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Les femmes et la politique

178 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1997
Lecture(s) : 182
EAN13 : 9782296343054
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LES FEMMES ET LA POLITIQUE

@ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5543-3

Sous le direction de ARMELLE LE BRAS-CHOPARD JANINE MOSSUZ-LAVAU

et

LES FEMMES ET LA POLITIQUE

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y I K9

Collection Logiques Politiques dirigée par Pierre Mul1er Dernières parutions: URF ALINO Philippe, VILKAS Catherine, Lesfonds régionaux d'art conte111porain. La délégation du jugement esthétique, 1995 SMITH Andy, L'Europe politique au n'liroir du local, 1995 Stephano ZAN, Massimo FERRANTE, Le Phénolnène organisationnel, 1996 CHAUSSIER Jean-Daniel, Quel territoire pour le Pays Basque? Les cartes de l'identité, 1996. THOMAS H, Vieillesse dépendante et désinsertion politique, 1996. GAUDIN JP,Négocierd'abord la contractua/isationdes politiques pllbliqlles, " 1996. MARCOU G., THIEBAULT J.C., La décision gouvernefnentale en Europe, 1996. Textes sous la direction de: L. DEBLOCK, C. EMERY,J. C. GAUTRON, A. MACLEOD, Du libre échange à l'union politique, 1996. JOSSELIN Daphné, Les réseaux en action, 1996 MASSARDIER Gilles, L'Etat savant, Expertise et anlénagenlent dll territoire, 1996. BOURGEOIS Catherine, L'attribution des logenlents sociaux. Politique puhlique et jeux des acteurs locaux, 1996. LABBÉ D., Syndicats et syndiqués en France depuis 1945, 1996. LACASSE F., THOENIG J.-C., L'action publique, 1996. CHA TY Lionel, L'administration face au managenlent, 1997. DELOYE Yves, HAROCHE Claudine, IHL Olivier, Le protocole ollla 111ise enforme de l'ordre politique, 1997. PAOLETTI Marion, La démocratie locale et le référendul1z, 1997. SAEZ G., LERESCHEJ.-Ph., BASSAND M.,(dir.) Gouvernance 111étropolitaine et transfrontalière. Action publique territoriale, 1997. PÉROUSE DE MONTCLOS M.A., Violence et sécurité llrbaines en Afrique du Sud et au Nigéria, 1997. MAYER N. (Sous la direction de), Les nzodèles explicat(fs dll vote, 1997. PASCO X. , La politique spatiale desÉtats-Unis. Technologie. intérêts et débat public, 1997. BRISSET -SILLION C., Universités publiques aux Etats-Unis, 1997. FREEDMAN J., Femmes politiques: 111ythes t synlboles, 1997. e GENIEYS W., Les élites espagnolesface à l'État, 1997. MOREL L., La transition italienne, recul des partis et activation de lafonction présidentielle, 1997. SUREL Y., L'État et le livre, 1997.

ONT CONTRIBUE A CET OUVRAGE

Svetlana AÏVAZOV A. Politologue. Académie des sciences de Russie. Christine BARD. Historienne. Université d'Angers. Maud EDUARDS. Politologue. Université de Stockholm. Françoise GASPARD. Sociologue. Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Raymonda HAW A-TAWIL. Journaliste. Fondatrice de l'Agence palestinienne de Presse. Armelle LE BRAS-CHOPARD. Politologue. Université de Versailles/Saint -Quentin-en- Yvelines. Virginie MARTIN. Politologue. Janine MOSSUZ-LA VAU. Politologue. CEVIPOF. Michelle PERROT. Historienne. Université de Paris VII. Mariette SINEAU. Politologue. CEVIPOF.

Ce volume reprend les travaux du colloque tenu le 17 octobre 1996 à l'UFR de Saint-Quentin en Yvelines, organisé par Armelle LE BRAS-CHOPARD de l'Université de Versailles/Saint-Quentin-enYvelines, Janine MOSSUZ-LA VAU du Centre d'étude de la vie politique française de Paris et la Municipalité de Guyancourt dans le cadre de son onzième Festival d'Histoire de France.

TABLE DES MATIERES

p. Introduction par Ar/nelle Le Bras-Chopard et Janine MossuzLavau Première partie: Le regard de l'histoire Chapitre 1 - Les femmes et la citoyenneté en France. Histoire 23

Il

d'une exclusion, par JvlichellePerrot
Chapitre 2 - Les femmes et le pouvoir politique dans la France de l'entre-deux-guerres, par Christine Bard. Deuxième partie: Le vote.
Chapitre 3 - Les premiers votes des femmes. Vécus et schèmes de représentation (1944-1946), par Virginie Martin.

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Chapitre 4 - Les femmes et le vote: la France au regard de l'Europe, par Janine Alossllz-Lavau Troisième partie: L'éligibilité Chapitre 5 Système politique et rareté des femmes élues. Spécificités françaises? par Françoise Gaspard. Chapitre 6 - La parité à la française: un contre-modèle de l'égalité républicaine, par Alarielle Sineau. Quatrième partie: Conlparaisons avec l'étranger Chapitre 7 - La citoyenneté suédoise. De la différence

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féminine et des peurs masculines, par Maud Edwards.
Chapitre 8 - Les femmes et la politique en Russie dans les années 1990, par Svellana Aïvazova.

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Chapitre 9 - Les femmes palestiniennes et la politique. Témoignage d'une journaliste palestinienne, par Raymonda Hawa-Tawil.

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Mise en forme par AIonique Cressent.

INTRODUCTION

Armelle Le Bras-Chol)ard Janine Mossuz-Lavau

Si le rapport entre les femmes et la politique se traduit encore de nos jours en terme d'exclusion, celle-ci n'est pas un simple accident de 1'Histoire - une étourderie des hommes qui auraient omis de faire participer à la chose publique la moitié du genre humain - mais la conséquence, en apparence contradictoire, d'une insertion spécifique, mûrement réfléchie et essentielle, dans le dispositif d'ensemble du politique. Le statut assigné à la femme dans la société constitue l'un des fondements de la construction théorique de l'Etat. Aussi, avant d'examiner dans cet ouvrage comment la question se pose concrètement en France, ses origines historiques, son évolution, les perspectives d'avenir et quelques comparaisons avec ce qui se passe à l'étranger, un détour par la théorie politique s'avère indispensable. L'oeuvre de Jean Bodin, l'un des précurseurs au XVIo siècle, de la pensée politique moderne, semble à cet égard exemplaire. 1. Fondement masculin du I)olitique et hantise de la "gynécocratie" Dès la première phrase de son ouvrage majeur de 1576, Les Six Livres de la République, Bodin délivre la définition de ce qu'il nomme" la République", c'est-à-dire l'Etat: "La République est un droit gouvernement de plusieurs ménages et de ce qui leur est commun, avec puissance souveraine". De cette formule bien connue, on retient le plus souvent le dernier terme qui fait de Bodin, le théoricien de la Il

souveraineté. Non moins fondamentale, y compris pour comprendre la souveraineté, apparait l'introduction dans la définition de l'Etat, des ménages auxquels sont consacrés les premiers chapitres du livre (II, III et IV de la 1° partie). "Ménage, écrit Bodin, est un droit gouvernement de plusieurs sujets, sous l'obéissance d'un chef, et de ce qui lui est propre. La seconde partie de la définition de la République que nous avons posée, touche la famille qui est la vraie source et origine de toute République et membre principal de celle-ci ". Le ménage est en fait plus large que la famille proprement dite puisqu'il comprend sous la puissance du pater familias, à côté de l'épouse et des enfants, les serviteurs et les esclaves. La " ménagerie ", c'est le mot qu'emploie l'auteur, qu'il faut entendre dans le sens du mot anglais" managment ", c'est -à-dire administration, gouvernement, repose donc sur le commandement de l'homme sur ceux de sa maisonnée. Le rapport qui s'établit entre" la ménagerie" et l'Etat ne tient pas seulement à l'origine historique de celui-ci: l'assemblement de familles en villages eux-même réunis jusqu'àu niveau national. Cette démonstration est courante depuis l'Antiquité (Platon, Aristote...) et sera maintes fois reprise. La relation ne relève pas non plus d'une banale métaphore, la puissance du chef de l'Etat étant comparée à celle du père de famille et même à celle de Dieu" le Père" , encore que ce rapprochement fournira à Bodin un argument supplémentaire en faveur de la Monarchie, préférée à l'Aristocratie et surtout à " l'état populaire". Mais il s'agit avant tout d'un lien structurel qui fonde l'existence même de l'Etat: contre des auteurs comme Platon, accusés d'avoir dissous la famille dans l'Etat (chez les guerriers dans La République où femmes et enfants étaient communs), Bodin affirme qu'il n'y a d'Etat que dans la distinction du public et du privé et leur harmonieuse articulation. La maisonnée, sous la direction de son chef, appartient donc à l'ordre du privé et aucun de ses membres n'en doit sortir sous peine de compromettre l'existence-même de la ménagerie. L'homme est le seul qui passe de l'univers familial à la participation à la chose publique, soit comme simple citoyen soit comme gouvernant, et qui assure par là même la " communication", le mot est de Bodin, entre les deux sphères. Or, si l'on regarde de près la composition de la ménagerie, on s'aperçoit que les enfants sont destinés en grandissant à sortir de cet 12

espace privé le garçon pour fonder sa propre maisonnée, la fille pour entrer dans une autre famille par le mariage; les largement serviteurs peuvent aller servir ailleurs et les esclaves être affranchis. La seule qui soit destinéee à rester pour toujours à demeure, c'est la femme et s'il n'y a a plus qu'un individu dans la ménagerie, ce sera elle. Elle est donc susceptible de définir par son unique personne, l'espace privé et donc de garantir la pérennité de cet espace sans lequel s'évanouirait la distinction entre privé-public, socle de l'existence même de l'Etat. C'est implicitement au fil des pages la conclusion à laquelle parvient Bodin qui finit par faire de " la puissance du mari sur la femme" la " source et origine de toute société humaine". Puisque le commandement dans la famille n'est pas seulement origine, modèle idéal ou métaphore, du commandement dans la République, il y a interactions, influences réciproques entre ces deux types de gouvernement qui jouent sur le fonctionnement ou le dysfonctionnement de l'Etat. Si les maisons sont bien administrées, chaque membre restant à sa place et " faisant son devoir" sous l'autorité de son chef, l'Etat lui même sera en bonne santé. Si , à l'inverse l'épouse prend le gouvernail de la famille comme l'auteur en donne quelques
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exemples, c'est l'Etat lui-même qui part à la dérive: la contagion se
répand d'une maison à l'autre jusqu'au plus haut niveau politique... A fortiori, le péril est-il plus grand quand la femme ne se contente pas de faire la loi chez elle mais se mêle des affaires publiques soit pour influencer son mari dans la gestion étatique (c'est le cas de Théodora, l'épouse de l'empereur Justinien coupable d'avoir infléchi l'action de son mari en faveur du sexe féminin...), soit pour exercer elle-même le pouvoir, ce qui est encore pire. Le commandement des hommes dans les ménageries perd alors par contrecoup sa légitimité et la société tout entière et l'Etat se trouvent ébranlés. Bodin dénonce sous le nom de " gynécocratie ", ce gouvernement de l'Etat par les femmes: " la Gynécocratie est droitement contre les lois de nature, qui a donné aux hommes la force, la prudence, les armes, le commandement et l'a ôté aux femmes et la loi de Dieu a disertement ordonné que la fen1me fut sujette à I'homme, non seulement au gouvernement des Royaumes et Empires, [ mais] aussi en la famille de chacun en particulier". Et il insite plus loin: "Or, tout ainsi que la 13

famille est renversée où la femme commande au mari, attendu que le chef de famille perd sa qualité pour devenir esclave, [de même] aussi la République, à proprement parler, perd son nom où la femme tient la souveraineté, pour sage qu'elle soit. Et si elle est impudique, qu'en peuton espérer? ". Ces deux citations sont très révélatrices des discours tenus plus ou moins explicitement, pour écarter les femmes de la participation à la chose publique: la première renvoie à un argument sur la " nature" de la femme, qui sera amplelnent développé au XIXO siècle avec l'aide des sciences et de la médecine en particulier~ la fin de la seconde rappelle cette synonymie entre la fille publique et la femme qui sort du terrain privé pour s'occuper de la chose publique. Ménagère ou courtisane Xantippe ou Aspasie, les deux modèles de l'Antiquité - telle est encore au XIXo siècle la seule alternative laissée à la femme par Proudhon, à l'opposé des thèses du monarchiste Bodin sur tous les autres points. Pour l'anarchiste, la fonction de l'épouse est de " cuire de bons bifsteacks " à raccon1moder ses chemises": quand elle met le son homme et de lui 1010 pied hors de la maison, Inême si c'est pour travailler en usine, elle devient une" putain". Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Theodora citée en exemple par Bodin, était une ancienne prostituée... Et entre la prostitution et le crime, il n'y a qu'un pas. L'auteur des Six Livres de la République intitule l'un des paragraphes de la fin de l'ouvrage" Trois rois tués par une femme": une reine a accédé au pouvoir après avoir successivement assassiné ses trois royaux époux, une certaine Jeanne qui est-il précisé, " pour sa lubricité fut nommée la Louvette "... Sans doute, objectera-t-on.. les mentalités ont bien évolué depuis le XVIo siècle et même le XIXo siècle, encore que récemment une dirigeante syndicale, prise à partie lors d'une manifestation de rues, aît été invitée par des syndicalistes -hommes - à retourner à SA cuisine. Il est toutefois intéressant de noter du point de vue de la théorie, que les commentateurs les plus récents de Bodin, continuent de présenter chez le penseur, les thèses sur la souveraineté ou les régimes politiques, sans parler du statut de la femme, fondement de la distinction public-privé et donc du statut -même de l'Etat... Or, ce n'est pas cette distinction, essentielle dans nos démocraties, qui est en cause, mais la définition du privé qui régit l'articulation des deux 14

sphères. La fin du confinement de la femme dans l'espace privé doit-elle aboutir inéluctablement à la " gynécocratie"1 Celle-ci traduit plus les hantises de Bodin que le voeu des femmes: leur but n'est pas d'inverser le sens de la domination mais d'obtenir simplement la parité avec les hommes dans la gestion des affaires publiques. Il s'agirait alors non pas seulement de " repenser le politique" mais d'en avoir une autre pratique qui à terme modifierait la conception-même de celui-ci. La conquête des droits politiques par les femmes, l'exercice du droit de suffrage, la possibilité de l'éligibilité et de la nomination de femmes à des postes de responsabilité, constituent alors les passages obligés de cette transformation. 2. Les femmes et la I)olitique Cet ouvrage présente, en faisant appel aussi bien à l'histoire qu'à la science politique et à des témoignages, les rapports difficiles des femmes à la politique, des Françaises, pour l'essentiel, mais aussi des citoyennes d'autres pays (la Suède, la Russie et la Palestine) afin d'introduire dans cette analyse une dimension comparative. C'est en 1944 seulement que les droits de vote et d'éligibilité ont été accordés aux Françaises alors que les hommes de ce pays en disposaient depuis la Révolution. Michelle Perrot (Chap. 1) retrace l'histoire de cette longue marche au cours de laquelle les femmes se sont vu opposer nombre d'arguments, qui n'ont même pas été abandonnés après leur participation à l'effort de la première guerre mondiale. Par six fois, durant l'entre-deux-guerres, la Chambre accordera la citoyenneté aux femmes, le Sénat la leur refusera. Michelle Perrot analyse cette spécificité française, en rappelant notamment l'utilisation de la loi salique, le modèle de Cour qui a consacré la courtoisie (qui conduit au bout du compte à reléguer les femmes loin des choses "sérieuses"), la rupture entre l'Ancien régime et la modernité qui a "placé le politique sur l'autel des grands rites", au seul bénéfice du mâle, au détriment des femmes suspectées d'être les alliées naturelles de l'Eglise. Aux femmes le privé, aux hommes le public, ce partage restera pour longtemps la caractéristique de notre société. Pourtant, au début du )C'Xesiècle, les féministes françaises témoignent d'une inlassable activité~ dans les partis, dans le mouvement féministe qui entend lutter contre la misère et la guerre et "pour une politique propre"; 15

des féministes radicales en viennent pour leur part à briser les vitres d'une salle de vote en 1908 mais elles demeurent bien solitaires comme le souligne Christine Bard (Chap. 2), qui montre aussi que l'exclusion politique des femmes les a poussées vers les activités associatives, florissantes entre les deux guerres. D'autres encore deviennent journalistes, et observent ainsi avec sagacité cette vie politique dont elles sont exclues. Elles le resteront jusqu'en 1944. Et c'est en 1945 qu'elles voteront pour la première fois. Appelées neuf fois aux urnes entre mai 1945 et octobre 1946, elles auront l'occasion d'effectuer un apprentissage rapide des nouveaux droits qui leur ont été accordés. Virginie Martin (Chap. 3) restitue lé vécu de ces premiers votes, à partir d'une lecture attentive de la presse de l'époque et d'entretiens semi-directifs conduits auprès de femmes âgées, pionnières dans l'exercice du droit de vote. Elle montre comment ce vote doit être émis dans un contexte où ce sont les hommes (prêtre, mari, père) qui "régissent les cadres du savoir politique". La nouvelle citoyenne n'est pas sans provoquer des inquiétudes mais en même temps on attend d'elle comme un renouvellement de la vie politique, qui serait d'autant plus marqué qu'elle resterait dans la sphère privée pour cpnserver sa pureté. Plus de cinquante ans après l'obtention par les femmes des droits de vote et d'éligibilité, le temps est venu de faire un bilan de la manière dont elles les ont exercés. Et l'on doit admettre que ce bilap est fortement contrasté. Si, pour ce qui concerne le vote, les Fr~nçaises sont devenues des citoyennes à part entière, il n'en va pas de même du point de vue de l'éligibilité. Les femmes de ce pays, après avoir été, un temps plus abstentionnistes et plus orientées à droite que les hommes, sont devenues aussi participantes qu'eux et depuis les années quatre-vingt, votent à gauche dans les mêmes proportions, se distinguant pour l'essentiel, comme le note Janine Mossuz-Lavau (Chap. 4), par une moindre propension à voter en faveur du Front national. Les électrices sont devenues autonomes, suivant en cela le mouvement général observé en Europe. Mais la perspective change lorsqu'on établit un bilan du droit à l'éligibilité. Avec 6% de femmes dans son Assemblée nationale, la France figure au dernier rang des pays européens, alors même que la Suède caracole en tête avec 40% d'élues. Françoise Gaspard (Chap. 5) avance

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trois raisons pour rendre compte de ce "retard", à savoir "le caractère longtemps dramatisé de la vie politique nationale et de ses enjeux", "la faiblesse de la culture démocratique des organisations partisanes" et enfin la conception française de l'universalité. Elle examine aussi les aspects strictement institutionnels qui renforcent cette exclusion des femmes, en insistant sur l'échelon-clé que représente le conseil général, et sur le cumul des mandats. Devant cette situation, nombre d'associations de femmes ont au début des années quatre-vingt -dix entamé un combat pour l'instauration de la parité hommes-femmes dans les Assemblées élues. Il s'agirait d'obtenir que ces Assemblées soient composées pour moitié d'hommes et pour moitié de femmes, proportion proche de celle observée dans l'enemble de la population. Ce projet, porté par un nombre croissant de femmes et épaulé par les instances européennes a déclenché en France de très vifs affrontements. Mariette Sineau (Chap. 5) met en scène les antiparitaires, universalistes qui refusent de prendre en compte les différences, et agitent le spectre des quotas que pourraient revendiquer diverses minorités, et les paritaires qui, s'appuyant sur le préambule de la Constitution de 1946 repris par celle de 1958 et selon lequel "la loi garantit à la femme dans tous les domaines des droits égaux à ceux des hommes", revendiquent la transformation de cette égalité formelle en égalité réelle. Elle souligne que le combat de ces derniers a la faveur de l'opinion publique qui, à 77%, accepte de modifier la Constitution afin d'introduire la parité hommes-femmes comme principe général. En 1995, la place des femmes en politique est en tout cas devenue un thème de campagne électorale en France et, pour les élections de 1998, le Parti socialiste s'apprête à présenter 30% de femmes parmi ses candidats. La comparaison avec l'étranger fait ressortir cette "exception française", tout en soulignant que, dans les pays même où l'on croit le long combat terminé, les discriminations n'en ont pas disparu pour autant. Ainsi, Maud Eduards (Chap. 7) insiste sur le mécontentement des femmes suédoises qui, malgré une situation politique enviée, se plaignent d'une dégradation des rémunérations. De nombreuses divergences de vue sont enregistrées entre les hommes et les femmes de ce pays, notamment sur la réduction du temps de travail et sur le nucléaire que les femmes sont bien moins nombreuses à vouloir conserver. Elles veulent aussi mettre fin aux exportations d'armes. Elles veulent enfin plus massivement

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