LE TOURISME EN MEDITERRANEE

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Soleil, mer, culture représentent une " trinité " bénéfique qui fait de l'aire méditerranéenne le principal bassin d'attraction touristique de la planète. Historiquement lieu de confluences et d'échanges assez féconds, aujourd'hui la Méditerranée est ouverte à une double perspective : celle du co-développement solidaire et celle de la fracture entre les diverses civilisations qui apparaissent sur ses rives, sur lesquelles coexistent une vingtaine d'États divisés entre eux par des cultures, des religions et des systèmes sociaux différents. Seul le tourisme constitue une activité qui tend à unir les Pays méditerranéens en une nouvelle dimension économique.
Publié le : dimanche 1 octobre 2000
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EAN13 : 9782296420014
Nombre de pages : 141
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Le tourisme en Méditerranée

Traduction: Stefania RUSSO

@L'Hannattan,2000 ISBN: 2-7384-9568-0

Agostino SPATARO

Le tourisme en Méditerranée

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

CHAPITRE

1

LE TOURISME MONDIAL

Préambule

Généralement, on entend par tourisme un mot magique qui contient une vaste variété de synonymes correspondant aux multiples variations du désir, à un ensemble de besoins accumulés dans le temps, que nous voudrions exaucer en l'espace de deux semaines. Tourisme veut dire avant tout vacances, c'est-à-dire une agréable suspension de la fatigue quotidienne afin de satisfaire certains besoins humains de détente impossibles à supprimer; connaître des lieux et des personnes qui permettent de retrouver le vrai sens de la liberté de vivre. Le tourisme est un idéal de vie, de brève durée, que chacun arrange selon ses propres goûts et surtout selon ses possibilités économiques. Toutefois, la notion ou idée de tourisme a tendance à s'épandre et comprend des exigences (professionnelles, d'études, d'affaires, familiales, etc.) qui, de plus en plus, contribuent à enrichir le cadre des motivations génératrices des flux touristiques internationaux actuels; nous nous occuperons de ceux-ci durant notre travail, particulièrement en référence à ceux gravitant dans l'aire méditerranéenne. Selon la définition forgée par l'Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), le touriste (international) est "celui qui voyage dans un pays différent de son pays de résidence pour une période d'une nuit minimum et d'un an maximum, à

condition qu'une éventuelle activité ne soit rétribuée à l'intérieur du pays visité." Avec le terme "touriste" nous pouvons sous-entendre toute personne qui voyage pour: récréation et vacances, affaires et activité professionnelle, visites de famille, soins médicaux, pélerinages et pratiques religieuses, etc. Durant les dernières décennies, le tourisme s'est transformé de phénomène élitaire, de luxe (réservé aux classes plus avantagées) en besoin socioculturel et d'évasion pour catégories toujours plus amples de classe moyenne, jeunes, personnes âgées et secteurs importants de la classe ouvrière. Déjà dans les années 30, après l'introduction des congés payés dans certains pays nord-européens, le tourisme a commencé à acquérir les caractéristiques d'un phénomène social d'une certaine importance; toutefois, ce sera durant l'après-guerre, surtout dans les années du "boom économique", que l'on pourra vérifier une vraie expansion assez massive du marché touristique. Traditionnellement concentrée sur les aires les plus fortes de notre planète: Europe, Amérique du Nord, Japon. Durant la période 1950-96, le tourisme international a enregistré un saut vraiment spectaculaire autant dans les arrivées, de 25 à 593,6 millions (d'or en avant mIn), que dans les entrées en valeur- monnaie, de 2 à 371 milliards (d'or en avant mId) de dollars USA (cf. tableau n° 6). Une croissance presque constante et importante qui, en 1995, a vu le tourisme s'affirmer comme un des secteurs économiques ayant un trend supérieur à l'index moyen de croissance du PIB mondial. Par rapport à l'année précédente, les recettes dues au tourisme ont augmenté de 13,4%. En termes de mouvement humain, l'on peut calculer qu'environ 1.400.000 personnes voyagent chaque jour hors des frontières nationales pour motif de vacances ou pour affaires de nature diverse. Il est opportun préciser que dans ces chiffres ne sont pas calculées les données relatives au tourisme interne à chaque 6

pays (qui représentent des valeurs beaucoup plus élevées mais difficiles à calculer) et celles relatives aux frais de transport. Toutefois, grâce à l'OMT, nous apprenons que, en 1994, le transport aérien a produit à lui seul une entrée d'environ 60 mId de dollars, correspondant à 360 mIn de billets vendus. Auj ourd 'hui, donc, le tourisme international est une réalité économique de dimension multinationale, d'un poids considérable dans l'économie mondiale, et il se situe dans les trois premières places du commerce mondial, avec l'industrie pétrolière et automobile. En 1994, le tourisme international a contribué à produire 12 % du PIB mondial, correspondant à 8% du commerce mondial de marchandises et à 30% du commerce mondial de services; il a produit aussi un emploi direct et indirect d'environ 10,7% de l'entière force-travail mondiale occupée dans l'industrie touristique. En 1997, les employés ont atteint à 261 mIn, et le chiffre d'affaires des activités touristiques 3.800 mId de $.

Bilan 1996

Les données relatives à 1996 confirment la tendance à la croissance du tourisme international. Par rapport à l'année précédente, l'on a enregistré une augmentation de 4,8% dans les arrivées (pour un total de 593,6 mIn) et de 7,6% dans les entrées (pour une valeur de 423 mId de $). Un pourcentage plus que doublé par rapport à celui de l'accroissement des exportations de marchandises (3,7%) et triplé par rapport à celui de l' export de services commerciaux (2,6%). (Source: Datacit, Roma, 1997) Mais nous aurons l'occasion d'approfondir ces données plus loin en attendant nous chercherons à offrir un cadre plus ample des cours du marché touristique mondial pour la période 1975-1996. 7

D'après le tableau inclus ci-dessous l'on peut relever l'incidence de la part de chaque grand agrégat de destination. Tab. 1 Le marché touristique mondial: part en % par macrorégions (1975- 1996) Arrivées 1975 1996 Europe 69,2 Amériques 22,5 Asie est/ Pacifique 3,9 2,1 Afrique Moyen1,6 Orient Asie sud 0,7 Solde 96/75 - 10,0 Recettes 1975 1996 63,5 25,1 5,3 3,1 2,1 0,8 51,0 25,0 19,3 1,8 2,0 0,9 Solde 96/75 - 12,5 - 0,1

59,2 19,5 14,6 3,4 2,6 0,8

-

3,0

+ 10,7 + 1,3 + 1,0 + 0,1

-

+ 14,0 1,3

- 0,1 + 0,1

Source: GMT, "Annuaire des statistiques du tourisme", 1997.

Suivant l'analyse des données contenues dans le tableau n° 1, il est facile de constater comme- dans la période considérée un important déplacement de flux touristiques des aires plus industrialisées de la planète (Europe et Amériques) est vérifié; ces flux passant de 91,7 % à 78,2% des arrivées, vers les aires des pays en voie de développement (PVD) et surtout vers la région Asie est/Pacifique qui- à elle seule- a vu s'accroître sa part de 10,7% . Par rapport aux entrées, l'Europe perd 12,5% (une perte presque égale à l'augmentation de la région Asie est/Pacifique qui a été de 14,1%), tandis que les Amériques (nous entendons dans ce cas essentiellement USA, Canada et Mexique), malgré une réduction de 3% des arrivées, conservent une part d'entrées inaltérable.

8

Bien que toutes ces modifications soient enregistrées sur le marché mondial, la différence entre les pays les plus développés et les PVD reste importante. En effet, si nous décomposons les données de 1996 selon deux grands agrégats (Pays de l'OCDE et reste du monde) nous obtenons la répartition suivante: Tab.2 Tourisme: comparaison pays DE L'OCDE/

reste du Monde - 1996 (%)
Arrivées OCDE* Reste du Monde 69,84 % 30,16% Recettes 70,31 % 29,69 %

Source: élaboration Cestumed d'après les données OMT, 1997. Note: * liste des pays de l'OCDE en "Notes techniques".

Dans le cadre des 30 pays OCDE, ceux appartenant à l'Union Européenne sont en tête de liste, puisqu'ils se sont attribués 57,6% des arrivées et 55,2% des recettes mondiales. D'autre part, le résultat réalisé par le tourisme italien apparaît contradictoire par rapport à 1995, il y a une augmentation de la part des arrivées de 5,8% (total en chiffres 32,8 mIn) et une diminution de 0,4% de la part entrées (total en valeurs 27,3 mId de $). Si nous confrontons les 20 premiers pays visités en 1990 et en 1996 nous pouvons saisir divers changements significatifs de disposition ou de rang mondial.

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Tab. 3
Premiers 20 Pays pour arrivées internationales (1990- 1996)

---1
2 3 4 7 12 8 5 27 10 6 16 9 n.d. 19 Il 14 13 22 15 Total!- 20

Rang 1996 1990 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20

Pays FRANCE USA ESPAGNE ITALIE ANGLETERRE CHINE MEXIQUE HONGRIE POLOGNE CANADA AUTRICHE TCHEQUE Rep. ALLEMAGNE RUSSIE Fed. HONG KONG SUISSE PORTUGAL

Arrivées (x 000) 1990 1996 52.497 39.539 37.441 26.679 18.013 10.48417.176 20.510 3.400 . 15.209 19.011 7278 17.045 n.el 6.581 13 _200 8.020 8.873 4.842 7.446 338.543 459.233 61.500 44.791 41.295 32.835 26.025 22.765 21.732 20.670 19.420 17.345 17.090 17.000 15.205 14.587 1L703 11.97 0 9_900 8.987 7.966 7.742 429.673

Quote % 1990 19% 11,4 8,6 8?1
5:J8

------------

3:J9 2,2 3.,7 4,4
O~7

3,3 4,1 t5 3,7 n.d. 1,4
2,8

10,4 7,5 7,0 5,5 4,4 3,8 3,7 3,5 3,3 2,9 2,9 2,9 2~6 2,5 2710
1,9

GRECE
SINGAPOUR MALAISIE

L7 1,9 1,0 1,6

1,7 1,5 1,3 1,3

----Total Monde

73.,7 --------------593_745 100

---

72,6 100

..-------------

Source: OMT, 1997.

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A part les premières places occupées par la France, les USA, l'Espagne, I'Italie) qui restent plus ou moins stables, certains autres pays ont enregistré des sauts spectaculaires: par exemple la Pologne qui passe de la 27 e à la ge place, la Chine populaire qui monte de la 12 e à la 6 e place et Hong Kong de la 19 e à la 15 e place. A noter que la Chine et Hong Kong, réunifiées depuis le 1er

juillet 1997, pourraient se placer entre la 4 e et la 5 e place de la
liste. Cependant, pour certains pays qui montent, d'autres

la 13e à la 18 e, la Suisse de la Il e à la 16e, l'Allemagne de la ge à la 13e. Dans ces listes figurent 6 pays méditerranéens (Italie, France, Espagne, Portugal, Grèce, et Turquie) qui, ensemble, accusent une légère flexion de leur propre part d'arrivées de 29,46% en 199027,99% en 1996. C'est en fait une tendance commune à tous les pays du bassin méditerranéen. En tête de listes des 20 premiers pays pour entrées touristiques se confirment les USA, suivis de l'Espagne, de la France et de l'Italie. Toutefois il faut noter qu'en 1996 les USA, avec 44,7 mIn d' arrivées, ont totalisé 64 mId de $ d'entrées, c'est-à-dire une somme nettement supérieure à celle de la France (28,2 mId de $) qui a déclaré 61,5 mIn d'arrivées. Pour les recettes un grand saut a été réalisé aussi par la Pologne (de la 65 e à la 15eplace), par la Chine (de la 25 e à la ge place) et par Hong Kong (de la Il e à la 6 e place).
Parmi les pays perdant position nous pouvons signaler: le

descendent: l'Autriche passe de la 6 e à la Il e place, la Grèce de

Mexique, qui descend de la 10 e à la 16 e place; la Belgique (de la 15 e à la 19 e place) et de la Suisse (de la 8 e à la 13 e place). Dans les listes seuls 4 pays méditerranéens sont présents (Espagne, France, Italie, Turquie), ceux-ci détenant en 1990 23,29% des entrées mondiales, descendus à 21,42% en 1996. Il

Tab.n.4 20 premiers 20 pays pour recettes touristiques (1990-1996) Rang 1990 1 4 2 3 5 7 6 Il 25 12 9 14 8 13 64 10 16 21 15 26 Total 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Il 12 13 14 15 16 17 18 19 20 Pays 1996 USA Entrées (mIn $) % 1996 1990 64.373 28.428 28.241 27.349 19.738 15.815 15.095 10.836 10.200 9.410 8.727 8.690 8.661 8.600 8.400 6.898 6.256 6.000 5.893 5.662 72,9 100

1990 16,2 7,0 7,6 7,5 5,6 4,3 5,0 1,9 0,8 1,7 2,1 1,5 2,5 1,6 0,1 2,0 1,3 1,2 1,4 0,8

1996 15,1 6,6 6,6 6,4 4,6 3,7 3,5 2,5 2,4 2,2 2,0 2,0 2,0 2,0 1,9 1,6 1,4 1,4 1,3 1,3

43.007 18.593 FRANCE 20.185 ITALIE 20.016 ANGLETERRE 14.940 ALLEMAGNE Il.471 AUTRICHE 13.410 HONG KONG 5.032 CHINE 2.218 SINGAPOUR 4.956 CANADA 5.612 AUSTRALIE 4.088 SUISSE 6.789 THAILANDE 4.326 POLOGNE 358 MEXIQUE 5.467 HOLLANDE 3.636 TURQUIE 3.225 BELGIQUE 3.721 INDONESIE 2.105
ESP AGNE

1- 20

192.795 264.708

303.272 425.047

71,3 100

Total Monde Source: GMT, 1997.

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Prévisions pour l'an 2010

Les prévisions de l' OMT laissent entrevoir, pour les prochaines années (de 10 à 15 ans), une expansion ultérieure du marché touristique international, au milieu duquel pourront entrer de nouvelles catégories sociales, même de pays moins développés. La croissance provoquera des poussées rééquilibratrices de l'actuelle organisation du marché, surtout en faveur de la région de l'Asie orientale et du Pacifique, au détriment des parts traditionnellement détenues par l'Europe et par les pays riverains de la Méditerranée, tandis que les parts relatives aux bassins touristiques restants seront invariables. D'autre part, l'on peut remarquer comment de telles prévisions vont de pair avec celles relatives au cours et changement de l'ordre économique mondial, surtout dans son rangement apical. Selon diverses études, en l'an 2010, l'ordre d'importance des principales puissances économiques de la planète pourrait changer. Si le G.7 devait encore exister, 4 des membres actuels pourraient en sortir (G.-B., France, Italie et Canada) et laisseraient la place à de nouveaux pays: Chine, Russie et Inde. Le barycentre du développement se déplacera de l'aire euro-atlantique à l'aire asiatique et au Pacifique. Même le tourisme sera inévitablement influencé par les changements géo-économiques et par les cours d'une demande toujours plus différenciée et exigeante. Les facteurs déterminant le choix touristique changeront et il pourra être fortement influencé par: -les aspects écologiques et d'environnement; - une diffusion de structures de réception plus intégrées dans la réalité locale; - la découverte et la réévaluation de la mémoire historique et des motivations artistiques et culturelles; - la tendance à prendre des vacances brèves, échelonnées durant l'année, surtout hors saison; - une gestion en propre de l'organisation du voyage-séjour,
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favorisée par les nouvelles technologies informatiques (turimatica), à commencer par le système Internet. Le concept de tourisme traditionnel, basé sur les vacances familiales, est en phase de déclin pour être largement remplacé par de nouveaux modèles qui imposent une plus ample diversification de l'offre, capable de correspondre mieux aux attentes des nouveaux segments de la demande. Suivant ceux-ci et d'autres changements de la demande, l'on pourrait voir dériver une série d'effets qui pourraient compromettre la qualité et la variété de l'offre touristique, risquant de la modifier, avec en particulier référence:
-

aux prix des services vendus; à la réduction de l'utilisation des hotels de luxe en faveur à une dilatation majeure de la "réceptivité"

d'une "réceptivité" demi-basse;
-

complémentaire et "submergée" camping, deuxième habitation, résidences, agritourisme, etc. Nous aurons, donc, un marché en expansion et en transformation continuelles, à l'intérieur duquel il faudra opérer de plus en plus sur la base d'une approche globale, et d'une extraordinaire flexibilité et variété de l'offre, pour correspondre mieux aux multiples exigences de la clientèle. Même pour l'industrie touristique les défis sont ceux de la globalisation et de la concentration multinationale des ressources financières, dirigeantes et des services, en un scénario fortement concurrentiel et libéral. Donc, personne ne peut penser continuer à vivre de rente! La défense ou l'acquisition de parts de marché sera un problème constant qui pourra être résolu uniquement grâce à l'action combinée de plusieurs facteurs, tous reconduisant à l'efficacité du binome qualité/prix. A l'amélioration de l'offre touristique contribueront, de plus en plus, la capacité professionnelle et promotionnelle, l'image écologique des sites, l'accès aux nouvelles technologies et la mobilisation rationnelle ressources financières adéquates. Les actions de coopération touristiques entre les Etats et les institutions dérivées et celles de partenariat entre entreprises de 14

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