Le sacré et le religieux

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296326491
Nombre de pages : 240
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Sous la direction de
Muriel LAHARIE
LE SACRÉ ET LE RELIGIEUX
Expression dans la psychose
Editions L'Harmattan L 'Hannattan INC
5-7,rue de l'Ecole-Polytechnique 55, rue Saint Jacques
75005 Paris Montréal (Qc) - Canada H2YPsychanalyse et civilisations
Collection dirigée par Jean Nadal
L'histoire de la découverte de la psychanalyse témoigne que
démarche clinique et théorie issues de champs voisins ont concou-
ru, par étayage réciproque à élaborer le concept d'inconscient, à
éclairer les rapports entre pathologie et société et à reconsidérer les
liens entre le malaise du sujet singulier et celui de la civilisation.
Dans cette perspective, la collection "Psychanalyse et Civilisa-
tions" tend à promouvoir cette ouverture nécessaire pour mainte-
nir en éveilla créativité que Freud y a trouvée pour étayer, repenser
et élargir la théorie. Ouverture indispensable aussi pour éviter
l'enfermement dans une attitude solipsiste, qui en voulant protéger
un territoire et préserver une identité, coupe en réalité la recherche
psychanalytique de ses racines les plus profondes.
Déjà parus:
Rêve de Corps, Corps du Langage, par J. Nadal, M. Pierrakos,
M.P. Lecomte-Emond, A. Ramirez, R. Vintraud, N. Zulli, M.
Dabbah
Oralité et Violence, par K. Nassikas
Emprise et Liberté, par J. Nadal, N. Rand el M. Torok, A. Eiguer,
R. Major, R. Dadoun, M.P. Lecomte-Emond, H. Ramirez
La pensée et le trauma, par M. Bertrand
Mot d'esprit, inconscient et événement, par M. Kohn
La diagonale du suicidaire, par S. Olindo-Weber
Journal d'une anorexie, par K. Nassikas
Le soleil aveugle, par C. Sandori
Ferenczi et l'école hongroise de psychanalyse, par E. Brabant
Lesfantômes de l'âme, par C. Nachin
Psychanalyse en Russie, par M. Bertrand
Freud et le sonore, par E. Lecourt
Pour une théorie du sujet-limite, par V. Mazeran et S. Olindo-
Weber
Ferenczi, patient et psychanalyste, Collectif dirigé par M. Ber-
trand
Le cadre de l'analyse, Collectif, colloque du Cercle freudien
La métaphore en psychanalyse, par S. Ferrières-Pestureau
L'expérience musicale. Résonances psychanalytiques,
par E. Lecourt
Dans le silence des mots, par B. Roth.
La maladie d'Alzheimer, "quand la psyché s'égare...",
par C. Montani.
Lire, écrire, analyser: la littérature dans la pratique psychanaly-
tique, par A. Fonyi.
(Ç)L'Harmattan,1996
ISBN: 2-7384-4680-9SOMMAIRE
. Avant-propos p.5
Muriel Laharie
. Point de vue p. 7
Max Cocoynacq
I - ENTRE DIEU(X) ET DIABLE(S) :
la folie surnaturelle et l'art
dans les temps anciens
. Noé géomètre ou l'origine de la mystique
des nombres p.19
Anne-Marie Deutsch
. Isis et Osiris p.33
Jean-Luc Guérin, Michèle Bareil-Gwfrin
et Claudine Delmon
. Opicinus de Canistris (1296-13 51)
était-il un mystique? p.47
Muriel Laharie
. Peintures d'Ex-voto et Images
de la Psychose p.59
Guy Roux
. Des risques pour la santé des actes impies:
les actes de vandalisme révolutionnaire
racontés par les prêtres de la presqu'île du
Cotentin sous le Second Empire p.69
Michel GuibertII - DE LA PSYCHOSE A LA MYSTIQUE:
le sacré et le religieux dans l'art singulier
à l'époque contemporaine
. La psychose, le sacré, le religieux et le
p.95surnaturel dans l'art lyrique au XIXe siècle
Jacqueline Verdeau-Paillès
. Religion et mysticisme chez Emile Zola p. 123
Patricia Ferron
. Artaud, psychosé interstitiel: des marges
p.131aux centres dispersés, une étude des cahiers
Jean-Louis Lampel. Le prophète Medardo Ramboni : un cas de
p. 153schizophrénie paranoïde
Drazen Neimarevic
. Le plancher de Jeannot p.157
Guy Roux
. Véronique: « J'peux pas voir Dieu en peinture» p.167
Yvon Morin
. A propos d'une crise religieuse: lien entre
religion, trouble de 1'humeur et alexithymie p.175
Véronique Gentil et François Granier
. L' élation p.195
François Granier et Véronique Gentil
III - VARIA
. L'écharpe d'Iris p.213
Françoise Dufay-Vuillemin
. A propos des défenses contre la dépression de
p.225deuil: des hallucinations aux rites funéraires
Jean-Gérald Veyrat et Bruno de Panafieu
. Le ça crée une écriture: à propos du Coran p.231
Youssef Mourtada
.. L'oeil frontal p.235
Bruno de PanafieuAVANT-PROPOS
Des possédés du démon aux « fous de Dieu », les rapports
entre le sacré (démoniaque ou divin), d'une part, la maladie
mentale et la mystique, d'autre part, n'ont cessé d'intriguer et
de soulever controverses, rejet et/ou enthousiasme.
Le psychotique, dont l'identité est profondément altérée,
est-il victime de forces destructrices qui le dépassent?
Certains malades sont en proie à un délire mystique; des
thèmes religieux sont souvent présents dans la névrose
obsessionnelle, les pathologies du narcissisme, les
manifestations hystériques... Peut-on aisément distinguer la
mystique pathologique de la mystique authentique, les
« faux» mystiques des « vrais» ? Et où se situe la liberté de
l'homme dans un univers à la fois naturel et surnaturel, dans
un monde qui produit des psychopathes criminels comme des
saints?
Etudier l'expression plastique, musicale ou poétique des
« fous» - que l'on appelle plutôt aujourd'hui des patients
psychiatriques - permet d'apporter des éléments de réponse à
ces questions ardues et passionnantes. De tout temps, en effet,
des thèmes religieux et mystiques apparaissent dans leurs
oeuvres et ils sont parfois même prédominants. Ainsi
s'esquisse, au-delà des spécificités liées à un contexte
socioculturel donné, une continuité dans les relations unissant
l'art et la folie, qui permet de parler d'« art singulier ».
5Les auteurs des articles qui suivent ont pour objectif
d'apporter leur modeste contribution à ces débats. Qu'ils
reçoivent nos vifs remerciements, en particulier ceux qui ont
participé aux Journées de Printemps de la Société Française
de Psychopatholorie de l'Expression, organisées par le
docteur Guy Roux et moi-même à l'Université de Pau et des
Pays de l'Adour, les 20 et 21 mai 1995, grâce à l'aimable
accueil de son Président, Claude Laugénie.
Puisse ce recueil de travaux susciter des réactions et des
réflexions, ouvrir quelques pistes, et encourager tous ceux qui
entreprennent ou qui continuent des recherches sur l'art
singulier.
Muriel Laharie2
J. Docteur Guy Roux. Neuropsychiatre. Président de la Société
Internationale de Psychopathologie de l'Expression. Président d'honneur
de la Société Française de Psychopathologie de l'Expression. Ces deux
Sociétés sont présentées à la fin du présent ouvrage (p. 238-239).
2. Muriel Laharie. Agrégée de l'Université. Docteur en Histoire du Moyen
Age. Maître de Conférences à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour.POINT DE VUE
Les recherches sur la genèse du sens du sacré ont entraîné
une multitude de définitions. Il est, en effet, difficile de
concilier les points de vue des ethnologues, des sociologues,
des historiens des religions, des philosophes et des
psychanalystes. Au prix de quelques simplifications et au
risque de laisser dans l'ombre bien des aspects de la question,
nous allons cependant tenter de trouver un fil d'Ariane pour
nous orienter dans ce labyrinthe.
De toutes façons, le sens du sacré correspond à une
structure fondamentale de l'homme. Parce qu'il a la certitude
plus ou moins consciente qu'il n'atteint jamais le fond des
choses, que la réalité la plus profonde lui échappe, qu'il est en
quelque sorte en dette envers elle, l'homme se met en position
d'humilité et invente le culte; même les « libres penseurs»
ont leurs rites.
Le sacré primordial
D'où pourrions-nous partir pour analyser le sacré
(primordial) ? D'un homme très ancien, transi devant le
spectacle grandiose et terrifiant des phénomènes naturels,
soumis à des événements imprévisibles, réconforté par la
bienveillance à son égard de la source, de la pluie, de certains
végétaux, affronté à la malveillance des plantes toxiques ou
des excès climatiques? En effet, n'y a-t'il pas de quoi se
7sentir dépassé, surclassé? N'y aurait-il pas une face cachée de
l'Univers, comme le remarque R. Girard? Des puissances
invisibles sur lesquelles l'homme n'a aucune prise, à moins
qu'il n'arrive à se les concilier?
Il y a « naissance du sacré» si l'on accepte de voir dans le
sacré tout ce qui nous surplombe et nous échappe, et qui
pourtant influe sur nos existences. Vis-à-vis de ce sacré,
l'homme éprouve crainte (terreur sacrée) et désir. Ce couple
crainte-désir engendre la vénération. A partir de là, le sens du
mot sacré s'élargit: il désigne les lieux où l'on pense entrer
plus facilement en contact avec cette force, les écrits qui la
révèlent, les personnes préposées au culte qu'on lui rend, les
objets utilisés dans le rite, les chants, les vêtements qui lui
sont liés.
Spontanément les hommes sentent qu'il convient, pour se
concilier la puissance dominatrice, de s'offrir à elle. Le rite va
signifier le don de soi-même par une offrande, celle d'un
substitut chargé de nous représenter. Ces substituts, qu'il
s'agisse de végétaux, d'animaux, ou même d'êtres humains
sacrifiés, vont devenir à leur tour sacrés.
Sacré et transcendance
Est sacré, pour chacun de nous, ce qui nous transcende,
c'est-à-dire ce qui se trouve à la fois en situation de nous
dominer, de peser sur nos existences et affecté d'un caractère
inaccessible à notre raison comme à notre pouvoir: puissance
extérieure, mystère, exigence du respect qui fonde un culte,
au sens large. Dans cette perspective, le sacré déborde
largement la victime émissaire et se rencontre hors du champ
religieux proprement dit: il y a, si l'on veut, un sacré civil, un
sacré « laïque ».
Le contraire du sacré est le profane. Or le profane est ce
qui se trouve «devant le temple », hors du temple, lieu du
sacré. Qu'est-ce qui est donc temple pour moi, le lieu que je
ne peux violer, où je ne peux entrer? Qu'est-ce qui me
8transcende? A bien y réfléchir, c'est vous, en tant que pour
moi vous êtes l'autre, un « sujet» sur lequel je n'ai pas de
prise et qui exige respect: territoire sacré!
A partir de là, on peut concevoir que beaucoup de réalités
sociales participent au sacré: la patrie ~le drapeau national (si
je le piétine, je commets un sacrilège) ~les droits acquis ~la
propriété privée ~ la sépulture... Les expressions «viol de
domicile », «viol de sépulture» renvoient - avec le mot
«viol », au caractère sacré du corps de l'autre, dont les lieux
sacrés sont le prolongement, comme les droits sont
l'expression de sa liberté. On n'en finirait pas d'énumérer les
réalités plus ou moins sacrées ou sacralisées ~ d'autant plus
que le sacré ne se pose pas seulement sur des objets, mais
qu'il peut aussi affecter des valeurs.
En définitive, objets sacrés ou valeurs sacrées se rapportent
à l'homme, parce que c'est l'homme qui est vu comme sacré:
l'homme en tant qu'il dépasse l'individu. Chacun de nous est
plus que lui-même, car, au-delà de chacun, il y a ce qui le
fonde: l'Autre, avec une majuscule, sacré par excellence. Et
vis-à-vis de l'Autre que nous appelons Dieu, nous retrouvons
la crainte, le désir, le culte sacrificiel, le rite.
La Bible contre le sacré
Or la Bible vient jeter le trouble dans le processus de
sacralisation. En effet, du début à la fin, elle désacralise les
réalités terrestres et cosmiques. Ainsi les objets que les
religions païennes considéraient comme des puissances
pleines de mystères (le soleil, la lune et les étoiles)
deviennent, dans le livre de la Genèse (chap. I), de simples
luminaires destinés à éclairer les hommes et à permettre le
calcul du temps. Pas de terreur sacrée devant la nature: tout
cela est « bon» et 1'homme est invité à le dominer.
La Bible ne distingue pas entre le saint et le sacré. Or Dieu
seul est saint ~par conséquent, si sacré il y a, il réside en Dieu
seul et en son image: I'homme. Pourtant la Bible est pleine
9de sacrifices et de rites minutieux. Et pourquoi les temples et
les lévites? C'est que la Bible prend en charge les démarches
religieuses spontanées pour leur faire subir une mutation.
Sans cela, l'archaïque, non dépassé, viendrait altérer la
«religion pure» dont il est question dans l'épître de saint
Jacques (1,21) : « La religion pure et sans tache aux yeux du
Père, c'est de visiter les veuves et les orphelins dans leur
détresse et de se garder propre dans le monde ». Les
prophètes s'insurgeaient déjà contre la confiance accordée au
cultuel et aux sacrifices du Temple (cf Jérémie 7, 1-15 ; Osée
6,6; Michée 6; Amos 5, 21-22).
Cependant ce parcours de désacralisation n'est achevé
qu'avec le Christ. Certes Jésus se soumet aux rites, mais en
prenant de la distance: ainsi, quand il prie, c'est dans des
lieux solitaires; il critique la minutie rituelle des pharisiens;
il annonce la fin de la fonction sacrée du Temple (Evangile de
saint Jean 2, 19-21, et 4, 21-31), avant de désigner les
disciples eux-mêmes comme la demeure de Dieu (14, 23).
Mais Jésus ne se contente pas d'aller au-delà du sacré rituel.
Le Nouveau Testament démystifie également ce qu'Israël a de
plus sacré: l'appartenance à la lignée d'Abraham (Matthieu
3, 9). La notion de peuple élu et de nation sainte est mise en
question (Luc 4, 25-27 ; Matthieu 8, 11-12...) ; la race, la
patrie, la figure royale sont désacralisées; les personnages
sacro-saints du père, du maître, du chef, se voient dépossédés
de leur aura au profit de Dieu et du Christ (Matthieu 23, 8-
12) ; rien de ce qui se rencontre « sous le soleil» ne peut être
tenu pour sacré, pas même le sabbat (et, par conséquent, toute
la loi), qui n'est pas exigence de sacrifice mais qui est « fait
pour l'homme ».
Il convient donc .de relire les Evangiles en nous rendant
attentifs à cette désacralisation: pour Jésus, c'est l'homme
qui est la mesure de tout et, vis-à-vis de toute chose, il nous
annonce la liberté; car le sacré est oppressif mentalement et
quelquefois physiquement. Avec le Christ, le système
victimaire, qui consiste à immoler des boucs émissaires
10rendus responsables du malheur des hommes, se trouve
démystifié; et l'Ecriture insiste sur le fait que c'est un juste
qui est mis à mort (Luc 23, 41, 47). La Pâque, point culminant
de la Bible, révèle et donc désamorce la perversité de la
violence sous couleur de justice: c'est la fin du sacré.
Difficile A-théisme
Pourquoi aujourd'hui ce retour du religieux sauvage qui,
perdant ses racines avec l'histoire d'Israël et du christianisme,
prend la figure d'une religion de salut qui cherche à consoler
les hommes des misères de la vie et de la peur de la mort, en
leur apprenant à mépriser ce qui passe (ce qui se passe) et en
leur promettant un monde meilleur, une survie? Le salut
désormais surplombe l'Histoire, mais n'a plus de promesse
pour elle. A-théisme difficile à assumer!
« La véritable formule de l'athéisme n'est pas que Dieu est
mort..., c'est que Dieu est inconscient », disait Lacan en
19641. Ce mot d'« inconscient)} n'est pas à entendre pré-
analytiquement, comme lorsqu'on dit: «c'est un pauvre
inconscient ». Que Dieu soit inconscient est l'affirmation que
son Nom, son vrai nom, celui qui permettrait de dire son être
avec ses attributs essentiels, est refoulé irréductiblement. Il
fait trou dans le langage et, à cette place où il manque,
viennent d'autres noms qui ne sont pas le sien. C'est ainsi que
Lacan pouvait dire: « La religion dit que Dieu existe, qu'il est
l'existence par excellence, c'est-à-dire qu'il est le
refoulement en personne. JI est même la personne supposée
refoulement. C'est en cela que la religion est vraie. La
religion est vraie. Elle est sûrement plus vraie que la névrose,
en ceci qu'elle nie que Dieu soit purement et simplement ce
que Voltaire croyait dur comme fer »2.
1. 1. Lacan, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Seuil,
1973, p. 58.
2.1. Lacan, Séminaire du 17-12-1974, dans Ornicar ? , 2, 1975, p. 100 et
105.
11En effet, que lisons-nous dans le fameux texte de la Bible
où, sur le mont Sinaï, Dieu donne à Moïse la mission de
libérer les Israélites de la servitude égyptienne (Exode 3) ?
Moïse acquiesce, mais il ajoute aussitôt: «S'ils me
demandent quel est ton nom, que leur dirai-je ? » (3, 13).
C'est alors que Dieu répond (3, 14) : «Je suis celui qui suis
(ehyéh asher ehyéh) ». «Pas de nom qui soit son Nom
propre », parce qu'il est le Dieu « au nom imprononçable ».
Ce n'est pas un jeu de cache-cache; c'est un refus (une
versagung dirait Freud) qui interdit théisme et anti-théisme.
Cette barre sur le Nom est si difficile à respecter en son
athéisme que la théologie ne tardera pas à la lever en
traduisant: « Je suis celui qui est », pour que le Nom propre
soit enfin prononcé. Celui qui est: l'Etre immuable, éternel,
pur Acte d'être dans l'identité d'essence et d'existence. Ainsi
le théisme de l'ontologie émoussait le tranchant de la
Révélation mosaïque.
C'est à partir de cette distinction entre le Dieu sans Nom et
le Dieu de l'ontothéologie que peut s'éclairer ce qu'il en est
de l'athéisme de la psychanalyse. La question se pose
pratiquement: pas d'analyse possible sans ce postulat d'un
sujet supposé savoir, c'est-à-dire, comme le précisait Lacan,
« non pas le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, mais le
Dieu des philosophes )/ Du premier, le psychanalyste n'a pas
à en juger pour lui assigner sa place et proclamer sa vie ou sa
mort, ce que trop d'entre nous font. «Notre office, disait
Lacan, n'a rien de doctrinal. Nous n'avons à répondre
d'aucune vérité dernière, spécialement ni pour ni contre
aucune religion »4. Bien plutôt la psychanalyse a-t'elle à en
accueillir les effets - heureux ou malheureux - sur le sujet,
selon la singularité de son histoire. En revanche, elle est
directement concernée par le Dieu des philosophes et des
3. l. Lacan, « La méprise du S.s.S. », dans Scilice!, 1, Paris, Seuil, 1968, p.
39.
4. l. Lacan, Ecrits, Paris, Seuil, p. 818.
12savants, en tant qu'il est le sujet supposé de tout saVOIT
théorique: du savoir théologique, du savoir médical.
Voilà ce qui est supposé par la demande du patient criant
la vérité de sa souffrance pour qu'il lui soit répondu. C'est de
cette tradition-là qu'hérite Freud ~ elle a ses lettres de
noblesse avec les inventeurs de la science moderne: Galilée,
Kepler, Newton, Descartes, Leibnitz.
Pas de savoir sans ce qui fait Univers, c'est-à-dire unité,
simplicité, harmonie, totalité. Or ces quatre principes
supposent l'action d'un Dieu omniscient: qu'il s'agisse, pour
les uns, d'une action toujours actuelle ou, pour les autres
comme Laplace, d'une action originelle devenue inutile, peu
importe. Pas de conquête possible du savoir sans cette
supposition au départ, laquelle soutient la tâche analysante...
par le transfert.
Mais qu'en est-il de la fin ? A quoi donc mène l'analyse en
fin de parcours? A la chute du sujet supposé savoir, c'est-à-
dire proprement à un athéisme portant sur ce lieu des
questions, celui qui est au fondement de toute théorie. En
effet, l'inconscient est un savoir qui nie les principes d'unité,
de simplicité, d'harmonie, de totalité. Il introduit la faille,
l'achoppement, l'acte manqué, l'impossible ~autrement dit, il
touche à ce que Lacan appelle le Réel.
Ainsi, à la question portant sur l'être de ce sujet supposé
savoir déjà, c'est-à-dire ce Dieu des philosophes et des
savants, la réponse ne peut être qu'une actualisation de la
méprise, dans l'impossibilité de nommer de son nom ce sujet-
là: négation privative, a-théisme. Cette méprise n'est pas sans
trace, elle est la marque d'une place. De ce discours-là, nous
dit Lacan, « dont les Pères s'étagent de Moïse à James Joyce,
en passant par Maître Eckhart, il nous semble que c'est
encore Freud qui lui marque le mieux sa place »5.
En effet, si l'on interprète bien le mythe de Totem et
Tabou, c'est seulement à partir du Père Mort que l'ordre
5.1. Lacan, Scilicet, 1, Paris, Seuil, 1968, p. 39.
13symbolique peut s'instaurer en tant que tel. Quant à Lacan, le
Nom-du-Père, loin d'être le patronyme, est chez lui une place
marquée par la Mère, place d'où se livre au sujet la
signification de son désir à elle: « Sans cette place marquée,
la vie psychique se réduirait à un délire de type schrébérien.
Freud lui-même ne s y est pas trompé et ne recule pas à le
reconnaître »6. Cette position athée ne se maintient pas
aisément; elle s'affirme ponctuellement, ce qui ne préjuge en
rien de l'avenir. C'est bien ce que la psychanalyse et la
théologie négative prouvent à propos de chacun: nul ne peut
se reposer avec assurance et certitude dans la déclaration «je
suis athée».
Et pourtant, comme je le disais au début de cet exposé, le
grand tout bio-cosmique du divin est mort: plus rien n'est
sacré, rien de ce qui existe n'est Dieu. «Ce qui est proposé
par le christianisme est un drame qui incarne littéralement la
mort de Dieu ». Si l'on a pu dire que le christianisme est la
vraie religion, c'est parce qu'avec lui se révèle, non pas une
religion parmi d'autres, mais la religion; c'est-à-dire qu'avec
le christianisme, ce que l'on peut attendre du religieux est
enfin advenu: la mort de Dieu, du Dieu promu, sauvegardé,
protégé par chaque religion. Maintenant on sait à quoi mène
la religion. Le christianisme accomplit les religions en les
détruisant toutes par la mort de Dieu; il est la religion qui
mène à la sortie du religieux comme lieu du sacré.
Conclusion
Le sacré est-il donc en danger? Et l'homme peut-il
vraiment s'en passer? S'il n'a pas disparu, ses contours et les
repères qui permettent de le situer ne sont pas aussi nets qu'à
d'autres époques. La frontière entre ce que l'on peut voir et
faire, entre ce qui est accessible et ce qui est inviolable, nous
apparaît manifeste, mais souvent après l'avoir transgressée.
6. Ibidem.
14Les progrès des sciences et des techniques, la vitesse de la
circulation des informations, le foisonnement des images,
l'accès direct aux univers les plus lointains comme aux
territoires les plus proches ont émoussé notre attention à
l'invisible, à l'irrationnel ou à l'intimité.
L'humanité n'a-t'elle pas besoin, pour survivre et se
respecter, de «zones interdites» qu'elle préserve et
auxquelles elle se réfère pour maintenir sa cohérence? Cette
question commence à habiter nombre de groupes et
d'institutions. L'intérêt pour le religieux, la séduction
magique ou la quête de spiritualité pénètrent en force les
mentalités. Révélation sans doute du désir de reconnaître à
nouveau que l'homme ne peut être à lui-même et à lui seul
son propre maître et son unique juge.
Nous ne voulons plus cependant d'un sacré qui fasse
trembler à tout propos et maintienne les hommes en état
d'infantilisme, un sacré grandissant les pouvoirs de quelques-
uns qui en seraient les gardiens. Mais nous savons que
I'humanité ne peut s'organiser et durer que si elle entretient
en son sein une «culture du sacré », une mémoire qui lui
rappelle qu'au-delà de ses oeuvres, il en est une qui ne pourra
jamais être égalée: l'homme lui-même. Quel que soit le nom
que l'on donne à cette référence - Dieu, l'Absolu, l'Idéal, le
Sens, on y reconnaît l'exigence d'une responsabilité.
Nouvelles géographies, nouvelles frontières, nouveaux
usages, nouvelles «civilités »..., le sacré nouvellement
reconsidéré a encore de beaux jours devant lui.
Max COCOYNACQ
Théologien et psychanalystePremière partie
ENTRE DIEU(X) ET DIABLE(S) :
la folie surnaturelle et l'art
dans les temps anciensNOÉ GÉOMÈTRE
ou l'origine de la mystique des nombres
Quelles étaient les qualités de Noé, pour que, seul parmi
les hommes, Dieu lui accorde la vie sauve? Quelles étaient
les qualités de son prédécesseur, Utanapistî-Ie-Iointain, ce
Noé sumérien sur lequel la Bible a pris modèle pour décrire
l'épisode du Déluge? Elles devaient être nombreuses, puisque
le grand roi d'Uruk, Gilgamesh, était allé lui demander
conseil. C'est d'ailleurs à l'Epopée de Gilgamesh qu'il doit
d'avoir été connu dans tout l'Orient antique, depuis la
Mésopotamie jusqu'à l'Empire hittite et la Palestine. Non
seulement, il avait été le seul à survivre au Déluge, mais
encore les dieux lui avaient accordé la vie éternelle.
Vivre éternellement, cela fera rêver Gilgamesh, encore
sous le coup du deuil de son ami Enkidu. Aussi, lorsqu'il se
met en route pour aller rencontrer le héros, là-bas tout au bout
de l'univers, dans un jardin merveilleux où, accompagné de sa
femme, les dieux l'avaient posé, c'est une recette de vie
éternelle qu'il est supposé aller lui demander (tablette X).
C'est d'ailleurs ce que signifie son nom: Utanapistî = « celui
dont les jours sont sans fin ». Pour le dire en un mot, c'est un
éternel, le seul homme à avoir obtenu ce privilège, avant que
quelqu'un d'autre ne monopolise ce privilège à l'usage d'Un
Seul: Lui.
19Cependant, de même que nous immortalisons nos grands
hommes, il y a de fortes chances pour que ce soient ses
concitoyens qui lui aient attribué ce sort enviable, sûrement
pour les mêmes raisons que nous. Si Ea, le dieu du savoir et
des sciences des Suméro-Akkadiens, l'avait choisi entre tous
pour survivre au Déluge, il faut croire que c'étaient ses
qualités intellectuelles qui avaient suscité l'intérêt divin.
D'ailleurs, Utanapistî, outre le zoo que l'on connaît par la
Bible, fait entrer avec lui dans son bateau les techniciens,
c'est-à-dire les protégés d'Ea.
Un grand homme en effet! Mais est-ce seulement d'avoir
survécu au Déluge qui lui vaut cette gloire, ou bien la doit-il à
des faits plus précis et moins mythiques? En tout cas, après
son intervention, plus rien n'est pareil: on est après le Déluge.
C'est ainsi que la liste royale sumérienne caractérise les rois
qui vont régner après son passage sur terre.
Divine mathématique
L'une des qualités essentielles qui permettra à notre
homme d'obtenir l'immortalité, c'est d'être géomètre. Dans la
Bible, le géomètre, c'est Dieu, dictant à son protégé les
dimensions exactes de l'Arche qu'il doit construire:
« Voici comment tu la feras: trois cents coudées pour la
longueur de l'arche, cinquante coudées pour sa largeur,
trente coudées pour sa hauteur. Tuferas à l'arche un toit »
(Genèse 6, 15-16).
Ea, le dieu du savoir babylonien, est beaucoup plus
modeste dans ses prétentions mathématiques, et ce n'est pas
directement à Utanapistî qu'il s'adresse, mais à la cloison de
sa maIson:
« Haie, haie, cloison!
Ecoute haie,
Homme de Shuruppaq, fils d'Ubar-Tutu,
Démolis ta maison etfais-toi un bateau...
Embarque dans le bateau toutes les espèces vivantes.
20Que de ce bateau, que toi tu construiras,
les dimensions soient parfaitement mesurées:
que sa longueur et sa largeur soient égales;
et couvre-le d'un toit comme l'Apsu ! »
(tabl. XI, 21-31)1.
Il peut vous en arriver des choses, quand vous êtes
tranquillement installés chez vous ! Voyez Archimède et sa
baignoire! Utanapistî n'a pas à faire des pesées, c'est autre
chose qu'il lui faut mesurer. Et la maison pourra faire l'affaire,
d'autant plus que c'est sa cloison qui va donner des idées à
notre Noé. D'ailleurs, c'est à elle que parle Ea. Il faut croire
qu'elle est bien douée de pensée et d'intelligence, cette
cloison, pour servir d'interlocuteur au dieu.
La maison va être le modèle du bateau construit par notre
homme. Mais il sera bien plus vaste. C'est normal, lorsqu'on a
des projets aussi grandioses qu'Utanapistî. Ce qui le rapproche
le plus d'une maison, ce bateau, c'est qu'il est pourvu d'un toit
«comme l'Apsu ». L'Apsu, c'est la masse d'eau souterraine,
domaine d'Ea, fermée donc par un toit, la croûte terrestre,
ainsi que les Babyloniens se représentaient le Cosmos. Il faut
bien dire que son bateau n'a jamais pu naviguer et correspond
beaucoup mieux au terme de «boîte », que signifie le mot
hébreu têbâh, habituellement traduit par «arche ». La plus
grande similitude entre les deux objets, c'est justement leur
aspect de boîte, avec un toit. Ce qui est construit est donc un
cube, le Cube, puisqu'il va servir à y enfermer le monde.
Toutefois, si les prétentions mathématiques d'Ea restent
modestes, Utanapistî, lui, est un authentique mathématicien,
tel qu'en témoigne le texte sur la construction de l'arche, que
je cite en entier, pour qu'on puisse en juger:
« Le cinquième jour, je jetai le plan de sa forme extérieure.
I. Je suis donc partie du mythe du Déluge, tel qu'il est exposé dans
l'Epopée de Gilgamesh. J'ai préféré la traduction de Labat, dans Les
religions du Proche-Orient à celle de 1. Bottéro, qui a converti toutes les
données dans notre système métrique. Or ce qui est important, ce n'est pas
la grandeur des objets et distances, mais leur valeur numérique.
21Son aire était d'un arpent, à dix bornes s'élevait chacune
de ses parois;
et son rebordformait un carré de dix bornes de côté.
Je traçai le plan de saforme etje le dessinai.
Je le plafonnai en six,
pour le diviser en sept;
je partageai la surface en neuf
J'enfonçai dans son flanc les chevilles marines,
je prévis les perches et mis en place le nécessaire.
Je versais six sar de pierre à bitume aufourneau,
ce qui donna trois sar d'asphalte.
Les porte-baquets ayant transporté ces trois sar, outre le
sar d'asphalte que consomma le calfatage,
cefurent deux sar d'asphalte que le batelier mit de côté»
(tabl XI, 56-69).
Ainsi, en 14 vers, il y en a 10 qui contiennent un chiffre, et
je ne retiens pas la date dont la précision n'est pas sans intérêt.
Je ne compte pas non plus les plans, celui de l'extérieur et
celui de l'intérieur, actions de géomètre s'il en est, et qui
portent les vers faisant allusion à une opération
mathématique, au nombre de 12. Toutes les mesures qui nous
sont données ici ont une grande importance et peuvent
permettre diverses opérations. Mais je fais comme Stephen
Hawking, à qui son éditeur avait dit que, s'il voulait vendre
son livre, il devait en supprimer toutes les formules
mathématiques. Aussi n'en avait-il gardé qu'une, celle de la
Relativité. Je n'ai donc conservé qu'une opération, la
première: « Son aire était d'un arpent, à dix bornes s'élevait
chacune de ses parois ».
Que signifie cette opération? Tout d'abord, il faut avoir une
idée des grandeurs: l'arpent est une surface d'environ 3600 m2
et dix bornes valent 60 mètres. On voit que cet objet, qui est
manifestement un cube, est particulièrement gigantesque,
atteignant presque les dimensions de l'Arche de la Défense.
De ce fait, il n'a jamais pu être construit. C'est un pur objet
22mathématique. Les nombreuses épures dont se sert notre
homme en sont la preuve.
A quoi pouvait servir un tel objet mathématique? Il s'agit
donc d'un cube, dont le rôle est de mesurer des volumes. A
quoi cela sert-il de mesurer des volumes? A répartir les
richesses produites, à savoir, dans cette région agricole, les
grains. C'est à ce titre que l'opulence arrivera, ainsi qu'on le
promet à la population. Cela permet d'obtenir son concours
pour la construction de l'objet fabuleux, qui nécessite
charpentiers et roseleurs, et bien d'autres ressources encore:
« Sur vous Enlil fera pleuvoir l'opulence,
les oiseaux les meilleurs, les poissons les plus rares;
il vous donnera les plus riches moissons.
Le matin, ilfera pleuvoir pour vous des gâteaux
et le soir des averses de froment! »
(tab!. XI, 43-47).
Voilà un déluge qui commence bien! C'est un déluge
d'abondance, qui, comme on le sait, va se terminer en
de désolation. Il faut d'ailleurs remarquer que Dieu, par
l'organe de Moïse, ne promet guère autre chose à ses ouailles
qu'il a emmenées au désert: « Voici que moi, je vais faire
pleuvoir des cieux du pain pour vous» (Exode 16,4). Moïse
confirme: « Quand Iahvé vous donnera le soir de la viande à
manger et le matin du pain pour vous rassasier... » (Exode 16,
8) ; ou encore: « Il advint, au soir, que des cailles montèrent
et couvrirent le camp» (Exode16, 13).
Ainsi Iahvé comme Ea promettent de «faire pleuvoir»
différentes substances consommables, où le pain et ses
dérivés, la manne, sont privilégiés. Toutefois les substances
protidiques ne sont pas négligées: oiseaux et poissons ici;
mais, conditions climatiques obligent, oiseaux seulement
ailleurs, au désert.
Donc notre Noé sumérien promet à ses concitoyens un
déluge d'abondance. C'est pour cela qu'il conçoit ce
gigantesque objet mathématique. Il faut remarquer que, si l'on
construit un cube, c'est pour faire des mesures de volume; or,
23justement, le volume n'est jamais énoncé. On en reste à des
mesures linéaires et des mesures de surfaces. De même, le
système métrologique babylonien, pourtant très performant,
ne donne pas de volume: le volume est défini par la surface
multipliée par 1.
Reprenons maintenant notre premier énoncé. Que nous dit-
il ? On voit que notre homme n'opère pas comme on s'y
attendrait, donnant d'abord le côté pour calculer la surface par
une multiplication. Il donne la surface en premier; et elle est
égale à 1. De ce fait, pour définir le côté, il opère par division.
Il extrait la racine. y21 = 1 On peut donc en conclure qu'il
s'agit de Un divisé, de Un coupé.
Ce Un on le retrouve dans le nom même de la
déesse Ishtar. A l'origine, son nom s'écrit, en caractères
sumériens, Gesh-Dar. Il est composé de Ges, dénomination
sumérienne de l'unité, 1 ; et de Dar, qui signifie «fendre,
couper ». Gesh, c'est aussi le mot qui signifie «homme »,
avec ce qui le caractérise, le membre viril. Ishtar serait donc
un « pénis coupé» - en l'occurrence, il s'agit de celui de Gesh,
le dieu du Ciel. Cela laisse supposer que le nom d'Aphrodite,
l'homologue grecque d'Ishtar, née des aidos coupés d'Ouranos,
en est l'exacte traduction2. Quant au fait que Gesh-Dar, «Un
coupé» se soit transformé en Esh-Dar, Ishtar, qui signifie
« Trois coupé », nous en verrons l'explication plus tard.
A partir du moment où on a coupé Un pour en extraire la
racine, d'autres divisions vont intervenir. C'est ainsi que le
nombre qui nous est donné, pour le côté, n'est pas y21 = 1,
mais 10 bornes. Quand on sait que la borne est divisée en 12
coudées (unité inférieure de longueur), on voit que ce côté est
de 120 coudées, et on remarque qu'il est constitué par la
multiplication de l'unité décimale par l'unité duodécimale. 12,
à mon avis, représente le temps, les 12 mois de l'année. Quant
au chiffre 10, il représente l'espace, puisque c'est sûrement lui
qui a été utilisé pour définir le cadastre, travail de géomètre
2. M. Rutten, La science des Chaldéens, p. 106.
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