Madagascar 1995

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296315716
Nombre de pages : 128
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CAHIER N° 2 MADAGASCAR
LE MARAIS

1995

Madagascar à L'Harmattan (Dernières parutions)
Blanchy Sophie: Karana et Banians - les communautés commerçantes d'origine indienne à Madagascar, 400 p. Rabemananjara Raymond William: Madagascar 1895 Documents politiques et diplomatiques, 160 p. Valensky Chantal: le soldat occulté - les Malgaches de l'Armée française, 448 p.

Textes coordonnés par Ferdinand Déléris

MADAGASCAR Le Marais

1995

Editio..s L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole polytechnique 75005 Paris

Ouvrages de Ferdinand Déléris
Tan Thoï, roman, L'Harmattan, 1985. Socialisme et misère à Madagascar, L'Harmattan, 1986. - Le Tire-lune, roman, Pygmalion 1987.

- Les marais de - Ratsiraka - Chronique

d'une âme errante, Nouvelles

d'ici, d'ailleurs

et d'Au-delà, L'Harmattan 1990. - L' aucon (1'oison), en occitan, Institut d'Études occitanes, Toulouse 1993. - Le vazaha (l'étranger), roman, L'Harmattan, 1995.

- Cahier N° 1: Madagascar 1991-1994 - Dans l'oeil du cyclone, L'Harmattan 1994.

@ L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4054-1

Sommaire
Avant-propos par Ferdinand DÉLÉRIS Le problème de la langue d'enseignement par Dominique DUMONT La terre et les hommes à Madagascar par Henri RAHARIJAONA La santé publique à Madagascar par Sixte BLANCHY Le café par Ferdinand DÉLÉRIS Le Marais par Ferdinand DÉLÉRIS 7 Il 43 67 95 105

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Avant-propos
Ce cahier na 2 se présente sous un jour différent du cahier na 1. Les contributions sont moins nombreuses. Une seule signature est malgache. Au grand regret du coordinateur obligé de s'impliquer bien au-delà de ce qu'il avait envisagé. En revanche, trois contributions respectivement consacrées à la langue d'enseignement, à la propriété foncière et à la santé publique sont d'une importance, et d'une densité exceptionnelles. Elles ne décevront pas le lecteur. Ancien professeur à l'Université d'Antananarivo, Dominique Dumont du département de mathématiques de l'Université de Strasbourg traite de la langue d'enseignement. Avec talent, clarté, rigueur et une grande liberté d'esprit. Pour lui, la langue malgache doit être prioritairement soutenue. En effet, seul l'enseignement en malgache peut asseoir la nation sur des bases culturelles solides et impulser le développement. A défaut, on édifiera une société à deux vitesses et on ira inévitablement au devant de graves désillusions. Chancelier de l'Académie Nationale des Arts, des Lettres et des Sciences, Henri Raharijoana a dirigé, au sein du Centre de Recherches et d'Études pour le Développement du Droit (CREDD), une étude particulièrement fouillée relative à l'accès à la propriété foncière, un sujet d'une brûlante activité dans un pays qui compte de nombreux paysans sans terre. Cette étude rappelle d'abord le caractère sacré de la terre, «première épouse du dieu créateur », protectrice des vivants et des morts. Elle énonce et analyse ensuite les principes fondamentaux qui, depuis l'instauration de la monarchie merina, ont contribué à donner son identité au 7

droit foncier malgache: force de la tradition et survivance de la propriété collective; prééminence de l'État et présomption de domanialité ; obligation de mise en valeur; présomption de propriété en cas de mise en valeur et de possession sans titre; en dehors de la période coloniale, méfiance viscérale des autorités à l'égard des étrangers. Le docteur Sixte Blanchy, médecin inspecteur régional de la Région centre à Orléans a bien voulu accepter d'aborder le vaste sujet de la Santé publique à Madagascar où il a séjourné en qualité de coopérant rattaché au ministère de la Santé, chargé des questions épidémiologiques. Il a examiné les grands problèmes liés à la pauvreté, à la malnutrition, aux principales endémies, à l'environnement. Il a décrit le système en place. A ce propos il a appelé l'attention sur les difficultés d'installation des jeunes médecins, en brousse notamment, évoqué l'expérience originale et intéressante des pharmacies communautaires. Il a dressé un tableau de la coopération internationale sous toutes ses formes: bilatérale, multilatérale, régionale, confessionnelle, associative. Au terme d'un travail, très documenté et exhaustif mais d'une lecture aisée, il a souligné une situation préoccupante et une dépendance de l'aide extérieure appelée à perdurer tant que le redressement économique ne sera pas au rendez-vous. Directeur-fondateur de la Caisse de stabilisation des Prix il Y a de cela trente-cinq ans - le coordinateur Ferdinand Déléris a donc rédigé un article sur le café qui, bon an mal, représente en valeur 30 % exportations de la Grande Ile. Deux graves problèmes: Je mauvais état des plantations dû à l'insuffisance actuelle de l'encadrement des producteurs autrefois financé par la Caisse; la montée en puissance de la production de Robusta asiatique - Inde, Indonésie, Vietnam qui risque de provoquer une dégradation durable des cours. En raison de la défaillance des concours attendus, le coordinateur a également été amené à se pencher sur la situation économique et sur la situation politique. Plutôt que de rédiger des exposés forcément subjectifs et donc suspects, il a préféré rapporter des faits qui parlent d'eux-mêmes. Sont 8

particulièrement à relever: l'aggravation de la fracture sociale dans une àmbiance générale de paupérisation; le gel de la coopération internationale provoqué par les «financements parallèles» ; une révision de la Constitution qui a modifié la nature du régime: de parlementaire, il est devenu présidentiel; l'incendie, le 6 novembre 1995, du palais de la Reine ressenti par les merina comme une offense et une provocation.

Paris, le 14-12-1995.

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Canal de Mozambique

etra

o C £ AN INDIEN

Tropique

du

Capricorne

200 km

Le problème de la langue d'enseignement
par Dominique DUMONT

«

La langue est l'expression fidèle

du génie des peuples, l'expression de leur caractère, la révélation de leur existence intime, leur Verbe, pour ainsi dire... L 'Histoire de France commence avec française. (Jules Michelet, Histoire de France, I et III)

la langue
«

La langue est le signe principal d'une nationalité.

« Ny teny no maha-firenena ny firenena ».

Introduction

A Madagascar, la question du choix de la langue d'enseignement a pris au cours des années les allures d'un véritable dilemme. C'est l'un de ces problèmes de fond qui se posent depuis des décennies et que la société malgache n'est pas parvenue à résoudre de manière satisfaisante jusqu'à présent. Cette question est d'une actualité brûlante, suite aux décisions ministérielles prises en 1990 et 1992 de revenir au français comme langue d'enseignement, après vingt années d'une malgachisation qui a été, globalement, vécue comme un échec. Ce «retour au français» s'opère sur fond de crise. 11

Il faudrait, à vrai dire, étudier dans toutes ses dimensions la crise actuelle du système éducatif à Madagascar, qui n'est que l'un des symptômes de la terrible crise sociale que traverse la Grande lIe. Il faudrait évoquer la grande faiblesse des moyens matériels mis en œuvre, la démotivation des enseignants prolétarisés par la crise économique, celle des parents d'élèves, qui se traduit entre autres par un vaste phénomène de déscolarisation, observable surtout dans les provinces mais également en ville, etc. (Clignet [11]) Pour importants qu'ils soient, le présent article ne traitera pas de ces aspects, faute de place mais surtout parce qu'en règle générale, dans les études sur la crise de l'éducation, ce sont les aspects financiers, matériels, pédagogiques, professionnels, qui sont mis en avant, tandis que le problème linguistique est occulté ou traité en quelques lignes. La question du choix de la langue d'enseignement gêne les responsables, pour des raisons que nous tenterons de mettre en lumière. D'autre part, nous souhaitons aborder le problème éducatif sous l'angle du développement, non pas au sens d'un développement qui se réduirait à la seule croissance économique, fût-elle «durable », mais d'un développement «de tous les hommes et de tout l'homme» de l'homme dans ses dimensions économique, sociale, culturelle. Nous nous efforcerons donc de faire le lien avec la nécessité du développement social, et avec celle d'un projet de société en cohérence avec la culture et l'identité malgache. Il existe un organisme international, l'UNESCO, qui réfléchit depuis près de 50 ans sur ces grands thèmes que sont la culture et l'éducation en liaison avec le développement du Tiers Monde. En 1953, l'UNESCO a recommandé «...que les élèves reçoivent leur première instruction dans leur langue maternelle et que soit prolongé le plus possible l'emploi de la langue maternelle dans l'éducation». [27] Quarante années plus tard, les experts de l'UNESCO n'ont pas changé d'avis [20] [22] [28], bien au contraire : les pays d'Asie qui ont réussi entre temps à se développer, et ceux qui sont en train de prendre la voie du développement, ont tous mis sur pied des systèmes éducatifs en langues nationales, comme l'avaient fait les pays d'Europe dès le
XIxème siècle.

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