Le réveil agité

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Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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EAN13 : 9782296340763
Nombre de pages : 192
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I-JE RÉVEIL

AGITÉ

Collection "Encres Noires" Dirigée par Gérard da Silva
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W126 N° 127 N°128 N° 129 W130 N° 131 W132 W134 W135 N° 136 W137 N°138 W139 N° 140 W141 N°142 N°143 WI44 W145 W146 W147 N° 148

Ken Bugul, Cendres et braises. Jean-Jacques NkolIo, Le paysan de Tombouctou (Théâtre). El Ghassem QuId Ahmedou, Le dernier des nomades. Mamadou Seck, Survivre à Ndumbélaan. Georges Ngal, Une saison de symphonie. Pius Ngandu Nkashama, Le Doyen Marri. Moussa QuId Ebnou, Barzakh. Olympe Bhely-Quenum, Les appels du Vodou. El Hadj Kassé, Les mamelles de Thiendella. Dominique M'Fouilou, Le quidam. Nocky Djedanoun, Yana. Albert Thierry Nkili Abou, Carton rouge. Pius Ngandu Nkashama, Yakouta. Maria Nsue Angüe, Ekomo Alex I-Lemon, Kockidj, L'étrange fillette Essomba, Les lanceurs de foudre Thérèse Kuoh Moukoury, Rencontres essentielles. Mamadou Gayé, Lait caillé. Denis Qussou-Essui, Rendez-vous manqués. Auguy Makey, Sur les pas d'Emmanuel. Ruben Nwahba, L'Accouchement Charles Carrère, Mémoires d'un balayeur. suivi de contes et nouvelles. W149 Salim Hatubou, Le sang de l'obéissance. W150 Blaise Aplogan, Les noces du caméléon. W151 Komlanvi lM. Pinto, L'ombre du Karité. N°152 Adamou Ide, Talibo, un enfant du quartier N°153 Moudjib Djinadou, L'avocat de Vanessa. W154 Emile Biti Abi, Myriam, lafille du tonnerre bienfaiteur. W155 Aniceti Kirereza, Les enfants du faiseur de pluie. W156 Jimi Yuma, Bagraines, nouvelles. W157 Dominique M'Fouilou, La salve des innocents. W158 Kiridi Bangoura, Le baptême des chiots. N° 159 Seydi Sow, Misères d'une boniche. W160 Idris Youssouf Elmi, La Galaxie de l'absurde W161 Jean-François Alata, Racines brisées @ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5421-6

Harouna- Rachid L Y

LE RÉVEIL AGITÉ

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y I KI)

L'OMBRE était opaque, et l'obscurité ténébreuse. Mais soudain du rouge. Des flammes dansantes au son d'explosions d'artifices, des bruits sourds et des fracas épouvantables. Et puis du sang. Du sang partout. Du sang dans l'air qu'on respire, dans le sol argileux et dans l'eau qu'on boit. J'ouvre les yeux, regarde mes mains et mes pieds. Des cordes enserraient mes articulations, endolorissant mes muscles, engourdissant mes nerfs et figeant mon sang dans mes veines et mes artères. Et toujours le sang. Je suffoque. Je tousse, me débats, me tords. Et brusquement je crie ou plutôt je râle. C'est le râle d'une bête qui agonise. D'un moteur qui cale. C'est le ricanement d'une hyène mourante, affamée, ressassant l'odeur écoeurante de la charogne putride. Mes cris semblaient venir du tréfonds des âges. La peur du loup. Au temps où l'Ancêtre, tapi au fond de sa caverne et tremblant aux bruits du dehors, frissonnant et les doigts engourdis autour de la hampe de sa massue, veillait au repos de la "tribu". 7

Un frisson. Le froid. Ma tête est lourde. Mon coeur de glace. Amnésie. Oubli. Oubli du nom des choses et des êtres. Oubli de ce que je suis, et de ce que j'étais. Je ne sais plus d'où je viens. Où je suis, qui je suis et où j'en suis. Je ne sais plus. Je ne suis plus. Je ne sens rien et ne ressens n en. Les souvenirs du passé et du présent n'arrivent plus à émerger dans mon esprit devenu un cocon infranchissable. Une onde électrique me submerge le corps, va de mes pieds et explose sous ma nuque. Mes tempes battent et mes oreilles bourdonnent. Je ricane. Fou... Je grimace et souris. Je regarde le plafond et baisse la tête. Les ombres sur les murs, les mêmes flammes, le sang et cet homme qui rigole, se gondole et se fend la pipe. Les bruits, amplifiés dans mon esprit torturé, me font mal. La haute fenêtre claque, la porte crisse, baille et s'ouvre sur un homme anonyme qui s'efface et s'évanouit. Un vieil homme apparaît. Il s'avance, tangue, oscille et vient s'asseoir près de moi. Sa barbe blanche, soyeuse et fournie flotte au vent daignant pour une fois s'engouffrer dans la pièce, ma pnson. Un vieux vénérable à la main duquel pend un long chapelet aux graines d'ambre pointues comme des... des... Je crie, je suffoque, je me roule par terre et renverse des récipients emplis d'eau - ou mes urines? - et des plats contenant de la nourriture. 8

Une voix douce me calme, me berce. Elle me projette dans le monde incommensurable de la paix de l'âme et de la pure tranquillité. Je me tais et sanglote. Je pleure. J'écoute les litanies du vieux pieux qui parle et psalmodie. Des paroles dont j'ignore le sens me transpercent le coeur. Le vieux égrène son chapelet et chante les louanges d'Allah le Miséricordieux, l'Omniprésent et l'Omniscient. Celui de Qui viendront l'espérance, le miracle et la guérison. Je me calme et tombe en transe. De mon corps s'échappent des effluves, un cratère, des flammes et du sang. De mon esprit soumis à l'emprise d'un être démoniaque émergent des fragments désordonnés de ma vie antérieure. Mais sitôt sortis, ces fragments disparaissent et se noient dans les méandres et les profondeurs insondables de mon inconscience et de ma déchéance mentales. Des flammes, du sang, encore du sang. J'ai peur. Je veux fuir. Pour me mettre à l'abri des ombres menaçantes qui m'encerclent, des voix gutturales qui m'interpellent, me ficellent et m'interrogent. J'ai peur de rester avec moimême. Le saint homme s'arrête aussi brusquement qu'il avait commencé. Il se penche sur moi et me regarde droit dans les yeux. C'est alors que je "vois" des vagues énormes s'écraser contre des rivages à pic; une femme qui se baigne en me tournant le dos. Je me crispe. Cette femme je la connais: c'est ma... Je me rejette en arrière et me recroqueville. Une gigantesque boule d'eau en forme de corps humain grossit dans mon subconscient, s'élève 9

dans les airs et ... explose en m'éclaboussant. De la sueur dégouline le long de mon corps. Je veux parler, demander, expliquer mais une force terrible maintient ma bouche close et mes membres tremblants. J'essaie de concentrer mes efforts, tous mes efforts, en vain. Inhibition complète de la volonté. Impossibilité totale d'articuler et de coordonner mes pensées et mes souvenirs. La folie. Oui je réalisai que j'étais devenu fou avec perte quasi totale de la faculté de parler. Je suis muet. Vaincu, suant, je cesse de me débattre contre une force supérieure. L'homme récite une prière et me crache sur la tête. La femme aux hanches d'amphore et au profil de déesse disparaît. Une cohorte de démons ricanants passent avec un cortège de têtes de morts suivis d'un ange vêtu des oripeaux d'un justicier qui, horrifié par tant de fureur et de désolation, choisit de s'enfuir à tire-d'aile. Des bruits de tonnerre dans le lointain, des éclairs dans un ciel sans nuages, des dunes de sable à l'infini, des ombres furtives, des hommes qui tombent, s'affalent, s'affaissent dans des cris de terreur, me parviennent nettement. Un homme se matérialise dans mon subconscient, soupire puis s'évapore. La porte se referme et me laisse seul dans ma sombre prison, avec pour toute compagnie des souvenirs découpés, hachées, sans originalité. Un film échappé des implacables mains de la censure. De la fumée. Des flammes. Du Sang. Je brandis mon poing vers le ciel et insulte le Diable. Je hurle et m'évanouis. *** 10

JE ME réveillais. C'est-à-dire que je revenais à moi. A la lueur qui illuminait faiblement la chambre je me dis qu'il faisait jour. J'étais si habitué à la pénombre que je distinguais nettement les choses qui m'entouraient. J'étais léger. Dans une semi-Iucidité je regardais autour de moi: des habits verts tachetés, des épaulettes, une étoile de sous-lieutenant, une paire de Rangers, un ceinturon T.A.P... Ma tenue militaire. Une nouveauté. J'étais soldat. Je me rappelais vaguement être revenu dans ce village, la tenue flottante dans un corps squelettique, un regard hâve et le pas hésitant. Mais quand? Et comment? Je contemplai mes mains. Plus de cordes. Mais pourquoi m'avait-on mis des cordes. Pourquoi m'avait-on attaché? Chez nous on n'enchaîne que les fous ou les voleurs. Mon Dieu, que s'était-il donc passé? Un miroir. Je le saisis prestement et me regardai. Un visage hâve, une barbe de quinze jours. Comme j'étais changé! Je me reconnaissais à peine. J'étais étranger à moi-même. Un album-photos traînait par terre. Je le parcourus avidement. Je parvenais à reconnaître mes amis, des copains de régiment, mon père, ma mère et ma... femme.

Il

Je sursautai.- Un frisson me parcourut le corps. Je remuai les lèvres pour parler, appeler mais en vain. Quelque chose craqua dans ma tête, des images terrifiantes m'assaillirent, des explosions et du sang. Des éclairs et des morts. Tétanisé, bouleversé, je retombai dans le profond ravin de l'inconscience. Je luttai, résistai mais peu à peu, les forces du mal parvinrent à me précipiter à nouveau dans les marécages fangeux de la folie. J'étais prostré, insensible et impassible au monde des vivants. Les démons, le Malin, le Diable avaient remporté la partie. La descente infernale était inéluctable. Le sort en était jeté. Quoi que je fasse, malgré ma volonté, il m'était impossible de me raccrocher fermement aux bouées de sauvetage des âmes charitables. Mes souvenirs avaient fondu. Mon instant de lucidité évaporé, aspiré par le mur (la frontière) fictif et imaginaire - mais combien vivant - du Bien et du Mal, du Jour et de la Nuit, de la Conscience et de la Démence. Les souvenirs s'écrasaient dans mon crâne, prisonniers de ma démence, tels des assoiffés de liberté butant contre le mur de Berlin ou des lâches retranchés derrière le mur de silence; des désespérés adossés au Mur des Lamentations ou les malheureux serfs élevant la Muraille de Chine... Un monologue fragmenté me parvenait du dehors. Des paroles sans début ni fin, des phrases incomplètes. Je reconnus la voix du vieux au chapelet. «Ayez confiance... Dieu est grand... Allah est Miséricordieux... ses chemins impénétrables... hommages au Seigneur, il 12

nous éprouve mais il nous aime... votre fils guérira... guérira... son réveil sera brutal... il guérira comme-il avait basculé dans la folie... Laissons-lui le temps de reconnaître petit à petit ses objets familiers que nous avons laissés dans sa chambre... La vue de ses affaires lui rendra sa CURIOSITÉ, cordon ombilical du Souvenir et de la Raison... Bientôt si Allah le veut le couronnement... La guérison...». Un silence. Le sifflement prolongé de "l'harmattan". Un âne qui braie. "... Allah vous paiera les efforts que vous faites pour guérir notre fils... ", hoqueta un homme. Un vide. Le cocorico prolongé d'un coq. Une vieille femme qui sanglote. La porte se rouvrit. Un homme et une femme entrèrent. Encore l'homme au chapelet. Le chapelet aux graines d'ambre pointues comme des... des... balles. Balles sifflantes, ricochant sur les parapets derrière lesquels des hommes appelés à mourir tirent sur leurs semblables d'en face parce que des hommes comme eux, trônant sur le haut sommet de la hiérarchie, spécialistes du verbe et du mensonge, partisans du cynisme et du culte de la personnalité, stratèges de l'amalgame, en avaient ainsi décidé. Oui, ils avaient décidé de faire la guerre... La guerre... Je me rappelai enfin. C'était cela la fumée. C'était cela les flammes, le sang, les bruits de fureur et les morts. Le marabout entonna des chansons dédiées au Tout Puissant. Une fois de plus je me sentis fondre. Ses

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paroles m'allaient au fond du coeur. Je tremblais, je

sanglotais...

.

Le saint homme s'arrêta brusquement, me regarda. Instinctivement, je me fis tout petit. Je pleurai. Je réalisai petit à petit que j'avais perdu la raison. J'avais honte. Honte de mon torse nu, honte de ma faiblesse, honte de mal me souvenir de ce que j'avais pu faire... Le vieil homme murmura quelques versets du Coran sacré et me cracha sur la tête. En larmes, je me jetai dans les bras de mon père et de ma mère. ***

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"- Où est Khady?", m'enquis-je, écarquillant les yeux. Une ombre de panique passa sur le visage de mon père tandis que ma mère, bouleversée et accrochée à mes habits neufs, pleurait doucement. Je sentais qu'on me cachait la vérité. Une vérité douloureuse. Le vieil homme, que je reconnus comme étant le vénérable Thiemo Baba, l'Imam de la mosquée, hocha la tête et se leva: "Dieu soit loué! Je reviendrai vous voir à la nuit tombée... Qu'Allah vous ait en sa sainte garde" . Chacun remuait en son for intérieur des souvenirs ou des remords. Un silence de plomb s'abattit sur la maison. Les vaches parquées dans l'enclos, les baudets attachés et les cabris, comme sensibles à l'atmosphère de la maison, restaient de marbre... Je me sentais ridicule. J'en voulais à mes parents. Pourquoi ne m'expliquaient-ils pas? "- Où est Khady", répétai-je avec hargne. Mon père sursauta : "- Elle n'est pas loin. Elle est allée rendre visite à ses copines... En attendant, on va faire un tour. Je te montrerai notre champ et notre bétaiL." . 15

Nous empruntons côte à côte le chemin de la brousse. Nous sortons du village, croisant ça et là des hommes et des femmes de retour des champs du Diéri. "Yo Alla beydou sou/aura... "... Partout des arbres rabougris, l'herbe s'étendant à perte de vue. Au loin de lourds nuages annonciateurs de pluies torrentielles chevauchent des collines et des montagnes millénaires. De part et d'autre du chemin, des troupeaux de vaches, de moutons et de chèvres, repus, se roulent à même le tapis de verdure. Panorama paradisiaque. Récompense et clémence du Seigneur. Brusquement les champs, fierté des cultivateurs. Le fruit de deux mois de peines et de courbatures. Je regardai émerveillé les délicates tiges de petit mil se tordre gracieusement au rythme du "zéphyr". Mais longtemps encore, le souvenir des fleuves taris, des puits à sec, de la "chemama" craquelante et des os blanchis du cheptel mort, hantera les esprits de ceux qui ne vivent que de l'eau venue du ciel. Longtemps encore le va-et-vient espacé des camions frappés d'un croissant, rouge comme le sang du pauvre, rappellera aux hommes que la crue et l'averse restaient leurs meilleures bourses ici bas. "- Voici notre champ!", s'exclama mon père. Je souris tristement. Ici avait commencé ma jeunesse. Ici avait commencé mon histoire. Je ressassais avec amour quelques bribes de mon passé. Du temps où, enfants, sous le regard vigilant de notre père, nous nous échinions, moi et mon frère, à tirer sur la houe.

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Tout cela, cependant, était de l'histoire. L'histoire d'un homme victime des coups bas de sa vie. Un homme sur lequel le temps s'était acharné... Mon regard errait au-delà des limites de notre champ. Douze ans que mes pieds n'avaient foulé cette terre, que mon regard n'avait plus caressé ce paysage, ces cuvettes, ces ravins, ces "êre''',ces "mourtoodé" (variétés d'arbres). Douze ans pendant lesquels je n'ai fait que subir les ingratitudes de la vie d'homme. Je retrouvai pourtant instantanément les nobles gestes des rudes cultivateurs. Décrochant une houe, je me lançai à l'assaut de la mauvaise herbe. Et mon père, au comble de l'émotion, fit de même. Ahanant, suant, nous sarclâmes jusqu'à la tombée de la nuit. Alors père se redressa fièrement et me prit par la main: "- On arrête. Tu n'as pas oublié. Maintenant nous rentrons car il se fait tard et nous devons assister au retour du troupeau... il me regarda et ajouta: de ton troupeau". Cette phrase me fit sursauter. Brusquement mes souvenirs revinrent au galop. "De ton troupeau", avait dit mon père. En effet, je suis devenu son seul héritier car mon frangin s'était bêtement tué dans un accident de voiture le jour même de mon "retour". Pauvre frère, jamais plus il ne se recueillerait, assis sur le bord de la rivière, au chant du "booloumbal"; jamais plus il ne s'émerveillera devant la plongée fantastique de "Hamma Yeroowel" (variétés d'oiseaux) repêchant le "Danga" de sa mère, ni ne suivrait le retrait vers les zones arides des "hordes" de "N'daw" .,. Le coassement d'un crapaud et la complainte d'un pigeon voyageur annonçant la fin du jour me ramenèrent à des 17

réalités plus terre à terre et me rappelèrent que, même vivant, j'étais l'un des hommes les plus malheureux de
cette vallée de larmes. Ma gorge se dessécha et je ravalai péniblement un nouvel accès de sanglots. "Allah est miséricordieux. Grâce lui soit rendue. Mon fils, il faut que je te dise la vérité. Le jour de ton retour tu es tombé malade. Très malade. Il y a de cela six lunes...". Six lunes avait dit mon père. Six mois pendant lesquels j'avais végété dans l'inconscience. Pourquoi, comment était-ce arrivé? Comment étais-je devenu fou? Qu'avais-je fait durant tout ce temps passé dans les ténèbres et la brume?... La nuit était noire. Les étoiles, masquées par de gros nuages, apparaissaient rarement dans un ciel zébré d'éclairs. Au dehors, le grondement du tonnerre, le beuglement des vaches et le chant des crapauds empêchaient mon esprit d'aligner des souvenirs cohérents. Des salves assourdissantes de musique rap, saccadées, répétitives, assaillaient mes tympans. Quelques gosses du voisinage, heureux vacanciers, faisaient la fête. Leurs cris de joie et le piaillement de quelques filles faisaient grommeler les vieilles gens tirés de leur train de vie habituel. Dans le noir de la chambre, le silence restait opaque, palpable et seuls les soupirs de Khady, allongée à mes côtés, coupaient de temps à autre la monotonie. Ma femme... Le talisman de Thierno Baba, pendu à mon cou, me tirait petit à petit vers un sommeil peuplé de cauchemars. *** 18

C'ÉT AIT le matin. Il faisait beau temps. Pas celui des Européens mais le nôtre. Le ciel était couvert de gros nuages, le tonnerre grondait dans le lointain et de fines gouttelettes de pluie tambourinaient gaiement sur le chaume des cases et le zinc des maisons semi-modernes. J'étais couché. Propre, rasé et frais. Je parcourais du regard l'album-photos tandis que mon "engin", dernier cri de l'électronique, diffusait agressivement la voix de Baba Maal. Wandama. L'éclatement de la percussion, le son cinglant des guitares et de la batterie, mêlés aux vibrations du synthé, achevaient de me propulser loin, très loin, dans une galaxie de l'insouciance. L'univers des rêves et des souvemrs. Khady, de temps à autre, faisait irruption dans la chambre, se préoccupant de mes désirs: une tasse de café, une assiette de couscous au lait, un verre de thé. Elle s'asseyait à mes côtés, respectant mon silence; un silence lourd d'incompréhension, de remords et de doute.

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