MARIAGES ET DOMINATION FRANÇAISE EN AFRIQUE NOIRE (1916-1958)

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Durant l'expansion coloniale, la question de l'évolution sociale de la femme indigène fut une des grandes préoccupations des civilisateurs européens. Les religions paléonigritiques et l'Islam sont accusées de donner une place subalterne à la femme. Se fondant sur le socle de la libération de la femme africaine, les missionnaires et l'administration française vont faire évoluer l'état civil indigène. Des mesures sont prises; avec entre autres l'instruction et l'établissement de nouvelles formes de mariages où les femmes deviennent de véritables sujets et non de simples objets.
Publié le : lundi 1 janvier 2001
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EAN13 : 9782296172951
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Mariages et domination française en Afrique noire (1916
-

1958)

Collection Études Africaines

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Aggée Célestin LaMa MYAZHIaM

Mariages et domination française en Afrique noire

(1916

-

1958)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L 'Harmattan Inc. 55, me Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y 1K9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

~L'Hannattan,2001 ISBN: 2-7475-0328-3

Remerciements

J'adresse toute ma reconnaissance aux nombreux archivistes et bibliothécaires qui m'ont aidé tout au long de mes recherches. Toute ma gratitude va à Marie-Paule et André Schlienger qui m'ont permis de concrétiser mes travaux. De la même manière, je remercie Franck Michel, Martial Guédron et Alain Pangop pour le travail patient de relecture de ce texte. Une note particulière, à l'endroit de tous ceux qui, tout au long de ces dernières années ont favorisé, par leur regard critique et leur passion, mon éveil à l'Afrique. Buca Boavida, Kafi Adu Manyah, Fati Ledru, Jean-Paul Gbaguidi, y oporeka Somet, Daouda Maingari, je vous dis, tout simplement, merci.

Ouvrages du même auteur

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Tourismes, touristes et sociétés, sous la direction de Franck Michel, Paris, L'Harmattan, 1998 Esclavages et servitudes d'hier et d'aujourd'hui, Strasbourg, Editions Histoire et Anthropologie, 1999 A paraître coéditeur,

. .

Sociétés et rivalités religieuses
(1916-1958), Esquisses camerounaises.

au Cameroun sous
2000. au quotidien...

domination française

Paris, L'Harmattan, Anthropologie

A Toungou Marcelle A Liz Carol

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Sommaire
Carte du Cameroun Abréviations
Introduction Chapitre J. De quelques considérations sur les mariages A. Essai d'anthropologie du mariage B. La conception musulmane du mariage
1. La th éori

6 8
9 15 16 28

e . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 28

2. La pratique chez les Kanuri et les Peul.

32

Chapitre 2. Pratiques, conceptions chrétiennes et missionnaires du mariage 39 A. La spécificité catholique
mariage.

39

B. La Société des Missions Evangéliques de Paris: la femme indigène et le
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 42

Chapitre 3. Du mariage et des avancées de la mission civilisatrice A. La femme africaine au regard de la littérature coloniale B. Les "féministes" et le problème de la femme indigène C. La polygamie des indigènes à travers quelques textes coloniaux Chapitre 4. Le Statut personnel, l'état civil et le mariage indigène A. Du mariage, de son évolution juridique et de quelques rivalités B. Etat civil indigène, missions, administrations et les mariages C. Le tournant de 1934 ou la victoire des missionnaires Chapitre 5. Du sixa et de quelques problèmes avec les indigènes Conclusion: la voix des indigènes Orientation bibliographique

49 49 57 60 81 81 87 99 119 129 135

Abréviations

AACSSp : Annales Apostoliques de la CSSp AC : Affaires Culturelles AEF : Afrique Equatoriale Française ANC : Archives Nationales du Cameroun (à Yaoundé) AEF : Afrique Equatoriale Française AOF : Afrique Occidentale Française AP A : Affaires Politiques et Administratives Arch. CSSp : Archives de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit

ATCAM : Assemblée Territoriale du Cameroun BOCSSp : Bulletin des œuvres de la CSSp CAOM : Centre d'Archives d'Outre-mer
CSSp : Congrégation des Pères du Saint-Esprit DEFAP : Département Français d'Action Apostolique ( ex-SMEP)

JOC : Journal Officiel du Cameroun
MP A : Mission Presbytérienne Américaine MPF : Mission Protestante Française NBC: Native Baptist Church SCJ: Sacré-Cœur de Jésus SMEP : Société des Missions Evangéliques de Paris

Introduction

Le Cameroun actuel, constitué en République à travers la réunification (des anciennes tutelles française et anglaise) du 1er octobre 1961, est moins le fruit de forces internes, d'une dynamique propre aux populations autochtones, que des volontés externes issues des puissances coloniales. Le nom et l'espace recouverts ont changé en fonction de la puissance coloniale présente. Ainsi, on est passé successivement du Camaroes portugais de 1472 au Camerones des commerçants et navigateurs espagnols des XVIIe et XVIIIe siècles, du Kamerun allemand acquis depuis le 18 juillet 1884 aux British Cameroons pour les régions anglaises et Cameroun affecté aux territoires sous contrôle français (ceci, suite à la débâcle allemande du 20 février 19161 et à la partition de leur protectorat). Notre propos dans cette étude concerne le Cameroun Oriental, l'ancien Cameroun français, qui voit le jour suite à la déclaration franco-anglaise du 10 juillet 1919 et s'achève officiellement par l'indépendance du pays le 1er janvier 1960. Une conquête militaire donne le droit et le devoir à la France d'assurer la "mission civilisatrice" sur un territoire au paysage humain diversifié. On y compte plus de 200 groupes ethniques. L'ethnie étant prise ici dans son acception la plus large: celle qui la situe entre l'appartenance à une communauté de langue et de coutume, le fait de partager les mêmes traditions et la création, possible, d'un Etat. Malgré cette diversité, ces populations appartiennent à un continuum
1. Chute du dernier bastion allemand de Mora commandé par Von Raben.

ethnolinguistique! commun. Ce qui donne une certaine homogénéité à leurs conceptions du vécu, leurs constructions du futur, leurs analyses du passé. Tout cela n'est pas pour nier les particularités inhérentes à chaque groupe d'hommes entretenant entre eux des rapports de parenté2 ou de filiation. Nous dirons, donc, que toutes les populations camerounaises, quoique présentant des variantes dans leurs organisations sociales, peuvent être intégrées dans le moule négro-africain. Celui-ci se traduisant, entre autre, par une omniprésence du religieux dans la vie quotidienne, une incessante et continuelle relation entre le visible et l'invisible, une indifférenciation entre les activités économiques, politiques, techniques, spirituelles. Le tout marqué du sceau de la recherche de l'origine, le temps des commencements porté par des mythes créateurs. Ce sont des sociétés qui, en définitive, perpétuent sans cesse la tradition3 des démiurges et des ancêtres dans l'acte sacré du mariage. Moment solennel d'union entre deux êtres de sexes opposés, la réunion des contrairescomplémentaires sera un des pôles d'opposition entre les missionnaires et les autochtones notamment à travers les
1. En suivant la classification établie par Théophile Obenga, les groupes de populations du Cameroun appartiennent à trois des sous-groupes tchadique, ni/osaharien et nigéro-kordofanien du grand groupe négro-égyptien (Origine commune de l'égyptien ancien, du copte et des langues négro-africaines modernes. Introduction à la linguistique historique africaine, Paris, L'Harmattan, 1993). 2. Parenté prise ici dans sa plus large acception en tant que système de parenté c'està-dire l'ensemble des relations qui, dans toute société, définissent un certain nombre de groupes et de sous-groupes, et déterminent les obligations et les interdictions auxquelles doivent se soumettre les membres de ces groupes (circulation des biens et prohibition de l'inceste par exemple). 3. Le terme tradition à un double sens que nous empruntons à Dominique Zahan (Religion spiritualité et pensée africaines, Paris, Payot, 1970, p. 13). La tradition exprime en premier lieu « l'expérience du groupe humain» et « la somme de la sagesse détenue par une société à un moment donné de son existence». En second lieu, c'est spécifiquement dans le sacré-social négro-africain ou paléonigritique, « un moyen de communication entre les vivants et les morts, car elle représente la parole des ancêtres ». 10

œuvres catholiques des fiancées (les «sixas» qui servent à éduquer la jeune fille indigène et à la préparer au mariage). Sous l'action conjuguée des missionnaires et des administrateurs coloniaux, les populations colonisées, qui deviennent entre-temps des indigènes!, verront toutes leurs structures anciennes bousculées par «l'occidentalisation »2. Dans cette optique, de nouveaux pouvoirs et sacrés s'installent, de nouvelles visions du monde auxquelles les populations doivent s'adapter sous peine de périr. L'installation des
missionnaires chrétiens

- qui

voient

dans

les

pratiques

polygames des Africains (fétichistes et musulmans) un frein à l'avancée de la Civilisation - va exacerber les tensions religieuses et sociales avec l'islam et les religions paléonigritiques3. Ces dernières sont accusées de donner une place subalterne à la femme qui ne serait qu'une esclave dans ces sociétés arriérées. Se fondant sur le socle de la libération de la femme africaine, ayant compris que la formation de la famille chrétienne constituait le premier pas vers la nation chrétienne, les missionnaires catholiques et protestants à l'unisson vont faire évoluer l'état civil indigène. Dans les mariages indigènes, au regard des missionnaires, le «jeu

1. Nous emploierons « indigène» dans son sens juridique, tel qu'il est utilisé à l'époque coloniale et défini par le décret du 31 juillet 1927 portant sur la réorganisation de la justice indigène des territoires du Cameroun. En son article premier, on peut lire que sont considérés comme indigènes: «Les individus originaires des territoires africains sous mandat français du Togo et du Cameroun, des possessions de l'AOF et de l'AEF ne possédant pas la qualité de citoyens
français

étranger - compris entre ces territoires ou leurs pays limitrophes ne possédant pas dans leur pays d'origine le statut de nationaux européens».

- et

ceux qui sont originaires

des pays étrangers

ou placés sous mandat

2. V. T. Le Vine, Le Cameroun. Du mandat à l'indépendance, Paris, Présence Africaine, 1982. Voir notamment le chapitre III. 3. Pour en savoir plus sur les rivalités religieuses, on lira notre ouvrage, Sociétés et rivalités religieuses au Cameroun sous domination française (1916-1958), Paris, L'Harmattan,2000. Il

social est mené par des acteurs masculins », les femmes n'y sont que des « objets à échanger ». Les missionnaires, assurant l'évangélisation du Cameroun, sont principalement la Congrégation du SaintEsprit, le Sacré-Cœur de Jésus (du côté catholique) et la Société des Missions Evangéliques de Paris (protestante). Ces missionnaires, s'installant grâce à la conquête militaire, reprennent l' œuvre allemande 1. Pour cette étude nous avons consulté des documents en provenance des Archives de la Congrégation du Saint-Esprit (à Chevilly-La-Rue), les Archives de la Société des Missions Evangéliques de Paris (SMEP/Défap), le Centre d'Archives d'Outre-mer (Aix-enProvence) et les Archives Nationales du Cameroun à Yaoundé. Soulignons que nous avons eu l'opportunité de compulser les archives privées d'un ancien missionnaire du Cameroun, le Père Litshgi (diaires etjoumaux de missions). Pour rendre les populations malléables, les Occidentaux s'attachèrent non seulement à donner de nouveaux statuts aux colonisés mais également de nouveaux cadres juridiques. Si certaines des coutumes anciennes restent tolérées, de nombreuses sont bannies et on assiste à la naissance, dans les territoires français, de coutumiers, sorte de « codification» des lois tolérées chez ces populations dites "de civilisations inférieures". Tout en essayant, au fur et à mesure de l'avancée de la mission civilisatrice, de respecter les pratiques des différents groupes d'indigènes - qui seront qualifiés de fétichistes, musulmans ou chrétiens - les autorités administratives, s'appuyant sur l'arsenal législatif métropolitain et sur les jurisprudences issues d'autres expériences coloniales

1. La liquidation des biens allemands au Cameroun et au Togo est assurée au cours de la conférence franco-britannique, lors de la séance du 21 avril 1920. 12

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