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Liban

256 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 210
EAN13 : 9782296162266
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LE VIOL AU MASCULIN

Collection cc Logiques sociales»

dirigée par Dominique Desjeux
Ouvrages parus dans la collection: José Aroœna, Le développement par l'initiative locale.Le aiS français. 1987, 227 pages. Brigitte Brébant, La Pauvreté, un destin? 1984,284 pages. Jean-Pierre Boutinet (sous la dir. de), Du discours à l'action: les sciences sociales s'interrogent sur elles-mêmes. 1985,406 pages. Pierre Cousin, Jean-Pierre Boutinet, Michel Morfin, Aspirations religieusesdes jeunes lycéens. 1985,172 pages. Michel Debout, Gérard Oavairoly, Le désordremédical.1986,160 pages. Majhemout Diop, Histoire des classes socialesdans l'Afrique de l'Ouest. Tome 1 : Le Mali. Tome 2 : Le Sénégal, 1985. François Dupuy et Jean..cIaude Thoenig, La Loi du marché: l'électroménager en France, aux Etats-Unis et au Japon, 1986,264 pages. Franco Foshi, Europe, quel avenir? Emploi, chômage des jeunes coopératives, clandestins, 1986. Groupe de Sociologie du Travail, Le Travail et sa sociologie: essais . critiques. Colloque de Gif-sur-Yvette. 1985,304 pages. Monique Hirschorm, Max Weber et la sociologie française., J.-A. Mbembe, Les Jeunes et l'ordre politique en Afrique noire. 1985, 256 pages. J.-P. Maniez et C. Pernin,un métier moderne: Coniller d'Orientation, 1988,249 pages. Hervé-Frédéric Mechery, Prévenir la délinquance. L'affaire de tous. Les enjeux du dispositif Bonnemaison. 1986, 192 pages. P. Mehaut, J. Rose, A. Monaco, F. de Chassey, La transition professionnelle, jeunes de 16 à 18 ans et stages d'insertion sociale et professionnelle : une évolution économique. Guy Minguet, Naissance de l'Anjou industriel. Entreprise et société locale à Angers et dans le Choletais. 1985, 232 pages. Christian Leray, Brésil, le défi des communautés. 1986, 170 pages. J.L. Panné et E. Vallon, L'entreprisesociale,le pari autogestionnaire de Solidarnosc. 1986, 356 pages. Jean-G. Padioleau, L'Ordre social, principes d'analyse sociologique 1986, 222 pages. Emmanuel Terray (sous la dir. de), L'Etat contemporainen Afrique. Serge Watcher, Etat, décentralisation et territoire.

Daniel WELZER-LANG

.LE VIOL

AU MASCULIN
Préface de Georges Arap Procureur de la république à Valence

Editions L'Harmattan 5-7,rue de l'EcolePolytechnique 75005Paris

@L'Harmattan, 1988 ISBN: 2-7384-0225-9

PRÉFACE
Qu'ils existe entre un phénomène humain et la ftl(on dont le groupe social l'appréhende une certaine distance, c'est ce que chacun soupçonne. Mais si l'on considère comment le traitent les institutions, et singulièrement l'institution judiciaire, la distance devient considérable Il en est ainsi de ce que les magistrats appellent les "affaires de mœurs" dans lesquelles, s'ils ont quelque expérience, ils savent qu'ils n'aperçoivent que l'enveloppe de l'événement, sa forme, sa couleur et sa suscription, mais qu'ils n'auront pas
accès à son contenu. Daniel Welzer~Lang a su la décacheter. Ce qu'il a découvert surprendra tous ceux qui croyaient avoir, notamment sur le viol, à travers quelques idées simples collectées au long d'une carrière de policier ou de magistrat, une représentation schématisée mais définitive des comportements. L'ouvrage que l'on va lire est le fruit d'un travail conduit avec une méthode scientifique la plus stricte qu'il soit possible d'exiger dans une matière que se prête si peu au pondérable et à

l'étalonné.
L'auteur s'explique sur cette méthode avec une telle minutie qu'il serait mal venu d'en offrir ici un tracé préalable. On en est loin, très loin, de la gamme des réflexes qui, de l'indignation vengeresse à l'indifférence blasée, construisent l'attitude du professionnel de la répression. Or, l'objectivité, c'est ici une exigence' la limite de l'irréalisable: il faut imaginer l'intensité de l'effort d'abstraction nécessaire à l'enquêteur masculin qui prétend à la neutralité du regard quand l'appartenance sexuelle des protagonistes est au centre du drame. Et même lorsque l'étude aborde l'agression homosexuelle, il incombe encore à l'observateur de composer avec le prisme déformant de la réaction personnelle. Le grand mérite de Daniel Welzer-Lang est d'y être parvenu,

certes avec beaucoupd'interrogations, et au prix d'une intros-

pection de tous les instants. Le résultat est une analyse psychologique d'une grande finesse, aboutissement d'une dessection où l'habileté le dispute à l'intelligence. On aurait tort de croire que la froide observation a présidé à de tels travaux et que le recul acquis l'a été dans le sacrifice de

l'émotion.
Ce serait ignorer qui est Daniel Welzer-Lang. Alors qu'il était éducateur dans la Drôme, nous nous sommes cotoyés pendant plusieurs années dans l'exercice de nos professions respectives, mais surtout, nous nous sommes rencontrés sur le terrain des luttes idéologiques, quand nous a unis le combat contre le racisme hideux et la triste xénophobie, quand la conditicJn du détenu nous a sollicités, ou quand se sont dessinés certains pro cessus d'exclusion. L'extrême sensibilité qui était la marque de sa personnalité ne pouvait l'abandonner dans ses travaux d'ethnologue, de sorte que la distance qu'il a su garder à partir de son sujet n'a jamais pu chasser l'humaine sympathie. La souffrance a accompagné ses recherches, et s'il ne la dissimule pas, c'est pour souligner d'insupportables détresses. Il y a dans ce travailla générosité la plus claire pour parler de I 'horreur la plus sombre, I 'humanité la plus subtile pour évoquer l'obtuse bestialité. Mais l'œuvre ne serait pas constructive si, à travers ou malgré la rigueur du raisonnement, ne transparaissait une idéologie qu'il faut bien qualifier d'engagée. C'est à mon avis une grande partie de l'intérêt que suscite ce livre, réponse dépassionnée mais heureuse, à un autre engagement, venu de l'autre sexe, et lui légitimement passionné. C'est, après la dénonciation nécessaire du vieux réflexe de domination, le pas qu'il fallait faire dans la reconnaissance de la complémentarité des sexes, et, pourquoi ne pas le dire, de leur réconciliation. Georges APAP Procureur de la République à Valence.

8

AVERTISSEMENT

Le texte qui suit est la reprise d'un travail de recherche universitaire sur le viol, ou plutôt sur le mythe du viol. L'enquête dont il sera question a été menée pendant neuf mois en 1986, dans un
département du sud de la France. Lequel, peu importe ,il s'agit d'un département "ordinaire", dans lequel la criminalité n'est ni moindre ni pire qu'ailleurs. Les personnes dont il sera question existent, vivent... Qu'elles soient victimes ou inculpées, j'ai brouillé volontairement tout détail qui permettrait de les reconnaître. Mon objectif n'a pas été de fournir des éléments à la presse à scandales qui, chaque semaine, propose à la consommation populaire une galerie de portraits de monstres, d'histoires scabreuses. Non, l'objectif de cette enquête est simple: je voulais comprendre le phéno-

mène du viol. Le viol, c'est quoi? Qui sont les violeurs? Que
disent-ils?
usuellement

Pourquoi ce décalage entre leur réalité et ce qui est dit
sur eux ? Quel sens a le mythe du viol que nous repro

-

duisons tous et toutes à propos des inculpés, des victimes, des conditions dans lesquelles se déroulent les scènes de viol? Quel rapport le mythe du viol entretient-il avec l'érotique des hommes? J'ai essayé de mener cette enquête avec le maximum d'objectivité scientifique. Je suis conscient qu'elle interroge, questionne, tout homme, toute femme qui sera amenée à la lire. La prégnance de la problématique a entaché quelquefois une méthodologie que certain-e-s en sciences sociales aimeraient plus construite. Il s'agit d'un travail ethnologique et sociologique, il se veut modestement participer à une fonction de la recherche en sciences sociales: celle de diffuser largement le doute, les questions des chercheurs.

Publier un travail universitaire

impose, si l'on ne veut pas

ennuyer le lecteur ou la lectrice, de simplifier, de réduire, ce que j'ai essayé de faire pour le rendre "lisible". Pour moi, l'intérêt de cette

enquête ne devait pas se limiter à quelques professeurs membres de mon jury, voire aux quelques ami-e-s qui avaient eu la patience de déchiffrer le rapport de recherche. En tant qu'homme - et nous verrons l'importance du sexe social du chercheur surtout lorsque l'on s'intéresse à de tels faits j'ai voulu entendre les représentations masculines du viol. Pour ce faire, en dehors du terrain judiciaire, j'ai travaillé avec certains des hommes qui, depuis plusieurs années, se sont regroupés dans les "groupes d'hommes ". Je les présenterai succinctement, j'aimerais qu'ils sachent que, sans eux, sans leur aide affective et amicale, cette recherche n'aurait pas existé. Ce livre est aussi issu de la collaboration avec une amie, Kat y Ollif, qui non seulement a été la "claviste", a corrigé le texte initial mais de plus y a apporté son expérience de

-

femme et de militante. Enfin, je voudrais remercier François
Laplantine qui dirige depuis trois ans mes travaux pour l'ensemble de ses conseils et de son aide. universitaire s,

~ Hiver 86
Ce matin, en allant à la maison d'arrêt, je suis mal, angoissé. Je vais devoir écouter. Pas de magnéto possible.. Ecouter, transcrire. L 'homme que je vais voir aujourd 'hui est un violeur. Je commence à en avoir l'habitude, mais celui-ci est de plus meurtrier. l'ai relu l'article du journal local que m'a transmis mon ami: les fusils, les chiens. Une grande page. Une fille de 22 ans, qui devait être vraiment belle. Les recherches ont duré plusieurs jours, tous "les services de police et de gendarmerie"... l'ai un affreux goût dans la bouche, une boule dégoût qui m'a empêché de déjeuner... Et si les hypothèses que je pose sur ma recherche étaient justes? me disais-je pour me rassurer. Si... Et en même temps je me souviens des entretiens les plus durs: celui de M. B. dans ce café sinistre... Et là, ça va être entre quatre murs... Il est arrivé. Jeune. Dix-huit ans. Beau gosse, timide... "Si seulement ils mettaient une plante verte dans chaque cellule", dira-t-il... On a parlé champignons, chasse, chamois..."

10

Chapitre l

INTRODUCTION

Pour permettre la compréhension de ma démarche de recherche, dont ce travail est un élément, il est nécessaire de resituer la place de cette étude dans ma problématique personnelle. Pour cela, je ferai état rapidement de mes travaux précédents, des hypothèses qui ont constitué les fondements et le départ de mon travail d'enquête. En effet, c'est la conjonction et l'interaction d'un certain nombre de faits sociaux auxquels le chercheur ne peut rester indifférentqui ont abouti à ce travail.

-

LES GROUPES DE «PAROLES D'HOMMES»

EN FRANCE

Bien avant que le faisceau de questions auquel je me suis attelé ne produise cette étude sur le viol, c'est en tant qu'individu mâle, vivant dans la société française du XXe siècle, que j'ai été interpellé. Rappelons brièvement quelques faits qui ont marqué notre histoire récente: après les années 68, un certain nombre d'étudiants, de lycéens, de travailleursdont j'étais - se sont mis à poser une critique idéologique sur une société qu'ils estimaient structurée par des rapports sociaux de classes. Après la révolte étudiante et la grève générale, sont nées une multitude d'organisations qui, tout en se référant toutes plus ou moins au marxisme, expri-

maient une diversité d'analyses contradictoires. Les points de problématisation se situaient autant sur la nature de classe des Etats dits « ouvriers» que sur une relecture postmarxiste des appartenances de classe, des stratégies d'alliances... Durant la décennie 70/80, sont réapparus, de manière massive, des groupements et une idéologie nommés « féminisme» . Cette idéologie se proposait d'intégrer une analyse en terme de sexe dans l'analyse des classes sociales. Par un travail théorique et pratique - notamment sur la nature du travail domestique pris comme élément reconstitutif de la force de travail masculine, sur la production d'enfants par une réflexion et des luttes contre l'oppression des femmes (prises en tant que groupe de sexe ou de classe suivant les différentes analyses), ces femmes ont interrogé un certain nombre d'hommes qui les approchaient. Après la création du M.L.A.C. (Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception), qui donna Heu à une pratique de lutte mixte (hommes et femmes), sur les problèmes d'avortement et de contraception, naquirent ce que l'on a appelé « les groupes hommes» . Premiers groupes hétéroclites, nés entre 1974 et 1978, ils rassemblaient en leur sein certains des hommes qui, pour des raisons idéologiques ou personnelles, se sentaient concernés par la critique féministe de la société contemporaine et du mode de vie masculin, et calquaient leur fonctionnement sur celui des premiers « groupes femmes» . Groupes intimes, timides, centrés souvent autour d'un repas, limités à quelques personnes, informels. Les premières questions qui se posèrent entre les individus présents - car souvent anciens membres des mêmes organisations politiques furent: comment voulaient-ils ou allaient-ils se rencontrer, eux qui, dans les mois précédents, avaient vécu luttes, concurrence, relations Q.e pouvoir médiatisées par un discours politique? Et ces questions renvoyaient à une autre: comment se vivaient les relations entre hommes dans notre société? Puis « naturellement» se formalisèrent les autres questions sur la famille, les enfants, le travail salarié, la sexualité... Et une véritable relecture des vies fut faite, intégrant le questionnement féministe (pression sociale et affective permanente), avec la volonté de redéfinir les « vrais» désirs, ceux qui étaient porteurs de plaisirs et n'opprimaient pas les amies femmes qu'ils avaient.

-

-

12

Ces groupes donnèrent naissance en 1978 à ARDECOM (Association pour la recherche et le développement de la contraception masculine), et en 1981 à la revue Types Paroles d'Hommes. C'est en tant que membre du groupe lyonnais de 1979 à 1986, que j'ai mené une recherche-action qui m'a fait obtenir le diplôme des Hautes études de pratiques sociales. La problématique était d'essayer d'évaluer les chan-

d'ARDECOM expérimentateurde la « pilule pour hommes»

gements en termes de

«

rôles liés au sexe» , vécus par les

hommes ayant expérimenté cette pilule pendant cinq ans. L'hypothèse centrale était que la prise de pilule avait une valeur tant pratique (accès à la stérilité) que symbolique. Désireux de continuer cette articulation entre mes travaux de chercheur intégré à une problématique sociale extérieure aux cercles de la sociologie académique, et une activité universitaire qui m'apporte une méthodologie, une réflexion épistémologique et une reconnaissance sociale, la première forme envisagée pour le mémoire de DEA fut donc une continuation de l'étude précédente. J'aurais ainsi étendu son champ à l'étude de la vie sexuelle. En effet, dans les interviews auxquelles les hommes d'ARDECOM ont participé, était présente une partie importante ayant trait aux représentations et aux pratiques dans la sexualité. Etaient problématisés le discours sur les pratiques sexuelles (le désir sexuel, le temps, les plaisirs, les rôles passif/actif, le corps), et le discours sur les valeurs (tendresse, multi- relationnalité, exclusivité sexuelle...). L'intention première de cette recherche était donc d'étudier les nouveaux comportements sexuels masculins, en utilisant les matériaux obtenus auprès des expérimentateurs de la contraception masculine hormonale. Nous aurions comparé les résultats obtenus aux représentations traditionnelles de la sexualité masculine dominante, oppressive, agressive, dont l'analyse avait été effectuée par de nombreux auteurs féministes et par quelques hommes.
« Intuitivement» , de par la connaissance préalable de mon terrain d'enquête, je savais que les rapports sociaux dans la sexualité vécus par les hommes d'ARDECOM étaient différents de ceux habituellement prescrits aux hommes. Pour ces hommes-là - comme pour d'autres - se

redéfinissent,

dans la sexualité

comme dans le reste du

13

mode de vie, de nouveaux espaces où sont renégociés les rapports de domination entre les sexes. Toutefois, la référence à la sexualité dominante, aux schémas traditionnels masculins était hyposcientifique. Elle consistait en une combinatoire de divers éléments pris au hasard des lectures, sans qu'apparaisse réellement une unité structurelle qui la définisse. Le projet initial était narcissiquement, intellectuellement satisfaisant. Je m'isolais dans un laboratoire, me bandais les yeux, et sortais un visage positif unilatéral de la sexualité masculine new look. Mais le modèle traditionnel masculin dans la sexualité, et dans les rapports sociaux de sexe, n'est pas qu'une construction empirique, combinatoire intellectuelle issue de la réflexion humaine. Il est présent partout, il agresse tous les jours, il se diffuse. La difficulté est, pour un ethnologue, un sociologue, vivant en France, de pouvoir se mettre en situation d'extériorité pour le voir.
L'ÉVÉNEMENT

Juillet 85. Une amie qui m'est très chère - participant en tant que médecin aux travaux français sur la contraception masculine a été violée en rentrant chez elle, un soir, à Paris. Agressée par un homme armé d'un couteau. Cet individu, après l'avoir volée, après avoir discuté avec elle, l'a violée. Et est reparti. Fait divers banal. J'apprendrai même par la suite qu'il est fréquent. Cette amie m'a téléphoné rapidement, m'a expliqué les circonstances de l'agression. A posteriori, ce qui m'a surpris le plus a été ma réaction devant ces informations: j'ai eu honte qu'une de mes amies soit violée. J'aurais préféré me voir annoncer une agression « normale» . Le fait du viol semblait (dans ma tête) lui faire porter une responsabilité dans cet acte.

-

« Pas elle» , ai-jepensé. Il y avait donc les femmes « vialables » (prédestinées ?) et les autres? Le fait d'avoir discuté

avec cet homme inconnu, entré de force chez elle, n'était-œ pas un « encouragement» pour le violeur? Cette amie pratiquait des sports d'autodéfense. Pourquoi ne s'était-elle pas défendue? 14

Je lui faisais porter une part de responsabilité dans son viol, et objectivement, pour moi, le fait qu'elle se soit fait violer la dévalorisait. Mes réactions avaient tendance à exprimer un rejet d'elle. Cette amie voulut parler, témoigner et débattre de son viol. Membre d'ARDECOM, c'est aussi avec les hommes de l'association qu'elle chercha un échange, une réflexion, sur cette forme de criminalité. Les débats sur ce viol, sur le viol, commencèrent donc au cours d'un week-end de juillet 1985, regroupant dans les Cévennes beaucoup d'adhérents de l'association. Il m'apparut que le viol cristallisait un certain nombre de non-dits, de tabous et de questions; sur le vécu antérieur de la sexualité des hommes participant à ARDECOM, - sur la compréhension du phénomène du viol.Dès que l'on abordait ce sujet, se mettait en jeu toute une série de thèmes qui référaient à l'ensemble du champ de la sexualité: le désir sexuel, le rapport social de domination, le consentement et l'initiative mutuelle des partenaires, la violence, la procréation, le plaisir social, sexuel... Et pourtant le viol, pour les hommes présents, semblait un épiphénomène produit par quelques hommes, les violeurs... les autres. A partir de cet événement, et suite aux discussions qui ont continué avec les hommes et les femmes intégrés à mon terrain de recherche, le viol m'est apparu peu à peu comme une réalité sociale omniprésente, comme une clef permettant de déchiffrer la sexualité masculine dominante. Les témoignages d'autres femmes, les recherches bibliographiques que je commençais à effectuer, les discours d'hommes - amis ou non - me laissaient supposer que le viol structurait la sexualité masculine. J'en vins aussi à proposer l'hypothèse que le modèle du viol structure l'érotique au masculin, dans la socialisation des garçons et dans l'expérience objective ae vécu) des hommes.

-

PRÉPARATION

DE L'ENQUÊTE

Suite à la formulation de cette hypothèse, je me suis inter-

rogé sur cette notion de

«

modèle du viol» , et plus large15

ment sur la définition du viol. D'abord quel sens prenait les

doutes sur le viol de mon amie ? Quelle représentation du viol cela intégrait? Le rapprochement avec la campagne menée par les mouvements féministes en 1976 était effectué. Etait-ce une survi-

vance de la « culpabilité » d'être homme, une analyse idéologique largement présente à la création des groupes de paroles qui assimilaient sexe physique, genre et sexe social?
« Comment pourrait-on aimer son sexe lorsqu'on en a fait une épée, un pieu, un dard? » (1) Le souvenir des premiers débats du groupe d'amis que

nous avions constitué en 1976resurgissait: « Est-on violeur car homme? » Cette théorie me semblait surannée, toutefois
personne ne l'avait reformulée. Puis je me suis tourné vers la littérature sur le viol. Un premier constat, qui n'est pas réellement une surprise, est que ce sont des femmes qui ont écrit sur le viol. Citons Brownrniller (2); véritable anthologie du phénomène social, analyse historique, sociologique, psychologique, en un énorme travail de compilation, elle fournit une série impressionnante d'éléments permettant de décomposer la « croyance traditionnelle sur le viol « et ses réalités massives, en temps de paix comme en temps de guerre, aux USA comme dans l'Egypte ancienne. Jean Mac Kellar, qui rendit célèbre l'étude du sociologue israélien Amir effectuée en 1978, propose une grille d'analyse du mythe du viol (3). Littérature nord-américaine donc, mais aussi quelques recueils français, comme celui de Fargier (4). Ces femmes auteurs étart féministes, elles participent avec leurs ouvrages à la -campagne des femmes qui désirent dénoncer le crime poliHque contre les femmes. Dans cette phase préliminaire, j'ai aussi consulté les revues féministes (Questions Fémin{stes, Pénélope, Sorcières, Ruptures...), en remarquant d'abord que souvent, j'avais déjà lu ces documents, dont je Fossédais certains à titre personnel. Toutefois, dans les ann~es précédentes, je ne m'étais jamais intéressé au contenù d:..s àrticles traitant de la violence faite aux femmes. Une impression de connaître, de savoir à l'avance le contenu des analyses. J'ai découvert en regardant, en étudiant l'ensemble des documents que j'avais rassemblés, consultés, cette notion de mythe, ses multiples formes. En confrontant mes propres représentations du viol, des violeurs, des victimes, j'ai pris conscience de la prégnance des énoncés de sens commun que je/nous formulons 16

quotidiennement. J'ai aussi essayé de trouver une littérature sur le viol écrite par des hommes. Je désirais savoir queUe importance prenait dans les discours le sexe de la personne qui écrivait. Difficulté de la recherche bibliographique où le prénom de l'auteur est souvent indiqué par une lettre, le sexe de l'auteur n'étant pas encore considéré comme une variable signifiante. Je connaissais quelques textes, ou fragments d'écrits publiés par des amis des groupes d'hommes français ou étrangers (5).Il s'agissait souvent d'une reprise de l'analyse féministe, d'un discours idéologique de soutien à la lutte des femmes contre le viol, la violence sexiste. Leur relecture ne m'amenait que peu d'informations nouvelles. Dans beaucoup de bibliothèques, y compris celle du Mouvement français pour le planning familial, ou celle du Conseil supérieur pour l'information sexueUe à Paris, je retrouvais l'ouvrage de Dominique DaUayrac (6).C'est un amas hétérogène d'insultes contre les féministes:
« Celles qui marmonnent dans leur absence de moustache; » « Elles étaient une misérable poignée de laides, de sales,

de bréhaignes, d'inaccomplies, de mal-baisées.» L'auteur légitime le viol par« l'imprégnation hormonale spécifique des hommes» (p.216), réagissant aux

femmes « actives au niveau de la provocation sexueUe »
(p.222). Il propose même de mettre en mesure« les signaux olfactifs qu'émet la femme en période d'ovulation, et qu'elle ne contrôle pas. Un physiologiste nous expliquait que d'après lui il s'agit d'acides gras volatiles qui pousseraient les hommes à rentrer en phase d'excitation sexuelle quand il reçoit ce signal» , écrit- il (p.391). Cela pousse des hommes

non à violer,

«

qualificatif que donnent à tort certaines

femmes» , mais à produire « de beUes histoires d'amour vache» . Et Dallayrac compare les récits, les témoignages de femmes violées qui ont été publiés, aux énoncés de ces sens communs dont il est l'un des porte-parole, pour prouver que le viol existe rarement. L'omniprésence de ce livre, consacré uniquement au viol, notamment dans les bibliothèques se voulant progressistes, le peu d'ouvrages masculins sur le 17

thème du viol, m'ont donc confirmé l'hypothèse que les discours sur le viol devaient être analysés, en resituant chaque fois la place et le genre du locuteur. Signalons aussi les publications ou les livres écrits par des hommes homosexuels (7), dans lesquels apparaissent quelques témoignages sur les hommes violés. C'est donc principalement à partir des publications consultées pendant cette préenquête que j'ai reformulé l'essentiel de mon hypothèse, et construit cette notion de « représentations masculines du viol» . Elle relativisait la prénotion de viol, ouvrait le champ des interrogations sur les élément de ces représentations et permettait d'entreprendre une enquête pour découvrir le sens de ce langage qu'est le mythe sur le viol. Dans ce travail sur l'écrit, la prénotion de viol non seulement s'est déconstruite, mais elle a éclaté.
LES OBSERVATIONS DE TERRAIN

C'est la période la plus longue et la plus dure à transcrire: je peux dire lorsqu'elle a débuté, lorsqu'elle a subi des modifications, des transformations, mais elle continuera tout au long de cette recherche, et, je pense, après. Interroger, questionner, écouter, regarder les discours hétérogènes sur le viol m'ont amené à comprendre que « le viol est le paradigme de la violence faite aux femmes» (8). Dans les conversations collectives (groupes d'hommes), informelles, mixtes pour certaines (hommes et femmes), ou le plus souvent individuelles, avec des hommes ou des femmes, un constat s'imposait au fur et à mesure de cette préenquête. Beaucoup de femmes expliquaient, témoignaient de phénomènes proches du viol qu'elles avaient eu personnellement à vivre. Elles parlaient d'elles, des relations sexuelles avec les hommes. Certaines avaient réalisé, plusieurs années après, que les relations imposées par certains hommes étaient des viols. Viols sans violence, par un thérapeute, par un parent, par un père, par un gynécologue, par l'ami militant, par le mari ou le compagnon... Etant socialement insérées dans la petite bourgeoisie, mes amies décrivaient - parfois de manière dramatique - ces scènes parlant de personnes, hommes et femmes de leur classe sociale, de ma
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classe sociale. Viols sans violence, mais sans consentement, elles parlaient d'hommes normaux, respectables. De rapports de force permanents, de multiples actes de négation de leurs corps, de mépris. Ce qui était surprenant, c'était l'apparente continuité des actes d'agressions sexuelles. Plus j'acceptais l'écoute, plus les paroles, les récits, se déversaient. Les éléments différemment décrits par les femmes féministes de cette représentation mythique du viol prenaient forme. L'expérience dont me faisaient part ces femmes enrichissait d'images les séries statistiques découvertes dans la littérature. Je recueillais un corpus de communication dont il me fallait chercher le sens. Pourquoi ces viols? Pourquoi cette méconnaissance organisée?
Du côté des hommes, lorsque je me situais en extériorité, que j'exprimais mon étonnement à mes amis suite aux informations recueillies, le discours était inverse. Dans un premier temps, les hommes décrivaient les monstres violeurs, les hommes obsédés ou frustrés, en prenant soin de dire que le phénomène ne les concernait pas directement. Mes interlocuteurs se situaient en solidarité avec leurs amies femmes. J'essayais alors, avec certains, d'interroger nos pratiques sexuelles, présentes ou passées, pour voir si elles référaient de près ou de loin à des phénomènes de viol. Beaucoup d'hommes pouvaient décrire comment, dans un passé proche ou lointain, un jour, ils n'avaient pas violé,

mais « aidé à obtenir un oui un peu tardif» ; comment l'adolescent mâle entoure de son bras séducteur les épaules d'une femme pour essayer de transformer un non en oui; com-

ment Untel, allongé à côté d'une femme, s'est, une fois, son désir, « avait fait chier une nana jusqu'à ce que... » .

«

arrêté à temps» ; ou comment un autre, n'ayant écouté que A entendre, à cette époque, les communications masculines, j'en arrivais à dire, schématiquement, que toute femme pouvait raconter des scènes de v:ol où elle avait joué le rôle de la victime, et que tout homme pouvait parler de moments où, s'il n'avait pas été violeur, il avait imposé ses désirs à une femme. Cela fut une période difficile pour moi, en tant qu'homme, tant au niveau psychologique, idéologique que politique. Je ne pouvais pas théoriser que tout homme était un violeur, or de mes premières constatations, les violeurs

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apparai;:;saient souvent être des gens ordinaires, comme moi, et le viol était décrit dans des séquences de quotidienneté usuelle des rapports hommes/femmes. De fait, je savais qu'il existait des formes de sexualité entre hommes et femmes différentes de ces rapports d'agression. Je pensais moi-même vivre celles-ci. J'étais véritablement dans une tourmente idéologique. J'avais besoin - non plus seulement pour obtenir un titre universitaire, mais pour moi, individu mâle - de parfaire mon enquête pour essayer, après cette déconstruction opérée, de construire un essai d'explication, de compréhension de cette forme criminelle de violence que je venais de découvrir. Il me fallait extraire du sens de ces énoncés sur le viol, de ces représentations masculines du viol. Donc, dans un premier temps, recueillir les discours sur le viol dans des surfaces d'émergence différentes. Au fur et à mesure que cette enquête préliminaire se déroulait, il apparaissait de plus en plus clairement que je travaillais non pas sur le viol, ou les viols, mais sur les paroles, sur le matériel langagier qu'exprimaient mes interlocuteurs/triees sur ce phénomène social: j'enregistrais les représentations, les figures discursives sur le viol, qui intégraient autant l'expérience personnelle des locuteurs/triees que le mythe du viol. Dans la première formulation d'hypothèse, l'utilisation du

concept de « modèle du viol »connotait une pratique sexuelle que l'on aurait pu définir comme étant la pratique du viol. Cette pratique aurait due être facilement circonscrite. Or ce qui surgissait de l'ensemble des énonciations sur le sujet, c'est qu'il n'y avait pas un modèle du viol, mais que, suivant les surfaces d'émergence, en fonction de qui pariait, co-existaient des représentations individuelles, des pratiques - discursives ou non - très différentes. Il n'y avait pas de modèle précis prescrit aux hommes dans le cadre de l'érotique au masculin que l'on aurait pu riéfinir comme étant le viol. J'avais connaissance d'un ensemble d'éléments de concepts, de discours plus ou moins contradictoires, décrivant les représentations du viol. Voulant enquêter parmi les hommes - et je m'en expliquerai par la suite l'objet de recherche devenait donc: les représentations masculines du viol.

-

20

LE DISCOURS SUR LE VIOL: UN MYTHE

En sciences sociales, le mythe a surtout été entrevu à par-

tir de l'étude de récits, de légendes:
enroulement de symboles»

«

constitué par un

, le mythe raconte de manière

atemporelle et ahistorique comment « le monde est venu à l'existence, et comment il prendra fin » (9). L'explication psychanalytique a étendu son champ en comparant les mythes aux rêves. Ainsi, Tobie Nathan, étudiant le mythe de l'inceste, écrit-il: « Le mythe est une sorte de « machine« logique, une matrice dont la fonction essentielle est de produire du sens. N'étant ni isolable, ni mesurable, le sensa besoin pour s'exprimer d'un récit. Par conséquent, nous pouvons dire

que le mythe est une machine à fabriquer des récits.

» (10)

de mythe, pour qualifier « les représentations de sens commun qui permettent la communication entre les individus d'une même société» . Ce que Barthes signifiait dans Mythologies: communication, un message. C'est un mode de signification,

C'est dans sa fonction de langage que je reprendrai le terme

« Le mythe est un langage, une parole, un système de

c'est une forme. » (11)
C'est dans ce sens-là que je parlerai du mythe du viol, composé de l'ensemble des énoncés de sens commun ayant trait à cet objet. Ensemble d'images, de représentations et d'énoncés non vérifiés, et admis à titre de vérité. Pour cela nous étudierons plus particulièrement dans quelles conditions sont produits les discours sur le viol: qui parle de quoi? A qui? Et comment? Ce que Michel Foucault partir de cela que nous essaierons de comprendre la fonction et le sens du mythe sur le viol. Parce que le mythe moderne est vivant, il produit des variantes, des énoncés contradictoires. Nous étudierons donc les différentes formes que prennent les énoncés du mythe, y compris lorsqu'ils apparaissent contradictoires. Sur la prégnance du mythe, Barthes écrit : «Je ne peux prêter à la croyance traditionnelle qui postule un divorce de nature entre l'objectivité du savant 21

« Le mythe n'est pas défini par l'objet du message, mais par la façon dont il le profère. » (12)

(13)définissait comme les « modalités énonciatives. » C'est à

et la subjectivité de l'écrivain... Je réclame de vivre plei-

nement la contradiction de mon temps. » (14)
Je dois ici reconnaître que, tout au long de l'enquête, j'ai souvent été « piégé» par le mythe sur le viol, qui, a priori, me donnait des images préconstruites des personnes que j'allais rencontrer, ou des situations que j'allais vivre.
HYPOTHÈSE DE CETIE RECHERCHE

Le discours sur le viol apparaît, dans la société française contemporaine, fonctionnant comme un mythe composé d'éléments différents, qui prennent sens et fonction dans les représentations et les pratiques sociales et sexuelles des hommes. L'ensemble du discours masculin sur le viol définit les rapports de domination exercés par les hommes sur les femmes ainsi que l'érotique au masculin. Les différents énoncés de sens commun qui constituent le mythe du viol sont:
1 I le viol est une pulsion sexuelle irrépressible;

domination d'un sexe sur l'autre, incluant l'utilisation des valeurs masculines de force et de virilité, et des rôles liés à ces valeurs; imaginaire: comme alimentant les fantasmes, l'imaginai-

- symbolique:comme représentation-type -

21 les violeurs sont des monstres, des fous, des hommes en misère sexuelle; soit des immigrés, des Arabes; soit des héros; 31 ce n'est pas n'importe quelle femme qui est violée: c'est une femme belle, provocante, qui désire consciemment ou inconsciemment le viol, qui y consent; 4/1e viol est un acte violent, commis la nuit par un inconnu armé. Le viol c'est la mort de la femme. 5/1e viol est un problème de genre, c'est une agression sexuelle des hommes contre les femmes; Le mythe du viol est donc à considérer à différents niveaux:

des rapports de

re sexuel des hommes dans leurs rapports de séduction et dans leurs pratiques sexuelles (réduction des sujets sexuels en objets utilisables et corvéables à merci, illusion masculine que les femmes sont demandeuses de ce type de rapports de 22

domination, légitimant les rapports sexuels inégalitaires). Cette illusion étant alimentée par les images sexistes médiatiques - düfusées très largement par les revues spécialisées ou par la publicité, et certains ccdires» de femmes Ge mythe de viol étant aussi structurateur pour certaines femmes); réel: l'étude objective du style des pratiques sexuelles

qu'ont les hommes: pratiques conjugales qui parfois peuvent être qualifiées de viol conjugal, pratiques d'utilisation d'objets prostitutionnels - prostitué-e-s , pratiques sexuelles dites « normales» basées sur l'inégalité, relations
sujet-objet où l'autre n'existe, ne prend valeur que pour l'image et l'utilisation de son corps que l'homme s'approprie. Autrement dit, l'hypothèse centrale de ce travail est que le viol est d'abord une situation de domination entre deux personnes quel que soit leur sexe social (leur genre). Les vio~ leurs, loin d'être des monstres ou des fous mus par une pulsion sexuelle irrépressible, sont des hommes normaux ayant parfaitement intégré les modèles érotiques.

-

NOTES
(1) Revue. ARDECOM n° 1. (2) Brownmiller. le Viol Stock. (3) MacKellar.le Viol. Payot 1978. d'Hommes, Horn-Info (Québec), (4) M.a. Fargier.le Vwl. Grasset 1976. (5) Revues Types-Paroles « La Sainte Virilité .» Emmanuel Reynaud. Syros. (6) D. Dallayrac. Pulsion de viol. Laffont 1983. (7) Jean Genet. revues: Homophonies, Gai Pied... (8) Brownmiller le Viol op. cit. Les 50m0ts-clés de l'anthropologie. Privat 1974
«

(9) François Laplantine.

(10)Tobie Nathan.

Le conquérant, le prophète et le fanatique»

-

Nouvelle Revue d' ethno-psychiatrie, n° 3. (11) Roland Barthes. Mythologies .Point Seui11970 (lere édition 1957) (12) Roland Barthes. op. cit. (13)L'archéologie du savoir. Gallimard. (14) Barthes. op. cit. - p. 107 - Avant-propos de l'édition de 1970.

23

Chapitre II

L'ENQUÊTE

Le choix de terrains d'enquête a été dicté par la problématique choisie et l'objet de recherche défini: recueillir les représentations masculines des phénomènes de viol supposait de s'adresser à des terrains différents.
TERRAINS D'ENQUÊTE ET DISCOURS MASCULIN

D'abord pourquoi limiter le champ de recueil de données aux représentations masculines? Existe-t-il des discours « masculins» opposés à des discours « féminins»? Composés d'objets de discours différents? C'est une double nécessité qui m'a fait délimiter aussi mon champ de recherche: je ne voulais pas a priori opposer le discours des hommes à celui des femmes (ou inversement). Toutefois, à travers la préenquête, il semblait que le discours sur le viol était largement imprégné d'un discours de genre. J'avais, à travers maintes communications personnelles, recueilli des discours féminins sur le viol, et ce qui m'a semblé intéressant était de centrer l'enquête sur les discours masculins en utilisant le discours des femmes comme élément de comparaison. Parler du viol, en essayant de se dégager des représentations que nous donne quotidiennement la presse à scandale,