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LES PA YS DU TCHAD ET LA MONTÉE DES PÉRILS 1795 - 1850

Du même auteur

«Histoire des Arabes du lac Tchad », Annales de l'université d'Abidjan, 1970, série F., 1. 2, fasc. 2 (pp. 109 à 237). « Les généalogies arabes du Sudan central, Gedenkschrift Gustav Nachtigal, 1977, Ubersee Museum, Bremen, (pp. 228 247) Les Arabes dans la région du lac Tchad. Problèmes d'origine et de chronologie, CEL, Sahr, 1979, Tchad. Pages d'histoire du Kanem, pays tchadien, L'Harmattan, 1980, Paris. L'arabe dans le bassin du Tchad. Le parler des Vlad Eli (en collaboration avec Henry Toumeux), 1986, Karthala, Paris. Les pays du Tchad dans la tourmente, L'Harmattan, 1988, Paris. Tripoli, carrefour de l'Europe et des pays du Tchad, L'Harmattan, 1992, Paris. «Les Arabes, propagateurs ou spectateurs de l'islam au Tchad, L'islam au Tchad, Institut d'études politiques de Bordeaux, 1992, pp. 25 à 29).

Couverture:

Muhammad d'après

al Amin al Kanemi, shehu du Bomou. un dessin de Dixon Denham, 1826

Lithographie

<9 L'Harmattan, 1997 ISBN 2-7384-5679-0

Jean-Claude

ZELTNER

LES PAYS DU TCHAD ET LA MONTÉE DES PÉRILS 1795 - 1850

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Ine 55, rue 5t-Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y I K9

en souvenir de Jean Chapelle.

Introduction

«Il n'y a pas d'autre procédé pour la connaissance du cœur humain que l'étude de l'histoire jointe à l'expérience de la vie, de telle manière qu'elles s'éclairent mutuellement ». Simone Weil, L'enracinement.

Les textes réunis dans ce volume ont été écrits en des temps et des lieux divers, au gré des circonstances. Les deux premiers sont descriptifs. Les Pays du Tchad y apparaissent, tels qu'on pouvait les observer à l'aube du dixneuvième siècle. Viennent ensuite quatre études consacrées aux grandes figures qui, dans la première moitié du siècle, ont marqué leur époque. La matière était abondante. II m'a fallu opérer un choix. Deux préoccupations m'ont guidé: retenir l'essentiel, - faire bénéficier le lecteur de la documentation inédite, puisée dans les archives.

-

Chesterfield, 29 mai 1996.

9

Les extraits du Public Record Office sont traduits et reproduits avec la permission du contrôleur des Archives de Sa Majesté. Le travail de recherche a été possible grâce à l'hospitalité généreuse de Anthony Quinlan et de Frank Flynn. La préparation et la frappe du manuscrit ont été réalisées
avec le concours de Marie-Sophie Peltier.

Il

Première partie LES PAYS DU TCHAD A L'AUBE DU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE

1 Les États

« La légitimité de la puissance souveraine résulte d'un antique état de possession ». Talleyrand

Quand nous voulons dresser un inventaire des peuples du bassin tchadien, nous nous apercevons que la documentation dont nous disposons est bien inégale selon les époques. Dans la seconde moitié du XVI" siècle, elle était d'une abondance exceptionnelJe. Elle nous permettait d'inscrire sur le terrain l'emplacement des principaux États et de nombreux groupes humains (Zeltner, 1992). Il faut attendre le XIX" siècle pour retrouver des circonstances aussi favorables. Si nous plaçons côte à côte la carte ethnique et politique de la fin du XVI" siècle et ceIJe du début du XIX", nous constatons, au premier coup d'œil, que l'image a bougé. Certes, tous les noms portés sur la première se retrouvent sur la seconde. Mais deux autres se sont ajoutés: celui du royaume de Wadday à l'est, celui du lamidat (ou sultanat) de Marwa au sud-ouest. Ce qui nous frappe ensuite est la soudaine expansion de l'Islam. Au XVI" siècle, seuls le Bornou et le Kanem étaient musulmans. Maintenant, tous les États, au nord du 10° paraIJèle, le sont. Nous remarquons enfin qu'une grande vague de migration, d'est en ouest, a porté les Arabes, au-delà du Logone et du Chari, jusqu'aux confins du Mandara et du Bornou. 15

Les deux nouveaux États

Considérons d'abord le Wadday, appelé à devenir, face au Bornou, le plus puissant des États tchadiens. Sa fondation date des années 1630 (1635 selon G. Nachtigal). Ses débuts sont obscurs. Ils ne sont connus que par la tradition orale, recueillie tardivement, au cours du XIXe siècle, alors que, déjà, elle avait fait l'objet de compositions secondaires. Une seule version fait exception, celle publiée en 1849 par M. Fresnel, consul de France à Djedda. Ici, la concision, la sobriété, la banalité même offrent les meilleures garanties d'authenticité. La personnalité du narrateur ajoute au poids du témoignage: c'était un shaykh d'Al Azhar, originaire du Wadday, que M. Fresnel eut tout loisir d'interroger, lors de son séjour au Caire, dans les premiers mois de 1848. Il nous apprend que le fondateur du royaume (' Abd al Kariim selon la tradition) appartenait à une famille « qui bien qu'africaine et aborigène, adopta pour ses membres des noms propres empruntés à la langue arabe, en même temps qu'elle embrassa la religion promulguée dans cette langue ». Plus loin, il remarque que «lafamille régnante est l'une des plus anciennement converties par voie d' épistolat et d'apostolat (riçâleh), c'est-à-dire par persuasion et non par les armes ». Retenons que la naissance du Wadday coïncide avec l'adhésion à la religion du Prophète. Les deux faits sont en corrélation, l'un étant la conséquence de l'autre. Sur ce point fondamental, tous les témoins sont d'accord. Pendant plus de cent ans, l'histoire du Wadday est dominée par les guerres incessantes qui opposent ce royaume à son voisin oriental, le Daar Four. Le souvenir de ces luttes s'est gravé dans les mémoires sous forme de récits épiques qui fournissent à Al Tousny la matière de ses plus belles pages. Les hostilités entre les deux royaumes ne prirent fin que sous le règne du sultan Joda, surnommé Khariif al Tiimaan (1738-1798, ou 1758-1798), lorsque celui-ci remporta, sur l'armée forienne lancée à l'assaut du Wadday, une victoire décisive. Vers la fin de son règne, probablement en 1795, Joda s'illustra également à l'ouest, en s'emparant de Mondo 16