercent des activités non-agricoles, salariées ou non. Dès lors, ceux-ci apportent une contribution croissante au revenu net total du ménage. Ainsi apparaissent des socio-économies de plus en plus diversifiées des milieux dits agricoles où les réalités des territoires intégrés tendent à prendre une place déterminante.

37

Dans ce contexte, afin de réaliser une approche méthodologique des socio-économies territoriales des ménages dits agricoles, nous avons estimé utile de construire deux coefficients complémentaires (46 ). Tout d'abord, il s'agit d'un coefficient d'agricolité, exprimé par le rapport des membres de la population agricole familiale vivant sur les exploitations et travaillant uniquement dans l'agriculture sur l'ensemble de la population agricole familiale vivant sur les exploitations. Ensuite, un coefficient novateur appelé coefficient de cols blancs a été établi. Celui-ci est exprimé par le rapport des employés et des cadres moyens vivant sur les exploitations sur ces mêmes actifs plus les ouvriers non-agricoles vivant sur les exploitations agricoles. En combinant les deux coefficients précédents, il devient possible de présenter le tableau synthétique suivant des socio-économies territoriales des ménages dits agricoles.

Tableau]
Socio-kODOmies territoriales des ménages dits agricoles

Le coefficient de cols blancs le coefficient d'agricolité

~0,5

< 0,5

~0,5

Paysanscols blancs Cols blancs paysans

Paysansouvriers Ouvrierspaysans

< 0,5

(46 ) Cette étude a été effectuée sur la base des données statistiques départementales du RGA. n s'agit ici de la population agricole familiale de l'ensemble des exploitations agricoles comprenant les chefs, les conjoints et les autres membres des deux sexes. Par définition, toute la population agricole familiale a une profession principale.

38