Les espaces de la folie

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296329508
Nombre de pages : 112
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LES ESPACES DE LA FOLlE

Collection

Psychanalyset civilisation e "Les analytiques"

Jean-David DEVAUX

LES ESPACES DE LA FOLIE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

@ L'Harmattan, ISBN:

1996 2-7384-4819-4

INTRODUCTION

"Une maison d'aliénés est un instrument de guérison; entre les mains d'un médecin habile, c'est l'agent thérapeutique le plus
puissant contre les maladies mentales. "

Esquirol

"Peu d'hôpitaux psychiatriques ont été réalisés avec pour objectif principal (auquel toutes autres considérations sont subordonnées) de créer un instrument thérapeutique. " Paul Sivadon, Architecture psychiatrique, E.M.C., 1968.

traitement de la folie: l'hôpital psychiatriquedépartemental, sur l'instigation des médecins-aliénistes. Il devait permettre de sortir le fou du néant dans lequel l'avait plongé la société classique, pour réapparaître en ses murs, objet de la sollicitude médicale et morale de l'époque victorienne. Mais cet asile, refuge, instrument de guérison, est devenu en un siècle, avant même la fin de son édification, symbole de l'exclusion, du surencombrement et de la chronicité.
La révolution psychiatrique voulait abolir définitivement cette vision du traitement psychiatrique: nouvelles thérapies, nouveaux lieux, nouveau cadre pour de véritables soins au plus près des malades. Les structures récentes de la psychiatrie sectorisée, hôpitaux de jour, ateliers et appartements thérapeutiques, centres d'accueils divers,

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'article premier de la loi de 1838 instaurait le cadre du

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pourtant en réels progrès sur l'enfermement et fleurons du
traitement social laissent apparaître de nouvelles chronicités. Les services de psychiatrie implantés à l'hôpital général engendrent l'hostilité de nombreux praticiens qui dénoncent la différence fondamentale des traitements que dispensent psychiatrie et
médecine somatique. Depuis cinquante ans, l'hôpital psychiatrique, ou quel que soit le nom qu'on lui donne, ne désemplit pas; il renferme une centaine de milliers de malades. Plus de la moitié des hôpitaux psychiatriques datent de l'époque asilaire, et n'ont plus les moyens de s'entretenir. Mais rien n'a pu vaincre l'inertie de l'institution, dont le dernier avatar, l'hôpital éclaté dans ses structures extérieures, laisse à nu ce qui est encore son cœur: l'ancien asile, instrument idéal de contrôle et de ségrégation. Et tandis que la psychiatrie explore ses nouveaux territoires, toujours plus avant dans le traitement psychiatrique des problèmes sociaux,

toujours plus efficace dans le traitement social des problèmes
d'insertion des malades mentaux, le désir collectif de faire disparaître l'hôpital psychiatrique masque l'éternel déni de la folie, ce besoin inavoué et jamais rassasié que nourrit la société de taire la différence, la souffrance et la mort; jamais peut être n'avons-nous été si près d'y réussir, dans l'occultation des espaces de la folie.
Si la folie nécessite des espaces, mérite-t-elle une architecture ?

Qui doit en décider? Les lieux de la folie, de son traitement, ont souvent fait l'objet de théories, de discours, de professions de foi. Sous la pression de la sagesse conventionnelle et du sentiment général, administrations, psychiatres et architectes ont discuté et argumenté de nombreux projets toujours définitifs, qui devaient révéler le visage radieux d'une architecture thérapeutique. Mais le

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paradoxe de l'architecture psychiatrique, c'est que jamais, ou presque jamais, les usagers, les fous, inscrits dans ce territoire limitrophe entre solitude et communauté, n'ont été sollicités pour participer à l'élaboration du cadre de leur enfermement. Ils le ressentent souvent, au delà des possibles interprétations pathologiques, comme le lieu d'une immobilité et d'une inactivité malsaines,architecture vouée plus au contrôle qu'au soin, formalisée selon les directives des responsables de l'asile par des architectes garants et interprètes des sentiments moraux, selon les modes
curatives de la psychiatrie. Les dispositifs spatiaux nécessaires à la structuration, la communication et l'apaisement ont été décrits avec

plus ou moins de précision et de bonheur par les partisansd'un
espace thérapeutique. Il reste à préciser le rôle que doit tenir l'architecte dans la conception des espaces du soin, lui qui fut souvent simple exécutant de folies thérapeutiques, abandonnant à d'autres la réflexion morale qui doit fonder la réalisation des archétypes sociaux que sont les espaces de la folie...

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TOPOLOGIE INTIME DE lA FOLIE

"Ce qui garantit l'homme sain contre le délire ou l'hallucination, ce n'est pas sa critique, c'est la structure de son espace... " M. Merleau-Ponty, phénoménologie de la perception.

'espace des manifestations psychopathologiques est un des thèmes d'étude de la psychiatrie contemporaine. Objet de notre perception, sujet de nos représentations, l'espace est notre élément premier, image de notre expérience sensible. Dans les maladies mentales, il est déformé, amputé, instable, il perd sa mesure. Les observations cliniques et les déductions qui en ont été faites nous révèlent les altérations que subissent les espaces pathologiques. Les représentations qu'en donnent à voir artistes, peintres ou écrivains

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nous instruisent des dérèglements spatiaux engendrés par les maladiesmentales.Cette topologiede la folieen elle-mêmedoit éclairer la conception et la pratique des espaces dans lesquels
s'exerce une activité dite thérapeutique.

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I - ESPACES

ET PERSONNALITE

"...L'espace est donc le produit d'une interaction entre l'organisme et le milieu, dans laquelle on ne saurait dissocier l'organisation de l'univers perçu de celle de l'activité propre. " Jean PIAGET,La construction du réel chez l'enfant.

'espace est objet. Objet de l'étude et de la formalisation il forme le contexte perceptif et le cadre de nos actions. Il est sujet, sujet de l'appropriation et de la sensibilité de chacun, sujet matériel et symbolique, perception intime d'un objet commun.

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L'espace objectif se laisse comprendre et analyser, il est la forme de notre communication: quantité et qualité... La notion d'espace n'a cessé de s'enrichir avec le temps; évolution des concepts et progrès technologique ont engendré des espaces spécialisés, dédiés aux applications spatialisantes (<< spatialisation des

méthodes»): l'espace-enveloppe d'Aristote, l'espace-étendue de Descartes, est encore une surface que Newton, pour la première fois, va rendre tridimensionnel et séparer en espaces absolu et relatif. Il devient catégorie a priori de la sensibilité esthétique, référentiel transcendantal pour Kant, ne découlant ni de la sensibilité aristotélicienne, ni de l'intuition opératoire cartésienne. Einstein et Minkowski, par la théorie de la relativité, enrichissent cet espace d'une quatrième dimension: le temps.
Cette conception espace-temps provoqua un mouvement semblable

dans le domaine sensible et artistique, dont le cubisme fut le précurseur, suivi par le purisme de Jeanneret et Ozenfant. 11

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