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Les orgues du Mont-Blanc

De
126 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1997
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EAN13 : 9782296349902
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LES ORGUES

DU MONT-BLANC

Roman

Du Inême auteur:

-SAHARA 1830-1881, les Inirages français et la tragédie Flatters. Editions L'Hat1nattan, Paris, 1989. -LES CANONNIERES DE TOMBOUCTOU, les Français à la conquête de la cité Inythique. Editions L'Harmattan, 1992. -LES MEHARISTES FRANÇAIS A LA CONQUETE SAHARA, 1900-1930.Editions L'Harmattan, 1994. DU

-AILES BRISEES SUR LES DUNES, la prelnière traversée aérienne du Sahara (février 1920). Editions L'Hannattan, 1995.

-RECITS ET NOUVELLES DES MONTAGNES collectif), Editions MF, Grenoble, 1996.
-LES VIRES A BALMAT, Roman. Editions L'Hannattan

(ouvrage

1996.

Illustration de couverture: D. Chappaz

@ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5891-2

Daniel GREVOZ

LES ORGUES DU MONT-BLANC

Roman

Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Chapitre I : Sentinelle Rouge.

Philippe posa sa main sur le granit de la Sentinelle Rouge cotnme un tnarin s'amarre au quai d'un port pour échapper à la tempête. Par orgueil, il retint le ouf! qui montait à ses lèvres. Pas question de se laisser aller à de telles démonstrations! Mais un profond soupir de soulagement fusa de sa poitrine tandis que ses doigts s'attardaient sur le rocher. Le contact avec la tnasse rugueuse, toute tiède de soleil, était rassurant et apaisa ses craintes. Il avait besoin d'en sentir la sereine solidité après une bonne heure de marche sur des caillasses instables et une neige pourrie par les ardeurs de l'astre solaire. C'était un terrain incertain, où chaque pas réclatnait Inille précautions, et qui ne l'avait guère enthousiasmé. Juste de quoi se faire peur! Il est vrai que la cordée n'avait pas choisi le moment idéal pour entreprendre la délicate traversée joignant le col Moore à la Sentinelle Rouge. En plein après-tnidi! Pas tnoyen de faire pire! Philippe avait conscience de l'impardonnable faute et ne manqua pas d'en faire la retnarque à son cOlnpagnon Marc. - Une ânerie à ne pas recomtnencer, cette traversée au milieu de la joulllée! Marc acquiesça d'un grognelnent dont il était coutulnier quand ~l s'agissait de reconnaître une erreur. Peu enclin aux épanchements verbaux, il n'était pas du genre à battre sa coulpe de façon plus explicite. Ces choses-là allaient de soi entre deux alpinistes aguerris, habitués de longue date à courir les montagnes ensemble. D'ailleurs qu'aurait-il pu ajouter au constat de Philippe ? Admettre

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qu'il s'était rendu coupable d'une certaine négligence au col Moore en ignorant les doutes de son ami ? Avouer qu'il ne s'était pas senti d'huIneur à entaIner une longue discussion au sujet de la décision à prendre? On avait fait preuve de légèreté, oui! On avait Inêlne cOlnmis une itnprudence regrettable qui, heureusement, n'était pas dans les habitudes de la cordée. Mais cela n'avait eu aucune conséquence fâcheuse et il ne servait à rien d'épiloguer sur une de ces Inémorables bêtises dont s'émaille la carrière de tous les alpinistes. Par bonheur, rares sont celles que sanctionne un accident. Et, pour la petite histoire, on pourrait convertir sans vergogne ce court InOInent d'égarelnent en une audace soigneusement calculée... Ces faIneux "risques calculés" si souvent invoqués par les alpinistes télnéraires en mal d'excuses! Marc, toujours prêt à s'absoudre de ses faiblesses, avait déjà rangé l'incident dans cette catégorie. Il ne s'en souviendrait pas d'une. autre façon! Les sueurs froides que lui avait valu ce désagréable épisode ti~ndraient lieu de pénitence! Nul besoin d'en rajouter... Pourtant, les angoisses que chacun des deux compagnons évacuait à sa manière n'avaient été que trop justifiées. Ils avaient pris des risques insensés pour arriver au bivouac! On ne peut itnaginer d'itinéraire plus favorable à l'inquiétude par mauvaises conditions. Presque horizontal, il prend en écharpe un flanc de Inontagne buriné par l'érosion. A trois cents mètres au-dessus du bas de la paroi, le cheIninement se faufile de goulottes de glace en pentes de neige et de pentes de neige en glacis de pierrailles. Rien n'y inspire la sécurité, ni les récentes traces d'avalanches, ni les perspectives fuyantes où le regard ne trouve nul repos. De quoi élnouvoir le plus blasé des alpinistes. Et la neige rendue inconsistante par l'heure tardive avait tout cOlnpliqué... Philippe en avait, le premier, conçu un sentiment d'insécurité croissant de Ininute en Ininute. Ses yeux n'avaient plus quitté la Sentinelle Rouge, Inonolithe de roc fauve, planté COmIne une gigantesque dague au milieu du versant de la Brenva, l'une des prestigieuses façades du Mont-Blanc donnant sur l'Italie. Sentinelle Rouge! Voilà bien un rocher qui aurait tort de revendiquer un autre nom. Celui-là lui convient à merveille et fleure bon aventure et Inystère. Certes, l'appellation pourrait prêter 8

à confùsion en éveillant d'autres échos que ceux réservés à l'alpinistne.Pourtant, il n'y a rien de tnilitaire ou de révolutionnaire dans cette expression. Il faut en chercher l'origine ailleurs. Elle concrétise des préoccupations très éloignées d'une quelconque idéologie. Celui qui en assume la paternité a dû endurer les lnêtnes affres que Philippe pour atteindre l'endroit. Et sans doute de plus poignantes encore pour le quitter alors qu'il ignorait tout de la suite d'un itinéraire où jatnais personne ne l'avait précédé. Inquiétudes dont on ne saurait le blâlner tant elles sont légitilne! Car la Sentinelle Rouge ne se trouve pas en rase catnpagne!Les cinquante tnètres de haut et les dix mètres de large de l'obélisque de granit constituent en effet l'unique havre de sécurité sur rÜnposante paroi de la Brenva. Le seul endroit où l'on puisse s'abriter des chutes de séracs balayant sans crier gare cette face tnythique du Mont-Blanc. Passage obligé sur un parcours difficile, le relnarquablebastion de roc est devenu pour les alpinistes un repère, une protection, un phare qui les garde, le temps d'une halte ou d'un bivouac, contre les dangers pennanents de la Brenva. Une Sentinelle! La chaude couleur fauve du rocher, que l'on attribuerait volontiers aux assiduités du soleil, lui a valu un qualificatif non usurpé: Rouge! Nul ne peut s'y trolnper... Il n'y a rien de setnblable aux alentours. Sentinelle Rouge! L'éperon de rocher n'a pas gardé pour lui seul ce notn qui sonne bien. Il l'a donné à l'un des itinéraires qui touche sa base avant de monter droit vers le SOlmnet du Mont-Blanc. Mille trois cents Inètres de vertige... Sentinelle Rouge! Sa silhouette élancée fend COlnmelatne d'acier les avalanches de glace descendues de la calotte sOlnlnitale du plus haut SOlIDnetd'Europe et les rejette dans les couloirs qui bordent ses flancs. Inébranlable, la chandelle de granit, adossée contre la tnontagne, résiste jour après jour au cataclysme que constitue l'écroulelnent d'une batTe de séracs sur un précipice d'une insondable profondeur. Les alpinistes peuvent sans crainte s'aITêterà son pied. Mais l'abri est modeste: à peine quelques lnètres catTés de neige en pente et de blocs rocheux en équilibre instable. - C'est là que tu veux nous faire bivouaquer? questionna Marc en touchant à son tour rassise du monolithe. Philippe répondit par une Inoue dubitative. C'était bien là qu'il 9

avait envisagé de passer la nuit, oui. Mais en rêvant à son proJet d'ascension, il avait itnaginé l'endroit plus accueillant, plus confol1able. Il avait espéré trouver au pied de la paroi une petite plate-fonne, un repaire d'oiseau de proie, où il ferait bon lézarder aux derniers rayons du soleil. Et il n'avait sous les yeux qu'un pan de neige, incliné à cinquante degrés, d'où émergeaient quelques gros blocs de granit infonnes. -Hé ben, mon vieux, Inaugréa encore Marc, on va avoir du boulot pour rendre ton bivouac habitable. Tu es certain qu'on n'aurait pas lnieux fait de passer la nuit au refuge? Passer la nuit au refuge, COlnmetout le Inonde! Bien sûr Philippe y avait pensé. Mais il n'avait pu se résoudre à la facilité pour s'attaquer à cette voie du Mont-Blanc sans équivalent par son atmosphère de bout du monde. Il voulait connaître lui aussi l'envoûtement d'un bivouac dans une paroi prestigieuse, au beau lnilieu d'un itinéraire de grande envergure. Il voulait ressentir le frisson que procure l'écrouletnent t9ut proche d'une barre de sérac quand on peut l'observer sans risque. Il voulait être infiniment petit dans l'infinÎlnent grand... Il lui avait selnblé impossible d'atteindre à la félicité des prelniers ascensionnistes de la Sentinelle Rouge -les Britanniques Graham Brown et Franck Slnythe- sans reprendre avec rigueur chacun de leurs pas, chacune de leurs haltes vers le somtnet. On ne peut avoir lu les souvenirs exaltés de Brown et rater le rendez-vous que ses écrits fixent à tous les alpinistes épris d'authenticité. Pour Philippe, l'aventure élevée à un tel niveau de perfection ne souffrait pas la moindre comprolnission... Il se serait senti déchoir en cédant à la facilité! A vrai dire, les raisons qui avaient conduit Philippe à préférer la rusticité d'un bivouac au confort du refuge n'étaient pas aussi limpides. Il s'y ajoutait le besoin de s'isoler, ne serait-ce que quelques heures, d'une société dont il ne supportait plus le carcan. Particulièrelnent depuis deux ou trois semaines! Il en avait assez des difficultés qui l'assaillaient jour après jour. Les contraintes de toutes sortes, les problèlnes financiers, les paperasseries, les lnesquineries bureaucratiques... s'accumulaient à son encontre au point de l'écoeurer. C'était trop! Où allait cette galère folle dont il n'avait tnêtne pas la liberté de descendre? tO

Philippe ne se reconnaissait plus dans un tnonde qui, pour lui, avait perdu tout sens de l'essentiel. Mais il savait COlnment s'échapper de ce chaudron maléfique. Il suffisait de s'en éloigner, d'ouvrir son regard sur des horizons moins étriqués. Rien de tel qu'une nuit à la belle étoile, dans un lieu aussi sYlnbolique que la Sentinelle Rouge, pour se ressourcer et redonner un sens à sa vie! Il en avait déjà fait l'expérience. Une course en montagne, en forme de défi, l'avait souvent guéri de son tnal de vivre. Bien sûr, Marc n'avait pas été mis dans la confidence de ce prétexte très personnel; il n'est pas toujours facile de dévoiler ses petites faiblesses, mêlne à son tneilleur roni. Mais cette cachotterie avait-elle une importance capitale? Après tout, la justification puriste était suffisante et, Philippe le savait bien, Marc ne rouspétait que pour la fonne. Adepte de la tnontagne aussi chevronné que passionné, il avait d'emblée été séduit par l'idée de son ami et il n'ignorait pas ce qu'était un bivouac à tTois tnille cinq cents mètTes d'altitude. En vingt ans d'alpinistne, les deux inséparables complices en avaient vu d'autres! - Cesse de ronchonner gronda doucement Philippe pour rentrer dans le jeu de son compagnon. On va se tailler une belle plateforme, de quoi s'allonger COlnmedes princes! On a le telnps! Il est à peine trois heures de l'après-midi et cela nous occupera jusqu'à la nuit. - Tu appelles-ça une occupation ?.. Un travail de forçats, oui! - Une saine activité, crois-tnoi! Et que nous ne serons pas les premiers à pratiquer ici. Si je me rappelle mes lectures, d'autres ont déjà atnénagé l'endroit et il devrait suffire de creuser un peu dans la neige pour retrouver leurs oeuvres. Ne serait-ce qu'une ébauche de terrasse.. . - Alors creusons! J'ai toujours rêvé de faire de l'archéologie dans un coin pareil, conclut Marc railleur. Sans autre protocole, sans se départir de sa placidité habituelle, il s'employa à envoyer dans le vide la neige que la panne de son piolet arrachait à la pente. Marc travaillait en s'épargnant toute précipitation mais avec la surprenante efficacité dont il était capable dès qu'il s'agissait de faire preuve de puissance. Bâti en athlète, tout de muscles, il paraissait trouver un bonheur sans borne à se servir de ce corps que beaucoup lui enviaient. Aussi devenait11

il une Inachine redoutable en montagne lorsqu'il s'agissait de tailler des lnarches dans la glace ou de forcer une fissure à grand renfort de verrous et de coincements. Philippe se sentait toujours en sécurité avec lui. Même quand il devait prendre la tête de la cordée dans les passages réclatnant finesse et légèreté, un dOlnaine où il surclassait son compagnon. Il pouvait alors franchir la plus lisse des dalles en toute sérénité, sûr que Marc parviendrait à enrayer n'itnporte quelle chute s'il en était besoin. La sensation de l'indestructible présence de son ami suffisait à décupler ses capacités de grilnpeur. Elle lui donnait des ailes! Cette exelnplaire cotnplémentarité avait d'ailleurs fait ses preuves! Les deux hommes alignaient une élogieuse liste de courses. Jamais d'exploit, non. Ni l'un ni l'autre ne recherchait la difficulté pour elle-même. Ils n'avaient pas l'esprit à collectionner les perfonnances. Mais ils trouvaient leur plaisir dans les grands itinéraires mixtes où chacun pouvait donner toute la Inesure de ses capacités. Arête de Tour Ronde au Mont Maudit, Sans NOIn à la Verte, traversée de la Meije, éperon Frendo à l'Aiguille du Midi ou arête de Zmutt au Cervin les avaient vus, entre autres, triolnpher, en toute Inodestie, d'ascensions réputées. La Sentinelle Rouge, "la Sentinelle" comme disent les connaisseurs, s'inscrivait en droite ligne de cet enviable palmarès. Particulièretnent à la fin d'une saison Inarquée par de belles réussites du Inême genre. * ** Depuis longtemps, les deux hOlmnes caressaient le projet d'ajouter la Sentinelle Rouge à leurs conquêtes. L'élégance et l'envergure des itinéraires de la Brenva ne peuvent laisser de bons alpinistes indifférents... Quand on aim.e la pureté d'une ligne d'ascension, la longueur de son tracé, la puissance des reliefs qu'elle force, on se plaît à rêver de tels objectifs. Et puis le nom sonne bien, COlnmelaWalker, l'Innominata ou le Grand Capucin. On peut avoir des faiblesses pour ce genre de détails... Mais les risques sont plus importants ici qu'ailleurs. C'est une course "engagée", COInmedisent les spécialistes pour évoquer des dangers dont on ne peut s'affranchir. Il y a ce maudit couloir, le 12

Grand Couloir, à traverser. Véritable exutoire des avalanches de séracs tombant de très haut sans prévenir. C'est un obstacle qui détourne beaucoup de cordées du plus beau des versants du MontBlanc. Quelques centaines de Inètres de glace, penchés sur le vide, à parcourir au pas de course, le coeur battant, l'oreille aux aguets, le regard rivé sur la barre de séracs prête à choir, représentent à eux seuls des menaces aussi dissuasives que le plus rébarbatif des passages techniques. Gravir cette face requiert non seulement de bonnes aptitudes Inontagnardes Inais aussi une dose équivalente d'audace et de flair. Les alpinistes qui s'y engagent ne peuvent ignorer qu'ils Inettent en jeu leur existence. Et ce n'est pas une vaine fonnule, dans ce cas, puisque le piège a déjà tué des hOlmnes. Mais le jeu en vaut la chandelle et l'idée Inûrissait à chaque saison au sein de la cordée. Les deux cOlnpagnons l'évoquaient souvent COlmneun but à la fois lointain et tout proche. Tout proche parce qu'ils se sentaient capables de le réaliser, lointain parce qu'il leur Inanquait encore l'audace nécessaire pour relever le défi. Un point faible que le dernier été avait beaucoup atnoindri... - Si on se la faisait cet autolnne ? Avait lancé Philippe à Marc, un jour que leurs pérégrinations alpines les avaient conduits sur les arêtes de Rochefort, belvédère itnprenable pour observer la Brenva. - Pourquoi cet automne? - Je ne sais pas. J'ai sitnplement la sensation que les conditions peuvent être excellentes sur ce versant en arrière-saison. Pour peu qu'il neige début septembre en altitude et qu'il fasse beau ensuite ce pourrait-être un régal. Sans cotnpter qu'on est plutôt en forme cet été. Non? Marc avait acquiescé avec un enthousiasme mitigé. D'un naturel circonspect, il renâclait à se départir d'une certaine réserve quand il s'agissait de prendre un engagement. Et celui-là n'était pas anodin! Mais à y réfléchir, quelques jours plus tard, il avait convenu que Philippe n'avait pas tort. L'automne est souvent une saison privilégiée en haute Inontagne :peu de monde, telnps stable, conditions de neige de rêve si les derniers orages de l'été se chargent de saupoudrer les sOlrunets d'une couche vite favorable aux cratnpons... La cordée avait d'ailleurs réalisé plusieurs belles 13

courses à pareille époque.

Mais la Sentinelle

Rouge?

Le désir gagnait pourtant... Conforté par les caprices du ciel, il poursuivait son bonhomme de chemin dans les méandres d'esprits acquis d'avance à sa cause. Un coup de mauvais temps à la miseptembre avait blanchi les glaciers et le ciel avait pris ensuite une

limpidité sans égal. Les nuits étaient £roides et les jours sereins, un vrai bonheur pour entreprendre des courses mixtes, partagées entre neige et rocher. La cordée ne l'ignorait pas et s'employa à forger sa résolution en réalisant des ascensions, ultimes galops d'essai, dans le secteur de la Brenva. L'éperon Boccalatte au Tacul, tout d'abord, puis la face Nord de la Tour Ronde. De ce dernier sOlmnet, les deux cOlnpagnons jouirent longtelnps d'une vue imprenable sur leur objectif On ne peut rêver d'un Ineilleur
observatoire pour étudier ce versant du Mont-Blanc... La Sentinelle semblait en conditions idéales. Le rocher était sec et la glace n'apparaissait qu'en de rares endroits sous la couche de

neige stabilisée par le soleil et le gel. Difficile de trouver plus favorable! Sans compter que Marc et Philippe étaient au mieux de leur condition physique et avaient conduit leurs dernières courses
avec brio. Il n'était que teInps de franchir le pas!

- On met ça au programme pour samedi prochain? avait demandé Marc avec sa tranquillité habituelle, presque heureux d'avoir devancé son ami pour fonnuler la fatidique question. Pour une fois, il avait lancé l'idée le premier, lui qui ne montrait jamais d'empressement à s'engager. Il l'avait fait pour bien marquer l'importance qu'il accordait au projet. La Sentinelle Rouge l'avait envoûté. Il en rêvait le jour et la nuit... On ne pouvait plus différer
cette ascension. Philippe n'avait pas hésité. - AlIons-y samedi prochain. J'ai l'impression que c'est maintenant

ou jamais. On n'aura plus de pareille occasion avant longtemps!
Pourvu que le temps tienne encore une semaine. - Il tiendra! Comme ces automnes derniers. Il a fait souvent beau tout le Inois d'octobre et même, parfois, jusqu'à la mi-noveInbre...

Rappelle-toi la face nord de Bionnassay l'an passé, c'était pour la Toussaint. On a trouvé des conditions incroyables... La neige idéale, le telnps superbe. On a Inêlne pu faire une sieste sur la telTasse du Goûter, en descendant, tellelnent il faisait doux au

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