LE SERVICE DE RENSEIGNEMENT DES FORCES FRANçAISES DU LAOS (1946-1948)

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De 1946 à 1948, en pleine guerre d'Indochine, le Service de renseignement des Forces françaises du Laos a fait preuve d'une redoutable efficacité contre ses adversaires lao-issala et vietminhs. Les raisons de ces succès sont dues à son adaptation au pays et à la forme de guerre qui y était menée, ainsi qu'à la qualité et l'expérience des premiers officiers qui l'animèrent.
Publié le : dimanche 1 octobre 2000
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EAN13 : 9782296418820
Nombre de pages : 216
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LE SERVICE DE RENSEIGNEMENT DES FORCES FRANÇAISES DU LAOS ( 1946-1948)

Collection Culture du renseignement dirigée par Eric Denécé

La collection CULTURE DU RENSEIGNEMENTest consacrée à l'ensemble des domaines dits de la "guerre secrète" (renseignement et contre-espionnage, actions clandestines et opérations spéciales, interceptions et décryptement, guerre psychologique et mystification) et à leur impact sur les sociétés, les systèmes politiques et les relations internationales. Déjà paru
Gilbert BLOCH, Renseignement et intoxication mondiale: l'exemple du débarquement, 1999. durant la Seconde Guerre

@ L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-9508-7

Jean DEUVE

LE SERVICE DE RENSEIGNEMENT DES FORCES FRANÇAISES DU LAOS
(1946-1948)

Préface et postface de ÉricDENÉCÉ

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique
75005 Paris

- FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Ouvrages publiés par Jean Deuve

Le Royaume du Laos 1949-1965 (Histoire événementielle de l'indépendance à la guerre américaine), Publications de l'Ecole française d'ExtrêmeOrient/Ed. A. Maisonneuve, Paris, 1984. Les services secrets normands (900-1135), 1990. Corlet Ed., Condé sur Noireau,

Le Laos 1945-1949 (Contribution à l'histoire du mouvement lao-issala), Centre d'histoire militaire et d'études de Défense nationale, Université Paul Valéry, Montpellier, 1992. Les seigneurs de l'ombre (Les services secrets normands au XIIe siècle), Corlet Ed., Condé sur Noireau, 1995.
L'épopée des Normands d'Italie, Cori et Ed., Condé sur Noireau, 1995. La guerre des magiciens Condé sur Noireau, 1995. (L'intoxication alliée 1939-1944), Corlet Ed.,

La guerre secrète au Laos contre L'Harmattan, Paris, 1995.

les communistes

(1955-1964),

Lafondation du Duché de Normandie, Coriet Ed., Condé sur Noireau, 1997.
Trois glaives pour un royaume (Les héritiers de Guillaume le Conquérant), Corlet Ed., Condé sur Noireau, 1997.

Guérilla au Laos, L'Harmattan, Paris 1997 (la première édition date de
1966) .

Histoire de la Police nationale du Laos (1949-1956), L'Harmattan, Paris, 1998.

PRÉFACE

L'histoire du renseignement français reste un domaine - il n'est guère possible de parler de discipline vue la rareté des chercheurs et des publications sur ce thème - encore fort peu exploré. C'est pourquoi, tout nouveau témoignage ou toute nouvelle recherche sur le sujet ont valeur de découverte. Il va ainsi de l'ouvrage que nous offre Jean Deuve, sur le Service de renseignement des Forces françaises du Laos de 1946 à 1948. Combien de spécialistes, voire même de praticiens, connaissent cet épisode oublié de notre histoire? Qui sait les succès remportés en cette occasion contre le Vietminh au Laos et au Siam? C'est tout le mérite du récit de Jean Deuve qui nous révèle des événements jusqu'à lors méconnus et nous décrit, avec une précision remarquable et l'appui de documents d'époque (ils ont été, le lecteur nous en pardonnera, quelques peu altérés par le temps), les nombreuses opérations conduites sous sa direction contre les Vietminhs et leurs alliés lao-issala. Tout au long de cet authentique journal de marche, le lecteur sera frappé par le professionnalisme, l'organisation et la créativité des Français et des Laotiens ayant participé à ces opérations. Leur maîtrise des techniques de clandestinité et de l'action psychologique est simplement étonnante. Elle leur permit de dominer un adversaire redoutable, formé à l'école soviétique, avec des moyens limités, mais parfaitement adaptés à leurs objectifs et à leur contexte. Nous avons là l'un des rares exemples de victoire notable contre la subversion communiste, alors qu'elle était en pleine vigueur, en la battant à son propre jeu de subversion et d'intoxication. Cinquante ans après ces opérations, Charles Goscha, un historien américain1, se penchant sur les activités vietminhs au Siam pendant la guerre d'Indochine, a déclaré que les opérations secrètes du SR des Forces du Laos ont eu des prolongements positifs importants. Cette campagne d'agit-prop a convaincu les chefs vietminhs, au Vietnam et au Siam, qu'existait un mouvement contre-révolutionnaire au sein même de leurs unités et qu'il importait de le juguler par des moyens extrêmes, y compris des exécutions. Pour Goscha, cette campagne du SR des Forces du Laos réussit non seulement à neutraliser les raids vietminhs partant du Siam, mais aussi à brouiller efficacement les relations entre les Vietminhs et le gouvernement siamois. Enfin, elle a probablement joué un grand rôle dans la décision du Vietminh de transférer le centre de gravité de toutes ses opérations en abandonnant le nord-est du Siam et en s'installant au sud, face à la Cochinchine et au Cambodge. La France, dont les services secrets sont trop souvent sous-estimés par ses propres citoyens, a tout lieu de s'enorgueillir de la réussite de telles
1 Ch. Goscha, Thailand and the Southeast asian network of the vietnamese revolution (18851954), Curzon press, Richmond, Surrey, 1999 (voir notamment les pages 217-218).

actions. D'autant que l'on ne peut s'empêcher de sourire lorsque l'on découvre, en comparaison, les méthodes américaines appliquées au Laos. Bien des errements du Pentagone qui se manifesteront pendant la guerre du Vietnam - notamment l'inadaptation au contexte local - sont déjà en gestation à travers l'exemple laotien. Mais comment ne pas s'affliger de la façon dont cette expérience fut annulée, en raison de la totale incompréhension d'un officier supérieur hermétique au renseignement et à l'action clandestine, qui interrompit les efforts entrepris et les succès obtenus. Le livre de Jean Deuve n'est pas seulement un récit historique. C'est aussi un véritable manuel, comme l'était déjà un précédent ouvrage de l'auteur publié chez L'Harmattan 1. Certes, l'époque et le contexte sont fort spécifiques, mais les principes d'action, la démarche et l'état d'esprit demeurent d'actualité, Le lecteur découvrira dans les pages qui suivent l'organisation d'opérations complexes, audacieuses, à travers lesquelles il comprendra toute l'importance - et l'efficacité - de l'action coordonnée des différentes ressources de la guerre secrète (renseignement, contre-espionnage, écoutes et action). Surtout, à travers ce remarquable récit, Jean Deuve nous donne une autre idée de ce que peut être - et doit être - un véritable service secret d'action. Foin de commandos, d'opérations paramilitaires ou spéciales tonitruantes et trop souvent visibles: l'action est ici essentiellement psychologique même si, pour lui donner tout son effet, le SR n'hésite pas à faire appel, ponctuellement, à des militaires "spéciaux", lesquels ne sont détachés dans son service que pour une mission précise et limitée dans le temps, avant d'être rendus à leur unité. Pour le reste nous y découvrons un jeu de créativité et d'astuce, tout en finesse et en discernement, un jeu d'intelligence au sens littéral, selon les deux significations du terme: renseignement de très haute qualité et claire compréhension des mentalités amies ou adverses. Ainsi, lorsque le service Action du capitaine Deuve frappe son adversaire vietminh ou lao-issala, celui-ci ne se doute même pas qu'il est victime d'une action montée par les Franco-laotiens. Il n'a pas l'ombre d'un soupçon tellement les événements semblent répondre à une logique spontanée, issue de son propre camp. Gageons que plus de cinquante après ces faits, à la lecture de cet ouvrage, quelques acteurs de l'époque vont enfin découvrir l'origine et la réalité des événements qu'ils vécurent ! Le SA tel que le présente Jean Deuve dans cet ouvrage, ne correspond en rien au SA traditionnel et actuel de la France, pour l'essentiel hérité des pratiques du BCRA de Londres, et qui privilégie les opérations paramilitaires. Il se rapproche beaucoup plus de l'action telle que la conduisent le Secret intelligence Service britannique ou la CIA américaine. Ces deux grands services ne font pas la confusion, malheureusement observable en France, entre opérations clandestines et opérations spéciales, entre action psychologique et action militaire. L'ouvrage de Jean Deuve est également porteur de questions essentielles. En premier lieu, sa lecture permet de prendre conscience du niveau de
1 J. Deuve, La guerre secrète au Laos contre les communistes (1955-1964), L'Harmattan, 1995. 6

maîtrise des actions clandestines dont nos services disposaient à la fin des années 1940 et dont la pratique paraît bien s'être évanouie. Mais il ne faut pas le dissimuler, l'expérience présentée, les techniques et méthodes décrites sont essentiellement le fait d'un homme qui a consacré toutes ses réflexions au renseignement. Ces actions ne paraissent pas avoir été capitalisées et reproduites contre d'autres adversaires, sur d'autres théâtres. Elles ne sont pas ancrées dans la culture du renseignement français, lequel les a peu pratiquées par le passé et semble les avoir totalement oubliées aujourd'hui. Par ailleurs, l'attitude qui a prévalu à la dissolution du SR des Forces du Laos n'est pas un fait isolé dans notre histoire, ce qui explique en partie l'évolution erratique de nos services. De tels comportements ont-ils véritablement disparu aujourd'hui? Nous ne saurions trop nous avancer en ce domaine et le livre de Jean Deuve, indirectement, nous conduit à nous interroger. Pour qui s'intéresse à l'histoire du renseignement français, les travaux de Jean Deuve font référence. Les lecteurs de la revue Renseignement et opérations spéciales, publiée par l'Harmattan, le connaissent bien. Nous retrouvons dans le présent ouvrage ce qui fait la richesse et l'originalité de l'approche de l'auteur, qu'il évoque l'histoire normande, la lutte antijaponaise en Indochine ou le combat du jeune Etat laotien afin de préserver son indépendance. Si l'étude historique est scrupuleuse, celle-ci n'apparaît que comme une illustration des principes qui fondent les procédés du renseignement. C'est le sens de l'organisation thématique de cet ouvrage, qui aborde tour à tour la recherche du renseignement et l'action psychologique. A l'heure d'Internet et des nouvelles technologies de l'information et de la communication, il est capital de s'y référer, car le développement extraordinaire des outils auquel nous assistons ne doit pas effacer certaines réalités intangibles: si les moyens techniques évoluent avec le temps et l'essor des civilisations, les principes d'action demeurent, depuis l'Antiquité, globalement similaires. Pour ce qui est du recrutement, de l'infiltration, de la manipulation ou des stratagèmes, nous avons, somme toute, peu progressé et peu inventé au regard des avancées technologiques réalisées par l'humanité. Le livre de Jean Deuve à l'immense mérite de nous rappeler ces notions essentielles.

Eric Denécé Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R)

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INTRODUCTION

LA SITUATION AU LAOS EN AOUT 1945

Les Japonais capitulent le 15 août 1945. Au Vietnam, le Vietminh abréviation de Vietnam Doc Lap Dong Minh, (Ligue pour l'indépendance du Vietnam) - mouvement fondé en 1941 par Hô Chi Minh et les dirigeants du Parti communiste indochinois (PCI) 1, s'engouffre dans le vide administratif ainsi créé. Utilisant tous les moyens, y compris les plus radicaux, le Vietminh prend le pouvoir dans les villes du Vietnam, notamment à Hanoi, forme un gouvernement provisoire de la République du Vietnam, le 28 août, et proclame, le 2 septembre, l'indépendance du Vietnam. Pour protéger ses flancs occidentaux et réaliser le rêve communiste de révolution unique pour l'ensemble de l'Indochine, les dirigeants vietminhs encouragent tous ceux qui, au Cambodge et au Laos, pour des motifs divers, seraient prêts à s'opposer au retour de la France. Dans ce but, ils poussent les communautés vietnamiennes de ces deux pays à prendre le pouvoir là où elles le peuvent et à ne le partager qu'avec les Laotiens ou les Khmers résolus à s'opposer par les armes au retour des Français. Le délai entre la capitulation des Japonais et l'arrivée effective du général Leclerc, le 5 octobre, est mis à profit par le Vietminh pour consolider son assise, notamment au Tonkin et dans le nord de l'Annam. Leclerc donne la priorité à la reconquête de la Cochinchine et au rétablissement du Protectorat au Cambodge. Quand il nomme le lieutenant-colonel de Crévecoeur commandant des Forces du Laos2, le 18 décembre 1945, il ne lui accorde qu'une compagnie. Le Laos est un pays montagneux, aux communications rares et difficiles. Une seule route et un fleuve, navigable seulement dans des biefs, relient le sud et le nord. Les frontières sont longues (1 693 kilomètres avec le Vietnam, 1 635 kilomètres avec le Siam), situées en zone de jungle épaisse, souvent en montagne. Elles sont aisément franchissables pour des petits groupes armés visant à couper les communications, à semer la subversion ou à mener des raids de destruction. Le Mékong lui-même n'est pas un obstacle. Etiré sur plus de mille kilomètres, le pays est divisé en compartiments de terrain sans autres moyens de liaison entre eux que des pistes primitives. La situation au Laos n'est pas simple. Dès le mois d'août les organisations
1 Le PC:Ia été fondé en 1930 par Hô Chi Minh. Officiellement dissous en 1945, il continue ses activités plus clandestinement. Il est remplacé en 1951 pat le Parti des travailleurs du Vietnam (Lao Dong) et par des partis communistes laotien et khmer. 2 Commandement créé le 18 décembre 1945 et dépendant directement du commandant en chef en Indochine.

vietminhs dans les communautés vietnamiennes du Laos, des gardes indochinois1 et des meneurs venus du Siam2 s'emparent d'armes, prennent possession des bureaux du télégraphe - seul moyen de communication lointaine - montent des comités révolutionnaires et tentent d'entraîner les Laotiens dans un mouvement d'opposition au retour de la France et de ses représentants. Ces comités se heurtent, souvent violemment, aux groupes de guérilla franco-laotiens de la Résistance anti-japonaise3 qui sortent de la jungle et ont pour mission de réoccuper les centres et chefs-lieux. Ceux-ci ne sont guère nombreux - 200 Français et 300 Laotiens - répartis en groupes de 10 à 15 hommes, mal armés et sans grandes réserves de munitions. Mais, très entraînés, animés d'une farouche volonté et bénéficiant de la confiance des populations et de l'aide des fonctionnaires laotiens, en quelques semaines, ils chassent ces comités vietminhs et réoccupent toutes les villes. Malheureusement ils se trouvent, dès la fin du mois de septembre, confrontés à de nouveaux adversaires, nombreux et puissants, les Chinois, qui déboulent du nord. En effet, la Conférence de Postdam, où la France n'a pas été représentée, a décidé, le 2 août, de partager l'Indochine en deux zones: au sud du 16e parallèle, les Japonais seront désarmés par les Britanniques; au nord, par les Chinois. Ainsi, la 93e division indépendante descend par la Nam Ou avec mission d'occuper le Laos au nord de la rivière Nam Ka Dinh, tandis que la 2e division "d'honneur" venue par le Tonkin, se dirige vers Thakhek et Savannakhet, au Moyen-Laos. Les Chinois refusent de reconnaître les guérillas franco-laotiennes comme des alliés et les désarment par la force ou la ruse, partout et quand ils le peuvent. Les groupes de guérilla, selon leurs possibilités, reprennent la brousse, disparaissent ou s'opposent à leurs adversaires par les armes ou par l'intoxication. Le roi du Laos, dont le royaume comprend tout le Haut-Laos4, a proclamé solennellement et publiquement - y compris devant les généraux chinois - la nullité de l'indépendance accordée par les Japonais et le maintien du Protectorat français. Il a invité la population et les fonctionnaires à collaborer étroitement avec les Français pour le rétablissement de l'ordre et l'indépendance du pays dans le cadre du Protectorat. Il a accepté les termes des discours du général de Gaulle, envisageant pour l'Indochine de nouvelles structures dans le cadre d'une Union française; mais il a souligné la nécessité pour le Laos d'être protégé, à l'intérieur d'une éventuelle
1 La Garde indochinoise (GI) était une unité de police et de souveraineté, fonnée en majorité de Vietnamiens et placée sous l'autorité des administrateurs des services civils de l'Indochine. Dissoute ipsofocto le 9 mars 1945, lors de la prise de pouvoir par les Japonais. 2 A pris le nom de Thaïlande (terre des Thaïs) peu avant la guerre de 1939-45, puis est redevenu Siam en aoftt 1945. Redevient Thai1ande en 1949. 3 Groupements de guérilla formés de volontaires du Laos - appartenant à différentes ethnies et encadrés par des Français parachutés des Indes ou provenant de l'administration ou de l'armée d'Indochine. Ont mené la guérilla, le renseignement, le sabotage, l'action psychologique contre les troupes nipponnes de mars 1945 à la capitulation japonaise (aoftt 1945). 4 Haut-Laos ou Nord-Laos: partie du Laos au nord et à l'ouest de la rivière Nam Ka Dinh. Comprend les provinces de Vientiane, PhongSaly, Luang Prabang, Paklay, Xieng Khouang, Samneua et Nam Tha. 10

Fédération indochinoise, contre l'hégémonie d'un grand Vietnam. Mais le roi Sisavang Vong vient d'être détrôné par les Lao-issala. En effet, sur la pression des Vietminhs et de certains groupes siamois avec la bénédiction et l'aide complète des Chinois - un gouvernement laoissalal s'est formé le 12 octobre. Il se donne comme mission d'empêcher le retour de la France et d'éliminer les traîtres, tels le roi, qui militent pour le maintien des liens étroits avec la France et acceptent le retour des Français. Ce gouvernement, qui ne tient que par la présence de troupes vietminhs ou chinoises, et qui n'occupe que les centres urbains, tombe rapidement sous la complète dépendance des conseillers vietminhs envoyés par Hô Chi Minh, qui détiennent le pouvoir réel. Ainsi, au 1er janvier 1946, la situation est la suivante: la région située au sud du 16e parallèle - c'est-à-dire les provinces de Paksé, de Saravane et d'Attopeu - est entièrement calme. L'administration y est rétablie. Par contre les provinces au nord de ce parallèle connaissent des situations diverses. Les villes et les centres les plus importants des provinces de Savannakhet et de Thakhek sont occupés par des unités chinoises, vietminhs et lao-issala, mais les campagnes sont tenues par les groupes de guérilla franco-laotiens, devenus des bataillons par le recrutement de centaines de volontaires. Dans le Haut-Laos, Bichelot, avec des unités recrutées dans les minorités locales, tient la région de Xieng Khouang. Maze, avec les anciennes guérillas - elles aussi devenues des bataillons - est au nord immédiat de Vientiane, la capitale. Deuve, à Paksane, contrôle la province, de la Nam Ngum à la Nam Ka Dinh et du Mékong à Thathom. Il a réussi à chasser ses adversaires et à empêcher les Chinois de s'installer au chef-lieu. Ce sont les seules troupes franco-laotiennes au Haut-Laos. Au début de janvier 1946, les Forces du Laos sont articulées en deux groupes: le groupe I couvre le Sud et le Moyen-Laos2 ; le groupe II a comme zone d'action le Haut-Laos. Son chef, le commandant Laure, arrive à Paksane le 13 janvier pour y installer son PC. C'est de là que va partir la reconquête du Haut-Laos, de cette ville où Deuve vient de construire un terrain d'aviation. Le premier Dakota s'y est posé le 28 décembre 1945. Le commandement des Forces du Laos, fort de l'expérience des guérillas anti-japonaises et des combats récents contre les Chinois, a compris que dans ce pays et compte tenu de la forme de guerre qui s'y déroule, toute l'action offensive et défensive devait s'appuyer sur le renseignement. En conséquence de quoi il a su créer et soutenir un SR complètement adapté au terrain et à la physionomie du combat. Mais le SR des Forces du Laos a aussi pour mission de neutraliser les unités vietminhs regroupées en territoire siamois. Une campagne d'agit-prop est menée dans ces unités et autour d'elles. Cet ouvrage décrit avec précision les opérations engagées et les moyens mis en oeuvre, tracts, papillons, faux en tout genre.
1 Issala signifie "libre". Mouvement créé en octobre 1945 par quelques Laotiens refusant le retour de la France et soutenus vigoureusement par la Chine, Je Vietminh et le Siam. Eliminé du Laos en 1946, en exil au Siam et au Vietnam,. Il est dissous le 25 octobre 1949. Par convention, le terme Lao-issala demeure invariable. 2 Le Bas-Laos ou Sud-Laos comprend les provinces de Paksé, de Saravane et d'Attopeu. Le Moyen-Laos comprend les provinces de Thakhek et de Savannakhet. Il

PREMIÈRE PARTIE

LE RENSEIGNEMENT

CHAPITRE I

LE SR DE PAKSANE

Membre de la Force 1361 britannique et du Service secret d'action (SSA)2 français, Deuve avait été parachuté le 22 janvier 1945 près de Paksane, avant de prendre, en juin, le commandement du groupement de guérilla de cette province et de bâtir un double réseau. L'un, de sécurité immédiate, était destiné à donner l'alerte à court terme. L'autre, axé sur les PC japonais, les voies de communication, le Mékong et les minorités ethniques, devait détecter les possibilités et les intentions nipponnes à l'égard des guérillas, mais aussi répondre aux questions posées par le gouvernement français et par le South East Asia Command (SEAC) de Lord Mountbatten. Leurs requêtes portent sur les activités politiques nipponnes, sur l'impact de la présence japonaise dans les populations, sur l'ordre de bataille des troupes et leurs activités militaires, sur les travaux réalisés, les routes ou aérodromes, etc. Malgré les difficultés inhérentes à la vie de guérilla, Deuve n'avait jamais été coupé de ses sources et avait quotidiennement pu renseigner Calcutta. Ses réseaux, fondés sur un entraînement soutenu des agents, sur un strict cloisonnement vertical et horizontal et sur une planification minutieuse des transmissions par courriers et boites-aux-lettres mortes, comportèrent des dizaines d'agents, dont pas un seul ne sera pris en flagrant délit par les Japonais. A l'état-major du service de renseignement (SR), Deuve avait appelé quelques jeunes instituteurs, étudiants et fonctionnaires laotiens qui s'étaient ainsi initiés à l'organisation des réseaux, au chiffrement et à l'instruction. Lors de la capitulation nipponne, ils assuraient la quasi totalité de l'entraînement de base des nouveaux agents. Enjuin 1945, ayant récupéré des opérateurs radio vietnamiens échappés des camps de prisonniers, Deuve et son officier radio, Etchart, avaient monté, en pleine jungle, un embryon de service d'écoutes, qui pouvait intercepter certaines émissions entre les PC japonais du voisinage et leurs subordonnés. Grâce à ces écoutes, Deuve avait pu également, dès avant la capitulation nipponne, signaler à Calcutta les manifestations d'un
1 Division extrême-orientale du Special operations executive (Service des opérations spéciales), la Force 136 était le service britannique chargé de l'action clandestine dans les territoires occupés par les Japonais (guérilla, sabotage, action psychologique, renseignement). Un petit groupe de Français en fit partie en 1943-1945. 2 Service créé en 1943 par la France dans le but d'assurer des liaisons clandestines avec l'Indochine, alors occupée par les Japonais, d'y développer la Résistance et d'y participer. Basé aux Indes britanniques et en Chine, il est d'abord formé des Français membres de la Foree 136.

mouvement, jusqu'alors inconnu au Laos, le Vietminh. Ainsi donc, quand Deuve, après la capitulation japonaise du 15 août 1945, réoccupe Paksane et doit faire face, avec des effectifs très réduits, aux comités révolutionnaires vietminhs, aux troupes lao-issala et, surtout, aux Chinois, c'est sur son SR qu'il compte pour être prévenu des manoeuvres de ses adversaires et pouvoir agir à temps et à l'endroit décisif. Deux systèmes sont donc organisés, à partir des réseaux existants : - l'un, de sécurité immédiate et de contact avec les diverses minorités de la province: Méos1, Proto-indochinois, Vietnamiens. Ce réseau touche, au nord, la province de Xieng Khouang, à l'est, celle de Thakhek, à l'ouest atteint et dépasse la Nam Ngum, et au sud couvre le Mékong et la zone côtière. Les menaces peuvent en effet venir, soit des garnisons chinoises de Vientiane et de Thakhek, soit des troupes lao-issala et vietminhs de Vientiane et Xieng Khouang, soit des comités vietminhs des provinces vietnamiennes frontalières, ou du Siam; - le second réseau épie l'état-major de la 3e région militaire siamoise, à Khorat, la subdivision de police d'Oudorn, les comités vietminhs de Nongkhay, de Phompissay et d'Oudom. Au Vietnam, il atteint les bourgs de Cua Rao, de Muong Sen et de Concuong, sièges de comités vietminhs actifs. Vers l'ouest, le réseau couvre le gouvernement lao-issala, les troupes et conseillers vietminhs de Vientiane et les soldats chinois. Les réseaux de sécurité sont essentiellement basés sur des agents fixes et sur des agents mobiles groupés en cellules. Les transmissions d'ordres et de renseignements se font à cheval, à bicyclette ou en pirogue. Les informations opérationnelles recueillies sont simultanément adressées au PC à Paksane et au chef de poste de partisans ou au chef de section en patrouille. A travers le Mékong, une alerte peut être donnée par un code de signaux ne nécessitant pas le passage d'un coureur. Le réseau en profondeur en direction du Vietnam est basé sur des agents fixes disposant d'informateurs et sur des agents mobiles possédant une bonne "couverture" qui leur permet de circuler: commerçants, colporteurs, acheteurs ou vendeurs d'opium. Les transmissions ne peuvent être assurées que par coureurs, à cheval, à pied ou en pirogue. Elles sont lentes. En saison des pluies, elles prennent fréquemment des semaines de délai. Il faut, en cette période, quinze bons jours pour aller de Paksane à la frontière de la province, vers le nord-est. Les renseignements sur Vientiane, sur la police et l'armée siamoises et sur les comités vietminhs du Siam, sont obtenus surtout par des agents fixes recrutés au sein de ces objectifs ou à leur périphérie. Les parentés entre Laotiens du Laos et Laotiens du Siam, entre fonctionnaires laotiens de Paksane et leurs cousins habitant Vientiane, facilitent le recueil d'informations et la pénétration des objectifs. Les affinités et les relations entre villages catholiques de la région de Paksane et ceux du Siam oriental offrent également des possibilités de recherche. Le renseignement profond vient du centre d'écoutes, développé grâce au parachutage de nouveaux émetteurs-récepteurs et à la récupération d'anciens opérateurs des PfT. Mais l'efficacité des écoutes a surtout considérablement augmenté par suite du développement des transmissions radio du Vietminh
1 Ancienne appellation, jugée méprisante, de l'ethnie Miao remplacée par Hmong. 16

et du Lao-issala. Les interceptions concernent les postes vietminhs de SonIa, de Moc Chau, de Cua Rao, de Vinh et d'Hanoi, qui trafiquent entre eux et avec les postes des conseillers et des troupes auprès des PC lao-issala de Vientiane, Thakhek, Savannakhet et Xieng Khouang. Certains de ces messages sont en clair, en français, en vietnamien ou en lao. D'autres sont camouflés sous la codification télégraphique de la langue vietnamienne adoptée, avant-guerre, par les télégraphistes des PIT. D'autres enfin - chaque jour plus nombreux - sont chiffrés, au début à l'aide de substitutions simples, mais dont la clef varie chaque jour ou à chaque télégramme. Certains messages sont peu à peu chiffrés par transpositions compliquées. D'autres usent de codes apparemment assez semblables aux codes japonais. Mais l'inexpérience des chiffreurs vietnamiens fait que des répétitions, des explications, voire le transfert dans un autre code, surviennent pour donner un sérieux coup de main aux décrypteurs de Paksane : Deuve, qui parle, lit et écrit le lao, le Père Gérard Sion, dont la connaissance du vietnamien est déterminante, Etchart, spécialiste des transmissions, Hieu, qui est vietnamien et rompu aux techniques et aux procédures radio de l'Indochine. D'octobre à fin décembre 1945, ces écoutes permettent de suivre en détail l'organisation, l'ordre de bataille (ODB), les ordres, les intentions et les activités du gouvernement lao-issala, ainsi que ses rapports et échanges avec les Vietminhs et les Chinois. Ces détails sont utilisés pour l'action psychologique menée parallèlement aux recherches du SR. Le 25 décembre, Deuve a lancé les premières manifestations de ce Service d'action psychologique, créé avec une quinzaine de fonctionnaires laotiens évacués de Xieng Khouang, à qui il a donné comme mission de détacher les fonctionnaires et les populations du gouvernement issala, de saper le moral des troupes issala, de séparer les Lao-issala des Vietminhs et de maintenir le moral des populations de la province de Paksane. Ce service, dirigé par Nith Singharaj, utilise des tracts écrits et coloriés à la main, de portée générale ou spécifique, des lettres personnelles adressées à des officiers ou à des fonctionnaires lao-issala, des rumeurs, etc. Chaque défaite lao-issala est exploitée auprès des unités militaires y ayant pris part, auprès de leurs voisines et auprès des familles. Des appels à la désertion sont lancés. Des faits tenus secrets par les autorités lao-issala sont dévoilés. Des rumeurs, appuyées sur le mouvement de quelques petites unités, affolent les postes adverses, provoquent leur ralliement ou leur fuite et découragent les velléités d'attaque.

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CHAPITRE II

LE SR DU GROUPE II DES FORCES DU LAOS (de janvier ao 25 avril1946)

La mission donnée au commandant du groupe II des Forces du Laos est de reconquérir le Haut-Laos. Pour cela, il lui faut s'appuyer sur les renseignements fournis par les trois groupements franco-Iaotiens qui existent encore: celui de Maze à Ban Keun, dans la province de Vientiane, celui de Bichelot, dans celle de Xieng Khouang, et celui de Deuve, dans la province de Paksane. Seul Paksane a un SR organisé, encadré par des Laotiens expérimentés, qui dépasse largement les limites de son secteur. Grâce à ses écoutes, il est le seul qui puisse obtenir rapidement d'excellentes informations sur le gouvernement lao-issala et l'aide fournie à celui -ci par les Chinois, les Siamois et les Vietminhs. Il dispose en outre d'un service d'action psychologique qui peut agir au delà de la province et toucher la capitale du Laos. Durant cette période qui va du 13 janvier - date de l'installation du chef du groupe II à Paksane - jusqu'au 25 avril - date de réoccupation de Vientiane - le SR Paksane va donc assurer: -la sécurité et la contre-propagande à l'intérieur du secteur de Paksane ; - l'éclairage du groupement de marche avançant sur Vientiane et le renseignement sur cette ville, jusqu'à sa reconquête; - le recueil de renseignements sur le Moyen-Laos; -le recueil de renseignements sur les autres provinces du Haut-Laos; - le recueil de renseignements de haut niveau sur le gouvernement lao-issala et sur ses relations étrangères. Structure du SR de Paksane Les réseaux classiques Issus directement des réseaux montés durant la guerre contre les Japonais, modifiés au cours du second semestre 1945 pour faire face aux comités révolutionnaires vietnamiens, aux incursions lao-issala et aux passages de troupes chinoises, les réseaux classiques sont basés sur des agents fixes et sur des courriers. Les seuls moyens de transmission existants sont le cheval, parfois la bicyclette, la pirogue et le plus souvent le coureur à pied. Pour faire face à des menaces occasionnelles, ils disposent d'équipes d'agents capables de se dissimuler dans la jungle, d'observer et d'envoyer leurs compte-rendus. Ils sont assez compétents et audacieux pour adopter une couverture adéquate et résider dans un village de la zone ennemie. Tous

ces agents sont rompus aux techniques de l'observation en campagne, du compte-rendu (en lao), des encres secrètes simples et des transmissions clandestines. Les chefs d'équipe ou les responsables de réseau, tous issus des réseaux anti -japonais, ont complété leur expérience contre les Vietminhs et les Chinois. Les réseaux couvrent la frontière orientale de la province de Paksane, c'est-à-dire les régions qui jouxtent les provinces de Thakhek, à l'est, et de Xieng Khouang, au nord, atteignent les villes vietnamiennes de Muong Sen et de Coo Rao. Au sud, ils couvrent la rive siamoise du Mékong, au Siam, et englobent notamment les villes de Beung Khan et de Phompissay. Vers l'ouest, les réseaux assurent la protection jusqu'à la rivière Nam Ngum, mais des liaisons sont maintenues avec des informateurs à l'intérieur de la capitale, Vientiane. En effet, depuis octobre 1945, date de la création du gouvernement laoissala, nombreux sont les Laotiens, fonctionnaires ou non, qui ne peuvent ou ne veulent quitter la ville, souvent pour des raisons familiales, mais dont les sentiments sont anti-vietnamiens, et donc anti-vietminhs, ou qui restent favorables à la présence de la France et fidèles au roi de Luang Prabang. Certains d'entre eux ont accepté de communiquer des informations, voire des documents, à condition que ces relations soient protégées d'une façon rigoureuse. De nombreux déserteurs de l'armée ou de l'administration laoissala apportent des renseignements frais et, parfois, des possibilités de nouveaux contacts.
Le service d'écoutes

Le SR de Paksane intercepte: - les nouvelles officielles transmises par Radio-Hanoi. Ce sont davantage des morceaux de propagande plutôt que des informations objectives; - de nombreux télégrammes de service portant sur les heures et les modalités des vacations, sur des besoins techniques, sur des explications ou des changements de codes. Ils permettent de reconstituer les réseaux de transmissions vietminhs et lao-issala et, souvent, fournissent de précieuses indications tant sur les codes que sur l'ODB des unités; - des télégrammes opérationnels, en clair ou chiffrés. Ces interceptions viennent de l'écoute de postes émetteurs-récepteurs (ER)! situés au Vietnam (Hué, Hatinh, Mo Chau, Van Yen et Vinh) et au Laos (Luang Prabang, Vientiane, Xieng Khouang, Samneua, Thakhek et Savannakhet). Ces postes, appartenant aux PTT, étaient déjà avant-guerre manipulés en grande majorité par des Vietnamiens, même au Laos. Lors de la capitulation japonaise, les groupes révolutionnaires vietminhs ont partout mis la main sur les postes de radio et de télégraphie par fil subsistants. Ainsi le gouvernement lao-issala est-il entièrement dépendant des Vietminhs pour ses communications. Il n'y a pas un seul opérateur laotien dans le système de transmissions fonctionnant au Laos. Ces postes correspondent entre eux par des télégrammes en clair ou
1 Postes émetteurs-récepteurs, soit fixes (anciennes stations du réseau indochinois), soit portatifs et fonctionnant grâce à des accumulateurs rechargeables. 20

chiffrés, remis par les autorités lao-issala, par les délégués ou conseillers vietminhs ou par les chefs des détachements vietminhs autonomes. Les codes sont surtout des substitutions simples, avec seulement des changements de clefs à chaque message ou même au milieu d'un message. Ceux provenant des autorités lao-issala sont en lao ou en français. Ceux provenant des autorités vietminhs sont en quoc-ngu. Deux codes compliqués ont été remis par Hô Chi Minh à Tran Duc Vinh, délégué du gouvernement vietminh auprès du gouvernement lao-issala, et au prince Souphanouvong, instrument des visées vietnamiennes sur le Laos et ministre des Mfaires étrangères du gouvernement lao-issala. Ce dernier code est en lao. Ce code dit "de Souphanouvong" est d'abord utilisé entre le prince, qui réside à Thakhek, et la capitale, Vientiane. Avec des variantes, il est utilisé, dès janvier 1946, pour toutes les communications entre le Premier ministre et les ministres en mission. Les chefs lao-issala et vietminhs considèrent que ce code est inviolable. Ce code est une substitution renforcée d'un répertoire et d'astuces diverses destinées à rendre le décryptement impossible. Des nombres à deux ou trois chiffres, allant de Il à 999, représentent les voyelles, les consonnes et les nombreuses diphtongues de la langue lao. Un mot étant formé de consonnes accompagnées de voyelles ou de diphtongues, chaque mot comporte cinq chiffres. Le répertoire, lui aussi composé de cinq chiffres, camoufle des mots qui reviennent fréquemment, tels que gouvernement, ministère de la Défense, Premier ministre, province, armée, directeur, etc. Les termes les plus employés disposent de plusieurs choix, afin d'éviter les répétitions. Une des astuces utilisées pour décourager les décrypteurs consiste à additionner le numéro du télégramme et sa date. Si le nombre ainsi obtenu est pair, les chiffres représentant les voyelles sont placés avant ceux représentant les consonnes. Si le nombre obtenu est impair, les consonnes sont disposées en avant. Astuce supplémentaire: si la date du télégramme est impaire et si l'addition obtenue est supérieure à 14, on intervertit les quatrième et cinquième chiffres du mot codé. Entre le 1er janvier 1946 et le 25 avril - date de la reprise de Vientiane 360 télégrammes importants sont interceptés et exploités. Ils sont maintenant tous chiffrés et un nombre croissant de substitutions simples sont désormais employées, alors que ces communications étaient., au cours du second semestre 1945, encore envoyées en clair. C'est le code type "Souphanouvong" qui sert pour les communications entre ministres, notamment à propos des problèmes avec les Chinois, les Vietnamiens et les Siamois, ou de l'aide étrangère sollicitée. Seuls les télégrammes immédiatement opérationnels sont chiffrés en substitutions simples. Ne sont pas codés certains communiqués militaires, qui tiennent plus de la propagande que de compte-rendus sérieux, des appels au secours de postes encerclés ou menacés, des demandes de ravitaillement ou de munitions, des félicitations ou des souhaits de fêtes. En janvier, les télégrammes de grand intérêt, militair~ ou politique, sont au nombre de 96 (6 à propos de démarches vers les Etats-Unis, 7 de la situation militaire à Vientiane, 8 de l'aide clandestine siamoise, Il des relations avec le Vietnam, Il à propos des problèmes militaires du MoyenLaos, 12 des relations avec les Chinois, 15 du Nord-Laos et 26 portant sur la situation militaire de Xieng Khouang). 21

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