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Les clefs de Jérusalem

336 pages
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Ajouté le : 01 janvier 1991
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EAN13 : 9782296238459
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LES CLEFS DE JERUSALEM
(1200-1250)

Collection

"Comprendre

le Moyen-Orient"

De la Méditerranée orientale à l'ancienne Perse, lieu d'émergences de prestigieuses civilisations et berceau des trois grandes religions monothéistes, le Moyen-Orient est une région unique Par l'importance extraordinaire de ce qu'elle a donné au mônde. Aujourd'hui il est le théâtre de tant de drames enchevêtrés que les origines des conflits comme les enjeux en présence se perdent souvent dans le tumulte des combats: vu de l'Occident, il paraît plus "compliqué" que jamais au point que beaucoup renoncent à y voir clair. Il est pourtant indispensable de chercher à comprendre ce qui s'y passe car le destin de cette région nous concerne directement: outre les liens religieux, culturels. et politiques que l'histoire a tissés entre nous, les bouleversements constants qui la secouent affectent gravement nos ressources énergétiques, nos équilibres économiques et même notre sécurité. Loin des rigidités idéologiques et des conceptions a priori, cette collection entend contribuer à rendre plus intelligibles ces réalités apparemment insaisissables en publiant des ouvrages capables de susciter une véritable réflexion critique sur les mouvements profonds qui animent ces sociétés aussi bien que sur le jeu complexe des relations internationales. Elle est ouverte à tous ceux qui partagent cette nécessaire ambition intellectùelle.
Jean-Paul CHAGNOLlAUD

Raymond

STAMBOULI

LES CLEFS

DE JERUSALEM
Deux croisades françaises en Egypte (1200-1250)

,

Coédition Le Scribe/L'Harmattan )-7, rue de L'Ecole Polytechnique 75005 Paris

Collection Comprendre le Moyen-Orient Dirigée par Jean-Paul Chagnollaud

NAHA VANDI (Firouzeh), Aux sources de la révolution iranienne, étude socio-politique, 1988, 278 p. SEGUIN (Jacques), Le Liban-Sud, espace périphérique, espace convoité, 1989, 212 p. ISHOW (Habib), Le Koweit. Evolution politique, économique et sociale, 1989, 208 p. BENSIMON (Doris), Les Juifs de France et leurs relations avec Israël (1945-1980), 1989, 208 p. PICAUDOU (Nadine), Le mouvemenr-national palestinien. Genèse et structures, 1982, 272 p. CHAGNOLLAUD (Jean-Paul) et Gresh (Alain), L'Europe et le conflit israélo-palestinien. Débat à trois voix, 1989, 256 p. GRAZ (Liesl), Le Golfe des turbulences, 1989, 128 p. NAAOUSH (Sabah), Dettes extérieures des pays arabes, 1989, 128 p. SCHULMANN (Fernande), Les enfants du Juif errant, 1990, 358 p. WEBER (Edgar), Imaginaire arabe et contes érotiques, 1990, 304 p. CHAGNOLLAUD (Jean-Paul), Intifada, vers la paix ou vers la guerre? 1990, 256 p. EL EZZI (Ghassan), L'Invasion israélienne du Liban, 1990, 271 p. HEUZE (Gérard), Iran, au fil des jours, 1990,280 p. BOKOV A (Lenka), La confrontation franco-syrienne à l'époque du mandat, 1925-1927, 1990,272 p. GIARDINA (Andrea), LIVERANI (Mario) et AMORETTI (Biancama ria Scarcia), La Palestine, histoire d'une terre, 1990, 222 p. JACQUEMET (Iolanda et Stéphane), L'olivier et le bulldozer.. le paysan palestinien en Cisjordanie occupée, 1991, 192 p. BESSON (Yves), Identités et conflits au Proche-Orient, 1991, 192 p. FERJANI (Mohammed-Chérif), Islamisme, laïcité et droits de l'homrne, 1991, 398 p. MAHDI (FaIih), Fondements et mécanismes de l'Etat en islam: l'Irak, 1991, 266 p.

c L'Harmattan, 1991 ISBN: 2-7384-1011-1

Avant-Propos

Ce livre est un récit historique franco-arabe relatant le début, orageux, des relations directes entre la France et l'Egypte au 13e siècle.
.

A l'occasion des Croisades, le Royaume de France, à la fin du 12e

siècle, avait pris conscience de l'importance de l'Egypte. La troisième croisade, la croisade des rois Philippe Auguste, Richard Cœur de Lion et Frédéric 1er Barberousse, avait échoué, n'ayant pu reprendre Jérusalem à Saladin. Il était devenu évident que Saladin ne tirait pas sa force de la Palestine, de ce qui avait été le Royaume Latin de Jérusalem, mais du cœur de son empire, l'Egypte. Si les croisés voulaient reprendre Jérusalem, ils devaient frapper la puissance ayyubide, au cœur, en Egypte même. Les clefs de Jérusalem étaient au Caire! Pendant près d'un demi-siècle, de 1200 à 1250, guerres et trêves se succéderont. Ces événements ne furent pas perçus de la même manière en France et dans le monde arabe en général ou en Egypte en particulier. Les chroniques de l'époque, européennes et arabes, sont nombreuses. Parallèles lorsqu'il s'agit de rapporter tel ou tel événement historique, elles sont totalement divergentes quand il s'agit d'essayer d'en interpréter le sens ou d'en évaluer la portée. Telle «victoire» clamée par l'un n'est pas nécessairement une «défaite» pour l'autre. l'attachement à l'Islam est au mo!ns aussi fort que la foi des croisés. Ce livre essaie justement de montrer comment les Egyptiens en particulier et les Arabes du Proche-Orient d'une manière plus

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générale, ont ressenti les campagnes menées contre eux par les Français sous le signe de la Croix. Si Joinville et J. Sarrasin qui accompagnèrent Louis IX en Egypte, conservent toute leur valeur pour expliquer le point de vue des Français, les chroniqueurs arabes n'avaient aucune raison d'être sensibles à l'hagiographie qui entoure aujourd'hui encore le «Rey de France» comme ils l'appelaient, devenu en France saint Louis. Ainsi, face à Jean de Brienne et à François d'Assise, à Frédéric II l'excommunié et à Louis IX, le saint roi de France, les figures des sultans ayyubides Al Adel, Al Kamel, Al Saleh puis celles de Sagar Al Durr, la seule femme à avoir régné sur l'Egypte musulmane, et du mamelouk Baibars, un des plus grands chefs militaires de tous les temps, apparaîtront pour éclairer d'un jour nouveau ces événements. C'est dans la fureur de ces sanglants combats que la France découvrit l'Egypte et que les Egyptiens découvrirent les Français. Puisse ce récit historique franco-arabe aider à mieux comprendre et apprécier les tragiques conflits qui ensanglantent aujourd'hui tout le Moyen Orient! .. . Ce livre bien qu'écrit avant ce que pudiquement nous appelons la "crise du golfe" est plus que jamais d'actualité. Au l3e siècle, on ne combattait pas encore pour le pétrole mais on essayait de remonter la route des épices et de piller les comptoirs d'un Orient aux richesses fabuleuses. La religion tenait lieu de fondement juridique. On ne combattait pas encore "pour le droit", celui-ci étant aux dires des prêcheurs, évidemment du côté de Dieu (ou d'Allah). Le résultat était-il si différent de ce que nous voyons aujourd'hui?

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«Celui qui a choisi de se rendre dans nos royaumes qu'il prenne la décision de celui à qui Dieu ne veut que du bien. Qu'il vienne dans un pays où nul n'a besoin de provisions car c'est un Eden pour ceux qui y séjournent et une distraction pour qui est loin de sa patrie. Que les commerçants du Yémen, de l'Inde, de la Chine, du Sind et d'ailleurs qui prendront connaissance de notre décret se disposent à se mettre en route et à venir chez nous. Ils verront que la réalité y dépasse nos paroles et que le bien qui les y attend est bien au-delà de
nos promesses. . . »

(Lettre envoyée par le Sultan d'Egypte aux commerçants d'AsieXIIe siècle)

Cité dans le livre du Millénaire du Caire, page 20. (Ministère de la Culture - Le Caire - 1969)

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Le Caire, 1200

En l'an 1200, le Caire était une vieille adolescente de plus de trois mille ans. Le site choisi par les Pharaons entre les collines rouges du Mokattam .et le plateau des Pyramides, là où le Nil peut enfin échapper à l'emprise de la Vallée pour former son Delta, ce site était toujours vivant. La Memphis des Pharaons s'était quelque peu déplacée vers le Nord. Les Romains avaient construit sous Trajan à la fin du 1er siècle une importante forteresse, Babylone, qui était devenue le centre du site urbain. Elle gardait alors la voie royale pharaonique qui, de Memphis, en suivant la courbe des falaises du Mokattam, menait à Héliopolis, ville sacrée du dieu-soleil. Cette route demeurait l'axe de développement des diverses villes qui formaient Le Caire à l'aube du Be siècle: Babylone pour les Romains, Fostat pour les Arabes, maîtres du pays dès l'an 640, Al Kahira pour les Fatimides chiites dès la fin du 10e siècle, ville en perpétuel développement, toujours recommencée, changeant de nom sans changer d'âme. Elle avait maintenant tendance à s'éloigner du Nil pour éviter les marécages, les crues trop capricieuses, les déplacements incompréhensibles du lit du fleuve. Les califes fatimides, extraordinaires bâtisseurs, avaient conçu leur ville, Al Kahira, la Victorieuse, que les marchands italiens s'étaient empressés de déformer en «Cairo», suivant un strict plan d'urbanisme. L'axe central était la voie royale, la Qasaba.

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Trois mosquées immenses, grandes comme des cathédrales, la délimiteront: au Nord, ce sera la Mosquée du. calife Al Hakim, au centre la Mosquée d'Al Azhar et au Sud, l'axe central s'arrêtera à la grande Mosquée construite un siècle plus tôt, par Ibn Touloun (1). Près de celle-ci dont le Nil était à l'époque tout proche, commence le canal (Al Khalig) qui déjà au temps des pharaons assurait la liaison entre le Nil et la Mer Rouge. L'axe central est parallèle au Khalig. Des rues transversales permettent d'y accéder. Les califes fatimides construisirent sur cette voie principale deux superbes palais qui firent l'admiration générale. C'était le siège du pouvoir et du gouvernement. Tous les notables se firent un devoir de faire construire de somptueuses demeures le long d'Al Qasaba, ou autour des étangs que le Nil laissait en se retirant. Al Kahira est fortifiée. Le Khalig forme un fossé naturel. La ville sera entourée d'une enceinte et de portes fortifiées. Mais, très vite, la ville dépasse l'enceinte. Celle-ci est alors détruite et reconstruite plus loin. Les portes remaniées sont rendues plus redoutables encore. En l'an 1200, Le Caire est à nouveau la plus grande ville d'Afrique, plus grande que toute autre ville d'Europe ou de Méditerranée. Personne n'a compté ses centaines de milliers d'habitants; personne, d'ailleurs, n'avait songé à compter les milliers de personnes obligées la nuit de coucher hors de l'enceinte de la ville, faute de maisons pour les abriter. Ville de démesure, combien de mosquées et autres lieux de prières? Cent, mille, ou dix mille, ou plus? Les porteurs d'eau qui transportent le précieux liquide à travers la ville dans des outres en peau de chien sont-ils 10.000 ou 30.000, ou plus? Les loueurs de bêtes de charge, de l'âne au chameau, qui se tiennent à tous les carrefours à la disposition du public, sont-ils 30.000 ou 50.000, ou plus? Les voyageurs citent des chiffres fantaisistes car personne n'a jamais compté hommes ou bêtes. La tendance des Egyptiens à l'exagération des chiffres est bien connue car cela impressionne l'interlocuteur ou l'auditoire. Des nuées de milans tournoient sans cesse dans le ciel, aidant à débarrasser la ville de montagnes de détritus quand ce n'est pas de cadavres abandonnés.
1. L'écrivain arabe Ibn El Gouzy taconte qu'un jour Ahmed Ibn Touloun quitta son palais pour chasser dans le désert avec ses compagnons. A un point précis, près du Nil, les chevaux s'enfoncèrent dans le sol. Imrigué, il ordonna de creuser et de dégager ce qui s'avéra être une cache. On en retira un trésor estimé à mille fois mille dinars d'or. Il fit alors construire en cet endroit sa mosquée qui s'élève encore aujourd'hui, près d'El Kahira. Quand il fut terrassé par la maladie, les musulmans sortirem en procession avec le Coran, les juifs avec les Rouleaux de la Loi 'et les chrétiens avec les Evangiles POIÙ demander à Dieu sa guérison. Quand il mourut il laissa. 33 enfants, un trésor estimé à dix millions de dinars dans les caisses de l'Etat, 7.000 esclaves et 7.000 chevaux. De son temps, le revenu de l'Egypte était de 4.300.000 dinars-or (cité par El Hanbali: Chazarat etc... Tome 2, page 159).

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La nuit, on ferme symboliquement les portes mais, comme Al Kahira refuse de se laisser enfermer dans une enceinte, toujours élargie et jamais terminée, les habitants établissent des portes à l'entrée de chaque quartier. Un portier muni d'un gros gourdin et d'une lampe veille à l'ouverture et à la fermeture de sa porte. La chaleur torride de l'été commande les rues étroites, les voûtes fraîches, l'orientation des maisons, la douceur des jardins intérieurs, le chant des pièces d'eau. Dans ces rues innombrables grouillent des foules du monde. entier: Egyptiens, Arabes, Turcs, Persans, Juifs, Indiens mais aussi chrétiens d'Orient et d'Occident, Arméniens, jacobites, nestoriens, Noirs du Soudan ou d'Abyssinie, gens des îles du Sud (Indonésie), du Sind et même des marchands de Chine. C'est une ville de grande liberté; chacun y vit selon sa loi et parle sa propre langue, l'arabe restant la langue privilégiée, la langue du Coran, le trait d'union entre ces races et peuples innombrables qui forment le monde musulman. C'est aussi la langue qu'adoptent chrétiens et juifs d'Orient jusque dans leur liturgie. Alors, la monture ou l'habit font la différence car seuls les musulmans sont autorisés à se déplacer à cheval. Les autres utilisent les mulets ou les ânes. Les turbans indiquent l'origine et l'rmportance du personnage. La toile du turban est d'autant plus longue que le personnage est important. La fine toile d'Egypte, toute blanche, est l'apanage des personnages les plus importants. Les femmes, nombreuses dans les rues, ne sont pas toutes vraiment voilées, loin de là. Le voile est un signe distinctif des femmes de qualité. Les femmes esclaves ou de condition modeste ne portent pas de voile. La décence commande de se couvrir les cheveux et d'avoir, au bas du visage, un léger voile avec lequel la femme ne manque pas de jouer avec coquetterie, le soulevant ou l'abaissant suivant les circonstances ou l'humeur du moment. Les femmes non musulman~s, juives, coptes, ne sont pas voilées. Par contre, les femmes des grands personnages affirment et soulignent l'importance de leur mari en se voilant entièrement le visage et en se couvrant entièrement de la tête aux pieds, parfois de plusieurs vêtements superposés en voiles très fins et très coûteux. Il y a enfin la foule considérable des mendiants, blessés, mutilés, personnes demandant assistance au nom de la religion, auxquels se mêlent des troupes d'enfants criards, toujours prêts à quémander piécettes ou sucreries. Au Caire, en 1200, on cuisine peu à domicile. La ville compte quelque 20.000 cuisines publiques avec fourneaux. La viande hachée en petits morceaux, particulièrement appréciée, est mise en

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brochettes et grillée au feu de bois. Parfois, un mouton entier est cuisiné. Un homme est chargé de le porter sur un grand plateau qu'il place sur sa tête, en équilibre. II parcourt ainsi les rues, vendant les morceaux découpés à la demande à qui veut bien en acheter. Les habitants du Caire adorent les fêtes. Il n'y a guère de mois sans quelque célébration populaire. A part les deux grandes fêtes qui marquent le jeûne du Ramadan et le sacrifice d'Abraham, il yale Mauled El Nabi (naissance du Prophète) puis le départ et l'arrivée du Tapis Sacré envoyé chaque année à la Mecque. Enfin, la fête du printemps, et, couronnant l'ensemble, la fête du Nil au moment où la crue bienfaisante atteignant 18 coudées au nilomètre de l'île de Rodah, on brise la digue et on laisse l'eau du fleuve s'écouler dans le Khalig au milieu de cris de joie indescriptibles. La fête peut ainsi durer sept jours et sept nuits. On se doit d'ajouter encore les fêtes liées au souverain régnant, sa date de naissance ou celle de son couronnement, ses victoires militaires et, ainsi, de fete en fête, les habitants du Caire passent aUtant de temps à préparer et à célébrer les fêtes qu'à travailler. Allah n'a-t-il pas fait la preuve de Sa clémence en donnant à profusion à l'Egypte terre fertile, eau et soleil? Les Croyants se doivent à leur tour, par des fetes appropriées, de manifester leur reconnaissance. Les habitants du Caire sont ainsi persuadés que leur ville est la mère de l'Univers!... Le sultan Salah el Dine El Ayyubi, le Saladin des Croisés, met fin en 1176 au pouvoir chiite des califes fatimides. Chassés de leur capitale, Al Kahira, celle-ci deviendra le centre du nouvel empire ayyubide. Pour la première fois, depuis deux siècles, l'Egypte officielle redevenait sunnite et adoptait le rite de l'iman Al Shafei. La majorité de la population n'avait jamais été gagnée à l'ismaïlisme chiite. Néanmoins, l'influence chiite restait vive et trouvait son expression dans le culte particulièrement fervent rendu aux descendants du Calife Ali, son fils le martyr Hussein, sa fille Sayeda Zeinab, puis Sett Nefissa, une de ses plus illustres descendantes. Les mosquées d'Al Hakim et d'Al Azhar n'étaient-elles pas là pour témoigner de l'ardeur de la foi chiite? Saladin ne voulait pas, comme les fatimides, créer une cité autour du Palais du gouvernement. Il voulait plutôt une vraie ville fortifiée protégée par la puissante et imposante citadelle qu'il faisait construire et destinée à devenir le siège du pouvoir et du gouvernement. Il dessina l'emplacement de nouveaux quartiers pour essayer d'ordonner le développement de la ville. Il entama la construction de nouvelles murailles sur le pourtour de cette ville démesurée, agrandie encore et embellie. Il abandonna à ses émirs les deux superbes palais fatimides et refusa d'y loger lui-même. Il faudra un siècle de pillage et de

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vandalisme pour transfurmer ces deux joyaux en ruines vouées à la démolition. Impressionné par les forteresses des croisés qu'il avait eu tant de mal à conquérir, il s'en était inspiré pour sa propre citadelle, véritable château fort protégeant la ville. Il lui fallait des matériaux insensibles à l'usure du temps. Les grandes Pyramides étaient là toutes proches. Leurs pierres ne seraient-elles pas idéales pour la citadelle? Son ministre l'émir Baha El Dine Karakoche, dont les conteurs populaires ont immortalisé la cruauté imbécile et comique, en ordonna la démolition. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre que la démolition des Pyramides coûterait bien plus cher que la taille de nouvelles pierres, certes moins solides et moins prestigieuses mais bien moins onéreuses. Il se contenta donc de faire démolir les petites pyramides qui s'étalaient dans le désert au sud des grandes Pyramides de Guizeh et qui étaient de briques crues recouvertes de blocs de calcaire. Pendant que la citadelle se construisait, les nouveaux quartiers prenaient corps. Le quartier d'El Mousky est créé. Il est consacré aux souks, boutiques et lieux d'activités artisanales. Une section est réservée aux juifs. Les califes fatimides, se méfiant des musulmans sunnites, avaient favorisé les coptes et les juifs. Les nouveaux maîtres ayyubides favoriseront eux aussi les juifs pour qui s'ouvre un âge d'or. Leur nouveau quartier, Haret El Yahoud, abrite ceux qui ont dû fuir le Vieux Caire (Fostat) brûlé quelques années auparavant pour arrêter une incursion franque. Maimonide, habitué de la cour de Saladin et médecin personnel de son vizir, se transfère au nouveau quartier. Il y écrira en arabe mais en caractères hébraïques ses chefsd'œuvre philosophiques ainsi que de nombreux ouvrages de médecine. Haret El Yahoud avec le quartier voisin, la Sagha, quartier des commerçants et artisans en or et autres métaux précieux, sera le complément du cœur commercial de la ville, ouvert sur le Mousky et le souk Al Ghouriya. La douceur du climat favorise cette activité ininterrompue, ponctuée par les appels réguliers des muezzins à la prière, lancés à partir d'une forêt de minarets. Les îles au milieu du fleuve sont des centres de promenade privilégiés. L'île de Rodah s'orne de nombreux et beaux jardins, lieux de divertissement favoris des Cairotes. Carrefour des nations, Le Caire est une foire perpétuelle. C'est là que s'échangent avec les Européens - qui ne sont encore que des Franj ou Francs - les marchandises reçues de l'Orient le plus lointain. L'Egypte est en effet l'étape indispensable, l'entrepôt irremplaçable. Les Européens, interdits de navigation en mer Rouge,

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ne peuvent atteindre l'Orient et ses épices fabuleuses qu'en contournant l'Afrique, exploit alors hors de leur portée. Les marchands italiens, Gênois, Vénitiens, Pisans, viennent donc, chercher en Egypte tous les trésors de l'Orient qu'ils embarqueront à Damiette ou à Alexandrie pour les ports de l'Europe méridionale. Les marchandises les plus recherchées, les plus précieuses sont les épices produites par des plantes aromatiques originaires d'Asie. Elles servaient surtout à masquer le goût des viandes avariées et de l'eau non purifiée. Les difficultés de navigation et les dangers d'une route qui semblait interminable leur faisaient atteindre des prix extravagants. D'étape en étape, les prix étaient multipliés par 2, 3 ou 10. Sur le marché de Venise, le poivre était à 30 fois son prix en Inde. Le gingembre valait à Alexandrie trois fois son prix à Calcutta mais il, doublait encore, en arrivant à Gênes. Les musulmans achetaient la cannelle à Ceylan, la girofle et la noix muscade aux Moluques, le poivre à Bombay ou à Calcutta. Ils vendaient aux marchands d'Europe drogues et plantes médicinales à des prix élevés. Mais ces marchands, à leur tour, les revendaient chez eux aux prix que les malades pensaient pouvoir payer pour leur santé. A leur tour, les Italiens vendent aux négociants d'Egypte, musulmans, coptes et juifs, ce que l'Europe d'alors avait à offrir ou ce que leurs navires de plus en plus nombreux vont chercher en Méditerranée ou dans des mers encore plus lointaines: fer, bois, draps, armes lourdes, argent etc. . . Les Européens découvriront surtout, que le monde n'est pas limité à la Méditerranée et que depuis des siècles d'autres hommes, professant d'autres religions, avaient suivi des routes que nul Européen ne connaissait et découvert les sources de toutes ces marchandises dont l'Europe rêvait. Les hôtelleries du Caire sont les plus belles du monde: Fondoks, Okels, Khans, offrent aux voyageurs d'Europe ou d'Asie le nécessaire et le superflu tout à la fois hôtels de séjour pour célibataires et pour familles entières avec harem privé, magasins, entrepôts, bourse de commerce. Tout s'achète et se vend dans ces immenses bâtisses où les étrangers peuvent loger et commercer en toute sécurité, puis se détendre au hammam pendant que des palefreniers s'occupent de leurs chevaux ou de leurs dromadaires. Les monnaies musulmanes, le dinar d'or et le dirham d'argent, servent de base aux transactions. Elles sont universellement acceptées alors qu'aucun souverain d'Europe n'est encore en mesure de frapper une monnaie d'or acceptable.

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De nouvelles mosquées sont construites pour rivaliser de beauté et de grandeur avec celles déjà nombreuses construites par les Fatimides. La coupole de la mosquée de l'iman El Cheféi décorée de motifs végétaux et géométriques fait l'admiration générale. Saladin double les mosquées d'écoles - madrasa. Il y adjoint des lieux de méditation pour les mystiques, les Soufis, héritiers du Chiisme d'Iran mais qui ne ressemblent en rien aux moines de l'Occident. On appelle ces lieux de méditation des Khanka ou Zawya. Les soufis sont abondamment nourris aux frais du sultan. Des médecins de diverses disciplines leur sont attachés et veillent sur leur santé. Des barbiers et des masseurs sont à leur service. Rien ne doit troubler leurs pieuses méditations. On veille même à séparer les hommes mariés et leurs épouses des soufis célibataires. Chaque émir aura à cœur d'imiter le sultan et de faire construire sa propre Zawya. Les fakirs, littéralement les pauvres, y trouveront gîte et couvert et répandront des doctrines mystiques plus ou moins teintées de chiisme. Au pied d'Al Mokattam, à Al Karafa, le cimetière du Caire, la ville des morts, s'étend jusqu'à la limite du désert sans fin. Audessus des tombes, les Cairotes aiment construire de petites chapelles funéraires entourées de murailles: On peut s'y reposer, la route étant longue et épuisante sous un soleil de plomb. Aux fêtes et anniversaires les Cairotes y viendront avec femmes et enfants et défileront en procession autour des tombeaux les plus célèbres. La nuit du 14 au 15 du mois de Chaaban est particulièrement importante, dans la croyance populaire. La visite au cimetière s'impose. Cette nuit-là, l'arbre du Paradis qui porte inscrits sur ses feuilles les noms de tous les vivants est secoué. Les feuilles portant les noms de ceux qui vont mourir au cours de l'année qui vient, tombent. La visite au cimetière et les prières répétées aideront à conjurer le sort. Le mausolée où reposent la tête de Hussein, fils du calife Ali, imam des chiites, et le corps de Fatima, fille du Prophète - al Mashhad al Husseini - haut lieu de dévotion chiite est toujours très populaire. Hussein avait été tué en 681 à Kerbala en Irak avec toute sa famille. Les chiites commémorent toujours cette tragédie, chaque année le 10 du mois de Moharram. Sayeda Zeinab, fille du Calife Ali et sœur de Hussein le martyr, a donné son nom à tout un quartier du Caire. La patronne féminine du Caire reste toujours malgré le nouveau pouvoir sunnite la sayeda Nefissa, descendante elle aussi du Calife Ali et morte en 823. Son mausolée, construit par les Fatimides, toujours soigneusement entretenu à ce jour, est un lieu de pèlerinage.obligé pour toutes les femmes d'Egypte.

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Ibn Khaldun, l'ancêtre arabe de la science de l'Histoire, disait que l'imaginaire est toujours supérieur à la réalité. A cela il ne voyait qu'une seule exception: Le Caire, car disait-il, cette ville dépasse tout ce que l'on peut imaginer à son propos.

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Après Saladin...

Saladin meurt à Damas dans la nuit du 3 au 4 Mars 1193 après une brève maladie. Vainqueur des croisés à Hattin, libérateur de Jérusalem, défenseur de l'orthodoxie musulmane, il avait mis fin au règne des chiites en Egypte et unifié l'Islam des déserts de Libye à la frontière nord de la Syrie et jusqu'aux limites de l'Iran. Jouissant d'un prestige inégalé, célèbre pour sa courtoisie chevaleresque, tolérant envers ceux qui ne partageaient pas sa Foi, chrétiens ou juifs, il avait établi une tradition de gouvernement où la diplomatie et la négociation avaient autant de place que l'usage de la force militaire. Il laissait 17 enfants et de nombreux frères et neveux. Sa succession ne pouvait être facile, les féodalités locales prenant facilement le pas sur tout pouvoir central, une fois le danger extérieur réduit. Saladin avait veillé, de son vivant, à partager le pouvoir entre ses enfants préférés, sans trop se préoccuper de leurs capacités réelles à gouverner:

- A son fils aîné Al Afdal, il avait légué Damas, la Syrie méridionale et la Palestine libérée des croisés avec Jérusalem.
- A son fils Al Aziz, l'Egypte dont il était déjà le vice-roi du vivant de son père. Il en devenait tout naturellement le sultan à la mort de celui-ci.

Il;

Saladin avait un frère cadet Al Adel (1) (le Juste) qui avait été son compagnon et son plus proche collaborateur au cours de nombreuses années de luttes et de difficiles négociations. Diplomate rusé, son habileté et son ambition effrayaient Saladin qui le jugeait trop beau parleur et exagérément complaisant envers les Occidentaux. Pour l'écarter de l'Egypte, centre du pouvoir, il lui avait accordé le Krak de Transjordanie, la redoutable fOrteresse enlevée à Renaud de Châtillon et qui gardait la route des caravanes entre l'Egypte, la Syrie et les Lieux Saints. Il lui avait aussi légué la Djézireh et le Dyarbékir (une grande partie de l'Irak actuel). Mais Al Adel avait d'autres ambitions. Ne s'était-il pas lié d'amitié avec Richard Cœur de Lion au point d'envisager d'épouser sa sœur la reine Jeanne d'Angleterre, veuve du roi de Sicile? Richard aurait donné à Jeanne la partie de la côte palestinienne qu'il venait de. reconquérir: Acre, Arsouf, Jaffa, Ascalon. De son côté Saladin aurait cédé à son frère la partie du Sahel (la côte palestinienne) qu'il détenait encore. Le couple mixte régnerait conjointement sur la Syrie maritime. Jérusalem serait aussi l'objet d'une sorte de condominium. La ville resterait musulmane et les chrétiens pourraient la visiter librement en pèlerinage mais sans armes. Saladin consulté, avait accepté publiquement et catégoriquement mais le projet n'avait pas alors, abouti. Al Adel se voyait naturellement, ne fût-ce que par l'âge et l'expérience, le chef du clan ayyubide. Mais son frère aîné Saladin en avait disposé autrement. Il ne pouvait, en un premier temps du moins, qu'obéir. Saladin avait précisé que son fils aîné Al Afdal aurait l'autorité souveraine sur ses frères, oncles, cousins et autres princes ayyubides, gouverneurs d'innombrables fiefs et domaines. Damas restait la capitale ayyubide. A la mort de son père Al Afdal n'avait que 23 ans. Il était pour le moins peu équilibré et instable. Il s'adonnait à la boisson et préférait la compagnie de ses musiciens et de ses danseuses à celle de ses ministres. Un an à peine après la mort de son père, Al Aziz sultan d'Egypte vint à la tête de ses troupes assiéger son frère aîné à Damas. Al Afdal s'empressa de demander à son oncle Al Adel d'intervenir. Ce dernier, d'une souplesse politique remarquable, réussit à reconcilier les deux frères. Il donna une de ses filles en mariage à Al Aziz et la renvoya avec lui en Egypte. Al Adel devint ainsi, de fait, l'arbitre de la famille ayyubide, l'ancien, celui auquel on se référait. Deux ans plus tard, en juin 1196, Al Afdal accumulant à nouveau maladresses et erreurs de jugement, Al Add vint avec Al

1. Son nom est SElF EL DINE ABU BAKR AL ADEL; les Ctoisés l'appelaient "SAFADIN".

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Aziz, à la tête d'une nombreuse troupe, assiéger Al Afdal à Damas. Fait prisonnier le jeune étourdi est exilé dans une lointaine province. Al Adelle remplace et devient ainsi le maître de Damas, de la Syrie méridionale et de la Palestine, laissant à son neveu et gendre Al Aziz le titre purement honorifique de «Sultan suprême». Il ne manquera plus au rusé Al Adel que l'Egypte pour reconstituer à son profit la plus grande partie de l'empire de son frère aîné Saladin. L'occasion ne devait pas tarder à se présenter. Le 29 novembre 1198, le sultan Al Aziz, chassant le loup près des Pyramides, tombe de cheval et meurt peu après. Il n'avait que 27 ans. Très populaire, on lui fit des funérailles grandioses, Mais son héritier naturel, son fils Al Mansour n'avait que neuf ans. Une partie des conseillers du sultan décédé, soucieux de légitimité, suggérèrent d'appeler comme régent et tuteur du jeune prince jusqu'à sa majorité, son oncle, le fils aîné de Saladin, l'instable Al Afda1. C'était s'opposer à nouveau au vrai chef du clan ayyubide, Al Adel, qui n'attendait que cette occasion pour intervenir en Egypte. Le rusé Al Adel eut encore une fois raison de son neveu Al Mdal, de plus en plus déséquilibré. Abandonné de tous après une vaine tentative de résistance armée, Al Afdal est à nouveau exilé à la frontière de l'Irak. Il n'avait régné au nom de son neveu mineur qu'un an et 38 jours. Le 5 février 1200 Al Adel accède au trône d'Egypte. L'empire ayyubide est ainsi reconstitué autour du frère cadet de Saladin. Honneur dangereux car si chez les Ayyubides en règle générale, on n'aime guère faire couler le sang de la famille, les ennemis potentiels n'ont pas de tels scrupules. Sur les quinze souverains fatimides qui ont précédé Saladin sur le trône du Caire, un seul s'en est sorti vivant. Tous les autres ont été selon le cas, pendus, décapités, poignardés, crucifiés, empoisonnés ou lynchés par la foule. L'un a été tué par son fils adoptif, l'autre par son propre père. Chawer qui avait précédé Saladin, en prenant le pouvoir avait fait massacrer son prédécesseur et toute sa famille. Il s'était emparé de son or, de ses bijoux, de ses palais et de tout ce qui pouvait représenter à ses yeux une valeur quelconque. Gouverner l'Egypte, pays riche et objet de tant de convoitises, n'est pas une sinécure. Soucieux tout d'abord d'asseoir sa légitimité, Al Adel régnait au nom de son petit-neveu mineur Al Mansour. Cette situation ne pouvait longtemps le satisfaire. Dès l'année suivante, il réunit ses émirs et leur tint le langage suivant
"Il n'est pas digne pour un homme tel que moi, à mon âge, de n'être que le tuteur d'un enfant dont personne ne peut dire ce qu'il deviendra. Donnons lui un bon précepteur puis nous le-jugerons suivant ses qualités. La royauté ne s'obtient pas par héritage. Elle échoit au vainqueur...»

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Thèse audacieuse anti-légitimiste dont d'autres ne tarderont pas à s'emparer pour s'en ptévaloir et asseoir un nouveau pouvoir. Mai~ entre-temps, le pouvoir est concentré entre les mains d'un homme énergique, très intelligent, diplomate et homme d'Etat expérimenté, craint et respecté par ses adversaires. Compagnon de Saladin, il pense pouvoir réaliser le rêve de son frère: la paix par la tolérance, par le respect des intérêts légitimes des uns et des autres. Le commerce plutôt que la guerre, la parole alliée au besoin à la ruse et à l'intrigue plutôt que l'épée, telle est sa politique. l'année de l'accession du sultan Al Adel au trône d'Egypte, les augures n'étaient guère favorables. Les devins convoqués à la Cour ne savaient plus ce qu'il fallait dire pour démentir tant de signes sinistres. Cette année-là - 1200 de notre ère - était né au Caire un garçon ayant une tête à deux visages, chaque visage ayant deux yeux, deux oreilles et un nez. Un autre était né avec un toupet de cheval. Une femme venait de mettre au monde un garçon né avec une chevelure blanche, comme un vieillard. Une brebis qu'on venait d'immoler portait en son sein un agneau ayant une tête et une poitrine d'homme et des ongles humains. Mais le plus grave et de très loin était le mécontentement du Nil. Cette année-là et pendant trois années consécutives, la crue estivale du fleuve fut très faible. Les récoltes furent insuffisantes. Les prix montèrent d'une manière prodigieuse. Par milliers les gens quittaient l'Egypte pour se réfugier en Syrie. Partant sans provisions,ils mouraient de faim en route. Riches et pauvres succombaient par milliers. On mangea tous les chiens. On en vint à dévorer les cadavres. Puis, on vit des parents manger leurs enfants. Les forts tuaient les faibles pour se nourrir. Des médecins attirés au chevet de malades étaient égorgés puis dévorés. Le Caire se vidait de ses habitants. Les morts ne trouvaient plus personne pour les enterrer. Les campagnes étaient abandonnées. Les pères et les mères grillaient les corps de leurs enfants morts ou les cuisinaient:. On avait trouvé des femmes au marché avec, dans leurs cabas, de la chair d'enfant. Les gouverneurs avaient bien essayé par des punitions exemplaires de freiner ces pratiques mais sans succès. On ne trouvait plus ni grains ni légumes, les semences étant dévorées par les vers. l'ardeb (1) de blé atteignait huit dinars d'or, l'orge et les fèves six dinars. Il n'y avait plus de volaille. Un commerçant de Syrie avait réussi à en importer. Il vendait une poule cent dirhems d'argent c'est-à-dire cinq dinars d'or. Des fellahin s'écroulaient morts, agrippés à leurs charrues qui retournaient une terre sèche et aride. On compta cette année 220.000 morts de faim. Et cela dura trois ans. Puis la crue du Nil revint en force et la vie reprit son cours normal. On oublia.
1. un ardeb = 182 Litres

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Le sultan Al Adel se fit proclamer «Sultan suprême» consacrant ainsi sa suprématie sur tous les membres du clan ayyubide, sur les fils de Saladin, sur ses neveux ainsi que sur ses autres frères. Il était l'arbitre suprême des rives du Nil à celles de l'Euphrate et jusqu'au nord de la Syrie là où commencent les terres des Roums, maîtres de Constantinople. Al Adel peut enfin s'occuper de politique étrangère, son domaine favori, car les nouvelles reçues d'Europe et de Venise en particulier, où il entretient d'excellentes relations, sont inquiétantes (1202/1203). Le Pape Innocent III lui avait envoyé un émissaire - Aimaro de Corbizzi - pour faire appel à son «sens de justice» afin qu'il rende aux chrétiens ce qui leur appartenait c'est à dire Jérusalem et ses territoires conquis par Saladin. S'il refusait, la Chrétienté serait obligée de recourir aux armes pour reprendre ce qui lui appartenait. Interrogé par le Sultan, le Doge de Venise, Dandolo, lui avait confirmé par écrit, moyennant de substantielles concessions commerciales, que Venise ne transporterait pas vers les terres du Sultan en Egypte ou en Syrie, des troupes hostiles. Or, le même Doge Dandolo venait de
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et le sultan

Al Adel l'avait

immédiatement

appris

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un

contrat qui l'engageait à transporter 30.000 chevaliers chrétiens avec armes et bagages vers la Syrie. Pressé de s'expliquer, le rusé Dandolo avait répondu que, n'ayant reçu aucun acompte, «pas un dinar» dirat-il, ce «contrat» n'avait aucune valeur et qu'il n'avait nullement l'intention de manquer à la promesse faite au sultan. (1) Néanmoins, tout le monde pouvait voir à Venise les troupes s'embarquer. Est-ce bien le sultan Al Adel, aussi roué que le Doge Dandolo, qui a suggéré à ce dernier de désigner Constantinople comme but ultime du voyage des croisés? On ne le sait mais le fait est que les deux compères avaient tout à y gagner. Francs et Roums pouvaient bien s'entretuer, cela ne pouvait gêner en rien le commerce avec l'Egypte. Bien au contraire, Venise banquier des croisés pouvait espérer de substantiels profits pris sur le butin que ces soldats de Dieu ne manqueraient pas de ramener. Poussés par Dandolo, les Croisés prirent Zara, ville chrétienne de Dalmatie, occupée par le Royaume de Hongrie, remboursant ainsi la dette due aux Vénitiens. Ils se dirigèrent ensuite vers Constantinople dans le but avoué de mettre sur le Trône le candidat de Venise. Innocent III les excommunia pour n'être pas allés en Terre Sainte, mais sans succès. Il dut les absoudre. Constantinople prise d'assaut par les
1. Il exagérait certainement car la dette des Ccoisés ne s'élevait A l'automne 1202 qu'A 34.000 marks de Cologne soit au taux de 2 macks pac homme et 4 macks pac cheval, bien moins que ce qu'il fallait pouc tcansportec l'ensemble de l'armée des Croisés.

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croisés en 1204, mise à sac, l'empire byzantin détruit, le clergé orthodoxe dispersé, le culte latin imposé, les croisés se livrèrent à l'un des plus prodigieux pillages que l'Histoire ait enregistré. Venise encaissa de fabuleux dividendes. Les chevaux de la Place Saint Marc sont encore là pour en témoigner. Les musulmans n'en croyaient pasteurs yeux. Innocent III, devant l'ampleur de cette victoire imprévue, écrivit au clergé latin d'Orient
«...le transfert du pouvoir impérial ~ Constantinople des Grecs 1iUXLatins est le fait de Dieu et cela est merveille à nos yewc..." (1)

Il se voyait déjà à la tête d'une EgLise réunifiée regroupant l'Orient et l'Occident... Pour les Orthodoxes toute croisade même menée contre les musulmans est incompréhensible. Les nombreuses guerres menées par Byzance contre les Perses et les Arabes n'ont jamais revêtu le caractère de «guerre sainte». Les Orthodoxes refusent que le clergé porte les armes. Ils sont indignés de voir les prêtres latins porter l'épée er prendre part aux combats. Le Christ n'avait-il pas dit que «ceux qui tireront l'épée périront par l'épée?» (Evangile selon St Mathieu). F. Braudel souligne que les Latins n'avaient jamais compris combien de vexations stupides ils avaient fait endurer aux évêques grecs! Le clergé catholique dans les possessions vénitiennes avaittoujours adopté vis-à-vis d'eux une attitude méprisante; il n'avait jamais essayé de les tirer de leur «erreur» le plus souvent, autrement que par la violence, interdisant ou imposant tel rite, prétendant bannir la langue grecque des églises!
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Plutôt que de se soumettre au culte catholique les Grecs préférèrent se
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c'est ce qu'ils ont fait contre les Vénitiens;

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les corsaires Ponentins: ils ont été presque toujours les alliés des Turcs. Pourquoi? Parce que les Turcs ont été d'ordinaire tolérants, qu'ils n'ont jamais cherché à faire du prosélytisme, qu'ils n'ont jamais gêné l'exercice du culre orthodoxe. Régulièrement, le clergé grec s'est trouvé ainsi au rang des adversaires les plus obstinés de Venise et des Occidentaux en général..." (F. Braudel La Méditerranée au temps de Philippe II, Tome II, page 106)

Après 1204, la haine des Orthodoxes pour les Latins est devenue un élément primordial de la conscience nationale byzantine, inséparable de l'orthodoxie elle-même.

Au Caire, les ambassadeurs de la Sérénissime République de
Venise, Marino Dandolo et Pietro Michele, sont reçus par le sultan Al AdeL La réception se déroule au milieu d'un faste digne des Mille et Une nuits, alors que le pays se relevait à peine de trois années de famine. Un nouveau traité de commerce est signé avec les Vénitiens
1. Cité par K.M. Setton The Papacy and the Levant Vol. 1, Chap. Philadelphia (USA) 1976. 1,

.

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qui obtiennent à leur seul profit un abaissement des droits de douane et la concession d'un second «fondaco» à Alexandrie. Le sultan Al Adel faisait ainsi son entrée personnelle dans le concert désordonné de la politique européenne. Les premiers Croisés avaient rêvé de créer en Terre Sainte le royaume de Dieu sur terre. En fait, le premier Royaume de Jérusalem avait été loin de ressembler à un «Royaume de Dieu». Il n'avait pas duré un siècle et s'était écroulé dans le sang à Hattin. L'union des émirs de Syrie et d'Egypte autour de Saladin en avait eu raison. Saladin, semble-t-il, n'avait pas voulu liquider entièrement la présence franque en Palestine et en Syrie. Il lui semblait que la présence de quelques comptoirs francs sur la côte ne pouvait plus représenter un danger pour son empire, ni pour les musulmans en général; bien au contraire, ces comptoirs dont il admirait le dynamisme commercial pourraient servir d'utiles traits d'union avec des pays dont on savait fort peu de choses. L'historien Abu Shama cite une lettre adressée par Saladin au calife de Bagdad et datée de 1174. Il y justifie sa politique d'encouragement à l'égard des marchands d'Europe dans les termes suivants
«...et maintenant, tous ces marchands apportent pour nous les vendre des armes de guerre et de combat. Ils nous offrent le meilleur de ce qu'ils fabriquent...à des conditions qui nous agréent et qu'ils déplorent, qui sont à notre avantage et à leur détriment...» (Kicab El Rawdacein, Le Caire, 1962).

La troisième croisade fut une réponse sanglante à ce rêve. Menée avec une impitoyable énergie principalement par Richard Cœur de Lion, elle faillit réussir à venger Hattin et à reprendre Jérusalem. En définitive, elle n'aboutit qu'à la restauration du Royaume Latin avec un territoire réduit, autour de St. Jean d'Acre qui avait été repris à Saladin après un siège sanglant de deux ans. Ce royaume devait encore servir de base pour la conquête de l'Egypte. Sa survie dépendait des renforts en hommes, matériel et argent qu'il recevait constamment d'Europe et principalement de France. Le clan turbulent des émirs ayyubides qui se partageaient l'empire de leur illustre aïeul devra y faire face. Le royaume latin n'avait plus de chef. Il s'adressera à ses puissants protecteurs et fondateurs la papauté, le royaume de France, l'empire d'Allemagne et le royaume de Sicile pour en trouver un, qui sera nécessairement un étranger et non un enfant du pays, sensible à ses problèmes et soucieux de son avenir. Les Ordres Militaires, Templiers, Hospitaliers et Chevaliers Teutoniques n'ayant plus de roi pour

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contre-balancer leur pouvoir, devenaient eux-mêmes des «royaumes» quasiment indépendants. Les villes commerçantes d'Italie, Gênes, Venise, Pise dominaient la mer et le commerce. A chaque étape, chacun faisait ses comptes et déterminait sa politique en fonction du bilan des opérations. Le salut de la Terre Sainte ou son avenir n'y avaient qu'une part très restreinte. Ce qui était décisif à leurs yeux, c'était le commerce avec l'Egypte, source de fabuleux profits. Il n'y avait plus à Acre et dans les autres villes de la côte syropalestinienne qu'une minorité d'hommes nés en Terre Sainte et n'ayant d'autre patrie qu'elle. Nombre de chevaliers attachés au pays, entraînés au combat et partisans avant tout de cette terre qu'ils désiraient chrétienne, étaient morts. Les bourgeois, attachés à leur liberté dans les cités commerçantes, plus expérimentés dans l'art de commercer avec les musulmans que dans celui de leur faire la guerre, avaient été ruinés ou dispersés. Tout était à recommencer mais la Foi n'était plus ce qu'elle avait été. Rutebeuf dira qu'elle avait gelé!...

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Les Sarrasins vus par les Français

En partant pour la Croisade, l'image que les Européens en général et les Français en particulier se faisaient de leurs adversaires, les «Sarrasins» (1), provenait surtout des romans de chevalerie de l'époque. Pendant des siècles, ces romans furent pratiquement la seule lecture des nobles et même de ceux qui, dans le peuple, avaient appris à lire. Ecrits pendant les lIe, 12e et 13e siècles, ils soutenaient naturellement l'élan et l'œuvre des croisades. De cours en châteaux ou en foires, troubadours et conteurs les popularisaient encore, en amplifiant les épisodes les plus glorieux. Chaque fête au château, chaque foire populaire comportait obligatoirement poèmes ou chansons glorifiant des exploits de chevalerie. L'adversaire était immanquablement le Sarrasin. Au début, ce terme désignait indistinctement tous les ennemis étrangers. Mais graduellement, grâce aux romans de chevalerie, le terme «sarrasin» en vint dans la conscience populaire à désigner exclusivement le musulman, l'infidèle. L'Islam était à l'époque la seule grande civilisation voisine et concurrente du Christianisme européen. Bien qu'au Be siècle l'Islam soit apparu en Europe méridionale comme une force conquérante,
1. Sarrasin, terme empruncé au bas-latin «sarraceni» nom d'un peuple d'Arabie 011peut-être encore, selon certains auteurs, terme emprunté à l'arabe «charquiyin» pluriel de «charqui» c'est-à-dire oriental et déformé par la suite.

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l'image que les populations s'en faisaient en Espagne, au sud de l'Italie et en France méridionale était loin d'être négative. En Espagne, les Arabes pendant leur conquête ne s'étaient pas heurtés à une vive résistance populaire, malgré la différence de religion. Dans le midi de la France, les Provençaux en révolte contre les Francs, avaient fait appel aux Arabes, victorieux en Espagne, pour les soutenir, ce qu'ils firent avec succès. De même, un siècle plus tôt, en Egypte, les chrétiens coptes avaient ouvert les portes de Babylone, la capitale du pays, aux conquérants musulmans pour se débarrasser des tyrans chrétiens de Byzance. Ce ne sont ni les exactions ni les destructions inhérentes à toute conquête militaire, qui restèrent dans les mémoires. Normands ou Hongrois avaient déjà fait beaucoup mieux en Europe occidentale, pendant bien plus longtemps et sur des territoires plus vastes et plus peuplés. Charles Martel n'était pas alors «le héros qui avait arrêté les Arabes à Poitiers». Cette légende ne se formera que bien plus tard. Ses contemporains lui reconnaissaient surtout la gloire d'avoir soumis Saxons, Frisons et Alamans. Quant à l'Eglise, loin de voir en lui un sauveur quelconque du christianisme face à l'islam conquérant, eUe l'inculpa au contraire de sacrilège pour s'être approprié les terres ecclésiastiques ou dépendant des monastères, pour équiper de nouvelles armées. Elle fit même brûler sa tombe vide, puisque le diable avait emporté son corps en enfer!... (1) Pendant longtemps, ce qui avait frappé le plus les chroniqueurs et auteurs de chansons de geste en France, ce furent la puissance, la force, les exploits, le savoir et le bien-vivre des Sarrasins. Leur religion était sinon légitime, du moins, acceptée et respectée. On leur attribuait tout ce qui était raffiné, civilisé. Dans le midi de la France, on finit même par leur attribuer des monuments qui remontaient aux Romains! Les troubadours qui inventèrent dans le midi de la France l'amour courtois trouvèrent ce même amour chez les poètes andalous. Rien ne prouve que les troubadours copièrent les poètes andalous éperdus d'amour platonique pour leurs belles mais, ce qui est certain, c'est que l'inspiration est commune. Dans les chansons des troubadours, on trouve des émirs pratiquant l'amour courtois à un degré qui aurait certes dérouté les rudes chevaliers francs, beaucoup plus directs dans leurs conquêtes féminines, mais aurait fait soupirer et rêver toutes les dames des «cours d'amour» d'Aix en Provence à Toulouse ou Montpellier. Charlemagne et son père Pépin le Bref combattirent surtout les Saxons, les Bavarois et autres peuplades plus ou moins barbares du
1. S. Heinke le soleil d'Allah brille sur l'Occident 1963 p 388. Edit. Albin Michel, Paris

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Nord, ennemies de l'Empire. Leurs luttes contre les Sarrasins en deçà des Pyrénées, n'avaient pour eux qu'une importance secondaire. Ce sont cependant ces dernières expéditions qui furent retenues et glorifiées. La guerre de l'Empereur à la barbe fleurie, contemporain du Calife Haroun Al Rachid à Bagdad ~ qui il avait envoyé une ambassade, ses combats, les exploits du' preux Roland contre les «Sarrrasins~ ont façonné à travers chansons de geste et romans de chevalerie l'âme française. L'adversaire privilégié devient le Sarrasin, noble combattant en tous points, digne de rencontrer en un combat loyal le preux Roland. A partir de la fin du lIe siècle et de l'apparition du thème des croisades, l'image que l'on se faisait en France du Sarrasin changea graduellement pour devenir un repoussoir. Le Pape Urbain II, prédicatew de la première croisade, traitera les musulmans de «Peuple sans Dieu», de «gens impies», de «paille destinée au feu éternel», ajoutant d'autres qualificatifs moins aimables encore! Bernard de Clairvaux que l'Eglise canonisera, ajoutera que les tuer n'était pas un péché. On ne reconnaissait plus aux Sarrasins dans les discours enflammés des prédicateurs religieux que vice, sournoiserie, haine de la chrétienté. Dans les romans de chevalerie on remania les scènes au goût du temps, les exploits du preux Roland ne servant plus que de thème pour enflammer les cœurs et l'imagination et servir de support à la Reconquista en Espagne, aux croisades dans les pays d'outre-mer. En Sicile normande, le même Roland, devenu l'Orlando Furioso, repoussera les Sarrasins pour la plus grande gloire du Christ et l'amour des belles dames. A Roncevaux, les Sarrasins musulmans remplaceront les Vascons (les Basques dirait-on aujourd'hui) pour piéger et massacrer traîtreusement Roland et ses preux. Dans la plupart des villes du midi de la France et en Italie, on inventera au gré des histoires un émir local qui sera paré suivant les cas de vices ou de vertus afin de servir la gloire des chevaliers chrétiens. qui finissaient immanquablement par le vaincre et le chasser. C'est ce tissu de chansons, d'histoires, de poèmes héroïques construits sur fond d'occupation par les musulmans de l'Espagne, du midi de la France et de l'Italie méridionale qui façonna l'esprit chevaleresque, qui anima l'amour courtois, qui contribua à former l'âme française pour des siècles à venir. La propagande religieuse et politique pour la croisade y trouva de quoi s'alimenter, en cultivant le merveilleux, en forçant les aspects négatifs attribués à l'adversaire au point que ce qui était au départ lutte entre chevaliers courtois, d'égale noblesse et valeur, devint un appel au meurtre de l'infidèle et au pillage autorisé de ses biens. Cette image déformée devait se perpétuer dans la mémoire collective en France, pendant des siècles, bien après la fin des Croisades. Elle est bien loin d'avoir disparu aujourd'hui!

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I
La Croisade des Poulains

Jérusalem perdue...

La sanglante victoire de Saladin sur les Francs à Hattin (4 juillet 1187) avait semblé consacrer l'écroulement définitif du Royaume Latin de Jérusalem. Les religues de la vraie Croix é.taient aux mains des infidèles. Dernier symbole, Jérusalem, la capitale, la ville sainte, assiégée avait été remise au sultan victorieux, ses défenseurs ayant préféré éviter l'assaut et les massacres. Saladin avait su traiter les chrétiens avec une humanité et une bonne grâce chevaleresque qui avaient forcé l'admiration des chroniqueurs latins. Il était facile de comparer cette conquête «à la loyale» avec les massacres qui avaient marqué l'entrée des croisés à Jérusalem en 1099. Le règne chrétien sur la ville sainte avait duré 87 ans. Saladin avait ordonné aux chrétiens de quitter l'intérieur des terres et de se diriger vers la partie de la côte encore aux mains des Francs: Antioche et Tripoli en Syrie ou la côte du Sud de Jaffa au nord de Tyr en Palestine. Mais les barons francs se montrèrent moins généreux que le conquérant musulman. Au Liban, Renaud, seigneur de Nephin, chevalier brigand comme le 12e siècle en produisit tant, se jeta sur les réfugiés chrétiens et les dévalisa. A Tripoli, le seigneur, craignant des scènes de pillage Oll une émeute des réfugiés affamés, fit fermer les portes devant les manants. Quant aux réfugiés plus fortUnés, chevaliers ou bourgeois ayant quelgue bien, ils furent entourés par les chevaliers du Comte de Tripoli et dépouillés de ce que les musulmans leur avaient laissé. Triste fin de croisade après la perte de Jérusalem et de tous les Lieux Saints de la Chrétienté, en Palestine!

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