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Le rêve dans la pensée islamique

160 pages
Au sommaire de ce numéro 3 :
Les scandales de l'émission islamique de France 2 - Les rêves de la culture musulmane - Le rêve de Yusuf et l'oracle de l'Oedipe sophocléen - La vie et l'oeuvre d'Ibn Sîrîn - Spiritualité : réponse à Jean-Paul Charnay - L'élection d'un organe représentatif des musulmans de Belgique - Avec l'Islam : affrontement ou dialogue ?
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SOMMAIRE

Islam de France

3

Islam
revue d'information

de Franœ
musulmane

et de culture

Sommaire

du n° 3

- 3-1998 - (trimestriel- 19 année)

OUVERTURES
IIIliIIIIliIIIIlilJml!!iilillll_!I1illimlmillllllli1l!llllll!ll"_""lIIIliIIIIlliI1ill_~!i_II_"II!!!i!ii!!i!illllt,_HH_IIII""1II""~_;IIIII1i1jmillmlmHlilmlllm;mm!j(_'mlm

o Sommaire
o o o o Édito: Revanches de l'imaginaire sur la censure Les objectifs de la revue Islam de France Khotba: La foi et la certitude (el y~kin), Hadj ALI LI Le scandale de l'émission islamique, Abdallah OUAHHABJ De Didier à Ali...variations ur un prénom, Didier BOURG s
DÉBAT

o

1-2 3 4 5-6 7-11 12-14

- MUSULMAN

DANS UN ÉTAT NON MUSULMAN?

HlilJlliiI1illl!!!immillllllm_IIIIII!IIII!IIIm;1II1I11III11II1111i1Jmi1111;iIIIIl!!iIIIil1i!iIHHW,Wt.~iili!i1jliIIIIOOllif:i1i1i,'!IiIIIII!lI!!IIii!iîW!II!IIIIi!Ji1ilili!lllliIUlllllllliOOllillllllllillllll1llllllllllilIll!Imlllmmllmiilllll!llllll

o

o
o
o

Page titre ................................................................................................. Les transactions en dehors d'une terre d'Islam ......................
DOSSIER - LE RËVE DANS LA PENSÉE ISLAMIQUE

15 16-24

1IIIIIIII!I1!IIII!!iIlllrnQillllmf~lIllilllll!lllIlIlr.-!!!!IIIUi!IIIIIIiIJIlIiIJmiIIIIIIQ!I!IIIIIII;;;;!I!II;!III!1i11!111m!li!iîmIll_II,~1I11III!i!llIll!lI1lllll!llIllHllllllllllillllllllllllllli!iî!llIllIlIl!llIf.~_:!iIIlI!iIIII!!I!I!lII!!_!II1II

o Lesrêves dans lapensée musulmane, Pierre
o
Le rêve de Yûsuf et l'oracle d'Œdipe, Youssef
La vie et l'œuvre d'Ibn Sirfn,
Yamina BELRHITI

Page titre

.................................................................................................

LORy................ SEDDIK ............
..........................

25 26-39 41-45 47-66

LA FRANCE DE L'ISLAM TRANQUILLE
1IIIiiil1!illlllllllllml!!iIIlIlIll1II11!III!r;;lIlm1!!iiI1iJUlIIIl1IIIiIIII!!!IIIUIIIIiI!l!IIllIIIIIlIlilllllIlIlIlIlIlI!_JII~:nmIIHII!t~III!!I~.'iI'jilll!iiilll!!imIl!!II!IIII1IIIIII!II!!!!JI!II:~lIlIiIlilllll!lIlIIlll1IIIIIillllmUllli!llIilliOO!lll!!!!II!!II1II

67 o Page titre ................................................................................................. 0 Musulmansde Bobigny(projetde Centreculturel)................ 68-70 .

o
o

Musulmans de Perpignan, Sébastien
A propos
GRANDE FIGURE

BOBENRIETH .................... de la "Charte du Culte musulman en France" ..........

71-76 77-78

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o Hommageà Jacques Barque, Ahmed
HISTOIRE

MOATASSIM

79-91

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o

Le Cheikh

Tayeb El Oqbi, Sadek SELLAM

n

92-98

Le rêve dans la pensée La revanche de l'imaginaire

islamique sur la censure

SOMMAIRE

Islam

de France 3

SPIRITUALITÉ
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o Page titre o Réponse à Jean-PaulChamay, Éric GEOFFROy ': o Les vertus du chant "sama~ interviewde A. Benarafa o L'imam Khomeyni, un gnostique méconnu du XXe s.
L'ISLAM EN EUROPE - DOCUMENT EXCLUSIF

99 100-103
104-107

108-109

!!iIm!im'!mm;!miilillümi!__imi~.;;;miiilliJ!iIi!;!ililliimrnliililim_~1iinm~_r;iilimmmr,;;;;.\!'mi!nmmnilnmmiinmmmmmmUiiilililililililililililmmilmmilmmmm!milililill!im

o Page titre o Organe Chef de Culte musulman en Belgique, rapport o Belgique, élection d'une représentation, revuede presse
INTERRELlGIEUX
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110 111-125 126-134

o Page titre
o

135
136-137 137-140

o o o
o o

Une lettre de Mgr Hardy, évêque émérite de Beauvais Avec l'Islam, affrontement ou dialogue? Mgr HARDy
INFORMATIONS - BRÈVES

jj!i!i!!mi!!!l!ii!IiiiIIi!!i!!;;;;~~i!ii~'!1!j!ii!iJ!i!!!!!!i!iU!i!!!'!i!!!i!'!i!'!!!!!i!'!i!i!!!!!i~1!1!i!'!i!i!'!i!i!i!i!i~.jj;\i!!i!i!'I!!!!i!i~~!ilii!!!!!!i!'!!!'!if._liiiIIp~!\iII!i!i~~mlf,!'!'!,!,!i!'!iI'!I!'!i!'!i!i!'!i!!!!!'!!!Ii'!I!lii!m"!i!ii'f,!!!I!'!'

Page titre "Vivrel'Islam", émission islamique sur France 2 Nécrologie: Mohamed Hamouda Bensaï (1903-1998) La Mosquée de Paris à nouveau condamnée Accusationsfantaisistes contre Mustafa Tougui
LIVRES ET LECTURES

141

o Histoireet sciences sociales de l'Islamà Lille

142
143 144-145 146-147 148

o
o

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Livres reçus, R. OUSSEIRAN, M. RENARD, S. SELLAM
COURRIER - ANNONCES

149-155

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o
o

Courrier reçu et annonces
Mise au point, Ali MERAD

156

o
o

..Abonnement..
Revue Islam de France

157-159 159 160

Les titres et intertitres sont de la responsabilité de la rédaction. Les manuscrits qui nous sont envoyés ne sont pas retournés.

Illustration iranienne:

Photo de couvelture Les Dormants dfiJla Caverne

(Coran, AI-Kahf, XVIII)

@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-7210-9

2

ÉDITO

Islam

de France

3

Revanches de l'imaginaire sur la censure
Comme en écho au dossier sur l'interprétation du rêve que
nous

préparions pour ce numéro, nous apprenions la levée de la menace de mort qui pesait sur Salman Rushdie, auteur des Versets Sataniques. Rêve et littérature, l'imaginaire, chaque fois, franchit les censures. L'une, récente, que derrière le prétexte d'un roman non lu mais pourtant condamné, la fatwa contre Rushdie semblait vouloir dresser en 1989 contre la frustration de l'échec militaire iranien après huit années de guerre face à l'Irak. L'autre, ancienne, que succédant à l'expansion conquérante de l'Islam, une "sacralité devenue abstraite et savante" semblait vouloir dresser au Vilesiècle contre "un passé (j~hilyya) de furie et de déraison".

La dynamique onirique comme revanche de l'imaginaire sur la censure, c'est la thèse de Youssef Seddik (préface au Grand Livre de "Interprétation des rêves d'Ibn SirÎn, éd. AI-Bouraq, 1993). La culture arabe, écrit-il, "a accueilli le savoir sur le rêve comme un libérateur du discours", et "très tôt, a fini par aménager un véritable espace épistémologique pour une science des rêves qui a disposé de "théoriciens" et de normes tout comme la science des nombres, celle des corps célestes ou celle du vivant." Selon Youssef Seddik, il ne faut pas avoir peur de la démesure du rêve, de son ignominie voire de ses accents sacrilèges: ce sont les "abysses du fantasme", le moment où sont suspendus "les codes de la logique, de la morale et de la religion". Mais il faut être dépossédé de cette démesure et de cette ignominie par le travail d'interprétation en assumant le recours au "corpus psychanalytique" laissé jusqu'à présent "en rade de la culture arabe et islamique". Apparaît alors l'incroyable modemité dont est porteuse la révélation coranique pour qui ne l'enferme pas dans le littéralisme. Comment ne pas s'interroger écrit Youssef Seddik : "sur ce qui nous semble être une véritable "théorie de l'inconscient" inscrite dans le Coran et depuis toujours occultée dans les perceptions savantes de l'Islam et plus
précisément du fait coranique

?".

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L'activité d'Hamidullah

aux États-Unis

Depuis deux ans qu'il a rejoint sa famille à Philadelphie aux États-Unis, où il est accueilli par ses petits-neveux et nièces, le professeur Hamidullah continue rinlassable travail dont ceux qui le fréquentaient en France ressentent désormais le manque mais que ses nombreux interlocuteurs américains ou internationaux peuvent apprécier à leur tour. Hamidullah reçoit beaucoup: étudiants américains ou personnalités venues du monde entier. Il se consacre aussi à sa famille et a fêté récemment la naissance de la petite fille de ses neveux..

3

PRÉSENTATION

Islam de France 3

Les objectifs de la revue Islam de France
La France est une nation aussi musulmane. De 4 à 5 millions de musulmans (dont la moitié sont des citoyens français) vivent leur culture, leurs croyances et leur spiritualité en plein respect du cadre républicain et laïque de la société française. Les objectifs de la revue Islam de France sont de : 1) travailler à ce que l'islam soit perçu d'abord pour ce qu'il est: une foi et une observance issues d'un monothéisme revendiquant son appartenance abrahamique et /a continuité des révélations divines, et non une idéologie politique en guerre avec l'Occident; une tradition spirituellevivifiéepar le mystèrede la Parole coranique inaugurant sa propre dynamique humaniste, critique, prophétique et contemplative, et non une prédication fanatique et passéiste à visée hégémonique. 2) aider à redécouvrir la culture islamique, la diversité théologique et la profondeur de son héritage intellectuel pour que les musulmans soient plus "informés" des fondements de leur croyance et des "bases rationnelles. de celle-ci (Malek 8ennabi) comme de la piété que peut susciter sa haute spiritualité; plus à même également de la confronter aux autres avec sérénité et de penser un "Islam de France" adapté à la situation inédite que connaft la "communauté" musulmane ici et ailleurs en Europe. 3) faire circuler l'information sur la vie cultuelle et culturelle de la deuxième religion de ce pays, organiser le débat d'idées sur l'intégration et la représentation de l'islam en France; mener le dialogue avec les autres confessions; tisser des liens entre l'intelligentsia musulmane, les responsables d'associations, le public de fidèles qui fréquente les mosquées comme celui attaché à une observance plus privée et, plus largement, les autorités publiques et le monde des médias. La revue Islam de France s'inscrit dans l'espace de citoyenneté de la vie publique et agit en conformité avec les valeurs de la République. Elle partage le vœu de Jacques Barque affirmant que la France doit assumer son islamité et les musulmans leur francité. La langue française est donc considérée à la fois comme un véhicule d'accès à la culture islamique et comme un nécessaire support de sa transmission. 8
ill_ll_ijlilllllllllil!_

4

KHOTBA

Islam de France 3

.;5u nom de 1Jieu, le Clémen~ le Miséricordieux

La loi divine et le comportement du croyant
imam El Hadj M.
ALILI

"On leur avait seulement ordonné d'adorer Dieu comme de vrais croyants qui Lui rendent un culte pur" (Coran, S .98, v.5). Le musulman doit être conscient de l'intention qu'il met dans tous ses actes spirituels ou temporels. Les actes, bons ou mauvais, sont en effet la concrétisation de l'intention. Ils ne sont évalués qu'en fonction de l'intention qui les a inspirés. Chacun n'a de son œuvre que la valeur de son intention. "Dieu n'a pas d'égard pour vos physionomies, ni pour vos richesses. Il regarde uniquement vos cœurs et vos œuvres" (hadith). Tout croyant doit donc être conscient de ce qu'il produit, car l'inconscience n'est pas le fait de la foi. Le musulman doit avoir présent à l'esprit que Dieu l'observe à tous les moments de sa vie. Il doit être convaincu qu'Allah sait ce qu'il fait, qu'II décèle ses secrets, surveille et enregistre tous ses actes. "Rappelez-vous que toutes vos pensées sont connues de Dieu. Craignez-le!" (Coran). Ainsi, le musulman passe sa vie à s'observer et à se purifier. Il est plus séant de s'occuper de soi-même que de s'occuper des autres. Ils'habitue à se bien comporter, à être vertueux et pur, à éviter les mauvaises influences, ainsi que les actions et les paroles mal intentionnées. Il doit lutter contre lui-même, comptabiliser ses actes à tout moment de sa vie, s'astreindre à faire le bien et à appliquer les enseignements de la religion, réprimer avec fermeté ses abus, poursuivre son éducation pour tendre à la purification. Comment peut-on aujourd'hui qualifier notre comportement envers Dieu au regard de Ses commandements? Est-ce de l'inconscience ou de la désobéissance? Dans les deux cas, notre comportement ne peut être accepté comme moral. Le Prophète (SAS) n'a pas dit seulement: "Les actions ne valent, ou n'existent, que par les intentions". Il a dit encore: "Tout acte non conforme à notre loi est rejeté". N'est-ce pas la meilleure preuve que la bonne conduite ne consiste ni dans la bonté de l'intention toute seule, ni dans l'exactitude de l'action toute seule, mais dans l'interaction des deux (bonne intention traduite dans un acte conforme). La formule complète du devoir du croyant, nous la trouvons dans ces deux autres hadith-s : "Dieu n'agrée pas une parole qui ne se traduise pas en acte; mais il n'agrée ni acte ni parole, s'ils ne sont pas bien

5

KHOTBA

Islam de France 3

intentionnés" 'Abou Tâlib); "Aucune parole, aucune action ne valent que par l'intention; mais ni parole, ni action, ni intention ne valent que si elles sont conformes à la tradition établie (e-Sunna)" (Hassan elBasri, Sa'id Ibn Djoubaïr). Ces deux hadith-s nous démontrent explicitement ce en quoi notre comportement actuel est défaillant. Il ne suffit pas, en effet, que nos actes soient conformes à la règle établie par la société, mais ils doivent s'inscrire dans la tradition définie par le Prophète Muhammad (SAS). De ce fait, l'intention du croyant, traduite en acte, doit être conditionnée par le bon sens et la recherche de son salut. Et ce, afin de mériter un rang honorable et jouir de la satisfaction de Dieu. "Ceux qui luttent pour Notre cause, Nous les guiderons certes sur nos sentiers. Dieu assistera toujours ceux qui s'appliquent à bien faire" (Coran, S. 29, v. 69). En s'appliquant à plaire à Dieu - et non aux hommes - le musulman purifie son âme, devient candide et digne de l'amour de Dieu et de Sa satisfaction. Il est convaincu que c'est là le chemin des gens vertueux et des croyants sincères. Le plus grand ennemi de l'homme, c'est lui-même, c'est-à-dire sa nature foncière. Celle-ci, en effet, l'incline au mal (nafs amara bi e-sou), à fuir le bien et est mauvaise conseillère: "Je ne prétends pas m'innocenter, car la nature humaine

incline au

mal"

(Coran,

S. XII, v. 53).

Cette nature humaine aime les loisirs, le repos et l'oisiveté. Elle est emportée par ses caprices et ses désirs éphémères, au risque de provoquer sa perte et son malheur. Le croyant convaincu se mobilise donc contre elle (nafs). Il réprime fermement ses mauvaises intentions et ses impulsions néfastes, faisant acte de foi et de piété, et confirme, par cette attitude, sa distinction. "Qui est meilleur en religion que celui qui soumet à Dieu son être en se conformant à la Loi révélée et suivant la religion d'Abraham, homme de droiture ?" (Coran, S. IV, v. 125).

imam ëlJfadj
sermon
du vendredi

M..st1lili

(Marseille)
Errahmaniya,

9 aoat 1996 mosquée Marseille (Porte d'Aix)

-

m~,~lmimi!millffil!i!"KKm;i!lml!limUii!lmmlll"Klim;!i!iIIlillli~'i!lmlilllilililimmJIIII!lilimm_lilimm_lllilin"_m;_'lIJIlim!lilm""""r~~i!lmliliii1immrmlililimmlimlli1im;

6

OUVERTURES

Islam de France 3

Appel

Le scandale de l'émission islamique de France 2
(1993-1998)
Abdallah 22 millions OUAHHABI

de francs d'origine inconnue ont été investis

"gratuitement" dans l'émission de la chaîne publique, entraînant des ingérences étrangères et de la publicité clandestine sous la présidence cfe Hervé Bourges et la direction de Pierre-HenriArnstam. Dans une tentativede régularisationa posteriori (5 ans plus tard!), la direction de la chaine a payé 4,5 millions de francs pour couvrir le premier de litsous le conseil de Pierre-Henri Arnstam.
Salarié de France 2 depuis 1980, je me suis trouvé à partir de janvier 1991, réalisateur et producteur artistique de l'émission islamique hebdomadaire. En 1992, sans aucun apport financier, j'ai réussi à doubler dans certains secteurs du public les résultats audimétriques de l'émission (les archives sont disponibles). En septembre-octobre 1992, alors que la direction de la chaine évoquait "une mise en production de l'émission dans le privé", j'ai averti verbalement et par écrit (les textes sont encore disponibles) le responsable des opérations exceptionnelles, mon supérieur hiérarchique, qu'une magouille se préparait dans et autour de l'émission, à l'initiative de l'association en charge du contenu éditorial. J'ai informé monsieur Pierre-Henri Amstam que j'avais été approché dans le cadre d'une démarche corruptrice. Je ne reçus aucune réponse, ni aucune consigne. Les affirmations des corrupteurs selon lesquelles "ils étaient en relation avec monsieur Hervé Bourges" avaient-elles un fond de vérité? J'ai voulu m'opposer à cette opération visiblement illégale et j'en ai averti toutes les associations musulmanes de France afin qu'elles revendiquent un contrOle collégial de l'émission. Elles écrivirent à Hervé Bourges sans aucun résultat. 7

OUVERTURES

Islam

de France 3

J'étais alors associé minoritaire d'une Sarl, Médias Presse Production, intervenant épisodiquement dans l'audiovisuel. Je me suis rapproché de la direction commerciale de la SFP et, ensemble, nous avons fait une offre de service à France 2. Cette offre était financièrement très concurrentielle (5 millions de francs pour 25 heures de programmes tournées à Paris et en province); de plus, elle garantissait le maintien de l'emploi au sein du secteur public. La chafne ne répondit pas à cette offre de service pourtant très concurrentielle (les documents sont disponibles). Par contre, j'ai été licencié de la chafne. J'a; fait plusieurs courriers dramatiques à monsieur Hervé Bourges pour solliciter son secours: j'avais quarante-sept ans dont treize de bons et loyaux services dans l'entreprise: où trouver du travail? En vain. La conception et la fabrication de l'émission a été remise à une société alors inconnue en France, FMP (France Méditerranée Production), société anonyme au capital de 300 000 francs. J'ai porté plainte auprès du Tribunal prud'homal. Avec les meilleurs avocats, la chafne essaya d'expliquer deux choses: 1) "les contrats qui me liaient à la chafne depuis 1980 étaient des contrats "au cacher, donc ne liant pas le salarié à la chafne de façon permanente"; 2) "le flou des textes l'obligeait à obtempérer aux injonctions de l'association (responsable de la ligne éditoriale) et donc lui imposait de me licencier". Le Tribunal requalifia les cachets
pour

en contrat à durée indéterminée
abusif, sans cause réelle

et

France

2 fut condamnée

licenciement

et sérieuse. La charne fit appel. La Cour d'Appel de Paris confirma le jugement prud'homal et aggrava la condamnation de France 2, réfutant encore une fois les deux arguments de la chafne, en particulier les arguties sur le "flou des textes réglementaires". D'ailleurs, le CSA informé de la chose changea les textes en accentuant la responsabilité de la chafne, notamment sur le contenu éditorial des émissions religieuses. Malgré ces deux jugements, malgré les changements réglementaires, malgré les articles parus dans Té/érama et dans /'E::vénement du Jeudi, la charne continua à diffuser les émissions de FMP qui contenaient visiblement de la publicité clandestine, non payée à la charne, ainsi que de graves ingérences étrangères dans une émission réputée protégée par les textes réglementaires contre toute influence occulte. Quatre années plus tard, les bilans déposés par FMP au Greffe du Tribunal de Commerce de Paris confirmaient les faits et faisaient apparaftre un chiffre d'affaires infime, des recettes quasi nulles, des créances sur client (France 2 par exemple) nulles, des achats de matière première au comptant ou à crédit quasi nuls. Je rappelle que pour la même période FMP avait fourni, selon notre devis, au moins 8

OUVERTURES

Islam de France 3

vingt millions ressources?

de francs

de programmes

diffusés:

avec

quelles

Conséquence: monsieur Pierre-Henri Arnstam a écrit à FMP pour lui demander d'être moins présente dans le générique des émissions offertes gratuitement. FMP répondit en demandant 22 millions de francs pour les émissions diffusées. La chafne refusa de payer a posteriori et on en resta là... jusqu'au moment où Médias Presse Production, armée des bilans déposés au Greffe du Tribunal de Commerce demanda réparation pour ce procédé anticoncurrentiel (émissions gratuites). Refus de la chafne. Médias Presse Production menaça de porter plainte. Alors "FMP a assigné France 2à payer". Mais quand Médias Presse Production les assigna toutes deux et demanda à être partie à leur . différend, France 2 et FMP "décidèrent" de s'entendre pour une transaction: France 2 allait payer 4,5 millions de francs à FMP. Il est facile de comprendre que cette mise en scène judiciaire devait, aux yeux des deux partenaires, servir de régularisation a posteriori d'une opération illégale. Médias Presse Production a demandé en référé au tribunal de Commerce de bJoquer cette somme chez France 2 jusqu'à un jugement sur le fond. La chafne répondit qu'il s'agissait d'une transaction normale et qu'elle souhaitait payer les émissions diffusées... bien qu'avec 5 ans de retard. Médias Presse Production a demandé à la chafne le numéro du compte bancaire de FMP pour faire bloquer ladite somme jusqu'à un jugement sur le fond. Refus de la chafne. C'est alors que, voulant forcer la direction de la chafne à coopérer au blocage de cette somme, j'ai distribué un communiqué dénonçant toute l'affaire. La chafne, pressée de masquer la magouille de 19931997, menaça de porter plainte pour diffamation, et ne le fit jamais. France2 a indûment payé 4,5 millions de francs à FMP. La plainte de Médias Presse Production est toujours pendante devant la justice commerciale.

Presse Production

Je viens de déposer une plainte devant le pénal. La société est sur le point de le faire aussi.

Médias

Nous sommes à la fin du premier semestre 1998. FMP diffuse encore ses émissions sur France 2; elle continue de pratiquer la publicité clandestine dans - tout le monde le dit - la plus médiocre des émissions. La direction refuse de communiquer sur ce thème et refuse toute tractation avec le réalisateur limogé ou avec Médias Presse Production, illégalement évincé d'un marché financé avec les deniers publics. Le ministère de "Intérieur s'en émeut, enquête. Les conclusions sont accablantes: l'association responsable de la ligne éditoriale est limogée, FMP balayée. Des articles paraissent alors dans Je Canard 9

OUVERTURES

Islam de France 3

Enchafné (29 juillet1998),puis dans Le Monde (5 septembre 1998) : la direction ressort son vieil argument pourtant déjà récusé deux fois (Tribunal Prud'homme, Cour d'Appel) : "imprécision des textes en vigueur". Puis, de nouveau, elle applique la politique du silence afin d'attendre l'oubli. Ilapparaît que tout cela était bien une opération inexcusable qui a fait la fortune de quelques-uns et deux victimes: d'une part le réalisateur et producteur artistique qui avait dénoncé la combine, qui s'y était opposé et, d'autre part, la société Médias Presse Production (procédé anticoncurrentiel et ses conséquences). Au bilan, c'est un scandale très important: au vu et au su de monsieur Hervé Bourges et de monsieur Pierre-Henri Arnstam (séparément, ensemble ou à l'insu l'un de l'autre), près de 20 millions de francs "d'argent gris" (deux milliards de centimes) ont transité par une antenne nationale publique, dans une émission destinée à un public sensible. le raisonnement voudrait que ce ne soit que la partie visible de l'iceberg. Par la suite, monsieur Xavier Gouyou Beauchamp, conseillé semble-t-il par Pierre-Henri Amstam, a payé 4,5 millions de francs pour masquer le premier scandale au lieu de dénoncer la malversation sans rien payer. les actes décrits dans ce texte sont très graves et normalement,

ils devraient entraîner l'emprisonnementpour leurs auteurs. Mais les
faits rapportés sont-ils vrais? En 1997, ils ont été rendus publics sous la forme d'un communiqué diffusé à la porte de France 2, rue Jean Goujon et avenue Montaigne. Il a été aussi distribué à la porte de la présidence de France
Télévision, avenue d'Iéna. Mon identité a été déclinée à monsieur Belingard, directeur juridique de France 2 ainsi qu'à des fonctionnaires de police; je suis parti quand je n'ai plus eu de communiqués à distribuer. la chaîne avait promis de m'attaquer en justice pour diffamation. Elle ne l'a pas fait. le journal Le Monde, daté du 5 septembre 1998, a publié un article accablant: "scandale médiatico-religieux", ingérences étrangères, mainmise affairiste". la chaîne et FMP ont décidé d'utiliser leur droit de réponse (Le Monde, 18 septembre 1998) : 1) Monsieur Xavier Gouyou Beauchamp ne répond pas aux graves accusations formulées directement contre lui: pourquoi a-t-il indOment payé ,5 millions de francs à FMP pour des émissions réputées gratuites? Pourquoi la chaine permet-elle à une entreprise privée de faire de la publicité clandestine dans ses émissions? (lire l'article du Monde puis la réponse de la chaine et constater que la réponse du Pdg se situe sur un tout autre plan que celui des accusations formulées; sa réponse est angélique). 10

OUVERTURES

Islam

de France

3

2) Monsieur Tolbi, Pdg de FMP, affirme sans preuve qu'il a vendu ses émissions à la chafne. Que lui reste-t-il à faire d'autre pour ne pas aller en prison? Alors, il fait valoir un "contrat" signé avec l'association en charge du contenu éditorial de l'émission. Mais cette association n'a jamais été producteur de l'émission et ledit contrat ne prévoit pas de paiement. De plus, il est facile de constater que monsieur Tolbi contredit ses propres interviews antérieures à Télérama et à l'Événement du Jeudi ("émissions offertes"), qu'il oublie les bilans qu'il a lui-même signés et déposés plusieurs années de suite au Greffe du Tribunal de Commerce de Paris. qu'il oublie les courriers échangés entre l'association et Pierre-Henri Amstam. Pas plus que la première fois, et même si elles en faisaient la menace, ni les personnes citées ni la direction de la chafne ne porteront plainte pour diffamation parce qu'elles risquent d'être condamnées. La politique adoptée par les intéressés semble consister à opposer le mur du silence à ces accusations dont la gravité n'échappe à personne. Pour ce qui me conceme, il est clair que la raison pour laquelle j'ai été limogé en 1993 ne relevait pas du Code du Travail, mais visait à libérer le passage à cette malversation. Le trou dans lequel je suis tombé peut s'ouvrir demain sous les pas de n'importe quel salarié de l'entreprise. Comment faut-il réagir? Faut-il laisser les gredins jouir du fruit de leur forfait et laisser le salarié "à sa malchance"? Peut-on impunément ruiner les gens, les mettre sur la paille dans le but de s'enrichir ou d'enrichir des amis? Et dans l'hypothèse, très peu probable, d'une simple "erreur professionnelle" ayant de pareilles conséquences, a-t-on le droit de laisser les conséquences se perpétuer, de ne pas réparer les dommages, après avoir pris conscience de la faute, après que celle-ci soit devenue notoire et ait été exposée dans les plus grands joumaux de France? En ce qui me concerne, je demande réparation, et en particulier la réintégration immédiate dans ma fonction de réalisateur et de producteur artistique sur une des émissions de la chaîne. Même si l'on s'en tient à la version de la direction ("imprécision des textes alors en vigueur"), la nouvelle compréhension du problème exige que le tort qui m'a été occasionné soit réparé. J'entends agir fermement en ce sens. J'appelle tous les esprits probes à soutenir cette revendication légitime. J'appelle les syndicats à faire leur devoir de défense et de secours. Je remercie tous les intervenants, toutes les bonnes volontés. _

Abdallah OUAHHABI
réalisateur TV

11

HUMEUR

Islam

de France 3

De Didier à Ali..., variations sur un prenom
Didier BOURG
Lorsqu'il y a dix ans, j'ai fait le choix de l'islam, je n'avais pas imaginé que cette religion pouvait encore accueillir, en France, des esprits étroits, tenants d'un islam obscur et sclérosé, d'un islam plutôt désislamisé et culturalisé. Frais débarqué dans "islam, je
n'avais pas alors parmi prêté mes attention au fait que le

converti -

puisque

tel

était et est bien souvent
me désigner

encore

le qualificatif

coreligionnaires

-

que l'on m'attribue
devait se soumettre

pour
au

rituel du choix du prénom dit musulman. Très vite entré en activité au sein de ce pittoresque, voire cocasse regroupement d'êtres humains qui se donne volontiers le nom de communauté musulmane, on me fit bien vite remarquer qu'il serait de bon ton que je me choisisse ce précieux prénom musulman. Je souscrivis de bonne grâce à ce qui me fut à l'époque présenté comme un impératif religieux. Le Didier que j'étais se para donc d'un Ali, à la fois par référence à l'enseignant qui m'avait fait découvrir l'islam à la fac et par identification au personnage du gendre du prophète Mohammad dont la personnalité mystique me séduisait et me séduit toujours. Ma famille de chrétiens convaincus ne s'inquiéta pas outre mesure de ce qui semblait être le nouveau délire du petit dernier. Je n'avais de toute façon pas la réputation de faire dans la demi mesure... Les premières vraies réactions vinrent donc de mes chers frères, notamment ceux de la Fédération Nationale des Musulmans de France, au Conseil d'administration de laquelle j'entrai en 1990, alors qu'elle était encore conduite par l'inénarrable Daniel- Y oussof Leclercq. C'est d'ailleurs en prenant exemple sur ce dernier que je me suis d'abord appelé Didier-Ali, puis plus tard, rompant avec le modèle, Ali-Didier puis Ali tout court. Parcours passionnant... Mes chers frères, disais-je donc, commencèrent à me faire remarquer qu'en adoptant le prénom d'Ali plutôt qu'Omar par exemple, j'avais fait un choix judicieux au regard d'éventuelles relations avec des chi'ites. Choix trop judicieux peut-être. N'en étais-je pas un de ces chi'ites? Déjà, les soupçons... Ce premier trouble passé et mes frères sunnites rassurés, je dus surtout m'habituer à l'utilisation savamment condescendante de mon prénom par la gent musulmane,

de ceux qui me nomment chaleureusement

cc notre frère Ali"

quand

ils ont besoin d'un coup de main et Didier lorsqu'ils sont de mauvaise humeur, à ceux qui m'appellent Ali pendant des années et qui le jour

12

HUMEUR

Islam

de France 3

où j'exprime, pour la première fois, une opinion font le lapsus et m'appellent Didier, en passant un malin plaisir à bien prononcer ccDidier» d'ordinaire du Ali pour mieux me faire sentir converti est, à leurs yeux, une islamité de
étrangère ethniques au véritable évidemment

différente de la leur, par ceux qui prennent

là où l'on me donne
que mon islamité de seconde zone, voire
ou ne

- voire

islam,

- celui de leurs origines nationales pas islamique du tout. Ces convertis

sont-ils
agents

pas tous
des services

à tous ces environnement

noms que "on peut qualifier d'oiseaux
musulman).

des pilleurs d'islam, des colonisateurs de police O'ai eu droit - si ! si ! je vous

ou des
l'assure

dans

-, un

La cerise sur le gâteau cette semaine. Un frère, un vrai pour le coup, j'aime pourtant beaucoup, turlupiné par une affaire personnelle avec laquelle je n'avais qu'un très lointain rapport, décide, comme ça, sur un coup de tête, de me choisir pour exutoire et de m'envoyer un courrier où les insultes le disputent aux menaces, le tout précédé de la formuleméprisanteà souhait suivante: cc Didier,je te nomme ainsi parce que ta mère et ton épouse t'appellent ainsi et qu'elles ne

un que

semblent pas avoir accepté ta prétendue islamité

». Ben

oui,

ma

mère m'appelle ainsi depuis 38 ans et ma femme depuis 14... évidemment ça donne des habitudes.. Et pan, j'hérite du même coup d'une prétendue islamité. La coupe est pleine, vous ne trouvez pas, non? Jouer à «Ali, t'es un frère, Didier t'en es pas un » me semble un

peu court pour ne pas dire totalement puéril. Je m'attacherai donc désormais à une lourde mais 6 combien noble tâche de rééducation de mes coreligionnaires les plus brut de fonderie. Exit le Ali, que je réserve, si, quand même, à quelques frères et sœurs proches pour
qui le fait de m'appeler Didier serait comme une torture et que je ne découragerai pas de continuer à m'appeler Ali. Et je ressors de ma bof te de Pandore le fameux Didier! Cause légitime en fait, car si souscrire aux traditions pour un bien est un bien, en revanche. satisfaire l'orgueil, l'instinct de domination, le complexé ou l'agité du bocal, non! Plus question! Ceux qui s'arabisent tout autant qu'ils s'islamisent me feront sans doute les gros yeux mais les futurs

convertis

ne

s'en

trouveront

que

mieux.

Au

moins

ils auront

le

choix... Et même mes futurs enfants, si Dieu m'en confie, qui pourraient hériter de prénoms aussi charmants qu'Isidore, Irénée, Gertrude ou Tartampione. Quoique, pas si facile pour des gamins musulmans de s'appeler Pierre, Paul ou Jacques quand, comme mon Ismaël de fils, ils sont tout fiérots de rencontrer des petits musulmans qui acceptent de croire qu'ils peuvent être coreligionnaires

Français!» - même s'ils ont les cheveux

-

échappant ainsi au crétin

cc

Eh, t'es pas un musulman, t'es un
tout raides et le teint

crème frafche, ou de découvrir que le Coran parle d'un prophète du même nom. 13

HUMEUR

Islam

de France 3

Au-delà du mouvement d'humeur, le réinvestissement de mon prénom d'origine est aussi un choix important. Aider à décomplexer de futurs convertis en leur offrant le même respect, qu'ils s'appellent Christian ou adoptent Mohamed, et participer ainsi à une certaine banalisation de l'islam en France n'est pas une perspective sans intérêt. D'autant plus que l'éclairage religieux nous confirme la totale pertinence de cette approche. Il est tout à fait possible d'utiliser une forme francisée de prénom musulman, au même titre que les Mehmet turcs ou les Mamadou maliens pour Mohammad par exemple. Il est également possible d'utiliser un prénom d'une toute autre origine pour peu qu'on prenne garde au fait qu'il ne soit pas une plaie pour celui qui aura à le porter sa vie durant. Le prénom de Zidane donné à un petit Français au lendemain de la victoire des Bleus face au Brésil est sans doute plus facile à porter qu'un Scud ou un Ado/fdans les Territoires occupés. Quoique si le gamin en question ne touche pas un caramel au foot... « C'est un droit des enfants sur leurs parents qu'on leur donne un beau prénom" affirme le hadith. Selon les exégètes musulmans, il est préférable d'adopter des noms de femmes et d'hommes vertueux ou de prophètes pour rappeler leur mémoire et encourager à suivre leur exemple. Youssouf El Qardaoui précise cependant qu' « il n'y a pas un savant (...) qui interdise l'utilisation de prénoms non arabes tant qu'ils ont de belles significations dans leurs langues respectives ". Alors que tous les prénoms juifs sont admis sans restriction, pour les prénoms chrétiens, une préférence est accordée par certains commentateurs à ceux remontant à l'époque de Jésus. Du temps du prophète Mohammad (PSL), de nombreux convertis ont vu leur prénom non arabe maintenu après leur entrée en islam. La femme chrétienne copte du Prophète a conservé son prénom de Maria (Marie). En revanche, Mohammad a fait changer le prénom de la fille de 'Omar, 'Acya (à ne pas confondre avec Assia), signifiant désobéissante, en Djamila (bel/e). Il a aussi changé le prénom d'un musulman qui s'appelait Harb (bataille ou guerre) en Si lm (paix). Rappelons enfin qU'un hadith rapporté par Abou Daoud affirme qu'au Jour du Jugement nous serons appelés par notre prénom; un autre hadith, rapporté par Moslem, indique que les prénoms préférés de Dieu sont Abdallah et Abderrahmane. Il ne manquera pas d'esprits bien intentionnés pour souligner que je file probablement un mauvais coton et que le retour à mon prénom d'origine cache mal une mise à distance de l'islam... Braves gens va! Si un taillage de barbe adéquat et une coupe punk en vert fluo pouvaient renforcer leurs soupçons, ils n'en seraient que plus contents. Comme le chante si bien Claude Nougaro (encore un mécréant ?), les corbeaux croassent et moi je crois... .
Didier

BOURG

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DÉBAT

Islam de France 3

Débat ,

-

Musulman dans

un Etat non musulman 3

''Rappelle le nom de ton Seigneur et dévoue-toi à Lui profondément"

Coran, Sourate 73, AI-Mazzamil (L'Enveloppé), verset 8

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DÉBAT

Islam de France 3

Interpréta tion

Les transactions en dehors d'une terre d'Islam
Shams ed-Dine AI-SARAKHSÎ
théobgien sunnie hanafie mort en 1090

traduit de l'arabe par Mohammed Jamil CHERI FI'

A vec cette traduction portant sur la licéité de la pratique de l'usure (aujourd'hui, prêt à crédit) entre musulmans et non musulmans en terre non islamique, un argument supplémentaire est apport~ à la question du statut des musulmans dans un Etat non musulman. Nous poursuivons le débat engagé dans le n° 1 de la revue avec les textes de Abdel-Magid Turki, Sadek Sellam, Jean-Paul Charnay et Soheib Bencheikh, et continué dans le n° 2 avec les contributions de Tareq Oubrou,
Mohammed Benkheira et Jean-Paul Charnay.

L'auteur de cet article, Abu Bakr Mohammed Ibn Abi Sahl As-Sarakhsf est une haute figure de la jurisprudence islamique et un grands représentants de l'école hanafite. Il est né en l'an 400 de l'Hégire (1010 de "ère chrétienne) dans la ville de Sarakhs, au nordest de l'Iran actuel (après Mashad), à la frontière avec le Turkmenistan, dans une région alors appelée le Khorasan et dominée par la dynastie des Ghaznavides (994) puis par celle des Seldjoukides (1037). Peu de temps après sa naissance, ses parents s'installèrent à Boukhara, à 500 km au nord, en Transoxiane, connue comme centre rayonnant de culture islamique. C'est là qu'il poursuivit ses études sous la direction d'un grand martre de l'époque, l'imam Halwani (mort en 448 de l'Hégire /1056). AI-Mabsut Ayant achevé ses études, Sarakhsf alla s'installer encore plus à l'est, à Uzgend dans le Farghana (vallée du fleuve Syr Daria, actuel Kirghizstan en Asie centrale), à la cour du prince Hassan le Karakhanide (issus des Karlouks et alliés aux Ghaznavides, les Karakhanides gouvernèrent la Transoxiane et ses deux grandes villes, Samarkande et Boukhara). C'est pour avoir protesté, en se faisant le porte-parole de la population contre l'imposition de lourdes taxes, qu'il fut incarcéré et jeté dans une fosse où il passa plus de

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