Les belles paroles d'Albert et Gaspard

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Publié le : mardi 27 mars 2012
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EAN13 : 9782296410961
Nombre de pages : 128
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AGENCE

DE COOPERATION ET TECHNIQUE

CULTURELLE

L'Agence de Coopération Culturelle et Technique, organisation intergouvernementale créée par le Traité de Niamey en mars 1970, rassemble des pays, liés par l'usage commun de la langue française, à des fins de coopération dans les domaines de l'éducation, de la culture, des sciences et de la technologie, et plus généralement, dans. tout ce qui concourt au développement de ses Etats membres et au rapprochement des peuples. Les activités de l'Agence dans les domaines de la coopération scientifique et technique et du développement se groupent en quatre programmes prioritaires aux objectifs complémentaires: - développement du potentiel scientifique et technique; - inventaire et valorisation des ressources naturelles; - transformation et exploitation des ressources naturelIes; - autosuffisance des communautés humaines. Toutes les actions menées dans le cadre des quatre programmes sont complémentaires et ont pour finalité le développement du monde rural. Celles résultant des deux premiers se situent en amont et tendent à renforcer les structures de la recherche appliquée et à favoriser la concertation et le transfert des données scientifiques et des technologies dans des domaines précis prioritaires pour le développement. Les actions du troisième programme se placent à un niveau intermédiaire et œuvrent pour l'implantation d'un tissu industriel intégré au milieu rural: petites et moyennes entreprises disséminées dans ce milieu, valorisant la production de la terre et de la mer et procurant du travail à une population en rapide croissance. Le dernier programme, enfin, se situe en aval de l'action: il associe les populations elles-mêmes à l'amélioration globale de leur condition par une formation intimement liée à l'action, s'adressant particulièrement aux jeunes et concernant des domaines aussi vitaux pour les ruraux que leur habitat, leur santé et leur éducation.

PAYS MEMBRES Belgique, Bénin, Burundi, Canada, République Centrafricaine, Comores, Congo, Côte d'Ivoire, Djibouti, Dominique, France, Gabon, Guinée, Haiti, Haute Volta, Liban, Luxembourg, Mali, île Maurice, Monaco, Niger, Rwanda, Sénégal, Seychelles, Tchad, Togo, Tunisie, Vanuatu, Viet-Nam, Zaire.
ETATS ASSOCIES

Cameroun, Egypte, Guinée-Bissau, Laos, Maroc, Mauritanie, Sainte-Lucie.
GOUVERNEMENTS PARTICIPANTS Canada-Québec.

Canada-Nouveau-Brunswick,

Les belles paroles d'Albert Caspard

Illustrations: Maquette:

de KIodi Cancelier Myline

Alain RUTIL

Les belles paroles d'Albert Caspard

"ç- ditipns L'aribeennes

~

.

Agence de Coopération Culturelle et Technique

@ Editions Tous droits de traduction, réservés
ISBN

CARIBEENNES,

1987

d'adaptation et de reproduction pour tous pays.
2-903033-91-9

«

Mwen sé timoun enkyèt a on lilèt enkyèt.

Pou timoun an mwen,

»

Sonny RUPAIRE.

PREFACE
«

La parole est plus vieille que l'homme.

»

Cette croyance commune à nombre de sociétés traditionnelles peut surprendre. Car certains ont coutume de penser que l'homme est le maître de la parole) comme il est celui de l'eau et des diverses forces de la Nature qu'il asservit à sa guise. Elle réaffirme au contraire la primauté de la parole, pouvoir qui ordonnance le monde, en installe les multiples composantes et édifie l'univers. Seuls certains initiés savent domestiquer cette force qui met à leur merci le monde. Malheur s'üs l'utilisent à mauvais escient, car alors la communauté tout entière peut en pâtir. La parole n'est donc pas seulement beauté ou signification, mais magie créatrice. Nos sociétés, les sociétés antillaises ont trop souvent perdu jusqu'au souvenir du temps où elle faisait surgir du néant un monde à créer. Pire, elles se sont méfiées d'elle, l'associant au bruit inutile, à une manière d'esquiver les responsabilités, de séduire, de tromper. En fait nos sociétés, bonnes élèves de l'Occident, ont com11

mencé à se méfier de la parole

(<<

pawol sé van»

ou encore «paw61 an bouch pa chaj ») avant de la mépriser entièrement. Alors la parole se dévaluait tout autant que certaines monnaies,. le mot écrit, le «maître mot» 1 régnait. Il serait très mal venu de ma part de mépriser l'écriture. Il m'est cependant permis de poser une question. L'écriture constitue-t-elle comme on le pense couramment un progrès de l'esprit, capable de traduire en signes sa pensée? Ne correspond-elle pas plutôt à une érosion partielle de son pouvoir créateur? A une perte de cette maîtrise de l'univers que certains des siens, les Sages, les Anciens... possédaient pour le bien de tous? Et tandis que les manipulateurs du mot s'installaient sur le devant .de la scène, les magiciens de la parole se réfugiaient loin des villes, dans les campagnes où encore un peu de respect était accordé à ce qui ne semblait plus un art. Nos sociétés étaient sur le point de connaître le sort des sociétés nord-américaines, pour ne citer que ce.lles-Ià, privées de parole, c'est-à-dire de sang ou de sève, réduites à ne consommer que l'écrit, c'est-à-dire la production restreinte de certains. Nos sociétés étaient donc en passe d'être rendues muettes, mutilées à jamais. Car il convient peutêtre de répéter ce qui semble un truisme, si la parole appartient à tous, le mot écrit n'appartient qu'à la prétendue élite des clercs au terme d'un long et douloureux apprentissage. Dans nos sociétés, cette mise en silence, cette mutilation avaient un caractère politique. La
1. Ce n'est pas hasard si l'expression existe!

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parole étant en créole, propagée dans l'enfer des cases-nègres au pied des habitations. Le mot étant français. Comme le maître, sa logique, son école, sa littérature. Mais se demanderont certains aussitôt alertés, que vient faire ce procès qui peut sembler démagogique surtout en ces temps où la francophonie

est à l'honneur, en préfaçant

«

Les belles paroles

d'Albert Gaspard» recueillies par Alain Rutil ? C'est qu'Alain Rutil appartient au petit groupe de ceux qui travaillent à restituer son royaume à la parole. Issu de l'île-symbole qui nous donna un de nos grands manieurs de mots écrits, mais qui préserve aussi en ses sillons et racines la magique présence de la parole, Alain Rutil assume avec ténacité une double tâche. «Les contes mariegalantais» étaient la transcription et la traduction de la parole populaire, un hymne à un pouvoir collectif de création. «Les belles paroles d'Albert Gaspard» sont la transcription et la traduction d'un «maître du dire» individuel qui, en toute simplicité, nous conte son histoire de charpentier-musicien-conteur. Il y a continuité entre ces deux ouvrages. Le problème qui se pose en matière de parole, de parole artistique est d'importance. En effet, elle apparaît généralement comme l'expression de la collectivité et fait du conteur un porte-voix, auquel n'est concédée qu'une créativité d'acteur. Dans quelle mesure Albert Gaspard doit-il être réduit à cela? Dans quelle mesure ce maître du dire, n'est-il pas aussi un maître de la création qui sous-tend le dire? Ma connaissance de la littérature traditionnelle ne me permet pas de tran13

cher. Mais d'autres se hâteront de dire que tel conte est authentique et tel autre non. Authentique, le mot est lâché! Qu'est-ce qu'un conte authentique? C'est, nous répondra-t-on, un conte qui porte le sceau de la tradition. Comment définir ce sceau? A vouloir le faire, ne risque-t-on pas d'ouvrir toute grande la porte à la censure et plus grave à l'auto-censure qui rend timoré et craintif le créateur, soucieux de ne pas être mis en procès à chaque fois qu'il ose s'écarter de schémas pré-établis? Il est des sociétés où les maîtres de la parole réhabilitée, rendue à ses privilèges, s'érigent en dictateurs. L'histoire est bien connue et s'est jouée sur tous les théâtres. La victime devient bourreau et rend coup pour coup. Ce que je dis là en clair, c'est qu'il ne faudrait pas que la création collective étouffe l'individuelle, qu'Albert Gaspard ne soit jugé qu'en fonction de sa fidélité à une parole traditionnelle, forcément figée. Et il est heureux qu'Alain Rutil, grand amoureux des traditions, ait respecté la liberté « d'un» conteur qui se nomme et du même coup rompt avec cet anonymat qui peut sembler à tort la garantie de « l'authenticité ». Alain Rutil lui-même est-il le passif transcripteur d'Albert? Même s'il répondait par l'affirmative, je n'en croirais rien. N'établit-il pas la version française des contes offerts par Gaspard? Et dans ce qui est plus interprétation que traduction, quelle part de lui-même se manifeste-t-elle ? Ainsi ce recueil des contes de Gaspard ne pose-t-il pas en outre un problème majeur, celui du rapport collecteur/informateur ? Ne sommes-nous pas en présence d'un faisceau de créativités se 14

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