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Les sapeurs pompiers au XIXe siècle

184 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296393639
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LES SAPEURS-POMPIERS AU XIxe SIÈCLE
ASSOCIATIONS VOLONTAIRES EN MILIEU POPULAIRE

BIBLIOTHÈQUE DES RURALISTES Sous la direction de Maryvonne BODIGUEL

L'Association des Ruralistes Français s'est constituée en 1974 dans le but de favoriser la recherche, l'information et les échanges scientifiques tant nationaux qu'internationaux dans le domaine rural. Elle se veut carrefour où se rencontrent les spécialistes des recherches en sciences sociales, les services et organismes intéressés par les problèmes de la campagne; elle organise chaque année sur des thèmes d'actualité des journées régionales et un colloque national; la Bibliothèque des Ruralistes qu'elle a créée est un moyen de diffusion des travaux relatifs à ses différents objectifs.

OUVRAGES

PARUS

Petites villes et pays dans l'aménagement rural, Paris, Éditions du CNRS, 1979, 149 p. Les associations au village, Maurice Agulhon et Maryvonne Bodiguel, Actes Sud, 1981, 108 p. Des arbres et des hommes, Actes Sud, en collaboration avec la Revue forestière française, 1981, 374 p. La pluriactivité dans les familles agricoles, ARF Éditions, 1984, 352 p. La pauvreté dans le monde rural, sous la direction de Pierre Maclouf. ARF- L'Harmattan.

Association des Ruralistes Français Hubert LUSSIER

LES SAPEURS-POMPIERS AU XIXe SIÈCLE
ASSOCIATIONS VOLONTAIRES EN MILIEU POPULAIRE

Publié avec le concours du Centre National des Lettres

A.R.F .-Éditions!L'Harmattan

5-7, .rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Nous remercions la Fédération Nationale des SapeursPompiers Français qui a bien voulu nous fournir les clichés d'époque.

@ L'Harmattan, 1987 ISBN: 2-85802-814-1

Préface

L'image des pompiers a été longtemps une image précise et bien marquée. Elle l'était encore, à coup sûr, il y a une cinquantaine d'années. Ces véhicules rouges, cette immense échelle bien visible à l'arrière du plus gros camion du convoi, ces hommes casqués de cuivre, cet avertisseur aux deux notes obsédantes (pim-pon, Pim-pon, ...J, cela faisait spectacle, et cela faisait événement, en un temps où l'événement et le spectacle étaient plus rares qu'aujourd'hui. La voiture de pompiers était d'ailleurs un jouet classique pour les petits garçons. De nos jours le tumulte d'un monde devenu familier à tous par la télévision rend la sortie des pompiers moins spectaculaire et moins singulière. Le regard est blasé devant tant d'autres uniformes rutilants, tant d'autres merveilleux appareils! Même le «pim-pon» des pompiers est concurrencé par celui des ambulances et des cars de police, autres fonceurs prioritaires. L'intervention des pompiers d'autre part se relie de plus en plus souvent - de nos jours, et pour le public spectateur et télespectateur -, à des drames de grande dimension et de grand effroi. C'est le «feuilleton estival» des incendies de forêts, ce sont les attentats à la bombe de plus en plus ordinaires. Dans notre monde où la peur familière du feu chez le voisin est rejointe par des peurs de moins en moins traditionnelles, les pompiers, leurs lances et leurs échelles sont bien loin d'être les seuls lutteurs de catastrophe. Les soldats, les CRS, les policiers, le SAMU ajoutent leurs effectifs, et les pilotes de Canadair leurs exploits. Le nom même des pompiers se résorbe dans des intitulés ou des institutions
nouvelles, la Protection civile, le plan Orsec... Cependant, l'évolution actuelle qui dramatise, et qui efface à la fois l'image du pompier au combat, n'a pas réussi à chasser tout à fait l'image souriante du pompier au bal. Parlons télévision une dernière fois. Comme chacun sait, on y voit de la publicité commerciale. Tellefirme de poudre de

savon qui prétend préserver les couleurs du linge mieux que ses
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concurrentes nous montre deux jeunes hommes comparant l'état de leurs belles chemises à carreaux,. l'une est toute fanée, l'autre a gardé l'éclat du neuf, parce que Madame a choisi la bonne poudre or ces jeunes messieurs " sont des pompiers, et la scène a pour décor le bal du même nom. En bref, les pompiers ont aussi leur place dans le folklore. On en trouverait encore la preuve, pour qui en douterait, en recensant les bribes de chansons humoristiques que les moins jeunes de nos contemporains traînent encore dans leurs mémoires.
Ir

Ah! C'qu'ils sont baths avec leurs casques ))... - Ir On a bien rigolé, tout l'village aflambé, Avec les pom-pom, avec les pom-pom, Aa-vec les pompiers» - et autres rengaines.

De ces constatations opposées, un philosophe pourrait tirer la réflexion que le péril et la peur, la mort parfois, suscitent dans leur voisinage un besoin de gaieté compensatrice, un peu comme les misères de l'hôpital voisinent avec le rire bruyant des chansons de salles de garde. Nous n'irons pas si loin et nous conclurons seulement que, pour l'historien, les pompiers n'appartiennent pas seulement à l'histoire économique et technique de la lutte contre le feu, mais aussi à l'histoire sociale des communautés d'autrefois. C'est ce second point de vue, celui auquel on pense le moins, que l'ouvrage d'Hubert Lussier a le mérite de privilégier. Situons rapidement le problème. L'incendie est un accident redoutable et dangereux, mais rare. Redoutable, il doit être attaqué avec des forces nombreuses,. mais comme il est rare, les forces en question ne sauraient être tenues sur pied en permanence, elles ne sauraient être professionnelles. Par nature, donc, les pompiers, dans leur majorité, ne peuvent être que des amateurs, des bénévoles, des gens qui ont un métier ordinaire et quotidien, et sont pompiers quand il le faut. Deux autres conditions cependant: l'incendie se propageant vite, il faut l'assaillir promptement, ce qui exclut que les pompiers viennent de trop loin, l'organisation doit donc être très décentralisée. L'incendie d'autre part s'attaque avec des techniques et des instruments qu'il faut savoir utiliser, ce qui suppose que l'on ait reçu quelque instruction et quelque entraînement, lesquels ne peuvent être dispensés que dans des réunions périodiques de ce groupe d'amateurs. La lutte contre le feu nous renvoie donc à l'histoire des capacités d'organisation locale dans la France provinciale d'autrefois. Nous disons provinciale. Non pas que le problème du feu, et celui des pompiers n'aient pas existé à Paris! Mais Paris est bien connue de l'histoire, et d'ailleurs Paris est privilégiée en ce sens que la capitale possède dans son sein tout l'appareil de l'État, et le maximum de ressources humaines et techniques. Au contraire, dans la province du X/Xe siècle, l'État et ses administrations sont moins représentés que de nos jours, et les moyens matériels qu'un chef-lieu peut aujourd'hui envoyer partout à la 6

vitesse des automobiles ou des hélicoptères n'allaient à la campagne qu'au rythme d'un trot de cheval. Nous l'avons dit, c'était bien insuffisant. Les pompiers étaient donc pour l'essentiel affaire locale, affaire municipale, affaire communale. Communale? ou communautaire? Précisément, c'est une époque passionnante que ce X/Xe siècle, ici envisagé, où l'on passe de l'organisation spontanée de l'entraide communautaire traditionnelle à l'existence d'institutions plus fortes, plus complexes, mais aussi plus conflictuelles: c'est le temps de la mairie, le temps de la garde nationale, le temps des associations. A vec peut-être, une sorte d~apogée des autonomies affectives, correspondant à une sorte d'euphorie de la sociabilité. Mais résistons à la tentation d'entonner - après tout, ce serait aussi une rengaine - l'éloge du bon vieux temps. Écoutons plutôt Hubert Lussier évoquer pour nous l'un de ses aspects les moins connus.
Maurice AGULHON

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Introduction

Le tintamarre des sirènes annonçant les véhicules qui filent vers l'incendie a succédé aujourd'hui au bruit des bals, des banquets, défilés et fanfares, en tant que motif sonore évocateur des pompiers. Pourtant, elle n'est pas éloignée l'époque où, sous son aspect le moins flatteur, la réputation du pompier le voulait « ami de la bouteille, des fêtes, organisateur de kermesse,

préposé au folklore, arrosant plusieurs fois l'an la Sainte-Barbe »1.
Grenadou en conviendrait, ce paysan beauceron dont fut consignée en 1966 l'exemplaire autobiographie orale. Se remémorant 42 années de service bénévole, il rappelait avec une certaine fierté les deux occasions où sa subdivision fut d'un réel secours, mais il évoquait surtout son uniforme d'apparat, les 14 juillet, les banquets rituels et la fête patronale2. Et si la compagnie moderne a gagné en efficacité ce qu'elle a perdu en pittoresque, elle n'a pas entièrement renoncé à cet attribut qui fondait la réputation et le charme de son ancêtre: la multiplicité des tâches et des fonctions remplies au sein des collectivités servies. Pas plus que le pompier contemporain, qui est de tous les sauvetages et de tous les plans d'urgence, son prédécesseur n'aurait songé à limiter ses activités au seul combat contre l'incendie. Certes, les rôles ne sont plus les mêmes, et il y a loin de l'animation folklorique au secours des accidentés de la route. Mais saisit-on ce que les progrès des moyens de défense contre l'incendie dans la France du siècle dernier durent à la popularité de ces mêmes activités « accessoires» qui suscitent aujourd'hui le sourire? Sait -on par ailleurs que les sapeurs d'antan furent aussi gardes nationaux et protecteurs de l'ordre? Qu'ils trempèrent dans les stratégies de consolidation du pouvoir de certains régimes politiques? Qu'ils furent le fer de lance de la mutualité dans bien des villages français? Cette diversité de fonctions, assumées parfois au mépris des intentions des autorités tutélaires, reflète la double vocation des compagnies de
1. J.-J. Lubrina, L'enfer des pompiers, Paris, Syros, 1974, p.3. 2. E. Grenadou et A. Prévost, Grenadou, paysan français, Paris. Seuil, 1966, p. 147-8. 9

pompiers volontaires du siècle dernier: celle d'institution affectée à des services d'utilité publique, et celle d'associations animées de la motivation qui pousse les individus à se fréquenter, la sociabilité. Le parti de la présence étude est de respecter cette dualité. Ce choix commandait d'une part d'arrêter le regard surles efforts officiels de propagation de la corporation 3, sur les circonstances et conditions favorables à son implantation, ses relations avec l'État et la commune, ses problèmes de recrutement. Il supposait d'autre part que l'œil soit attentif aux rapports des compagnies avec les autres formes d'associations volontaires, à leur profil social, aux fêtes et cérémonies corporatives, ainsi qu'à l'élaboration de cette si vivace image du pompier d'Épinal. Le tout depuis les premières années du XIXesiècle, aube du véritable essor des compagnies, jusqu'à 1914, laissant cependant de côté les sapeurs militaires parisiens, les quelques corps professionnels qui apparaissent vers le milieu du siècle, de même que l'histoire des techniques de lutte contre le feu, que d'autres, beaucoup mieux qualifiés pour le faire, ont déjà écrite. Un autre choix s'est imposé, dans la conception de ce qui a d'abord été une thèse de 3e cycle4. L'impossibilité matérielle d'exploiter l'ensemble des sources potentielles d'une telle recherche à l'échelle de la France entière a conduit à traiter certaines catégories de documents, et par là même plusieurs aspects du sujet, sur un seul département. La Seine-et-Marne, département élu, présente l'avantage d'avoir tôt accueilli de nombreuses compagnies, et d'avoir introduit au bénéfice de la corporation quelques innovations importantes (presse spécialisée, concours de pompes, inspecteurs départementaux). Le plan de l'ouvrage fait donc alterner des sections où la Seine-et-Marne sert de cadre géographique privilégié, et d'autres où prédomine une perspective nationale. Un souhait, enfin: celui qu'aux yeux du lecteur, ces choix (Ie dessein de mettre en lumière les côtés attachants des compagnies, l'éclairage particulier mis sur un département encore très fortement rural) n'aient pas empêché de rendre justice aux qualités de dévouement et de courage des sapeurs-pompiers d'hier et d'aujourd'hui.

3. Bien que n'étant pas à proprement parler une corporation, les pompiers du XIXesiècle utilisent le terme pour se désigner. Quant au terme générique de compagnie, il désigne dans le langage courant toutes les dimensions que peuvent prendre les corps de pompiers, depuis les subdivisions jusqu'aux bataillons, en passant par les «compagnies» proprement dites. 4. Cette thèse d'histoire, soutenue à Paris I en 1985 et dirigée par Maurice Agulhon, s'intitulait « Les compagnies de sapeurs-pompiers volontaires français au XIXesiècle ». Des exemplaires en sont déposés à la bibliothèque de la Sorbonne, et au Centre de recherches sur l'histoire sociale du XIXesiècle, à Paris I.

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Le cadre institutionnel

Chapitre premier

L'évolution du statut administratif Une association sous surveillance

A. DIVERSITÉ FAIT LOI : L'ANCIEN RÉGIME

L'instauration d'un cadre juridique applicable à l'ensemble des corps de pompiers français date du début du XIXesiècle. Avant que l'État ne se soucie d'imposer un tel cadre, la nécessité de combattre les incendies avait depuis longtemps fait naître dans les villes d'Ancien Régime une multitude de types d'organisations. Les cités médiévales prenaient déjà contre les incepdies diverses mesures préventives, telles que les guets nocturnes et les couvre-feux. Cependant l'ordre des manœuvres à conduire si le feu venait malgré tout à se déclarer était rarement réglé de façon formelle. Lorsque l'improvisation cédait à la préparation, les arrêts des magistrats municipaux chargeaient les religieux de certains ordres mendiants ou les ouvriers de plusieurs corporations ou même parfois les filles publiques, de mener les opérations appropriées. A Bayeux, à Grenoble!, à Bourg-en-Bresse ou ailleurs, les moines furent les promoteurs des premiers efforts organisés. Signe du rôle encore mitigé des villes, il pouvait se trouver que les seaux et le matériel mentionnés dans les arrêts appartiennent aux individus ou collectivités désignées, et non point aux municipalités. En 1687, Strasbourg obligeait toujours chaque corporation à posséder deux « pompes à main », même si depuis le début du siècle la ville. assumait elle-même l'entretien de deux de ces instruments2.
1. H. Rouiset, Histoire des sapeurs-pompiers de Grenoble, 1500-1892, Grenoble, 1893, p.7. E. Langlois, Notice historique sur la compagnie de sapeurs-pompiers de la ville de Bayeux, Bayeux, 1851, p. 12. 2. A. Seyboth, Essai sur l'organisation du service des incendies et du corps des sapeurs-pompiers de Strasbourg depuis le XV" siècle jusqu'à nos jours, Strasbourg, 1883, p.5.

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La diffusion des « seringues à incendies» aux Xveet XVIesiècles, appareils portatifs projetant une charge de quelques litres d'eau à la base de la flamme, puis celle des pompes à bras aux XVIIeet XVIIIesiècles, poussèrent les municipalités à prendre. une part plus grande de responsabilité dans l'achat et l'entretien d'un matériel qui, en se spécialisant, appelait également des servants mieux exercés à son maniement. Douai prétend à l'honneur d'avoir acquis la première pompe à bras utilisée en France. Elle aurait été importée des Pays-Bas, où, de même qu'en Angleterre et dans les États allemands, les pompes furent fabriquées avant qu'elles ne soient connues en France. C'est aussi à un Hollandais qu'est due l'invention fondamentale du boyau de refoulement. Les premières pompes à bras françaises furent l'œuvre de François Dumouriez Dupérier, à qui Louis XIV accorda en 1699 le privilège de les construire et de les vendre en France pendant trente ans. La suite des activités de ce personnage, notamment sa nomination au titre de directeur des pompes en 1712 et les débuts du corps des « gardespompes» de Paris, a été trop souvent relatée, dans les dictionnaires ou les ouvrages spécialisés, pour qu'il soit nécessaire de la décrire plus amplement3. A Paris, le roi était donc à l'origine de ce qui deviendrait le corps municipal de sapeurs-pompiers. Il en alla de même à Lyon, où une ordonnance de 1781 créait un corps de gardes-pompes. Ailleurs, d'autres instances distinctes des municipalités intervinrent parfois dans un sens identique. A Limoges en 1730, un nouvel intendant, fort étonné de l'absence de service d'incendie, réunissait les habitants en assemblée et les convainquait de procéder à l'achat de deux pompes4. La même dépense était prescrite à la ville de Bourges en 1732 par un arrêt du Conseil d'États. En 1750, le Parlement du Dauphiné obligeait les consuls de Grenoble à mettre sur pied une compagnie d'ouvriers destinée « à porter des secours rapides aux maisons incendiées )), tandis qu'en 1782, le procureur général
du Parlement de Nancy, alerté par l'embrasement d'un important bâtiment civil, produisait une série de propositions écrites qui aboutiraient à la création des pompiers de la viHe6. Et au début du règne de Louis XVI, voyant la plupart des villes de sa généralité dépourvues de pompes, l'intendant de Caen s'informait de l'adresse du meilleur fabriquant auprès de son homologue de Rouen, ville alors réputée pour la construction de ces instruments'. Même si sous l'Ancien Régime la défense contre le feu resta prioritairement un objet de préoccupation locale, ces quelques exemples

3. Voir par exemple: St Paulin, Historique du corps des sapeurs-pompiers de la ville de Paris, Paris, 1851 ; A. Arnaud, Pompiers de Paris, Paris, France-Sélection, 1958. 4. Corps des sapeurs-pompiers de Limoges, Livre d'Or, Limoges, 1971, p.21. 5. Ville de Bourges, Histoire de la compagnie des sapeurs-pompiers de la ville de Bourges, Bourges, 1922, p. 11. 6. Corps des sapeurs-pompiers du district urbain de Nancy, Livre d'Or, Nancy, 1971, p.17. 7. G. Cerise, La lutte contre l'incendie avant 1789, Lyon, 1885, p.28.

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indiquent qu'un début d'ingérence de la pai"t d'instances supérieures aux municipalités se manifesta au XVIIIesiècle. L'éveil progressif à la nécessité d'enjoindre les villes à se doter de pompiers n'entraîna pas une uniformisation des services d'incendie. Les types. de protection organisée demeurèrent très variés. Strasbourg, par exemple, répartissait les tâches entre quarante ouvriers, à raison de deux par corporation, et facilitait le recrutement de ces quasi-volontaires en les exemptant du logement des gens de guerre ou en les dédommageant des frais encourus pour ce service. Par contre Versailles, reprenant les termes d'une ordonnance du lieutenant de police parisien de 1670, exigea à partir de 1741 que tous les maîtres-couvreurs, charpentiers, maçons, paveurs et ramoneurs donnent les noms et indiquent la demeure de leur meilleurs ouvriers, auxquels incomberait le devoir de courir aux feux8. A Lille, un corps de pompiers œuvrait dès 1773, mais des corporations n'en restaient pas moins. obligées de leur prêter main forte9. Depuis le modèle du corps formel tel que celui de Paris, comprenant des hommes entraînés régulièrement, soldés, portant uniforme, jusqu'au groupe de simples habitants contraints sous peine d'amende mais uniquement appelés à se réunir en cas de sinistre, toutes les formes d'organisation ont donc coexisté. L'acquisition d'une pompe à bras par les villes n'entraînait pas automatiquement la création d'une unité de pompiers, ni même la remise de l'appareil aux soins d'un ouvrier compétent chargé de l'entretien. Les ordres religieux, l'armée, les milices citadines apportaient encore leur concours dans de nombreuses localités.
B. LA GESTATION D'UN STATUT COMMUN: DE LA RÉVOLUTION à LA RESTAURATION

Dans plusieurs villes, la Révolution entraîna des remaniements importants. On retiendra l'occasionnelle inclusion des pompiers dans la Garde nationale, mesure découlant d'une ancienne assimilation aux compagnies des milices bourgeoises; ou leur disparition en tant qu'entité distincte, l'armée ou les corps réguliers de la garde nationale se substituant alors à eux dans l'accomplissement d'un devoir considéré comme secondaire par rapport à la défense du territoire et au maintien de l'ordre. Au-delà de ces variations particulières, la Révolution posa officiellement le principe voulant que les mesures propres à prévenir et à faire cesser « les accidents et fléaux calamiteux tels les incendies» étaient du ressort des corps municipaux (loi du 16 août 1790). La Convention réaffirma cette idée peu. de temps après, en lui donnant une vigueur nouvelle. Rejetant la

8. Dr Christen, La compagnie des sapeurs-pompiers de Versailles, 1934, p. 13. 9. C. Dusautoir, Annales des sapeurs-pompiers de Lille, 1742-1876, Lille, 1878, p.4.

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requête d'une organisation de type militaire émargeant du trésor national présentée par les pompiers de Paris, elle décrétait le 5 novembre 1792, que le service des pompes était un objet de dépense locale. Fidèle à l'esprit de ces décisions, les gouvernements de l'époque délaissèrent le sujet jusqu'à ce que le Directoire exécutif enjoigne le. ministre de la Police générale de présenter un projet de réorganisation des pompiers de toutes les grandes villes de France (Arrêté du 13 brumaire an V). Hors Paris, le rapport n'eut aucune suite. Il appartiendrait au Consulat et à l'Empire de revenir sur le problème de manière plus conséquente. En décembre 1804, une circulaire adressée aux préfets faisait part de l'inquiétude du gouvernement face aux désastres causés par les incendies, demandait de rechercher les moyens d'y remédier, et préconisait l'installation de compagnies de pompiers dans les communes suffisamment populeuses. Par une voie identique, le gouvernement exprimait à nouveau ces craintes six ans plus tard. Il s'informait en outre des compagnies existantes et des dépenses qu'occasionnerait leur diffusion, ceci afin d'élaborer un projet de règlement d'administration publique dont les dispositions concerétaient envisagés pour les chefs-lieux de cantons. Les autres communes se verraient seulement dotées de pompes, à l'achat desquelles le ministre ne doutait pas que concourraient. les. propriétaires fonciers, mus par leur intérêt personnel. Ces suggestions survenaient alors que déjà, depuis les premières années du Consulat, des préfets s'activaient à propager l'institution, guidaient les administrations municipales, approuvaient les règlements de service. Plusieurs villes virent ainsi leurs projets couronnés par des décrets, telles Lille, Bordeaux, ou Melun. L'essentiel de la préparation du règlement d'administration publique fut donc effectué avant 1811, mais le texte n'en vit pas le jour sous l'Empire. Il appartiendrait au régime suivant de le rédiger, non sans quelques tâtonnements préliminaires. Un projet de réorganisation des gardes nationales, élaboré sous la première Restauration par le comte Dessolles, recommanda initialement la formation facultative de cohortes, compagnies et semi-compagnies de sapeurs-pompiers appartenant à la milice. Le 31 décembre 1814, les renseignements adressés au ministère de l'Intérieur faisaient état de leur existence dans une vingtaine de départements. Mais les obstacles rencontrés par le plan général de Dessolles empêchèrent cette partie du projet de suivre son cours. C'est par une circulaire du 6 février 1815 que le ministre de l'Intérieur Montesquiou parvint finalement à définir un cadre d'organisation générale qui s'avérerait. durable (le corps de Paris, incorporé à l'armée en 1811 n'était pas touché). Largement inspirée des organisations antérieurement approuvées par le gouvernement, la circulaire plaçait les pompiers sous
10. Circulaires du 18 décembre 1804 et du le' mars 1810, ADSM, M 6827.

neraient aussi bien les villes que les campagnes 10. Des services complets

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