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Les îles du Cap-Vert aujourd'hui

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166 pages
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Ajouté le : 01 janvier 1997
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EAN13 : 9782296347380
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Les îles du Cap-Vert aujourd 'hui

Perdues dans l'immensité

(Ç)L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5773-8

Nicolas Quint

Les îles du Cap-Vert aujourd'hui

Perdues dans ['immensité

EditionsL'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

OUVRAGES DE NICOLAS OUINT

Le Parler Marchois de Saint-Priest-la-Feuille (Creuse), Limoges, Éd. La Clau Lemosina, 1991.
Lexique Créole de Santiago

-Français,

Praia, Éd. de l'auteur, 1996.

Grammaire du Parler Occitan Nord-Limousin Marchois de Gartempe (Creuse), Limoges, Éd. La Clau Lemosina, 1996. Una Setmana a la Boria, Limoges, Éd. La Clau Lemosina, 1997.
Dictionnaire Français

- Cap-Verdien, Paris, Éd. L'Harmattan,

1997.

56 os amados podem amar, sé os livres podem libertar, sé os puros purificam, e sé podem semear a paz os que_a possuem. (Nelson Mendes Vieira) Ma puréza, ond'é k'bo ta morâ?

Que de misèrias dins aqueste mond' Que de misèrias dins aquelses paures ostals ont Ii a pas totjorn de que emplenar 10 ventre, ont Ii a pas ren per emplenar 10 cervèl, e pas gaire per emplenar 10 cor! (Enric Mouly, E la barta fIoriguèt)

Seuls les aimés peuvent aimer, seuls les libres peuvent libérer, seuls les purs purifient, et seuls peuvent semer la paix ceux qui la possèdent. (Nelson Mendes Vieira)
Mais où te trouver, pureté? Que de misères dans ce bas-monde! Que de misères dans ces maisons pauvres où l'on n'a pas toujours de quoi se remplir le ventre, où l'on n'a rien pour se remplir la cervelle, et pas grand-chose pour se remplir /e coeur! (Henri Mou/y, Et la broussaille devint jardin)

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I

PRÉLUDE
J'ai tourné la clé, mis le contact. Le moteur ronronne, le véhicule s'ébranle, longe la haie d'agaves qui borde la voie d'accès à une. ferme santiagaise, nichée dans un des innombrables vallons de l'arrière-pays. Dans quelques heures, je serai sur le continent .africain. Dans quelques jours, je serai de retONlifn France, après un an et demi passé au Cape Vert... Le Cap-Vert. Je ne savais pas trop ce que c'était avant d'y aller. Des îles yerdues au milieu de l'océan, en face du Sénégal. Le pays de Césaria Evora, répondent désormais de nombreux Français, depuis que la diva aux pieds nus a fait sa percée dans l'hexagone et dans le monde entier. Dix îles, qui forment deux groupes: celui du Sud ou îles Sous le Vent: Santiago, Fogo, Maio et Brava; celui du Nord, ou au Vent, plus récemment peuplé, avec Boa Vista, Sal, Saint Nicolas, Saint Vincent, Saint Antoine, et Sainte Lucie, vide d'hommes. Dix îles, dont neuf habitées et quelques îlots, tous volcaniques, dont je donnerai ici une vision essentiellement synchronique, un saisi, à un moment donné, l'année 1995, l'an 533 après le début du peuplement de Santiago, point de départ de l'histoire cap-verdienne. La fin du Moyen-Âge européen est en effet le début du Cap-Vert. Des navigateurs italiens et hispaniques découvrent les îles, qui sont alors désertes. Les Portugais les occupent. Le peuplement va commencer, avec quelques familles de colons lusitaniens et des esclaves, venus des côtes de l'Afrique de l'Ouest: Ouolofs, Temnes, Mandingues... Les îles sont alors moins arides qu'elles ne le sont maintenant. L'augmentation de la population humaine et les chèvres des colons auront rapidement raison de leurs maigres ressources naturelles et du couvert végétal. Mais ce qui compte à cette époque, ce sont les esclaves. Le CapVert devient le relais obligé des commerçants portugais de bois d'ébène. Les noirs venus du continent sont entreposés et sélectionnés à Ribeira Grande, l'actuelle Cidade Velha, sur l'île de Santiago, pour être réexpédiés vers les Amériques, au pays du bois brésil... Dévastations des corsaires anglais et français, qui ruinent finalement Ribeira Grande, famines qui déciment chroniquement et périodiquement les îles, qui se peuplent peu à peu. Métissage progressif et général. La population est mulâtre et parle créole. Les siècles passent. 1880: fin de l'esclavage. 1975: dans l'année qui suit la chute de la dictature de Salazar au Portugal, le Cap-Vert devient indépendant, sans guerre coloniale, emporté par le mouvement général de décolonisation et plus particulièrement par Il

sa compagne continentale et noire, la Guinée-Bissao. Dix-huit ans de régime totalitaire à la soviétique - en version africano-créole - que ponctue le divorce d'avec les Bisséens. En 1991, le premier scrutin libre porte au pouvoir le MPD, Mouvement Pour la Démocratie, à tendance libérale et capitaliste, qui remplace l'ex-parti unique et fondateur de la patrie, le PAICV, Parti Africain pour l'Indépendance du Cap-Vert. Les choses en sont là en 1995, et même en 1996, où le MPD s'est fait -finalement réélire pour cinq ans. Dans ce livre, c'est le Cap-Vert d'aujourd'hui que l'on passera en revue et visitera, au gré des itinéraires.

PREMIÈRE PARTIE SANTIAGO

APERÇU DU MILIEU
Quand J'avion se pose...
On a beau savoir que le Cap- Vert est un pays du Sahel, pour le voyageur qui n'est jamais sorti d'Europe Occidentale, l'arrivée est un choc. Tous les guides, en effet, affirment que Santiago est le grenier de l'archipel, l'île agricole par excellence. La piste de l'aéroport de Praia s'étire, long ruban bleu pointillé de blanc, au milieu d'un paysage lunaire: un plateau sec, brûlé par le soleil en ce mileu de saison sèche, qu'animent les taches vertes de quelques rares épineux. Ocre avec quelques pois verts. La teinte générale est donnée. Le Cap-Vert, c'est sec, très sec, davantage encore en saison sèche, et plus encore quand depuis quatre ans, il pleut trop peu pour qu'il y ait des récoltes. On comprend assez vite une des clés de Santiago et de tout le Cap- Vert: ce qui manque ici, c'est l'eau, le problème, c'est l'eau, la limite, c'est l'eau. L'eau, qui ne coule pas dans le lit des rivières, asséchées sauf pendant quelques journées de la saison des pluies, l'eau, dont on a besoin pour boire, pour se laver, et pour les cultures. Première approche

Une voiture louée permet de partir à la découverte du Santiago profond. On ne s'arrêtera pas à la capitale, pour le moment. Elle fera plus loin l'objet d'une description approfondie. Après cinq ou six kilomètres de routes pavées, on dépasse le dernier faubourg au Nord, Sao Felipe. On traverse alors une forêt d'épineux. Avant, il n'y avait rien, mais, il y a deux décennies, le premier gouvernement du Cap-Vert indépendant a décidé de reboiser des terres désertes depuis bien longtemps. L'espèce choisie: Prosopis juliflora, en français de tous les jours, un épineux, une sorte d'acacia. Un arbre qui résiste en tout cas avec succès au climat local. La plupart ont pris et le plateau à la sortie de Praia est maintenant couvert d'arbres. Des arbres, rien que des arbres: il n'y a pas un brin d'herbe au sol, seulement des cailloux. La terre est nue, comme battue, comme les courts de Roland 15

Garros, mais agrémentée de creux, de bosses et de pierraille, entre les troncs. Les vastes chantiers de reboisement du PAICV, l'ex-parti unique au pouvoir, ont donc fait reverdir certaines parcelles du territoire cap-verdien. Mais au fait, le Prosopis juliflora, à quoi cela peut-il servir? La question s'imposait. Le feuillage n'est pas consommé par les herbivores _ domestiques. Dommage. Les gousses le seraient, mais... voilà, les épineux cap-verdiens (manque d'eau? particularités génétiques des souches introduites?) n'en produisent pas ou très peu... Il reste donc le bois, qui sert de combustible alimentaire - ici, il n'y a pas lieu de chauffer les maisons, comme dans notre bonne vieille Europe - et que les populations exploitent parfois exagérément, poussées par la nécessité. Au sortir de la forêt, Rubom Xikeru, le premier village du fora, c'est à dire de l'intérieur de Santiago, ce qu'on pourrait encore appeler le pays badiais. Un village, c'est à dire des maisons, en pierre pour les plus vieilles, en parpaings pour le plus grand nombre. Ullvillage rural. Nous sommes à la campagne. En effet, la majorité des habitants dufora, et, à ce jour, encore la majorité des Cap-Verdiens tout court, sont des agriculteurs. Quand on voit ces collines nues, cette terre si desséchée qu'elle en est poudreuse et se dérobe sous les pas comme la neige fraîche dans nos stations de sports d'hiver, quand on entend que les Cap- Verdiens sont avant tout un peuple de paysans, on ne peut que rester bouche bée. Le pays des mille collines

Collines. Montagnes. Quand il n'a pas plu depuis six mois, comment le pays santiagais ne serait-il pas see? Sec? Certes. Mais quand on monte sur le plateau de Tchokona et que l'on devine les maisons en ruines accrochées au cirque de Laguâ di Raka; quand on gravit les hauteurs de Tchiminé, village non relié par la route jusqu'en juin 1996; qu'on aperçoit au loin la ville de SallfÙigu - Pedra Badejo en portugais blottie au bord de la mer, et le clocher de Rellki Pulga, là-bas; qu'on voit l'ocre des tertres jouer avec le bleu du ciel et de l'océan, on est pénétré tout entier par l'austère mais grandiose beauté de Santiago. Tant de lieux où d'éblouissants paysages récompensent le promeneur qui a eu le courage et l'heur de sortir des sentiers battus. En tout état de cause, on ne pourra pas reprocher à la grande île son manque de relief. Un relief qui culmine avec le Pic d'Antonia, à 1300 mètres et des poussières. Grands ou petits sommets, l'île offre au yeux du voyageur un paysage vallonné, hérissé de mamelons. Terre battue et cailloux. Parfois la roche affleure, nue, comme sur le Pic d'Antonia, et on a des falaises ou des à-pic de lave. Mais attention, cette pierre est friable: les alpinistes auront du mal à vaincre ces parois qui

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s'effritent sous les coups de piolet, se dérobent sous la main en quête

d'une prise.

.

La flore et la faune sauvages

terrestres

Nous reviendrons sur les animaux d'élevage. Quant à la faune et la flore sauvages, on en a assez vite fait le tour. Pas de mammifères, sauf la souris, le rat et le macaque, importés par l'homme. Les singes se réfugient dans les massifs de rocaille et dévastent les cultures en saison des pluies. La faune aviaire est un peu plus diversifiée: soixante-dix espèces pour tout l'archipel. Il convient de citer l'oiseau national, la pasarinha, un martin-chasseur disent les ornithologues. C'est à dire un oiseau aux ailes bleu- vif, à bec orange et à gorge blanche, qui a l'aspect du martin-pêcheur, est de la famille du martin-pêcheur. Mais comment notre martin capverdien pourrait-il être pêcheur? Ici, il n'y a pas d'eau douce ou peu s'en faut. N'ayant rien à pêcher, le martin ne pouvaitêtre que chasseur. À part ça, il y a des becs de corail, tchOta-b6ka-burnledju en créole, ou nwineau à bouche rouge. C'est un spectacle réjouissant que de voir voler en liberté ces passereaux qui, en Europe, n'existent qu'en cage. Le reste, des passereaux et encore des passereaux, tous plus gris les bruns que les autres. Le néophyte n'y voit que des piafs indistincts et donc sans grand intérêt. Mentionnons en passant, quoiqu'elle ne soit pas santiagaise, la fameuse alouette de l'ilôt Raso, au Nord de l'archipel, qui a pour unique particularité de n'exister que dans le dit ilôt. Elle n'en est pas plus spectaculaire pour cela (en tout cas d'après l'idée qu'on peut s'en faire au vu du timbre-poste édité par les postes locales). On ne saurait conclure ces quelques lignes consacrées aux volatiles sans parler de la pintade sauvage, la pelada, qui s'abat sur les semis de maïs comme la misère sur le pauvre monde. Malgré les chasseurs qui la traquent sans relâche et les gamins qui glanent ses oeufs, elle hante avec persévérance toutes les collines du pays badiais. Elle aussi a été introduite par l'homme. Les reptiles? Deux espèces de lézards de muraille, gris, évidemment. Pas de serpents, donc pas de risque de morsures. Une espèce de grenouille, appeléè sapu en créole, d'un mot portugais qui signifie crapaud, représente l'embranchement des batraciens. , Venons-en aux insectes et autres arthropodes. A part les mouches et les moustiques - il n'yen a pas beaucoup parce qu'il n'y a pas d'eau; tant mieux, pas de risque de paludisme - il Ya quelques scorpions, deux ou trois sortes d'insectes à élytres, une mouche maçonne. Elle construit des alvéoles en terre humectée de salive dans les vieilles maisons. Il y a aussi des abeilles sauvages, et divers moucherons. Les jiUrnbida sont

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particulièrement agaçants. Vers les mois d'octobre-novembre, ces petits coléoptères, attirés par la lumière, pénètrent massivement dans les habitations et tombent à qui mieux-mieux sur les livres ouverts ou dans la nourriture. Pouah! On rencontre parfois, entre les pierres d'un vieux mur, de gros
-

scolopendres dont la piqûre est, paraît-il, particulièrement

douloureuse:

j'ai

évité d'en faire l'expérience. Il y a aussi des araignées. Celles, jaunes et noires, qui peuvent être assez grosses, et qui tendent leurs fils entre les feuilles dentées des agaves, valent un coup d'oeil. C'est sûrement sous la mer qu'on trouve la faune la plus riche. On la retrouvera plus loin. Passons au monde végétal. Quelques dizaines d'herbacées endémiques ou d'implantation ancienne, une dizaine d'arbustes, une autre dizaine d'arbres autochtones, et c'est tout. On trouve des baobabs et des fromagers, comme en Afrique. Au centre de l'île, à Boa Entrada, se dresse le plus gros fromager du Cap- Veft. Un exceptionnel monument à la vie, dans cet univers dominé par le minéral. Le jujubier, simbronl en créole, est une plante symbole de la campagne santiagaise. Robuste, ~ésistant à la sécheresse, armé d'épines, il produit de nouvelles branches vert clair dès les premières pluies. Puis il fructifie au début de l'année, vers févriermars, et des enfants vendent les jujubes aux automobilistes le long des routes à des prix dérisoires. Peu d'animaux, pas beaucoup de plantes. On est en climat tropical see, aggravé par l'insularité.

Un monde clos
Si l'on prend, au premier grand carrefour, la route de l'intérieur, on grimpe jusqu'au plateau d'Assomada, le coeur de l'île, on passe ensuite la Serra Malagueta, c'est à dire les montagnes du Nord, pour arriver à Tarrafal, ville touristique des confins nord de l'île. Au compteur: soixantequinze kilomètres, le plus long trajet sur route caITossable que l'on puisse effectuer depuis Praia. Compte tenu de l'état de la route, et si l'on roule à moyenne vitesse, cela représente environ une heure et demie de chemin. Et encore, il y a des tournants. En ligne droite, Santiago ne mesure que cinquante-cinq kilomètres, dans sa plus grande longueur. Ce n'en est pas moins la plus grande île du Cap-Vert, avec environ 1000 kilomètres carrés (un quart du total national, le cinquième d'un département français moyen) et plus de la moitié de la population du pays. Voilà où s'arrête le monde pour la majorité des Badiais, les habitants de Santiago, qui ne sont jamais sortis de leur île. Autour du monde, la mer, et au-delà de la mer, l'étranger, d'où vient tout ou presque, et où tant d'îliens partent, parfois pour ne plus revenir. Un monde clos, à la fois

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