//img.uscri.be/pth/095ec15e9a2b4bcfc23ffae60f3d324f22a4937d
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 12,60 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Méditerranée: l'impossible mur

De
192 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1995
Lecture(s) : 263
EAN13 : 9782296301535
Signaler un abus

Méditerranée: l'impossible mur

Les cahiers de Confluences
Collection dirigée par lean-Paul Chagnollaud constituent le prolongement de la revue trimestrielle

Confluences Méditerranée
dont l'ambition est de contribuer à la réflexion sur les grandes questions politiques et culturelles concernant le bassin méditerranéen

Les dossiers traités par la revue Confluences Méditerranée parus à ce jour sont: - Des immigrés dans la cité. Le Proche-Orient entre guerre et paix. (N°l - Automne 1991). - La sécurité en Méditerranée. Le conflit israélo-palestinien après Madrid. (N"2 - Hiver 1992) - Maghreb: la démocratie entre parenthèses? (N° 3 - Printemps 1992) - Face à l'Etat, la permanence des minorités. (N° 4 - Automne 1992) - Les flux migratoires. (N° 5 - Hiver 1992/93) - Les replis identitaires. (N° 6 - Printemps 1993) - L'Europe et la Méditerranée. (N° 7 - Été 1993) - Balkans: l'implosion? (N° 8 - Automne 1993) - Repenser le ProchecOrient. (N° 9 - Hiver 1993 -1994) - Villes exemplaires, villes déchirées. La Tunisie au miroir de sa communauté juive. (N° 10 - Printemps 1994) - Comprendre l'Algérie. (N° 11 - Eté 1994) - Géopolitique des mouvements islamistes en Méditerranée. (N° 12 Automne 1994)

Confluences Méditerranée. FondateUr: Harnadi Essid (1939 - 1991) Directeur de la rédaction: Jean-Paul Chagnollaud - Comité de rédaction: Christian Bruschi, Christophe Chiclet, Régine Dhoquois-Cohen, Thierry Fabre, Alain Gresh, Bassma Kodrnani-Darwish, Abderrahim Larnchichi, Bénédicte Muller, Bernard Ravenel - Secrétariat de rédaction: Anissa Barrak.

-

77 rue Blomet 75015 Paris Télécopie: 48424744

BERNARD RAVENEL

Médi terranée:

l'impossible mur

5-7 rue de l'Ecole Polytechnique75005 Paris

Editions L'Harmattan

Du même auteur

-

La Méditerranée:

le Nord contre le Sud? Editions L'Harmattan,

1991.

@Editions L'Harmattan, 1995 ISBN: 2-7384-3177-1

Ce livre doit beaucoup aux réflexions de Gianpaolo Calchi Novati, grand spécialiste italien du tiers monde et de l'Afrique en particulier

A v ANT-PROPOS

Ce livre se situe dans la continuité de Méditerranée, le Nord contre le Sud?, paru en mai 1990, quelques semaines avant la guerre du Golfe. Or cette guerre est vite apparue comme un tournant historique dans l'évolution des rapports Nord-Sud dans l'espace méditerranéen. De cette évolution, j'avais tenté de déceler les tendances lourdes, en particulier sur le plan stratégiquè. En même temps, la nouveauté radicale que constitue la guerre du Golfe entraîne une série de conséquences et d'effets qui étaient difficilement prévisibles avant. Mais à cette guerre, véritable acte de naissance de la période post-guerre froide, se sont ajoutées deux autres tragédies en Méditerranée: l'éclatement violent de la Fédération yougoslave et les syndromes d'une guerre civile en Algérie. Ces deux événements à leur tour contribuent à la déstabilisation d'une grande partie de la région méditerranéenne (les Balkans d'un côté, le Maghreb de l'autre). Ils obligent à réexaminer en profondeur des thèmes jusque-là gravement sous-estimés tels que la question nationale et l'affrontement des cultures. Leur solution conditionne l'avenir de la paix et de la guerre en Méditerranée. Mais la solution politique ne se sépare pas de la solution des problèmes économiques et écologiques qui frappent toute la région, ce qui suppose de redéfinir - ou de définir-les éléments d'une autre stratégie économique et politique à l'échelle euro-méditerranéenne. Ce livre, qui regroupe une série d'articles écrits depuis la guerre du Golfe, se propose de présenter un certain nombre d'aspects qu'il paraît important de prendre en compte pour créer les conditions d'une réponse d'ensemble à ce qu'on pourrait appeler "la question méditerranéenne". La nouvelle organisation du monde post-bipolaire, la sécurité commune, la supranationalité, la donnée irréversible de la multiculturalité, la réactualisation de la tradition universaliste de la citoyenneté, la
Les Cahiers de Confluences 7

MEDITERRANEE: L'IMPOSSIBLEMUR

reconstruction des acteurs du processus politique constituent ici le cadre de référence, plus ou moins explicité, d'une nouvelle culture politique - et juridique - nécessaire pour aborder efficacement l'ensemble des défis qui sont devant nous en Méditerranée - comme ailleurs.

8

DE L'EsT -OUEST AU NORD-SUDl

L'inoubliable 89 aura été une année d'accélération extraordinaire de l'Histoire et en 1990 avec laGrlSe du Golfe, personne ne peut nier qu'elle ne connaisse une nouvelle poussée... Qui a parlé de la fin de l'Histoire? Ces deux moments exceptionnels nous contraignent à nous interroger sur les "trends" dominants de la période pour tenter de comprendre ce qui semble bien être une "guerre inédite". Ceci suppose de tenter une approche globale de ce qui se passe sur la planète et que l'on peut caractériser comme phase de transition d'un ordre international bipolaire - en crise

est loin d'être constitué ou consolidé. Cette phase me paraît se définir à la fois par la constitution - conflictuelle - d'un nouvel équilibre entre les forces économiques dominantes du Nord et par l'aggravation des déséquilibres entre le Nord et le Sud L'année 1989 aura été l'année de l'Allemagne ~. Si l'on retient l'idée que la "stabilité" économique internationale est une sorte de "bien public" produit par la puissance hégémonique, on peut dire que le rôle de stabilisateur international a d'abord été celui de l'Angleterre avant d'être celui des Etats-Unis (la crise de 29, la dépression des années trente et la Seconde Guerre mondiale représentant la douloureuse phase de transition d'une hégémonie à une autre). Vers un nouvel équilibre du Nord? Aujourd'hui, on peut avancer l'hypothèse 3 que la position hégémonique des Etats-Unis est en grave difficulté du fait des retards dans les domaines de la technologie et de la productivité, mais qu'à la différence des années trente il n'y a pas de successeur valable immédiatement en vue. On irait donc vers un système d'hégémonies régionales, vers une sorte de
Les Cahiers de Confluences 9

définitive - à un autre ordre - mono ou multipolaire? - qui

MEDITERRANEE: L'IMPOSSmLE MUR

division du travail dans l'exercice des fonctions hégémoniques: d'un côté le Japon et l'Allemagne, distributeurs du crédit international, de l'autre, les Etats-Unis gardant leur suprématie politico-militaire. L'écroulement de l'Est, la fin du bipolarisme ont encore affaibli le rôle de stabilisateur international des Etats-Unis et en revanche rendu plus évident et efficace le système des hégémonies régionales avec l'Allemagne comme plus fort distributeur de crédit international et puissance absolument hégémonique en Europe occidentale avec de fortes potentialités vers l'Est européen (URSS, Tchécoslovaquie, Hongrie, Yougoslavie). A partir de là deux données se dégagent: le rôle hégémonique de l'Allemagne se limite encore à l'Europe occidentale mais avec des possibilités d'extension vers l'Est; l'Allemagne sera l'actionnaire de référence de la Société "Europe": son poids dans l'arène mondiale vis-à-vis du Japon et surtout des Etats-Unis ne sera pas celui de la seule Allemagne mais de l'Europe dans son ensemble. Comme l'a dit le chancelier Kohl, "pour moi l'unification allemande et l'unification européenne sont les deux faces de la mêmemonnaie".4 Le mark, précisément... C'est sur cet-arrière fond qu'il faut situer deux événements qui, en à peine une semaine, ont rendu évident aux yeux du monde le tournant opéré dans les relations internationales de l'après-guerre: le sommet de Houston qui a réuni les sept Grands (G7) et la rencontre Gorbatchev-Kohl à Stavropol en Ukraine. Début juillet au sommet de Houston, le chancelier Kohl est apparu comme l'homme déterminant. A ce sommet où se sont exprimées de fortes divergences euro-américaines sur l'aide à Gorbatchev et sur les subventions agricoles, la certitude de sa propre force qui a permis à Kohl de repousser la première ébauche du document final présenté par le président Bush par un simple "je ne suis pas d'accord" avait profondément frappé les Etats-Unis. Le New York Times titrait "Fin de la domination américaine".. . Quelques jours plus tard, le 16 juillet, c'est la rencontre Gorbatchev-Kohl en Ukraine. Le sourire satisfait avec lequel Kohl est apparu aux côtés de Gorbatchev pour annoncer au monde l'événement qu'était le oui inconditionnel de Gorbatchev à l'unité de l'Allemagne unie dans l'OTAN 5 ne pouvait pas ne pas faire naître contre lui un certain 10

,<

DE L'EsT-OUEsT

AU NORD-SUD

ressentiment aux Etats-Unis. Dans le Washington Post, Richard Cohen écrit "le 16 juillet a sanctionné le surgissement de l'Allemagne, le déclin des Etats-Unis".6 Effectivement l'accord du 16 juillet porte en lui une grande menace pour les Etats-Unis: la mise en discussion de toutes les présences étrangères sur le territoire de la nouvelle nation. Les Allemands pourront se demander contre quel ennemi ils sont protégés par les "alliés" militairement présents sur leur territoire... A moins que l'ennemi ne soit autre qu'eux-mêmes... Et s'il n'y a plus de troupes étrangères, de quelle manière sera garantie la présence américaine en Europe? Ainsi, l'accord du 16 juillet pose la question des garanties de la permanence des structures politiques et économiques de l'Europe unie de 1992. Le modèle américain gardera-t-il sa validité universelle? Les pays de l'Est n'amèneront-ils pas à l'Ouest une discussion sur les valeurs d'une social-démocratie rénovée et d'un nouveau keynésianisme social et écologique? Toujours est-il que désormais la question du départ des troupes américaines d'Europe est posée. Vers une gestion tripolaire des équilibres mondiaux? La deuxième superpuissance mondiale étant sortie de scène, le meilleur schéma de gestion des équilibres mondiaux apparaît être un système trilatéral autour des Etats-Unis, de l'Allemagne et du Japon. Après la chute de .la puissance militaire, la primauté est donnée au poids économique et ce schéma serait une garantie de paix durable sur presque toute la planète. L'Allemagne est le leader de l'Europe unie et gère les rapports avec l'URSS, le Japon garantit les rapports avec la Chine, et les Etats-Unis ont un avantage sur les deux nouvelles superpuissances: ils représentent encore une forte puissance militaire. C'est donc à eux que revient le commandement de la troïka. C'est dans ce contexte qu'il faut considérer la réorganisation stratégique de l'OTAN. L'OTAN à la recherche d'un ennemi Dans le nouveau panorama européen en mouvement "perpétuel" avec la perspective d'une Allemagne unie et pleinement souveraine,la dissolution progressive de l'Organisation du pacte de Varsovie (OPV) remet en question
Les Cahiers de Confluences Il

MEDITERRANEE: L'IMPOSSffiLE MUR

l'existence de son équivalent occidental, l'OTAN. Quel est le sens de la survie de l'OTAN avec la disparition de son ennemi à l'Est, et à plus forte raison d'une OTAN renforcée par la présence d'un nouvel Etat pan allemand? Quel organisme pourrait la remplacer en particulier à partir de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) pour constituer un nouveau système de sécurité européen? Va-t-on vers une Alliance atlantique plus politique, moins militaire (par la suppression éventuelle du commandement militaire intégré)? A ces questions plusieurs réunions rapprochées de l'OTAN à différents niveaux 7 ont permis d'apporter une réponse qui sera présentée à l'issue du sommet de Londres des 5-6 juillet 1990: maintien et même relance de l'OTAN comme alliance

politico-militaire en Europe.

.

Quelles furent les motivations principales de ce "revival" qui supposait bien évidemment un minimum d'adaptation à la nouvelle situation créée par la disparition de fait de l'OPV 8? En réalité, si les Etats-Unis ont voulu relancer l'OTAN comme garantie de leur permanence en Europe, ce n'est pas parce qu'ils considèrent qu'il y ait encore à craindre du côté des Tchèques ou des Hongrois ou même des Soviétiques, mais parce qu'ils pensent que quitter l'Europe serait la laisser vite
tomber sous l'hégémonie exclusive d'une Allemagne unifiée

-

et bientôt réarmée - et en même temps dangereux concurrent économique.. . Mais un autre motif, tout aussi important, explique la volonté des Etats-Unis de construire un bloc militaire européen monopolaire sous leur direction: la menace du Sud. Déjà Margaret Thatcher, toujours à l'avant-garde des Etats-Unis et qui dit parfois haut et fort ce que les autres pensent tout bas, avait déclaré à la réunion de rOT AN qui était tenue les 6 et 7 juin 1990 en Ecosse: "Le siècle prochain nous dépendrons de nouveau du pétrole du Moyen-Orient. Avec la diffusion d'armes perfectionnées dans des zones sensibles comme celleslà, des menaces puissantes contre l'OTAN peuvent avoir des origines hors d'Europe, il sera donc prudent de maintenir des capacités de s'adapter à des rôles multiples avec des forces plus
mobiles"

.

De manière significative, le 19 juin 1990, à la réunion de l'OTAN de Knokke en Belgique, le Japon avait été, invité pour la première fois. Et à cette occasion, le sous-secrétaire d'Etat à la Défense Paul Wolfowitz a expliqué que, dans un avenir 12

DE L'EsT-OUEsT

AU NORD-SUD

proche, il pourrait y avoir des manœuvres conjointes entre pays membres de l'OTAN et le Japon s'il y a besoin d'une "intervention pacificatrice" dans quelque partie du monde. Le modèle proposé est celui de l'intervention dans le Golfe en 1987 durant la guerre Irak-Iran. Ainsi s'éclairent les nombreux projets qui visent à conférer à l'Italie le rôle de pays de première ligne tenu jusque-là par l'Allemagne fédérale. On assiste en effet actuellement à un processus de militarisation du Mezzogiorno: aménagement de la base de Crotone en Calabre pour recevoir les avions américains F16 congédiés de la base espagnole de Torrejon, nouveau port militaire de Tarente, multiplication de polygones en Italie du Sud, en Sicile et en Sardaigne... Le Nord (Occident, Japon, URSS) face au Sud Dans la foulée de la liquidation du système bipolaire, les Etats-Unis et l'URSS ont "soldé" un certain nombre de conflits régionaux devenus "anachroniques" ou résiduels. Ce fut le cas en Asie avec l'Afghanistan et, plus tard, le Cambodge, en Afrique australe (Angola, Namibie, Afrique du Sud, Mozambique), en Amérique latine (Nicaragua et, partiellement, Salvador...) Certes, une fois levée l'hypothèque de la guerre froide, la fin (progressive) de ces conflits armés ne règle pas du même coup les problèmes locaux et régionaux qui les ont alimentés. Elle les a simplement situés dans un cadre partiellement pacifié le plus souvent à l'avantage des alliés des Etats-Unis. D'une certaine manière la nouvelle situation créée laisse voir plus crt1ment l'aggravation des conditions de vie de la majorité des pays du tiers monde au cours de la décennie quatre-vingt, comme l'a constaté le dernier rapport de la Banque mondiale 9. La détérioration des termes de l'échange, le poids accru de la dette expriment sans équivoque possible la violence économique subie par le Sud au cours de ces dix dernières années. Mais c'est le Moyen-Orient qui polarise le mieux cette aggravation de la situation du Sud avec deux aspects: l'absence de perspective de solution au conflit israélo-palestinien et l'évolution du marché du pétrole. Délivrée du poids de la compétition globale Est-Ouest qui selon certains était la contradiction principale dans la question arabo-israélienne, la poudrière du Moyen-Orient apparaît
Les Cahiers de Confluences 13

MEDITERRANEE: L'IMPOSSffiLEMUR

comme une matière décidément difficile à désamorcer. Le contentieux se présente en termes élémentaires: occupation de territoires par Israël et revendication nationale palestinienne. Or, aucune des motivations qui ont permis de résoudre plus ou moins nombre de conflits périphériques grâce aux bons offices des supergrands ou à leur désengagement n'a pu trouver d'application au Moyen-Orient. L'auto-exclusion de l'URSS, la timidité de l'Europe semblent avoir rendu caduque la proposition de conférence internationale et créent un dangereux vide sur l'échiquier moyen-oriental dans la mesure où aucune puissance ne semble capable d'exercer une action de médiateur entre Israéliens et Palestiniens (et Arabes). Tout s'est réduit aux rapports (inégaux) que les Etats-Unis ont, d'un côté avec Israël, de l'autre avec l'OLP. Or, après trente mois d'Intifada, après huit cents morts, des dizaines de milliers de blessés 10, après dix-huit mois de colloques infructueux avec les Etats-Unis, après le veto américain au Conseil de sécurité opposé à la proposition avancée par Yasser Arafat après le massacre de Rechon Itziom d'envoyer des observateurs de l'ONU dans les territoires occupés, après le vote par le Congrès de cent millions de dollars en faveur du gouvernement israélien pour "favoriser l'insertion dans le pays des immigrés juifs de l'Est européen", la décision du président Bush, le 20 juin 1990, de "suspendre" le dialogue OLP/Etats-Unis risque de remettre définitivement en cause tout effort de paix. Les décisions américaines dans lesquelles s'encadre (le Il juin) la constitution du gouvernement israélien le plus à droite depuis la naissance d'Israël, "véritable cabinet de guerre" selon Y. Arafat, apparaissent dès lors lourdes de conséquences que l'on peut résumer ainsi: Un renforcement de tous ceux qui considèrent comme manipulatoires les exigences américaines à l'égard des Palestiniens pour la reconnaissance d'Israël, la dénonciation du terrorisme, l'acceptation de construire un éventuel Etat palestinien sur seulement 23 % de l'ancienne Palestine, la suspension de la lutte armée. A ces demandes Arafat a répondu positivement mais semble n'avoir rien obtenu en échange; Un succès des islamistes radicaux (mouvement Hamas chez les Palestiniens) et de tous ceux qui soutiennent que seuls la "Guerre sainte" et le non-respect des règles du jeu international peuvent amener des résultats concrets là où l'OLP 14

DEL'EsT-ÛUEST

AU NORD-SUD

aurait failli; Une déstabilisation de toute la zone moyen-orientale où les leaders "modérés", à commencer par le roi Hussein, ont été abandonnés à leur destin par les Etats-Unis, tandis que l'URSS a privé de son appui les Etats plus "radicaux". En particulier il est clair que dans le nouveau gouvernement israélien, autour d'Ariel Sharon, on envisage de plus en plus sérieusement "l'option jordanienne", c'est-à-dire la substitution des populations palestiniennes de Cisjordanie et de Gaza déportées vers la Jordanie par de nouveaux colons dont une partie des juifs soviétiques - actuellement orientés vers la partie arabe de Jérusalem - parallèlement à un travail de déstabilisation de la monarchie hachémite. Cette déstabilisation risque d'entraîner un conflit armé sur le sol jordanien entre Israël et Irak, aux conséquences incalculables; De plus, la crise économique 11, le désespoir, le sentiment d'être trahis par le nord de la planète et surtout par l'Occident peuvent permettre au mouvement intégriste de renverser de nombreux régimes arabes de l'Egypte à l'Mrique du Nord (l'Algérie par exemple); Enfin on peut considérer - c'est une hypothèse à discuter - que cette interruption du dialogue avec l'OLP peut être aussi fonction de la nécessité pour les Etats-Unis de trouver un nouvel ennemi dans le monde arabo-islamique (après Khomeiny!) qui puisse justifier, après la dissolution de l'Est, le refus de toute autonomie politique européenne dans la zone de la Méditerranée. A ce tableau de durcissement américain et d'intransigeance israélienne, il faut ajouter la politique de l'Irak dans un monde arabe en crise qui cherche à se recomposer et à se resituer pour affronter de manière plus réaliste les processus d'internationalisation de l'économie et de la finance qui redéfinissent la géographie économique du nord de la planète. Déjà, en 1981, les six Etats pétroliers du Golfe, avec à leur tête l'Arabie saoudite, ont constitué un Conseil de coopération du Golfe. Mais en 1989 le mouvement a pris une tout autre ampleur. Deux pôles l'un au Maghreb, l'autre au Machrek se sont officiellement constitués. Cette double intégrationrégionale et dans le marché mondial - suppose pour produire les effets positifs attendus sur le plan économique, à l'Ouest la solution du problème sahraoui, à l'Est le règlement de la question palestinienne.
Les Cahiers de Confluences 15

MEDITERRANEE: L'IMPOSSmLEMUR

A l'Ouest, c'est donc la constitution de l'Union du. Maghreb arabe (UMA) qui se présente comme un interlocuteur de la CEE, à l'Est c'est le Conseil de coopération arabe (CCA) avec l'Irak, l'Egypte, le Yémen et la Jordanie. A partir du CCA, l'Irak espérait bien, éventuellement aidé par l'Egypte comme intermédiaire, entrer dans un processus de reconstruction et de développement concené avec l'Occident. Fin mai 1990, le sommet de Bagdad sanctionne le leadership de l'Irak et de son chef Saddam Hussein, symbolisé en outre par son parrainage de l'OLP. La Syrie l'a reconnu à contre-cœur, l'Egypte est restée dans le sillage mais entend bien pouvoir "conditionner" l'Irak pour éviter des bouleversements excessifs. L'Arabie saoudite pense de même grâce à sa capacité de manœuvrer le prix du pétrole et le flux des crédits. Ayant opté pour une ligne conciliatrice avec l'Iran, Saddam Hussein, pour renforcer son hégémonie régionale et s'imposer comme interlocuteur à l'Occident qui lui préfère l'Egypte et même la Syrie..., entend utiliser sa supériorité militaire en se présentant comme le meilleur défenseur de la cause palestinienne et donc comme l'ennemi numéro un d'Israël. Une nouvelle ère stratégique Or, après la guerre entre l'Iran et l'Irak, le Moyen-Orient s'est transformé en une zone de grande densité d'engins balistiques. Désormais aucune capitale de cette région ne se trouve à l'abri d'un lancement de missiles avec des charges conventionnelles. Face à l'armement israélien, plusieurs pays arabes et en particulier l'Irak cherchent à établir un "équilibre dissuasif' en se dotant de têtes chimiques et, bientôt, nucléaires. Parallèlement, Israël continue à perfectionner son potentiel nucléaire et ses systèmes de lancement. L'actuel programme spécial d'Israël, qui a débuté en 1987, vise à mettre en orbite un satellite d'observation militaire (Early Warning) par l'intermédiaire de la fusée Jéricho II et à développer un missile nucléaire pour le théâtre d'opérations d'une ponée de 1500 km qui lui permettrait d'atteindre aussi bien la Libye que Bagdad.12 On peut donc dire que le Moyen-Orient. est entré dans une nouvelle ère stratégique qui se caractérise par une amplification du champ de bataille. Une nouvelle guerre au Moyen-Orient conduirait presque sûrement à l'utilisation de ce type de missiles qui, du fait de la précision dont ils sont dotés, 16

DE L'EsT-OUEsT

AU NORD-SUD

acquièrent un profil d'armes de première frappe. Le fait même pour l'Irak de s'être autoconstitué comme puissance régionale militairement compétitive avec Israël est un facteur nouveau dans l'équation stratégique moyen-orientale dont l'issue - si ne se renverse pas rapidement l'actuelle logique de guerre - pourrait être absolument dramatique. Certes, l'Irak n'a pas de frontière commune avec Israël. TIn'a jamais eu de rôle direct dans les guerres israélo-arabes et n'entend probablement pas aller jusqu'à la confrontation armée. Il espère plutôt utiliser et développer sa force militaire pour poser sa candidature comme pilier du sous-système du Moyen-Orient et être alors en état d'obtenir des Etats-Unis à la fois un statut d'interlocuteur privilégié et donc des concessions économiques et financières pour la reconstruction et la modernisation de son économie. Or, avoir contenu l'islamisme chiite iranien semblait avoir procuré à l'Irak les titres suffisants pour maitriser le Golfe, son pétrole et son espace stratégique. Or l'homme fort de Bagdad constate qu'en dépit des sacrifices et des destructions que son pays a connus, l'Arabie saoudite et ses satellites - le Koweit en particulier - participent activement, en liaison avec les marchés de Londres et de New York, à une politique de bas prix du pétrole et qu'ils continuent leur traditionnelle politique au service d'intérêts dynastiques ou extérieurs au monde arabe, confiant la rente pétrolière à la City au lieu de l'investir dans le développement du monde arabe: en particulier de l'Irak... Les six monarchies pétrolières disposent d'un excédent de 462 milliards de dollars dans les banques occidentales. Leurs efforts pour investir dans des projets productifs dans les pays arabes ne dépassent pas 7 % de leurs investissements à
l'étranger P 3

En même temps, l'Egypte, soutenue par l'Europe et les Etats-Unis, que l'Irak avait aidée à sortir de l'ostracisme décidé par la Ligue arabe en 1979 après Camp David se posait comme leader des Arabes "modérés" pour contenir les revendications irakiennes. Vers une nouvelle géopolitique du pétrole Finalement, avant la guerre "tout court", l'affrontement Etats-Unis/Irak a eu lieu à travers la Conférence de l'OPEP à Genève en juillet 1990, par le biais du contentieux entre Irak et
Les Cahiers de Confluences 17

MEDITERRANEE: L'IMPOSSmLEMUR

Koweit - ou mieux entre l'Irak et les six pétro-monarchies pro-américaines du Golfe regroupées dans le CCG. Le contentieux de fond repose sur un constat simple, brutal: depuis le contrechoc pétrolier de 1986, on assiste en effet à une grave détérioration des termes de l'échange au détriment du prix du pétrole brut. Selon le rapport de la CNUCED, le pouvoir d'achat du pétrole - avant la récente poussée des tarifs - comparé aux coûts de production industrielle était la moitié de celui de 1979.14 Selon l'analyste américain indépendant Joseph Story: "Le prix réel du pétrole actuel est, si on tient compte de l'inflation, à son plus bas niveau historique. Il faut remonter aux années vingt pour retrouver un niveau comparable".. .15. Enfin selon le président iranien Rafsanjani, les pays producteurs de pétrole transfèrent gratuitement chaque année aux pays industriels environ cent milliards de dollars de pétrole brut.16 Certes, il s'agit probablement d'une estimation partiale et "arrondie" mais il n'en reste pas moins que le phénomène de transfert de richesses du Sud vers le Nord en raison du bas prix du pétrole est un élément clé à prendre en compte dans la période actuelle. Si l'Irak a décidé en août 1990 d'utiliser la force pour s'assurer un plus grand contrôle sur le flux du pétrole, c'est d'abord parce qu'il a estimé vaines ses demandes - qui étaient aussi celles d'autres pays comme l'Algérie ou ...l'Iran d'élever le prix du baril et de réduire les exportations en conséquence. Et même lorsqu'en juillet a été prise à la conférence de l'OPEP à Genève la décision de fixer à 21 dollars le prix du baril - l'Irak avait demandé 25 -, il était très douteux que ce prix aurait été réellement pratiqué et que certains pays en particulier le Koweit et l'Arabie saoudite auraient respecté les quotas de production fixés.17 L'annexion du Koweit est donc un acte qui déplace immédiatement le contrôle d'une partie non négligeable du flux de pétrole en même temps qu'il annonce une politique du pétrole moins favorable pour les pays industrialisés du Nord. Le problème posé est: qui contrôle le flux des ressources? C'est là que se trouve le conflit Nord-Sud. En d'autres termes, les Occidentaux, en faisant leur possible pour maintenir bas le prix du pétrole - et des autres matières premières - par rapport aux marchandises sophistiquées qu'ils produisent, manifestent leur volonté de maintenir et de réaffirmer l'échange inégal avec le Sud. Mais en deçà de cet aspect, il faut, pour 18

DE L'EsT-OUEsT

AU NORD-SUD

mieux comprendre la portée des récents événements et en particulier l'attitude des Etats-Unis, mettre en lumière quelques facteurs économiques qui ont renouvelé la géopolitique régionale du pétrole. Trois paraissent devoir être rappelés: le processus de concentration des réserves pétrolières dans les pays du Golfe, le développement et la vulnérabilité du système des oléoducs et des terminaux qui canalisent le brut vers la Méditerranée, la dépendance américaine accrue des importations de pétrole du Golfe. La concentration géographique des réserves pétrolières, après s'être progressivement réduite dans la décennie soixantedix s'est remise à augmenter. L'allure stagnante des prix du pétrole brut depuis 1986, favorisant le ralentissement des programmes d'exploration, a entraîné une réduction des réserves mondiales d'ensemble et une augmentation de leur concentration dans certaines zones et en particulier dans la région du Golfe. Six pays du Golfe (Arabie saoudite, Koweït, Iran, Irak, Qatar, Emirats Arabes Unis) possèdent aujourd'hui plus de 60 % des réserves mondiales. Si l'Irak seul n'en détient qu'un peu plus de 6%, avec le Koweit il dépasse les 19 %. L'Arabie saoudite à elle seule dispose de 25 %.18 Ainsi, l'entité des réserves pétrolières du Golfe et les modalités de leur contrôle constituent un élément vital pour l'évolution du marché du pétrole, pour les décisions de l'OPEP et pour l'avenir politique et économique du monde arabe. La seconde mutation que la crise a contribué à mettre en évidence est la généralisation d'oléoducs qui a débuté après la fermeture du canal de Suez en 1967. La guerre Irak-Iran a posé de manière impérative le problème stratégique de soustraire l'accès à l'approvisionnement en pétrole brut aux risques politiques propres à la zone entourant le Golfe. Ainsi sont nés les oléoducs de conduite du brut de la zone irakienne de Bassora vers la Méditerranée et la mer Rouge: 90 % du pétrole irakien sont exportés par deux pipe-lines. Il en résulte des modifications profondes du trafic pétrolier moyen-oriental: le déplacement progressif des routes indiennes et circumafricaines vers les routes méditerranéennes, une augmentation parallèle de la vulnérabilité des systèmes d'approvisionnement étant donné la température politique des régions traversées et la facilité technique d'interrompre les flux. Ainsi la nature nouvelle de l'embargo sur le pétrole suppose l'accord politique
Les Cahiers de Confluences 19