Madagascar ou le journal de Robert Drury

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Publié le : mercredi 1 janvier 1992
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EAN13 : 9782296246393
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«

MADAGASCAR
DE ROBERT DRURY»

OU LE JOURNAL

par Daniel DEFOE

Collection

« Repères pour Madagascar et l'océan Indien »

Situées au large du continent africain, les îles de l'océan Indien (Madagascar, la Réunion, les Comores, Maurice, les Seychelles...) ont longtemps vécu isolées les unes des autres. Pourtant, aujourd'hui, de nombreux liens diplomatiques, politiques, économiques, commerciaux et culturels les unissent et font de cette région une zone en pleine expansion, même si des disparités existent entre ces différentes entités. De même, si les origines des peuplements sont variées (africains, indonésiens, indiens, chinois, arabes...) chaque île a su intégrer, au fur et à mesure des migrations, toutes les composantes

ethniques et former ainsi, sans trop de heurts, une

«

mosaïque des

peuples» enviée par bon nombre de pays industrialisés. Cette Collection entend contribuer à l'émergence de ces nations sur la scène internationale et également susciter une réflexion critique sur les mouvements de sociétés qui traversent cette Région en devenir, dotée de potentiels innombrables. Elle réunira, au fil des publications, toutes celles et tous ceux qui partagent cette ambition, loin des a priori et des rigidités idéologiques.
Patrick RA.J()ELINA, Directeur de la Collection

@ L'Harmattan,
ISBN:

1992

2-7.1X4-IOHh-J

DANIEL DEFOE

«

MADAGASCAR OU LE JOURNAL DE ROBERT DRURY»
TR/\DUCTION CRITIQUE
par Anne l\10LET-SAUV AGET

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

Introduction *

Madagascar ou le Journal de Robert Drury est une œuvre très spéciale en ce sens qu'elle est en même temps une œuvre romanesque du grand romancier anglais Daniel Defoe, dans le genre de Robinson Crusoé, et un document sur Madagascar audébut du xVIIIcsiècle aussi souvent cité par les historiensque la grande Histoire de Madagascarde Etienne de Flacourt. C'est l'histoire d'un jeune Anglais, Robert Drury, parti d' Angleterre en février 1701 pourun voyage aux IndesOrientales, à bordd'un navire de la Compagnie des Indes, le Degrave (capitaine Young) qui fit naufrage à l'extrême sud de Madagascar lors du voyage de retour. Tous les survivants furent recueillis par le roi tandroy, puis ensuite massacrés quand ils voulurent gagner Fort-Dauphin. Seules de rares personnes échappèrent, soit qu'elles parvinrent à s'enfuir assez tôt, soit qu'elles furent épargnées, comme Robert Drury, à cause de leur jeune âge, et dispersées dans la région pour servir d'esclaves à quelques princes tandroy. Robert Drury se retrouva ainsi au service d'un chef irascible qui mit souvent sa vie en danger. Aprèsdeux anset demi d'une acclimatation difficile, il eut l'espoir déçu d'être racheté par quelques-uns de ses anciens compagnons parvenus au fort Dauphin et l'ancien pirate Samuel, le roi blanc d'Anosy. Ce n'est qu'au bout de huit ans et demi ou neuf ans d'une vie misérable chez une des populations considérée alors comme la plus arriérée de l'île qu'il parvint à s'enfuir dans le Fiherena, la région de la baie de SaintAugustin. Il y resta un an avant avant d'être fait prisonnier par les Sakalava du Menabe, avant d'être recueilli en 1716 par le commandant du Drake, le capitaine Mackett. Il passa à son bord
* Cette introduction est le résumé de notre autre ouvrage intitulé « Madagascar dans ['(Pll\'re de Daniel Defoe. Etude de la contribution de cet auteur à l'histoire de

['fil'

»,

thèse d'Etat.

7~() p., Dijon,

l()XX.

quelques jours dans la baie de la Betsiboka, le temps de faire le plein d'esclaves. Il quitta Madagascar, le 20 janvier 1717, et arriva en Angleterre le 9 septembre de la même année. A Londres il

s'essaya quelque temps au métier de

«

clerc

»,

puis accepta de

repartir à bord du Mercury (cap. White) pour Madagascar qu'il toucha en juin 1719 et dont il repartit avec le plein d'eslaves, le 7 janvier 1720. Il était définitivement de retour en Angleterre le Il septembre 1720. Neuf ans plus tard paraissait le « Journal» des « quinze ans de Captivité» de Drury à Madagascar, sous le titre de : Madagascar or Robert Drury's Journal during fifteen years captivity on that Island. On apprenait dans la page de titre et la préface que Drury, poussé par ses amis à mettre par écrit ses aventures, l'avait fait sur

huit grands cahiers de 100 pages chacun, mais qu'un
avait dû condenser

«

copiste

le manuscrit et le Hmettre" dans une forme

plus agréable ». Ce dernier aurait scrupuleusement utilisé toutes les informations de Drury" sans rien y ajouter" sauf « quelques petites réflexions» sur la religion des Malgaches. Ce « journal », qui constituait plutôt des « mémoires» d'une aventure relativement ancienne"
« curIeux».

se voulait utile au navigateur

et agréable

au

On trouve dans cette œuvre le récit détaillé des aventures de Drury, ainsi qu'une description de la vie et des coutumes malgaches, quelques détails sur la faune et la flore du pays, une carte de l"île ainsi qu'un copieux vocabulaire anglais-malgache de 672 mots. Le texte n'offre aucun repère chronologique fixe entre le départ du Degrave des Downs en 1701 et l'arrivée à Madagascar du Drake en 1716. Dans l'intervalle, le temps qui s'écoule s'inscrit par des durées relatives, assez précises, il est vrai. Sur cet ouvrage, depuis toujours, l'opinion des spécialistes est partagée: pour certains, l'originalité du Vocabulaire mis en appendice, la confirmation de certains événements par des témoignages extérieurs contemporains et les nombreux détails exacts et encore inédits au début du XVIIIC siècle constituent les preuves d'un récit véridique ~pour les autres, les contradictions" les exagérations, les invraisemblances, les erreurs du point de vue malgache, ainsi que la trop grande ressemblance de certaines descriptions avec les sources classiques sur Madagascar sont les marques d'un récit d'aventures inventé de toutes pièces. Pendant tout le XVIIIC siècle, Le Journal de R. Drury fut généralement considéré comme le meilleur ouvrage anglais sur Madagascar. Ceux qui disaient connaître Drury ne ie croyaient pas capable d"avoir inventé son histoire. D"autre part" son récit des circonstances du naufrage était corroboré par ce qu"en avait raconté dans un autre manuscrit un officier du Degrave" John Benbow, un de ceux qui avaient pu regagner l''Angleterre dès 1707. Bien qu'il fût mort l'année suivante, son manuscrit avait circulé à Londres jusqu'en 1714, avant de disparaître dans un incendie. R

Au XIX~siècle Le Journal de Drury reçut la caution des plus grands spécialistes de Madagascar, dont Alfred et Guillaume Grandidier, les suprêmes autorités. Ceux-ci en firent faire une traduction française et l'inclurent dans leur considérable Collec-

tion des Ouvrages anciens concernant Madagascar. Ce « journal»
est encore maintenant la principale source pour l'histoire de Madagascar au début du XYIIIt:siècle. Pourtant, malgré l'avis des spécialistes, certains lecteurs avaient tout de suite eu et continuent à avoir des doutes sur l'auteur réel et la nature exacte du Journal. Outre les nombreux détails, incompatibles avec un récit véridique ou rappelant trop ce qu'on peut lire sur les Malgaches dans Flacourt, Cauche ou ailleurs, cette aventure à Madagascar à l'époque des pirates, certains thèmes, comme la situation du blanc seul au milieu de sauvages, l'intérêt pour l'origine des religions, le style de certains passages et d'autres indices désignaient Daniel Defoe, sinon comme le seul auteur, du moins comme le « copiste» qui aurait « mis en forme» le manuscrit de Drury. En 1943, John Robert Moore', un grand spécialiste américain de Defoe, établissait de façon probante que l'auteur du Journal était Daniel Defoe, et en déduisait que toute cette histoire de Drury à Madagascar n'était qu'une nouvelle robinsonnade du romancier. De ce moment le Journal de Drury fut mis dans la liste des œuvres de Daniel Defoe. En 1961, Arthur W. Secord~, un autre spécialiste américain de D. Defoe, tout en reconnaissant la main de l'écrivain dans la rédaction du Journal, trouvait de son côté, après des recherches dans les registres paroissiaux et notariaux de la région de Londres, ainsi que dans les archives maritimes anglaises, mais aussi hollandaises, confirmation de l'existence réelle d'un Robert Drury, la preuve qu'il était bien à bord du Degrave, ainsi que les détails du voyage du navire aux Indes Orientales puis son malheureux naufrage à Madagascar. En particulier, il retrouva dans les archives hollandaises la déposition que fit John Benbow de son aventure à bord du Degrave et de son séjour à Madagascar aux autorités hollandaises qui le ramenèrent au Cap. Cette
1. MOORE J .B. :

- « Authorship of Robert Drury's Journal» et « Authorship of a General ~1istoryof the Pirates » Defoe in the Pillory, Bloomington, 1939, pp. 105-125 ~
128-188. - Defoe's sources for Robert Drury's Journal' (Indiana University Publication, Humanities series n" l)), Bloornington, 1943, pp. 1-87. « Further notes on Defoe \ sources for Robert Drury's Journal», Notes and Queries, ëLxxxviiY (1945), pp. 268-271.
~. ~I:C()R() A. w. : - « Defoe and Rohert Drury's Journal », Journal of English and Gerrnanic Philology, XLIV (]l)45), pp. 66-73. Drury and Robert Drury's Journal», Notes and Queries - « Robert CLXXXIX (lY4S). pro 17H-IRO, Roher! [Jrur\"s }ourllllllllld orl1er srudics. lJrhana, 1961.

9

déposition, ccrtainclllent faite Ù partir de son journal. confirme, pour la partie qu'elle a en COlnlnun avec l'histoire de Drury, ce qui était dit dans le Journal. Il n'y a donc plus à douter de l'existence d'un vrai Rohert Drury, de la réalité de son départ Ù hard du l)egra\'e, ainsi que celle (Jun long séjour à Madagascar. Puisqu'une partie du récit est exacte, il est tentant de faire confiance au reste. C~'cst cc que font la plupart des critiques. Et c'est IÙ le piège tcndu par Defoe et que n'ont pas évité de nomhreux lecteurs: ce n'cst pas parce que certains détails (ceux hien connus ou contrÔlahles en Angleterre au XVIIr') sont vrais, que tous les autres (ceux relatifs à ce qui se passait à Madagascar, donc à l'abri des vérifications faciles) le sont aussi. Or. c'est justement sur cette partie de la vie de Drury que les avis sont partagés et d'elle principalement que dépend la valeur de rœuvre comme document historique sur Madagascar. Actuellement. depuis la publication de l'étude de Secord. un certain accord s'est établi entre spécialistes de Defoe et spécialistes de Madagascar. Mais les premiers ne connaissent généralement à peu près rien de la Grande lie et s'en remettent à l'opinion des seconds, qui. eux, n'ont aucune idée de ce que représenta l'île australe dans l'opinion publique anglaise au début du XVllr siècle et surtout qu'elle fut un des thèmes favoris de la plupart des romans de voyage de Defoe'. Ils ignorent aussi que le romancier était passé maître dans l'art de reconstituer des fausses })-t. « autobiographies Toutes ces œuvres sont, comme le Journal de Drury, prétendues basées sur des manuscrits originaux qui n'existent pas, attribuées à des personnages qui ont réellement existé, mais dont l'histoire est reconstituée à partir de documents d'archives ou publiés de répoque. La problématique du Journal de R. Drury est donc celle-ci: il ne fait aucun doute qu'un Robert Drury a réellement été jeté sur la cÔte sud de Madagascar et qu'il a bien passé de nombreuses années sur l'île: I11ais on est obi igé de constater aussi que son « journal» (qui ne peut avoir existé pour des simples raisons de
vraisem blance) est constitué. en fait. des mémoires rédigés et mis en forme par UIl spécialiste de fausses autobiographies et un rornancicr qui s 'cst bca ucoup j ntércssé Ù Madagascar et qu'ainsi

ce

«

journal

»

a toutes les chances J'être fi la limite du roman et

du térnoignage \'écu. C\~st -Ù-dire un ronlan historique, ou une biographie r0f11ancée. ()r. les dOClIlllcnts sur Madagascar avant la colonisation française sOIlt cxtrl~nlCf11ent rares. tout particulièreC d l' ~ r ira tes») ( 16 7 ()- I 73 ()) 0 ù ses itue III e '1 t pc Il d a Il t l' (' P n q LI Liite
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le Journal. D'où la questIon irritante, surtout pour l'historien à la recherche du Inoindre ren~eignement sur cette période obscure de rhistoire de la Grande lie: qu'y a-t-il de vrai et qu'y a-t-il d'inventé dans cc récit? Ce qui y est raconté sur Madagascar est-il suffisamment véridique pour être utilisable pour la connaissance de Madagascar au début du X"'Ilr' siècle? Cette question, ne sera certainement jamais définitivement tranchée. Mais on peut quand même faire quelques constatations et sans vouloir faire la liste complète des particularités de ce curieux récit d'aventures à Madagascar au début du XVIIIL' siècle, voici quelques renlarques qui pourront être utiles pour ceux qui voudraient se faire une opinion personnelle. Depuis sa première publication en 1729 le Journal de Robert Drury a été réédité de nombreuses fois. Les éditions anglaises les plus connues sont celles, en anglais, de S.P. Oliver (1890 et 1897) basées sur le texte de la première édition, mais amputées du certificat d'authenticité du capitaine Mackett, et sans doute, pour des raisons de bienséance (on est Ù la période du puritanisme victorien), de plusieurs courts passages ainsi que de cinq mots du Vocabulaire. Il n'cxiste qu'une seule traduction française, celle établie par Froideveaux et publiée en 1906 au tome IV de la Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar, basée sur celle d'Oliver et annotée. Elle est donc incomplète aussi.. De plus elle ne répond plus aux critères de fidélité que l'on exige actuellement d'lune traduction scientifique. Les deux textes les plus connus sont donc basés sur un texte incomplet. Leurs notes explicatives ont aussi besoin d'être actualisées à la lumière des derniers apports de rhistoire malgache. Il a donc semblé utile de refaire une traduction française conforme aux critères modernes du texte intégral, et de rajeunir l'appareil critique. Voici donc quelques remarques: On s'est souvent demandé si l'enlploi du tenlps de LJrury était véridique. Son isolelllcnt au nlilieu des Malgaches paraît exagéré même pour cette époque. Il est difficile de croire qu'il ait attendu onze ans pour s'enfuir d'Androy et surtout qu'Iii ait choisi d'aller vers le Fiherena qui était Ù vingt jours de marche plutôt que vers le fort Dauphin qui n'en était qu'Ù huit et où il pouvait espérer rctrouvcr d'anciens cOlnpagnons. Même la trame IÜche des avcntures de Drury n'est pas convaincantc.

'I

Dru ry Li t 4 u ï I a pas sé qui n zcan s Ù Nta d a g a sc a r don t h u ita n s i et Li IIIi 0 U Ileu f a Il~ a ve cie sAn tan d r0 v, un a n dan sie Fi here na et C un peu plus de quatrc ans avec les Sakalava du Ménahé, ce qui, avec les six Inois de navigation sur le l)rake dans les eaux Inalgachc~" fait effcctivelnellt quinze ans. Mais cela ne correspond p~iS ~\ la réalitl~" pUiSqU"lHl ~ait que c'cst Cil ll1ai 170,3 (et non en 1702" COlllme le fait croire le tcxte) que Ic Degru\'c a fait naufraec.
I ) e 111i) 7().' it Li0 Cè IIIh reI a 7 I () (d ate d LI d l~par t del ï Jè d u f) r a k (' ). 1I

cela ne fait que treize ans et même si on y ajoute les neuf mois du
deuxième séjour, cela ferait à peine un peu plus de quatorze ans. A l'intérieur même de ce cadre, tout n'est pas convaincant non plus. Selon les durées qui sont indiquées dans le texte, Drury aurait passé huit ans et demi ou neuf ans (c'est-à-dire jusque vers 1711) en Androy avant de s'enfuir. Il est bien exact que deux ans et demi après son arrivée (c'est-à-dire fin 1705), Benbow était à Fort-Dauphin et qu'il avait précisément à cette date, lui et ses compagnons, une raison pour essayer de retrouver des anciens du Degrave qui pouvaient encore se trouver chez les Antandroy : (on sait par l' Histoire des pirates que les pirates venaient d'abandonner aux rescapés du Degrave un petit navire qu'ils avaient pris à un certain Hérault et que le capitaine pirate White avait accepté de les conduire à un endroit de la côte d'Afrique où ils pourraient trouver plus facilement une occasion de rentrer en Europe). On peut aussi vérifier par les archives hollandaises que le roi Samuel est mort entre janvier et décembre 1706, ce qui ne contredit pas Drury affirmant qu'il est mort deux mois après son essai manqué de rachat (donc au début de 1706). Par contre, il n'est pas exact qu'une escadre de guerre anglaise à la poursuite des pirates soit passée à Saint-Augustin peu de temps avant la fuite de Drury (donc vers 1711). La seule compatible avec l'histoire de Drury serait celle de 1703-1705, c'est-à-dire à peu près à l'époque du prétendu essai manqué de rachat par Benbow et Drummond. Si Drury s'est trouvé retenu par les Antandroy (ce qui n'est peut-être pas véridique) et qu'il s'est enfui peu de temps après le passage d'une escadre anglaise à Madagascar, ce ne peut-être qu'aux environs de 1706. Et la seule direction vraisemblable aurait été vers Fort-Dauphin. Drury dit encore qu'il est resté environ un an dans le Fiherena (et d'après ses indications, vers 1711-12), mais cette date de passage ne va pas avec la manière dont il raconte comme un fait relativement ancien un épisode exactement contemporain (17111712) de la vie du pirate Burgess dans cette région (épisode contrôlable dans l'Histoire des pirates). Après le Fiherena, Drury aurait passé quatre ans chez les Sakalava de Morondava. Il signale Ie passage du Clapham Galley trois ans avant le passage du Drake en 1716 à bord duquel il put quitter Madagascar. Or, on sait que le premier navire est passé vers mai ou juin 1714, il ne s'est donc pas écoulé trois ans entre le passage des deux navires, comme le dit Drury. D'autre part, si Drury est arrivé dans le Ménabé un an avant la venue du Clapham, c'est en 1713, et il aurait dû alors rencontrer, ou en tout cas, entendre parler à nouveau de Burgess qui passa un an et demi chez le roi Sakalava du Ménabé après un naufrage en 1712. Or, Drury ne le cite même pas, et le présentera ensuite comme un Inconnu. L'emploi du temps de Drury à Madagascar n'est pas véridique. La vérification de certains détails contrôlables du premier 12

séjour à Madagascar donnés par Drury fait apparaître plusieurs anomalies: - d'abord. le récit du voyage du Degra~Je aux Indes et de son naufrage sur la côte antandroy ne diffère pratiquement pas du récit que fit de ces mêmes événements John Benbow aux Hollandais. Ille suit d'ailleurs de si près qu'on y trouve la même omission: un hiatus de neuf mois'~(correspondant à la mention du soulèvement des Indiens pendant que le Degrave était au comptoir de l'Ouglie. ce qui lui fit prendre neuf mois de retard au retour), mis en évidence par Secord à partir de documents de la Compagnie des Indes; - ensuite, un examen attentif du style du début du récit (jusqu'au moment où Drury se retrouve seul, après le massacre de ses compagnons du Degrave) par rapport au reste permet de reconnaître deux niveaux de rédaction. D'abord, entre ces deux parties, on perçoit un sensible changement de l'orthographe, mais aussi de la phonétique des noms propres de lieux et de personnes. Au XVIlI~' iècle, l'orthographe n'était pas stabilisée, mais n'affecs tait pas la phonétique. Or, on trouve le terme malgache Andria/ N'dria écrit au début « Dean» et ensuite « Deaan » ; l'île Sainte-Marie appelée «Sancta Maria» au début, devient « St Mary's}) par la suite; tandis que la baie de Matatana sera d'abord « Mattatan » ou « Matatan » puis « Mattatana ». Ensuite, on sent un changement dans le style et la qualité des deux récits. Dans la première partie il est d'une grande minutie dans les détails numériques, le rappel des noms des participants et le déroulement des événements. Cette précision paraît même invraisemblable quand il s'agit d'événements survenus près de trente ans plus tôt, et puis tout à coup, quand Drury se retrouve seul, précision et mémoire s'effacent au point que le narrateur se sent gêné de cette différence et s'en excuse en disant qu'il était très fatigué, isolé, en « esclavage}) et qu'il ne pouvait observer ce qui l'entourait! - enfin ce changement se manifeste encore par une grande différence dans le point de vue adopté: au début, le récit est fait sur Je ton détaché, celui d'un observateur pour qui tout est nouveau et qui décrit ce qu'il voit de l'extérieur au fur et à mesure de ses découvertes. C'est ainsi que le narrateur emploie les mots de «nègres», «roi», «princes», «ville du roi», «ils», « sauvages» pour désigner les Malgaches et « je » et « nous» pour se désigner. lui et les Blancs. La description des Malgaches est faite de l'extérieur. Puis tout à coup, sans transition, aussitôt après le massacre, le narrateur s'intègre au récit, aux sauvages et parle de « nous » quand il s'agit de ces derniers, comme s'il se considérait dorénavant comme un des leurs. Le roi cette fois est
5. Ce hiatus de neuf mois explique que la plupart des critiques du Journal et les historiens de Madagascar aient daté le naufrage du Dcgra\'c et l'arrivée de Drury en Androy en 1702. alors que la date exacte en est: mai 1703. 13

nommé: Deaan Crindo : les princes, ce sont Deaan Mevarrow. Deaan Samho. Dcaan Murnanjack: ,la ville du roi., c'est Fcnnoarivo, etc. La région quïl vient de fuir et où il est obligé de revenir contre son gré devient «chez lui ». La vision de l'environnement se fait de façon intimiste. Il paraît certain que le récit du début de ("histoire n'la pas la même origine que le reste. D'ailleurs dans la page de titre cette partie n'lest pas attribuée à Drury (non plus d'ailleurs que la Carte et le Vocabulaire). Il est évident que D. Defoe a utilisé là le témoignage d'lune autre personne que Drury, témoignage écrit peu de temps après les événements et plutôt par un adulte concerné par la valeur marchande de la cargaison, que par l'adolescent de 16 ans que Drury était alors. Et ce n'est pas le seul apport extérieur de ce genre que l'on relève dans le Journal. On décèle de nombreux autres passages qui sont visiblement aussi des interpolations (le récit de Sam, dans la première partie du récit, l'histoire du roi Samuel, l'histoire d'Eglasse). Ce sont des histoires de pirates qui sont tout à fait comparables à celles que l'on rencontre dans le II~ tome de l' Histoire des pirates. Elles sont matérialisées dans le texte original par des guillemets. Enfin, une troisième sorte d'additions, moins visibles, mais plus nombreuses, sont repérables par le passage soudain au temps présent du récit qui est généralement au passé. Dans les passages au passé, on reconnaît le style narratif, relativement aisé, souvent élégant et les idées, les sujets chers à Defoe. Ils racontent les aventures personnelles de Drury. Au contraire, dans les passages au présent, le style devient très simple, souvent incorrect et maladroit. Les phrases sont beaucoup plus courtes. Ce sont les passages descriptifs et généralement ceux qui ont un intérêt historique. C'est là que se trouve la plupart des informations sur le pays et ses habitants. Sont traitées ainsi de nombreuses descriptions de lieux, de coutumes et des renseignements sur les rois malgaches. D'lune manière générale l'enchaînement des idées entre la narration et la description est maladroit et abrupt. Il s'agit visiblement de bribes de documents prises telles quelles et insérées dans la trame de l' action. Elles aussi sont souvent introduites et terminées par des guillemets. Ce temps présent est illogique dans un récit fait après dix ans, mais s'explique si les informations sont tirées de notes prises sur place ou rédigées peu de temps après, en un mot d'un journal. Ces passages expliquent aussi que certains ne pouvaient se décider à reconnaître le style de Defoe. Tout naturellement. on trouve encore, dans les aventures personnelles de Drury'l et dans les renseignements sur le pays rinfluence de certaines sources déjÙ utilisées par Defoe pour ses anciens écrits sur Madagascar. On voit qu'il a abandonné les descriptions empruntées aux vieilles collections de Hakluyt et Purchas décrivant les Malgaches cnnlmc de parfaits sauvages. On 14

sent encore dans la forrnc qu"il a donné au récit~ rintluence du
~

Ceylon de R. Knox que Defoe admirait beaucoup. On retrouve aussi un faible écho de la vision idyllique propagée par W. Hamond et Boothby et beaucoup de détails empruntés à Mandelslo. Mais il y a maintenant utilisation de deux sources nouvelles: Cauche et surtout Flacourt ainsi que l'utilisation probable d~archives de la Compagnie des Indes. On observe la réutilisation de certains thèmes déjà traités dans des œuvres antérieures. Enfin~ tous ceux qui connaissent bien les récits anciens sur Madagascar ont été frappés de la grande ressemblance
~

gu~ilexiste entre le Journal (ie Drury et

«

La relation des trois ans

de souffrance de Robert Everard sur la côte d'Assada, près de Madagascar» (publiée en 1732 dans la Collection de Voyages de Churchill). En fait cette relation n~est pas à proprement parler une source comme on l'a cru jusqu'ici, mais une fausse biographie anonyme, non terminée, de Daniel Defoe, et même l'ébauche probable, une première mouture du Journal de Robert Drury! Ces analogies entre la Relation et le Journal prouvent encore gu ~une partie des détails racontés dans l"histoire de Drury ne sont pas des éléments pris à sa vie personnelle à Madagascar, puisque déjà attribués à un autre et donc que la vie de Drury est très remaniée. Tous ces emprunts à des sources antérieures expliquent la pauvreté extrême en toponymes et détails ethnographiques nouveaux par rapport à ceux que ran connaissait à son époque. Ils expliquent aussi l'étrange mémoire de Drury qui ne se souvient pas globaleInent des choses, mais progressivement, au cours du récit, et qui les raconte comnle le ferait un homme écrivant réellement un journal (alors que son récit est en réalité un récit fait après coup). L'auteur en a d'ailleurs conscience, car c'est souvent au moment d'aborder une description ethnographique un peu ardue à exposer parce qu'Iii est le premier à la faire qu'Iii éprouve le besoin d'expliquer cette insuffisance. Tantôt c'est parce quïl était trop jeune (il est arrivé à Madagascar à 16 ans), et trop nouveau dans le pays, ou qu'il était esclave et encore qu'Iii n'avait pas respoir de janlais rentrer chez lui (!). Quand il se sent plus sûr de lui parce que c'est une description connue (c'est-à-dire qu'il a line source pour lui servir de guide (cf. l''introduction de la
e de sc rip t ion del a ci r con cis i0 Il ), iI ITI t son ais a n ce sur Ie fa it q U iI
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est maintenant Jnoins fatigué, parce qu'il a une femme et vit plus à rai sc (!). Ces e Tllp r UIltse xri ique Ilten fiIl les nom h re use som iS5ion 5 : (Ies notions dc clan et de lignagc. fondarnelltales chez les Malgaches, des détails typiqucs de certaines cérénlonics, certaines caractéristiqucs ethniques qu'un fanlilier n'aurait pas pu passer sous silence). Bref. ils expliquent que l'indigence des informations fournies sur Madagascar soit inCOTnpatible avec lin séjour de
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à Madagascar est constitué de plusieurs documents ordonnés et reliés entre eux par la tramc de l'histolTe inventée de Robert Drury. Ce dernier~ même s'il a passé de longues années à Madagascar~ n'a, comme on le voit, certainement pas eu grande influence sur le « journal» qui lui est attribué. Ni la trame., ni les détails de ses aventures, ni les renseignements sur Madagascar., ne peuvent être de lui! Que reste-t-il alors effectivement de la vraie aventure de Drury? Certainement pas grand-chose. Reste enfin le problème de l'origine des informations sur Madagascar le personnage de Drury lui-même a peu d'importance si les renseignements sur l'île sont quand même exacts et réels. Comme Defo~ ne peut avoir inventé les détails inédits et vrais sur ]a Grande lIe., on peut penser qu'il s'agit d'extraits de manuscrits. I] aurait pu s"agir de celui de Drury, mais il a déjà été dit que sa réalité paraissait moins que probable., venant d'un marin parti d'Angleterre à 14 ans et qui devait être ou était devenu en réalité un homme parfaitement illettré. Pour l'origine de certains autres passages, en particulier pour le début du récit, il est difficile de ne pas penser au manuscrit de John Benbow (que certains décrivent comme un « journal de bord»). Cette hypothèse expliquerait les ressemblances, le trou de neuf mois dans le périple du Degrave au Bengale, mais aussi un certain nombre de particularités et de détails contradictoires du texte., le ton., la minutie invraisemblable du détail dans ce début du récit., l'intérêt tout particulier porté à l'officier John Benbow., les nombreuses descriptions dépassant les possibilités de l'Andray, mais valables pour l'Anosy. Elle expliquerait, enfin., tous les renseignements sur le roi Tanosy (q ue Benbow approcha de longs mois., mais que Drury n"aurait pas dû connaître)., que l'aventure de Drury ne supporte un examen attentif que jusqu'en 1706, date de départ de J. Benbow de Madagascar ~ qu"on ne parle plus jamais du pirate Sam (qui pourtant .cst resté en Androy)., qu"une description d'un trajet vers le Fiherena soit en réalité celle d'un trajet vers l' Anosy., etc. Le manuscrit de Benbow est donc une solution tentante., mais il n ~explique pas les renseignenlcnts postérieurs à 1706. Par ailleurs~ il existe d'autres auteurs possibles du début du récit. On sait que outre Drury et Benbow deux autres personnes du Degrave, qui ont pu quitter Madagascar avant 1729 : d'une part~ un jeune survivant qu'on sait avoir été débarqué en Angleterre en rnars 1705 et dont on ne connaît rien dc plus, sinon qu'il aurait été entendu par lcs propriétaires du navire perdu~ et d'autre part., un certain Robert Coleson, ancien mousse du Degrave, recueilli au Fort Dauphin par les Hollandais en décembre 1705 et qui fit une déposition aux autorités de la colonie du Cap dont on peut trouver Ics éléments dans Ics archives hollandaises. Mais on perd ensuitc sa trace et ricn nc prouvc qu'il ait rejoint l'Angleterre. D~autrcs
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rescapés du Degrave peuvent aussi avoir encore regagné l'Angleterre. D'autre part, Defoe ayant écrit certains chapitres de son roman Un Nouveau Voyage et de son premier tome des Pirates (1724) avec des renseignements certainement fournis par Woodes Rogers lui-même (celui-ci était à Madagascar en 1714 et avait pris contact avec les pirates), et beaucoup de renseignements (principalement sur les pirates) de cette époque s'y retrouvent, il est probable que c'est également lui l'origine de plusieurs renseignements (sur le pirate Burgess, par exemple) contenus dans le Journal. D'ailleurs, on s'lest souvent demandé pourquoi Drury parlait si peu de ces pirates. En effet, il est difficile de croire que Drury n'a rencontré que sept pirates à Madagascar en quinze ans de séjour. A cette époque, des Européens, souvent de pauvres hères, se déplaçaient beaucoup. On en trouvait même en Androy (exemple de Sam). Il Y en avait dans les baies qu'a visitées Drury: Saint-Augustin" Tuléar, Morondava. Ils servaient souvent d'intermédiaires entre les capitaines européens de passage et les chefs indigènes. Outre Burgess, Drury aurait dû ainsi rencontrer ou entendre parler de John Rivers à Saint-Augustin, de Tom Collins à Fort-Dauphin (qu'il mentionne, mais seulement par l'intermédiaire de Nick Dave, son ancien collègue du Degrave). Cette discrétion à l'égard des pirates est tout à fait suspecte: Drury en sait à la fois trop et pas assez sur eux. Pourquoi est-il si disert sur ceux d'endroits où il n'est pas passé, comme Fort-Dauphin, et quasi muet sur ceux de la baie de Saint-Augustin ou de Morondava? Certains critiques ont pensé que Drury était un pirate lui-même et qu'il craignait de se compromettre. C'est une explication possible, mais il y en a une autre, bien plus vraisemblable: il faut se rappeler que Defoe est aussi l'auteur de l'Histoire des pirates et qu'en mênle temps qu'il rédigeait les « aventures» de Drury, il publiait les « vies» de treize pirates de Madagascar (dont douze de la période de Drury), sous le pseudonyme de Charles Johnson. Or, ces deux œuvres sont absolument complémentaires l'une de l'autre: dans l'Histoire toute l'attention est focalisée sur les pirates et les Malgaches sont pratiquement absents ~dans le Journal c'est l'inverse. Les détails, qui ne sont que suggérés dans une des œuvres, sont développés dans l''autre. Defoe a puisé dans son stock de documents sur Madagascar et les a répartis selon ses besoins. L'information, entièrement ou partiellement utilisée à un endroit, ne pouvait plus servir à l''autre. Par contre" ceux qu'il n'avait pu présenter se trouvaient disponibles. «Drury» s'étend longuement sur
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Young Owl» (actuel Morondava) et le roi Samuel de la région

de Fort-Dauphin (alors qu'il n'y est pas allé) ~en contrepartie ces deux endroits ne sont, dans l' Histoire des pirates, cités qu 'là cinq reprises, le premier trois fois et le second deux! Enfin" c'est la complémentarité de ces deux œuvres, plus que leur ressemblance, qui prouve que Defoe a créé une grande partie de l'histoire de 17

Drury et qu'elle n'est pas véridique. La carte mise en annexe du Journal, tout en étant fautive et co nven tion ne Ile , car elle n ' est que l'à. synth èse des cart es françaises et anglaises du début du XYIIIl:siècle, innove par quelques nOITIS les détails qu'elle indique pour la première fois. et Elle se trouve, ainsi. la plus à jour de l'époque. Mais on doit renlarquer que la ligne qui représente le trajet qu'est supposé avoir parcouru Drury à Madagascar va jusqu'au cap Saint-André. Peut-être Defoe a-t-il cu, à un moment donné, l'intention d'allonger les déplacements de son héros et que les documents lui ont manqué. Le vocabulaire fait partie de cette œuvre. Il présente le même code de transcription des mots malgaches, les mêmes particularismes tanosy et de nombreuses erreurs, dénotant une connaissance superficielle du pays. Comme le texte, il ne peut être attribué à Drury (il ne l'est d'ailleurs pas dans la page de titre). On y trouve des mots qui sont certainement des emprunts au dictionnaire de Flacourt. Il ne constitue en aucun cas la preuve de l'authenticité de l'histoire de Drury et ne peut non plus être attribuée à Defoe. Mais il fait très nettement partie intégrante d'un important document sur Madagascar utilisé pour constituer cette histoire et il accréditerait bien la thèse qu'il y a eu peut-être un manuscrit de base à cette reconstitution. Une chose est sûre, c'est que l'auteur de ce lexique est quelqu'un qui a connu les populations visitées par Drury, mais aussi les Tanosy et peut-être la côte est, quelqu'un qui, bien que n'étant pas resté sur l'île, avait quand même eu le temps d'apprendre un peu de malgache et a pu il son retour d'Angleterre consulter les œuvres de Flacourt. On pense bien sûr, de nouveau, à John Benbow qui vécut les mésaventures du Degrave, passa quelques jours en Androy, une ou deux années en Anosy, un an à Matatana, fit le tour de l'île avec les pirates et eut l'occasion de visiter Saint-Augustin, Morondava, le Boïna et quitta l'île au bout de trois ans et demi. Cela expliquerait le fort accent anglais, les fautes ou approxim3tions, les mots malgaches d'origine française appris à FortDauphin. On sait, par ailleurs, qu'il aurait ramené un journal ou constitué des mémoires. Mais on peut aussi penser à" Woodes Rogers, qui collectait des renseignements sur la Grande lie en vue J'v fonder une colonie. Cela accréditerait la thèse de la dictée du vocabulaire, avancée par certains. Il y a encore l'informateur anonynle de « Johnson» sur les pirates de Madagascar, etc. Les inforlnateurs ne Jevaient pas manquer! t~n conclusion. le Journal de Robert Drur,y contient trop d'anol11alies de toutes sortes, pour être un récit véridique. C'est unc histoire inventée de toutes pièces, avec seulement le nom de Drur) C0l11nlC prête-nonl. Les événenlcnts rapportés par le J () il rIlal 0 ccup ell t Ia p é rio d e COInp ris c e n t reI 70 Jet I7 I~ et
cOllcernent ()UC~I Je Je 111ani0rc inégale cinq régions Je la cÔte sud-sudMadagascar: v ~ . l' i\nosv. l' /\ nd rov, Ie Maha fal ~ . Ie

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Fiherena et Ics deux régions sakalava du Ménabé et du BOÏna. Ces régions étaient Ù peu près dans rétat où les ont trouvées les colonisateurs du XIXl'siècle, c'est-à-dire en guerre perpétuelle pour rexercice du pouvoir, pour des vols de bœufs et de femmes, mais aussi fi répoque, pour faire des captifs qui étaient ensuite troqués conlme esclaves aux Arabes et aux négriers européens de passage. On doit remarquer, que comme dans rHistoire des !Jirates, lc Journal n'est vraiment détaillé et précis qu'à propos de rhistoire des rois sakalava. Les renseignements sur la Grande Île donnés par le Journal sont de trois sortes. Ceux qui concernent le milieu physique de rîle sont très disparates, confus et finalement très pauvres: les paysages sont à peine esquissés, les mots employés pour le décrire, vagues. Ce qui est dit de la flore et de la faune n'est pas identifiable ou n'apporte rien de nouveau par rapport aux récits antérieurs. Seuls quelques noms de plantes auraient pu avoir un intérêt, mais ils sont peu nombreux et leur identification n'est pas toujours certaine. On n'en peut rien tirer pour la géographie, ni la topographie, presque rien pour la toponymie. Le Journal contient de nombreux renseignements ethnographiques et certaines des observations sont valables. Pourtant, pour la plupart, elles avaient déjà été faites par d'autres auteurs (circoncision, funérailles, serments d'alliance, etc.) et donc n'apportent rien de neuf; de plus elles sont attribuées indistinctement à nÏmporte quelle population. Or, c'est oublier les particularismes très prononcés des diverses ethnies. On remarque aussi que beaucoup d'entre elles sont faussées par l'imagination d'un narrateur qui invente des situations inconcevables dans la réalité malgache, tout en restant crédibles pour les Anglais du XVIIIl'siècle (rélevage des bœufs ou la condition des femmes et des esclaves dans le Sud malgache). Il n'est donc pas possible de faire du Journal une source de connaissances sûre pour les mœurs et coutumes des anciens rnalgaches. Tout au plus montre-t-il qu'elles n'étaient pas très différentes de ce qu'ont rapporté les anciens documents et ce qu'ont trouvé les colonisateurs et missionnaires blancs du XIXl'siècle. Par contre, une grande partie des renseignements donnés sur les chefs malgaches rencontrés par Drury, leurs noms, certains événements sont confirmés par des rapports de navigateurs européens ou par des traditions orales indigènes. On peut donc espérer que, sur ce plan, ce qui n'a pu être confronté avec d'autres documents est exact aussi et donc utilisable, même si on n'cn peut que deviner l'origine.

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AVERTISSEMENT
Le style du journal étant très irrégulier, nous nous sommes efforcé de le garder tel partout où cela était possible; ainsi nous avons reproduit, chaque fois que cela ne choquait pas la rigueur française, les fautes d'accord, les imprécisions, les tournures maladroites, les phrases au discours indirect passant sans transition au discours direct, les redondances, etc. De même, nous avons respecté rorthographe variée des mots malgaches et des noms propres. Nous espérons qu'ainsi l'inégale qualité du récit paraîtra aussi nettement dans la traduction française, ce qui est d'une grande utilité pour la compréhension du texte. Par çontre, nous n'avons pu respecter la ponctuation, trop différente de celle que nous utilisons actuellement. Les mots et les phrases en italique sont en italique dans le texte original, et comme les guillemets, ils soulignent l'importance que l'auteur attribuait à tel mot ou tel passage. Les parenthèses sont de Drury, mais les mots entre crochets [ ] sont ceux que nous avons été obligés de rajouter pour la compréhension du texte. Les chiffres renvoient à des notes critiques groupées dans un chapitre spécial. Les passages qui ont été supprimés dans l'édition de 1743 et dans toutes les éditions postérieures ont été encadrés de deux croix: + +.

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CARTE

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MADAGASCAR

ou LE JOURNAL
de Robert Drury

pendant quinze ans de captivité dans cette île contenant:

J. II.

Son voyage aux Indes Orientales et le court séjour qu'il y fit . Un récit du naufrage du Degrave sur GASC~AR; du meurtre du capitaine l'équipage de son navire sauf le fils de et de quelques autres qui échappèrent barbares indigènes. rîle de MADAYounge et de l'amiral BEMBO des mains des qu'il

III. Comment il devint captif, les durs traitements endura, son mariage et ses variations de fortune. IV.

Ses voyages à travers l'île, ainsi que la description de celle-ci, quant à sa situation, productions, industries, ressources, etc. La nature de ses habitants., leurs coutumes, guerres., religion et politique ~ ainsi que les ENTRETIENS entre l'auteur et certains de leurs chefs concernant les chrétiens et leur religion. Sa délivrance par le capitaine MACKETT,commandant du Prince of Wales, au service de la Compagnie des Indes Orientales. Son arrivée en Angleterre et son second voyage là-bas.

V.

VI.

VII. Un vocabulaire de la langue de Madagascar. Le tout est un récit véridique de faits réels, mêlés à un grand nombre d'incidents surprenants, et illustré par une CARTEde Madagascar et des PLANC"HES.

25

Écrit par lui-mênle
requête

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mis en ()rdre et maintenant

publié à la

de ses A~11 . S

LONDRES

Imprimé et vendu par W. Mead()ws à l'AI1ge à Cornhill ~ chez J. Marshalls~ à la Bible dans la rue de New-Gate; chez T. Worrall à « La Tête du Juge » dans Fleet Street; et par l'auteur au café du Vieux Tom dans Birchin Lane.
~

MDCCXXIX (prix fixe: six shillings)

Je certifie avoir délivré et ramené en Angleterre Robert Drury qui a été esclave à Madagascar pendant quinze ans et qui maintenant habite Londres. Je le considère comme un homme honnête, industrieux et de bonne réputation et crois fermement que le récit qu'il fait de ses singulières et surprenantes aventures est authentique et véridique. Le 7 mai 1728. Wm. Mackett '.

1. Le capitaine Mackett fut longtemps employé par la Compagnie anglaise des Indes. Il était honorablement connu parmi les riches marchands et propriétaires de bateaux. Sa notoriété à Londres et ailleurs était suffisante pour que sa signature, apposée au bas d'un certificat d'authenticité, eût valeur de preuve. Le certificat fut signé la veille du jour où le capitaine Mackett termina le déchargement du Princess of Wales et rendit son journal de bord à la Compagnie des Indes (Secord, Robert Drurv's Jvurnal and other studies, Urbana 1961, . pp. SR-60). Ce n'était sans doute pas une connaissance personnelle de Defoe qui l'appelle Maggot dans l'Histoire des pirates (Vie du cap. Burgess). 26

Préface

Je ne doute pas que cet ouvrage ne passe à première vue pour un autre roman du genre de Robinson Crusoé 2. Mais ceux qui s'attendent à y trouver les inventions élégantes d'un cerveau fécond seront déçus, car tous ceux qui ont participé à sa publication savent que c'est un récit simple et sincère de faits réels. L'original a été écrit par Robert Drury, et comprenait huit cahiers in-folio d'une centaine de pages chacun; il fallait donc le condenser et le mettre dans un ordre plus agréable, mais constamment l'auteur a été auprès du copiste et aussi de l'imprimeur, de sorte que le plus grand soin a été pris pour vérifier les faits tant soit peu douteux, étranges ou embrouillés. Quant à la grande part de confiance que nous lui accordons, on verra qu'elle ne vient pas d'une foi implicite en chaque détail qu'il pense devoir rapporter mais des preuves solides que reçoivent les faits racontés par des témoignages concordants et par la nature même des choses. Tout d'abord, je me suis demandé comment le capitaine Mackett osait dire dans son certificat « qu'il tenait pour véridique le récit qu'il donnait de ses surprenantes aventures », mais m'étant renseigné sur le caractère de ce gentilhomme j'ai trouvé que c~était quelqu'un d'une très haute réputation d'intégrité et
~

2. Publié en 1719. Robinson Crusoé est le premier et le plus célèbre roman de Defoe. L'ouvrage, présenté comme une autobiographie authentique, eut un succès considérable, bien que son caractère fictif eût été vite découvert. Il était construit sur le thème des aventures qui étaient réellement arrivées à un marin sur une île déserte et que le capitaine Woodes Rogers avait rencontré au cours d'un voyage et ramené en Angleterre. En mettant cette phrase au début du récit de Robert Drury, l'auteur allait au-devant des détracteurs en niant une ressemblance qui ne pouvait manquer de s'imposer.

27

d'honneur, et si nous y ajoutons sa fermeté et le bon sens gu 'on lui connaît, sa fortune et sa situation, on n'a plus lieu de penser gu'il encouragerait des contes sans importance ou des impostures. Pourtant même cela ne me satisfaisait pas pleinement, et ce n'est qu'en continuant ma lecture attentive de l'histoiret que nous trouvons qu'à Yang-Owl, où il prit l'auteur à bord, William Purser fut leur interprète pendant plusieurs rnois ~ et comme il parlait l'anglais parfaitement, on ne peut douter que ce gentilhomme, de même que les capitaines d'autres navires, se soit enquis de toutes les façons possibles par son intermédiaire d'un cas si singulier et si remarquable. Maintenant il faut observer que ce William Purser était un indigène du Feraingher, qu'il connut là Mr Drury et fut témoin oculaire, qu'il conduisit l'Elodge pendant leur expédition en Anterndroea, de plusieurs autres incidents plus douteux ici rapportés, et de ses aventures pendant plusieurs années passées ensemble. Après cela, le capitaine alla à Munnongaro, alias Massalege où il vit Nich. Dave, l'un des garçons qui fit naufrage avec le Degrave et qui fut sauvé du massacre en Anterndroea ; de sorte que le capitaine eut la possibilité de remonter à plus de deux tiers de ce qui est contenu dans cette histoire, outre l'occasion de converser avec lui pendant leur long voyage aux Indes Occidentales et ensuite vers l'Angleterre. Le second voyage que fit aussi Drury fut sous les ordres du capitaine Macket, bien que sur un autre bateau que celui qu'i.1 commandait; pourtant il était principal propriétaire du bâtiment commandé par le capitaine White et de sa cargaison, ainsi que du sien propre et de quelques autres; le

capitaine me confirma cela de vive voix, ajoutant

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qu'il avait vu

d'autres personnes, au cours de son dernier voyage en ce lieu, tant indigènes qui parlaient anglais et connaissaient Drury que d'autres qui s'étaient sauvées avec le capitaine Drummond \ avec ce détail

3. Cette précision a une double importance: D'abord, c'est un détail concernant un incident politique qui avait passionné l'opinion publique anglaise une vingtaine d'années plus tôt: l'affaire du Worcester. En 1703, au moment où l'opposition au projet d'union entre l'Angleterre et l'Ecosse était la plus forte et que le Nouveau Party écossais était bien décidé à l'empêcher, un bateau écossais fut confisqué dans un port anglais. En représailles, l'été suivant, un bateau anglais, le Worcester qui revenait des Indes, fut arrêté à Edimbourg. Le bruit courait que ce bateau avait rencontré le navire écossais, Speedy Return, quelque part en Orient et l'avait piraté. Or, ce dernier bateau, ainsi qu'un aùfre, le Content. respectivement commandés par les capitaines R. Drummond (celui dont il est question ici) et A. Stewart (dont il sera parlé plus tard), avaient disparu depuis un certain temps. Le capitaine du Worcester, Thomas Green, était accusé par un membre de son équipage d'avoir pillé le Speedy Return et d'avoir tué son capitaine. L'équipage du Worcester fut appréhendé et comparut devant les tribunaux écossais; mais les esprits étaient tellement échauffés que le jugement ne pouvait être serein et, malgré de nombreuses preuves innocentant les accusés. le capitaine Green ainsi que deux de ses hommes furent pendus le Il avril 1705. Pourtant. quinze jours avant l'exécution. deux membres de l'équipage de Drummond étaient arrivés à Porstmouth à bord du Raper (en même temps d'ailleurs qu'un survivant du 2R

Inatériel,

que ce ca/Jitaine Drulnlnond était bien l'homme supposé
et qu'il jl-it tué à Tullea à sept lieues au Nord de la baie

par Drury,

de 1.Çt-Augustinpar un nègre de la Jamaïque, un certain Lèwes » 4. Ce gentilhomme conserva son amitié pour Drury jusqu'à être son patron de nos jours, ce qu'il n'aurait pas fait s'il ne l'avait su être une personne honnête et probe, bien que sa vie bien connue et ses propos en soient une démonstration suffisante. Bref, je pense que nous n'avons aucune raison de douter de sa véracité en quelque détail que ce soit. On peut penser du récit donné ici sur la religion de ce peuple, qu'il a été inventé par le copiste, pour servir un but ou un penchant personnel, mais bien loin que ce soit le cas, la partie de ce récit sur la religion la plus susceptible d'être mise en doute est un fait relaté tel quel par Drury, et en particulier l'entretien remarquable avec Deaan Murnanzack où celui-ci tournait en ridicule la côte d'Adam, Dieu parlant avec les hommes, créant le monde en six jours et se reposant le septième, et le fait qu'il considérait tout cela comme des notions enfantines de Drury et surtout qu'il dit et répéta que ce sont des contes de bonnes femmes ne sont autres que les paroles mêmes de ce prince, paroles qui ont été encore confirmées par des additions de même nature qu'y a faites l'auteur quand on l'a interrogé précisément et qu'on a discuté avec lui. Mais aussi doit-on tenir compte des circonstances et du caractère de rauteur : il n'avait que 14 ans quand il embarqua pour son malheureux voyage et il avait été instruit dans une école primaire et dans la religion de l'Eglise Officielle et depuis son retour il s'y est attaché fermement, tendant même à la bigoterie; de sorte que ce serait une erreur de
Degrave) et ils avaient attesté sous serment que le Speedy Return n'avait jamais été attaqué par le Worcester, qu'ils ne ravaient même pas rencontré et que le capitaine Drummond était encore vivant à Madagascar. En fait les deux bateaux disparus avaient été capturés par le pirate Bowen et l'accusation contre Green n'était qu'une vengeance de matelot contre son capitaine. La preuve de l'injustice commise contre Green donnée ici ne pouvait donc manquer d'intéresser le lecteur de l'époque. Ensuite, le fait que réditeur du Journal insiste sur ce détail est un indice supplémentaire de la participation de Defoe. Celui-ci, en effet, était bien informé de l'affaire du Worcester car, journaliste à Londres écrivant pour le compte du gouvernement puis, plus tard, agent secret à Edimbourg, il avait essayé de faire en sorte que cette histoire ne fit pas avorter le projet d'Union. Avant de le faire dans le Journal de Drury, Defoe avait déjà parlé de l'affaire à ami de Londres», paru le }l:rmai 1705, ensuite dans l'introduction de son Histoire de /' Union des Royau1nes de Grande-Bretagne (Edimbourg, 1709) : enfin, dans l'Histoire des pirates (1728), au chapitre de la vie de Bowen. Defoe connaissait personnellement un des propriétaires du Worcester, ainsi qu'un membre de l'équipage incriminé qui faillit être pendu lors d'un second jugement. (l.R., Moore, Defoe in the Pillory, Bloomington, 1943, pp. 147-148 et sir Richard Carnac Temple, New Light on the Mysterious Tragedy of the « Worcester» 1704-1705, Londres, lY30, pp. 12,266.324.329-333). 4. Drury rencontrera ce Lewis chez les Sakalava (p. 249) et parlera de ce meurtre du capitaine Drummond (p. 277), nlais se gardera bien de faire un rapprochement compromettant. 29

trois reprises: d'abord, dans un tract très peu connu intitulé

«

Une lettre à un

rimaginer capable ou désireux d'inventer une telle histoire, qui pourrait favoriser la libre pensée ou la religion naturelle, contre la religion révélée, puisqu'il s'agit de sujets sur lesquels il ne s'était pour ainsi dire jamais posé de questions. Et à tous ces endroits où l'on parle de la religion ou de l'origine des gouvernements, le copiste est seulement responsable d'avoir mis dans la bouche de l'auteur quelques réflexions, ce que, puisque c'est le seul artifice employé, il ne se fait aucun scrupule de reconnaître, et confesse gu 'il ne pouvait laisser passer des sujets si remarquables et si plaisants sans en montrer les applications possibles et sans en retirer un enseignement utile. Pourtant son goût prononcé pour ces sujets n'a pas induit le copiste à altérer un seul fait ou à ajouter des inventions de son cru; Mr Drury est seul responsable de chaque épisode, du caractère des divers personnages, de ses paroles ou de ses rapports avec eux.

Certains auteurs

S

ont l'air de dire que la religion de ces gens

est le Mahométanisme ; j'ignore d'où ils tirent leurs conclusions ou leurs informations; mais leurs sacrifices, leur antipathie pour la Révélation, et le fait qu'au seul endroit où un bateau maure touche, on mange de la viande de porc, montre à l'évidence qu'ils ne peuvent être davantage en contradiction avec cette religion, avec laquelle ils n'ont rien de commun si ce n'est la circoncision; et ceux qui ont des connaissances en histoire ancienne savent bien qu'elle était pratique courante chez certaines nations- orientales avant de l'être chez les Juifs, et en des endroits où l'on n'a aucune raison de penser que leur nom ait jamais été entendu (car c'était un peuple sans importance, que ses propres lois obligeaient à rester confiné en lui:-même, peu doué pour les arts et les sciences et inutile au monde). Et de cela, il y a plus de preuve que ce qu'en

dit Hérodote, ou encore par la raison même de la chose.

+

Car il y

a une sorte de sécrétion blanche -qui se forme toujours derrière le gland, et si le prépuce le recouvre si étroitement qu'on ne puisse l'enlever, elle attaque, irrite et provoque de dangereuses inflammations. Il se produit quelquefois une grave affection chez les enfants et la brûlure de leur urine entame tellement le prépuce, que celui-ci se ferme et forme comme une vessie, retenant l'urine de telle sorte qu'il ne peut pisser tant que le prépuce n'est pas coupé; sans parler du préjudice quant à la génération, ce qui oblige les gens à effectuer l'opération à un âge avancé; ainsi ces inconvénients et souffrances, que l'on rencontre très souvent dans les pays chauds, ont obligé les hommes à

inventer ce moyen pour les éviter à leurs enfants

+

0.

5. Le copiste ne cite aucun nom, mais il n 'y a pas de doute qu'il pense à Flacourt et à bien d'autres auteurs dont il a lu les œuvres et dont il s'est inspiré.

6. Tous les passages entre deux

+ +

ont été censurés dans les éditions

anglaises de 1890 et 1897 de S.P. Oliver. Comme ces dernières ont servi de base à la traduction de Grandidier dans la Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar, t. IV (1906) et aux éditions récentes de Negro Press (1974) et de Greenwood (1()XJ), ils sont pratiquement inconnus des critiques. 30

Mais je suis prêt à supposer et nous aurons maintenant plus de raison de le penser, que ce sont les Juifs qui ont beaucoup elnprunté à ce peuple plutôt que le contraire. Il est manifeste que leur religion est plus ancienne, pour plusieurs raisons évidentes. D'abord, ils croient aux rêves et s'en servent en divination, ce contre quoi, dès la loi de Moïse, on mettait bien en garde les enfants d'Israël ~deuxiè,nement, ce peuple se rase entièrement la tête en signe de deuil ~or, Moïse recommandait expressément aux Israélites de ne pas le faire, et de nos jours, les juifs observent encore superstitieusement ce précepte, et laissent pousser leurs cheveux quand ils sont en deuil. J'allais citer deux ou trois passages des Nombres, du Deutéronome et autres, mais j'ai trouvé à la réflexion que ce serait trop long et inutile; car la Genèse presque dès le début, d'un bout à l'autre du Pentateuque et toute la partie narrative et législative de l'Ancien Testament sont remplis d'exemples de cette nature. Troisièmement, Moïse recommande de ne sacrifier que des mâles, alors que ces gens, le plus souvent, sacrifient plutôt des vaches 7. Dans ce pays, les sacrifices ne sont pas accompagnés de cérémonies nombreuses, ce qui démontre qu'elles ont été ajoutées par la suite. Dans cette île ce ne sont que des festins additionnés d'un peu de superstition. Ils n'ont pas d'offrandes brûlées, mais près de leur sépulcres, ce sont des gommes qu'ils brûlent de cette façon, sans doute est-ce pour se garantir contre l'odeur des cadavres. Quatrièmement, mais le plus remarquable exemple de tout ceci, c'est que rOwley, que ce peuple de Madagascar utilise pour la divination et pour se procurer des rêves extraordinaires, c'est évidemment l'Ephod K et les Teraphim utilisés par les Lévites qui vivaient dans la maison de Michée, voyez Juges 17, auxquels on ne put jamais complètement arracher les Israélites, bien que ce fût contraire à leurs lois, car c'est en opposition avec les prescriptions qu'Abimélech, le prêtre, consulta un Ephod pour David. Je n'ignore pas du tout que certains ont pris ces Teraphim pour des représentations humaines, et il semble qu'on puisse le penser puisque Michal, la fille de Saül, en mit un dans le lit de David pour tromper les envoyés de son père et cacher sa fuite. Quoique j'aie plutôt l'impression qu'il s'agit là de quelque pratique divinatoire avec le Teraphim qu'elle utilisa en sa faveur, car Teraphim, étant un pluriel, ne peut donc signifier une image unique ~de même les dieux que Rachel vola à son père Laban ne

()

7. En général. on sacrifie un animal du sexe de la personne concernée par le sacrifice. 8. C'est le vêtement sacré des prêtres juifs. Celui que revêtait le grand prêtre pour ses fonctions liturgiques était d'étoffe de lin teinte de diverses couleurs et hrodé d'or ~il était orné d'une écharpe et d'épaulières très richement décorées auxquelles étaient fixées deux pierres de cornaline enchâssées dans l'or. 9. Ce terme semhle avoir désigné à l'origine. des images, prohablement des statues, constituant une espèce de dieux lares. 31

pouvaient être un seul dieu de la taille d~un homme~ puisqu~clle s~assit dessus pour les cacher. Le mot dans le texte est Teraphim que l'on traduit par dieux; or, dans Osée, chapitre III, v. 4, une image~ un Ephod et un Teraphim sont tous trois mentionnés dans un même verset, montrant clairement que ce sont des choses distinctes. De plus~ il faut remarquer qu'avec ce Teraphim, ils invoquent les morts, ce qui est exactement ce que fait ce peuple avec son Owley III en invoquant toujours les esprits de leurs aïeux, ce qui est expressément défendu aux Israélites et ce contre quoi souvent les prophètes fulminent acerbement. Ceux qui ont quelque plaisir à lire les superstitions des Cabalistes Juifs peuvent trouver beaucoup d'exemples de cette sorte de divination par Ephod et Teraphim ; et voir que ces esprits sont des messagers qui vont vers Dieu la nuit et rapportent des messages. C'est exactement la notion que ces gens ont de leur Owley ~ s'il y avait une raison pour penser que par Teraphim, on désignait une statue, cela ne changerait pas beaucoup le cas, car après les Egyptiens, et autres nations avancées en sculpture, comme dans d'autres arts, ils peuvent en arriver à en faire une image sculptée. Mais il est évident que c'est l'Owley le modèle original; nous trouvons en divers endroits des Ecritures Ephod et Teraphim mentionnées ensemble; or, l'Ephod est bien connu pour être un petit vêtement de tissu, et cet Owley fixé à une écharpe joliment décorée pour être porté par un homme est évidemment la même chose que Ephod et Teraphim ; et se demander si le bel Ephob du grand-prêtre, et le plastron avec l'Urim et le Thummim Il n'était pas une amélioration de ce modèle, n'est pas une question absurde, ni même une question, car j) est évident qu'il servait au même usage, c'est-à-dire à les porter et faire de la divination. Nous pouvons voir ici J'origine de la notion d'esprit familier, encore améliorée par les chimères de la magie, sorcellerie et autres, qui n'ont pas d'autres fondements que la notion d'esprits, dont les gens disent qu'ils assistent leurs Owleys en tant que messagers vers Dieu et qui provient de ce que les hommes rêvent souvent naturellement et quelquefois de manière intelligible (en tous cas la plupart en jugent ainsi) ; et ce n'est que superstition que de tenter de l'utiliser comme conseil ou d'avoir la connaissance des dangers avant qu'ils n'arrivent. Il est certain que ces gens ne tiennent pas leur religion d'une
~

10. Ao/y. Les o!.v ou oay sont faits généralement de petits morceaux de bois. de perles. Ils peuvent être aussi des réceptacles faits d'une ou plusieurs dents de crocodile ou d'une corne de bo:uf contenant des objets et des ingrédients divers. Ils servent de charmes et d'amulettes protectrices. Ces objets magiques. confectionnés par les fnpÙnasy (sorciers bienfaisants) ne servent guère à invoquer les esprits. mais peuvent être considérés comme chargés de la puissance de ces derniers quand ils sont arrosés de libations d'alcool ou de sang sacrificiel répandus en l'honneur des dieux et des ancêtres. Il. L' Urinl et le Tounlnlim. mots hébreux au sens incertain. désignant des objets utilisés pour connaître par le sort la volonté de Dieu. T. O. B. Exode 28/36.

32

nation

policée et savante du fait qUlls n'ont gardé aucune notion

ou souvenir d'écriture. de rnême qUlls n'ont pas de chevaux chez eux ou dïnstruJnents aussi nécessaires qu'une roue de charrette ou pour un autre usage, chose gu ils n'auraient jamais pu oublier, sïls l'avaient jamais eue. Par sa couleur il est sûr que ce peuple de Madagascar est venu d'abord d'Afrique et peut-être d'Abyssinie ou même d'Egypte. Les Virzimbers, en effct, avec leur tête crépue. doivent venir de la partie la plus méridionale d'Afrique; le capitaine Macket dit que Deaan Toak-Offu lui a raconté qu'ils gardaient une tradition de leur arrivée dans l'île, il y a des générations... dans de grands canots I~ ; mais quelle que soit leur origine, il est évident que leur religion est la plus ancienne du monde connu, et qu'elle n'est pas très éloignée de la pure religion naturelle ~ et soit que les Egyptiens et les Cananéens tiennent d'eux leur religion, soit qu'eux-mêmes soient d'origine égyptienne, elle est née bien avant la captivité des enfants d'Israël, car l'Egypte était alors un pays très policé: et il faut aussi se rappeler, qu'avant le temps d'Abraham, ils n'étaient pas plus idolâtres que leurs voisins l'. Il vaut la peine de remarquer que Melchizedech était un roi et qu'on rappelait Prêtre du très Haut Dieu, expression qui correspond tout à fait à celle de Deaan Unghorray: le Dieu très haut ~de même que cette coutume des rois de Madagascar ou des seigneurs d'accomplir eux-mêmes les offices religieux de caractère public. Je ne peux qu'à peine effleurer ces sujets, pourtant ces allusions bien que hâtives et superficielles, peuvent déboucher sur une découverte comme celle de rorigine de la pratique de la religion révélée ou naturelle, comme on peut s'y attendre un peu. Nous avons déjà dépassé le nombre de pages prévues pour cc livre.. et trop longtemps retardé sa publication, de sorte que je ne peux en aucun cas examiner les auteurs qu'il faut consulter, et je suis obligé à regret. de laisser cette agréable question ~non sans pourtant la résumer. Un gentilhomme d'une honnêteté indubitanle et de bon sens m'a donné respérance de quelques remarques curieuses qu'il a faites dans les parties les moins connues d'Afrique. en pénétrant dans plusieurs endroits du pays, là où les gens n'ont pas été corrompus par les Européens: il les a trouvés innocents. humains, moraux, de même qu'il a confirmé le récit que notre auteur nous a donné de ceux-ci. Mais quelle que soit ma hâte. je ne peux manquer de faire ohserver que les hommes à l'état de Nature et considérant Dieu
12. Flacourt disait déjà:
«

(( fIistoire grands canots» de la grande île de Madagascar» C. O. A. C'. M.. t. VIII. p. 40.) 13. Flacourt (ihid.. p. 40) dit textuellement la même chose: « . ..ce qui me . fait penser que leurs ancêtres sont passés en cette île dès les premières transrnigrations des Juifs. ou qu'ils sont descendus des plus anciennes familles ismaélites dès avant la captivité de Babylone ou de ceux qui pouvaient être restés dans l'Egypte environ la sortie de~ Enfants dïsraël. »

Les ('asinambo sont venus en cette île dans de

33

comme l'auteur de l'Univers ne se font pas d'autres idées de lui que celles qui correspondent à la justice'~ à la sagesse et à la bonté: ils estiment quïl a parfaitement achevé son œuvre, Qu'il ne veut y apporter ni modifications ni améliorations, et qu'il ne se repent pas de ses actions, comme certains osent le prétendre, comme s'il avait fait les choses par inadvertance, à la façon des

mortels faibles et étourdis ~ encore moins peuvent-ils supporter
d'entendre attribuer les pires passions à rEtre divin et parfait, comme la colère, la vengeance et la jalousie: Dieu a donné aux hommes le sens du goût pour juger quel aliment convient au maintien de la vie, et de même qu'il les a faits pour vivre en société, de même il leur a donné le discernement et la raison pour juger de ce qui contribuera le plus à leur bonheur dans les communautés sociales; et nous n'avons pas besoin de chercher plus loin l'origine de la morale et les lois sociales, que dans les sensations les plus simples et les plus naturelles (car je ne les appellerai pas idées) de plaisir et de souffrance. Si nous considérons le genre humain dans son véritable état de Nature, nous ne le verrons pas avec les yeux ridicules des

Hobbistes

14,

qui imaginent que seuls les humains du sexe

masculin se battent les uns avec les autres, au contraire nous trouvons rHumanité, mâle et femelle, et les plus ardents appétits apparaissent alors comme de l'amour pour leurs femmes et de la tendresse pour leurs rejetons. Ils ont même cela de commun avec quelques bêtes; et donc, le véritable état de Nature d'où proviennent les dispositions bienveillantes, la douceur du caractère et les amitiés, et toutes choses plus agréables et plus sûres que de se quereller et se battre ~ils font naturellement des progrès et s'améliorent en prenant soin de ne pas être dérangés dans leurs jouissances. Dans ce tableau très simple et naturel de l'espèce humaine, nous trouvons que quarante familles ne peuvent subsister ensemble sans certaines conventions et accords pour punir ou rejeter les adultères, les meurtriers, les voleurs, même pour l'espace d'un an (j'aurais aimé dire pas même le quart de ce temps, mais cela aurait été trop près de deux fois quarante jours). Le respect des enfants aux parents leur est enseigné très tôt par ceux-ci, et grandit avec eux; en plus de la gratitude qui vient naturellement pour ceux qui les ont nourris et protégés quand ils étaient des enfants sans défense, aussi n'est-il pas du tout étonnant de trouver là une loi contre la malédiction contre les parents. La notion de l'existence d'un auteur suprême de la
14. Thomas Hobbes (1588-1679) est l'auteur du Leviathan et le défenseur du pouvoir absolu. La théorie de Hohhes constitue rune des explications les plus logiques du despotisme. Elle démolit la théorie de la « monarchie de droit divin» et fait reposer, non sans un certain cynisme, I"ahsolutisme sur le contrat, alors que la théorie du contrat visait jusque-là, à limiter les droits de la royauté. ("est pourquoi il sera à la fois admiré et combattu par les théoriciens du contrat, en particulier par J. -J. Rousseau. A plusieurs reprises au cours du récit, il y a des attaques contre cette théorie. 34

nature, vient d'une réflexion naturelle sur l'harrnonie visible et l'unifornlité de l'univers et de voir que les hommes et les choses ne se sont pas faits eux-nlêmcs. La vénération due à cet être prodigicux n'est qu'un étonncnlcnt pieux et bien tourné" une crainte et un respect, de sorte quc c'est aussi surprenant que tout ce qu'on y trouve J'autre, rnais il ne jurent pas de rnanière impie. La division du nl0is se fait sc Ion la Iune, et naturellement" la pleine lune le divise en deux, l'autre division en semaines ou quartiers n'est qu'un très petit perfectionnement, si même c"en est un ~ quant au Sabbat, ces gens n'en ont aucune notion, le jour qu'ils laissent à leurs esclaves n'est pas hebdomadaire mais au hasard, selon les nécessités du moment ou l"humanité du maître. Et pourquoi le septième jour ne put-il pas être laissé aux Israélites" quand ils étaient esclaves en Egypte ? C'est avec le plus solennel plaisir que je remarque la dévotion de ce peuple qui a recours à Dieu en toutes circonstances, recherchant son aide dans la nécessité., et rendant grâces pour les bienfaits avec piété et reconnaissance: ils n"ont pourtant ni temples" ni tabernacles, ni bosquets ou autres lieux d"adoration, ni fêtes, ni jours ou dates fixes, ni de prêtres pour le faire à leur place. Certes" les Umossees ou prophètes dirigent la confection de leurs Owleys avec des racines ou des bois particuliers., ayant., à ce qu'ils disent" des propriétés magiques convenant aux esprits; ils doivent aussi être faits en temps voulu; ils ont introduit quelques superstitions insignifiantes telles qu'en produit la faiblesse de la nature humaine" mais non les vices des prêtres intrigants et tyranniques, mais ils n"ont encore jamais osé rompre avec les grands et glorieux attributs du plus grand des dieux, sagesse, perfection et bonté et ils ont encore moins osé affronter la raison de rhumanité et interrompre leur bonheur par un exemple aussi dangereux que d"affirmer l'immoralité et les passions de l'Auteur suprême de notre existence ~fait qui mérite de retenir l'attention de certains" pour les inciter à regarder en eux-mêmes, et à voir si en introduisant leurs systèmes artificiels de religion, ils n'ont pas, pour autant que ce soit possible à l''homme, déshonoré Dieu et corrompu {"humanité. Que personne ne pense que cet exposé sur leur religion est dû au crédit du seul M. Drury" car rile est très fréquentée depuis peu: et nombre de personnes qui y ont été peuvent être appelées pour ténl0igner, pour autant qu'il soit nécessaire d'apporter des preuves aux observations précédentes (à savoir) les mœurs des gens, leur circoncision" leur manière de sacrifier et l'usage de ces O\vleys: de nlême, sur les cÔtes de Guinée, sur plusieurs centaines de lieues, ils ont une nlachine semblable appelée la

Fetiss

l';,

et ils l'utilisent dans leurs offices religieux~ comme je rai

1.). Fétiche, du portugais feitiçio, « ohjet fée», aux nhjets de culte des civilisations dites primitives.

nom donné par les blancs

3S

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