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MADAGASCAR

De
467 pages
Comment la plus grande île de l’Océan Indien, jugée si riche de potentialités, peut-elle demeurer parmi les nations les plus pauvres du globe ? La misère des pays sous-développés n’est pas une fatalité comme le démontre l’auteur. Cette introspection historique nous révèle la véritable richesse de l’île Rouge, sur laquelle l’Union Européenne paraît aujourd’hui s’appuyer pour refonder l’aide au développement.
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MADAGASCAR,
l'Île de Nulle-Part ailleurs...

@ L'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8075-6

Hughes ,Le Louvier Aumont de Bazouges

MADAGASCAR,

l'ile de Nulle-Part

ailleurs...

Préface de Raymond William Rabemananjara

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Préface
A llorigine, cet ouvrage constituait l'ossature dlun mémoire de Maitrise soutenu devant le Département des Sciences Politiques de l'Université de Marne-la-Vallée, sous le titre: "L'intérêt porté par l'Union européenne et les Européens à l'île de Madagascar". Quand il me fut présenté, je n'ai pas manqué de relever le caractère original de cette heureuse contribution à la connaissance de lille-Continent, objet depuis plus d'un siècle de travaux remarquables fournis par des savants et des chercheurs malgaches et étrangers de diverses disciplines. C'est que l'auteur nous invite à ouvrir un regard neuf sur des sujets de fond. Ainsi sommes-nous portés à réviser nos points de vue sur des questions comme - par exemple - le fait merina longtemps dénaturé, sinon incompris. Ou bien encore les œuvres maîtresses de la Monarchie hydraulique des Hautes Terres madécasses, sans oublier la notion de développement des pays hier décolonisés. Les problèmes soulevés sont abordés de face, dans un débat dialectique étranger au dogmatisme et où le souci majeur niest point de chercher à soutenir un. postulat à tout prix, mais d'exposer avec droiture d'esprit, pour essayer de faire mieux comprendre ou d'ouvrir des horizons nouveaux à la réflexion. Un autre point mérite d'être souligné: l'exceptionnelle richesse de la documentation. Celle-ci ne se réfère pas seulement aux classiques de la Bibliographie madagascarienne. Elle fournit des informations d'actualité qui permettent de concevoir les perspectives d'une situation singulière: celle même de la Grande lIe de l'Océan Indien. Cette capacité d'intégration du passé au présent nourrit un développement d'une rare densité. Le lecteur s'en trouve enrichi et éclairé. Dans les travaux de cette nature, le risque est, en effet, d'être entraîné dans des démonstrations hasardeuses et mirobolantes absolument étrangères à l'analyse objective et scientifique. 7

Le thème de l'ouvrage est clair et sans équivoqtle: restituer les données fondamentales de MADAGASCAR à la lwnière de ses facteurs intrinsèques et géopolitiques dans la perspective d'une action multilatérale de coopération inédite pour W1 vrai développement. Cette idée centrale est neuve. Si l'on a bien CQl11pris,l i s'agirait de faire en sorte qu'à l'aube de ce Troisiènle millénaire, MADAGASCAR fût revivifié dans sa nlissiol1 authentique de relais majeur de l'espace océano-indiel1. Une telle proposition serait-elle une utopie, alors qu'elle s'inscrit dans la nouvelle stratégie économique 1110ndiale? Jadis boulevard des civilisations, l'Océan Il1dien sera le carrefour et la plate-forme de la richesse partagée et de la prospérité au service de l'Homme. N'est-ce pas, en vérité, la seule politique admissible et valable de tout Etat et de tout Gouvernement? Or, pour permettre à MADAGASCAR de jouer son rôle, il est évident qu'il ne saurait se réfugier dans on ne sait quel misérable isolement. S'il veut être digne de son Histoire, une seule voie lui est offerte: celle de la coopération internationale en faveur du plus grand nombre et non plus au bénéfice d'une minorité privilégiée, au pouvoir oppresseur. Il faut admettre et reconnaître que les prétendues politiques de Développement jusqu'ici pratiquées ont finalement aggravé le sous-développement en faisant prendre aux populations des vessies pour des lanternes. On se gargarise de formules savantes sur le taux de croissance, mais, derrière cette façade de mascarade, le paupérisme s'accentue, les zones de non-droit s'étendent, la criminalité internationale devient une réalité quotidienne et l'endettement à outrance est désormais. insupportable. Ille sera plus encore pour les générations futures si la mauvaise gouvemance n'est pas radicalement réformée sans aucune complaisance. Alors que faire? Il s'agit de mobiliser l'Union européelme pour dynamiser le renouveau malgache, dans un esprit innovant et avec des moyens concertés. Lorsqu'une action n'est pas dispersée et saupoudrée, lorsqu'elle est orchestrée avec harmonie et détermination, avec des buts précis affichés, le résultat est concret et décisif. Depuis que le monde est 8

monde, les œuvres grandioses et durables ont été celles poursuivant de tels objectifs et l'édification de l'Europe en est le meilleur exemple. Le temps du néocolonialisme camouflé en aide au développement, qui est souvent une aide liée ou de l'assistanat aux effets contraires, doit être révolu. Le chemin nouveau doit passer par l'effort commun et conjugué, dans le cadre d'U11large partenariat qui exclut, par définition, le nationalisme étroit comme les chasses gardées.

* ***
Cet ouvrage nous émeut et nous touche. Oserais-je l'avouer, sa lecture apaisante ne manquera pas, je le souhaite, de susciter un soubresaut d'Humanisme ou un élan de spiritualité sans que l'on ait à nier pour autant la valeur de l'humanitaire. Plus que "nulle part ailleurs", le souffle de l'Esprit donnera un argument salutaire et salvateur à l'action de développement. Car il est hors de doute que le seul économisme ne peut que conduire aux mirages de l'enrichissement et aux désillusions corrélatives, sources de violences assassines et dévastatrices. Pour autant le réel n'est pas négligé. C'est ainsi que l'auteur avance des propositions concrètes qui aideront à la mise en œuvre de la stratégie européano-malgache, à savoir: Une Agence internationale du riz, produit de base de la nourriture malgache, océano-indienne et indonésienne . Un Institut international du Développement, dont la mission sera d'harmoniser les actions bilatërales ou multilatérales jusqu'ici dispersées ou isolées Un Observatoire de l'Océan Indien, dont le rôle sera de suivre l'ensemble des problèmes tous azimuts selon le principe: prévoir pour gouverner.

. .

Ainsi, l'Union européenne vient pour sa part de franchir un nouveau pas inédit avec l'admission d'une monnaie commune. C'est un gage de paix et de progrès. Il lui reste à 9

accomplir d'autres étapes, car la vie est n10uven1ent. Souhaitons que, dans sa progression, elle accepte de prendre en considération l'idée aujourd'hui offerte à sa lucidité et à sa capacité d'agir. "Nous sommes tous d'une même famille: fouillez la terre, c'est la même souche; ramassez le tout, c'est la même corbeille"
Proverbe l11algacl1e.

Raymond WilliaI11 Rabel11al1anjara

10

Ho any Marjorie, ny vady malalako

INTRODUCTION
L'Océan Indien, aux antipodes de l'Union Européenne
Alors que l'Europe apparaît comme un monde fini, continental, assez aisément identifiable dans ses lilnites géographiques, et l'Union EuropéelU1e une sorte de «nouveau monde »en construction sur la base d'un rêve ancien, l'Océan Indien semble recouvrir un espace essentiellement insulaire, côtier, voire périphérique, aux contours difficiles à délimiter, une zone géopolitiquement virtuelle dans laquelle les facteurs de différenciation et d'instabilité sont sans doute plus prégnants que ceux d'union. D'un côté, l'Europe s'édifie sur les fondements d'une civilisation commune, brassant depuis des siècles les idées et les hommes, et permettant aujourd'hui la libre circulation des capitaux comme des marchandises et des hommes au sein d'un espace économique, mais aussi culturel, commun, même s'il est pluriel; mais de l'autre, cet espace maritime constitue un enjeu et même un obstacle à la fusion des différents peuples qui le bordent. Aucun ne possédant les capacités navales de le dominer, l'Océan Indien se voit livré aux convoitises des puissances extérieures qui, après y avoir cherché un champ d'expansion à leur influence géostratégique, désirent s'en assurer la libre circulation ou encore la libre exploitation de ses ressources. Aux antipodes d'une Europe somme toute prospère, l'Océan Indien constitue donc essentiellement une aire de sous-développement, présentant même un échantillon des nations les plus déshéritées, voire des économies les plus sinistrées; s'il est riche, c'est surtout des potentialités, des enjeux ou des menaces qu'on lui prête. "Poumon économique" de l'Europe, du fait de l'importance du trafic vital qui s'y déroule avec les pays exportateurs d'hydrocarbures mais aussi avec l'Asie, principal marché économique émergent, cet océan demeure pour les 13

Quil1Zeune zone de transit ou de destinatioll touristique 111ais rarement d'intérêt culturel ou de préoccupatioll stratégiqlle. Le danger pour l'Europe, c'est bien celui de voir cette tendance s'accentuer, du fait du déplacement de SOIlattelltioll (renforcelnellt de l'Union, de 15 à 18 puis à 20, 25... affaiblissemellt des écllanges avec l'Asie, prolifératioll de crises ou de zones belligènes dont elle voudra se tellir écartée) comme des gisements d'exploitatioll desdits 1Iydrocarbures (pétrole de gisements récenmlellt décollvelis sur la côte occidentale de l'Afrique -Angola, COllgO,Gaboll ou en Asie Centrale, gaz de Sibérie...). Pourtant, les puissances régionales riverailles 011 limitroplles se disputent encore les dépouilles d'UlllTIOllde qlli fut 1Iier lIon seulelnent un carrefour brillant, lllais aussi fabuleusement riche et particulièrement actif, du fait des échanges qui voyaient de nombreux navires, arabes, illdiells ou asiatiques, sillonner ces mers australes. Cette lutte sourde pour la conquête des derniers trophées de l'Age moderne pierres et minéraux rares, bois précieux, espèces animales ell voie d'extinction, plantes médicinales ou apl1fodisiaqlles, matières premières à coût toujours moindre et main d'oellvre prolétarisée, etc. - s'accompagne parfois d'autres prételltiollS qui nous paraissent aujourd'hui, à nous Européells, aussi contraires au développement de l'économie libérale qu'à celui de la démocratie (lutte d'influence de diasporas, expansion de conflits ethniques ou religieux, exploitation abusive de l'Homme, sans aucun respect des différentes chartes et conventions garantissant ses droits inaliénables et imprescriptibles...). Ce sont là des considérations d'lUI autre temps, d'autres cultures, auxquelles l'Union européenne ne souhaite pas être confrontée et encore moins se heurter, au moment même où elle se prépare à rentrer de plain-pied dans le troisième millénaire. Les relations que l'Union européenne entretient avec Madagascar, la plus grande des îles de l'Océan Indien et la plus peuplée, illustrent tout à fait cet intérêt marginal qui semble avoir été pérennisé au fil des siècles; tour à tour énigme pour les navigateurs et les cartographes européens, l'lIe Rouge demeura une île mystérieuse jusqu'au début du 14

XVlème siècle avant de devenir un Edel1 pour les naturalistes, botanistes et autres aI1tl1fopologues. L'importance qU'Olllui accorda ensuite fut toujours exogèlle: tour à tOllf escale de la Route des Epices, tête de pOl1tpour la conquête de 110uveauxempires chimériques ou pour l'attaque de llouvelles proies, elle servit même de monnaie d'écllanges el1tre les deux plus grands empires coloniaux du XIXèIl1e siècle. Plus récemment, l'Union européenne "llérita" de ce passé tumultueux aux termes du Traité de ROIlle (1957). Alors nlenlbre de l'UIlion française, Madagascar se trouva naturellement "associée" aux premiers pas de l'Europe pllis à ce qui allait devenir en 1963, au sens institutioIulel dll terIl1e, la "coopération". C'est comme Etat de droit, souverain" qu'elle signa depuis, en 1975, la Convention de LOI11équi définit le cadre de l'aide accordée par l'UnioIl européenne à ceux que l'on cOllsidère toujours comme les victinles" l11ais janlais comll1e les vecteurs, du sous-développement. Ainsi, 11011 seulement le lien ténu qui unissait Madagascar à l'Europe, se distendit peu à peu mais la nature mênle de ces relations traduit la dérive de cette île-continent; à l'image de son lointain passé, lorsque ce morceau de terre se détacha du Gondwana, il y a près de 100 millions d'années, Madagascar se détacha ainsi de l'Europe pour se tourner vers d'autres 110rizons lointains et n'est plus aujourd'hui que l'un des 71 pays signataires de ladite Convention, aussi distants et différents les uns des autres que peuvent l'être l'Australie ou l'IIlsulinde qui appartinrent au même ensemble continental. Chez les Européens comme chez les Malgaches s'estompe peu à peu le souvenir même des relations anciennes qui les unirent pendant cinq siècles dans le cadre partagé de l'Histoire, celui d'une découverte puis d'un cllenlinement mutuels, mais aussi d'un intérêt commun pour une culture si originale par son attachement à ses traditions et par sa perméabilité à la civilisation occidentale. Aujourd'hui, le délitement de cette culture, de ces connaissances, trouve peu d'échos face à l'urgence d'une situation de crise. Oubliant jusqu'aux derniers traits de son identité exceptionnelle à plus d'un titre, la société malgache s'abandonne mollenlent à l'acharnement de soins palliatifs dont on ne sait s'ils doivent assurer sa survie ou prolonger son agonie. Faute de pouvoir 15

déterminer les causes profondes d'une telle crise, 011 se contente d'incriminer celles qui sont COnllTIUneS Pays les aux Moins Avancés (PMA) et d'en limiter les effets. POlIr l'Europe et les donateurs internationaux de l'aide au développement, l'essentiel est de tenter de préserver lIn écosystème fragile dont la disparition affecterait l'llulllallité entière; non seulement la surexploitatioll des reSSOlIrces forestières risque de transformer de gigatltesques ZOlles ell nouveau Sallel, nlais le spectre de la faJlline se profile déjà pour les aImées à venir. Comment y écl1apper si la poussée délTIograpllique se poursuit à un tel rythme et si l'agriclIlture ne parvient pas à dépasser le seuil actuel de la seule subsistance alimentaire de case? Outre la disparition d'un patrimoine nl0ndial essentiel (espèces animales et végétales endémiques et donc uniques, réserve inégalée de plantes pharmaceutiques - 85% des plantes malgaches sont ell effet utilisées dans la pharmacopée), une telle dégradatiol1 de l'environnement entraînerait une catastrophe hUlllanitaire. La situation n'étant encore jugée que critique et 110n catastrophique, il importe de s'attaquer à ce que 1'011 COllsidère con1ffiela racine du mal, le sous-développemellt lui-111ême,et donc d'y appliquer une thérapie de choc visant à soutenir l'écononlie nationale. Le sous-développement étant synonyme de paupérisation, voire de misère, et étant tel1U responsable des autres maux corrélatifs, il va de soi que rien ne saurait mieux l'éradiquer que l'enrichissement de la nation, principalement grâce au développement des échanges libéralisés. La globalisation de ceux-ci étant jugée beaucoup plus profitable que préjudiciable aux écononlies en développement, tout effort visera donc à les intensifier selon une stratégie participative impliq~t la synergie des forces vives susceptibles d'assurer le démarrage ou le décollage économique d'un Etat (privatisation, incitation des investissements étrangers, désengagement de l'Etat, f011dsde l'aide et de prêts internationaux...). Une telle approche contribue nécessairement à occulter les réalités politiques, culturelles, religieuses ou ethniques d'un pays tel que Madagascar comme le cadre régional auquel il appartient. La revendication déclamatoire d'une Politique 16

la faiblesse des résultats obtenus et l'il11portaI1ce dll détournen1ent de cette aide - et souligné la l1écessité de réviser les relations avec les 71 Etats signataires de la C011vention LOl11éIV. Les négociations concernal1t le futur traité 011t débuté en septembre 1998 et doivent s'acl1ever .

de cette seule politique d'aide au développement- C011sidéra11t

Extérieure et de Sécurité Commune (PESC), inscrite daI1s le Traité de l'Union européenne, n'y aura rien chaI1gé car l'Europe demeure une grande puissaI1ce éC0110111ique incapable de défi11irla nature et les ambitions de ses relatio11s extérieures, se cantonnant au rôle de parte11aireéC0110111ique ou d'agent 11umanitaire et se défendaI1t de toute forn1e d'i11gérence dal1s les affaires intérieures d'un Etat d011t la souverail1eté s'affim1e beaucoup plus en-del10rs qu'au-dedaI1s de ses frontières. Or, le "Livre vert" de la Commission eurOpéel1l1e,publié en 1996 et débattu fin 1997, a très nettement critiqué l'écl1ec

avant le 28 février 2000.

Cette procl1aine redéfinitionjies relations et de la naturemême de l'aide pourrait être '~ç ~Iopportunitépour les deux partenaires que sont Madag~cltr et l'Union européenne. A l'heure où l'économie de l'lIe Rouge apparaît comme naufragée, et alors que les instances internationales tentent désespérément d'attirer l'attention des autorités Inalgaches comme des pourvoyeurs de l'aide sur les dangers qui menacent l'avenir immédiat de la population de ce pays l, seule l'Union européenne, premier donateur à Madagascar, pourrait entreprendre une action susceptible de sauver ce pays et d'assurer son démarrage macroéconomique, tant en raison des intérêts qu'elle y. a investis que de la cOlmaissance profonde qu'elle en possède. Pour lors, la seule action envisagée s'inscrit dans le cadre de ladite Convention, c'est-à dire en fonction des quatre domaines essentiels que les Européens ont déjà fait connaître: le renforcement du dialogue politique (autrement dit le respect de la démocratie et des droits de l'Homme), une approche différenciée en fonction du niveau de développement des pays, une plus
Voir notamment le rapport de la Banque Mondiale Madagascar: Poverty Assessment (Washington, 1996). 17
I

grande efficacité de l'aide au développemellt et la 111iseell place d'Ull processus de lnodification radicale des écllanges COll1ffierciauxentre les Quinze et les Etats-ACP, ayallt pOlIr objectif leur intégration dans l'économie nlondiale (lllais ell favorisaIlt le cadre régional de zones d'union douallière 011de libre-échange ). 011 le voit, les Européens, qui jaugent l'ilnpol1allce de leurs relatiolls à l'aulle des échanges qu'ils elltretiel1l1ellt"11e sont pas prêts de redonner quelque consistallce all COllcept d"'Eurafrique", lnêlne si la vision sécurisante d'lule éCO.ll0lllie globale s'efface peu à peu devant celle d'lU1 111011de lnultipolaire qui 110USdemeure souvellt étrallger, voire hostile. Alors que l'Afrique ne parvient à attirer qll' 1% des illvestisselllellts lnondiaux en raisoll de SOIl illstabilité endénlique, l'Union européelll1e, et les prillcipaux bailleurs de fonds que sont l'OCDE et la Banque lnolldiale, veulellt se cOllvaillcre de la justesse de leur persévérance pour elldiguer, par Ulle 111ême action, pauvreté, destructioll de l'ellviromlemellt, illtégrisme religieux ou crises interetluliques.. . Essentiellement économiste et développelnentaliste, l'intérêt porté par l'Europe à l'île de Madagascar inllibe celui qu'elle pourrait accorder à l'Océan Indien dalls SOIlellsell1ble, comme dans sa spécificité. Si l'on est incapable de seulelnellt réfléchir aux mécanismes ayant conduit à Ull tel Sillistre, à la possibilité d'en inverser ou d'en contraindre le processus alors que Madagascar était la plus riche et la plus développée des colonies françaises, il y a quarante ans -, comment imaginer qu'une économie ruinée puisse être à l'origine d'enjeux insoupçonnés? L'intérêt que les Asiatiques, mais aussi la communauté musulmane, accordent depuis quelques années à cette île, mais aussi à l'aire occidentale de l'Océan Indien correspond t-il à une tradition dont l'essence nous aurait échappé et dont nous n'aurions pas saisi l'importance (résurgence d'écllallges anciens, millénaires, avec le monde arabe, indien, voire asiatique), ou bien à la mise en place de diverses stratégies, d'expansion religieuse ou de prospection, en vue de futurs marchés mais aussi de l'approvisionnement ell produits naturels de plus en plus rares? Les événelnents récents d'août 1998 (attelltats COlltreles 18

aIllbassades aInéricailles de Nairobi et de Dar eS-SalaIll et frappes exercées ell représailles par les Etats-Ul1is" COlltre deux Etats nlusulmans intégristes et terroristes) aurollt rappelé que 110tre position y est d'autaIlt plus fragile que l'OCéaIl Illdiell est - à l'exception de rares pOilltS d'appui que

SOllt La Réunion, Mayotte ou Maurice

- Ull

11londe dOllt

l'lloI1111le blaIlc, et a fortiori occidental, est absent lllais dOllt il 11esaurait être exclu; en effet, c'est à partir de cet océal1 que les flottes aIl1éricaines ont pu pénétrer ell Mer ROtlge et ell Mer d'OIllan pour être à portée de tir de leurs cibles.

USaIlt de sa positioll dominante dans la gtIerre du développelnellt qu'elle livre tant à Madagascar que StIrla côte orientale de l'Afrique et dans les îles avoisillantes, l'Ullioll européelme ne saurait-elle aujourd'hui s'afficher conlllle acteur régiollal de premier ordre, consciente à la fois de sa propre ptlissance comme des tensions qui pourraient sourdre dans cette ZOlle, tnais aussi de ses responsabilités internationales qu'elle ne manque pas de revendiquer sans janlais les assurer? Les Etats-Unis demeureront-ils les seuls à s'honorer du ''privilège de dépenser leur sang et leur puissance pour les principes qui ont présidé à leur naissance", selon la formule de Woodrow Wilson, ell 1917, ou bien les Européens se souviendront-ils que l'Unioll qu'ils ont édifiée est née de leur rêve de devenir un jour les "EtatsUnis d'Europe" ? C'est par la démonstration de sa capacité et de sa détermination à remporter une victoire sur le sou~développement que l'Aide permettra à l'Europe-puissance de s'affirmer et de se faire respecter dans cet espace à reconstruire, peut-être même à redécouvrir. Si l'action diplomatique de l'UniOl1doit toujours prévaloir sur celle de sa puissance militaire, sans jamais y renoncer, elle doit tout autant s'appuyer sur le principe de solidarité lnais aussi de responsabilité commune sur lequel elle fut fondée, dès 1951 (avec la prelnière Communauté européenne du Charbon et de l'Acier), et qui pourrait être résumé par cette citation de Thomas More, l'auteur de l'Utopie: "La prospérité à ses yetL~ ne se mesure pas d'après le bonheur de chacun, mais d'après le malheur des autres If.
Ull tel défi, est, certes à la mesure 19 des aInbitions

européennes mais il ne saurait être relevé sans une l1011velle approche plus humaniste qu'humanitaire de cet espace fragilisé par les désordres et les crises qui s'y 111ultipliellt. L'Ull des enseignenlents des Grandes Découvertes fut SaIlS doute que l'Europe s'enrichit tout autant de la revivificatioll intellectuelle et de l'audace qui présidèrent à Ull tel élall, qlle des trésors qu'elle draina des Mers du Sud. Ce SOllt les écllanges culturels autant que commerciaux qlli suscitèrellt la découverte d'U11 autre nlonde, mais aussi d'une "Rellaissa1lce" intellectuelle. Sans les contacts avec l'Inde et la Cllille'l avec l'Empire ottoman et le monde arabe, les Européells auraielltils connu le zéro et la boussole, ainsi que les développe1llellts de l'astronomie, de la navigation, ou de la cartographie? Seuls capables de faire la synthèse des connaisswlces scientifiques de leur temps, un petit nombre d'avelltllriers acceptère1lt de re11lettreen question la lecture traditio11llelle d'une pensée universalisante, celle des dogmes aristotélicie1ls ou celle des canons de l'Eglise. Par déductio11, ils envisagèrent la forme sphérique de leur plw1ète, la représentation des terres connues comme des terra incognita, le nombre des océans... Toute expédition se voulait initialement expérimentale, afin de démontrer la justesse d'U1l calcul - la route la plus courte entre deux points, par exenlple - ou la véracité d'une tradition rapportant l'existence d'un royaume fabuleux. Marco Polo crut peut-être avoir atteint le Japon quand il aborda les Caraïbes et les c011quérants espagnols et portugais ne découvrirent ni l'Eldorado 11i le royaume du prêtre Jean. Mais le fruit et la portée de leurs découvertes furent incommensurables... Une nouvelle réflexion introspective pourrait alors pousser les Européens à découvrir que, hormis la seule analyse économique, "il en existe une autre, instruite de la vie, qui connaît son théâtre, qui s'adapte à lui et qui, dans la pièce qui se joue, sait exactement son rôle et sy tient décemment". La clef de l'avenir de Madagascar n'est peut-être pas cachée- dans les arcanes des innombrables dOllllées statistiques et études sectorielles dont s'abreuvent les spécialistes internationaux des Pays les Moins Avancés, nlais 20

bien dans l'identité d'une île si originale et si mystérieuse qu'on ne saurait la découvrir nulle part ailleurs que dans les tréfonds d'une Histoire orpheline...

21

Je veux brandir aux yeux des peuples l'idole aux yeux de bérils qui veille aux bords de la mer des Indes, pour qu'ils sachent, ô Madagascar, ta puissance et ta diversité. Je veux que, rompant tes amarres, tu t'avances, pirogue au carrefour du monde, confiante en ta destinée, et prennes conscience de toi-même. Robert Boudry.

I Un intérêt marginal pérennisé
L 'héritage en partage
En l'an 2000, c'est-à-dire demain, Madagascar célébrera le cinq centième anniversaire de ses relations avec l'Europe. C'est en effet le 10 août 1500 que le navigateur portugais Diego Diaz fut jeté par une violente tempête sur la côte Nord de cette île qu'il baptisa Saint-Laurent, en l'honneur du saint du jour. Quelle que soit la nature de ces relations qui furent aussi diverses qu'ambiguës, la société malgache est aujourd'hui dépositaire de ce legs et le bilan que l'on peut en dresser dépasse le seuil anecdotique pour constituer le socle de l'héritage "colonial" que la Communauté européenne a accepté en partage en 1957, car, à cette date, Madagascar était encore une colonie française (Etat indépendant en 1960), et donc, à ce titre, l'un des premiers Pays et Tenitoires d'Outremer (PTOM), associés dès lors à l'aventure de la construction européenne. Du fait de sa- configuration insulaire, de l'originalité de son peuplement, les Européens appréhendèrent toujours Madagascar comme "une" et dès qu'ils décidèrent de l'inclure dans le jeu des relations internationales, ils lui reconnurent de facto et de jure le statut d'un Etat souverain avec lequel ils échangèrent traités et représentations diplomatiques. Si l'intérêt que les Européens portèrent à cette île des mers du Sud est ancien et s'inscrit dans le cadre plus large de la formidable aventure que furent les Grandes Découvertes du début du XYlème siècle, des premières formes d'échanges mondiaux, puis de la conquête coloniale, celui de l'Union est aussi récent que limité à l'héritage d'un modeste traité européen établissant une communauté aussi mercantile qu'économique, diluant quelques années plus tard cette identité originale au sein de l'ensemble des pays ACP. Considérant donc, d'une part, l'évolution soutenue de la construction européenne (renforcement des institutions, 25

accroissen1ent du nombre des partenaires, enricl1isse111e11t et affirmation de la nouvelle identité) et, d'autre part, le démembren1ent de cet ensemble colonial se pOtlrsuival1t parallèle111enten sens opposé, mais sur une période ide11tiqlle, il110us sel11bleOPPOrtU11 d'étudier quelle est la l1ature de cette rupture et quels en sont les fondements. Si la décolol1isatiol1 et l'établissen1e11tde llouvelles relations différenciées ell S011t les marques les plus tangibles, elles ne sauraient COl1stituer les seules raisons "lisibles" du l10n-développemel1t de Madagascar. L'histoire, tout autant que la l1ature de ces relations, ell offrent à l'évidence des indices plus explicites quoique plus difficiles à déchiffrer... La découverte de Madagascar se situe à l'aube du XVIè111e siècle dans le cadre des grands espoirs que soulevait la nouvelle route du Cap2 pour le commerce des épices, si prisées en Europe. En effet, de par sa situation, Madagascar marquait au seuil de l'Océan Indien la dernière étape aVaI1t l'Inde et les Isles aux épices qu'étaient l'Indonésie ou les Moluques, archipel malais. De ce fait, plusieurs puissances européennes se demandèrent si cette terra incognita ne pourrait se substituer à l'Inde elle-même, terre de richesses fabuleuses où le Portugal s'emparait du monopole des épices et d'où il prolongeait sa pénétration orientale, vers les Philippines, la Chine et le Japon. A défaut, Madagascar jouerait un rôle stratégique, commercial ou autre, terre de peuplement, par exemple, ou d'évangélisation, voire d'alimentation en "bois d'ébène" dont le commerce allait se développer au XVllème siècle et atteindre son Age d'or au siècle suivant. Or, pour les Européens, cette île ne devait représenter aucun intérêt majeur jusqu'à la fin du XVlIlème siècle. Toute tentative d'implantation durable se solda par un échec: en 1506 et 1528, les deux missions d'exploration portugaises envoyées par le roi Emmanuel n'aboutirent jamais; l'expérience hollandaise de 1595 fut un désastre comme le
2

La première circumnavigation de J'Afrique par un Européen (Magellan) n'eut lieu qu'en 1498. Le célèbre navigateur emprunta bbetl le canal du Mozambique pour remonter au nord, mais cingla au large de Madagascar dont il ne soupçonnait pas l'existence à cette latitude. 26

retour des Portugais (de 1613 à 1619) qui, après avoir SOUll1is la côte orientale de l'Afrique (Mozambique)" tentèrent de développer le commerce avec Madagascar en se superpoSaIlt aux Maures (les écllelles arabes puis swahilies auraient existé dès le Vlllènle siècle). Le père Luis Mariano, aun1ônier à bord de l'Ull des navires portugais écrivit alors: " Nous ne les
convertirons J"an1ais".

Dès le règne de François 1er, les Français songèrellt à établir des postes de traite, puis, à partir du XVllèll1e siècle, à coloniser le pays. Les Anglais s'y essayèrent aussi, à partir de 1643, décrivaIlt cette île comme "the richest and the n'lost ,fruitful island in the l1Jorld"...La soeur du roi Cllarles 1er se nl0ntra l1éanmoins très circonspecte: " En ce qui concerne Rupert [lleveu du roi] et sa romance de Madagascar, cela ressemble à ces conquêtes de Don Quichotte qui promet à son fidèle écuyer de devenir le roi d'une île..." - Les deux expéditions de 1644 et 1649 furent autant d'échecs. Force est de reconnaître que les Français furent les plus opiniâtres, même si leur tentative de colonisation se révéla aussi désastreuse. Ils espéraient trouver en ces terres australes une escale naturelle sur la route des Indes, la côte sudafricaine étant trop dangereuse du fait des tempêtes et les Mascareignes (Maurice, alors l'île de France, La Réunion appelée en ces temps l'île Bourbon, et Rodrigue) alors désertes. L'implantation d'un poste sur la côte Ouest, à SaillteLuce (de 1642 à 1651), pour l'approvisionnement en eau douce, en produits frais et en bois, échoua mais, fut relayée, dès 1642, par l'action commerciale de la "Compagnie des Indes et des établissements de Madagascar", elle-même soutenue par l'action religieuse des Lazaristes (1642-1664). Rappelons à toutes fins utiles que cette compagnie, dénommée « Société de l'Orient », n'était rien d'autre qu'une joint-venture, impliquant en l'occurence le gouvernement français ainsi que des armateurs et négociants privés. Néanmoins, c'est par lettres patentes' que le premier accordait aux seconds le monopole de la traite et du négoce dont il devait tirer indirectement quelques bénéfices. Ce principe n'était pas nouveau puisqu'en 1600 déjà, les Français avaient fondé une telle compagnie à Sumatra, mais avaient été chassés des îles de la Sonde par les Hollandais. Si cette date de 1642 est importante, c'est parce que la 27

prétention des droits historiques de la France se trouvait inscrite dans ces lettres qui concédaient fIleprivilège exclus!!' de trafiquer en l'île de Madagascar et autres îles ad.jacentes, d'y ériger des colonies et d'en prendre possession au nom (,ie Sa Majesté Très Chrétienne". Suite à la faillite de cette première c0111pag11ie,ce privilège échut en 1664 à la récente Con1pagnie des I11des Orie11tales, f011dée par Colbert, ''pour jouir par ladite Compagnie de l'île de Madagascar et des îles circonvoisines à perpétuité en toute propriété, seigneurie et ,justice". Cette mesure était confim1ée l'année suivante par un 110uvel édit royal par lequel Madagascar recevait le nom d'lIe Dauphine. Louis XIV ayw1t des vues sur les fabuleux royall111es
indiens

-

et sur le lTIoyen d'affaiblir

la puissance

n1aritime

batave en lui coupant la Route des Indes qui n1enait aux îles de l'Or, Java et Sumatra - on songea à nouveau à se servir de Madagascar comme tremplin pour de futures expéditio11s, et comme base logistique chargée de soutenir les alltres possessions coloniales qu'étaient l'île Bourbon et l'île de France, mais aussi nos expéditions vers l'Insulinde, la Cl1ine et bientôt l'Océanie. Un établissement fut donc établi dès 1664 dans le sud-est du pays, à Fort-Dauphin3, e11 pays Tanosy, et ce poste fut pompeusement désigné con1me siège du "Conseil suprême de la France Orientale"... Nouvelle tentative, nouvel échec; en août 1674; on décréta l'abandon de Fort-Dauphin et le transfert de la Colo11ie à l'île Bourbon. Dans un ouvrage qu'il écrivit en 1813 (Mémoires du
3Le Professeur Claude Allibert, archéologue, spécialiste des Comores et de Madagascar, actuel directeur du Centre d'Etudes et de Recherches de l'Océan Indien à l'INALCO et, depuis peu, du Département Afrique, préside l'action franco-malgache qui vise à faire revivre cette épopée. Il est l'auteur d'une réédition de l'Histoire de la Grande Isle Madagascar, de Flacourt, annotée par ses soins et présentant ses propres découvertes sur les origines austronésiennes de l'lie Rouge. On lui doit aussi un ouvrage sur Mayotte, plaque tournante et microcosme de l'Océan Indien occidental, L'auteur le remercie pour son aide précieuse comme pour ses consei Is avisés. 28

Révérend Milne), le Révérend Milne, missiolll1aire protestaIlt, rapporte ainsi l'analyse d'un observateur britannique" datée de 1801: "This circunstance was occasionned rather by the bad conduct of those v,Jhom the French company /1ad entrusted the qffairs and to the indiscret manners in )11Jhic/1 treated t/1ey the inhabitants than to any perfidy or cruelty on the part 0.1' the natives vlJho are in general fond to be a civil and hospitable people; but they will not be treated and insulted as slaves in their ovvn country". [Ces événen1ents relèvent plutôt du cOlnportelne11t inadlnissible de ceux à qui la COlnpag11iefrançaise avait confié la c011duite des affaires et à la mal1ière inénarrable avec laquelle ils traitèrent les habitants que de la perfidie ou de la cruauté des natifs qui ne demandaient qu'à rester Ull peuple civil et hospitalier, mais ne voulure11t, à aucun prix, être traités et i11sultés,comme esclaves dans leur propre pays] L'abando11consécutif des visées françaises sur cette tel,"e s'accompagna d'un nouvel intérêt pour les îles avoisil1antes et contribua au redéploiement des autres puissances (Portugais au Mozambique et en différents comptoirs indiens ou cl1inois, Hollandais au Cap4 et en Indonésie, espagnols aux Philippines, depuis la fin du XVlème). Il e11traînaaussi pour l'île les désordres les plus grands, et il fallut attendre près d'un siècle pour assister à la dernière tentative, ordonnée par le duc de Choiseul et inscrite dans un plan ambitieux. Depuis 1686, un arrêt du Conseil d'Etat avait en effet rattaché définitivement l'île de Madagascar au domaine de la couronne, signifiant que l'initiative de toute action dépendrait désormais des enjeux diplomatiques ou militaires de la France dans l'Océan Indien. Après l'effondrement de notre premier empire colol1ial, démantelé par le traité de Paris, en 1763, Louis XV estima que l'lIe de France et l'lIe Bourbon, pour des raisons militaires, et Madagascar, pour des raisons stratégiques, pourraient servir de base de départ pour la reconquête de l'Inde où nous ne conservions que cinq comptoirs. En
4

Les Hollandais avaient les premiers colonisé l'île Maurice, mais l'abandonnèrent vers 1710-1715. Elle fut alors rebaptisée lie de France... 29

conséquence, le comte Laurent Fedherbe de Modave fut nommé "Comandant de Madagascar au nonl du Roi" et envoyé, en 1768, pour y relever les ruines de notre principal point fortifié, Fort-Dauphin. Sous la pression des Britanniques qui mesurèrent l'enjeu, les Français dure11t se retirer en 1771 sans pour autant renoncer à leurs préte11tio11S. Ces querelles d'influence, et les guerres de marché qu'elles sous-tendaient à travers l'affrontement de conlpagnies coloniales, profitèrent tout au long de cette période à l'actio11 des aventuriers de tout poil, pirates et trafiquants, qui s'établirent à Madagascar pour y trouver un asile, la base de nouveaux négoces plus juteux que le seul comn1erce des épices, ou encore pour y construire d'éphémères royaumes. Les plus célèbres furent les pirates qui, de 1680 à 17305, écumèrent la mer Rouge et la partie occidentale de l'Océan Indien, se livrant à la course contre les navires ressortissal1ts des puissances européennes qui se faisaient alors la guerre. Mais, très vite, il leur apparut qu'il était encore plus fructueux de piller les somptueuses cargaisons indiennes et arabes qui y circulaient depuis des siècles. Les forbans ne se contentère11t bientôt plus des navires abordés en pleine mer et s'attaquèrel1t aux ports arabes de la mer Rouge et au trafic de cabotage qui se faisait entre les cités indiennes des côtes du Malabar, à l'ouest, et celles du Bengale, à l'est. Ces rapines donnèrent alors naissance à un curieux trafic entre ces eaux et les ports de la Nouvelle-Angleterre, aux Amériques. En échange du formidable butin d'or, de soiries et autres "singularités" des mers du Sud, les négociants américains livraient à domicile les pirates en ravitaillant Madagascar de toutes les denrées qu'ils ne pouvaient trouver sur place (poudre, armes, rhum, 'sucre, farine, vêtements,
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L'Age d'or de cette piraterie à Madagascarse situa entre 1680et 1700 et

a fait l'objet d'un remarquable article d'Anne MOLET-SAUV AGET «( Madagascar et les colonies d'Amérique pendant la grande période de la piraterie européenne, 1680-1700 ») in Etudes Océan Indien n013, INALCO, 1991, Paris. Spécialiste de Madagascar dans l'oeuvre de Daniel Defoe, elle est notamment l'auteur de Daniel Defoe / Madagascar ou le Journal de Robert Drury (L'Harmattan, 1992); selon elle, cette oeuvre serait encore un récit fabriqué par le génial romancier... 30

outils, biscuits, etc.). Le témoignage de John Pantree, du 8 jUi111698, résume très bien ces échanges triangulaires: « Je suis parti comme marin pour Madagascar sur le navire Fortune, il y a environ 17 mois. Nous avions déposé une cargaison de sucre, de liqueurs, de chaussures, de chapeau,\, et de bas, des armes et de la poudre à Turtle Bay, et à Madagascar nous avons fait du commerce contre des nègres et aussi avec un certain Horn contre des marchandises des Indes orientales. Nous avons apporté ces marchandises à Long Island Sound, où elles ont été enlevées par deu..x corvettes de Nev.) York ». Ce commerce de contrebande favorisa de rapides fortunes6, notamment grâce à l'établissement de con1ptoirs permanents sur la côte orientale de Madagascar. Non1bre de gentilshommes de fortune s'établirent alors à Sainte-Marie qui offrait le n1eilleur mouillage, à l'entrée de la baie d'Antongil. Cet îlot devait demeurer pendant plus d'un siècle le principal point d'ancrage des Européens qui ne savaient se résoudre à renoncer définitivement à leurs folles chimères. E11 effet, aux nababs de la flibuste succédèrent plusieurs aventuriers qui, voulant profiter de l'affaiblissement de la position française, s'intitulèrent successivement roi (James Plantain, pirate originaire de la Jamaïque, vers 1720), et même empereur de Madagascar (Marie-Auguste Benyowski, gentilhomme hongrois évadé des geôles russes et passé au service de la France, vers 1775; il fut finalement abattu, en 1786, par un détachement venu de l'île de France). Si de telles aventures furent alors possibles, c'est également parce qu'il n'existait pas alors dans l'Est de Madagascar de puissance locale capable de s'opposer aux Européens. Divisées en clans, les populations madécasses ne possédaient ni richesses susceptibles d'exciter la convoitise de ces conquérants, ni armes à feu pour risquer de s'y opposer ouvertement et les rejeter à la mer. Un modus vivendi fut donc établi et la côte pem1it aux pirates comme aux navigateurs de passage de se ravitailler en
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Le gouverneur de New York aux administrateurs du Concil of Trade and Plantations, à Londres: « Il n'y a pas de commerce plus lucratif que celui de Madagascar avec les pirates et je suis sûr qu'on gagne encore plus comme cela qu'en devenant pirate et en volant... », idem. 31

riz, viande ou fruits, voire en esclaves, en échange des articles traditionnels du commerce triangulaire. Ce n'est qu'au début du XIXème siècle que Madagascar apparut con1ffie U11Etat souverain en quête d'allia11ces européennes et devint l'enjeu des rivalités fra11co-britanniqlles dans l'Océan Indien, orchestrées en pren1ier lieu à partir de Maurice (désor111ais britannique depuis 1810) ou de la Réunion. Comme nous l'avons dit plus haut, la Fra11ceétait dans le cas de soutenir ses prétentions Sal1S pouvoir néanmoins les faire valoir. Après l'épisode Be11yowski, elle n'avait en effet n1aintenu qu'un simple commerce d'escale et n'était représentée que par un seul agent, venu de Maurice et assisté de quelques soldats. Or, les Anglais nOllS aYal1t dépossédés de cette dernière pendal1t les gue11.es napoléoniennes, ils ruinèrent par là même l10Sefforts sur l'île Rouge. En dépit de la restitution de nos droits, par le Traité de Paris du 30 mai 1814, le nouveau gouverneur de Maurice, Sir Robert Farquahr, s'y opposa en prétendal1t qlle Madagascar avait échu à la Couronne britannique COlnn1e dépendance de l'île de France! Il fallut une nouvelle dépêche du Foreign Office, en 1816, pour qu'il se résignât, en apparence, à reconnaître les "droits" français. En fait, pour contrer ceux-ci, il encouragea les visées hégémoniques de Radama 1er (1810-1828), auquel il proposa le titre de « roi de Madagascar », et chacun avança vers l'autre masqué des vertus de la civilisation; l'Angleterre, dès le 14 janvier 1817, signa avec le roi merina un traité d'amitié anglo-malgache et entama son oeuvre de "civilisation" grâce à l'action de la London Missionary Society. L'influence de l'Angleterre fut importante jUSqll'e11 1828, date de la mort de Radama,' mais se trouva réduite à rien par l'accession au trône d'un nouveau monarque, la reine Ranavalona 1ère, bientôt surnommée la «Frédégonde malgache» .. . Repoussant les prétentions territoriales françaises réitéréés sous le règne des deux derniers Bourbon puis de la Monarchie de Juillet, les Malgaches députèrent en 1836 et 1837 une ambassade en Europe (à Londres et Paris) afin d'établir des relations amicales avec ces deux puissances mais ne purent y parvenir. Profitant de la multiplication d'incidents et de litiges commerciaux suscités par un courant 32

.

traditionaliste

et xénophobe,

la France et l'Angleterre

réaffirmèrent leur volonté désormais c011jointed'''ouvrir'' le
pays au comn1erce international et au Progrès (traité d'aI11itié et de COmI11erCeu 12 septembre 1862 entre la Fral1ce et d Madagascar, traité d'amitié et de commerce du 27 jllil1 1865 avec l'Angleterre, suivi. en 1868 - 3 août - par un traité analogue avec la France). Sel1tant couler le lacet qui allait l'étrangler, Madagascar tenta in extremis de chercher un appui extérieur en assural1t sa reconnaissance i11temationale par la signature de nouveaux traités avec d'autres puissances (traité d'amitié du 12 l11ars 1883, avec les Etats-Unis7, du 15 mai 1883 avec l'Allen1agne) mais il était trop tard et le processus inexorable conduisant à la colonisation fut réglé par les nations européennes résolues à conquérir l'Afrique et les îles avoisinantes. Profitant de la crise née de la succession du consul Jean Laborde8, la France
7 Les historiens américains font généralement dater des années 1800 affaiblissement maritime de la France et isolement des colonies

-

leur

intérêt commercial pour Madagascar, omettant l'épisode des pirates comme celui de la traite négrière dans l'Océan Indien. Les Etats-Unis avaient signé un premier traité commercial en 1867. Quant à l'Allemagne, on ignore bien souvent les rêves coloniaux de ce pays, tant sur la côte orientale de l'Afrique qu'en Océanie. Le Tanganyka, partie continentale de l'actuel Tanzanie, devint une colonie allemande en 1884, inclus de 1885 à 1919 au sein des territoires de l'Afrique orientale allemande. S Jean Laborde (1805-1878) joua un rôle considérable dans l'histoire du développement de Madagascar. Après avoir servi dans la forge de son père et trois années dans la cavalerie, il part en 1827 pou les Indes. Il y crée son propre comptoir bientôt prospère mais se lance dans une nouvelle aventure qui doit le conduire à Juan de Nova, petite île du canal de Mozambique. Suite à un naufrage, il échoue sur la côte orientale de Madagascar et est alors conduit à Napoléon de Lastelle, un colon français de La Réunion qui a obtenu de la Reine d'exploiter une concession de canne à sucre et d'exporter des zébus, des peaux et du cuir. Nous sommes en 1832 ; il devient dès lors le premier industriel européen à Madagascar (à Mantasoa ; fusils, faience, canons, etc.). Devenu conseiller de la Reine

-

et même plus

-, il est néanmoins expulsé en 1847 ainsi que tous les

Européens présents sur l'île. Il est rappelé en 1859 avec l'avènement de Radama II, prince libéral dont il était très proche. Nommé consul de 33

inlposa son protectorat sur l'île, en 1885, après Ulle éllième intervention militaire. Mais le sort de cet Etat avait en fait été décidé la mêlne année à la Conférence de Berlin, au cours de laquelle l'idée de ce protectorat y fut acceptée parce que 1'011 craignait alors que l'Océan Indien ne devielule lUl "lac britannique" ! Cillq ans plus tard9, le destin de cette île était scellé lors d'un "arrangement" entre la France et la Grande-Bretagl1e: Madagascar serait une colonie française... De 1829 à 1896, la France n'avait donc cessé de s'opposer de plus en plus violemment au nouvel ordre établi, profitant" d'ulle part, des dissensions internes qui avaiellt empêcllé le royaume merina d'achever sa propre conquête de l'île, et, d'autre part, des chausses-trappes des relations internationales que ce dernier avait tant espéré manoeuvrer â SOIlaValltage. Ainsi, la cOllquête inachevée et l'abandon de territoires constituaient-ils un démenti aux propres prételltions de l'Etat merina, incapable d'étayer sa propre légitimité ID. Alors qu'il se prétendait une nation moderne, désireuse de s'ouvrir à la civilisation européenne, au progrès et aux échanges commerciaux, le pays s'était à plusieurs fois illustré par son instabilité, son incapacité à respecter ou faire respecter ses engagements et la persistance de certaines pratiques jugées incompatibles avec celles de la "civilisation". Le règne de Ranavalona (ce sont les Français qui l'appelaient « Ranavalo ») avait marqué un net repli, assignant les Malgaches à une sorte de réclusion culturelle (retour aux
France à Madagascar, en 1862, il Ydemeure après l'assassinat de Radama la même année. Il meurt à Antananarivo le 27 décembre 1878. La Reine Ranavalona II lui accorde des funérailles nationales. 9 Par l'accord de Zanzibar, signé à Londres le 5 août 1890, le Gouvernement français s'engageait à reconnaître le protectorat britannique sur les îles de Zanzibar et de Pemba; en retour, l'Angleterre reconnaissait le protectorat d la France sur Madagascar et cédait à l'Allemagne l' Héligoland, une île de la mer du Nord qu'elle conservait depuis 1807 comme monnaie d'échange... 10 Non seulement l'île Sainte-Marie était demeurée française depuis le règne de Louis XV, mais, en 1840, les Sakalava s'étaient placés sous la protection de la France à laquelle ils avaient offert l'île de Nosy Be; en 1885, la baie de Diego Suarez nous était concédée en toute propriété. 34

cultes aIlciells, persécution des Chrétiens, ellcouragel11elltdes mouvements xénophobes avec, en 1845, la prétentioll de soumettre tous les traitants étrangers à la loi l11algaclle,crestà-dire à la corvée, à l'asservissement pour dette, à l'ordalie par tangena...); les années qui suivirent et le règl1e du Prell1ier Ministre Rail1Ïlaiarivony devaient surtout souligl1er les difficultés de la nl0narchie à faire appliquer ses commandenlents (assassinat de Radama II, dél1011ciatiolldu traité de commerce avec la France, rétablisselllellt des relations, six ans plus tard, refus de reconnaître les droits des 11éritiersdu consul Jean Laborde et interdiction aux étrangers
de posséder des terres ce qui, en soit, était Ulle 110uvelle dénonciation du traité de 1868, poursuite illicite de la traite

-

d'esclaves...).

De son côté, la France s'était avant tout appliqtlée à "maintenir ses droits sur Madagascar", renonçant tacitel11elltà ceux qu'elle avait hérités de la Société d'Orient, filais 110npas à ceux que lui conférait son rôle de puissance civilisatrice soutenant des populations opprimées, défendant le droit international, le droit des gens, et ceux-là mêmes qu'un Etat souverain lui avait concédés... A partir de 1896, la colonisation devait alors permettre de découvrir que les véritables richesses de Madagascar existaient bien et que leur mise en valeur dépendait essentiellement de la capacité de l'Etat à mobiliser les énergies, parfois à contraindre les volontés, certes, mais surtout à édifier une nouvelle société] 1. Quant au rêve d'expansion européenne, mênle si le Général Galliéni déclara en son temps "qui tient Diégo tient Saigon", l'île ne devait jamais constituer un enjeu stratégique. Celui-ci fut toujours beaucoup plus suggéré que réel, même en 1942 lorsque les Britanniques s'en emparèrent pour prévenir une attaque japonaise contre les flux logistiques alliés dans cette zone. L'assertion de Galliéni semblait avoir fait long feu et l'île parut tout autant oubliée dans les conflits

.

Il
I

Entre 1895 et 1906, la valeur des produits exportés à pal1ir de 35

Madagacarest multipliéepar 7.

suivants, ceux de la Guerre froide, "transposés" australe (Angola,Mozambique)'2.

ell Afrique

Ainsi, jusqu'en 1896, trois types d'Européens telltèrellt de prel1dre pied sur cette île: les aventuriers (pirates et trafiquants), les négociants (dont l'actioll fut très limitée.. le pays semblant 11epouvoir exporter que du riz et de la viande de zébu vers l'île de FraI1Ceet l'île Bourbon, et ce à partir dl1 lnoment de leur colonisation intensive, dans la secollde Inoitié du XVIIIème siècle) et les "agents de la civilisatiol1" (lnissiolmaires, iI1génieurs,'artisans, militaires, etc. apparus à partir de 1817). Outre le développement de ces trois classes, la colonisation apporta à Madagascar de nouveaux types d'Européens "résidents" (à la différence des précédents dont l'action était le plus souvent ponctuelle ou limitée dans le temps): des colons, agriculteurs ou commerçants, des administrateurs, des enseignants, des personnels du corps médical, de la recherche scientifique, répartis sur toute la surface du pays et plus particulièrement dans la capitale qui leur était demeurée interdite jusqu'à la tin du XVIIIème siècle'3. Dès lors, l'empreinte "européenne" s'affim1a dans tous les aspects de la vie à Madagascar: le Malgache tit de nombreux emprunts au vocabulaire français et anglais
12

On pourrait même dire que le seul rôle d'escale ou de terre de

ravitaillement ne fut jamais tenu qu'en-dehors de l' Histoire, à moins que ce ne fût dans les cartons d'Hugo Pratt... En 1905, la flotte russe en route vers son tragique destin, y fit escale pour faire les pleins d'eau douce et de charbon. En 1941, pour ravitailler Djibouti et la Côte française des Somalies (CFS) - où un millier de soldats malgaches étaient bloqués quelques jeunes officiers de la Royale prenaient le commandelllent de boutres de contrebande, à partir de Diégo Suarez. Ils furent bientôt suivis par quelques sous-marins « de ravitaillement» mais l'attaque anglaise du 5 mai 1942 sur Diégo mit un terme à ces périples aventureux.
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On note traditionnellement que ce n'est qu'en 1777 que le premier
Nicolas Mayeur,. agissant pour le comte de Benyowski, Antananarivo, mais aussi et surtout une ethn ie tout à fait de celles dé la côte, celle des Merina qui occupaient les Hautsc'est-à-dire le coeur de l'île où aucun Européen n'était jamais 36

Français, découvrit différente Plateaux, parvenu.

(latabatra/la table - lalimoara/l'amloire - ny boky/book/le livre, etc.), le français devint (et est toujollrs) la seCOllde langue officielle du pays, les institutions politiques nlrent inspirées de celles de la France, les officiers furellt désorlnais désignés par des grades (kommanda /colnnlalldal1t, par exenlple) et non plus par le seul nombre d'l1011l1eUrS (voninahitra), les prénoms furent loccidel1talisés", la population de Sainte-Marie devint l'une des plus 11létissées, Ulle nouvelle etlmie apparut même au XIXè11le siècle, celle des Tsimihety (à laquelle appartenait le pre111ierPrésidellt de la République Inalgache, Philibert TsiranaIla), conlposée d'une alliance entre membres des tribus des Hauts-Plateaux (Merina et Sillanaka) mais aussi de nlétis deSCelldaIlts des pirates et trafiquants de la côte est... La religioll cllfétienne prit officiellement le pas sur les rites anciens, à partir de 1869, les principes égalitaires et libertaires modifièrent profondément la société malgaclle elle-même, sans compter les apports scientifiques, teclmologiques, industriels... Dès son arrivée à Madagascar, le général Galliéni décida non pas d'édifier a nihilo celle-ci, mais de parachever l'oeuvre engagée, en se basant sur les enseignements tirés du passé de la Grande lIe. Sa politique coloniale, poursuivie par ses successeurs jusqu'en 1960, s'appuya donc sur les deux points suivants dont nous tenons à rappeler l'intelligence: - une connaissance du pays aussi approfondie que possiblel4 une action de développement économique

-

Lorsque la France se sépara de sa colonie (1958-1960), non seulement elle tint à accompagner les prelniers pas du nouveau régime, mais elle s'attacha 'à promouvoir auprès de la jeune communauté européenne l'idée d'un partellariat
L'essentiel des connaissances historiques, ethnograph iques ou scientifiques date de l'ère coloniale. En 1865, l'explorateur Alfred Grandidier entreprit une oeuvre colossale poursuivie, jusqu'en 1957, par son fils Guillaume. A sa mort, celui-ci légua sa fortune et le fruit de cette oeuvre à l'Etat malgache. Malgré la malgachsation entreprise en 1975, le nom de la rue Grandidier, à Antananarivo, ne fut jamais modifié. On doit au général Galliéni la fondation de J'Académie Malgache, en 1902. 37
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privilégié avec les anciennes colonies des Etats nlenlbres (FraJ.lce, Belgique, Pays-Bas). Ainsi, dès 1958, Madagascar profita du premier FED (Fonds européen de Développenlent) et des cOl1ditions d'échanges avantageuses, puis fut associée au fondelllent de la politique de coopération, établie ell 1963 (accords de Yaoulldé). Si l'illdépendance acquise en 1960 ouvrit l'ère de 110uvelles relatiolls avec l'Europe'5, elle fut allssi à l'origille d'ulle période de "nationalisation" de tous les aspects de la société 11lalgac11eOlltles Européens et les métis se virel1tpeu d à peu écartés. Cette politique conduisit d'ailleurs au départ nlassif des dernières troupes françaises préselltes à Madagascar dans le cadre d'accords de coopération - elles quittèrellt Diégo Suarez en 1972 - mais aussi de la plupart des Européens inquiets de l'instabilité croissante et surtout de l'hostilité latente qui fut alors favorisée par le discours lllarxiste et tiers-mondiste du nouveau réginle (1975). Cette politique conduisit à l'isolement diplomatique de Madagascar qui se tourna vers de nouvelles alliances, politiquement très marquées (URSS, Corée du Nord, Cuba, Cllille...) et à la réduction drastique de la présence européenne. Cette dernière date est précisément celle de l'établissement de relations formelles entre l'Union européelme et les Etats africains et malgache, désormais associés dans le cadre de la convention de Lomé I. Lors de sa visite ell France, le 25 septembre 1978, le nouveau Président malgache Didier Ratsiraka devait rappeler les conditions aux termes desquelles Madagascar entendait néanmoins assumer son destin: "11reste que nous demeurons attachés à préserver notre identité et à suivre notre propre voie de développement dans le cadre de la révolution socialiste, conforme au génie et aux aspirations fondamentales de notre peuple... "
Le Président Philibert Tsiranana ouvrit alors des ambassades dans toutes les capitales des grands pays d'Europe: Paris, Londres, Bonn, Rome, Bruxelles, ainsi qu'à Washington, Tokyo et Taïpeh, marquant ainsi nettement le camp qu'il avait choisi pour Madagascar. Ses relations demeurèrent privilégiées avec la France, avec laquelle il passa des accords de coopération (Madagascar était membre de la zone franc); la France del11euraitaussi son principal partenaire en matière économ ique et commerciale. 38
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C'est donc dans ce cadre exclusif de coopératioll.. d'écllanges comnlerciaux et d'aide au développenlellt (voire d'aide 11umanitaire) que se sont développées deptlis les relations entre l'Ullion européenne et Madagascar.. ell 111arge des llolnbreuses et généreuses aides bilatérales d'Etats européells dOllt a bénéficié ce pays (sans conlpter l'aide illternationale de l'ONU, multinationale de l'OCDE, et bilatérale d'autres dOllateurs que sont le Japoll, les Etats-Ullis.. etc.). On peut 111êlnedire que Madagascar est el1core l'île de l'Océan Indien (ulle des 7 régions ACP identifiées par l'Unioll européemle) qui aura le plus "bénéficié" des largesses de la Communauté européenne. Il reste à s'entendre sur la nature et la portée du bél1éfice de cette aide car si Madagascar appartient à l'Océal1 Il1diel1, on serait tenté de rattacher cette île à la ZOlle sinistrée de l'Afrique orientale avec laquelle elle partage taIlt de pOillts communs, à commencer par les paradigmes des Pays les Moins Avancés. AncielU1e colonie française jusqu'ell 1960, l'île se distil1gue de ses voisines que sont Mayotte et la Réunion, non pas du fait de leur nature (toutes deux sont des îles volcaniques surgies de l'Océan, alors que Madagascar est un fragment de l'ancien continent du GondWaIla) nlais de par le statut qui leur est reconnu (elles sont en effet considérées comme des départements ou collectivités d'outre-mer tant par la France que par l'Union Européenne). L'île Rouge, elle, est un parent pauvre des relations européennes, UIl Etat ACP au même titre, il est vrai, que l'île Maurice, sa voisine. C'est d'ailleurs l'un des rares points que partagent ces deux îles, l'une se distinguant par son insolent succès et l'autre par sa misère endémique. L'Europe aurait-elle tourné le dos à l'lIe Rouge, l'abandonnant à son sort en rompant les liens économiques, culturels, diplomatiques ou fraternels qui l'unissent à cette ancienne colonie qui, par deux fois, a participé aux conflits majeurs de ce siècle? Vraisemblablement, il paraît beaucoup plus facile d'apporter une réponse européenne que malgaclle... Ell 1900, on comptait environ 19.000 Européens à Madagascar (pour une population de 2,2 millions d'habitants) 39

dOllt Il.000 Français. Le nombre de ces derniers ne fit que croître pour atteindre 52.000 en 1951 (population de 4,5 lllilliollS d'llabitants). Après une chute drastique en 1975, le 110111bre résidents français remonta à 16.000 en 1982 et de 18.000 en 1985.( Ce nombre est supérieur à 25.000 aujourd'hui, soit près de 6.000 familles auxquelles il faut ajouter les coopérants et les salariés d'entreprises, et COllstitue dOllC,derrière le Maroc, la deuxiènle conmlullauté frallçaise en Afrique. Qui plus est, la France demeure le prelnier cliellt et fournisseur de Madagascar. Quant aux Européens au sens large, ils SOlltégalelllellt présents COllllne le montre la liste des représelltatioils diplomatiques dans la capitale malgache, donnée ell amlexe. Illltest pas inutile de rappeler que ces liens SOlltInutuels et que si la communauté malgache dans les îles voisilles (La Réunion, Comores, Maurice) ou en Afrique (Durban) est très peu importante, voire symbolique, il n'en est pas de Inênle de la diaspora malgache qui compte près de 70.000 persolmes ell France (quelques milliers en Allemagne, Suisse, Belgique, voire Angleterre) et à laquelle il faut ajouter de nombreux métis. En cinq siècles, les deux communautés, européemle et malgache, Ollt donc établi un réseau de relatiolls aussi personnelles qu'originales, qui ont donné naiSSaIICeà une société pour une part très occidentalisée et largement ouverte sur le monde moderne, alors que l'autre demeure aussi introvertie qu'attachée au modèle d'une société traditiolmelle, dépositaire du culte des Ancêtres dont les Vazaha (étrangers blancs) sont nécessairement exclus, et au souvenir mytllique et idéalisé des temps anciens où Madagascar était "libre", "unie" et "prospère" . Ainsi, quelle que soit l'indépendance politique et l'originalité culturelle qui puissent s'attacher à Madagascar, la Grande lIe a depuis cinq cents ans tissé des liens infrangibles et particuliers avec le continent européen, marquant tout autant la culture que la société malgache. Or il apparaît très clairement aujourd'hui que la nature même de ces liens constitue pour les deux ensembles le principal enjeu, non pas seulement de leurs relations passées mais aussi de l'avenir du développement à Madagascar. Jusqu'à présent, l'Union 40

européenne a privilégié une approche très éCOI10Illiste, reposant sur l'établissement de lois globales expliquant le fonctioImement de notre planète et la résolution scientifique des nlaux qui l'agitent par des formllles aisélllent conlpréllensibles (Inême en anglais, langue de plus en plus utilisée à Bruxelles comme langue de travail) pour le contribllable européen, transformé virtuelleIl1ent en cOInbattaJ.ltde la dernière croisade, celle de l'éradicatiol1 de la

pauvreté mondiale:
Democracy

'

Keep it short and simple I
+ free trade economy = solutions for a sn1all

planet.. . Aux termes d'une nouvelle réflexion pernlettal1t d'adjoindre aux moyens d'investigation nlacro-écononlique et d'évaluation statistique d'autres outils empruntés aux sciellces humaines, peut-être verra-t-on se dessiner UIle identité malgache différente et, à partir de cet exemple, UIle autre classification des Etats dits ACP. L'esprit de l'aide au développement n'est pas né de la seule décolonisation, mais s'est voulu, au contraire, le prolongement, par d'autres moyens, de celui que Lyautey résumait ainsi: "La colonisation, c'est le Progrès en marche l'' Quant au poids supposé de cet héritage, il pèse de moins en moins dans la balance des causes invoquées pour justifier de la crise économique, politique, culturelle ou morale que traversent les Etats africains et malgache aidés par l'Union européenne. Koffi Annan, Secrétaire général de l'ONU, a tenu à le souligner dans un récent rapport dont il a donné lecture au Conseil de Sécurité: " Les Africains eux-mêmes se rendent de plus en plus compte que le continent doit chercher ailleurs que dans son passé colonial les causes des con:flits qui l'accablent... " Celui mené contre le sous-développement ne saurait en effet trouver d'alliés assez solides dans le témoignage des 63 années de "joug colonial" que connut Madagascar. La plus développée, tant au niveau de l'enseignement qu'au regard des infrastructures ou de l'électrification, cette île fut aussi la plus photographiée et la plus filmée des colonies françaises et chacun peut comparer l'image passée - quoique récente - des prouesses économiques atteintes sous l'ère coloniale à celle d'un pays qui compte 41

aujourd'llui parmi les vingt nations les plus pauvres au lTIOllde. La colonisation, en dépit des "tares" qui l'accolllpagllèrent (code de l'indigénat, répressioll des aspirations et des lTIOUVements nationalistes, assujettisselllent politique...), fut la seule forme d'adnlinistratioll et de domination qui permit alors la mise en valeur des reSSOllrces du pays et qui bélléficia d'une prospérité incolltestée toucllallt la populatioll la plus large. Il ne s'agit là que d'lllle constatatioll - et non d'un quelconque jugemellt de valeurs occidelltales - dOllt il inlporte de tirer les enseigllenlellts afill d'aider avec efficience Madagascar à découvrir la voie qui, tout en respectant son identité culturelle propre et sa légitilTIe aspiration à tellir son rang sur la scène internatiollale, lui assurera le développement conforme à sa nature et à ses véritables richesses. Aucun Malgache ne saurait remettre en cause celles du legs qui fut transmis à la veille des options politiques et économiques qui accompagnèrent la "restauration" plénière de la souveraineté de l'île et donc du type de relations qu'elle choisit d'établir avec la Communauté européenne (infrastructures routières, portuaires, ferroviaires, aéroportuaires, structures étatiques et adnlinistratives, hôpitaux, scolarisation de toutes les classes de la société, valorisation des campagnes et désenclavement des régions, sécurité sanitaire et militaire...). Dans les chiffres qui suivent et dans le bilan que l'on peut dresser de l'économie actuelle de Madagascar, on cherchera en vain les fruits de cet héritage...

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Une île en panne sur le rIvage de l'Océan Indien
C'est à Davos, en Suisse, que le premier lllillistre ll1auriciell a présellté, fill janvier 1998, le Rapvort 1991~sur la compétitivité en Afrique, réalisé en associatioll avec le Harvard Illstitute for International Developn1ent. Il s'y est exprimé au 110mde son pays particulièrelllellt fier de figlIrer en tête du classement établi par ledit rapport qui l1e fait lnentioll que des 23 pays les plus conlpétitifs Sllr la cinquantaine de nations qui composent le "contil1ent". Parmi ces 23 pays on chercherait en vain Madagascar qui a le triste record de compter parmi les vingt pays les plus pauvres atl monde et qui, donc, se situe à l'autre extrénlité de ce classement.. . Trente-cinq ans, c'est le temps qu'il a fallu à ce lllicro-Etat du Commonwealth pour se hisser au 30ème rang l1101ldial alors que, dans la même durée, la plus belle, la plus prospère et la plus heureuse des colonies françaises, et l'un des plus anciens partenaires de la Communauté européenne, sombrait dans le cahos. Serge Marti, journaliste du Monde (Le Monde, 10 février 1998) a fait remarquer combien les propos de Navill Ramgoolam, Premier Ministre de l'lIe Maurice, étaient "afrooptimistes", ce qui était d'autant plus compréhensible qu'il s'exprimait au nom de ce "pays particulièrement fier de figurer en tête du classement établi par le ~apport 1998 sur la compétitivité en Afrique, mais aussi de l'ensemble d'un continent africain bien décidé à faire parler de lui autrement qu'en termes de pauvreté chronique, de corruption endémique et de guerres incessantes". Le premier paradoxe que le lecteur aura remarqué réside dans cette représentation d'un continent, c'est-à-dire d'un ensemble de terres assez vastes pour être parcourues sans jamais traverser la mer... par une île qui pourrait être supposée plus océano-indienne (comme le laisse entendre le nom de son Premier Ministre) qu'africaine. Or, c'est aux termes du traité de Pelindaba, signé au Caire en 1996, que les pays africains ont défini l'Afrique COlnme l'ensemble des territoires du continent africain et des Etats 43

insulaires lllembres de l'Organisation de l'Ullioll Africaine (OUA). Si l'île Maurice, la plus éloignée des Mascareignesl6 est "africaine", il va de soi que Madagascar est censée l'être encore plus, du fait de sa proximité avec le contillent COnlllle de ses "liens" anciens et ténus avec les populations de la côte lTIozambicaine (Bantous puis Swahilis) sans que l'on sache exactemellt quelle en fut l'exacte nature. Aussi s'interroge-ton SaIlScesse sur l'identité propre de cette île-contillent dont on lIe sait jamais si elle doit être rattachée à l'Afrique australe ou orientale ou si elle doit être considérée comme nlodèle unique de société afro-asiatique. L'Afrique subsarierme, dans son ensemble, est quasiabsente des 23 pays les plus compétitifs (sur la cinquantaine de nations qui composent le «continent-Afrique»). Mais, si l'on interroge le dernier rapport de la Banque Mondiale (1997), on trouvera bien Madagascar au sein d'un ensemble à peu près cohérent, celui des pays les plus sinistrés - que l'on nomme les PMA (Pays les Moins Avancés) de la côte orientale de l'Afrique et qui regroupe le Mozambique, la Tanzanie, le Malawi, le Kenya, la Somalie et l'Ethiopie. Tous ces pays riverains de l'Océan Indien font partie des pays classés au sein d'une autre aire, celle des PPTE (Pays Pauvres Très Endettés), c'est-à dire, d'une manière générale, les pays en développement qui n'ont pas un revenu suffisant pour assurer les services de prêts de la BIRD (Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement). Créée en 1960, l'IDA (Association Internationale de Développement) a donc pour mission de prêter à ces 70 pays dont le produit national brut par habitant est inférieur à 785 $.
Pays PNB
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Mozambiqu e 90 $

Ethiopie 110 $

Tanzanie 130 $

Malawi Madagascar 180 $ 240 $17

Kenya 330 $

Ensemble de trois îles de l'Océan Indien, regroupant La Réunion,

Rodrigues et Maurice. Elles tirent leur nom du navigateur espagnol Pedro de Mascarenhas qui découvrit La Réunion, en 1505. Rodrigue est aujourd'hui une dépendance de Maurice.
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En 1998, ce PNB sera de 250$ (Rapport de la Banque Mondiale 1999).
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(PNB de la Sonlalie non communiqué) Pour être tout à fait précis, il faudrait ajouter à ceux-ci la République fédérale islamique des Comores (RFIC) qlli affiche alors 460$ (400 en 1998) mais que 110USVOllS a préféré écarter du fait de sa situation actuelle: sur quatre îles illitiales, seules deux demeurent au sein de la RFIC, Mayotte étant Collectivité territoriale d'Outre-mer rattacllée à la FraJ.lce, depuis 1976, et Anjouan ayant fait sécessioll ell 1997 et demandé depuis son rattachement à la France... Pour le lecteur européen non instruit de telles subtilités, il semble dOllCbeaucoup plus facile de situer ce pays StIr tllle planisphère ou Ulle lnappemonde qu'au sein d'Utl ellSetllble cohérent, Madagascar appartenant tout à la fois à l'Organisation de l'Union africaine et à la COlI1l11issioll e d l'Océan Indiell (COI)'8, deux organismes qui lIe sauraiellt être particulièrement représentatifs d'une quelconque identité ou vitalité diplomatique et économique capable de rivaliser avec celle des Etats ACP... De même que la représentation générale de Mercator nous donne une image de cette île plus petite que sa taille réelle (587.000 km2, soit la Frallce + 40.000 km2 environ), son identité ne saurait se réduire à quelques fondamentaux qu'elle partagerait avec d'autres Etats insulaires bénéficiaires de l'aide européenne. Or, pour Bruxelles, l'identité de tout Etat ACP est avant tout ramellée à celle de partenaire économique potentiel relevant de l'une des sept zones identifiées (chaque Etat étant considéré comme « enclavé», « insulaire» ou « continental») et dont le développement chancelant doit être soutenu pour faciliter l'intégration de son économie dans un système mondial, également dit global. Si, dans un temps révolu, les Européens prêtèrent à Madagascar des richesses inexploitées et une importance sans commune mesure avec celle que l'on pouvait attendre de sa position et de sa taille - la quatrième île au monde et la plus grande de la zone qui nous intéresse - l'Union eurOpée11l1e a
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Pour l'Union Européenne, Madagascar, au sein des pays dits ACP
est répertorié comme suit: Afrique/Afrique

(Afrique-Caraïbes-Pacifique) subsaharienne/Océan Indien

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aujourd'hui une lecture beaucoup plus pragmatique des chiffres de cette économie, nonobstant les potentialités réelles identifiées par de non1breux analystes. Toute présentation de l'économie de Madagascar - ou de l'image virtuelle et conventionnelle de celle-ci - relève donc de ce paradoxe: faire coïncider la réalité crisogè11e des lnenaces qui pèsent sur la société malgache (011Y retrouve tous les attributs du sous-développement, plus les problè111es structurels et écologiques dont souffre le pays) et l'exploitatio11 des signes encourageants démontrant que Madagascar est désormais "sur la bonne voie", celle tracée par Washington et Bruxelles. Dans le premier cas, l'enjeu est la survie d'une nation, dans le second, celle de la crédibilité d'Ut1 systèn1e censé garantir le démarrage éconoluique d'Ut1 tel pays, grâce essentiellement à l'obédience des sacro-sai11ts principes du libéralisme économique... Pour lors, ces deux courants s'affrontent et se neutralisent; grâce à l'aide, il n'y a ni vainqueur ni vaincu, juste un équilibre instable permettant au peuple malgache de survivre au jour le jour. On ne saurait en effet taire le sentiment qui prévaut, selon lequel Madagascar apparaît comme un pays particulièrement fragile tant dans ses fondements politiques qu'économiques - à l'image de tous ses voisins de la côte orientale africaine - affaibli par une crise qui perdure depuis près de vingt ans et qui s'est accentuée ces dix dernières années, plongeant la population (plus de 75%) dans une détresse telle que la communauté internationale s'en est émue et que la Banque Mondiale a ordonné, en 1996, une enquête particulièrement incisive dans ses conclusions. L'Union européenne n'a d'ailleurs pas d'autre analyse19, considérant que "le déclin économique de l'île depuis les années 1980, conJ.ugué à une forte croissance démographique, .fait de Madagascar l'un des pays les plus pauvres au monde. Les difficultés dues à cette dégradation affectent tous les domaines de la vie économique et sociale: infrastructures, éducation, santé, finances publiques, efficacité de l'administration "...
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La coopération UE-ACP en 1996, Commission européenne, 1997. 46