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LES 3 PILIERS DE LA DURABILITE

268 pages
Restaurer l'efficacité écologique, libérer le capital de croissance économique et réduire les vulnérabilités sociales
Plan National d'Action pour l'Environnement
Le Gouvernement gabonais a pris la décision de doter le Gabon d'un cadre cohérent de gestion durable de ses ressources naturelles. C'est dans ce contexte que le Plan National d'Action pour l'environnement a été initié en juin 1997. Il constitue un cadre de référence dans lequel viendront d'inscrire toutes les actions du gouvernement en matière d'environnement.
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LES TROIS
Restaurer Libérer

PILIERS
l'Efficacité

DE LA DURABILITÉ
Écologique,
,

le Capital de Croissance Réduire

Economique Sociales

et

les Vulnérabilités

Ouvrage publié par le Ministère des Eaux et Forêts, de la Pêche, du Reboisement, chargé de l'Environnement et de la Protection de la Nature Cellule de Coordination du PNAE BP 2165 Libreville - GABON Tél. (241) 72.13.83 ; Fax (241) 72.13.82 E-mail: pnae@inet.ga;tronde.pnae@internetgabon.com Site Web: http://www.pnae-gabon.org 2

REPUBLIQUE

GABONAISE

MINISTERE DES EAUX ET FORETS, DE LA PECHE, DU REBOISEMENT, CHARGE DE L'ENVIRONNEMENT ET DE LA PROTECTION DE LA NATURE En partenariat avec le PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DEVELOPPEMENT Et avec l'appui de la BANQUE MONDIALE

Plan National d'Action pour l'Environnement

LES TROIS PILIERS
Restaurer l'Efficacité

DE LA DURABILITÉ

Écologique, Économique et Sociales

Libérer le Capital de Croissance

Réduire les Vulnérabilités

L' I-fCmattan

Message

de Monsieur le Président de la République, Chef de l'Etat

Ü

En Afrique, la conscience de notre retard, le manque de capitaux, le désir de décoller à

tout prix et - il faut le dire - une forte incitation à le faire rapidement, nous ont conduits à laisser s'installer un système peu rationnel d'exploitation de nos richesses. Nous commençons seulement à en mesurer l'ampleur et les conséquences ". e est en ces termes que je me suis adressé à la communauté internationale à l'occasion de la Conférence des Nations Unies pour l'Environnement et le Développement, en 1992. Huit ans plus tard, il faut bien reconnaître que notre essor économique de ces dernières décennies n'a été acquis qu'au prix de déséquilibres de plus en plus préoccupants pour la nation: -le fossé qui s'est creusé entre nos villes et nos campagnes ne cesse de s'agrandir; - du fait de l'explosion démographique des villes, des ressources et des infrastructures environnementa1es aussi vitales que l'eau potable, l'espace viabilisé, les réseaux de drainage des eaux de ruissellement, deviennent de moins en moins accessibles au plus grand nombre;
- certaines des ressources naturelles qui ont longtemps contribué à la prospérité de notre pays sont en voie d'épuisement.

Ce constat me conduit à une conclusion simple: si nous ne prenons pas les mesures curatives et préventives nécessaires pour donner un environnement de qualité à nos populations, minimiser nos risques environnementaux et assurer une mise en valeur optimale de nos ressources naturelles, c'est notre développement économique et social qui risque d'être compromis. e est pourquoi, au moment où la confiance revient grâce à notre détermination à rétablir nos équilibres financiers internes et externes, il me paraît impérieux d'employer toutes nos forces au rétablissement d'un environnement favorable à l'investissement afin de retrouver le chemin de la relance économique. Mais si nous voulons renforcer et consolider notre effort de redressement, pour profiter durablement des fruits de la croissance, il nous faut aussi déployer un réel effort d'ajustement écologique. Prenant la mesure de ces enjeux, le gouvernement de la République a fait adopter dès 1993 une loi destinée à créer un cadre réglementaire cohérent en faveur de la protection de l'environnement. Mais la peur du gendarme ne suffit plus. Il nous faut changer d'échelle et de paradigme. Le moment est venu, en effet, de privilégier systématiquement les alternatives doublement avantageuses qui font un usage optimal des ressources naturelles tout en minimisant les risques environnementaux : la poursuite de notre marche vers le progrès économique et social dépendra de nos choix technologiques et de notre détermination à nous plier à cette discipline exigeante. Elle dépendra aussi et surtout de nos capacités à anticiper. Pour réconcilier les exigences impérieuses du développement avec le souci de la préservation de notre patrimoine naturel; pour améliorer significativement et durablement notre efficacité économique et nos performances sociales; pour résorber notre passif et donner un environnement de qualité au plus grand nombre de Gabonais, il m'est apparu nécessaire d'agir en amont et de recourir à une approche à la fois intégrée et prospective. e est pourquoi rai chargé le gouvernement de conduire une réflexion stratégique qui a débouché sur Yélaboration d'un Plan National d'Action pour l'Environnement (PNAE). Pour rester à r écoute du processus de préparation du PNAE, rai placé son Comité National de Pilotage sous mon autorité. Aujourd'hui, il m'est particulièrement agréable de constater que dans sa préparation, le PNAE a accordé un haut niveau de priorité à la participation de tous les Gabonais,

de toutes les composantes nationales et internationales de l'espace gabonais dans l'identification des priorités et la construction des solutions à mettre en œuvre. En effet, pour intégrer l'environnement dans l'économie et la société gabonaises, c'est-àdire dans la vie quotidienne de chacun d'entre-nous, l'heure n'est plus seulement aux lois et règlements qui se prennent dans les alcôves de l'administration: le moment est venu de procéder à la décentralisation des responsabilités, aussi bien dans la prise des décisions que dans la mise en œuvre des mesures préconisées. Nous entrons ici dans le domaine de l'expérimentation de nouvelles formes de démocratisation des choix au niveau sectoriel, local et national. C'est un défi sans précédent pour notre pays. C'est aussi l'assurance que les stratégies adoptées s'accorderont à la demande d'environnement des populations, des acteurs économiques et de tous les autres partenaires du Gabon afin de résorber tout décalage entre les attentes du public et la politique de l'Environnement. La nouvelle politique de l'Environnement qui a été adoptée par le gouvernement au titre du PNAE est le cadre qui permettra à ceux de nos partenaires qui nous font le privilège d'investir au Gabon de le faire dans les conditions les plus profitables pour eux, pour l'économie gabonaise et pour la protection de notre environnement. C'est pourquoi je forme le vœu que la mise en œuvre de ce Plan soit l'occasion de développer le partenariat entre le Gabon et la communauté internationale, entre les services publics, le secteur privé et la société civile, dans un domaine qui intéresse la vie quotidienne de tous les Gabonais aussi bien que les engagements internationaux du pays. En écho à l'immensité de nos responsabilités résonnent la diversité généreuse des ressources naturelles du Gabon et la richesse de notre patrimoine culturel. En effet, depuis la nuit des temps et de génération en génération, les Gabonais ont su perpétuer des pratiques de production et des comportements soucieux de préserver l'environnement: respect absolu des forêts sacrées et autres sanctuaires de faune et de flore; mise en défens des territoires de culture, de chasse ou de pêche; observation des totems et des tabous, ... Ces traditions, qui ne visent rien moins qu'à encadrer les comportements individuels et collectifs, sont la traduction, avant la lettre, d'une vigilance environnementale inscrite dans la quotidienneté.

les autres Üêtres" qui nous accompagnent dans l'aventure merveilleuse de la vie : la terre, le minéral,
l'eau, la forêt, l'animal, d'abord comme des manifestations de la vie et pas seulement comme des puits de carbone, des réserves d'eau, de faune ou des gisement de biodiversité, qu'il nous a été permis de préserver un patrimoine aussi merveilleux. C'est pourquoi je me réjouis de l'adoption de ce Plan qui propose de redonner aux Gabonais les moyens de se réapproprier leur mémoire collective de la Nature. Car, dans un monde de plus en plus accablé par les périls environnementaux, c'est en réussissant à préserver les capacités nourricières et protectrices de la Terre que nous apporterons un message d'espoir au reste de l'humanité. C'est animé de la Vision d'un développement durable qui s'accorde à nos traditions culturelles; qui produit les meilleurs résultats écologiques et économiques possibles; et qui renforce nos capacités à lutter contre la pauvreté et les vulnérabilités sociales, que je souhaite que la mise en œuvre du PNAE fasse du Gabon un pays de référence dans le Bassin du Congo.

N'oublions jamais que c'est parce que nos traditions nous prescrivent de reconnaître tous

---El Hadj Omar BONGO

6

Avant-Propos
des Eaux et Forêts,

de Monsieur

le Ministre

de la Pêche, du Reboisement, chargé de l'Environnement et de la Protection de la Nature

Si on prend l'année 1960 comme référence, la croissance économique du Gabon a été impressionnante, comparée à celle des autres pays de la sous-région. Cependant, cette réussite économique, réalisée au prix d'une forte sollicitation des patrimoines forestier, minier, pétrolier et halieutique, se heurte aujourd'hui à plusieurs facteurs limitant parmi lesquels je retiendrai: l'épuisement tendanciel de certaines ressources naturelles (le pétrole, dont les réserves prouvées sont de plus en plus faibles; l'uranium, dont l'exploitation est maintenant achevée, ...J et l'obsolescence d'un outil de production qui date du boum pétrolier des années 1970. En effet, le vieillissement de l'outil de production pénalise la croissance en raison du faible rendement des ressources naturelles et des autres actifs environnementaux. En outre, la contraction de l'espace économique autour des activités forestières, pétrolières et minières qui entretiennent le moteur de Yéconomie gabonaise a alimenté une dynamique de concentration des populations et des établissements humains autour de Libreville, Port-Gentil et Franceville, qui abritent à elles seules plus de 60 % de la population gabonaise, représentant plus de 80 % des salariés du pays. D'où une concentration subséquente du pouvoir d'achat, de la demande en ressources naturelles et des risques environnementaux (accumulations des déchets urbains, des eaux usées, inondations et stagnation des eaux de ruissellement, ...J dans ces centres urbains. Il en résulte une forte compétition pour les ressources (l'eau potable, l'espace habitable, l'énergie, ...J et les prestations environnementales de base (les services de ramassage des déchets, les réseaux de drainage des eaux de ruissellement, ...J, dont la mauvaise répartition constitue un risque de fracture sociale. Alors que la concentration des populations dans les centres urbains tendait à limiter la pression des activités humaines sur le patrimoine naturel aux seules sollicitations de l'économie extractive formelle et des établissements humains, la crise économique de ces dix dernières années se traduit par une forte expansion de '''l'économie extractive informelle", alimentée par la contraction du marché de l'emploi. D'où le développement, sans précédent depuis 1986, des activités économiques de survie: intensification de l'effort de chasse, de pêche, de cueillette, et
accroissement Aux de la pression pertes sur les terres économique suburbaines imputables cultivables,

écologique de l'économie formelle, il faut donc associer l'amplification des risques de surexploitation et de dégradation du patrimoine naturel, dans la mesure où on prélève plus de ressources et on produit plus de nuisances environnementales qu'on ne le ferait si l'on n'était pas pressé par les nécessités de la survie et si l'on disposait d'un appareil de production plus performant. Retrouver le chemin de la croissance économique et du plein emploi dans le contexte d'une économie à faibles performances environnementales associées à un important potentiel de croissance économique non réalisé; d'un capital naturel de plus en plus sollicité par les activités " extractives "; et d'une demande d'environnement de plus en plus pressante de la part des populations les plus défavorisées: tel est l'un des défis majeurs que le Gabon doit relever aujourd'hui pour sécuriser son développement économique.
de croissance

... à la faible efficacité

nement

Ce Plan National d'Action pour l'Environnement (PNAEJ qui a été adopté par le gouveraprès une large consultation de tous les partenaires de l'espace gabonais (les acteurs

économiques, la sodété dvjJe et les élus locaux, les bailleurs de fonds représentés au Gabon...) se propose de contribuer à la réalisation de cet objectif. La ÜVision" gabonaise de l'environnement qu'jJ présente pour les années 2000-2010 peut être énoncée en quelques mots. Il s'agit de mettre l'efficacité écologique au service de la réalisation du potentiel de croissance économique, de l'accroissement des profits des entreprises, de la création d'emplois et de la réduction des vulnérabilités sociales. Efficadté écologique, croissance économique et lutte contre la pauvreté, tels sont les Ütrois pjJiers " sur lesquels s'appuie la nouvelle politique gabonaise de l'environnement pour gagner le pari de la proximité et de la durabjJité. Par sa position dans le Bassin du Congo; son patrimoine naturel exceptionnel; sa pression démographique relativement faible; et sa pOlÏtique de l'environnement qui vise à donner au pays la force et la cohérence attachées à une vision stratégique partagée par tous les acteurs ainsi que les instruments opérationnels nécessaires à l'action (une nouvelle charte des investissements; un nouveau code minier; une nouvelle législation forestière et une nouvelle fiscalité forestière; une convention avec les opérateurs pétrohers sur les risques de pollution par les hydrocarbures, ...), le Gabon dispose d'atouts incomparables en matière de conservation de la biodiversité et de production des services écologiques globaux. La mise en œuvre du Plan National d'Action pour l'Environnement vise à renforcer cette vocation. En résumé, notre ambition est double. Il s'agit de faire de la protection de l'environnement le combustible de notre politique de développement et de solidarité nationale et de positionner le Gabon comme un pays de référence dans le Bassin du Congo. A la lecture de ce document final, chacun remarquera que les préconisations du PNAE procèdent davantage du mode d'emploi" que des proclamations rhétoriques qui sont souvent associées au développement durable. Finalement, jJm'est très agréable d'exprimer ma profonde gratitude aux représentants des baj1Jeurs de fonds accrédités au Gabon qui ont bien voulu nous accompagner dans la formulation de ce Plan d'Action (l'Allemagne, la BAD, la Banque Mondiale, la Belgique, le Canada, l'Espagne, la France, l'Italie, le Japon l'Union Européenne, les USA). Je sais pouvoir compter sur le partenariat de tous dans la mise en œuvre du PNAE. Le Plan d'Action pour l'Environnement dont nous préparons id la mise en œuvre a été co-financé par le Gabon et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUDJ. Il me plait d'exprimer ma sincère reconnaissance au PNUD et de lui renouveler le vœu du gouvernement de continuer à bénéfider de son appui et de son expérience. Enfin je sais combien jJ est laborieux, dans un contexte de pénurie d'informations, de conduire une analyse transversale de l'état de l'environnement pour produire une stratégie nationale appliquée à rechercher une ergonomie aussi satisfaisante avec les attentes de tous les publics concernés et les contraintes économiques, soda1es et culturelles. Aussi est-ce un réel motif de satisfaction et une drconstance agréable pour moi de saluer id le travajJ accomph par la Cellule de Coordination du PNAE qui a su tenir l' équjJibre entre les dires d'experts" et les conclusions des consultations nationales et sectorielles.
Ü Ü

8

Les Auteurs Ouvrage réalisé sous la direction du Prof (HDR) Juste-L. BOUSSIENGUET, Coordonnateur du PlAN NATIONALD' ACTION pour L'ENVIRONNEMENT (PNAE) Coordination générale et secrétariat de rédaction: Prof Juste-L. BOUSSIENGUET et Dominique MESTRE.

. .

Repères: Juste-L. BOUSSIENGUET et Dominique MESTRE Les ressources forestières: Juste-L. BOUSSIENGUET

.
. . . . . . . . . .

L'étatde la biodiversité: Juste-L.

BOUSSIENGUET

L'espace maritime et les ressources halieutiques: Juste-L. BOUSSIENGUET Agriculture, Elevage, Agro-industries et ressources en sols: Juste-L. BOUSSIENGUET Ressources en eau et Risques naturels: Dominique MESTRE Ressources du sous-sol et activités extractives: Dominique MESTRE et Juste-L. BOUSSIENGUET Energie: Dominique MESTRE Environnement urbain: Dominique MESTRE Industrie Dominique MESTRE et Dr Etienne MAKAGA Paysages et Ressources touristiques Dominique MESTRE Export-Import et Transports Juste-L. BOUSSIENGUET Société Culture et environnement Juste-L. BOUSSIENGUET et Dominique MESTRE

.
.

28ans de (( gouvernance))

de l'environnement

Juste-L.

BOUSSIENGUET

Le Ciblage de l'Effort Juste-L. BOUSSIENGUET, Dominique MESTRE et Dr Etienne MAKAGA

.
.

Le Gabon face à ses enjeux environnementaux
Quatre scenarii pour l'environnement Juste-L. BOUSSIENGUET

: Juste-L.

BOUSSIENGUET

. . .

La ((vision)) gabonaise de l'environnement pour les années 2000-2010 :

du Gabon: Juste-L. BOUSSIENGUET

Les principes d'Action: Juste-L. BOUSSIENGUET et Dominique MESTRE La traduction sectorielle de la stratégie: Juste-L. BOUSSIENGUET
MAKIKAS LOMBA,

Secrétariat Administratif: Marie-Christine NGUEMA MBA, Edwige Amanda OYONO (Consultant), Blanche MABETIKI et Lydie KANGA

Cartographie: Association EQUATEUR. Traitement des données et préparation de la cartographie Etienne MAKAGA, Georges MBA ASSEKO, Dr Solange LOUBAMONO (Consultant), Jean-Bruno MIKISSA (Consultant), Martial AGONDONGO (Consultant), sous la direction de Juste-L. BOUSSIENGUET et Dominique MESTRE. Révision: Moïse MlKENI DIENGUESSE (Journaliste Consultant) et Kayi MENSAH (Consultant) Editions L'Harmattan Directeur de la Publication: Richard ONOUVIET, Ministre des Eaux et Forêts, de la Pêche, du Reboisement, chargé de l'Environnement et de la Protection de la Nature

9

SOMMAIRE

I. L'état du Gabon au seuil des Années 2000

II. Une vision, 100 Mesures pour l'Environnement

Repères Etat de l'Environnement au Gabon à l'aube de l'an 2000

Les acteurs de l'environnement

. .

Société, culture et environnement 28 ans de « gouvernance)) de l'en: S'engager

. . . . . .

vironnement

globalement,

L'état des milieux et des pressions
Les ressources forestières L'état de la biodiversité
L'espace maritime et les ressources

agir localement

Le ciblage

des efforts
à long

halieutiques Agriculture, élevage, agro-industrie et ressources en sols Ressources en eau et risques naturels . Ressources du sous-sol et activités extractives Energie Environnement urbain

Priorités et Tendances terme: agir ou réagir?

.

Que faire: Moyens

les Voies

et les

. .
.

. Industrie . Paysages et ressources touristiques

«Export -import )) et Transports

Le Gabon face à ses enjeux environnementaux Quatre scénarii pour l'environnement du Gabon La « vision )) gabonaise de l'environnement pour les années 2000-2010 Les principes d'action La traduction sectorielle de la stratégie

. . . .

.

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Préface

L'image de l'Eldorado, même défraîchie par une conjoncture économique difficile, ne cesse de coller au Gabon depuis que sa croissance s'est envolée dans les années soixante-dix. Celle-ci reste structurellement inféodée, aujourd'hui comme hier, à l'activité extractive destinée à l'exportation. Le contre-choc pétrolier en mettant en pleine lumière la fragilité d'une économie de rente obéissant aux lois d'une mondialisation implacable, a accéléré, sinon provoqué, la prise de conscience de la nécessaire intégration à l'économie des paramètres écologiques. La problématique des ressources renouvelables ou non-renouvelables, dans l'hypothèse de l'après-pétrole, avait déjà suscité, en plein cœur du boom pétrolier, un début de réflexion sur l'exploitation de la Nature, dans la perspective de ce qu'on allait bientôt appeler le (( développement durable y). Peu à peu les préoccupations environnementales prenaient place dans le discours politique et les débats de société. Des facteurs tant exogènes qu'endogènes ont concouru à la prise en compte de la dimension environnementale. La mondialisation engendre des inquiétudes quant au futur de la planète: effet de serre, couche d'ozone, préservation de la bio-diversité etc., sans oublier la sensibilité particulièrement vive des écologistes du Nord envers les forêts tropicales, ne peuvent laisser aucun pays indifférent à ces enjeux planétaires qui s'annoncent décisifs pour l'évolution du monde. La Conférence de Rio - le (( sommet de la terre )) - en soulignant l'interdépendance entre développement et environnement, a mis en relief la complexité de leur articulation. Mais, parallèlement à la dimension mondiale des questions environnementales, celles-ci se manifestent avec une force croissante à l'échelle locale. Les inondations exceptionnelles de 1988 dans le bassin de l'Ogooué, et les atteintes récurrentes au cadre de vie de la fraction la plus vulnérable de la société, consécutives à une urbanisation mal contrôlée, ont montré l'urgence des actions à entreprendre. Au-delà des réflexions planétaires, les questions d'environnement investissent le quotidien. L'environnement commence devant sa porte. Ni l'exploitation des ressources naturelles, ni l'aménagement désormais faire l'impasse de leurs implications environnementales. de l'espace, ne peuvent

Le Gabon se trouve confronté à un double défi. Au plan économique, il lui faut passer d'une activité extractive primaire à une gestion économe des ressources préservant l'avenir. La forêt constitue le champ tout désigné pour l'application de méthodes d'exploitation permettant le maintien de la productivité des écosystèmes, qu'il s'agisse de la coupe du bois ou de la chasse. La même chose vaut pour la pêche. L'extraction des minerais et des hydrocarbures répond à d'autres logiques: on peut en attendre une meilleure valorisation de la ressource et une réduction des pollutions et autres dommages causés au milieu naturel. Le second défi concerne la gestion au quotidien de l'environnement proche. De ce point de vue, le Gabon se distingue des autres pays africains par un taux d'urbanisation exception-

nellement élevé et la concentration de 40 % de ses habitants dans la capitale. Aussi, bien qu'il soit réputé (( sous-peuplé y), ce qui avec une densité générale inférieure à 4 hablkm2 est globalement vrai, il n'échappe pas aux effets des concentrations ponctuelles: pressions sur la terre, sur la ressource cynégétique et halieutique, érosion urbaine, accès à l'eau potable, assainissement etc. C'est à cette échelle des villes gabonaises et des extensions péri-urbaines que se posent dès maintenant les principaux problèmes environnementaux. Ils sont indissociables des dynamiques de polarisation urbaine impliquant toute la complexité des stratégies sociales et spatiales. Quels que soient les sites urbains, en bord de mer ou de fleuve, la question de l'eau adduction, assainissement, ruissellement, érosion, inondation - est primordiale. I: eau véhicule la vie, mais aussi la destruction, la maladie et la mort. Or l'urbanisation concentre tous les risques sur des espaces restreints. Non maîtrisée, la déferlante de la croissance urbaine a entraîné l'occupation incontrôlée du sol: habitat dit ((spontané y),construction dans des zones en principe non aedificandi telles que les pentes fortes ou les fonds de vallons inondables. Chaque saison des pluies réédite des désastres urbains à forte connotation sociale. Les populations des quartiers équipés d'un réseau de drainage des eaux de ruissellement gardent les pieds au sec, celles des quartiers sous-intégrés pataugent dans la boue. C'est pourquoi les actions environnementales constituent de véritables actes politiques.
:

elles se situent aujourd'hui

au cœur des politiques

urbaines. La tâche est donc immense. Le grand mérite du Plan National d'Action pour l'Environnement est d'avoir exploré, dans leur transversalité, tous les domaines concernés par l'environnement, au sens large du terme, le seul à vrai dire qui ait un sens car la nature et la société dans ses expressions économiques, culturelles ou politiques - sont insécables. La vigilance environnementale doit accompagner l'anthropisation du milieu: à oublier qu'on ne commande à la nature qu'en lui obéissant, on s'expose en effet à de graves désordres en créant des risques difficilement maÎtrisables. Pleinement conscients de tous ces enjeux, les auteurs du PNAE ont mené une réflexion ô combien nécessaire et utile: les mesures préconisées, fondées sur une analyse rigoureuse de ses spécificités, aideront le Gabon à répondre aux nouveaux défis économiques et sociaux. Le temps des prélèvements inconsidérés et insoucieux de l'avenir est révolu. Le temps du laisser-faire dans les lieux de concentration humaine l'est aussi, le coût de restauration d'un cadre de vie acceptable, sinon optimal, devenant prohibitif au-delà d'un certain seuil dont les événements de ces dernières années ont montré qu'il risquait d'être atteint. Le Gabon se trouve désor-

mais de plain-pied dans l'ère de l'environnement

-

un environnement placé au centre du

système d'exploitation de la nature et de gestion de la société. Pouvoirs publics, acteurs économiques, simples citoyens, chacun est concerné par cette véritable révolution dans les représentations du monde et les comportements quotidiens.
Roland POURTIER Professeur à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

12

... Un Dernier Mot du Coordonnateur:

Agir au lieu de réagir

Le Plan National d'Action pour l'Environnement dont les conclusions sont déposées ici, a pour ambition de contribuer à donner une impulsion nouvelle au domaine de l'Environnement. L'objet de ce projet de document final est double:

. présenter
.
contribuer

une radioscopie de l'environnement
à l'identification

gabonais au seuil du troisième millénaire;
(( Projet )) de

des pistes à explorer pour définir un nouveau

gestion de ce secteur.
Pour atteindre les acteurs intéressés ces objectifs, ce Plan d'Action se propose de mettre à la disposition un document dont nous souhaitons qu'il contribue à : de tous

.

surmonter les difficultés d'accès à l'information environnementale; le manque d'analyse transversale du secteur.

. pallier

Il s'agit tout d'abord, d'offrir au lecteur des repères aussi (( sûrs )) que possible pour lui permettre d'apprécier les pressions qui s'exercent sur l'environnement gabonais, et par la suite, d'explorer l'avenir.

Il s'agit aussi, de proposer aux habitants et aux partenaires de l'espace gabonais, une (( vision )) moins segmentée des contraintes et des opportunités environnementales du territoire dans lequel ils vivent et investissent afin de faciliter l'identification des priorités, la réévaluation des objectifs et Yétablissement des partenariats. Le premier volume du Plan d'Action intitulé (( L'état du Gabon au seuil des années 2000)) répond à cette double préoccupation. Dans le choix des enjeux qui sous-tendent la construction de la stratégie environnementale préconisée ici, nous nous sommes efforcés de tenir compte de la diversité et de la complexité considérables des intérêts en jeu, et nous avons tenté de concilier tous les points de vue en présence. Pour ce faire, au-delà des études réalisées par le PNAE, et dont on trouvera la liste en annexe du présent document la formulation de ce Plan s'est constamment appuyée sur les conclusions d'un processus participatif qui a pris la forme de plusieurs consultations nationales, provinciales et sectorielles.

13

Au total, ce sont en effet plus de 800 décideurs, experts, élus, notables locaux et personnes-ressources, appartenant à tous les segments de la société gabonaise, qui ont été associés à la formulation du Plan National d'Action pour l'Environnement, du Premier Ministre aux membres du gouvernement et aux Ambassadeurs accrédités au Gabon, du secteur public au secteur privé en passant par la société civile, les baÏ11eurs de fonds et les médias. Le lecteur trouvera en annexe la lÏste non exhaustive des institutions et des personnes qui ont bien voulu accompagner la Cellule de Coordination du PNAE dans la formulation du diagnostic et la construction des solutions préconisées ici. Ce sont les conclusions de ce processus participatif qui ont orienté le choix des priorités: la gestion des déchets, l'approvisionnement en eau potable, l'insalubrité et la lutte contre les inondations, la préservation du potentiel faunique et la protection de la biodiversité, la reconquête des forêts atlantiques, la préservation des ressources côtières et du potentiel halieutique, la maîtrise des risques miniers et pétroliers, l'amélioration des performances écologiques de l'outil de production, l'utilisation optimale du potentiel énergétique, ... Donner un environnement de qualité au plus grand nombre, se positionner comme un pays de référence dans le Bassin du Congo: tels sont les deux axes autour desquels s'organise la nouvelle politique de l'environnement préconisée par le Plan d'Action dans son second volume sobrement intitulé (( Une vision, 100 mesures pour l'environnement y). Il s'agit de donner un signal fort aux populations, en affjchant la vision conviviale d'une politique environnementale de proximité, qui ne s'adresse pas seulement aux préoccupations du long terme. L'objectif visé ici est d'assurer la mobjJisation des acteurs en faveur de la qualité de l'environnement et de contribuer à assainir un climat social qui pourrait être affecté par la compétition pour des ressources naturelles de plus en plus rares (la faune, les ressources halieutiques, les produits de cueÏ11ette, l'espace habitable et les terres de culture en mjJieu urbain et périurbain, ...) et la multiplication des (( espaces excluants Y),dépourvus d'eau potable, d'espace viabjJisé, de services de ramassage des déchets, de réseau de drainage des eaux de ruissellement,

Il s'agit aussi d'améliorer les performances écologiques des secteurs les plus sensibles du point de vue de l'environnement (la foresterie, la pêche, la chasse, les mines et les hydrocarbures, ...) pour minimiser leur impact sur l'environnement et exprimer le potentiel non réalisé de l'économie. Corrélativement, jJ importe de mettre le Gabon sur la voie de la bonne gouvernance dans le domaine de l'environnement si l'on veut profiter durablement des fruits de rajustement structurel tout en se donnant ]'jmage de marque d'un opérateur sérieux, désireux d'utiliser son patrimoine naturel dans un souci de maîtrise des risques écologiques. Rapportée au potentiel de conservation des forêts guinéo-congolaises qu'on prête au Gabon, cette option stratégique devrait tout à la fois, sécuriser les baÏ11eurs de fonds et les investisseurs et facjJiter la mise en œuvre des mesures préconisées. Elle énonce le deuxième signal fort du Plan d'Action.

14

Au moment où nous déposons les résultats de cet exercice de planification, il m'est particulièrement agréable d'espérer que la subjectivité avec laquelle chacun perçoit les problèmes d'environnement a bien été préservée, et que tous les partenaires du PNAE se reconnaîtront dans ce Plan qui est avant tout le leur. Qu'il me soit permis de renouveler à tous la profonde gratitude de la Cellule de Coordination du PNAE pour leur contribution inestimable. Finalement, la vocation de cette synthèse utilisable à plusieurs niveaux : est aussi d'être un document de référence

.

celui des institutions et des administrations, pour lesquelles la concertation avec le secteur privé et la société civile devient une exigence de plus en plus impérieuse pour l'action, et qui doivent par ailleurs optimiser leur stratégie au regard de la compétition sans merci des pays voisins; des acteurs économiques, qui disposent des moyens techniques, financiers et humains nécessaires à l'amélioration des performances écologiques de l'économie gabonçâse, et qui sont désireux d'intégrer la dimension environnementale aux perspectives de développement de leurs activités; des populations et de la société civile, qui doivent cesser d'être des (( usagers )) passifs pour devenir des partenaires à part entière de la gestion d'un environnement pour lequel leurs attentes se font de plus en plus pressantes; des bailleurs de fonds, enfin, qui disposent désormais, sur un support unique, d'une information cohérente, s'efforçant de transgresser les frontières sectorielles. il me paraît souhaitable de recommander une large diffusion de ce

. celui

. celui

. celui

C est pourquoi document.

Compte tenu de l'originalité de sa démarche, ce travail ne revendique pas l'exhaustivité, bien au contraire. Il inaugure une approche transversale, nouvelle, qui écarte les effets de mode et évite scrupuleusement les prises. de position émotionnelles, pour proposer une (( stratégie nationale )) qui s'est appliquée à recherchet une ergonomie aussi satisfaisante que possible avec les sphères économique, sociale et culturelle. Enfin, il m'est particulièrement agréable de présumer que ce Plan répond, à la fois, à l'attente de tous les partenaires de l'environnement gabonais, et à l'impérieuse nécessité d'agir avec de meilleures garanties de succès; au lieu de réagir. Au regard des écueils surmontés grâce à l'appui constant du gouvernement et du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), qui ont financé cet exercice de planification stratégique, et aux concours de la Banque Mondiale, qui l'a soutenu, il me plaît d'espérer que la graine semée ici finira un jour par lever.
Prof. (HDR) Juste-L. BOUSSIENGUET, Coordonnateur National

15

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Où l'on construit les outils nécessaires pour déchiffrer les problèmes d'environnement au Gabon.

De profonds changements... dans une étonnante continuité
Les profondes mutations économiques, techniques et sociales, et les changements considérables intervenus dans les modes de vie ainsi que dans les rapports entre les hommes et la Nature, ont certainement affecté l'impact des activités humaines sur l'environnement gabonais, reflétant par ailleurs les évolutions à venir.

L'objet de ces repères est de proposer

au lecteur un contexte général destiné à

:

.

Présenter un macro-cadrage environnementale ;

écologique, économique,

sociologique

et culturel à l'action

. .

dessiner les pistes nécessaires à l'organisation de la réflexion stratégique sur la durabilité des secteurs d'activité les plus sensibles du point de vue de l'environnement;
faciliter l'identification des grandes tendances de l'environnement au Gabon et améliorer

la lisibilité des progrès réalisés et des difficultés rencontrées depuis 30 ans dans la gestion de ce secteur, afin de contribuer à esquisser les contours des problèmes environnementaux auxquels le Gabon doit faire face, à court et à moyen terme.

C'est pourquoi nous avons pris la liberté de recourir à la longue durée, pour tenter d'identifier les logiques structurantes qui orientent les activités socio-économiques et les choix technologiques, dans le but de faciliter la mise en perspective des réalités contemporaines et l'exploration de l'avenir.

18

I

Macro-cadrage

économique,

social, culturel

et technique

"De la cueillette en forêt du caoutchouc, du padouk et de l'ivoire à l'exploitation sous-marine des hydrocarbures la distance technologique est immense, mais le résultat est semblable: l'économie gabonaise a constamment été subordonnée à l'activité extractive ". Roland Pourtie0 Le Gabon (1989)

1.1. - L'ampleur
mutations techniques

des sodo-économiques, et géographiques

lier et forestier, puisque la contribution du secteur primaire au PIE a été multipliée par 90 dans la même période.

. 1.1.2 . Des

mutations

techniques

et

Bien que les séries longues manquent dramatiquement, les quarante dernières années ont été marquées par des mutations économiques, sociologiques, technologiques, qui ont provoqué des changements profonds dans les modèles de production et de consommation, les modes de vie et les comportements, et donc dans les problèmes d'environnement.

sociales majeures Pour développer les activités extractives, d'une part, et assurer la construction de l'Etat et le développement des missions de souveraineté, d'autre part, le secteur des infrastructures et des équipements de base a connu une profonde mutation. Pendant 20 ans, de 1968 à 1988, c'est 47 à 90 % du budget d'investissement de l'Etat qui ont été consacrés aux infrastructures et aux équipements. Cet effort remarquable a porté tout particulièrement sur le secteur des transports, de l'énergie, des télécommunications, de la santé, de l'éducation, de l'urbanisation et de l'aménagement du territoire, ...
Tableau I . Effort d'investissement de l'État en matière d'infrastructure et d'équipement (en pourcentage du budget d'investissement)
1968 1970 1972 1974 1976 1978 1980 1982 1984 1992 1994 1996

. 1.1.1.. Des performances
exceptionnelles

économiques

Sur le plan économique, l'évolution de quelques agrégats macroéconomiques simples, rapportée en prenant l'année 1960 comme référence, est très éclairante sur l'ampleur des changements économiques, techniques et sociaux. Elle permet de constater, d'abord, que globalement, les performances économiques exprimées en taux de croissance du PIE ont été particulièrement remarquables, comparées à celles de la sous-région. Dans l'ensemble, l'économie gabonaise a connu une croissance forte, soutenue et prolong~e. L'évolution de quelques indicateurs (exprimée, malheureusement, en francs courants) sur la période 1960 - 1997, permet d'apprécier le caractère exceptionnel de cette croissance: - le PIE a été multiplié par 95 ; - Le budget général de l'État par 140, et le budget d'investissement par 388 ; - Les ré cettes budgétaires par 125 ; ont été multipliées

59 47

62 89 90

78 70 73 67 68 53 28 40

57 51

Source: DGE. 1997.

C'est que l'évacuation jusqu'à la côte des produits du sol et du sous-sol, qui constitue l'épine dorsale de toute économie "extractive", est fortement tributaire des infrastructures de communication. De plus, il faut observer que sur le plan social et politique, le rôle des communications est primordial dans la colonisation de l'espace et
Carte
I
Ebolowa

- Les exportations ont été multipliées par 121 (221 pour les exportations de pétrole) et les importations par 44. Cependant, bien que soutenue, la croissance économique de ces quarante dernières années n'a été obtenue qu'au prix d'une importante consommation des patrimoines minier, pétro-

o '----'

100 km routes en projet Je Gabon. Notes documentaires et Études t 948. POURTlER 1989

Source:

20

Carte 2 Réseau

routier en 1956

-

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100km

bacs vitesse horaire (étalonnée avec un véhicule "Renault Savane" 2 ponts) 50 km et plus == _30à50 moins de 30 maquette de l'Etat-Major mililaire 1956

.,

Source: Service de l'AEF d'après POURTfER 1989

la circulation des idées et des hommes, surtout dans ce pays au relief tourmenté et à la pénétration difficile, et dont la capitale était à peine reliée

à l'hinterland en 1960 (carte des voies de communication en 1948 et 1956). Dans ce contexte, la première préoccupation de la République gabonaise naissante fut de redéployer les infrastructures de communication sur l'ensemble du pays, et de recentrer les échanges, en vue d'organiser et de "marquer" le territoire national. D'où la priorité accordée au rail et aux transports aériens et, plus récemment, à la route, en complément du réseau fluvial, maritime et lagunaire, qui permit jadis l'essor des activités forestières dans la plaine côtière. Cet objectif a été partiellement réalisé à la faveur du boum pétrolier des années 1968-1987. Ce qui a permis une véritable transformation du pays dans le domaine des infrastructures de

3 Principales infrastructures de transport en 1997 Carte

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Route Moderne Bitumée (RMB, Route Moderne Route Ordinaire Latéritée (ROL, Piste Aménagée Chemin de Fer Gare

Bitumée et Route Ordinaire ROB) Large Lateritée (RMLL) et Route Moderne Étroite RMEL) et Piste (PA, P)

+
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Aéroport Aérodrome

international intérieur public

....

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Chef-lieu Chef-lieu
Sou'ce'

de province de département
PAPSUT, Ptan "'nocleu, inlennodal des lnonspons. 1998

21

communication. C'est ainsi que furent réalisés 658 km de chemin de fer; des infrastructures aéronautiques parmi les plus denses d'Afrique, avec 3 aéroports de classe internationale (Libreville, Port-Gentil et Franceville) et une trentaine d'aérogares à vocation commerciale; un port minéralier, ainsi que 1 300 km de routes bitumées et 7 000 km de routes en latérite ou en terre.
Graphique I - Evolution des réseaux électriques ( 1975-1996)
3000 2500

Graphique 3 Evolution des abonnements d'eau (1960-1996)
50 000 C> w

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Source. d'activité

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statistiques

SEEG Rapport annuel exercice 1996, SEEG/DG . Fiches exercices 1988-1997, MEN/IPN: Atlas illustré du Gabon

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6, 1 000 c: o ..J 500

Corrélativement, on a assisté à une concentration de l'habitat rural le long des voies carrossables et ferroviaires, alors que le reste du territoire était vidé de ses habitants.

o 1974

Graphique 4 - Evolution du nombre d'abonnés
1977 1980 1983 1986 Années 45 000 1989 1992 1995 1998

au téléphone

( I 960-1997)

Source: SEEG/DG. Fiches statistiques d'activité 1988-1997, SEEG: 1996, Marchés tropicaux. 1960-1980, Roland POURTIER tome Il

Rapport annuel 40 000 35 000 ,g: 30 000 c: c: ..8 25 000 co '" 20 000 E o Z 15000

Avec le développement du réseau routier et la construction du chemin de fer, l'exploitation forestière, antérieurement limitée à la zone côtière, s'est ouvert de nouveaux horizons à l'est du pays, livrant par là même des espaces nouveaux aux établissements humains, à l'agriculture itinérante et aux activités cynégétiques et de cueillette, ...
Graphique 2 - Evolution de l'infrastructure routière 1936-1997
9000 8000 7000 6000 w o Z 5000
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10 000 5000

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Source: Direction

1969

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1981 Année

1985

1989

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1997

9énérale

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C 3000 2000 1000

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1936 1947 1960 1971 1976 1980 1984 1985 1994 1995 1997 ANNEE Source: SEEG/DG : Marchés Tropicaux 1960-1980, PAPSUT, 1997, MECI DGTP . Mémento de la route 1996, POURTIER, 1989, TECSULT/PAPSUT : Plan directeur intermondal des transports, 1998, MFEP/DGE: 25 ans d'économie, 1986

Sur le front social, la profonde mutation des communications, qui a "rapproché" les capitales provinciales de Libreville, a confirmé la vocation administrative et "politique" des villes de l'hinterland, et suscité le développement des équipements collectifs et des services publics (santé, éducation, énergie, eau potable, sécurité, .. .), contribuant ainsi à l'essor démographique des centres urbains secondaires. Attirées par les" avantages" réels et supposés de la

22

ville, l'essentiel des populations de l'intérieur, qui n'avaient pas encore migré dans les grandes agglomérations, a trouvé refuge dans les capitales provinciales et les centres urbains de moindre importance qui leur sont associés.
Graphique 5 - Evolution des indices démographiques (1960-1997)

mortalité de 30 à 15 %0et l'espérance naissance de 32 à 53 ans.

de vie à la

Ces progrès se sont traduits par un doublement de la population, dont le taux de croisGraphique 7 - Evolution de la population par tranches d'âges (I 960 à 1993)
500 000 400 000

200

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Ctasses Source: 1993 MC/SC/INSEE: Recensement

d'âges 1960-1961, MPAT/DGSEE/BRC' Recensement

Source: Population gabonaise - Thése 1977, MSPP/DESMC/SSS: Annuaires sanitaires 1993 et 1995, MSPP: Profil pays 1994, OMS/MSPP' Ille Evolution des stratégies de la santé pour tous d'ici l'an 2000 - OMS MSPP Oct. 90

Dans le domaine des infrastructures de santé publique, la moisson des efforts de ces dernières décennies est remarquable, puisqu'en 30 ans (1960-1990), la mortalité infantile est passée de 200 à moins de 100 %0,le taux brut de
Graphique 6 Evolution de l'espérance de vie (1960-1995)
60
50 .. ,~
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-

sance est cependant demeuré inférieur à la moyenne africaine de 3 %, ainsi que par une forte tendance au rajeunissement, puisque le segment des 0 à 15 ans représentait 43 % de la population en 1993, contre 29 % seulement en 1960. D'où une demande quantitativement croissante en ressource environnementale. Parallèlement, le parc automobile, qui est en augmentation constante, a doublé en 20 ans, passant de 19000 véhicules en 1977 à 40000 unités en 1998 (dont 50 % environ de véhicules particuliers), tandis que la consommation des produits pétroliers a été multipliée par 40 % pendant la même période, et la longueur du réseau électrique par 3.

40
30 20 10

. 1.1.3. - Villes et campagnes:
ment à deux vitesses

un environne-

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Périodes

Source: MC/SC/INSEE: Recensement 1960-1961, MPAT/DGSEE/BRC: Recensement 1993, MEN/IPN : Atlas illustré du Gabon, MSPP/DESMA/SSS : Annuaires statistiques 1993 et 1995

Toutefois, de tous ces changements, c'est sans doute la montée sans précédent du phénomène urbain, corrélativement à l'évolution des équipements collectifs et des infrastructures urbaines qui accompagne le développement des fonctions de souveraineté et la forte croissance des activités de services (commerce, banque, assurance, transport, ...), qui est la mutation la plus flagrante de ces 40 dernières années.

23

Avec 73 % de sa population concentrée dans quelques centres urbains, contre 22 % seulement dans les années 1960, et un nombre de villages qui a diminué de moitié entre le recensement de 1960 et celui de 1993, le Gabon se place en tête des pays les plus urbanisés d'Afrique, voire du monde.
Tableau 2 Évolution du nombre de villages gabonais

Graphique

10 Evolution de la répartition de la population (1960 à 2018)

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1994

2000

2006

2012

2018

4228
Source: POURTIER 1989, Recensement

2874
de la population, 1993

2000

Source: Roland POURTIER Le Gabon tome l, MC/SC/lNSEE MPAT/DGSEE/BCR: Recensement 1996,

: Recensement

1960-1961,

Graphique 8 Evolution de la superficie et

-

de l'habitat à Libreville (1955 à 1993)

multipliée par 12 en 25 ans (1967-1994), et les besoins en eau potable par 8 pendant la même période, sont devenues de véritables dévoreuses d'espaces et de ressources naturelles. Tant et si bien que les contraintes d'environnement tendent à se déplacer vers les problèmes de traitement des déchets urbains; d'approvisionnement en eau potable, en énergie, en terres de culture, en vivres; de qualité et de disponibilité de l'espace habitable,

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6000 4000

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1959

1964

1969

1974 Année secteur

1979

1984

1989

1994

Source: MPAT/PAPSUT : Diagnostic Recensement de la population, 1993

urbain,

1997,

MPAT/DGSEE/BCR

:

D'où, également, un glissement en faveur des problèmes qui, sans être nécessairement urbains, procèdent de la concentration des populations et de la demande en ressource environnementale dans les centres urbains. D'ou aussi le développement, paradoxal pour un pays peu peuplé, d'une intense compétition pour les ressources naturelles, et notamment pour la terre, la plus limitée des ressources naturelles. Cependant, malgré les efforts considérables qui ont été consentis dans les domaines des infrastructures sanitaires, de la santé maternelle et infantile et de l'éducation de masse, les affections associées à la potabilité de l'eau (maladies diarrhéiques, bilharzioses, amibiases...) et celles qui sont liées à la qualité de l'environnemeht, au cadre de vie et à l'insalubrité (paludisme, notamment) constituent la première cause de mortalité (150/00) en général, et de mortalité infantile (94 %0) en particulier (OMS, 1997). Dans ce tableau, le paludisme représente à lui seul plus de 25 % des hospitalisés, et les amibiases, 25 % des patients (Source: Dr MOUROU, 1997.- Actes du Séminaire de lancement du PNAE).

Plus significative encore est la situation de Libreville, la capitale, qui abritait 41 % de la population gabonaise en 1993, contre 6 % seulement en 1960. Corrélativement à cette forte concentration des populations, les villes et particulièrement Libreville, dont la superficie a été
Graphique 9 -Ventes et cessions d'eau
( 1960-1996)
35
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Source: SEEG/DG : Fiches statistiques d'activité 1988-1997, SEEG : Rapport 1996, Marchés tropicaux: 1960-1980, Roland POURTIER tome Il

annuel

24

Parallèlement et par contraste, on ne peut que constater que la dynamique de l'urbanisation qui accompagne les activités extractives et qui contribue à la dégradation de l'environnement, conduit à la dévitalisation des zones situées en dehors du dipôle Libreville-Port Gentil/Franceville-Moanda-Mounana) et qui constituent les principaux pôles de développement du pays. Ainsi, les 45 % de la population qui vivent sur plus de 90 % du territoire national, ne contribuent au PIE qu'à hauteur de 7 %. D'où la création d'îlots de prospérité qui concentrent les populations, le pouvoir d'achat, l'emploi, les équipements collectifs (écoles, hôpitaux, eau potable, électricité, routes, ...) dans les villes et, à l'intérieur de celles-ci, dans les quartiers dits" intégrés" . Sur le plan du bien-être des populations, deux fractures se superposent: il y a, d'une part, le fossé qui s'est creusé entre les citadins et les ruraux, et qui n'a cessé de s'agrandir, et, d'autre part, la démarcation, dans les agglomérations urbaines elles-mêmes, entre les quartiers sous équipés et sous intégrés et les "autres". De sorte que, si l'on n'y prend garde, cette mauvaise répartition des ressources environnementales pourrait affecter la cohésion sociale en renforçant les ressentiments et les insatisfactions suscités par l'appartenance aux "espaces excluants", dépourvus de ressources aussi vitales que l'eau potable, le silence, l'énergie, les réseaux de drainage des eaux de ruissellement, les systèmes de ramassage des déchets, l'espace viabilisé, ... Finalement, la très forte croissance des infrastructures et la concentration des services publics et des équipements collectifs dans quelques centres urbains n'ont pas été sans conséquence sur l'équilibre démographique du pays et donc sur la demande d'environnement et la répartition des risques environnementaux dans l'espace.

prospérité ont attiré une proportion sans cesse croissante d'étrangers. De 1930 à 1997, le nombre d'immigrants a été multiplié par 132, passant de 1 157 à 153 490.
Graphique Il . Evolution de la population étrangère (1935 à 1993)
180000 160000 140000 120000
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f 100000

E 80000 o Z 60000 40000 20000 o 1934 1941 1948 1955 1962 Année Source: MC/SC/INSEE: Recensement 1996, François, Population du Gabon, 1996-1961, MPAT/DGSEEIBCR: Univ. Sorbonne, 1977 Recensement 1969 1976 1983 1990

.

1.1.4. - Urbanisation, migrations,
et durabilité

citoyenneté

Rapportées à la sous-région, les performances économiques du Gabon et sa relative

Parallèlement, d'importants mouvements migratoires internes ont accompagné le processus d'urbanisation et de mise en valeur de la plaine côtière: près de 50 % des habitants des agglomérations urbaines de Libreville, Port Gentil et Franceville sont originaires des provinces de l'intérieur. Le rush forestier de 1924 et la ruée vers l'or noir des années 1970, se sont traduits par un afflux considérable de populations coupées de leur propre terroir et de leurs ressources ancestrales. Finalement, le Gabon est, par excellence, un pays d'urbanisation récente: il y a seulement quarante ans, à l'aube des indépendances, la proportion (20 %) de la population urbaine était quasiment l'inverse de ce qu'elle est aujourd'hui. Toutes les études le confirment: comme l'immigrant, le citadin gabonais est en ville, sans être de la ville. En un mot, il est à Libreville, Port Gentil ou Franceville, tout en étant "d'ailleurs". Le terme de "populations flottantes", couramment utilisé au Gabon, rend bien compte de cette" dualité" existentielle du citadin gabonais. Dans la mesure où l'on ne conserve que ce qu'on est assuré d'utiliser à terme, cet afflux de "populations flottantes", dans un pays où l'extraction des ressources naturelles constitue l'axe fort de l'économie, n'est pas sans conséquences sur l'environnement: au mieux, cette

25

situation entretient une certaine forme d'indifférence vis-à-vis des modalités d'utilisation des ressources naturelles; au pire, elle favorise le sentiment de résignation aux dégradations les plus extrêmes (généralement associées aux situations "provisoires") et décourage les comportements citoyens, favorables à la durabilité. Dans ce tableau, l'accueil de populations immigrées, dont les activités économiques, les habitudes, les coutumes et les rapports aux ressources et aux milieux naturels peuvent être différents de ceux des populations locales, peut être source de problèmes environnementaux nouveaux pour le pays. L'apparition récente de villages de pêcheurs le long du littoral gabonais et la destruction des mangroves de la périphérie de Libreville et Port-Gentil qui en a résulté, sont significatives de cette évolution.
Graphique 12 - Production de farine (1970 à 1997)
30000

et de manganèse pour couvrir le coût des importations de biens de consommation courante. Au total, on constate que les mutations intervenues au cours de ces 40 dernières années ne sont pas sans conséquence sur l'accroissement de la demande en ressources naturelles et la production des nuisances. Aussi les pressions exercées par les secteurs liés à la consommation locale de ressource environnementale (eau potable, faune, ressources halieutiques, terres cultivables, espace habitable, énergie...) et à la production des déchets, sont-elles loin d'être négligeables; malgré le déficit démographique du pays.

1.2. - L'étonnante continuité d'une économie extractive héritée du siècle dernier
" Un siècle d'exploitation économique a mis en relief d'indiscutables permanences. (00') L'exportation de matières premières brutes, reste la clé de voûte du système".

25000

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R. Pourtjer, Le Gabon, État et développement,

1989

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En prenant le XIxe siècle comme référence, l'examen des mutations de l'économie gabonaise offre une double lecture.
1.2.1. . Une succession apparentés de cycles de production

o 1968

1972

1976

1980

1984

1988

1992

1996

Années Source: Marchés Tropicaux Novembre 1996, Marchés Tropicaux Juin 1996, MFEP/DGE . 25 ans d'économie

Sur le front des modes de vie, l'urbanisation s'est traduite par une forte tendance au changement des habitudes de consommation: la consommation des produits importés a progressivement imposé ses marques, comme le montre l'évolution de la demande de farine de blé, laquelle a été multipliée par 3 au cours des 30 dernières années. D'où une nouvelle forme de pression sur la ressource environnementale, puisqu'en plus du service de la dette extérieure, il faut toujours exporter plus de bois, de pétrole

Premièrement, il permet de constater que, des produits de la traite à l'exploitation pétrolière, la mise en valeur des ressources naturelles exportées brutes, est restée l'axe fort de l'économie gabonaise depuis plus d'un siècle. Se référant à une période plus contemporaine, on constate que la croissance de l'économie gabonaise s'est organisée autour de trois cycles de production successifs, bien que se recouvrant partiellement: - dès avant 1960, le pays est dominé par l'économie forestière qui représente plus de 87 % des exportations et emploie plus de 90 % de la main d'œuvre salariée du secteur privé;

26