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LES SOLDATS DE LA GRANDE ILE

De
424 pages
Cette chronique nous montre d'une part que l'unification de l'île, qui constituait la grande ambition d'Andrianampoinnimerina, est de fait réalisée par la France et la colonisation et d'autre part, que c'est le creuset sanglant des tranchées françaises (de 1914-18) qui en réunissant les différences tribales a contribué de manière décisive à façonner l'unité identitaire des malgaches et ouvert aussi la voie au nationalisme insulaire.
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LES SOLDATS DE LA GRANDE ÎLE:
D'UNE GUERRE À L'AUTRE
1895 - 1918

Collection Repères pour Madagascar et ['Océan indien
dirigée par Patrick Rajoelina

Situées au large du continent africain, les îles de l'océan Indien (Madagascar, la Réunion, les Comores, Maurice, les Seychelles...) ont longtemps vécu isolées les unes des autres. Pourtant, aujourd'hui, de nombreux liens diplomatiques, politiques, économiques, commerciaux et culturels les unissent et font de cette région une zone en pleine expansion, même si des disparités existent entre ces différentes entités. De même, si les origines des peuplements sont variées (africains, indonésiens, indiens, chinois, arabes...), chaque île a su intégrer, au fur et à mesure des migrations, toutes les composantes ethniques et former ainsi, sans trop de heurts, une «mosaïque des peuples» enviées par bon nombre de pays industrialisés. Cette collection entend contribuer à l'émergence de ces nations sur la scène internationale et également susciter une réflexion critique sur les mouvements de société qui traversent cette région en devenir, dotée de potentiels innombrables. Elle réunira au fil des publications, toutes celles et tous ceux qui partagent cette ambition, loin des rigidités idéologiques.

Dernières parutions

RAHAMEFY Adolphe, Le roi ne meurt pas, rites funéraires princiers du Betsileo, Madagascar, 1997. RAKOTOARISOA Jean-Aimé, Mille ans d'occupation humaine dans le Sud-Est de Madagascar, 1998. RAJOELINA Patrick, Madagascar, Refondation er développement, quels enjeux pour les années 2000 ? 1998. RABEMANANJARA Raymond William, Le temps sans retour. Mémoires de Madagascar, 1998. RABEMANANJARA Raymond William, Géopolitiques et problèmes de Madagascar, 1998.

Jacques RAZAFINDRANAL

Y

LES SOLDATS DE LA GRANDE ÎLE:
D'UNE GUERRE
À L'AUTRE

1895 - 1918

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y JKY

(Ç)L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-9281-9

Plusieurs fois Kikuchiyo s'était retourné brusquement en faisant mine de sortir son sabre pour faire fuir l'enfant, mais celui-ci ne bougeait pas d'un pouce et s'obstinait à le suivre comme une ombre. Les bandits attaquaient à nouveau l'entrée Sud du village, il lui fallait se dépêcher. Alors, à bout d'argument, il s'agenouilla devant l'enfant et le prit doucement par l'épaule. Avec un sourire triste au fond des yeux il lui dit: « - Si tu veux faire quelque chosepour mOt;garde moi seulementune plaœ
dans ta mémoire, car sije meurs en défendant ton village et que tu m'oublies, alon

je seraismort deuxjôis. » Les sept samouraïs

Je dédie ce travail à la mémoire de sept des miens. ùurs vies sont pour moi autant de repères. Ces trqjedoires, droites et brillantes, sont exemplaires sur bien

despoints. A mon arrière-am'ère-grand-père RAKOTOV AO. Ce lettré,aide de aJmp
du Premier Ministre Rainilaiarivof!}, afait de la Iqyauté son honneur. A 67 am', il r~joint l'armée de Ralambotsirofo chargé de renfomr celle du Boina pour arreter la t'olonnel-'ranfwse du Général Duchesne. A mon arrière-grand-père Thomas RABARIJAONY, jeune ojjÙier de la reine, qui a été l'homme d'une seule promesse. Après la débâde de 1895 et son arrestation, il eut .-esmots: (( Puisque je nepuis plus servir ma reine, alorsje vaÙ servir Dieu! )). A sa sorlie de priSon, zl est entré à l'Ecole Pastorale de la Mission Protestante FranpJise d'Ambatomanga à l'issue de laquelle il a été nommé pasteur de la paroisse de Moramanga, puis de .-elled'Ambohidratrimbo. Il ne la quittera plus jusqu'à sa marl, A son fils, mon grand-onde Gabriel RAKOTOAVO-R4NTO, le premier de notre famille à avoir servi la Fram'e au sein du 12'JI" Batazllon de Tirailleurs Malgaches. Un guerrier sans mal'tre, mais pas sans Dieu.

A

mon grand-père Emile DEIMOITE,

soldat de la Coloniale.

Colonisation n a pas toujoun été .f)'no'!)'medasse17Jin'emcnt ct de mÙe en GllUpe réglée. Des hommes en ont fait une authentique aventure humaine donI la seule ambition était de partager le génie Français. A travers eux, lal-'rant'c a rqyonné vraiment. Par leur action et leur exemple, ifs ont été sesplus sûrs ambaSJadeurs. Il a été l'un d'eux. A mon frère Marœl qui a q/fronté la marl comme il a aflronté la vie, avec un couragetmmense. A mon neveu Xavier le premier Saint-Çyrien de notre famille, promotion Cadets de Saumur. Une vie brisée dans l'élan de sajeunesse.

A mon père, Maree/in,Jean RAZAFINDRANALY, engagévolontaire dans les Fon-es FranfaÙes Ubres. Totijoursfidèle, aux autres t'omme à ta devise: (( Va où tu veux, meurs où tu dois)). Reposeenpaix, voilàla relève.

--~----

(( rates ))1 et de toutes religions ont servi sous le drapeau Des hommes de toutes franpJis. L'immensité de l'Empire mlonial imposait l'utilisation de contingents indigènes pour en assurer la garde. Très vite, œs troupes vont elre empl'!)'ées à l'extén'eur de leurs contrées d'onj)ne. Au sein de tWPS e.-,..;péditionnaires, ellu sont de toutes les wnquêtes qui ont fait la Fram'e d'Outre-mer.

Jusqu'alors ignorées par la métropole, la Grande Guerre va lu révéler. Les soldats de l'Empire y auront plus que leur part de JouJ/rancu et de JacrijÙ"CJ. Ce mnflit a montré leur valeur militaire et le formidable atout qu'iIJ représentaient dans le potentiel de DéjènJc, le suivant les a conJacréJ.Ce Jont les (( contingentJ indigènes ),l qui ont jormé legros desjoms de la Frante Libre puiJ de la Frante Combattante. Sans eux, elle n'existerait paJ, Cette armée, qui de vtdoire en vÙ10ire, va établir puis légitimer l'existente politique de De Gaulle, c'est à l'EmPire qu'il la doit. A l'été 1944, bien plus que la liberté, la Frant'e leur doit d'avoir remuvré, sinon son rang, tout au moinJ Jon honneur. Car pour te qui mnt'erne la mntribution nationale, c'est d'Outre-mer qu'ut venue la Libération, Sa peau était noire ou cuivrée, et dans son accent chantant Je mêlaient touteJ lu langueJ d'Afrique et du Pacifique. Parmi toutes leJ troupeJ indigènes qui ont Jervi danJ l'Armée rran{aise, un nom manque à l'appel du souvenir: telui des MalgacheJ. De la conquête de /'île à Ja Pacification, puiJ emuite la Grande Guerre, et le Ri]; et le Levant, puis enmre les combatJ de mai et dejuin 1940, ceux de la Frante Libre et teUX de la libération, les MalgacheJ ont eu leur parI dam toulu

I Terme employé à ]'épogue pour désigner les groupes ethnilJues etlou socioculturels, 2 LEGOYJ:.:TP. (Col.) : La participation Fra/lçaise à la colf/pagned'Italie, éd. Imprimerie Nationale, Paris, 1969 - p.44 : « Effectifs Armée Afril]ue du nord: 68.000 Européens et 160.000 indigènes au 01.11.1942» - p.287: « Effectifs 1è,e DFL au 01.12.1943: 9.012 Européens et 6.479 indigènes».

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tU guerres. Chaque fois que la France l'a demandé, ils se sontjàit un honneur de s'al'quitter tk l'impôt du sang,. qui s'en souvient enl'ore ? Même si au regard des autres contingents, notamment sénégalais et nordq/l7t-ains, ils n'étaient qu'une i"Ohorte dans les légions tk l'Empire, cette rai.ron ne peut valoir le silence qui les condamne à l'oubli. La gloire n'était pas la réi"Ompensequ'iÙ chm'haient, l'argent peut-elre, et plus sûrement la reconnaissance de cette patrie hautaine, qui n'a pas tOt(jours voulu honorer leur sacrifice, était la véritable motivation de bien des engagements. La naïveté de leur espérance et la force de leur attachement lainent un sentiment où culpabilité et regrets se mêlent.
Lorsqu'un soldat meurt, la tradition veut qu'il soit procédé à la ledure de ses

états de service, son carnet de route en somme, avant de le rendre à la terre. C'ut là la manière dont les hommes d'armes font leur deuil.

Les Malgaches n'ont pas eu droit à cet ultime salut, Il était temPJ-de le leur rendre, afin que l'âme des guemer.r de la Grande IIe puiJJe enjin s'en retourner en paix auprès du andtres,
_

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1ère Partie

MADAGASCAR

Il serait difficile de retracer l'histoire des soldats malgaches sans évoquer Madagascar et les caractères uniques que lui confère son insularité. Avant la France, la Grande lIe a son Histoire, celle de ces hommes venus par la mer et qui y ont essaimé. Leur communauté d'origine, et quelque part leur parenté, eurent tôt fait d'éclater lorsque les clans et les tribus se formèrent. Puis vint le temps des royaumes qui ont gouverné la vie des Malgaches jusqu'à la conquête française. Cette conquête, c'est contre le royaume Hova qu'elle s'est faite. Imposer la France passait par son assujettissement et l'effacement de son aura.

Cette action, d'abord conduite par les armes, s'est ensuite poursuivie dans la politique coloniale qui s'est employée de manière constante à neutraliser l'influence hova dans la vie de la colonie. C'est au service de cet objectif qu'ont été ravivés des antagonismes locaux. L'opposition Côtes/Hauts Plateaux a été exacerbée à cette fin. La mise en pratique du vieil adage «diviser pour mieux régner» ne permet d'obtenir qu'une illusion de résultat, car dans la durée, les conséquences se révèlent toujours déplorables. Les exemples, anciens ou actuels, ne manquent pas dans l'Histoire pour rappeler combien il est vain et dangereux de se laisser tenter par la facilité d'une telle politique. A ce titre, l'entretien et l'exacerbation de l'opposition entre Côtiers et Merina est la face obscure de l'héritage français.

Pour mieux connaître et appréhender l'histoire des soldats de la «Grande lIe », il importe d'abord d'essayer de savoir qui sont les Malgaches, pour ensuite s'imprégner de leur Histoire et d'évoquer, enfin, les relations entretenues par la France à Madagascar.

I) VILE ROUGE On a souvent comparé la forme de Madagascar à l'empreinte d'un pied gauche sur le sable. Cette image qui ne manque pas de poésie marque l'esprit par sa simplicité. De même, pour se représenter la taille de cette quatrième île du monde, il est souvent fait appel à la comparaison de sa superficie avec celle de pays plus proches de nous. Ainsi Madagascar occupe un territoire d'une superficie égale à ceux de la France, de la Belgique et des Pays-Bas réunis l, soit quelques 600.000 km2 qui se situent entre les parallèles 11° 57' 17" et 25° 38' 55" de latitude sud, et les méridiens 40° 51' 50" et 48° 7' 40" de longitude est. Avec un point cuhninant à 2.880 m au massif du Tsaratanana, elle possède une largeur moyenne de 450 km pour une longueur totale de 1.550 km. La grande caractéristique de Madagascar, qui lui a valu son surnom d'île rouge, est l'altération latéritique2 produite par la décomposition des silicates d'alumine sous l'influence des eaux et du climat. La présence des hydrates de fer donne au sol une couleur rouge vif qui le fait ressembler à de la brique du latin later, d'où son nom de laténte. Cette île-continent possède une grande diversité géographique. Avec sa côte orientale « au vent» et son climat tropical humide où ont abordé les premiers navigateurs venus de l'Extrême-Orient, et sa côte occidentale « sous le vent », moins accidentée et plus sèche, avec son extrême sud particulièrement aride où le climat devient quasi désertique, Madagascar est vraiment une terre de contrastes. Bien qu'étant une par définition, elle présente une multitude de facettes qui en font tout le charme et le secret.

1 Madagast'a/': EnrycloPédie t'%nia/e et maritime, éd. Lang, Blanchory 2 Idem.

& Cie, Paris, 1947.

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II) LE MALGACHE
Comme ses caractères géographiques, le pays présente des types humains très marqués. Pourtant, au-delà des différences physiques existe bel et bien une seule et même civilisation qui, quoi que l'on ait pu dire ou écrire, démontre une communauté d'origine. Ainsi, là où dialectes et mœurs sont homogènes, la diversité des types humains est surprenante. La population malgache se compose de deux souches ethniques caractéris tiques I : un type asiatique qualifié d'indonésien ou de malais, un type négroïde dont une minorité est proche des noirs d'Afrique, d'autres rappellent le type des bushmen sudafricains, mais les plus nombreux, par le fort développement des arcades sourcilières qu'ils présentent, rappellent les noirs d'Océanie. Ces deux types se rencontrent dans toutes les régions, dans toutes les tribus, mais en proportions variables. J. Faublée2 estime à 90 % le type asiatique chez les Merina du centre, à 60 % chez les Antaimoro de la côte est, tandis qu'il tendrait à disparaître chez les Sakalava de la côte ouest ainsi que chez les Bara et les Antandroy du sud. Des origines qui demeurent entourées de mystère

L'origine des Malgaches n'a jamais cessé d'intriguer géographes et ethnologues, elle continue d'ailleurs de le faire aujourd'hui. Les hypothèses ont souvent oscillé entre Océan indien et Afrique. Des moyens récents, apportés notamment par la génétique, commencent à en éclaircir le mystère. Les recherches n'ont pas toujours revêtu un intérêt purement scientifique, au départ, elles ont servi le fait colonial qui a trouvé là un moyen efficace pour étayer sa politique de division. De fait, un constat s'impose: les Malgaches parlent tous une même langue variant peu selon les dialectes. Par sa structure et son vocabulaire, elle se range dans le groupe des langues malayopolynésiennes. Les premières études ethnologiques supposaient l'île peuplée par deux groupes distincts: des noirs africains d'un côté et

I FAL!BLEE

J. : Ethnographie de Madagascar, Edition

de France et d'Outre

Mer, Paris

1947,p47. 2 Idem.

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des asiatiques qualifiés d'Indonésiens de l'autre. Grandidier1 a noté que les dialectes des provinces à population noire étaient plus proches de l'ancien indonésien que le Merina parlé sur les hauts plateaux et a de fait infirmé cette hypothèse. Les dialectes provinciaux ne peuvent donc pas être considérés comme dérivés du Merina. Au contraire, l'unité des dialectes malgaches parlés dans des tribus géographiquement éloignées et sans rapport entre elles fait pencher pour une origine commune des Malgaches. D'un autre côté, la diversité des types humains contredit l'homogénéité de la langue. Grandidier, toujours lui, a tenté d'expliquer cette énigme. Il pense que les noirs seraient des Mélanésiens, et a fondé sa thèse sur des données linguistiques qui établissent la parenté entre des mots malgaches et des mots mélanésiens, mais leur nombre s'avère limité2. Il n'empêche que le mystère demeure de savoir comment des gens de types asiatique et négroïde partageant la même civilisation et la même langue ont pu émigrer ensemble vers Madagascar. Des éléments viennent conforter cette thèse des origineS asiatiques et océaniennes des Malgaches. Les pêcheurs Vezos de la côte sud-ouest, en majorité (( noirs )), ont des pirogues à balancier. Ce type d'embarcation est typique de l'Asie sud-orientale et de l'Océanie. Il n'atteint l'Afrique qu'à Zanzibar. Les Malgaches, noirs ou clairs, crépus ou non, cultivent le riz en rizières irriguées ou sur brûlis comme les peuples de langue indonésienne. Ils ont le même soufflet de forge, les mêmes mortiers, les mêmes pagnes que les gens de l'Asie sud-orientale. La conque asiatique et océanienne atteint Madagascar et ne touche pas l'Afrique. Ils utilisent la sarbacane orientale et non l'arc africain. Les cadres des tombes Sakalava de l'ouest malgache rappellent par leurs sculptures ceux des sépultures Moïs d'Indochine3. Tous les Malgaches partagent le culte des ancêtres qui présente de grandes similitudes avec ceux pratiqués par les tribus de l'île des Célèbes en Indonésie. Il reste difficile d'expliquer la prépondérance numérique des bruns dans le centre, des noirs dans les provinces. On peut penser que les deux types ont dû tendre à se localiser. L'exogamie des familles provinciales est remplacée dans le centre par l'endogamie de classe.
1 GRANDIDIER A. : Origine et divisioll des indigènes, Imp. Nat., Paris, 1908, p 124. 2 GRANDIDIER A. : Les habitants de Madagascar, Imp. Nat., Paris, 1917, p 163.
3 F AUBIEE

J. : Ethnographie

de Madagascar,

éd. de France

et d'Outre-mer,

Paris,

1947, P 48.

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Ceci a pu contribuer à fL'i:erun type clair passant pour caractéristique des Merina. Il existe pourtant à J\fadagascar des éléments africains. De rares mots bantous existent dans tous les dialectes malgaches, même dans les tribus où l'on ne peut imaginer d'apport bantou récent1. Malgré son nom indonésien, le sanglier malgache, lambo, a été importé d'Afrique. C'est aussi probablement le cas du zébu avec son nom à consonance bantou, om!?:)'. Tous ces constats ne peuvent hélas fournir une chronologie sûre du peuplement de Madagascar. Des auteurs prétendent que des gens de langue bantoue sont venus avant ceux de langue indonésienne. Il existe des traditions sur les plus anciens habitants de l'Ile. Ils auraient été des gens du riz, et en même temps sans bœufs2. S'il y eût des hommes à Madagascar avant l'introduction du riz, d'origine orientale, ils auraient été des gens du taro et de l'igname, plantes également de souche orientale, or l'igname est devenue une plante sauvage dont le nom: uvi rappelle le mot océanien ubi.
Quand on tente de rapprocher des mots malgaches de mots africains, c'est avec des vocables bantous que l'on trouve le plus de ressemblance. Or, les langues bantoues ne se sont guère étendues vers le sud de l'Afrique avant le XVème siècle3. En revanche, de nombreux mots sont venus dès le XVème siècle avec les soi-disant «Arabes », en fait des bantous islamisés, qui ont fondé des comptoirs dans le nord-ouest et introduit l'alphabet arabe dans le sud-est. Des noms d'animaux, plus rarement de plantes, ne prouvent pas l'antériorité du peuplement bantou.

Autre fait intéressant, les Indonésiens avaient un bateau de haute mer: la pirogue à balancier. Courants et vents mènent de l'Orient à Madagascar, alors que l'on ignore ce qu'ont été les navires des noirs de la côte orientale d'Afrique avant l'expansion de la navigation « arabe ». En 19854, une équipe de chercheurs américains et britanniques dirigée par Bill Mac Grath et Bob Hobman a voulu confIrmer la véracité de cette hypothèse. Leur expédition baptisée
1 FAUBLEEJ.: Ethl/ographiedeModagarcaT, 00. de France et d'Outre-mer, 2 Idem, p 73. 3 Idem, p 74. 4 Képi BIoI/£' n° 451, octobre 1985, p 18. Paris, 1947, P 29.

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Sarimal10k du nom de leur bateau a relié en 50 jours de navigation l'extrémité est de l'île indonésienne de Java à Nosy-Be, l'île au nord de 1Iadagascar. En réussissant cette traversée, ils ont prouvé que le peuplement de Madagascar par des Indonésiens était techniquement possible. Le Sal7manok, du nom de l'oiseau d'une légende philippine, a été conçu et construit à l'identique de la pirogue de haute mer qui existait en Indonésie il y a plus de 2.500 ans. C'est à une authentique reconstitution que s'est livrée cette équipe. Ils ont recréé une embarcation en bois chevillé, assemblée grâce à des liens végétaux, sans aucune armature. Les voiles étaient en raphia et le bord ne comprenait aucun instrument de mesure ou de navigation, ni boussole ou sextant. Afin de se replacer dans les conditions originelles, les membres de l'équipage ne se sont nourris que d'aliments similaires à ceux dont disposaient les navigateurs indonésiens d'alors: soit du riz, des noix de coco et du poisson séché, le tout cuit sur un feu de bois à même le pont. Les apports bantous, à Madagascar, semblent donc postérieurs à la première souche de peuplement indonésien, et paraîtraient plutôt dater du commerce des esclaves. Ainsi les plantes cultivées à nom bantou ne sont pas d'anciennes cultures africaines, mais ont été introduites en Afrique après la découverte de l'Amérique par les hommes de l'ancien monde. On a tenté de dater l'arrivée des Indonésiens à Madagascar. Il y a en malgache des mots d'origine sanscrite, comme en malais. Quand ils sont communs à ces deux langues, on pense qu'ils prouvent que les migrations sont parties d'une Indonésie hindouisée. Mais rien ne prouve qu'il n'y ait pas eu de contact direct entre l'Inde et Madagascar, rien ne prouve également que les emprunts au sanscrit soient venus avec la migration la plus ancienne. Puis, il Y eut les influences dites (( arabes)) qui sont comme il a été souligné plus haut, le fait de Bantous islamisés plus que de véritables ((Arabes )), avec pourtant quelques éléments venus du Golfe Persique et de la côte occidentale de l'Inde. Cet apport africain numériquement assez important s'est localisé sur les côtes nord-ouest et sud-est où il s'est mêlé aux populations déjà présentes. La thèse du Dr. Soloarivonyl sur les groupes sanguins de la population Antaimoro du
)

SOLOARIVONY F.-X. ; Répartitioll de doctorat,

des groltJm

J"allgtlills dal/J" m1aÙ/s groupes de populatioll Toulouse.

Malgache, Thèse

Université

P. Sabatier,

18

sud-est confu:me le métissage entre éléments asiatiques d'un côté et africains de l'autre. Les comptoirs de la côte nord-ouest ont influencé localement les civilisations malgaches. Dans le sud-est ils ont laissé l'écriture et la magie arabes. Ce sont des secrétaires antaimoros qui ont rédigé les décrets d'Andrianampoinimerina. La renommée des devins et des sorciers de cette tribu a dépassé le cadre de leur région pour rayonner dans toute l'île. La tradition attribue aux Merina une origine relativement récente, qui se situe aux alentours du À'Vr"lneiècle. Si cela était" on ne peut s comprendre pourquoi ils parlent une langue se rattachant à une langue mère indonésienne et non le Javal1aisou l'une des langues de Sumatra qui étaient déjà très nettement différenciées à cette période. Des auteurs afErment que les Merina ont abandonné leur langue pour prendre celle des anciens occupants du paysl. Pourtant, quand on voit qu'ils désignent la maison comme la tombe des princes par les mêmes marques que dans les provinces, quand on se rend compte que les Merina ont rajeuni leurs traditions, leur généalogie, on est forcé d'admettre qu'ils sont venus en même temps que les autres Malgaches et que c'est sur place qu'ils ont évolué. EnfIn, la dernière particularité de la société malgache est la part considérable de l'autorité et de l'influence de la femme dans la vie sociale. Alors qu'en Afrique et en Asie, la femme, pratiquement, ne compte pas, le matriarcat, cette coutume malayo-polynésienne, caractérise la majorité des tribus de Madagascar. Chez eux, de toujours, la femme a été l'égale de l'homme. Elle administre seule ses biens propres et elle a droit au tiers de la communauté, lors de la dissolution de celle-ci, par la mort de l'époux ou par le divorce. Elle a même eu, bien avant qu'on en ait reconnu aux femmes d'Europe, des droits politiques, puisqu'elle prend part comme les hommes aux élections de la commune malgache, dite
«fokon%na )).

Question de « raœ)) mise à part, le peuplement de langue indonésienne est postérieur à la découverte du travail du fer, à la culture du riz. Il domine à Madagascar.

1 DESCHAMPS H. : Histoire de Madagascar, éd. Berger-Levrault,

Paris, 1960, p 124.

]9

Les dix-huit tribus Les ethnologues et les géographes ont pris l'habitude de distinguer

dix-huit

((

raceJ» ou tribus à :tvIadagascar.Cette classification qui

remonte à la fin du XIXème et au début du X.:'{èmeiècles repose non s sur des données ethnographiques, mais sur des faits socio-historiques et des critères géo-culturels. Ainsi est-ce par rapport aux différents royaumes qui ont gouv~rné les populations de l'île que cette distinction a été en partie établie. A Madagascar, la notion de tribu correspond aux anciennes entités politiques. Par exemple, les Bara étaient sujets des princes Zq/imane!y, plus précisément, le mot Bara identifie les hommes appartenant à la fédération des petits royaumes soumis aux souverains issus de la lignée souche des Zajimanefy. A cette première définition il faut ajouter ce fait, propre aux populations malgaches, qui utilisent également des références géographiques pour se différencier les unes des autres. Cette pratique étant particulièrement bien aidée par le caractère très imagé de la langue. Autre exemple, la tribu des Tankarana qui occupe la zone montagneuse du nord de l'île, s'identifie comme ceux du rocherJ. es /J.ntandrqy sont ceux du épinu, ils L vivent dans la zone semi-désertique du sud dont la végétation est essentiellement constituée d'épineux. Le fait de désigner ainsi un groupe humain en fonction des particularités géographiques est une pratique originale typiquement malgache. Malgré la disparition des royaumes à l'issue de la colonisation, les coutumes propres à chacun d'eux et, bien évidemment leurs noms, sont restés. Pour mieux rendre compte de la manière dont les Malgaches sont perçus au sein de la société coloniale, il était nécessaire de synthétiser les différents écrits ethnographiques dont ils ont fait l'objet afin d'appréhender au mieux le contexte dans lequel les recrutements se sont opérés. Le processus colonial s'est toujours caractérisé par la même démarche: une fois les opérations militaires terminées, une étude systématique du pays était entreprise pour en connaître les potentialités. Les populations faisaient partie intégrante du champ de ces recherches. Ces études ethnographiques ont été conduites par des géographes et des missionnaires; elles ont parfois été le fait de simples

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voyageurs. Au cours de leurs périples et de leurs expéditions, ils ne manquent pas de retranscrire tout ce qu'ils voient et tout ce que les indigènes leur rapportent. Leur contenu se compose d'une analyse descriptive des populations et de leurs mœurs où, après un portrait physique qui emprunte beaucoup à l'anthropométrie et une description des rites et pratiques coutumières, est établi un portrait moral sensé faire ressortir les qualités et les défauts de la tribu observée pour enftn conclure sur ses aptitudes dans le cadre de la mise en valeur de la colonie. La plus célèbre et la plus ancienne de ces études est celle laissée par M. de Flacourt dans son Histoire de lagrande t'le de À1adagaJüll~premier ouvrage sur l'île rouge qui constitue une source historique majeure concernant les populations de l'est malgache. Ensuite vient le travail considérable réalisé pàr ~l. Alfred Grandidier qui cons.titue le fonds historique de Madagascar par la somme et la qualité des observations qui y sont rassemblées. Il faut également lui ajouter les ouvrages des Révérends Pères Callet et Malzac qui font références pour ce qui concerne l'histoire du royaume Hova. Viennent enftn tous les ouvrages de la période coloniale qui avaient pour objet de faire découvrir les colonies et la vie d'outre-mer, répondant en cela au phénomène de mode initié dès la fIn du XIXème siècle qui connaîtra son point d'orgue lors de l'Exposition coloniale. C'est parmi eux que l'on peut classer La guerre à Madagascar de H. Galli qui présente, entre autres, le grand intérêt de décrire les populations malgaches. Ces travaux ne manqueront pas d'être exploités par les autorités administratives et militaires qui vont trouver là matière à classer les indigènes selon une double perspective utilitaire. Economique tout d'abord, car il s'agira d'établir le rendement au travail des différentes tribus, et militaire bien sûr au travers de la détermination de leur valeur guerrière, leur aptitude à combattre. Cette analyse s'accompagne d'arguments directement issus des théories raciales qui caractérisent le début de l'ethnologie. Cela n'est pas sans donner des descriptions pittoresques qui aujourd'hui prêtent à sourire tant elles sont caricaturales et infantilisent l'indigène. Mais ces descriptions doivent être rendues en l'état, parce que se sont les références sur lesquelles le colonisateur a organisé ses rapports avec le colonisé. Les préjugés qui en ressortent, s'ils peuvent surprendre ou choquer de nos jours, n'en sont pas moins la vérité d'alors, et à ce titre doivent être rapportés.

21

De ce fait, et pour des raisons de compréhension évidente du contexte, l'étude des populations autochtones de 11adagascar qui suit reprendra les vues et le vocabulaire usités à l'époque comme autant d'éléments de synthèse des ouvrages référés au-dessus. Pour tvJadagascar, l'ethnologie coloniale classe les populations de l'île en trois groupes. D'un côté les tribus côtières dont la robustesse physique et le caractère farouche suscitent l'intérêt, de l'autre les tribus des hautes terres du centre dont celle des Merina à l'apparence plus frêle et au caractère policé qui inspire de la méfiance du fait de son niveau de développement et de son ancienne hégémonie dans la vie de l'île, enfin viennent les éléments étrangers, en fait les populations issues de la traite des esclaves particulièrement active aux À-'\TIIIèmeet XIXème siècles et celles arrivées avec ou peu après la colonisation. Les chiffres entre parenthèses correspondent aux données relevées lors du recensement de 1921', ils permettent de rendre compte du poids démographique de chacune des tribus par rapport à la population totale de l'île qui à cette date était de 3.360.509 habitants.
LES TRIBUS COTIERES

,.

Lu Antakarana

(14.878)

Cette petite tribu se situe tout au nord de l'île dans la zone montagneuse limitée au sud par une ligne partant d'Ambanja sur la côte ouest et allant jusqu'à Sambava sur la côte est, cette limite est matérialisée par le cours des rivières Sambirano et Bemarivo. Les Antakarana, ce qui signifie littéralement ceux des rochers,ont emprunté leur nom à la zone dans laquelle ils vivent. Issus d'une souche Sakalava du nord, ils ne sont séparés d'eux que par une question d'ordre dynastique. Leurs portraits physique et moral sont identiques à ceux des Sakalava du nord que nous verrons plus loin. Le particularisme de cette tribu réside dans le fait qu'elle a subi depuis fort longtemps des influences musulmanes: qu'elles soient arabes, hindoues ou comoriennes. L'essentiel de l'activité des Antakarana se résume à l'élevage de zébus, négligeant l'agriculture, parfois jusqu'à la disette.
I Madagas..ar: Enrydopédie ,'oloniale et maritime, éd. Lang, Blanchory & Oe, Paris, 1947, p 79.

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2.

Les Betsimisaraka

(-112.158)

Cette tribu occupe une longue bande de terre le long de la côte est qui s'étend sur une longueur de 700 à 750 km pour une largeur allant de 60 à 100 km au maximum. Leur zone d'habitat part de Sambava au nord pour finir à Nosy Varika au sud, elle est naturellement limitée à l'ouest par les premiers contreforts des hautes terres du centre. Par son importance, elle se situe au 3èmcrang des tribus malgaches. Sa situation côtière a profondément influencé son caractère et sa composition qui est marquée par un brassage de populations, dont de nombreux métis issus des navigateurs européens formant une minorité importante, les Malata. C'est Flacourt qui, au À.'\TIFmc siècle, fut le premier à faire état de leur existence. A cette époque, les habitants de cette région ne sont pas encore connus sous le nom de Betsimisaraka et sont répartis en trois royaumes indépendants: les Antavaratra, littéralement ..eux du nord, entre Sambava et Onibe, les Tsitambala, .-euxque lespalissadesne sauraientretenir,au centre entre l'Onibe et Iaroka, les Antatsimo, ceux du sud, entre Vatomandry et Nosy-Varika. C'est en 1712, lorsque sous la conduite du prince métis Ratsimaloha, flis du pirate anglais Thomas White et de la princesse Rahena, les Antavaratra attaquèrent les Tsitambala par surprise et les forcèrent à la fuite, que les vainqueurs firent serment de rester unis jusqu'à la mort et décidèrent de prendre le nom de Betsimisaraka, littéralement .-eux qui ne se séparentpas. Cette victoire a permis à Ratsimaloha d'étendre son autorité sur les deux autres royaumes et de créer la confédération Betsimisaraka, nom qui lui est resté depuis. D'aspect, le Betsimisaraka est décrit comme présentant les caractères physiques des noirs: teint noir, grosses lèvres très ouvertes et relevées, les yeux grands et horizontaux, la pupille très bombée, le front bas, le menton très arrondi. Le nez est aplati et un peu retroussé, les narines dilatées et les cheveux crépus. Il porte rarement la barbe qui est coupée au couteau. Lorsque c'est le cas, c'est un signe de richesse. De taille moyenne, il est robuste, replet et ramassé, et fait preuve d'une très grande souplesse. Son portrait moral fait de lui un être timide, doux, très gai, malléable et d'une nature souvent apathique. Très influençable et s'adonnant souvent à l'ivrognerie, il aime passer son temps en fêtes

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de tous ordres et en discours interminables, les kabary. Il est également considéré comme très hospitalier, sociable et généralement pacifique, on constate enfin qu'il subit l'administration coloniale plus par crainte que par réelle adhésion. Ce portrait peu amène qui ne manque pas de contradictions s'inscrit tout à fait dans la démarche d'infantilisation de l'indigène. 3. Antambahoaka
(ï.617), AJJtaimoro (86.1i-l), Aflta~tà.ry (18.810)

Ces trois tribus englobent également le clan des Sahafatra, elles occupent une bande de terrain très étroite le long de la côte est, allant de Nosy-Varika au nord jusqu'à Farafangana au sud et bordée à l'ouest par la forêt tanala. Elles présentent la particularité d'avoir une souche commune d'origine arabe, dont la légende rapporte qu'elle serait originaire de La Mecque. Antambahoaka et Antaifasy sont rattachés aux Antaimoro qui constituent le groupe le plus important. Aussi appelés Temoro ce qui signifie t'eux du rivage, les Antairnoro ont conservé de leur ascendance arabe les sorabe, textes malgaches écrits en calligraphie arabe sur du papier dont ils gardent jalousement le secret de fabrication. Ils ont conservé également la pratique de certains principes du Coran notamment en matières d'astrologie, de divination, et de magie. Les magiciens et les devins antairnoro sont les plus estimés de l'île où ils se déplacent parmi toutes les tribus. La connaissance de l'écriture leur a longtemps assuré une supériorité par rapport aux autres tribus et une grande renommée. Les secrétaires d'Andrianarnpoinirnerina étaient antaimoro. L'administration coloniale considère ces tribus comme très fécondes. 4.
US Antaisaka (1ï4.054)

Les Antaisaka occupent la région située entre Farafangana au nord et Manantenina au sud. Sa limite ouest est approximativement matérialisée par le cours de la rivière Itomampy. L'hostilité de la côte antaisaka est à l'origine de la singularité de cette tribu. Alors que leurs voisins du nord, les Antairnoro, et ceux du sud, les Antanosy ont été arabisés, les Antaisaka eux n'ont subi que très faiblement et de manière indirecte les influences arabes. Ils forment, entre ces deux tribus arabisées, un îlot purement malgache qui se distingue par la force de leur attachement à leurs traditions et à leur indépendance. Ils sont hermétiques aux influences extérieures.

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Leur origine est controversée. Le mot même d'Antaisaka a donné lieu à des interprétations diverses. La plus souvent retenue est m{:':du valléestransl1et:rales, identification géographique faite par rapport à une la tribu des Bara, leurs voisins de l'est qui occupent les vallées longitudinales du plateau central. Les traditions antaisaka attribuent l'origine de la tribu à une souche royale Sakalava, celle d'A.ndriamandresy, oncle du roi sakalava Andriandahifotsy. l\.fême si cette tradition n'est pas historiquement avérée, l'apparentement avec des dynasties sakalava, les l\.1aroseranana, antaisaka, les Behavana, et bara, les Zafymanely est un fait que Flacourt fut le premier à signaler et que tous les Antaisaka reconnaissent. Les différentes tribus antaisaka sont formées par les descendants d'un même ancêtre, et les groupements de tribus ont des origines historiques communes. Les Antanosy, leurs voisins du sud, les appellent les Tavaratra, teux du nord Au physique, les Antaisaka sont décrits comme ayant une couleur de peau qui varie du noir à fond brun au café au lait clair. La teinte la plus ordinaire est chocolat foncé. Les nuances très claires ne se rencontrent que chez certains chefs Rabehava et Masianaky. Leur face est assez large, le front large, bombé et têtu. Les cheveux, crépus ou laineux sont rarement ondulés ou lisses. Les yeux sont bridés, avec un regard expressif et mobile. Les pommettes et l'os malaire saillant rendent le visage osseux. Le nez est droit, large de base sans être épaté. La bouche est large et le menton pointu. Une petite moustache orne souvent la lèvre inférieure des hommes, la barbe est l'apanage des vieillards. De taille moyenne, Im63, l'Antaisaka a une musculature assez puissante. Ils sont appréciés comme étant robustes, nerveux, rustiques, résistants aux intempéries et à la fatigue et comptant parmi les meilleurs travailleurs de l'île. Employés comme ouvriers agricoles et comme manœuvres, ils sont surnommés les Auvergnats de Madagascar. On les décrit comme vifs, malins, et présentant les meilleures aptitudes intellectuelles de tous les peuples du sud. Cette description, limitée aux possibilités d'utilisation offertes par les hommes de cette tribu, est typique de l'orientation utilitaire de l'ethnographie coloniale. 5.
Les Antanosy (85.015)

L'Anosy est une zone géographique peu étendue qui se situe au sud du massif de Beampiangaratra. Bien délimité à l'ouest par le

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Mandrare, sa limite nord est moins bien matérialisée avec la plaine orientale. Ses côtes hospitalières disposent de sites portuaires dont celui de Fort-Dauphin. Les caractéristiques géographiques de l'Anosy, et surtout son ouverture sur l'océan, ont marqué l'histoire de cette tribu. Les différents immigrants qui ont abordé cette côte ont été intégrés successivement par les occupants, ce qui a donné une société originale. La société Tanosy se caractérise par le fait que chaque vague d'immigrant a constitué une classe sociale homogène. Flacourt (( distingue parmi les Tanosy : les Blam'S » et les Noirs :
(( ))

.:.

les Blam'S comprenaient: les roandriana, caste princière issue des Za}iraminia d'ascendance arabe, les anakandrillna, une branche des roandriana qui aurait dérogé par suite d'exogamie, les or!Jatsy, descendants des marins qui ont accompagné les Zafiraminia. Les Noirs comprenaient:

.:.

les voa;iry, d'origine indienne, les lohavohitra, les chefs de village, les olontsotra, les hommes libres, les ondevo, les esclaves. Ces trois derniers groupes ayant probablement Vazimba, les premiers habitants de l'île.

une

souche

Les Antanosy connaissent la France de longue date puisque c'est dans la région de Fort-Dauphin que furent fondés les premiers établissements en 1642. Ils sont décrits comme étant en général plus petits et moins robustes que les autres peuplades de la côte; leurs traits sont plus réguliers et plus délicats, leur couleur est le marron clair, et presque tous ont les cheveux Bns et bouclés. Leur portrait moral les dépeint en êtres intelligents, dissimulés, inconstants et quelques fois féroces. Ils sont accueillants avec les Européens, quoiqu'ils ne les aiment pas. Considérés comme moins indolents que les habitants des autres ports de l'est, ils ont des charpentiers et des forgerons dont la qualité du travail fait dire d'eux qu'ils seraient capables de travailler dans les chantiers d'Europe.

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6.

Les AntandrO)!

(175.908)

Les Antandroy, littéralement ml:'; dl( pq)'s du épil1el(:\", occupent l'extrême sud de l'île. Leur zone d'habitat s'étend du Mandrare au Menarandra, et monte jusqu'au V ohimainty au nord. Pays à l'eau rare ne disposant que de quelques zones fertiles au milieu d'un océan d'aridité, l'Androy est la région la plus inhospitalière de l'vfadagascar qui aurait dû rester longtemps à l'état d'espace vide et non-habité si ce n'est ponctuellement, par des populations en quête d'une zone refuge. Malgré son caractère hostile, l'Androy a connu plusieurs vagues de peuplement. On ne sait à peu près rien des premiers habitants, mais il est probable que la partie sablonneuse située au nord de la ligne Ambovombe-Tsihombe-Beloha était habitée au À'Vèmc siècle. Les premiers migrants seraient venus de l'est et de l'ouest et, avec le temps, deux groupes se sont organisés: le premier autour d'Ambovombe, les Mahandrovato, le second autour de Beloha, les Karimbola. Le peuplement de l'Androy s'est fait à partir des régions voisines, et par petits groupes humains. Une multitude de clans se sont ainsi constitués morcelant à l'extrême les populations et façonnant le caractère indépendant et farouche des Antandroy, peu enclins à supporter la moindre autorité. Terre de refuge, l'Androy a accueilli des éléments en provenance de toutes les tribus, Sakalava, Bara, Masikoro, Tanosy, Betsileo, et même Merina. Malgré la diversité des origines antandroy, il existe chez eux certaines particularités physiques qui se retrouvent dans chaque individu quelle que soit sa souche primitive. C'est en 1595, au Cap Sainte-Marie qu'eut lieu leur premier contact avec les Européens en la personne du Hollandais Comelis de Honteman. L'Antandroy est décrit comme résistant et faisant preuve d'une grande souplesse physique. Il est habitué aux longs déplacements: avec huit porteurs, un administrateur a couvert 94 km en un jour. En saison chaude, il marchera de nuit pour éviter la brûlure des sables. Très sobre, il peut rester trois jours sans presque manger mais se rattrape par des festins abondants dès qu'il le peut. Son organisme présente une sensibilité extrême au changement de milieu, c'est pourquoi l'Antandroy émigre à faible distance et le plus souvent dans des régions au climat semblable au sien, il ne reste que temporairement loin de son pays d'origine.

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Sur le plan moral, il est considéré comme vif d'esprit, logique, mais de mentalité primitive, il n'aime pas travailler. On lui reconnaît cependant des aptitudes. Ainsi est-il particulièrement habile à suivre les zébus à la trace, et sa main d'œuvre est appréciée jusque dans le nord de l'île où il ne séjourne que pour de brèves périodes, surtout lorsque la disette l'y pousse. Ses qualités guerrières sont indéniables', ~ais il passe pour réfractaire à toute notion, de discipline. Par sa rusticité, son endurance, et sa combativité, il est considéré comme le type même de l'éclaireur indigène. Surtout pasteurs, les Antandroy pratiquent l'agriculture mais y attachent moins d'importance qu'aux zébus. Le vol de troupeaux est d'ailleurs l'une de leurs principales activités. 7. Les MahafaIJ (40.f17) Les Mahafaly, littéralement qui rend tabou, occupent une région du sud-ouest limitée au nord par la rivière Onilahy, à l'ouest par la falaise du plateau calcaire, au sud par le Menarandra, et à l'est par une ligne partant de l'Onilahy et qui rejoint le Menarandra à 25 km au sudouest de Tranoroa. Habitant un pays semi-désertique où les précipitations sont extrêmement irrégulières, les Mahafaly pratiquent surtout l'élevage de zébus et cultivent accessoirement quelques plantes vivrières. On peut les considérer, avec les Antandroy comme des pasteurs-agriculteurs. Ils sont restés parmi les gens les plus traditionalistes de Madagascar, et sont très attachés à leur terre qu'ils répugnent à quitter. Selon la tradition, les rois Mahafaly sont issus' de la dynastie Sakalava Maroseranana. Répartis en quelques 160 tribus, ce sont en
réalité les chefs de clan qui exercent la réalité du pouvoir, les rois'

.

n'ayant qu'une autorité très lâche sur leurs sujets. Cela est dû au mode de vie semi-nomade des Mahafaly qui disperse les populations. Physiquement, le Mahafaly est décrit comme assez grand, 1m66 en moyenne, mais 1m70 et 1m74 ne sont pas rares, on trouve même des sujets de 1m83. Son allure est souple, ses muscles allongés, ses membres inférieurs sont développés. Sa face est carrée sans angles nets, son front haut et vertical, le nez est souvent large avec excès,.sa bouche est grande et ses lèvres épaisses, son regard est franc. Sâ peau est rarement noire, en général elle est brun chocolat-clair ou marron.

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Au moral, on a longtemps vu en lui que des défauts, le décrivant comme insociable, querelleur, paresseux, fourbe et inconstant. Pour des raisons non-expliquées, l'administration coloniale va revoir son jugement et, même si on continue de souligner son indolence et son manque de constance dans ce qu'il entreprend, on voit soudain en lui un des éléments les plus doux et les plus faci).es à apprivoiser des Malgaches du sud. 8.
Lu Saka/ava (202.967)

Par son importance, la tribu - des Sakalava, littéralement (eu du grandcJp/aincJ, est la quatrième de l'île. Le pays s'étend le long de la côte ouest. Limité au nord par la Mahavavy, il l'est au sud par l'Onilahy, il vient naturellement se limiter à l'est aux versants des hauts plateaux du centre. C'est la région naturelle la plus vaste de Madagascar, traversée d'est en ouest par de longs fleuves qui serpentent à travers des espaces nus et déserts. Comme pour d'autres tribus, les caractères géographiques du pays sakalava ont fortement modelé les hommes qui y vivent. On pense que cette région a été peuplée dès l'origine par les fameux Vazimba, les premiers habitants de l'île. Leurs principaux étab~sements se situaient dans le nord-ouest, autour de l'estuaire de la Morondava, et dans la région du delta de la Tsiribihina. Ceux qui ont constitué la souche du peuplement sakalava sont venus du sud-est. Ils se sont fixés sur les bords du Sakalava, un affluent du Mangoky, et lui ont emprunté son nom qui depuis sert à désigner non seulement l'ouest de l'île, mais aussi la population qui y vit. C'est là un nouvel exemple d'identification d'un groupe humain par rapport à une référence géographique. La tradition sakalava fait venir la lignée de ses rois, les Maroseranana, du sud-est de l'île. Cette migration remonterait au À"V!èmesiècle et se serait accompli en deux temps. Le premier rnouvement de populations serait parti de l'est pour s'établir dans la dépression d'Ivohibe, point à partir duquel ils ont effectué une nouvelle extension vers l'ouest. L'occupation du pays sakalava s'est ensuite poursuivie selon un axe sud-nord avec la création d'un premier royaume, celui du Menabe, créé par le roi Andriamandazoala qui avait limité son extension au Mangoky et y avait fondé sa capitale, Bengy. Son flls, Andriandahifotsy est connu comme un roi conquérant qui a poursuivi l'extension du royaume vers le nord.

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C'était un roi puissant, craint dans tout le sud. Flacourt rapporte qu'il a envoyé une ambassade à Fort-Dauphin pour s'y faire connaître par les Français et commercer avec eux. Son flis, Andriamandisoarivo, reprendra le mouvement de conquête vers le nord afin de s'y constituer un royaume, ce sera celui du Boina. Il établira d'abord sa capitale à Ankazontrano, puis poussant encore plus haut jusqu'au nord de l'île, il viendra tinalement s'arrêter au pays .Antankarana et fixera sa capitale à :tvIajunga. Il n'hésitera pas à aller jusque dans le centre du pays, chez les Tsimihety et aux frontières de l'Imerina. Les Sil1anaka, les Bezanozano, et même les Merina lui payaient tribut. Les royaumes sakalava du Menabe et du Boina ont eu une place prépondérante dans l'histoire de l'île jusqu'au milieu du À'\TIIFmc siècle. Leur grande étendue constituait une source de fragilité. Les différentes guerres de succession qui opposèrent frères et cousins n'ont fait qu'accentuer cette faiblesse pour finalement aboutir à la dislocation des deux royaumes au moment où celui des Merina commençait à émerger. Du sud au nord, la tribu Sakalava peut se diviser en sous-tribus: les V ezo (entre le Mangoky et l'Onilahy), les Masikoro (idem, mais à l'intérieur des terres), les Sakalava du centre, les Sakalava du nord. a) Vezo et Masikoro Vezo est l'impératif du verbe mivoy qui veut dire ramer. Ce surnom donné à la tribu est généralement traduit par enfantsde la mer. On les appelle aussi Ombandriaka, t'eux qui se déplat'ent ar mer. Selon p leurs traditions, ils sont venus de la côte sud-est. Leur maîtrise de la navigation a poussé certains auteurs à voir en eux les descendants d'une vague de migration polynésienne. Ils ont la spécialité de la navigation sur pirogues à balanciers et sur goélettes qu'ils appellent botty. C'est un peuple de pêcheurs qui tire de la mer toutes ses subsistances (pêche et transport). Les Masikoro, dont le nom signifie gardien de Zébusoufermier, vivent eux à l'intérieur des terres et sont tournés vers l'agriculture et l'élevage. Vezo et Masikoro sont dépeints comme étant insouciants et aimant la fête. Ils dilapident leurs gains sitôt gagnés en grandes beuveries. Ils sont également décrits comme quémandeurs, peureux, et paresseux.

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b ) Les 5 akalava

du l'entre

Ce sont des pasteurs très attachés à leur mode de vie seminomade et à leur activité, l'élevage. Ils pratiquent le vol de zébus sur une grande échelle tout comme leurs cousins du nord. La densité est très faible, moins de un habitant au km2. C'est dans cette partie du pays sakalava que l'on trouve de nombreux villages vazimba. l') Les Sakalava du nord Ils ont beaucoup de points communs avec les Antankarana dont ils ne sont séparés que par une question dynastique comme nous l'avons évoqué. Ils partagent avec leurs cousins du centre le mode de vie pastoral mais font également du commerce avec les Européens, notamment d'armes et d'esclaves, à partir de Majunga, leur capitale.
Quant à la manière dont sont perçus les Sakalava, H. Galli nous rapporte dans L:z guerre à Madagasmr le portrait peu flatteur qu'un voyageur, un certain Gautier fait d'eux: (( C'est, dit un vqyageur, M. Gautier, un ramams de populationJ noires de différentes raœs, n'obéÙsant à autUne loi, n'CfJant le plus souvent pas de villages constitués, vivant de vol et de meurtre, se jetant à périodes déterminéu sur les villages soumis, pillant les maÙons et enlevant les personnes pour les vendre c'omme esC'laves,.aveC'œla, lâC'hescomme tous les ma!faiteurs, ces brigands se laissent aC't.'Uler desPCfJsarides et sans cultures, craignant d'attaquer le blam~ dans sauf quand ils voient en lui une proie sûre et à prendre par surprise, rampant la nuit pour attaquer les villages au petit jour et f'!Yant au moindre simulam de
résistanC'e )/.

Un peu plus loin, Galli lui-même vient appuyer cette appréciation peu flatteuse:
(( Je cToispouvoir affirmer que C'hezles 5 akalava et chez la plupart des autres tribus indépendantes, on tue et on vole c'Omme on respire, c.restune fondion naturelle,. la liberté réC'iproque du pillage est la seule institution politique pratiquement établie. L'ouest et le sud de Madagascar sont un repaire de brigands. Les Sakalava eux-mêmes qui nous témoignent des .rympathies, n'inspirent dom~ il fizut le reC'onnaître,que peu de confianœ et peu d'estime à l'Européen ayant longtemps habité leur PCfJs et en CfJant étudié les mœurs. Le Sakalava en effet est rebelle à la civilisation );.

1 GAll..J H., La Guerre à Madagascar, Garnier 2 Idem, p 197.

Frères,

Paris,

1'. 1, P 195.

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LES TRIBUS DE L'INTERIEUR

1. Lu TfÙJlibe(y (161.31.) Les Tsimihety habitent les vallées de l'Androna qui descendent du plateau de 1-Iandritsara, dans le centre-nord de l'île. Mananara est, selon leurs traditions, le centre historique de cette tribu. Ils s'étendent petit à petit vers l'ouest en direction de Majunga, de Nosy-Be, en supplantant pacifiquement les Sakalava qui ne manifestent aucune hostilité à leur égard. De très importantes colonies tsimihety se rencontrent dans les districts d'Ambato-Boeni, de Marovoay, de Mitsonjo, et même jusqu'aux portes de Bekodoka. Cette tribu provient de la fusion d'éléments venant du nord-est et du nord-ouest, on leur distingue deux branches principales: une souche orientale d'origine Betsimisaraka et SainteMarienne fortement métissée par les descendants des marins européens, les yeux et le teint clairs sont fréquents au sein de cette population une souche occidentale d'origine Sakalava venue de Maintyrano et de Besalampy à la suite des guerres claniques et qui est remontée jusqu'à Port-Berger, Antsolihy et Befandriana. Les Tsimihety sont très liés aux Sakalava, ils gardent avec eux des liens moraux et reconnaissent la suzeraineté de leurs princes. Dans leurs prières, ils ne manquent pas d'invoquer à côté du Dieu mâle, Zanahary Lahy, et du Dieu femelle, Zanahary Vavy, la reine d'Analalava et Ndrémisara, roi de Majunga. Sur le plan physique, le Tsimihety est décrit comme étant de taille moyenne, trapu et ayant des traits négroïdes peu marqués. Son organisation sociale est de type patriarcal sans fissure. Ce sont des cultivateurs et des pasteurs, le zébu a la réputation d'être chez lui en pays tsimihety où il se multiplie seul et sans soin. Son portrait moral fait de lui un être nonchalant qui trouve dans les produits du sol et dans son élevage le nécessaire à sa nourriture et au paiement de ses impôts. Il ne se soucie pas d'augmenter son bien en travaillant davantage et répugne au travail salarié, surtout dans son pays, même pressé par des besoins d'argent. Il est considéré comme le paysan noir par excellence, complexe de docilité et d'indiscipline: extrêmement soumis s'il est mené fermement et justement, mais qui

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oublie vite toute discipline dès que l'autorité s'éloigne ou ne s'exerce que de façon sporadique. Pour l'administration coloniale, il constitue une race d'avenir avec laquelle il faudra compter.
/ Lu Sihanaka (59.062)

Les Sihanaka vivent dans la dépression du lac Alaotra. Cette région est peuplée de longue date, les Vazùnba l'ont d'abord occupée puis ensuite les groupes humains venant de la côte est avec lesquels ils se sont plus ou moins mêlés. Andriamandisoarivo, le roi sakalava du Boina, les plaça sous sa sujétion puis, au début du XIXèmc siècle, l'autorité sakalava fut remplacées par celle des Merina et de Radama

1cr qui a organisé le pays. Ce sont des agriculteurs et des pêcheurs. 3.
Les Bezanozano (28.328)

Le pays bezanozano est très cloisonné. Il s'étend des sources du Mangoro et se lirnite au sud par la confluence de ce fleuve avec l'Onive. Il est encadré à l'est et à l'ouest par les sommets de l'Angavo et du Fody. Les Bezanozano forment un groupe humain homogène qui serait issu du mélange entre des éléments merina et betsùnisaraka. Au ÀrvIIèmc siècle, ils ont repoussé leur frontière occidentale en direction de l'Imerina et sont venus s'installer sur les crêtes de l'Ankay où ils ont fondé le village d'Ambatomanga. Ils vont opposer une résistance opiniâtre à l'expansion merina, et Andrianampoinùuerina devra lancer plusieurs expéditions pour s'emparer d'Ambatomanga. Le nom de bezanozano vient de la coiffure originale des hommes de cette tribu. Ils portent leurs cheveux arrangés en une infinité de petites tresses qui ressemblent aux petites feuilles qui pendent des branches, les zanozano. A cette comparaison vient s'ajouter la référence à un événement historique qui se rapporte également à leur coiffure. En effet, à la mort d'Andrianampoinimerina, les Bezanozano refusèrent de se couper les cheveux comme le voulait la coutume du royaume hava, en signe de deuil et de soumission. Physiquement, le Bezanozano est décrit comme étant de teint généralement foncé et de constitution très robuste. Sa stature est élancée, ses jambes fines et musclées le prédisposent à la marche et à la course. Son portrait moral fait de lui un être sùuple et timide, de mœurs douces et hospitalières.

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Comme les Sihanaka, ce sont des agriculteurs et des éleveurs, ils possèdent d'ailleurs d'immenses troupeaux qu'ils utilisent pour piétiner les rizières avant d'y semer le riz. Leur robustesse et leur agilité ont fait d'eux des porteurs renommés, durs à la peine. Ce sont eux qui assurent le portage des marchandises entre la côte est et Tananarive.

4.

Les Mer-ilia (911.313)

Primitivement on appelait l'Imerina l'Ankova. Ce terme qui a une signification géographique désigne le pays intermédiaire, le cœur du pays. Il a fmi par donner son nom (fankova, Hova) à la population de l'Imerina, et plus tard au royaume qui va en émerger. Dans cette même acception, les Merina sont aussi appelés Ambaniandro, littéralement mix qlli viventSOliS lejoJtr,que l'on traduit par les hommeJdes
hautes tetTes.

La grande tribu des Merina, numériquement la plus importante de l'île, occupe la partie centrale des hauts-plateaux. Sa zone de peuplement va d'Andriba au nord à Antsirabe au sud et de Tsiroamandidy à l'ouest jusqu'à Sabotsy à l'est. L'origine des Merina est très controversée, deux hypothèses s'affrontent. La première fait d'eux les descendants de migrants malais qui auraient abordé l'île vers les XIlèm<ou XlIIèm< siècles; la seconde, au contraire, voit en eux d'authentiques insulaires appartenant à la population souche des premiers habitants, les Vazimba, qui s'en seraient distingués ensuite par sa propre évolution politique concrétisée par l'émergence du royaume Hova. La première hypothèse, émise par A. Grandidier, considère que l'Imerina a d'abord été occupé par les Vazimba. Vers le XIlèm<siècle, les émigrants Malais en quête d'une terre d'établissement seraient venus l'aborder. Selon lui, ces éléments seraient venus de la baie d'Antongil où ils auraient débarqué, pour ensuite s'enfoncer par étapes successives vers l'intérieur des terres, les côtes étant déjà occupées par des populations plus nombreuses et hostiles à leur implantation. Pour s'établir en Imerina, les Malais se seraient alliés par mariages aux Vazimba, ou les en auraient chassés par les armes, repoussant ainsi un peu plus vers l'est ces premiers habitants. Les descendants des chefs vazimba et malais auraient formé la nouvelle aristocratie, la caste des Andriana, les autres, la caste des Hova ou

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hommes libres. Le reste de la population formant la caste des Mainty ou Noirs et celle des Andevo, les esclaves. A l'opposé, le R. P. Malzac dans son Histoire du rrJ)ltlume Hovtl, penche pour la thèse d'une évolution sur place. Il ne fait que reprendre en cela une opinion avancée par M. Jully en 1898 qu'il cite d'ailleurs: « M. ful!J a émÙ lepremier la semnde opinion (felle de l'évolution sur plaœ) en termes préâs quoique jorts fOurts, dans les Documents Historiques le 31 juillet 1898. VoÙi lepassage en entier: '"'étaientbim deu.\: fastes ?4ndriana et hova) qui se trouvaient en présenœ, fastu provenant d'une rafe unique œrtainement,le Malgat-hed'originemalqyo-po!Jnésienne, /mique raœ
dans toute l'fie puÙque la langue ut la meme pa/1out
» I.

Quelques lignes plus bas, il dit encore; « NO/IJ J'ommes at/uellmJel!t t'onvaintus qu'une mile et meme rt/œ d'origine malqyo-polYnésienne, parlant la meme langue, peuplait l'fie de Koml7' (lvIadagamlr) au XIF"I< siède, qJland les invasions arabes sont venues introduire un sang nouveau » 2.

Et le R. P. Malzac de conclure: « Cette dernièreopinion nousparaft la
seule at'Ceptable. Non une portion langue mnvaztmmtes seulement les Hova ne sont pas venus à Madagasfar pnmitive Immigrée de l'l'le. L'unité nous journiront à une de la époque assez rapprot-hée de nous, mais CI1foreils ont formé de temps immémorial notable de la population et surtout lu de t'ette assertion »). malgat-he traditions hova du preuves

En dehors du conflit des ol1gmes, tous sont d'accord pour reconnaître que les Merina étaient répartis en de nombreux clans placés sous l'autorité de chefs qui parfois prenaient le titre de roi, les mpanjaka. Ce n'est qu'au XVlème siècle que les éléments qui vont conduire à la création et au développement du royaume Hova vont se mettre en place. Un clan va nourrir l'ambition d'unifier les chefferies. Ce mouvement, initié par les reines Rangita et Rafohy, va ensuite être repris et structuré par leurs descendants pour culminer avec le roi Andrianampoinimerina qui va dépasser le système d'organisation politique sommaire qu'est la tribu pour poser les fondements d'un véritable Etat, avec des embryons d'institutions dont l'existence et la pérennité ne reposaient plus uniquement sur la personnalité du souverain. Le royaume Hova va connaître alors un développement lent mais inéluctable qui va lui permettre, au XIXème siècle, de commencer d'entreprendre la domination des autres tribus de l'üe.
t MALZAC : Histoire dl/ royal/lne hava, éd. Imp. Catholique, 2 Idem. 3 Idem.

Tananarive,

1930, p 16.

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Andrianampoinimerina a eu l'instinct de la nécessité d'ouvrir son royaume à l'Occident; son ftls Radama 1« suivra son précepte et va permettre aux Merina de prendre une avance culturelle et technique décisive sur les autres tribus de l'île. Si l'expansion Merina est le fait historique qui caractérise le XIXème siècle malgache, leur autorité n'a été réellement effective que sur les tribus Betsileo, Sillanaka, Bezanozano, et une partie des Betsimisaraka et des Sakalava du nord. A la veille de la conquête, Galli nous livre une description très intéressante des Hova en ce qu'elle révèle la perception'qu'en ont ses tlI!}oltrd'hllies dominateursde l'île, l futurs adversaires: ((Les HOlla,qlti SOl1t appartiennentà la racemalaise, très modifiésdit restepar leurs Lroisements ve, a les autm peupladeJ. Ce sont eux qui à jàrce d'indlistrie,ont mis en culture la régionla pllis ingrate, celleqlii est la pllis dépoJl1"'Vlie reJsources, ais où la de m défensecontrel'étrangerest préparéepar la nature elle-même.Depuis lin siècle environ, ils ont propagé leur influem-e,imposé leJlrdomination, ils ont organisé une sortedegouvernement,d'administrationet d'armée,ils sont les mai'tresd'une
pOPlilation timide et partagée en tn'bus n'valu
I)

f.

5. La habite Mania grande

Les Betsileo (477.864)

tribu des Betsileo, la seconde de l'île par son importance, un territoire au sud de l'Imerina. Leur région s'étend entre la au nord et la Manambolo au sud, elle est limitée à l'est par la forêt tanala et à l'ouest par le Bongo-Lava.

L'origine des Betsileo comme celle des Merina a fait l'objet de récits contradictoires. Selon L'Histoire des rois, le Tantarana '!Y andriana du R. P. Callet, les Betsileo sont apparentés aux Merina. Les ancêtres d'Andriamanalina, premier roi betsileo, proviendraient de l'Imerina, et seraient à l'origine du peuplement de cette région. L'origine même du nom Betsileo est donnée dans cet ouvrage: ((Quand ilsfurent nombreux, on les appela Be-tsi-Ieo (les nombreux qui ne sont pas vainms), ear ils se procutirent desfusils et de la poudre en grande quantité dJeZles Sakalava et furent nombreux et invincibles)) 2. Pour d'autres auteurs comme J. Faublée, la région était

primitivement peuplée par les Vazimba auxquels sont venus se mêler
I GALLI H. : La GI/erre à Madagascar, Gamiers Frères, Paris, T. 1, P 15. 2 CALLEY (R.P.) : Histoire des Rois, Talltaran'I!} Andriana, éd. Librairie de Madagascar, 1974.

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des migrants arabisés en provenance du sud-est. Ils auraient emprunté la vallée de la Namorana et donné par la suite les principales familles royales du pays. Jusqu'au XIXèmo siècle, les voyageurs ne savaient pas distinguer entre Merina, Betsileo et Vazimba, ce qui tend à valider les écrits des R. P. Callet et Malzac donnant la même origine à toutes ces populations qui ne se différenciaient que par leur organisation politique. Physiquement, le Betsileo est décrit comme n'étant~ni grand ni petit. La taille moyenne de l'homme est de lm66 et celle de la femme lm52. Son système osseux est considéré comme fragile, et le poids. d'un homme de taille moyenne ne dépasse guère 60 kg. Son teint est plus foncé que noir, surtout chez les femmes et les enfants. On retrouve chez lui des traces de croisement malais dans les paupières légèrement bridées dissimulant sous des cils longs et relevés, des yeux noirs assez beaux. Les cheveux sont frisés et tiennent le milieu entre les cheveux plats des Merina et les cheveux laineux crépus des Africains. Le front est légèrement bombé et peu développé, la nuque ronde, le nez droit mais large, peu proéminent, légèrement relevé et laissant voir de larges narines. Les lèvres sont saillantes et grosses au-dessus d'un menton court. Il ne porte pas de barbe en général Qes jeunes gens s'épilent). La barbe, portée seulement par quelques individus, est un signe de vocation de devin. Sur le plan moral, on le décrit souvent comme un ivrogne et un paresseux, indolent et apathique. Cette paresse ne serait pas un défaut foncier mais le résultat du long servage imposé par les Merina. Quant à ses aptitudes, l'administration coloniale considère qu'ils sont capables de former une race forte et travailleuse. Ils font de bons agriculteurs, assidus à la terre et vivant paisiblement du fruit de leurs produits. En revanche, ils n'ont aucune aptitude pour le commerce, l'industrie ou les professions libérales, mais sont capables, bien encadrés, de soutenir leur vieille réputation d'excellents soldats. 6.
Les Tanala (151.082)

Le pays des Tanala, littéralement ceux de lafore"!,doit son nom à sa situation géographique. Il est intégralement compris dans la zone forestière qui longe la côte est de Madagascar. Limité au nord par la Nosivola, affluent du Mangoro, il s'étend à l'ouest sur toute la

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bordure du pays Betsileo où sa frontière suit à peu près l'arête dorsale de l'île avec des altitudes variant de 1 000 à 1 200 m. Au sud, il s'arrête à la Matitana et vient fInir à l'est contre les derniers contreforts des pays Atambahoaka, Antaimoro, et Antaifasa. Cette région a fait l'objet d'occupations successives, plusieurs tribus s'y seraient installées, l'une chassant l'autre, avant que ne se stabilise, vers la fIn du XVIIème siècle, le peuplement de cet immense massif forestier et qu'il ne s'identifIe en tant que tel. Selon cette approche, le pays aurait d'abord été occupé par les Betsimisaraka qui en auraient ensuite été chassés par les Antaimoro, eux-mêmes repoussés par les Betsileo au XVIIème siècle. Cette souche Betsileo est d'ailleurs confortée par les traditions tanala qui se réclament toutes d'ancêtres de cette tribu. Le portrait physique du Tanala fait de lui un homme robuste, bien découplé, à la démarche balancée et souple. Sa physionomie est expressive, son teint brun-foncé. C'est un marcheur infatigable. Il se vêt d'un pagne et porte toujours la hache, son instrument de travail, et la sagaie, son arme de combat. Moralement, on le décrit de caractère doux et de tempérament pacifIque. Il est également soumis et docile, timide et craintif. Quant à ses qualités et ses défauts, on dit que sa vertu essentielle est l'honnêteté (le vol est un délit à peu près inconnu en pays Tanala) en revanche, son défaut principal est 1aparesse qui chez lui serait un état de nature. Habitué à une existence primitive, il s'y complaît et ne fait rien pour la modifIer. Frivole et léger, il ne pense qu'à l'heure présente. C'est un excellent bûcheron et un grand chasseur mais aussi un grand destructeur de forêts car il pratique la culture sur brûlis. Les guérisseurs tanala sont réputés dans toute l'île pour leurs connaissances très étendues sur les plantes médicinales. La dureté des conditions de vie dans la grande forêt le pousse parfois à émigrer en pays betsileo comme soldat ou devin, et même jusqu'en Imerina. Les Tanala sont divisés en de nombreux clans ayant chacun ses ancêtres et ses tabous. On distingue trois groupes indépendants répartis dans trois régions: Ambohimanga du sud, Ifanadiana, le plateau de l'Ikongo, réputé pour ses clans guerriers et indépendants. Le Tanala est farouchement attaché à son indépendance, il ne s'est jamais laissé soumettre par les Hava.

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7.

Les

Bara

(161.669)

Les Bara vivent au sud du Betsileo, ils habitent un immense pays bordé au nord-ouest par la vallée du Mangoky et au sud par le pays Antandroy. Leur existence nous est rapportée par Flacourt, au XVIIème siècle, qui conn ait leur roi Andriamanely, fùs d'Andriambolavola, un chef antaisaka, qui régnait dans la vallée de l'Itomampy vers la fm du À-rvl"mesiècle. Sa descendance a rIÙgré vers l'ouest en passant par la dépression d'Ivohibe. C'est elle qui a engendré la souche du peuple Bara et lui a donné ses princes, les Zafymanely, littéralement les descendants de Manely. Andriamanely est le seul roi Bara dont la notoriété a dépassé le cadre de sa tribu, et cela grâce à Flacourt. Il était contemporain du roi sakalava Andriandahifotsy. Les Bara sont des pasteurs guerriers, ils ne se séparent jamais de leur sagaie et de leur fusil. Ils portent en permanence au front le felana, coquillage blanc percé, signe de guerre et d'un tempérament agressif et toujours aux aguets. Leur société a une structure patriarcale et féodale. Les chefs assument plusieurs fonctions, ils sont à la fois chefs de guerre, prêtres, et rendent également la justice. La cohésion des Bara n'est pas fondée sur l'existence d'un royaume regroupant tous les individus sous son autorité, mais sur une communauté de traditions, de coutumes, et de genre de vie. A la fm du XVIIlème siècle, trois groupes se partageaient le pays: les Zafindravola d'Ivohibe, les Vinda de Benitra et de Betroka, les Tsienibalala aux frontières du pays Antanosy. Physiquement, le Bara est décrit comme ayant une tête ronde, un visage long ou ovale, des pommettes légèrement saillantes, un teint brun-foncé ou noir mat. Son nez est presque droit et très peu épaté, sauf chez les descendants de Makoa. Sa bouche est moyenne, non lippue, ses dents sont saines et bien rangées surtout chez les femmes, mais elles sont souvent noires parce qu'ils ont l'habitude de mâcher une petite liane appelée laingo ou tamboromantry.Ses yeux sont noirs, droits et bien fendus, bordés de longs cils, avec des sourcils assez fournis et bien dessinés. Son menton est rond, ses mâchoires fortes. Sa taille est au-dessus de la moyenne, nombreux sujets de lm80. Sa stature est rIÙnce et élancée, ses épaules sont larges et tombantes. Il est très vigoureux et taillé pour la lutte ou la course. Ses cheveux sont

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flns et soyeux, assez longs chez les femmes, ceux qui ont la chevelure crépue proviennent de métissage avec les Makoa. Son portrait moral fait de lui un être doux et paisible, digne et fler, habituellement franc, souvent hautain, toujours indépendant. Il est rancunier et vindicatif et peut même aller jusqu'au crime pour assouvir sa vengeance. On le décrit aussi comme prudent et méflant et plutôt enclin à l'avarice. Bien souvent ivrogne, il est passionné et voluptueux. Il dispose de grandes qualités intellectuelles, il est intelligent, ingénieux, observateur et doué d'une grande faculté d'assimilation. Quant à ses aptitudes, on dit de lui qu'il sait être laborieux malgré son indolence native lorsqu'il a un intérêt immédiat à travailler. Intermédiaires entre les cultivateurs de l'est et du Centre et les pasteurs de l'ouest, les Bara sont essentiellement pasteurs mais admettent de cultiver leur sol. Comme les Sakalava, ce sont de grands voleurs de zébus qui considèrent cette activité non seulement normale mais aussi valorisant leur caractère guerrier. Par leurs qualités physiques et leur tempérament belliqueux ils sont considérés comme les meilleurs soldats de l'île.
LES ELEMENTS ETRANGERS

1.

Les Makoa

(54.032)

Les Arabes ont introduit depuis longtemps par Zanzibar, les Comores et leurs comptoirs du nord-ouest de l'île, des esclaves africains. Ce trafic s'ampliflera avec l'arrivée des Européens aux XVIIlème et XIXème siècles. On les connaît sur les côtes sous le nom de Makoa, dans l'intérieur des terres sous celui de Masombika ou Zazamanga, littéralement fils d'esclave. Répartis dans tout Madagascar, ils sont plus particulièrement localisés dans la pointe nord du pays Sakalava, où, après avoir pu racheter leur liberté, certains ont reconstitué de petites communautés indépendantes qui sont respectées par leurs anciens maîtres. Considérés comme d'excellents travailleurs, ils sont nombreux aux Comores, à Morondava, Analalava, et Nosy-Be.

2. Les Comoriens
L'archipel des Comores est habité par une population originale résultant du métissage entre Africains et Arabes. Chaque île a son

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dialecte propre, mais dans tout l'archipel le Swahili est en usage. Les liens entre les Comores et Madagascar sont anciens. Les Antakarana et les Sakalava du nord allaient y faire des razzias pour en rapporter du butin et des esclaves. Avec la colonisation, de nombreux comoriens ont émigré dans le nord de l'île où ils se fondent dans la société malgache.

3.

Les Chinois

Les Chinois sont arrivés à Madagascar après la colonisation. Les premiers migrants étaient originaires de la région de Canton, ils étaient à peine 450 en 1905 et 3 638 en 1941. Le commerce est leur principale activité, ils épousent souvent des femmes malgaches.

4.

Les Hindous

Plus connus sous le nom de Karany, les Indiens sont également arrivés à Madagascar avec la colonisation. Originaires des comptoirs français des Indes, ce sont des commerçants qui se sont très tôt spécialisés dans le commerce de l'or et des pierres précieuses ainsi que dans la banque. Ils étaient 1 569 en 1905, et 9430 en 1941. A l'inverse des Chinois, ils n'épousent que des femmes de leur origine.
MALGACHE OU MALGACHES

Au terme de ce voyage à travers les dix-huit tribus de l'île, cette question ancienne continue de perdurer. A la lumière des généalogies revendiquées par chacune d'elles, la côte est apparue comme la zone d'abordage à partir de laquelle les hommes ont essaimé. En plus des points origine, les généalogies nous livrent également les itinéraires empruntés par eux pour s'approprier l'île dans son entier. De ces indications, il ressort que le mouvement de migration s'est effectué selon une orientation côte est - côte ouest avec deux zones d'origine: la région de la baie d'Antongil au nord-est et la région de Fort-Dauphin au sud-est. Quant à l'hypothèse d'arrivées successives de populations en provenance d'horizons divers, rien n'est moins sûr, car bon nombre d'éléments concourent à démontrer la simultanéité du peuplement de Madagascar, donc à fonder son unicité originelle.

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Le phénomène d'apparition des royaumes est de ceux-là. Leur période de naissance et d'individualisation est remarquable par son resserrement, ils apparaissent tous entre les À'\TFmeet À~TIIème siècles. Et si l'on en croit les révérends pères Callet et ~falzac, la généalogie des rois Hova permet d'établir leur antériorité par rapport à celle des rois Sakalava et fait de leur royaume l'un des plus anciens, sinon le plus ancien de l'île. Cela infIrme la théorie selon laquelle ils seraient venus postérieurement et proviendraient d'une vague de migration malaise ayant abordé l'île au XIFmc ou au XIIlèmc siècle. Dans ce cas, il eût été possible d'identifier et de dater cet apport extérieur par les traces linguistiques qu'il n'aurait pas manqué de laisser dans la langue malgache car le malaÙ était déjà nettement différencié à cette date, or force est de constater qu'il n'yen a pas. Si la langue s'ajoute à la parenté des généalogies royales pour étayer la communauté d'origine de toutes les tribus, les coutumes et les modes de vie viennent renforcer la logique de ce constat. Les Malgaches sont un ((pmple)) du riz et du zébu, ils pratiquent tous le culte des ancêtres et des pierres levées, quelle que soit leur région d'origine ou leur type humain. Demeure le mystère des apparences qui fait qu'une aussi grande diversité anthropométrique puisse caractériser ce peuple si particulier. III) LA FRANCE ET MADAGASCAR Madagascar n'a jamais vraiment intéressé la France. Du fameux pilote saintongeais Jean Alphonse qui en 1539 y débarqua pour la première fois à l'expédition de 1895 qui en fait la conquête, trois siècles et demi se sont écoulés sans véritable projet, sans l'ombre d'une politique, à peine un début d'engouement. L'intérêt épisodique dont la Grande Ile est l'objet n'est dû qu'à des individualités qui, par leur aura ou leur action véhémente, sont parvenues à susciter, pour un bref instant, l'intérêt de la métropole, mais cela ne dure jamais que le temps d'une mode. L'histoire des rapports entre la France et Madagascar se résume donc aux parcours d'hommes hors du commun qui se sont évertués à transmettre et à faire partager leur passion pour l'île rouge. Si elle a fIni par basculer dans l'empire colonial français, c'est une fois de plus le fait d'une minorité d'intérêts particulièrement active. Ce sont les planteurs et les grands négociants de l'île Bourbon, future île de la Réunion, qui par l'entremise de leurs députés parviendront

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