//img.uscri.be/pth/5b137244bfb9fe1b0b8cd6a164e246e0ba4df111
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 17,74 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Le royaume de Swaziland

296 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1992
Lecture(s) : 203
EAN13 : 9782296269842
Signaler un abus

LE ROYAUME DU SWAZILAND Un Etat dans l'Afrique du Sud

Du même auteur:

- Techniques d'impression à coats modérés Le GRET, Paris, 1986

- Pratiques

de communication Le GRET, Paris, 1987

et développement

- Alexis, mort et vie d'un enfant (Aliette Gruget)
Le Cerf, Paris, 1990

@

L'Harmattan,1992 ISBN: 2-7384-1456-7

A Jérôme

AFRIQUE

AFRIQUE

AUSTRALE ...

.\. "\

,.

\..,..,. c'

.'j
..

\

i

,

ZAIRE

(.'
j
l

"

\..
;

T

"'''ZANIE

!
(!

, ;;

,

!.""!"~"!_.
ANGOLA

{

""'.,.

;,.-1... t~ ! :. "'.'" .,., '.'. .,'-. "'-'-'-'-"'. .'.'j::::' .,)."".' ,...~~~.~- H_. ;. -oP
'

i i i

'. \ i
ZANIII

,
,.,

i~;.

.' ~; ~i
~

{C '~ " ~.
~

,

" .'

IIAMI8I1!

i
j

i j Windhoek

' ".\0.,_
BOTSWANA

, ZIMBABWE ;,
... !

~

t.'

.!

r-j

1-~

k i ...

G_~.,'
j-',..!

i~

.-"0. ,.,., ... ~

i '-:

OCEAN INDIEN

~

'

'\

T_';'~-

!
"'-.,...';
OCEAN
ATLANTIQUE

! ï',.,." Jo~nnHburv. .

~~ SWAZlLANO~
.,.LESOTHO \"'Ma~N ,.,.-'

.",.,.

! MaPUIO

I
o

N

AFlUQUE DU SUD

f
500
km

4

Aliette de COQUEREAUMONT

-GRUGET

LE ROYAUME DU SWAZILAND
Un Etat dans l'Afrique du Sud

Editions L'Harmattan
5-7 me de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

CARTE GENERALE DU SWAZILAND
Frontières nationales Attractions touriStiques _.!:::'''~,-Limites de districts

'J "V--;'"

-~

Source ;"The Review of Commerce, and Industry", 1987 publiée par BXT Directories (Swaziland), Ltd, P.O.Box 2299, Manzini, Swaziland

6

Sommaire
Lexique...... .... ........ ..........
9 12 13 13 14 15

Abréviations. ..... ...... .... ... .... ...... Liste des cartes.............................................. Liste des encadrés............................................ Liste des rois swazi les plus récents...................... Introduction

.........................

Premier chapitre Où l'on visite une drôle dl Afrique ........ Atterrissage à Matsapa - Manzini-Ia-Fleurie- En route pour
Mbabane - Le village royal de Ludzidzini - Du bon usage du Swaziland par les touristes sud-africains - Mbabane, ses marchés, ses supermarchés, ses banques, ses ministères et ses guerriers

17

Deuxiè~e chapitre Les deux visages du sibaya 35 Du rififi à Manzini - Quelques jours à Ntfondjeni Au sibaya de l'amour L'évidence de l' Occident L'ascension - L'appel de Nsoko - L'évidence de la Tradition - Au sibaya de la mort
~

Troisième chapitre Où l'on assiste à la construction

du royaume swazi..............................
Sobhuza 1er et ses hommes s'installent à Shiselweni - Ils s'enfuient vers le nord - De la notionde clanà la notion d'Etàt : le pouvoir centralse consolide - Face auxZulu, aux Boers et aux Anglais

81

7

Quatrième chapitre Où les Européens entrent en scène 111 Les Afrikaners redressent la tête -Au Swaziland, l'autorité centrale s'affaiblit - La conquêtepar les concessions - Un
marché extravagant Comment une administration blanche se met en place - Une classe salariale est créée de toutes pièces Vie et mort des syndicats Cohabitation à la mode swazi

-

-

-

Cinquième chapitre Où l'on parle politique
Un jubilé de diamant: on fait plus ample connaissance avec le héros du jour - Flash-back sur les «annéesroyalistes» Le Lion est mort, vive l'Eléphante - 1982-1986:eroyaume l

151

traverse les eaux troubles de la régence - Un nouveau roi lui est donné -MwsatiIlls' avère être bien le fils de son père

Sixième chapitre Où souffle le vent de Pretoria 187 Où l'on découvre l'image de ce qu'aurait dO être un «bantustanréussi» - Le pragmatisme de «l'Affreux» de la région Septième chapitre Où se dessinent les traits d'une économie 213
DrÔle de structure pour une économie nationale! Et le gouvernementdans tout cela? Quel développement? - Quel niveau de vie? - D'un secteur à l'autre

-

-

Annexe I : Le Swaziland et l'ANC Annexe II : Les partis politiques et les syndicats Annexe III : Mémento Annexe IV : Les médias Annexe V : Les Eglises .......... ... Annexe VI : Le systèmejudiciaire .. .....

.

261 263 266 275
277

279

Bibliographie

... 281

8

Lexique
(les mots suivis d'un * figurent dans le lexique)

afrikaans: langue des Afrikaners* Afrikaner: (ou Afrikander) Blanc natif du continent africain, d'origine hollandaise bakaNgwane : le peuple de Ngwane (Ngwaneétant le nom d'un roi swazi) bantustan: réserve pour Noirs, enclavéedans l'Afrique du Sud, dotée de l'autonomie et parfois de l'indépendance Boer: nom ordinaire des Afrikaners utilisé dans le patois local emabutfo : pluriel de libutfo* emajaha : régiments qui ne se réunissent qu'en des occasionsexceptionneles

emalangeni: puciel de Iilangeni* emaSwazi : pluriel de Swazi, les Swazi homestead: la plus petite unité territoriale, familiale, sociale et politique. Ensemble de huttes ou de maisons d'habitation abritant une famille étendue lncwala : cérémonie nationale annuelle des «Premiers fruits» indvuna : conseiller et, dans le contexte d'une entreprise, médiateur entre employeuret employés(pluriel: tindvuna) inhlawulo : forme de dédommagement, en bétail, dQ par un homme au père d'une jeune fille qu'il a mise enceinte sans en être l'époux inkundla : conseil régional (pluriel: tinkundla) 9

insila : «frère de sang» du roi inyanga : médecin traditionnel iphephezela : drapeau blanc hissé au-dessus d'un homestead * qui a de la bière traditionnelle à vendre khonta : terres attribuées à un jeune marié par le chef local. A l'origine, la signification était plus génerale : liens d'allégeance prêtée à un chef ou au roi, qui impliquent des obligations des deux côtés; en l'occurence celles, pour le jeune marié, d'exploiter les terres reçues kraal: enclos à bétail, en afrikaans* (sibaya* en siSwati*). Souvent utilisé pour désigner le homestead* dans son ensemble. Exemple: le kraal royal équivaut au village royal libandla lwaka Ngwane ou libandla: conseil national swazi (équivalent du pitso chez les Sotho) libutfo : régiment permanent stationné dans un village royal (pluriel: emabutfo). Egalement membre d'un régiment lilangeni: monnaie locale liqoqo..: conseil consultatif restreint de la monarchie lobola : «prix» de la mariée, sorte de dot dOepar le marié au père de la mariée luselwa : fruit sacré, symbolisant le premier fruit de la saison, goOté par le roi à l'occasion de }'Incwala* lusendvo : conseil familial lutsango lwaka Ngwane : organisation nationale des femmes

mekeza : chant destiné à exprimer la douleur de la mariée qui quitte son clan Ndlovukazi : éléphante, nom donné à la reine mère du Swaziland Nkulunkulu : Dieu créateur Ngwenyama : lion, nom donné au roi du Swaziland sibaya: enclos à bétail, interdit d'accès aux femmes, mais aussi le lieu de certaines cérémoniesrituelles, mariage et rites du passage à la puberté. Celui du village royal est souvent le lieu de réunion du liqoqo sikulu : chef traditionnel 10

simemo : danse intégrée à la cérémonie du couronnement sisa : pratique consistant à confier du bétail à une famille qui en assure la garde en échange de la fumure et du lait siSwati : langue parlée par les Swazi 1ibiyo : fonds nationaldestiné, au départ, à recevoir les royalties minières. Base financière de la monarchie swazi tindvuna : pluriel d'indvuna* tinkundla : pluriel d'inkundla* tinsila : pluriel d'insila* tisuka : fonds constitué par les royalties minières tjwala : bière traditionnelle trek: migration, en afrikaans* trekker: pionniers du trek* ukujama : méthode naturelle de contrôle des naissances umhidvo : porridge de maïs sucré, consommé surtout le matin un-swazi: «non-swazi»,contraire à la tradition swazi volksraad : parlement boer*

Orthographe des noms africains
Les noms de personnes et de lieux les plus connus ont été orthographiés selon l'usage courant dans la littérature anglophone. Les noms communs et adjectifs sont écrits sans «s» au pluriel ni «e» au féminin; on a préféré retenir le préfixe qui, en siSwati, la langue des Swazi, marquele pluriel. Ex: un lilangeni, des emalangeni (l'unité monétaire locale).

11

Abréviations
ANC ACR BAD BLS CEE FIDA INM
African national congress (Afrique du Sud) Africa Contemporary Record Banque africaine de développement Botswana Lesotho Swaziland Communauté économique européenne Fonds international de développement agricole Imbokodvo national movement Individual tenure farm ITF MNR Mouvement national de résistance (Mozambique) NAMB National agricultural marketing board NIDCS National industrial development corporation NNLC Ngwane nationalliberatory congress OMS Organisation mondiale de la santé ONU Organisation des Nations unies OUA Organisation de l'Unité africaine PTA Preferential trade area (Zone d'échanges préférentiels) RDA Rural Development Area RMA Rand monetary area (Union monétaire rand) République sud-africaine RSA SACU Southern african customs union (Union douanière) SADCC Southern african development coordination conference (Conférence de coordination pour le développement de l' Afrique australe) SASOL South african coal, oil and gas corporation SATS South african transports services SEDCO Small enterprises development company SIDC Swaziland industrial development corporation SNL Swazi nation land SWAKI Swaziland Kirsh industries SWALIMO Swaziland liberation movement SWAPO South west african people's organisation (Namibie)

12

Liste des cartes

-

-

-

-

L' Afrique L'Afrique australe Le Swaziland Grandes régions topographiques L'arrivée des Nguni Naissance de la nation swazi Le Swaziland au temps du roi Mswati Les concessions européennes en 1887 .. Les «Terres de la nation swazi)tde 1909 à nos jours Les chemins de fer au Swaziland Projets routiers et ferrés de la SADCC ... . Infrastructures touristiques Réseau aérien de la compagnieswazi Cliniques et hÔpitaux

4 4 6 20 82 85 107 118 131 195 201 258 272 273

Liste des encadrés Un rituel qui sert de fondement au pouvoir royal : la cérémonie de l'Incwala 90 - 2: Les républiques boers en quelques dates 101 - 3: L'Etat sud-africain en quelques dates 126 - 4: Etat des grèves au Swaziland de 1963 à 1966 139 - 5: Les institutions politiques 145 - 6: Les transports, clé de la dépendance 198 - 7: Le Swaziland et les sanctions économiques contre Pretoria 204 - 8: Origines de l'aide au développement 208 - 9: L'emprise de l'Afrique du Sud (balance économiqueet commerce en 1987) 214 - 10 : Les échanges régionaux en 1982 216 - Il : Une arme sans équivalent: les permis de transport routier 218 13

- 1:

- 12 : La brève - 13

- 14 - 15 - 16 - 17

- 18
- 20
- 21
- 22

- 19

- 23 : Un pays qui n a pas de paysans sans terres
I

aventure des industries chimiques du Swaziland ou comment l'Afrique du Sud traite la concurrence industrielle : Revenus gouvernementaux : Le Tibiyo et les capitaux étrangers dans l'économie swazi : Valeur des principales exportations : Toujours pas d'autosuffisance en maïs : PIB : L'Union douanière, un bienfait mitigé : Qualité de la vie en Afrique australe : Revenus en Afrique australe : Le Swaziland et le sida : Le sucre

219 221 223 226 .230 232 234 238 241 244 247

- 24 : Utilisation
-

250
252 254 256 268

des terres - 25 : Population bovine 26 : L'eau et le pouvoir 27 : L inflation

-

I

Liste des rois swazi les plus récents

- Ngwane III* (arrivé à Shiselweni en 1750, mort en 1780) - Ndvungunye (mort en 1815) - Sobhuza I (intronisé en 1816, mort en 1836) - Mswati II (intronisé en 1840, mort en 1868) - Ludvonga II (mort en 1872) - Dlamini IV (Mbandzeni) (1855-1889, intronisé en 1875) - Ngwane V (Bhunu) (1876-1899, intronisé en 1894)
- Sobhuza II (1899-1982, intronisé en 1921) - Mswati III (1968, intronisé en 1986) * J .S.M. Matsebula, A history of Swaziland, cite comme première date importante pour le royaume: «1550 : les Bembo-Nguni s'installent au pied du Lubombo», p. 123. 14

Introduction

Avant de lancer le lecteur à la découverte des Swazi, de leur histoire et de leur vie politique et économique, accompagnons-le dans une sorte de visite guidée du pays. De montagnes en ravines, de villes en villages, le premier chapitre est une peinture, en touches légères, du royaume du Swaziland. Sans prétendre à l'exhaustivité, ces premières lignes veulent «mettre dans le bain» en présentant, au hasard des rencontres faites au cours d'un voyage entre les deux principales villes du pays, quelques traits de géographie physique et humaine, quelques particularismes liés à l'insularité d'un royaume noir pris dans le tourbillon d'une Afrique du sud où règne encore l'apartheid. Pour parler ensuite de la société swazi et des traditions, j'ai préféré le mode romanesque, dérogeant ainsi aux conventions qui président à l'écriture d'un livre présentant les réalités d'un pays dans son ensemble. Il est en effet des choses que «seul un roman peut découvrir», dit Milan Kundera. C'est un mode littéraire sans équivalent lorsqu'il s'agit de parler de l'homme et de décrire la vie sociale en un lieu et une époque donnée. Ainsi, le second chapitre - «Les deux visages du sibaya» - met-il en scène quelques

personnages représentatifs de la société swazi, au cours des années 80. Qu'importe que l'intrigue soit fictive; les hommes et les femmes, eux, sont vivants. Comme dans ces lignes, ils souffrent, ils aiment, ils pensent et ils ont peur, ils dansent et ils chantent aussi, aujourd'hui, quelque part à l'autre bout de l'Afrique. Ils sont pris dans des situations absurdes et inextrica15

bles liées à la réalité d'un systèmejuridique et de conventions sociales qui ne sont pas prêts de disparaître. J'ai composé ces «héros,.à partir de Swaziquej'ai connus, en brouillant seulement quelques pistes. Au cours des chapitres suivants, on remonte dans le temps et on franchit les frontières, on marche dans les pas des guerriers zulu qui terrorisèrent la région, dans ceux des Anglais et des Afrikaners qui colonisèrentl'Afrique du Sud. Ceci afin de mieux saisir laréalitéhistorique, politiqueet économiquedu Swaziland, tant il est vrai que l'on ne peut aborder l'ilot sans avoir parcouru les mers qui l'entourent. L'étonnantsystèmepolitiqueswazi, les relationsdu royaume avec Pretoria et les grandes lignes de la vie économiqueont été analysés à partir d'une littérature anglophone abondante, venue compléter une connaissance acquise sur place au cours d'une année et demie passée au Swaziland. Je tiens à exprimer maprofondegratitude à Nomathembaet Musa Dlamini, Reunicia Shabalala, Happy Shabangu et tant d'autres, qui m'ont donné le goût de ce pays etm'ont appris à le connaître; à Rosenn Barrett égalementqui, après mon départ du Swaziland, a recensé pour moi la presse swazi pendant près de

quatre ans et

a:

procédé à de nombreusesautres recherches

documentaires; à Michel Sauquet, Eric et Jeanne Makédonsky pour leurs critiques de fond et de forme si patientes et si pertinentes; à Scott Reid enfin, qui m'a offert certaines de ses
photos du Swaziland exposées à Indigilisi Gallery (à Mbabane).

En partant ainsi à la rencontre du Swaziland, le lecteur se verra ouvrir une porte d'entrée inhabituelleà la connaissancede l'Afrique du Sud et, plus généralement~de l'Afrique australe.

16

Premier Chapitre

Où l'on visite ((une drôle d'Afrique»

Atterrissage à Matsapa - Manzini-Ia-fleurie - En route

pour Mbabane - Le village royal de Ludzidzini - Du bon
usage du Swaziland par les touristes sud-africains - Mbabane, ses marchés, ses supermarchés, ses banques, ses ministères et ses guerriers

Atterrissage à Matsapa
En quittant l'aérodrome Jan Smuts de Johannesburg, le petit avion des Royal swazi national airways pique plein est. Dès lors, il ne lui faut pas une heure pour atteindre Matsapa, l'aéroport .international du Swaziland . Avant d' Yatterrir, il survole la chaine du Drakensberg qui déchire le nord-est de l'Afrique australe. C'est là, sur ses flancs orientaux, que se niche le royaume du Swaziland, presque entièrement cerné par la république d AfriI

que du Sud. Cerné, ill 'est au-delà de la réalité géographique, et ce ne sont pas les quelques dizaines de kilomètres de frontière avec le Mozambique,au nord-est, qui peuventoffrir une alternative à la pression de l'étau sud-africain. Au reste, le Swaziland, un des Etats les plus conservateursde la région, s'est montré en général assez réticent à l'égard du gouvernement marxiste du Mozambique. Elles sont vertes, ces montagnes, en cet automne austral et le survol du nord-ouest du pays laisse une impression de 17

fraîcheur, presque de luxuriance. Quels contrastes entre les divers systèmes d'exploitation des sols! Les immenses plantations de pins et d'eucalyptus de l'Usutu, comme parfaitement enrégimentées, qui couvrent ces hauteurs se brisent soudain en une infinité de champs de maïs aux dessins et aux dimensions les plus variés. Au loin, sur les flancs évasés de la vallée de Malkerns, ce patchwork laisse à son tour la place aux formes géométriques de plantations: des ananas et des agrumes. Les propriétaires de ces grands domaines sont le plus souvent étrangers. Ce sont des Anglais ou des Sud-africains. Bien que le Swaziland soit toujours resté une entité géopolitique distincte, les Anglais, attirés par la richesse des terres et les promesses du soussol swazi, avaient exproprié au début du siècle les deux tiers du pays et non ses moindres parties quant à la qualité du sol. Le souci de racheter ces domaines pesa tout au long du siècle de façon déterminante dans les relations du royaume avec Pretoria et les autres Etats de la région. A l'intérieur aussi, ces expropriations devaient marquer définitivement la société. Deux tiers du territoire à racheter: quel formidable moyen d'ascension pour qui pouvait payer! Quelques rares Swazi, des hommes politiques surtout, devinrent ainsi de grands propriétaires terriens. Mais le premier acquéreur fut la monarchie, grâce aux royalties minières accumulées sur un fonds, le Tibiyo*, non soumis au contrôle du gouvernement. Aujourd 'hui, environ 60 % du pays se trouvent ainsi entre ses mains. Une part de ces terres, appelées «Terres de la nation swazi», est mise à la disposition de la société autochtone selon un système d'exploitation de type féodal. L'aérogare de Matsapa est à l'échelle du trafic aérien: un bâtiment de taille modeste conçu pour recevoir une vingtaine de vols par semaine. Elle est propre et coquette. Les plate-bandes qui bordent le parking sont fleuries, les pelouses parfaitement entretenues: soixante quatre ans de protectorat britannique, ça marque! Terrains de golf, constitution de type Westminster et conduite à gauche font aussi partie de l'héritage laissé par le Royaume-Uni en 1968, date à laquelle le Swaziland a accédé à l'indépendance. 18

«Arrivée des passagers». Le voyageur se sent soudain étonnammentabandonné,livré à lui-même. Drôle d'Afrique... Il n'attire ici aucunprédateur, et pour cause: pas de changeau noir puisqu'un rand sud-africainvautun lilangeni*, la monnaielocale; par ailleurs, il n'y a guère que deux chauffeurs de taxis qui somnolent dans leur voiture en attendant l'un de ces huit vols hebdomadaires en provenance de Johannesburg. Le prix de la course sera singulièrement élevé mais il est affiché au compteur - qui fonctionne! Pas question de marchander.
Nous sommes au coeur goographiquedu royaume. Quelques heures de voiture suffisent pour gagner tout point de la frontière. Où que l'on soit dans ce pays, on se trouve toujours à moins de soixante kilomètres de la république d'Afrique du Sud. Avec ses 17 365 km2, soit le double de la superficie de la Corse, le Swaziland est, après la Gambie, le plus petit Etat du continent africain. Malgré sa taille, le pays offre une grande diversité de reliefs, qui s' ordonnent en quatre larges bandes, d' orientation nord-sud. Ce sont les prolongements des formations topographiques du Transvaal et du Natal. Les hauteurs occidentales survolées en arrivant de Johannesburg, couramment appelées highveld l, s'affaissent vers l'orient pour devenir une large plaine de basse altitude: le lowveld. Entre ces deux régions, le middleveld est une zone de collines et de larges vallées qui drainent les eaux d'un réseau hydrographique très dense. La direction générale de ce dernier défie la logique de l'ordonnance topographique: nées dans le Transvaal ou dans les hauteurs occidentales du Swaziland, trois grandes rivières se précipitent vers l'océan Indien en coupant de façon transversale la chaine du Lubombo qui, à l'est, clôt le pays de son formidable abrupt rectiligne. Au-delà de cet austère rempart naturel, le Mozambique et un petit bout de la province sud-africaine du Tsongaland séparent le Swaziland de

1 «Veld" est un tenne de la langue afrikaans* qui se réfère, à l'origine, à la végétation (savane arbustive) 19

Grandes régions topographiques
OUEST
HIGHVELD I I MIDDLEVELD I LOWVELD

EST LUBOMBO I I

..

N

t

I
20

HighY8ld Mid dl8V8ld

(l862m - 105Om) (1050m- 300m)
(300m (750m

LOWV81d Lubombo
.

-

150m) 500m)

Pluies : 1000 à 1500mm annuelles 760 à l000mm 500 à 750mm 760 à 880mm

d'après:

"Atlas du S'Naziland"

l'océan Indien et le privent ainsi d'un accès à la mer. Ses rives sont à moins d'une centaine de kilomètres.
Le climat présente les mêmes différences saisonnières qu'en . Europe, l'ordre y est seulement inversé, l'hiver du Swaziland correspondant à notre été. A latitude équivalente, pourtant, la température moyenne .estici moins élevée que dans l'hémisphère boréal. Contrairement au Lesotho, situé à peine plus au sud, où les cimes qui se dressent à plus de 3 000 mètres sont couvertes de neige à certaines périodes de l'hiver, au Swaziland, les contrastes de température sont moins forts, d'une saison à l'autre, qu'ils ne le sont dans l' hémisphère nord: les vents froids deS alizés, qui soufflent du sud pendant l'été austral, diminuent la chaleur, alors qu'en hiver des vents équatoriaux réchauffent le pays. Comme ce sont les alizés sud-est qui apportent l 'humidité fournie par l'océan Indien, il pleut surtout en été, de décembre à février.

Le relief modifie sensiblementles conditions climatiques d'une région topographique à l'autre. En allant du tempéré en altitude au subtropical, elles ont déterminé quatre grandes régions écologiques et des vocations agricoles très contrastées. Celles-ci vont d'une agriculture pluviale traditionnelle à la sylviculture, en passant par la culture de rente et l'élevage. Tant
de diversité ne pouvait qu attirer la convoitise des colons qui, au siècle dernier, étaient partis à la conquête de cette région. Aujourd'hui, les Blancs de nationalitéswazi d'origine anglaise et hollandaise - représentent quelque 2 % de la population totale de 676 100 habitants (1986) 2.
I

-

Manzini-La-Fleurie

A une dizaine de kilomètres de l'aéroport, Manzini est, avecplus de 30 000 habitants, la ville la plus importantedu pays.

2 Population résidente; la population totale s'élevant à 710 000 habitants 21

C'est ici qu'un embryon d'administration coloniale se constitua en 1885. Un Anglais établit alors un petit magasin à côté du village royal de Mbekelweni, sur un terrain dont le chef swazi s'appelait Manzini Motsa, et un petit hôtel ne tarda pas à voir le jour près de la tente du commerçant. En 1890 le premier gouvernement blanc, constitué d'Anglais et de Boers *, ces colons d'origine hollandaise, y installa son quartier général. Une dizaine d'années plus tard, les Britanniques faisaient du royaume un protectorat. Manzini est une ville étendue, verte et fleurie, dont les rues bordées de jacarandas ont été tracées au cordeau. Le climat y est chaud, relativement humide, et la végétation est de type subtropical - nous sommes à 500 mètres d'altitude environ. Dans les rues et les nombreux magasins bien approvisionnés, Noirs et Blancs se côtoient. Le Swaziland est un état multiracial; ici, pas d'apartheid. Aux abords de la gare routière où convergent les innombrables autobus - seul moyen de transport en commun du pays -, les rues sont animées. Faciès, statures et couleurs de peau témoignent des origines diverses des trois groupes bantous qui constituent l'actuelle nation swazi. Arrivés du nord à différentes époques et par des sentiers détournés, Nguni, Sotho et Tsonga forment néanmoins aujourd 'hui un peuple territorialement, linguistiquement, politiquement et culturellement homogène. Cette unicité est un atout considérable dont bien peu de pays africains peuvent s'enorgpeillir. Il n'a commencé à être question des emaSwazi*, terme qui regroupe tous les clans confondus, qu'à partir de Mswati, ce chef de la famille nguni des Dlamini qui étendit et renforça l'autorité de la monarchie au milieu du XIXème siècle 3. A la fin de ce règne, les Nguni constituaient 70% de l'ensemble et les Sotho, qui étaient déjà sur les lieux à l'arrivée des Nguni, n'en représentaient que 25 %. L'assimilation des Sotho fut pacifique et efficace; en l'espace de deux générations, les chefs de leurs clans les plus puissants se virent confier des

3 Voir chapitre 22

III

tâches honorifiques de la plus haute importance, comme celle d'entretenir les tombes royales, fonction que le clan sotho Gama occupe encore de nos jours. La nation swazi est donc jeune. Et pourtant, profondes et stables sont ses traditions, forte et centrale fut sa position dans l'Afrique du sud-est au cours de la seconde moitié du siècle dernier. Tout en travaillant à l' incorp<:>rationde ses différentes composantes culturelles et à la centralisation du système politique

par les moyens les plus ingénieux, les rois Dlamini conquérants eurent à menerleur barque dansun contexterégionaltumultueux. Ce fut l'époque de la pénétration capitaliste liée à la découverte de l'or en Afrique du Sud, des luttes diplomatiques ou armées opposant Britanniques et Boers et des guerres de conquête de leurs frères ennemis, les Zulu. Dans les rues de Manzini, on parle plus fréquemment le siSwati*, la langue locale proche du zulu, que l'anglais, seconde

langueofficielle.Les deux grandsquotidiensnationaux4 sont
publiés dans les deux versions et dans toutes les écoles on enseigne ces deux langues. Lors des manifestationspubliques à caractère traditionnel et rural, les chefs locaux, les ministres, les deuxmonarques- le roi et la reine - s'expriment en général en siSwati. En route pour Mbabane Mbabane, la capitale administrativedu royaume, se niche sur les hauteurs du highveld. L'axe routier qui relie les deux grands pôles d'activité et de peuplement du pays est très
fréquenté. Il traverse en effet la région où se concentre l'essentiel de la population - sa densité de 40,7 habitants au km2 reste relativement faible, comparée à celle d'un autre petit pays comme le Burundi (158 habitants au km2). Le long de cette route, l'habitat est seulement un peu moins dispersé qu'ailleurs.

4

Times of Swaziland et Swazi Observer

23

Il n' y a guère que dans l'habitat que les traditions sotho et nguni témoignent encore des origines différentes de ces deux famillesbantou. Lorsque l'anthropologue Hilda Kuper arriva au Swazilanden 1934,les huttes nguni, nous dit-elle, prédominaient largements. Elles étaient construitescommedesruches rondes en jonc tressé et c'est encore dans des huttes vastes et hautes de ce type que continue de vivre aujourd'hui la majeure partie de la famille royale. Mais le style de construction sotho, mieux apte à recevoir des aménagements modernes, est maintenant le plus répandu: cesmaisonsrectangulairesont des murs de cIayonnages comblés de torchis et de pierres et, singulièrement,jusque dans les coins les plus reculés du royaume, leurs fenêtres sont pourvues de cadres de bois et de vitres. Le village royal de Ludzidzini Les quelques40 kilomètresqui séparent les deux grandes villes dévoilent assez bien les multiples facettes de cette «drôle d'Afrique». On quitte Manzini en direction du nord-ouest pour longer tout d'abord la vaste zone industriellede Matsapa, témoin d'un essor accéléré du capitalisme, qui a porté la part de la production industrielle à 25% du produit intérieur brut. Mais il ne s'agit à Matsapa que des industries légères; les monstres que sont les usines sucrières ou de mise en boîte d'ananas, les usines de pâte à papier ou de bois de construction sont installées aux abords des plantations, dans les montagnes pour le bois, le middleveld pour les ananas et les plaines du lowveld pour le sucre. L'université de Kwalusenin'est qu'à quelques kilomètres de là. Consacréeaux sciencessociales,elle fut créée en 1973pour répondre aux besoins, fortement ressentis par les dirigeants nationaux, d'africaniser l'administration. Après avoir offert, à l'origine, une infrastructure et des programmes communs aux

5 Hilda Kuper, Tile Swazi, p. 4 24

étudiants du Lesotho, du Botswana et du Swaziland, elle est maintenant spécifiquement swazi. Plus loin, à mi-route environ, se dresse la maison du Parlement, un bâtiment de construction moderne, qui est le symbole de l'indépendance du royaume. Construite en ces hauts lieux du pouvoir traditionnel en 1967 contre l'avis de l'Etat colonial britannique qui souhaitait l'édifier à Mbabane, devenu le siège de l'administration - elle abrite une chambre et un sénat, en partie choisis par le peuple au suffrage universel. Le pays dispose aussi d'un gouvernement, en bonne et due forme, mais le vrai pouvoir est ailleurs... Au pied des Mdzimba Mountains, en bordure du highveld, bat le coeur sacré du royaume. C'est là que se joue la vie politique. Elle tient entre les mains d'une petite élite gouvernementale, conservatrice et nationaliste, dominée par deux grandes figures: celle de Mswati, un jeune roi au beau visage enfantin et joufflu, qui n'avait pas dix-huit ans lors de son couronnement, et celle de la reine mère, Ntfombi. Les deux têtes de la monarchie constitutionnelle,l 'une de lion Ngwenyama* et l'autre d'éléphante Ndlovukazi*, ne sont pas des figures de proue symboliques. Le roi Sobhuza II, le père de Mswati, avait détenu pendant toute la période coloniale, et jusqu'à sa mort en 1982, un formidable pouvoir personnel qui s'appuyait surla reine

-

~

-

-

-

Dzeliwe 6 et deux conseilstraditionnels. Ces groupes de princes
et d' «ainés» incarnent la «Nation swazi» et le gouvernement n'est en fait guère plus qu'un organe administratif chargé de mettre en oeuvre les décisions politiques prises par la monarchie, bien que cette pratique ait parfois rencontré des résistances de la part de technocrates 7. La maison du Parlement dépassée, quand on poursuit sa progression vers Mbabane, on arrive à Lobamba, près duquel s'étend le nouveau village royal de Ludzidzini : un ensemble de

6 Voir note 6, chapitre V 7 Sobhuza Il, soucieux de contre-balancer le pouvoir de proches qu'il trouvait trop corrompus, a dailleurs, un temps, poussé sur le devant de la scène politique certains économistes intègres et éclairés. Voir chapitre V 25

plusieurs dizaines de vastes huttes rondes, en jonc, constamment transformées ou reconstruites, dont le nombre varie sans cesse. C'est là qu'en 1984 le peuple a commencé à préparer le règne du jeune Makhosetive, le successeur de Sobhuza II, mort deux ans plus tôt; le pouvoir était depuis entre les mains d'une des épouses du vieux monarque, devenue régente. Malgré l'existence du palais moderne de Lozitha, près de l'Université, la «Nation swazi» tint à respecter la tradition selon laquelle chaque souverain doit avoir son propre village royal. Elle s'employa à construire celui du nouveau roi, le futur Mswati III. Les Emabutfo*, ainsi nomme-t-on les régiments traditionnels de guerriers swazi, déposaient des joncs non loin de la résidence de Ludzidzini, tandis que des centaines de femmes appartenant au lutsango lwaka Ngwane, l'organisation nationale des femmes, apportaient les hautes herbes qu'elles avaient cueillies. Des jeunes filles avaient coupé des roseaux pour dresser des palissades brise-vent autour des grandes huttes royales; quelques régiments d 'hommes construisaient aussi leurs abris dans l'enceinte en cours d'édification. Le nouveau sibaya* 8 royal allait porter le nom d'Elusaseni. Ici devaient se succéder les cérémonies rituelles, rassemblant des milliers de Swazi en costumes traditionnels, qui mèneraient au couronnement célébré le 25 avril 1986. Si le lion tué dans la réserve naturelle de Hlane était un pur produit sud-africain importé pour l'occasion, il a bel et bien été sacrifié comme le furent naguère des exemplaires locaux de cette prestigieuse espèce. Dès novembre 1985, la branche religieuse du clan Ndwandwe était parti sur les traces de ses ancêtres chercher l'eau rituelle de l'océan Indien, afin que le futur roi puisse danser sa dernière simemo*, étape essentielle vers le couronnement. Ce jour-là, le festin n'avait pas été commandé chez Maxim's ou chez son équivalent sud-africain: boeuf bouilli et purée de maïs au menu pour tout le monde. Le jeune roi, fraîchement revenu de Londres où il avait fait ses études, avait troqué jeans et sweat-shirt contre plumes d'autruches et peau de

8 Le sibaya, ou kraal en langue afrikaans*, qui désigne l'enclos à bétail, est l'élément principal d'un village 26

léopard: noblesse oblige. En apparaissantdans une telle tenue à la tête de ses régiments royaux, il affirmaitde façon spectaculaire à son peuple et au mondel'attachement profond à la tradition que lui avait légué son père. Etonnante, cette enclave politique authentiquementafricaine, au coeur de l'apartheid! Elle a su maintenirdans le brasier austral un îlot de paix sociale et une relative stabilité politique. Grâce à un savant dosage de compromis avec le géant qui l'enserre, elle présente aujourd'hui les caractéristiquesessentielles d'un état multiracial et une certaine forme.d'indépendance, bien que de multiples nuances soient à apporter à ce tableau. Jusqu'au début des années quatre-vingt, envers et contre tout, le petit royaume noir a fidèlement exprimé son opposition à l'apartheid. Seules les convictionspersonnelles du roi Sobhuza II et ses talents achevésde diplomateont toutefois permis au pays de tenir un cap si difficile: Depuis sa mort, cette position a sensiblement évolué et les forces anti-apartheid, exilées de la république d'Afrique du Sudjusqu'en février 1990,n'ont bientôt plus trouvé au Swaziland le soutien qui leur avait toujours été accordé, tant s'en faut. Bien que sa situation géographique offre des avantages

dont le Swazilandsaitprofiter 9, il ne faitpas toujoursbon être
un petit Etat conservateur au coeurde l'Afrique du Sud. Un allié, aussi minuscule soit-il, vaut de l'or pour un pays mis au ban des nations. En exerçant des pressions économiqueset militaires sur le Swaziland ou en agitant des carottes sous le nez de ses dirigeants comme elle le fit au cours des années quatre-vingt, Pretoria avait plusieurs types d'objectifs. Il s'agissait d'obtenir des Swazi qu'ils s'opposent aux sanctions économiques contre l'Afrique du Sud réclamées par l'ensemble de la communauté internationale pour l'amener à démanteler l'apartheid; qu'ils

9 Par exemple, pour un investisseur étranger, s'implanter au Swaziland, membre d'une union douanière avec l'Afrique du Sud, c'est profiter du marché, des biens et des services sud-africains sans avoir les inconvénients politiques de vendre des produits portant le label d'une République au nom aussi décrié. Voir chapitre VI 27

cessent d'apporter leur soutien aux mouvements anti-apartheid, ou encore qu'ils matérialisent enfin une reconnaissance diplomatique avec le régime sud-africain. En général, Pretoria a fini par arriver à ses fins. TIavait fallu un homme fort comme Sobhuza pour que le pays restât sur la corde raide tendue entre les principes et la réalité économique. Mais les troubles d'une période de régence mouvementée, puis lajeunesse du nouveau roi amenèrent le royaume à basculer du côté des compromissions. Les liens avec Pretoria sont aujourd 'hui nettement plus étroits qu'ils ne l'étaient en 1981.

Du bon usage du Swaziland par les touristes sud-africains Si son grand voisin se montre parfois quelque peu pressant, c'est également parce qu'il apprécie bien d'autres avantagesde ce petit bout de Suisse africaine. Ainsi, le long de la route qui depuisLudzidzinimontevers Mbabane,se succèdent de superbes hôtels du groupe Holiday Inn, dont la plupart des clientssontsud-africains: sansdoute sont-ilssensiblesà la beauté des paysages swazi et de la faune... Ce sont eux qui créèrent au début des années soixante-dix, dans cette vallée d'Ezulwini, le premier casino du pays, lequel n'en compte pas moins de trois aujourd'hui. Très puritains, les tenants de l'apartheid n' autorisent pas de tels lieux de perdition chez eux! Situé sur cette route, l'hôtel-casino Royal swazi sun est un représentant type de l'art hôtelier sud-africain: plans d'eau, colonnes «antiques»et petits carreaux aux fenêtres dans le plus pur style versaillais. Il est la propriété de Sun international, dont les capitaux viennent de la République voisine. Cela n'a pas empêché la Conférence pour la coordination du développement en Afrique australe (SADCC) 10, organisation internationale de

10

SADCC, créée en 1981,regroupe l'Angola, le Botswana,la Zambie, le

Zimbabwe, le Mozambique, la Tanzanie, le Lesotho, le Malawi et le Swaziland, dans une tentative de réduire la dépendance de ces pays à l'égard de la RSA. Voir aussi chapitre VI p.193 28

résistance à l'hégémonie afrikanerdont est membrele Swaziland, d'y tenir son assembléeannuelle enjanvier 1985; mais quelques heures plus tÔt,un train swazise dirigeantvers le port de Maputo, au Mozambique, avait été attaqué par des opposants au régime mozambicain armés par l'Afrique du Sud. Le discours d'ouverture de la conférence prononcé par le premier ministre de l'époque, le Prince BhekimpiDlamini, sous les lambris dorés du Royal swazi sun, montra que la leçon avait été comprise: «...le royaume du Swaziland n'a d'autre choix que celui de coopérer» avec l'Afrique du Sud Il. Ainsi, le pays a-t-il marqué à de nombreuses reprises une volonté de mener sa propre politique régionale indépendammentde celledesautres Etats de la SADCC et de le faire de façon pragmatique. Juste avant d'atteindre Mbabane, la route devient tortueuse et ses abords sont verdoyants. Sur les flancs des Mdzimba Mountains, les eaux pluviales et le surpâturage conjuguent pourtant leurs forces érosives de façon dramatique. n y a au Swaziland plus de têtes de bétail que d'hommes et, à proximité du Kraal* royal où se concentre une part importante du capital bovin du pays, cette surpopulationse fait plus cruellementsentir. Quelques virages encore, avant d'émerger de la vallée
d'Ezulwini «paradis» en siSwati. Un dernier coup d'oeil en arrière. La vallée porte bien son nom. Lorsqu'elle n'est pas noyée dans la brume légère des aurores fratches, le paysage qui s'offre au regard s'étend jusqu'à la savane arbustive du plat lowveld. D'immenses étendues, aux terres et aux conditions climatiques ingrates, sont inhabitées et inhabitables; des troupeaux de bovins, gardés par de jeunes garçons désertant leur école, errent entre les buissons secs. A une cinquantaine de kilomètres vers l'est, se dresse le fantastique rempart de la chatne du Lubombo. C'est au pied de cette forteresse presque verticale qu'a été construite l'une des trois raffineries de sucre du pays, celle de Big Bend; elle a comme les deux autres ses propres plantations de canne, plusieurs

-

\I

Cité par Joseph Hanlon, Beggar your neighbours, p.91 29