Ma pratique médicale au Tchad 1926-1928

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Publié le : vendredi 1 janvier 1993
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EAN13 : 9782296278295
Nombre de pages : 160
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MA PRATIQUE MEDICALE AU TCHAD 1926-1928

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POUR

MIEUX

CONNAITRE

LE TCHAD»

Le but de cette nouvelle collection est de contribuer à l'édification du Tchad moderne en permettant aux Tchadiens de mieux connaître leur pays dans toute sa diversité et sa richesse. Nous comptons publier des travaux inédits, des documents d'archives, des traductions françaises d'ouvrages étrangers et réimprimer des textes devenus introuvables. Nous resterons ouverts à toute suggestion émanant de nos lecteurs.

Déjà parus:

Paul Créac'h. Se nourrir au Sahel. L'alimentation au Tchad (1937-1939).
Sadinaly Kraton. La chefferie chez les Ngama.

En préparation: Daoud Gaddoum. Le culte des mm-gay chez les Dangaléat du Guéra. Claude Durand. Les redevances coutumières et les ressources des cheft traditionnels dans la Colonie française du Tchad (1904-1907). Peter Fuchs. La religion des Hadjeray (traduit de l'allemand par Hille Fuchs). Colonel Victor Largeau. Rapports sur la situation au Tchad (1903, 1912, 1913). « L'identité tchadienne. L'héritage des peuples et les apports extérieurs» (Colloque INSH novembre 1991).

POUR

MIEUX

CONNAITRE

LE TCHAD

JEAN MALVAL

MA PRATIQUE MEDICALE AU TCHAD
1926-1928

Publié avec le concours de l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales et de la Mission Française de Coopération au Tchad

Editions L'Harmattan 5 -7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Le présent ouvrage a été soumis à l'association
POUR MIEUX CONNAITRE LE TCHAD

qui en a confié la révision à Louis Malval et Marie-José Tubiana

Nos remerciements vont au Concours Médical qui nous a autorisés à reproduire le texte: « Les premiers médecins du Tchad»

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L'Harmattan, 1993 ISBN: 2-7384-1946-1

Préface

Le Docteur Jean Malval né en 1901 à Dijon est entré à l'Ecole de Santé Navale en 1919. Dès sa soutenance de thèse, il est affecté durant l'automne 1925 au Tchad, marche septentrionale de l'Afrique équatoriale française, en tant que Médecin des troupes coloniales. Non seulement, il y fait un travail remarquable mais ce pays lui inspira deux textes: "Les premiers médecins du Tchad" qui constitue une excellente introduction au second texte: "Ma pratique Médicale au Tchad". En effet, le Docteur Jean Malval réussit grâce à de longues investigations, à reconstituer non seulement la liste des confrères militaires et civils qui l'ont précédé au Tchad mais encore pour chacun d'entre eux, il rappelle en quelques lignes leurs activités médicales, leurs découvertes, leurs contributions aux progrès de la Médecine dans ce pays, sans oublier parfois leurs sacrifices (assassinats, décès de maladies contagieuses). Cette magnifique série de portraits de "soldats de la médecine" se termine en décembre 1925, période à laquelle Jean Malval arrive à Fort-Lamy, après un voyage de deux mois. vii

La durée de ce voyage initiatique a peu varié entre la conquête et l'indépendance.! La séquence était toujours la même: paquebot sur l'Océan Atlantique, chemin de fer belge (jusqu'à la construction du Congo-Océan), bateau à vapeur sur les fleuves Congo et Oubangui, puis les moyens les plus divers pour rejoindre le lieu d'affectation (pirogues, chevaux...). Le jeune médecin, à peine sorti de la faculté, peut commencer son séjour plus averti, plus instruit grâce aux conversations avec les anciens, aux renseignements recueillis dans les popotes et surtout aux premières sensations, qui le marqueront plus qu'un voyage, par avion, de quelques heures entre Paris et N'Djaména. Pendant près de trois années, Jean Malval sera tout à la fois le Soldat le Broussard l'Homme de science. Cette triple vocation2 inspire les multiples activités qu'il rapporte dans le second texte présenté dans ce recueil. Si tout au long de ces pages, on est passionné . par les descriptions précises: des paysages traversés, des populations rencontrées des moyens mis à disposition en personnel et en matériel
1. Capitaine Cornet, Au Tchad. Librairie Plon, Paris, 1910 ; LouisFerdinand Céline, Voyage au bout de la nuit. Gallimard, Paris; Guy Georgy, Lepetit soldat de l'Empire. Flammarion, Paris. 2. C. Chippaux, Le Médecin Colonial de la Conquête à nos jours. Médecine Tropicale, 1980,40,6: 603-630. viii

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des conditions de travail des bénéficiaires: soldats, tirailleurs, prisonniers de droit commun, assistance médicale indigène, contrôle des prostituées par les récits d'anecdotes parfois savoureuses agrémentées de dessins saississants de vérité par l'évaluation des tâches exécutées comme clinicien, biologiste, thérapeute, hygiéniste, vaccinateur, gestionnaire par l'élaboration de projets se fondant sur l'expérience du terrain et des constatations épidémiologiques par l'ingéniosité du médecin de brousse bien pourvu d'esprit d'initiative et d'organisation (emploi des goumiers lors des séances de vaccinations),

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on est surtout étonné par la modernité de cette leçon de pratique médicale. En cette fin de XXème siècle, ce texte devrait être lu et commenté non seulement par tout médecin candidat à un séjour outre-mer mais aussi et surtout par nos jeunes confrères africains, étudiants en médecine s'apprêtant à rejoindre leur poste, à distance des grandes cités universitaires. Jean Malval raconte les journées d'un jeune soldat de la médecine dans deux grandes régions du Tchad: . Au Kanem, pays sévère et sablonneux; il exerce dans la formation sanitaire dont il a la charge, à Mao, chef lieu du Kanem et dans les villages, les ix

hameaux les plus reculés, qu'il visite à l'occasion de huit tournées sanitaires (plus de deux mille kilomètres parcourus). Ce qui lui permet d'approfondir ses connaissances en géographie, en botanique, en topographie, en sciences humaines, mais surtout d'accomplir les "besognes médicales", qui restent l'objet essentiel de ses préoccupations: Consultations Vaccinations. . Au Ouaddaï, pays plus peuplé, plus montagneux. Durant deux années ses activités alternent entre l'hôpital du chef-lieu Abéché et quatorze tournées sanitaires (plus de huit mille kilomètres sur les chemins, les pistes, à dos de chameau, à cheval). Il a passé près de la moitié de son séjour au Ouaddaï, hors d'Abéché. La tournée la plus longue, qui le conduit au Borkou (1250 km) dure quarante jours. Un troisième chapitre va clore ce deuxième texte: ce sont les Notes médicales qui permettent d'avoir une vue très complète de la pathologie et partant, de prévoir des stratégies de soins pour ses successeurs. Pour être capable, en moins de trois années de pratique médicale, d'avoir cette connaissance, cette maîtrise de l'ensemble des problèmes de santé dans ces deux régions, il faut qu'il y ait eu une adéquation parfaite entre des connaissances approfondies acquises, durant sept années d'études médicales dans une des meilleures universités d'Europe (Bordeaux) et des facultés exceptionnelles d'adaptation au terrain et d'observation des hommes. x . Soms me' d lcaux '

Grâce à cette intelligence médicale il a pu trouver rapidement des solutions aux problèmes les plus inattendus, les plus déroutants pour le jeune carabin: manque d'eau, manque d'électricité, manque de moyens. Ce qui est admirable, c'est le caractère actuel des réponses proposées. Sur le terrain actuellement les choses en effet n'ont guère changé: moyens réduits en personnel et en locaux. En dehors des grands centres hospitaliers qui doivent être à la pointe du progrès, l'amélioration de la santé passe non par des solutions lourdes et onéreuses mais par l'aménagement de ce qui existe. A Mao et à Abéché, en 1925, soit vingt-cinq ans après la bataille de Kousseri, vingt-cinq ans après la création de la "première nef médicale du Chari" par le Docteur Alain, il existait déjà des structures sanitaires comprenant: - Logement pour le personnel médical, paramédical - Dispensaire - Salles de consultation et d'hospitalisation - Laboratoire de biologie - Centre de vaccination. Cinquante ans plus tard, leur réhabilitation demande: La rénovation des locaux (peintures, eau, électricité) - L'approvisionnement en médicaments - La fourniture d'un échographe - La mise en place de moyens de transmission
(téléphone

-

- télécopie).

Les équipes de Médecins sans Frontières (projet FED) n'ont fait au Tchad durant la dernière décennie que poursuivre l'oeuvre de Jean Malva!. xi

Quant au jeune médecin nouvellement diplômé chargé de science et de savoir, il prendra les consignes auprès de son prédecesseur ainsi qu'auprès de l'Infirmier major, à la fois pilier local du système de santé et mémoire vivante. Seule condition du développement de la Médecine, il faut qu'elle soit exercée par le personnel soignant et lui seul. Plus la situation est précaire, plus la formation doit être rigoureuse, solide et complète, afin que les grandes régIes ne soient pas transgressées au détriment des malades, des blessés et de leurs familles. La lecture de "Ma Pratique Médicale au Tchad" non seulement fait découvrir un document magnifique sur ce qu'était la médecine coloniale au Tchad en 1926-1928 mais c'est aussi une source de réflexion pour donner des réponses appropriées, intelligentes, au développement rationnel de la santé au sein des Jeunes Nations par la double action simultanée de médecine préventive et curative.3 Docteur Claude Dumurgier
promotion "Médecin-Général Inspecteur J. Maisonnet" (1965)

Paris, octobre

1992

P.S. - QU'i! me soit permis de remercier Marie-josé Tubiana d'avoir fait appel à un ancien praticien hospitalier du Tchad (1979-1986), pour préfacer ces deux textes du Docteur Jean Malval.

3. Allocution de P. Marion, Président de l'Académie de Chirurgie, Chirurgie, 1982, 108 (1) : 6-13. xii

Avant-propos

Plutôt que de récrire une présomptueuse "Pathologie du Ouadai" je préfère dire, d'après mes souvenirs et notes, ma pratique médicale au Tchad il y a cinquante ans. En ce centre africain de climat soudanien, les espaces sont démesurés, les ethnies diverses, les mentalités rétives. Notre conquête est récente, la paix instaurée fragile encore; comparée à notre administration bien organisée et en essor, la Santé, en retard, marque le pas. Mon propos sera donc de relater simplement ce que je peux savoir de l'état sanitaire des populations visitées, en me gardant de l'enflure déplacée chez un novice, parlant d'observations sommaires et d'activités modestes. Du moins la chronologie des déplacements, le lacis des trajets me seront-ils un canevas logique et un gage de véracité. Et c'est volontiers que je reviens à ce premier et mémorable "voyage", inséparable du "séjour", pour son rôle initiatique au grand métier du médecin colonial. Le 15 octobre 1925, embarquent à Bordeaux, à bord de l'Europe, avec moi, huit camarades de promotion. Trois d'entre eux débarqueront à Souellaba (Cameroun), deux autres, destinés au Gabon, nous quitteront à Libreville. A cette même
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escale, les quatre restants s'entendent répartir entre Moyen-Congo, Oubangui et Tchad (moi-même, à Mao). Après 23 jours de mer on touche Matadi, d'où deux jours de "chemin de fer belge" nous posent à Kinshasa. Mon séjour en A.E.F. (Afrique Equatoriale Française), court, me dit-on, du 10 novembre, date d'arrivée à Brazzaville. Là, comme il est traditionnel, réception par le Médecin Général Inspecteur Boyer, chef du Service de Santé de la Colonie; présentations au Général Bordeaux, Commandant Supérieur, et à Mf. l'Administrateur Alfassa, tenant lieu du Gouverneur Antonetti "en tournée". Pris par des soucis d'équipement, je ne puis voir, ainsi qu'il conviendrait, l'Hôpital et l'Institut Pasteur. Laissant mes derniers camarades suivre un stage dans ce dernier établissement, lesté de 15 caisses de médicaments pour le R.26, je gagne Bangui en 13 jours, à bord du Dolisie. Ensuite 2 jours de camionnette Ford (depuis peu on a renoncé au parcours Sibut-Crampel) me permettent de sauter à Batangafo dans le dernier vapeur de la saison Léon-Biot qui me dépose à FortLamy le 10 décembre. Depuis Bordeaux, 56 jours sont alors une performance. Sur cette lancée, je puis être à Mao pour Noël, ce qui ~rait un record. Présentation à mes chefs du Régiment du Tchad; en l'absence du Lieutenant-Gouverneur de Coppet qui s'est porté à Fort-Archambault au-devant de l'écrivain Gide, je vois surtout le Vétérinaire Pecaud, savant et broussard réputé. Mais je ne serai pas pour Noël à Mao: tout à trac, je suis dérouté sur Bongor (Logone) aux fins de recrutement (le fameux R.26), le Médecin Major Muraz étant retenu à Lai. 2

Ceci me procure une pittoresque excursion en baleinière au pays Mousgou et ma première visite à un grabataire dans une "case-obus". Je contemple des paysages, des scènes d'une étrange beauté; tandis que je m'accoutume aux promenades en solitaire, à la quinine, à la mouche tsé-tsé et à la puce chique. Les candidats tirailleurs (Sara Kaba de Lai, ou Kabalai) sont d'impressionnants gaillards vêtus d'une peau de cabri; une fraction en sera pourtant écartée au prochain contrôle. Cette région excentrique est communément ignorée au Tchad quî Sera le mien: c'est une aubaine pour moi d'y avoir jeté un regard. Sans grande peine, je me suis instruit et adapté. Partout, d'obligeants coloniaux s'ingénient par leurs propos à compléter ma formation; leur accueil cordial, souvent touchant, est apprécié à proportion. Il est du meilleur présage et devait être évoqué ici. Après diverses péripéties et chevauchées subséquentes, j'atteins Mao le 26 janvier 1926, à l'heure où m'appelle le clairon de la soupe. Stimulé par ce sympathique début, l'Aide-Major de 2ème Classe n'aspire qu'à suivre la fière devise de son Corps. Dijon, janvier 1973.

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