LES ANCRAGES URBAINS ET SOCIAUX DE L'ESPACE UNIVERSITAIRE À LA RÉUNION

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Cette étude porte sur la conception, le fonctionnement et l'avenir de l'université dans sa relation avec la ville, et permet d'avancer plus sûrement dans la connaissance de l'espace universitaire réunionnais et la compréhension des rapports que l'université entretient avec la territorialité.

Publié le : mercredi 1 mars 2000
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EAN13 : 9782296406254
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LES ANCRAGES URBAINS ET SOCIAUX DE L1ESPACE UNIVERSITAIRE À LA RÉUNION
Des ethnologues sur le campus

MAQUETTE: ED(TH AH-PET-DELACROIX, JEAN-P(ERRE CHAFFRE, SOPH(E DENNEMONT. STÉPHANE RIVIERE, SAB(NE TANGAPRIGANIN @ ~é~disAtion : ~Ul'eAU IIu 7roisième C!Je(e et lie (A ~e~he~~h~

Faculté des Lettres et Sciences Humaines

UNIVERSITÉ

DE LA RÉUNION,

2000

CAMPUS UN(VERSrTA(RE DU MOUF(A 1 5, AVENUE RENÉ CASS(N BP 7 1 51 97 71 5 SA(NT-DEN(S MESSAG CEDEX 9

-

~PHONE:

0262 938585 ~COPIE: 0262938500 S(TE WEB: http://www.univ-reunion.fr

@ ÉDITIONS

L'HARMATTAN,

2000

7, RUE DE L'ÉCOLE 75005

POLYTECHNIQUE PARIS

La loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute reproduction, intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants cause, est illicite.

ISBN:

2-7384-8832-3

UNIVERSITÉ
FACULTÉ DES LETTRES

DE

LA

RÉUNION

ET DES SCIENCES HUMAINES

Bernard

CHERUBINI

LES ANCRAGES URBAINS ET SOCIAUX DE L'ESPACE UNIVERSITAIRE À LA RÉUNION Des ethnologues sur le campus

Avec la collaboration de Nathalie CLAD, Alain GIRARD et Laurence STEPHAN

ÉDITIONS L'HARMA Tf AN 5~7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris

UNIVERSITÉ DE LA RÉUNION 15, avenue René Cassin 97715 Saint-Denis Cedex

DU M~ME AUTEUR

Dynalnique de l'ehtnicité et identité culturelle à Cayenne (Guyane française)p Edition de la Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine, 19860
Cayenne, ville créole et polyethnique, Paris: Karthala, 19880

Talence:

Localislne, fêtes et identités, Paris: L'Harmattan,

19940 Paris: L'Harmattan, Paris: Université L'Harmattan, de

[sous la direction de] Le Inonde rural à La Réunion, La Réunion, 19960 [sous la direction de] La recherhce anthropologique Université de La Réunion, 19990

à La Réunion,

DE LA FACULTÉ

COMITÉ SCIENTIFIQUE DES LETTRES ET DES SCIENCES

HUMAINES

Michel BÉNIAMINO, Maître de Conférences, HDR (ge s.); Bernard CHERUBINI, Maître de Conférences, HDR (20e s.) ; Alain GEOFFROY, Professeur (lle s.); Jean-Louis GUÉBOURG Professeur (23e s.) ; Jean-François HAMON, Maître de Conférences, HDR (16e s.) ; Michel LATCHOUMANIN, Maître de Conférences, HDR (70es.) ; Edmond MAESTRI, Professeur (22e s.) ; Serge MEITINGER, Professeur (ge s.) ; Jean-Philippe W ATBLED, Professeur (07e s. et lle s.)

À la mémoire de Françoise Mollard et René Quaranta

Avant-propos

a publication d'une étude réalisée entre 1991 et 1994 a-telle un quelconque intérêt pour la compréhension des Un

rapports entre la ville et l'université en 1998-1999?

observatoire de la vie étudiante est désormais opérationne~ le troisième plan
quadriennal communauté de l'université universitaire (1998-2001) réunionnaise est en route, guidant le passage de la

vers le troisième millénaire,

les relations

entre l'espace urbain et l'espace universitaire n'occupent pas les feux l'actualité. Faut-il

de

alors archiver documents, rapports, études et travaux
(1990-1993), immédiate tourner la page et considérer d'un campus et de quartiers

réalisés durant le plan quadriennal que seule compte désormais

l'histoire

qui accueillent près de 10 000 étudiants de l'université et près de 400 personnes travaillant sur le campus (enseignants-chercheurs, vacataires,
personnels IATOS, etc.) ? Notre souci à travers cettepublication est de faire partager à nos étudiants
et à nos collègues, à un public extérieur et à des responsables la ville, une expérience de recherche-expérimentation 1991 et 1993 sur le campus et les quartiers de problèmes rencontrés au moment de la politique de

menée en temps réel entre

acjjacents qui reste le témoignage de ces études et des

de la réalisation

solutions envisagées pour y faire face,

de concert avec les acteurs et les

responsables de l'époque, tant au niveau de la ville que de l'université. En ce
sens, le recul peut-être utile pour les responsables de l'université, parce actuels de la politique qu'une de la

ville et du développement

ville et une université

n'évoluent pas, même si on peut le regretter, au rythme de la résolution de toutes les difficultés qui se dressent devant elles et qu'il reste tOUJ'oursen suspens des

problèmes moins bien traités, voire négligés. On peut signaler, par exemple, la question de la prévention et de la promotion de la santé en milieu étudiant qui
reste d'une actualité brûlante, en liaison, du reste, avec l'éternel problème sécurité dans les résidences universitaires. En ce sens également, puisqu'elle de la

l'approche

ethnologique présente

un intérêt supplémentaire

se propose de relier

au sein d'une seule et même analYse les dimensions d'une réalité qui sont paifois abordées de manières professionnels séparées par différentes disciplines et différents acteurs,

de l'urbanisme,

de la culture, de la vie étudiante

ou enseignante.

Une relecture attentive d'un constat effectué quatre ou cinq années en arrière peut donc aider la prise de décision et la réflexion en cours sur des en;'eux qui dans de nombreux (ouverture de

n'ont peut-être pas variés d'un iota. Mais, fort heureusement, domaines comme, par exemple,

celui de l'accès à a documentation

la nouvelle bibliothèque), la situation s'est considérablement améliorée depuis 1993.

Introduction

Décembre 1993, le bulletin interne de liaison des personnels de l'université de La RéunionI annonce que 6807 étudiants sont inscrits à l'université de La Réunion au 11/12/1993, dont 2785 pour la première fois: 1955 en faculté de droit, sciences économiques et politiques, 3402 en faculté des lettres et des sciences humaines et 1450 en faculté des sciences (4544 dans le premier cycle, 1923 dans le second cycle et 172 dans le troisième cycle). L'université poursuit sa croissance accélérée vers l'objectif 10 000 étudiants, prévu en l'an 2000 mais vraisemblablement atteint dès 1996-19972. Le 23 novembre 1993, alors qu'une délégation de l'université visitait les locaux de l'École Militaire Préparatoire de La Réunion (EMPR) au Tampon, la salle des archives de la faculté des lettres et des sciences humaines de Saint-Denis était la proie des flammes, avant qu'un second incendie ne vienne, la nuit suivante, ravager toute l'aile historique du bâtiment de l'avenue de la Victoire, berceau historique de l'université. Ce dernier a causé environ 2,5 millions de Francs de dégâts matériels et d'irréparables pertes dans le service de la recherche et des publications de la faculté, emportant dans ses flammes bon nombre de travaux en cours dont plusieurs concernaient ce projet « Université-Ville ». Visitant cette même EMPR le 10 janvier 1994, M. Dominique Perben, ministre des DOM-TOM, déclarait aux élus sudistes3: «la délocalisation de l'université n'est pas n'importe quoi. C'est quelque chose de complexe. Il faut des discussions et de la concertation ». Freinant ainsi quelque peu les ardeurs de ces mêmes élus, pressés de voir l'université s'installer dans le sud (ce qui était aussi l'objet de la visite de
1. N°4, 1993, créé en 1993 pour succéder à « Contact» (Ie précédent bulletin, qui avait cessé de paraître en 1990, après 23 numéros). 2. En 1996-1997, le nombre d'étudiants inscrits en formation initiale était de 9103 et celui des inscrits en formation continue de 737. 3. Le Réunionnais, mardi Il janvier 1994, p. 3.

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Introduction

la délégation de l'université le 23 novembre 1993), mais comprenant la nécessité d'un certain rééquilibrage entre le Nord et le Sud, en particulier, du point de vue de l'aménagement du territoire (thème de discussion du moment à l'échelle nationale), le ministre acceptait l'idée qu'une pause était nécessaire au moment où l'université prenait possession de son nouveau campus, faculté après faculté (droit en mars 1993, lettres en principe en juillet 1994), avant d'entreprendre une délocalisation dans le sud4. Ces trois séries de données marquent la conjoncture de la fin de la recherche expérimentation conduite sous l'égide du Plan urbain5, après trois années de travaux sur le thème «Saint-Denis ville universitaire, pour un nouvel espace universitaire à La Réunion », en parallèle de la construction du nouveau campus, de la mise en place du premier contrat de ville signé avec l'État (1990-1993) et du premier contrat de développement de l'université (1990-1993). Elles sont aussi représentatives de trois types de contraintes qui pèsent sur l'université de La Réunion: l'incertitude dans la maîtrise de sa croissance et la crainte de voir dépasser au plus vite les prévisions les moins optimistes; la fragilité de l'assise matérielle et structurelle de cette croissance; les tiraillements, voire les sautes d'humeur des collectivités locales, longtemps hostiles au développement de l'université puis parties prenantes du renforcement de son implantation, mais à certaines conditions. On attend donc chaque année, avec une certaine anxiété, la clôture des inscriptions. Chaque doyen, mais surtout celui de la faculté des lettres et sciences humaines, redoute une brusque envolée des effectifs qui viendrait remettre en cause la politique de croissance souhaitée par l'université, compte tenu du déficit actuel en poste lATOS et enseignants
4. Le conseil d'administration de l'université (séance du 9 décembre 1993) a donné son accord à l'unanimité pour que le président fasse apparaître la position suivante dans le bilan proposé au ministère: « Bien que favorable dans son ensemble au principe d'une dé localisation, l'université n'est pas prête, tant sur le plan matériel que pédagogique, à délocaliser ses premiers cycles pour la rentrée 1994. Une étude sera reprise dés la rentrée de février sur une délocalisation possible pour 1995 avec achèvement en 1996 et 1997. Cette étude n'engage en rien l'Université quant à ses conclusions. Le coût prévisionnel d'une telle délocalisation doit impérativement être chiffré et un calendrier établi par l'Université ». 5. Programme interministériel de recherche «L'Université et la ville» (1991-1993) qui aura donné lieu à de nombreuses publications présentées dans l'Annuaire des Recherches, Universités et Villes, Paris: L'Harmattan, 1994; et dans la synthèse publiée par F. DUBET,F. FILATRE, .-X. MERRIEN, SAUVAGEt A. VINCE,Universités et F A. e Villes, Paris: L'Harmattan, 1994.

Introduction

Il

et des faibles possibilités d'amélioration de la situation actuelle, compte tenu de la rigueur budgétaire pratiquée au sein des différents ministères. Tout dérapage est lourdement sanctionné en termes de fonctionnement. La moindre surcharge de travail est capable de paralyser l'ensemble des services. Cette vigilance est également facteur d'anxiété, d'angoisse, de tensions, de suspicions. Tout enseignant ne respectant pas les consignes de prudence et de modération prônées par la faculté est soupçonné de vouloir déstabiliser l'institution, et parfois même de s'attaquer à la personne du doyen. Le climat est donc le plus souvent tendu et les rares moments de relaxation sont particulièrement appréciés par l'ensemble du personnel. Mais chaque année, depuis quatre ans, « on passe », et cet événement peut être célébré sans faste mais dans l'allégresse6. À un autre niveau, cette tension, parfois extrême, se retrouve dans la plupart des liens établis avec l'extérieur, «le Ministère », en particulier, (devenu impersonnel mais dans le même temps incarné par quelques individus avec lesquels on est en relation quasi permanente: conseillers, chefs de services, etc.) mais aussi les collectivités locales, la presse, l'opinion publique, parfois les familles des étudiants, le voisinage de l'université, etc. Telle «une bête aux abois », l'université de La Réunion surveille son territoire (parfois maltraité par le voisinage), ses « petits» (enseignants et étudiants), son personnel, ses amis, ses alliés, ses comptes et sa croissance (en «audit» quasi permanent avec des indicateurs multiples, etc.), attendant des jours meilleurs, une maturité suffisante pour affronter sans crainte le monde extérieur et remplir un rôle qui, pour l'instant, lui procure plus de frustrations que de joies sincères et spontanées. Ainsi décrite, la situation peut paraître exagérée, voire irréelle. Mais, en tant que structure soumise à une dramatisation permanente, l'université fonctionne le plus souvent dans l'excès et la démesure dès que surgit un événement inattendu. C'est le cas avec le récent incendie de la faculté des lettres et sciences humaines qui, en dehors des traces matérielles du désastre (hélas considérable comme on peut le constater lors de cette première évaluation financière des dégâts matériels, sans compter les frais occasionnés par la nécessité de louer des locaux provisoires), a entraîné toute une série de réactions et de prises de conscience, de la défaillance subite de certaines parties du personnel au sursaut souvent émotionnel de certains autres, allant parfois, comme

6. La faculté des lettres, par exemple, invite son personnel à un repas de fin d'année (décembre) où il est surtout question d'oublier les difficultés.

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Introduction

c'est le cas pour le doyen, à s'interroger sur la perception l'université dans la société réunionnaise:

même de

« Je me demande si les Réunionnais ont l'intime conviction que l'université est indispensable au développement harmonieux de l'île. Je me demande également si elle constitue bien pour eux un lieu privilégié de libre

expression, de libre réflexion, un refuge laïque contre tous les fanatiques i qui
renaissent en cette fin de siècle. Si par malheur l'université de La Réunion, notre Université, n'était pas la chose de tous (Res Publica), si l'université ne pouvait pas jouer le rôle de veilleur, de témoin et de créateur, je me demande alors où seraient élaborés, en fonction des héritages variés de cette île, les nouveaux visages culturels. et symboliques de demain )/.

« Aller dans le sud », relève également, dans une certaine mesure, de l'excès et de la démesure, dans la façon dont est abordée la question. Celle-ci est d'une part posée avec insistance par les élus du Sud qui font jouer la corde sensible de l'opinion publique du sud (<< notre planche de salut, «500 marmailles attendent ») en même temps qu'un certain nombre de pressions politiques à l'échelon national (mais à ce niveau il n'y a rien de nouveau, chaque élu faisant de même auprès de sa « famille» politique). Du côté de l'université, les réactions sont également intéressantes à analyser et nous y reviendrons dans ce rapport. Ce sur quoi je veux seulement insister pour le moment, c'est sur l'excessive dramatisation de l'événement que constitue cette délocalisation, à l'intérieur et à l'extérieur de l'université, occultant d'autres problèmes, probablement plus vitaux pour l'avenir de l'université. Personne ne souhaite que le doyen ait raison sur cette redoutable question de l'indifférence de la cité vis-à-vis de son université, à laquelle viendrait peut-être s'ajouter celle de la communauté universitaire vis-àvis de son destin8. « L'Université voix de la ville », fenêtre sur l'avenir, «la ville qui dit ses problèmes par son Université, comme hier elle disait ses problèmes par sa cathédrale », pour reprendre quelques expressions du recteur Michel Alliot9, n'est peut-être pas encore une
7. Déclaration liminaire du doyen lors du conseil d'administration de l'université du 9 décembre 1993. 8. Le président Carayol a déclaré que pendant la durée de son mandat (1989-1993), « il n'avait effectivement senti un engagement réel en faveur de l'université que de la part de certains élus; par ailleurs il n'a pas toujours trouvé chez de nombreux enseignants de l'université un intérêt très fort en faveur de la communauté universitaire ». 9. ln Programme Architecture Nouvelle, « L'Université et la ville », résultats de l'appel d'idées 1991 », Paris, Ministère de l'Éducation nationale, 1991, p. 42-43.

Introduction

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réalité à La Réunion. Mais on peut considérer qu'il ne s'agit pas là de quelque chose d'anormal, compte tenu de l'extrême jeunesse de cette université (création en 1982). La prise de conscience de son existence viendra probablement avec le temps, avec le nombre d'étudiants toujours plus important qui sortira de ses murs. Et, du côté de l'université, on peut supposer qu'avec la fin des constructions et une fois franchie la fameuse barre des 10 000 étudiants, on pourra s'atteler plus sereinement à d'autres tâches, telles qu'une meilleure définition de l'identité de l'Université, le développement de ses ambitions régionales et internationales, l'ouverture vers la cité, les acteurs sociaux, les mondes économiques et culturels. L'intérêt de cette recherche-expérimentation, étalée sur trois années, réside ainsi dans la possibilité d'appréhender, au sein d'une même étude, un grand nombre de points sensibles du débat actuel sur la croissance de l'université (délocalisation, nombre de postes, insécurité, etc.) avec des données de base de ce développement: la connaissance de la population étudiante (et universitaire dans son ensemble), des rapports que l'université entretient et est susceptible d'entretenir avec son environnement immédiat (ville, quartiers, population, voisinage, jeunesse, commerces, associations, etc.) et plus lointain, dans le temps et dans l'espace. Comprendre les milieux urbains et universitaires relève d'une même urgence, tant sont rapides les développements de ces deux entités et probablement de leurs espaces respectifs. Mais au rythme où vont les constructions, trop lentes pour les maîtres d'œuvre, trop rapides pour les usagers, il s'agit d'anticiper les usages futurs de ces espaces et, avant tout, ce que pourrait être leur répartition nouvelle entre la ville et l'université (espaces partagés, espaces exclusifs, espaces intermédiaires). Une large réflexion est dans un premier temps nécessaire. L'université a-t-elle besoin d'espaces spécifiques en dehors de ses locaux d'enseignements et de recherche (plus d'administration)? La meilleure façon d'intégrer l'université à la ville n'est-elle pas justement de ne pas créer d'espaces nouveaux pour les étudiants, les obligeant ainsi à partager les mêmes lieux que les autres urbains, quitte à marquer de leur empreinte ces mêmes lieux et territoires? Toutes ces questions sont bien sûr longuement débattues en métropole et ailleurs. Mais, à La Réunion, même les questions les plus élémentaires méritent d'être abordées car on ignore à peu près tout du comportement urbain (et même rural) de ces nouveaux étudiants et on sait peu de choses des modes de vie urbains dans des quartiers récents où de nouvelles couches de population, de nouvelles générations de

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Introduction

Réunionnais viennent résider, suite à une forte croissance démographique et à d'importantes mutations de l'économie régionale. Articulée autour de deux objectifs majeurs, «la constitution d'une réflexion partenariale université-collectivités locales» et la réalisation du programme intitulé «Saint-Denis, ville universitaire », pour un nouvel espace universitaire à La Réunion », cette rechercheexpérimentation aura permis d'engager un dialogue, tantôt fructueux, tantôt plus mitigé (et parfois même décevant), avec nos différents partenaires locaux, autour du thème de la conception, du fonctionnement et de l'avenir de l'université dans sa relation avec la ville et d'avancer plus sûrement dans la connaissance de l'espace universitaire réunionnais et la compréhension des rapports que l'université entretient

avec sa territorialité.
Plusieurs séances de l'espace public de recherche et de débat nous ont permis d'aborder les problèmes de fond de l'existence de cette université, dans son ancrage urbain et sociologique: quelle université pour La Réunion? quel espace pour l'université dans la ville et dans la société (au sens d'espace social, c'est-à-dire l'ensemble des relations sociales caractéristiques de l'espace considéré) ? La recherche aura peutêtre permis d'apporter quelques éléments de réponse indispensables au guidage futur de la réflexion et, à ce niveau, le choix d'un cadrage anthropologique de la réflexion s'est avéré particulièrement positif et prometteur pour la suite sur bien des plans, à commencer par celui qui était à la base de notre proposition «une anthropologie de l'espace Résumé des objectifs:
'

universitaire réunionnais» 1o.

universitaire rattaché à Aix-Marseille (1970-1982) et institut de la faculté de droit et de sciences économiques d'Aix-en-Provence (1963-1970) ; - en 1965-66, il Y a 406 étudiants; en 1970-71 : 600; en 1981-82 : 2 000, en 1991-92: 5 400; en 1992-93: 6 500 et en 1994-95 : 7 000 ; - le principe de création d'un campus d'une quinzaine d'hectares est arrêté en 1965. En 1967 sont ouverts les premiers laboratoires scientifiques; en 1971-73 la première tranche de la faculté de sciences et de la BU en 1974 est livrée la première cité universitaire; - arrêt des constructions pendant 10ans, puis en 1986 déménagement de l'administration universitaire et en 1989 ouverture d'un second
10. Voir chapitre 2: La définition réunionnais. d'une anthropologie de l'espace universitaire

l'université de La Réunion a été créée en 1982 après avoir été centre

Introduction

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amphithéâtre. Signature d'un plan quadriennal de développement en 1990, puis du plan Université 2000 en 1992. Est prévu un campus de 20 ha avec 70 000 m2 de bureaux « ouverts sur la ville» ; - l'université se bat pour conserver ses bureaux du centre-ville dans le but de faire de ces bâtiments - une fois restaurés - sa « vitrine» dans la ville. Des logements sont prévus pour les étudiants dans le plan de réaménagement du centre-ville (contrat de ville signé en 1990) ; - la ville de Saint-Denis se donne une perspective ambitieuse: faire de Saint-Denis une véritable ville universitaire et créer une vie étudiante qui n'existe pas aujourd'hui. Il s'agit de recueillir et d'analyser des données utiles à la constitution d'un nouvel espace universitaire à La Réunion, à partir d'une problématique centrée sur une anthropologie de l'espace universitaire réunionnais et basée sur: une observation ethnographique des pratiques sociales des étudiants réunionnais, dans leur «quotidienneté étudiante» et à partir de pratiques spécifiques qui nous permettent d'aborder la liaison villeuniversité (vie culturelle, musicale, artistique, en particulier). Recueil des récits de vie d'étudiants, enquête logement, etc.
-

une analyse ethnologique des liaisons ville-université à travers

l'observation ethnographique du tissu associatif dans les quartiers environnants (Moufia, Chaudron, Domenjod), les discours des responsables du développement économique et social de La Réunion, parties prenantes dans le développement simultané de la région et de l'université. Nos hypothèses initiales étaient centrées sur la possibilité d'aboutir à une connaissance de la population étudiante réunionnaise, avec ses caractéristiques démographiques et sociologiques, ses comportements spécifiques en liaison avec les éléments constitutifs de la culture réunionnaise: cerner les contours de la culture étudiante réunionnaise en voie de formation dans ses rapports avec le mode de vie créole, ses « habitus» (<< mondes de vie »). Cela supposait une réflexion d'ensemble sur la culture urbaine, la culture étudiante, une réflexion sur le passage de la quotidienneté étudiante fondant le « statut» étudiant, la territorialisation des relations sociales et des réseaux de sociabilité. D'où l'intitulé de ce premier sous-programme: «Population étudiante et territorialité ». Dans cette perspective, l'environnement immédiat du campus (quartiers du Chaudron, du Moufia, zones industrielles) et la nature des liaisons avec le centre-ville jouent un rôle fondamental que nous tentons de cerner au mieux à partir de quelques hypothèses fondées sur

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Introduction

les possibilités de la formation de quartiers universitaires (<< villages en ville »), mais dans un contexte réunionnais, c'est-à-dire en tenant compte du « monde de vie» réunionnais. N'oublions pas également qu'il s'agit d'observer et d'analyser une situation évolutive, mouvante, en formation (il n'y a pas de passé étudiant et les quartiers, la ville sont en pleine mutation) et d'aboutir à la conception d'un espace universitaire suffisamment modulable pour accueillir les transformations futures des rapports entre la communauté universitaire et la ville, prendre en compte les effets de l'évolution globale de l'espace urbain. Dans ce but, un second sous-programme intitulé «étude anthropologique de l'interface emploi-formation» avait pour objectif la mise en place simultanée d'une observation au niveau des comportements de la communauté étudiante et du monde non universitaire (agents de développement, responsables 10caux).11 Notre objectif initial était de déterminer la nature des relations que le monde non-universitaire souhaite établir avec le monde universitaire, puis de traduire en termes d'espaces spécifiques de rencontre, d'éch'anges et de communication les résultats de cette étude dans le même temps que l'on suivait les itinéraires quotidiens des étudiants dans la ville et le pilotage des opérations d'aménagements (création de pôles de développement, «mini-technopoles », réinstallations des laboratoires de recherche, etc.12). Le pari de la ville universitaire se situe au cœur des interrogations actuelles concernant le développement de la ville de Saint-Denis13. Il a donc été nécessaire d'élargir en permanence le champ de notre réflexion aux problèmes clés du développement urbain et universitaire: l'urbanisation, l'emploi et la formation, enjeux pour la cité et l'université mais aussi pour la société réunionnaise dans son ensemble. D'un point de vue méthodologique, cela nous a conduits à rester centrés sur une approche globale de l'espace urbain dans toutes ses dimensions,
Il. Le rapport de Lucie DENECHEAU (1993) entreprises dans le cadre de ce sous-programme.
mémoire de DEA (1992).

est un compte-rendu des recherches On peut lire aussi, à ce propos, son

12. Signalons à ce propos que dans le document intitulé «Bilan du contrat quadriennal à mi-parcours 1992 », au chapitre « le devenir du campus », il est mentionné l'idée d'un « grand campus» qui pourrait être constitué par le campus actuel et par la faculté des sciences implantée sur le terrain du CERFà proximité de la Maison des Sciences et de la Technologie, au cœur de la technopole projetée. Une base de discussion sur la faisabilité de ce projet pourrait être le fascicule « Océipole ». 13. Voir par exemple les thèses de Guy DUPONT(1990) et de Marie-Claire CHATELAIN (1993).

Introduction

17

à examiner le rôle dynamique de ses diverses composantes, tout en restant fidèle à l'approche ethnographique qui nous permettait d'avancer pas à pas dans la découverte de ces nouveaux espaces. Cela signifie, entre autres, que nous ne sommes partis d'aucun a priori concernant le territoire des uns et des autres et que nous avons essayé de reconstituer l'appropriation spatiale, la structuration de l'espace urbain, la territorialisation des relations sociales et les réseaux de sociabilité de tous les habitants et usagers du quartier, anciens, récents, permanents ou temporaires, comme les étudiants qui ne résident pas tous près du campus. Il nous faut remercier ici les étudiants qui sont intervenus dans le cadre de cette recherche: - Laurence STEPHAN, qui a travaillé sur les modes d'appropriation anciens de l'espace et sur la sociabilité ordinaire, à travers quelques «lectures familiales» des quartiers de Moutia et Chaudron, antérieures aux années soixante, avec le secret espoir de découvrir de nouvelles bases de réconciliation pour les usages futurs de ces quartiers; - Nathalie CLAD, qui s'est intéressée aux équipements du quartier, ceux existants ou programmés, tant du côté de l'université que de la ville, et à la façon dont ils étaient perçus, mobilisés, souhaités, de part et d'autre du campus; - Alain GIRARD, qui a reconstitué le «monde de vie» de six étudiants réunionnais dans leurs environnements familiaux, urbains, universitaires, dans le but de faire apparaître ce qui relevait de la tradition et de la modernité dans leur comportement quotidien, ou, plus exactement, les caractéristiques principales de leur relation au milieu réunionnais traditionnel et au monde moderne que représentent l'université ou la métropole; - Brigitte DESROSIERS, qui a suivi l'évolution de la vie culturelle à l'université et hors de l'université dans le but d'établir des ponts entre les deux sphères supposées capables de constituer un support privilégié pour des activités futures, en commun ou coordonnées;

- Lucie DENECHEAU,

qui a pris

en

charge

le volet

«emploi-

formation» de la recherche, avec pour objectif de dresser un panorama assez complet de la nature des relations que le monde non universitaire souhaitait développer avec le monde universitaire. Ses enquêtes ont permis de faire le lien entre les différentes visions du développement de La Réunion et celui de l'université, en interrogeant en priorité les différents acteurs du développement économique de l'île;

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