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Les déportations de réfugiés de Zone Libre en 1942

De
296 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1997
Lecture(s) : 407
EAN13 : 9782296330207
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Gérard GOBITZ

LES DÉPORTATIONS DE RÉFUGIÉS
de Zone Libre en 1942

Récits et documents concernant les régions administratives de TOULOUSE NICE LYON LIMOGES CLERMONT-FERRAND MONTPELLIER (Camp de Rivesaltes)

L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Photographie de couverture : Les trois sœurs Ginsberg écolières âgées de 12, 10 et 7 ans habitaient à Sarree

(Haute-Garonne).Elles furentdéportéesle 1er septembre1942

@ L'Harmattan, ISBN:

1996

2-7384-4857-7

A mon épouse, dont les conseils ont contribué à la réalisation de ce travail de mémoire

A mes parents, en souvenir

TABLE DES MATIÈRES

AVANT-PROPOS

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RECITS ET DOCUMENTS: Régionde Toulouse... ... ... ... ... ... ... .. .20 '" Région de Nice ... ...99 Région de Lyon ... ...108 RégiondeLimoges ... ...191 Région de Montpellier... ... ... ... ... ... ... .. .232 Région de Clermont-Ferrand... ... ... ... ... .. .241 COMPLEMENTS ...261 Listes nominatives ... ... ... ... ...263 Actes de décès .. ... ... ... ... ... ... ... 266 '" Réfugiés ou apatrides? ... ... ... ... .. .268 '" Prestataires, travail encadré et déportations... .. .270 Sites et affectations des camps d'internement.. .276 Configuration géographique de la Zone Libre.. .278 Chronologie des convois... ... ... ... ... ... .282 "
Inaugurations Remerciements '" ... ... ... ... '" '" '" ... ... ... ... ... ...283 ... ... ... ... ... ...285 ... ... '" ... ... ...287

Dates de publication

Bibliographie... ... ... ... ... ... ... .., ... .., .. .288

4

AVANT- PROPOS

Un soir de janvier 1986, la Télévision avait programmé une émission dont le titre accrocheur m'avait intrigué: "Les enfants de Pétain". Deux groupes d'intervenants s'y opposaient. Les uns représentaient des Associations de défense de la mémoire du Maréchal, les autres portaient la contradiction au nom de la Résistance. La polémique battait son plein, lorsque l'un des résistants, pris de colère, posa la question suivante: "Et la déportation des enfants, qu'en faites-vous?" La réponse fut celle-ci: "C'était pour ne pas les séparer de leurs parents". Je fus très choqué, car le "ramassage" des enfants le 26 Août 1942, leur présence dans le camp de rassemblement et dans le train de déportation constitUent pour moi des souvenirs atroces. Arrêté moi-même le 26 Août, interné au camp de Saint Sulpice et déporté avec eux, je fus le témoin bouleversé des souffrances des familles. Après cette émission, j'ai réfléchi, me demandant si les évènements qui se sont déroulés en août et septembre 1942 dans les Départements de la "Zone Libre" avaient trouvé leur juste place dans l'histoire de la déportation des juifs de France. Je me suis alors rendu dans leTarn, sur le site du camp de Saint Sulpice-Ia-Pointe. Rien, aucune inscription ne rappelait l'existence d'un camp d'internement et le départ en déportation de 223 personnes, dont 34 enfants, le 2 Septembre 1942. [histoire des persécutions antisémites de 1942, dans ce Département, n'avait pas été écrite. Les noms des déportés n'étaient pas connus. C'est ainsi que j'a été amené à engager dans le Tarn ma première action en faveur de la mémoire: informations sur l'événement, liste des déportés, inauguration d'une plaque commémorative au camp de Saint Sulpice et d'une autre plaque, dédiée aux enfants, à la synagogue de Castres. Les réactions de mes interlocuteurs, élus, enseignants, habitants, qui ignoraient tout de cette page de notre histoire, furent encourageantes et je décidais d'étendre cette action à d'autres Départements et à d'autres lieux du souvenir. Il convient ici de rappeler le contexte historique dans lequel se situent les déportations de Zone Libte. Et tout d'abord pourquoi "libre", car le régime de Vichy, qui y exerçait son autorité, n'était 5

évidemment pas un régime de liberté. Mais c'est le terme qui fut utilisé par l'Administration d'alors pour désigner, par opposition à la Zone Occupée, les 40 Départements qui, après l'armistice de 1940, avaient échappé à l'occupation allemande. Les dirigeants de Vichy insistaient, à toute occasion, sur leur souveraineté sur cette partie de la France et il est certain qu'ils étaient libres de décider du sort des juifs placés sous leur seule juridiction. La terminologie "Zone Libre" souligne l'existence de cette marge de manoeuvre des responsables gouvernementaux que rien n'obligeait justement à participer au processus d'extermination des juifs. Il faut rappeler ici ce que fut la prise de pouvoir par le Maréchal
.

Pétain en Juin et Juillet 1940. C'était l'instauration d'un régime
autoritaire et la suppression des libertés publiques dans les 40 Départements qui relevaient exclusivement de son autorité. Le nouveau régime prenait la succession de la IIIè République qui avait déjà initié le principe des internements administratifs, si contraires aux principes républicains. Lopinion publique fut ainsi habituée, dès 1939, à voir se créer des camps: pour les républicains espagnols, les réfugiés allemands, les "étrangers dangereux". Les républicains espagnols: quoi de plus classique, en principe, que l'internement d'une armée défaite qui traverse la frontière d'un pays neutre? Mais les conditions de l'hébergement de ces réfugiés dans les camps de la Côte du Roussillon (Argelès-sur-Mer, Saint Cyprien et autres) étaient très mauvaises et, par ailleurs, une partie de la presse se déchaînait contre eux, les traitant d'assassins. Les réfugiés allemands, autrichiens et sarrois: Linternement de ressortissants ennemis en temps de guerre est courant. Mais cette population était constituée, pour l'essentiel, en Septembre 1939, d'opposants au régime d'Hitler et les personnes visées étaient, en majorité, juives.

Quant aux "individus dangereux", ce qualificatif fut attribué avec
beaucoup de facilité. Rappelons seulement qu'il y avait parmi eux l'écrivain Arthur Koestler. Une fois libéré grâce aux appuis dont il bénéficiait à l'étranger, il a décrit dans un ouvrage, "La lie de la terre", les conditions de vie au camp du Vernet en 1939-1940. Une véritable fascination émanait des régimes fascistes, réputés pour leur efficacité. Dans l'Administration, certains croyaient renforcer la République en adoptant des méthodes de l'ennemi, tel l'internement administratif 6

La politique antisémite de Vichy s'est concrétisée dès Octobre 1940 par le statut des juifs. Ceux-ci étaient mis à l'écart de la nation et frappés de nombreuses interdictions professionnelles. Ce statut fut complété rapidement par des mesures administratives visant les juifs étrangers. En effet, de nombreux réfugiés juifs avaient quitté leurs résidences en Belgique, Hollande et au Luxembourg lors de l'invasion allemande en Mai 1940. Hommes, femmes et enfants furent internés lors de leur arrivée dans le Midi de la France. La base légale de ces mesures fut fournie par une décision d'octobre 1940 qui attribuait aux Préfets le pouvoir d'interner les juifs étrangers.. Le régime de Vichy prenait ainsi possession de camps d'internement, tels que Saint Cyprien dans les Pyrénées Orientales, Le Vernet dans l'Ariège, Gurs dans les Basses-Pyrénées. Ce fut la base de son système concentrationnaire qui fut utilisé par la suite contre les Français comme contre les Etrangers Les camps d'internement étaient constitués de baraques souvent provisoires et ne pouvant résister aux intempéries. La nourriture était insuffisante, les soins médicaux restreints, l'hygiène généralement inexistante, les membres d'une même famille séparés. Il n'existait pas de limite d'âge et les décès étaient nombreux. Une autre forme de mise sous surveillance des individus était constituée par le "travail encadré" au sein de "Groupes de Travailleurs". Les hommes qui furent incorporés dans ces unités furent affectés à des travaux dans l'Agriculture, les Mines, sur les routes etc. On reviendra dans ce livre sur le fonctionnement et la spécificité de cette institution. Le 10 décembre 1941 intervient une mesure due à l'Amiral Darlan, chef du Gouvernement. Ce jour, le MONITEUR DU PUYDE-DOME publie un communiqué gouvernemental annonçant des mesures de répression contre les "agents étrangers" et les communistes, ainsi que l'internement des juifs entrés en France depuis 1936 (voir en annexe). Une circulaire précisera, par la suite, qu'il y a lieu de recenser ceux qui sont originaires des pays d'Europe Centrale et Orientale placés sous la domination nazie: Allemagne, Autriche, Pologne, Tchécoslovaquie, Pays Baltes, URSS et Dantzig. En février 1942, des affiches apposées dans les mairies appellent les chefs de famille concernés à se faire recenser. Devaient être déclarés tous les membres de la famille, l'emploi occupé, les moyens 7

d'existence, le tout sous le contrôle de la Municipalité et de la Gendarmerie locale. Les pères pouvaient-ils imaginer que, pour beaucoup d'entre eux, ils signaient ainsi l'arrêt de mort de leur famille? (Le texte de cette affiche est reproduit en annexe). Dans l'immédiat, l'Administration exploite ce recensement en prenant des décisions d'internement ou d'assignation à résidence ou d'affectation aux Groupes de travailleurs encadrés. Pierre Laval, parvenu au pouvoir en Mai 1942, nomme un certain Bousquet Secrétaire Général à la Police. D'ambitieux hauts fonctionnaires trouvent maintenant l'occasion de montrer leur savoirfaire, désireux de jouer un rôle dans l'Europe nouvelle promise par Hitler. Et c'est, en juillet, la convention entre Laval et les SS de Paris sur la déportation des juifs de France. Elle mènera le 16 Juillet, en Zone Occupée, aux évènements tragiques connus sous le nom de "rafle du V élodrôme d'Hiver". Mais c'est aussi l'accord quant à la livraison de juifs de Zone Libre. Ceux-ci seront pris dans la population la mieux encadrée, la plus facile à atteindre, la moins enracinée en France, celle dont la déportation posera le moins de problèmes, comme l'espèrent les instigateurs à Vichy. Il s'agit des Juifs recensés en début d'année sur ordre de Darlan et qui ont été internés, encadrés ou assignés à résidence. Le terme de "réfugiés", utilisé jusque là par l'Administration, ne pourra évidemment pas être employé dans les conversations avec la Gestapo de Paris. Les documents rendant compte de ces tractations introduisent donc le terme de "juifs apatrides", employé dès avant la guerre dans les discours de l'Extrême-Droite. Les premières statistiques quant au nombre de personnes concernées en Zone Libre sont établies par les Préfectures en juillet 1942. Simultanémént, Vichy édicte pour les futures victimes l'interdiction de quitter le territoire (voir en annexe). Des émissaires sont dépêchés auprès des Préfets de Région (Lyon, Marseille, Nice, Montpellier, Toulouse, Limoges et Clermont-Ferrand) pour faire connaître oralement les intentions du Gouvernement. Dès ce moment, on internera les juifs qui ont réussi à fuir les rafles en Zone Occupée en franchissant la ligne de démarcation. La circulaire du 5 août (voir en annexe) communique enfin aux Préfectures les consignes officielles permettant d'établir les listes des personnes à arrêter. Simultanément débute la première phase: les déportations à partir des grands camps d'internement. Les convois se 8

dirigent vers le camp de Drancy, près de Paris, d'où les personnes provenant de la Zone Libre seront aussitôt déportées vers Auschwitz. Le 18 Août, BOUSQUET supprime la faculté de laisser les enfants en Zone Libre. Ils seront dorénavant déportés avec leurs parents, dès l'âge de deux ans. Une deuxième phase se situe aux 23 et 24 Août avec la déportation d'une partie des travailleurs encadrés. La troisième phase débute par la rafle du 26 Août. Elle fait l'objet d'une préparation minutieuse. Des Administrations autres que la Police et la Gendarmerie sont mises à contribution: les Ponts et Chaussées, le Ravitaillement, le Service de Santé, etc. Les convois vers Drancy partent des grands camps d'internement existants ou de Centres régionaux et départementaux créés à cet effet. Les Préfets ont établi ceux-ci dans des écoles, des casernes, des camps de travailleurs. Après le départ de ces convois, les arrestations individuelles se poursuivent et donnent lieu à regroupement au camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) et à la déportation. C'est la phase 4, la dernière, jusqu'à fin octobre. En novembre 1942, les troupes américaines débarquent en Afrique du Nord. Le Il novembre, les troupes allemandes envahissent la Zone Libre qui devient la "Zone Sud". Le gouvernement de Vichy cherche alors à sauver la face en prétendant qu'il ne s'agit pas de troupes d'occupation, mais de troupes d'opérations! En Janvier 1943, la bataille de Stalingrad devient un véritable désastre pour les armées allemandes. Le sens de l'histoire vient de s'inverser. Comment les Français ont-ils réagi aux persécutions de l'été 1942? Beaucoup les ont désapprouvé. "La persécution antisémite qui, jusque là, était discriminatoire, devenait sanglante". Des hommes et des femmes courageux se sont portés au secours des persécutés; certains se sont, à partir de cette date, détournés du régime de Vichy. Les déportations de Zone Libre ont été longtemps occultées, car la responsabilité du gouvernement de la collaboration était trop évidente. Les victimes furent les seules, à Auschwitz, à provenir d'un territOire qui n'était pas occupé par les Allemands. La recherche historique, relativement récente, a permis de mettre ces faits en évidence, mais comment les faire entrer dans la mémoire collective? J'ai choisi de m'adresser à ceux qui préservent la mémoire collective des Régions et des Départements, pensant que des évènements si tragiques, si extraordinaires, seraient mieux retenus 9

lorsque les lieux où ils se sont déroulés seront familiers aux nouvelles générations. Il me fallait donc déterminer avec précision, puis faire connaître les lieux du souvenir, et notamment les points de rassemblement en vue de la déportation. Il fallait aussi écrire le "film des évènements" dans chaque Département, sous la forme d'une monographie. Pour réunir la documentation, j'ai privilégié la recherche dans les Archives Départementales. En effet, tout ayant été exécuté à l'échelon départemental, avec les moyens dont disposaient les Préfets, il y avait de fortes probabilités pour que les informations recherchées se trouvent dans les dossiers déposés aux Archives par les Préfectures. En outre, le fait que les informations provenaient d'un fond d'archives local pouvait présenter un intérêt particulier pour mes interlocuteurs (administrations préfectorales, Conseils régionaux, Conseils généraux, municipalités, communautés juives), ainsi que pour les enseignants et faciliter la prise en charge par la mémoire collective. Je voudrais rendre ici hommage à André Frossard, de l'Académie Française, qui a été favorable à mon projet d'étude et qui a facilité mes premiers contacts avec la Direction Générale des Archives de France. Il me fallait aussi dresser la liste des déportés de chaque Département. Il faut savoir qu'il n'existe pas de liste officielle des déportés juifs de France. Quant aux originaux des listes des convois de déportation de Drancy, qui ont permis à Serge Klarsfeld de publier l'ouvrage de base remarquable que constitue le "Mémorial de la Déportation des Juifs de France", ils sont souvent en mauvais état, difficilement déchiffrables et ne mentionnent que rarement les lieux de résidence des déportés. Il était donc nécessaire de confronter les listes de Drancy avec les archives des Préfectures, afin d'améliorer notre connaîssance de l'Etat Civil des déportés et de connaître les lieux de résidence. Une fâcheuse tendance conduit malheureusement à considérer les déportations des juifs comme autant de valeurs statistiques. Mais ces chiffres concernent des êtres vivants, des familles, qui résidaient dans les villes et les villages, où les enfants étaient souvent scolarisés et qui entretenaient de bonnes relations avec leurs voisins. Or, nul monument aux morts n'en faisait état.

10

Je me suis donc efforcé de créer une liste des déportés de 1942, par Département, mentionnant si possible la commune de résidence ou d'arrestation, avant de déterminer un chiffre des déportés ainsi identifiés. Ces listes seront publiées ultérieurement. Les déportés sont morts sans sépulture. Qu'au moins ce ne soit pas sans Etat-Civil! Les monographies que j'ai rédigées, ainsi que des documents annexes, ont été diffusés auprès des municipalités concernées, ainsi qu'auprès des autorités départementales et des élus. Ce travail d'information a permis d'organiser des cérémonies d'inauguration de stèles et de plaques du souvenir, cérémonies très émouvantes et qui ont bénéficié d'un certain retentissement gr:lce à la qualité des personnalités qui nous ont fait l'honneur de venir y prendre la parole, ainsi qu'au nombre des habitants du pays qui sont venus rendre hommage aux victimes des persécutions. Les communes, dans lesquelles les plaques du souvenir ont été apposées, sont celles dans lesquelles furent rassemblées les victimes en 1942. Ainsi, j'ai sollicité aussi bien les Municipalités de grandes villes, comme Grenoble par exemple, que des villages comme Savigny, en Haute-Savoie. Partout, l'accueil a été chaleureux. Les monographies, qui constituent ce recueil, ont été rédigées, et ont fait l'objet d'une diffusion restreinte, au fur et à mesure de l'avancement de ma recherche dans les Archives. Leur réunion constitue ainsi un journal de travail, leur publication une documentation pour servir l'histoire. J'ai maintenu la structure par Département, afin de montrer des voies de recherches complémentaires à ceux qui, sur le plan local, voudront bien s'intéresser aux évènements que je relate. De ce fait, certaines répétitions, inhérentes à ce genre de présentation, étaient inévitables et je fais appel ici à l'indulgence du lecteur qui voudra bien les admettre. Quant aux documents annexes, je les publie avec la monographie du Département dans lequel ils sont archivés, bien qu'ils puissent parfois éclairer, directement ou par analogie, les évènements qui se sont déroulés ailleurs. Au fur et à mesure de sa progression, le lecteur reconnaîtra, à la manière d'un puzzle, l'histoire et le mécanisme des déportations de 1942 de Zone libre.

11

La mémoire est aujourd'hui présente sur les lieux mêmes où s'est déroulé l'inacceptable. Que ces pages incitent le lecteur à se poser cette seule question: "Comment cela a-t-il été possible?"

12

Extrait du MONITEUR DU PUY DE DOME
du 10 Décembre 1941 Les Attentats en Zone Occupée

LE GOUVERNEMENT EDICTE UNE SERIE DE MESURES CONTRE LE TERRORISME

Agents étrangers, juifs et communistes sont particulièrement par 1'ensemble de ces mesures exceptionnelles

visés

Vichy, 9 décembre.- Le secrétariat général de la vice-présidence du Conseil communique: Les attentats commis contre les officiers et soldats de l'armée d'occupation constituent pour la France un danger national. Le Maréchal n'a cessé de le dire et de le proclamer dans ses messages comme dans ses télégrammes. Les plus hautes autorités politiques, administratives et spirituelles de la France l'ont redit encore avant-hier, avec force. Le gouvernement rend aujourd'hui publiques les mesures exceptionnelles de répression qu'il vient d'édicter pour atteindre, non seulement les auteurs immédiats des attentats, mais encore les responsables directs et indirects de cette fièvre de meurtre. D'incessantes recherches suivies d'arrestations massives ont formellement établi que ces responsables étaient à la fois: - Des étrangers (parachutistes, détenteurs d'explosifs, hommes de main de l'ancienne Tchéka espagnole); - Des juifs; - Des communistes. Les mesures décidées par le gouvernement sont les suivantes: 10_ Pous les étrangers pris en flagrant délit d'excitation au crime: Cour martiale et mort.

13

2°_ Pour tous les juifs résidant sur l'ensemble du territoire et entrés en France depuis le 1er janvier 1936: groupement, selon les cas, dans des compagnies de travailleurs ou dans des camps. 3°_ Pour les communistes: 1850 arrestations sont venues couronner les opérations massives entreprises depuis trois jours dans les grands centres de la zone libre, au sein des milieux communistes et terroristes. Ces arrestations s'ajoutent aux onze mille arrestations effectuées depuis six semaines dans les mêmes milieux. Les opérations d'épuration continuent. (O.F.I.)

14

ETAT FRANCAIS (Affiche)

- PREFECTURE

DE LA HAUTE-VIENNE

RECENSEMENT

DES ISRAELITES OU NATURALISES

ETRANGERS

entrés

en France AVIS

depuis

le 1er Janvier

1936

IMPORTANT
invités à

Le Gouvernement étrangers, entrés en France se faire connaître, y compris Sont leur pays toutefois

ayant prescrit le regroupement des israélites depuis le 1 er janvier 1936, ces derniers sont ceux qui ont été naturalisés Français. de ce recensement:

dispensés

1 0 Les israélites

étrangers

jouissant

effectivement

de la protection

de

d'origine, ou d'un autre Etat dont ils ont acquis la nationalité. 20 Les israélites pouvant se prévaloir d'un des titres suivants: et le . 24 Juin de la même étrangers. 1940. période.

dans

- Blessure contractée entre le 1er Septembre 1939 une armée française ou ex-alliée. - Décoration pour faits de guerre obtenue au cours
- Certificat de bonne
les Formations

conduite

décerné

pour avoir servi à la Légion

Etrangère

ou dans

de marche

de Volontaires

Ils devront remplir, en triple exemplaire, les formules qu'ils trouveront les mairies et les commissariats de police. Ces formulaires devront, avant le 18 février 1942: - Dans les villes dotées d'un commissariat de police, déposés à ce commissariat qui leur en délivrera reçu; - Dans les autres communes, adressés par les intéressés, sous pli recommandé, au Service des Etrangers de la Préfecture qui leur en accusera réception. En ce cas, le nombre de formulaires à transmettre à la Préfecture sera de deux, le troisième devant être retourné par le déclarant à la mairie de sa commune de résidence. dans

Des sanctions rigoureuses seront prises à l'encontre des israélites qui, étant entrés en France après le 1er Janvier 1936, ne se conformeraient pas à cette mesure. Au contraire, ceux qui auront effectué régulièrement les déclarations prescrites, seront, soit incorporés dans les compagnies de T.E., où ils pourront apprendre un métier manuel, soit astreints à transporter leur résidence des localités où ils se trouvent dans celles qui leur seront désignées. Limoges, le 3 février 1942. Pour le Préfet de la Haute-Vienne Le Préfet délégué

Jean
Archives Départementales

paPINEAU

de la Haute-Vienne 15

TELEGRAMME

OFFICIEL

Intérieur Police Nationale 7'm. Bureau à Préfets Zone Libre.

Circulaire 10.735 Jusqu'à nouvel ordre me soumettre pour décision toute demande de visa de sortie du territoire métropolitain formulée par Israélites étrangers des deux sexes ne possédant pas nationalité jouissant protection consulaire et originaires territoires suivants: Pologne, Allemagne, Ex-Autriche, Sarre, Dantzig, Ex-Tchécoslovaquie, Esthonie, Lituanie, Lettonie et Russie même si Nansen. Considérer comme annulés visas accordés à ces individus. En conséquence, surseoir jusqu'à nouvel ordre apposition sur passeports intéressés visas qui auraient pu leur être accordés par mes services et donner instructions aux Commissaires Spéciaux des postes-frontières, ports pour qu'ils ne soient pas autorisés à quitter notre territoire.

17 h 18/7
Copie transmise le 20 Juillet 1942.

Archives Départementales

du Puy-de-Dôme

- M 7169

COMMENTAIRE: On interdit la sortie de France de certaines catégories de juifi étrangers. Ce télégramme annonce la première d'une série de mesures organisant les déportations massives d'Aofu et Septembre 1942.

16

DIRECTION DE LA POLICE DU TERRITOIRE ET DES ETRANGERS Vichy, le 5 Août 1942 Secret N° 2765

- Pol. 9

Le Conseiller d'Etat, Secrétaire Général à la Police à Messieurs les Préfets Régionaux

Vous informe que Israélites allemands, autrichiens, tchèques, polonais, esthoniens, lituaniens, lettons, dantzigois, sarrois, soviétiques, et réfugiés russes entrés en France postérieurement au 1er Janvier 1936 seront transportés en zone occupée avant le 15 Septembre.............. (suit une série d'exemptions, de modalités d'application, ainsi que la confirmation de l'interdiction de toute émigration).

Signé: H. CADO

Archives départementales

du Puy-de-Dôme

- M 7169

COMMENTAIRE: Ce télégramme, adressé aux Préfet Régronaux de la Zone Libre, constitue l'instruction de base pour l'organisation des déportations, en 1942, à partir des 40 Départements qui constituaient cette Zone.

17

.
" :'.: ORlEANS

PARIS ZONE OCCUPEE

MEDITERRANEE

LES DEPARTEMENTS

CONSTITUANT

LA ZONE LIBRE

18

RÉGIONS

ET DÉPARTEMENTS

EN 1942

TOULOUSE TARN TARN ET GARONNE LOT LOT ET GARONNE HAUTE ARlEGE GERS BASSES PYRENEES HAUTES PYRENEES GARONNE

LYON RHONE ISERE ARDECHE SAVOIE HAUTE SAVOIE LOIRE
SAONE

LIMOGES HAUTE VIENNE INDRE CREUSE CORREZE DORDOGNE

ET LOIRE

AIN JURA DROME

CLERMONT-FD ALLIER CANTAL HAUTE LOIRE PUY DE DOME

MONTPELLIER HERAULT LOZERE AVEYRON AUDE PYRENEES Orientales

MARSEILLE BOUCHES

NICE
du RHONE
ALPES MARITIMES BASSES ALPES

GARD
VAUCLUSE

VAR
HAUTES ALPES

Nota: Le Préfet de Nice portait le titre de Préfet Régional. Son administration de la Police était distincte de celle de Marseille. A cesDépartement du continent il faut ajouter la Corse.

19

RÉGION DE TOULOUSE Cette région était constituée en 1942 par les Départements suivants:

TARN TARN ET GARONNE LOT LOT ET GARONNE HAUTE GARONNE ARIEGE GERS HAUTES PYRÉNÉES BASSES PYRÉNÉES aujourd'hui PyrénéesAtlantiques

20

DÉPARTEMENT

DU TARN

La population concernée Les communes de résidence des déportés n'ont pu être déterminées que dans quelques cas, mais nous pouvons distinguer trois groupes de personnes ayant eu un statUt particulier:

- Certaines

familles habitaient LACAUNE-LES-BAINS où s'était constituée une petite communaute juive; elles étaient assignées à résidence dans cette commune. - A Castres était cantonné le 159è Groupe de Travailleurs Etrangers (G.T.E.) dont les ressortissants étaient, pour la plupart, détachés auprès d'employeurs dans l'Agriculture et l'Exploitation Forestière. - Des femmes juives figuraient parmi les internées du camp de BRENS. Le camp de Brens La localité de BRENS est sitUée à proximité immédiate de la ville de GAILLAC, dans le Département du Tarn. Un Centre d'Accueil y fut créé en Octobre 1940 par le Comité Israélite de Bienfaisance de Toulouse, en accord avec le Préfet Régional. On voulait ainsi venir en aide aux réfugiés juifs sans ressources. Créé "avec des intentions louables, mais imprudemment", le Centre fut fermé en Mars 1941 par le Préfet Régional et ses occupants furent internés dans les camps de NOE, RIVESALTES et GURS. Mais le camp reçut une nouvelle affectation en Février 1942, par suite de la fermeture du camp d'internement pour femmes de RIEUCROS, dans la Lozère. Les femmes internées, françaises et étrangères "politiques", furent transférées à Brens, parmi elles des juives. Celles-ci ne figuraient plus dans l'effectif lorsque, en Juin 1944, Brens fut à nouveau dissout et les 151 internées transférées à Gurs. Lors de la préparation de la rafle du 26 Août, le Préfet devait désigner un lieu de rassemblement des victimes. Ce fut le camp de Saint-Sulpice. 21

Le Camp de Saint Sulpice La localité de SAINT SULPICE est située à 35 km de Toulouse, dans le Département du Tarn. Un camp d'internement pour hommes y fut créé en Octobre 1940 par le Gouvernement de Vichy qui y concentrait ses adversaires politiques. La population du camp a varié de 400 à 600 personnes et fut assez fréquemment renouvelée, de sorte que 4600 internés y sont passés entre le début de 1941 et la libération du camp en Août 1944. Trois évènements particulièrement importants, par le nombre de personnes concernées et leurs conséquences tragiques, ont marqué la vie du camp. Le premier fut le transfert, en 1941 vers l'Afrique du Nord, de près de 200 internés politiques. Ils y vécurent dans des conditions très pénibles. Le second événement fut le rassemblement à Saint Sulpice des juifs raflés le 26 Août dans le Tarn et leur départ pour Drancy et Auschwitz. Le troisième fut la déportation à Buchenwald des 623 prisonniers que contenait le camp le 30 Juillet 1944. Ce fUt le convoi dit "des 69000", ainsi nommé d'après la série dans laquelle les déportés furent immatriculés à leur arrivée en Allemagne. (Madame D. FABRE, historienne, a consacré à ce camp une étude qui a été publiée dans la collection "Les chemins du souvenir"). Le Préfet du Tarn eut donc le triste privilège de voir placé sous son autorité deux camps d'internement réservés principalement aux Français, aux non-juifs, aux politiques provenant de tous les Départements de la Zone Libre. Les arrestations de juifs d'AotÎt 1942 La date des arrestations fut fixée au 26 Août, comme dans les autres Départements. Dès le petit matin, les forces de Police et de Gendarmerie du Tarn passaient à l'action, afin de se saisir des personnes figurant sur les listes des diverses circonscriptions. Environ 200 hommes, femmes et enfants furent conduits au camp de Saint Sulpi ce. Les Travailleurs encadrés furent arrêtés sur le lieu de leur travail. 31 femmes internées à Brens furent extraites du camp et transférées à Saint Sulpice; leur départ a donné lieu à une manifestation de sympathie de la part de la population de Gaillac. 22

Le camp de Saint Sulpice avait fait l'objet de quelques aménagements, une clôture séparant les juifs des occupants habituels du camp, à cause de la présence de femmes et d'enfants parmi les arrivants. S'agissant d'un véritable camp d'internement, la surveillance fut particulièrement efficace. Le 28 Août, le Tarn communique à Vichy les résultats définitifs de la rafle: 225 personnes. Certains parents, pressentant le danger, avaient pu confier leurs enfants à des voisins ou amis. Mais la faculté de laisser les enfants en Zone Libre, qui existait à l'origine dans les directives, avait été supprimée le 18 Août par Vichy. Ces enfants furent, quelques jours après l'internement des parents, ramassés par la Gendarmerie et conduits au camp de Saint Sulpice. Imaginons la peine des parents qui, après s'être séparés de leurs enfants, les retrouvaient dans de telles circonstances. L'ensemble de l'opération était placée sous l'autorité de R., Commissaire Spécial à la Préfecture. C'est lui aussi qui présidait au "criblage", c'est-à-dire à l'examen des cas particuliers qui auraient pu relever d'une "exemption". Le rabbin A. avait été délégué sur place par le Consistoire Central Israélite avec mission d'assister les internés qui se trouveraient dans ce cas. On constate malheureusement que le nombre des "israélites rassemblés", tel que communiqué à Vichy dès le 28 Août, est de 225, alors que le nombre des partants a été de 223. La différence doit représenter le sauvetage de deux enfants que le rabbin A. aurait réussi à retirer juste avant le départ du train. 223 personnes furent déportées et parmi eux 34 enfants et adolescents. La plus jeune était une fillette de 3 ans, la plus âgée une femme de 59 ans. La famille W. comprenait 8 personnes. 41 déportés étaient originaires de Belgique, pays qu'ils avaient quitté après l'invasion de Mai 1940 pour se réfugier en France. De Saint Sulpice à Auschwitz L'embarquement eut lieu à la gare 2 Septembre, dans la soirée. Les wagons G.M.R. (Groupes Mobiles de Réserve), Gouvernement de Vichy. Ils furent d'abord dirigés sur Toulouse direction de Paris. Le train fur complété

de Saint Sulpice le étaient gardés par des la police mobile du et prenaient ensuite la à CAUSSADE par les 23

déportés provenant de Tarn-et-Garonne (camp de SEPTFONDS), à CAHORS par ceux de Lot-et-Garonne (camp de CASSENEUIL) et à CHATEAUROUX par ceux de la Région de Clermont-Ferrand. La traversée de la ligne de démarcation ayant eu lieu à VIERZON, le convoi est arrivé au camp de Draney (près de Paris) le 4 Septembre. Après avoir été dépouillés de leurs objets de valeur par les policiers de la P.Q.J. (Police des Questions Juives), les déportés faisaient leur entrée au camp. Ils furent répartis dans de grandes chambrées où ils couchaient sur de la paille répandue à même le sol, hommes, femmes et enfants dans la même pièce. Mais le séjour à Drancy fut de courte durée. 200 personnes furent déportées vers Auschwitz par les convois nos. 30 et 31 des 9 et Il Septembre. Ils ont dû y arriver les Il et 13 Septembre. Nous pouvons retenir ces dates comme celles de l'extermination immédiate de la plupart des femmes, des enfants les plus jeunes et des personnes âgées. 10 jours ont séparé Saint Sulpice (Tarn) des chambres à gaz d'Auschwitz. Les convois nos. 30 et 31 ont emporté chacun 1000 déportés. Le nombre de survivants des deux convois est de 55 sur 2000, soit moins de3%. Cattitude de la population Nous avons déjà parlé de l'attitude courageuse d'habitants de Gaillac qui ont exprimé leur protestation lors du départ des internées de Brens. Parmi les résidents libres, certains ont été prévenus et ont pu se cacher à temps, ce qui implique une attitude favorable de la part de beaucoup de gens. Les réactions des milieux religieux ont eu une importance considérable. On connaît la lettre pastorale rédigée par Mgr. SALIEGE, archevêque de Toulouse, qui a été lue dans toutes les églises de son diocèse les dimanches 23 et 30 Août, ainsi que celle de Mgr. THEAS, évêque de Montauban, lue le 30 Août en Tarn-etGaronne. Ces prises de position étaient connues des habitants du Tarn et ont été commentées. Quant au Préfet du Tarn, il apparaît qu'il désapprouvait aussi bien ceux qui applaudissaient aux mesures prises que ceux qui les critiquaient en entretenant "un état d'esprit frondeur". Il aurait voulu que l'on n'en parle pas.

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Mgr.M., Archevêque d'Albi, a adressé le 31 Août une lettre à Mgr. Gerlier, Archevêque de Lyon, Primat des Gaulles, lui demandant de prendre "une initiative de portée générale", c'est-à dire qu'il proposait une déclaration commune des évêques de la Zone Libre. IlIa voulait "calme et mesurée, mais ferme" et souhaitait faire mentionner que "le Gouvernement n'est pas l'auteur de cette mesure mais la subit". N'ayant pas eu satisfaction, il écrit le 19 Septembre à K., Préfet du Tarn, et fait lire le dimanche 20 une lettre pastorale dans certaines églises. Le lecteur prendra connaîssance de cette prise de position publique, bien tardive (voir annexes). Ce même jour, le Service d'Ordre Légionnaire distribue devant les églises et les temples à Albi et à Castres un tract défendant avec violence les opérations du 26 Août et les déportations; (Le S.O.L. était une émanation de la Légion des Combattants, l'organisation d'anciens combattants créée pour soutenir la politique du Maréchal). Le souvenir Les anciens du camp de Saint Sulpice, qui retournent aujourd'hui sur le site, se trouvent placés dans une situation inattendue: le camp existe toujours et "fonctionne". Au détour d'une rue de Saint Sulpice, un chemin qui longe des maisonnettes mène à deux grandes baraques entourées d'une enceinte grillagée. C'est un Centre Pénitentiaire. Derrière le grillage, des détenus s'activent et des gardiens les surveillent, le tour ressemble à quelque chose de connu et réveille de bien mauvais souvenirs. Il s'agit effectivement de l'ancien camp, le chemin emprunté correspondant à l'ancienne allée centrale. Le 12 Juin 1987, une stèle commémorative a été inaugurée sur le site du camp. Une plaque y a été apposée, à l'initiative de l'auteur, portant le texte suivant: "Le 2 septembre 1942, 223 juifs - dont 34 enfants - furent livrés aux Hitlériens par le Gouvernement de Vichy et déportés à Auschwitz". Une autre plaque, dédiée aux enfants, a été placée à la synagogue de Castres. Une plaque commémorative existe à Brens et une très belle statue à Gaillac, représentant une femme aux mains liées levant le visage vers le ciel.

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SAINT SULPICE LA POINTE 2 septembre 1942

(Tarn)

Liste de 34 enfants déportés Monique L. Myriam M. Max B. Stéphanie B. Renate S. Micheline S. Esther T. WolfB. Rachel S. Arnold I. Marguerite M. Robert S. René D. Salomon T. Liliane B. Lydia J. EvaS. 3 ans 3 " 4 " 4 " 4 " 5 " 6 " 7 " 7 " 8 " 9 " 9 " 10 " 10 " 11 " 11 " 11 " MaxR. Fritz R. Hilda S. Bella P. Osias W Maurice R. Léon W EvaS. Ruth S. Joseph W Fanny B. Gisèle H. Dora L. Véra L. Edith U. Karla L. WolfR. 12 ans 12 " 12 " 13 " 13 " 14 " 14 " 15 " 15 " 15 " 16 " 16 " 16 " 16 " 16 " 17 " 12 "

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Lettre adressée par l'Archevêque d'Albi au Préfet du Tarn, 17 jours après le départ des déportés:

ARCHEVÊCHÉ

D'ALBI

Albi, le 19 Septembre 1942

Monsieur le Préfet, Je ne veux pas que vous appreniez par quelqu'un d'autre que moi-même que (...) j'ai du faire sur la déportation des juifs une mise au point qui sera lue demain dans les principales églises du Diocèse. Il s'agit d'une part d'empêcher les catholiques de glisser dans une attitude qui vous a scandalisé vous-même, vous nous le disiez naguère, en applaudissant à des mesures (..,) et inhumaines et d'autre part d'enlever aux adversaires du gouvernement une raison de propagande contre lui. Le texte que je joins ici à ma lettre vous montrera que je me suis inspiré de cette double préoccupation: défense des principes chrétiens et loyalisme à l'égard de l'Etat. Jean-Joseph MOUSSARON Archevêque d'Albi

Archives Départementales

du 1àm

- Cote 506

W 4/6

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LETTRE DE L'ARCHEVEQUE D'ALBI
lue le dimanche 20 Septembre 1942 dans les églises du diocèse.

Nos très chers frères, Des circonstances indépendantes de notre volonté ne nous ont pas permis de vous dire plus tôt la peine que nous ont causé les mesures de déportation prises récemment contre les Israélites réfugiés en France. Si dans notre Département elles ont été appliquées avec autant de correction et de délicatesse qu'il est possible de mettre en pareil cas, sur bien des points du territoire on a vu se dérouler des scènes très douloureuses. Des femmes ont été séparées de leurs maris, des enfants de leurs parents. La religion et l'humanité ne peuvent que protester contre cette violation des droits sacrés de la personne humaine et de la famille et cette méconnaissance de la loi divine de la charité. Et que personne ne voit dans notre parole une atteinte portée au loyalisme que nous devons au Gouvernement et que nous n'avons cessé de recommander. Le Gouvernement n'est pas en cause. Loin d'avoir pris l'initiative de ces mesures aussi contraires à la tradition française qu'à l'esprit chrétien, il les a subies comme une conséquence de la défaite. Au surplus c'est servir son oeuvre de redressement que d'affirmer, à l'heure où des catholiques même risqueraient de les oublier, les principes qui sont inscrits dans l'Evangile, que l'Eglise a toujours défendus et sans lesquels il n'est pas de vraie civilisation. Prions Dieu, nos très chers frères, d'accorder bientôt à la France et au monde les jours meilleurs où les hommes, quels que soient leur race et leur pays, sauront se reconnaître et se traiter comme des frères.

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Tract émanant du
SERVICE D'ORDRE LÉGIONNAIRE

Distribué devant les églises et les temples à ALBI et à CASTRES, le 20 Septembre 1942: " Nouvelles persécutions contre les juifs ?" Les JUIFS SONT RAMASSES pour être expédiés SANS AUCUN MOTIF dans des camps de concentration. ON ARRACHE LES ENFANTS A LEUR MERE. On insulte à la CONSCIENCE et à la DIGNITE HUMAINE! Voilà ce que lesJUIFS, MAÇONS ET NAIFS DISENT ET FONT DIRE.
V oicÎ la vérité: 1) SEULS CERTAINS JUIFS ETRANGERS importés de fraîche date: Allemands, Polonais, Tchèques, etc... sont ramassés et renvoyés dans leur pays. 2) LES ENFANTS ONT LA FACULTE DE SUIVRE LEURS PARENTS, mais de nombreux juifs préfèrent les laisser aux soins de familles amies juives ou françaises. 3) Dans ce cas, ENQUETE DE L'ASSISTANCE PUBLIQUE: ou les familles qui accueillent les enfants juifs sont aptes à les élever et peuvent subvenir à leur entretien, ou elles ne le peuvent pas et l'entretien des enfants juifs est pris en charge par l'Assistance Publique COMME POUR LES ENFANTS FRANÇAIS.

ASSEZ DE BOBARDS ET DE COMÉDIE. LE MUR DES LAMENTATIONS N'EST PAS EN FRANCE"

Archives Départementales du 7àrn

- Cote 506W

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