Méhémet Ali

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296315921
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" MEHEMET

,

ALI
moderne

Le fondateur

de l'Égypte

Guy FARGETTE

MÉHÉMET

ALI

Le fondateur de l'Égypte moderne

Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmatan,1996 ISBN: 2-7384-4064-9

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SOMMAIRE

Préambule
Chapitre I L'expédition française d'Egypte (1793-1801)

9

.13

Chapitre II Méhémet Ali L'homme- la prise du pouvoir et les débuts du
rè gne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .23

Chapitre III Le gouvernement Chapitre IV
La constitution

de l'Egypte

..45
. . . . . . . . . . .57

d'un empire - 1ère phase (1811-1823)

Chapitre V
L'intervention égyptienne en Grèce (1823-1827) . . . . . . . . . . . . . . . . .71

Chapitre VI
L ' i n fI u e n c e f ran ç ais e . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .8 5

Chapitre VII
L'organisation économique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 103

Chapitre VIII La constitution d'un empire - 2ème phase (1828.-1839)... . . ... 123

Chapitre IX
Méhémet Ali et le Soudan. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 145

Chapitre X
Palmerston. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 159

Chapitre' XI La vie en Egypte sous Méhémet

Ali.

181

Chapitre XII
La fin du règne. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 213

Conclusion.
Références bibliographiques

..

.. 225
229

PRÉAMBULE

L'Egypte a de tout temps fasciné les voyageurs et fait rêver les imaginations françaises, en particulier à la fin du XVIIIème siècle et dans la première moitié du XIXème : de la célèbre expédition de Bonaparte au voyage romantique de Chateaubriand, des découvertes prodigieuses de Champollion aux séjours enchanteurs de Flaubert. Une fois franchie la douane, et après avoir accompli les tristes formalités administratives, le voyageur est ébloui par la situation exceptionnelle du Caire, son fleuve, ses rives de charme, ses innombrables minarets annonciateurs de mosquées, ses longues avenues, sa population grouillante et les Pyramides qui se profilent au loin alors que la ville en est si proche. Mais c'est l'évocation du passé lointain, présent à chaque instant, à chaque détour de rue, qui saisit le touriste d'aujourd'hui. Or, à la fin du XVIIIème siècle, l'Egypte donne l'impression de s'être endormie, d'avoir été en hibernation depuis de longs siècles. Au propre comme au figuré, les vestiges de ci vilisations prestigieuses avaient été peu à peu enfouis ~ous les sables. Bonaparte ne s'est-il pas exclamé en arrivant en Egypte : "Soldats, 40 siècles vous contemplent" ? En fait, depuis la fin du règne des derniers pharaons en 525 avant JC, le pays avait connu environ trois siècles de domination grecque, sept de domination romaine, huit de domination arabe. "Ce n'était plus l'empire des Pharaons qu'avait rencontré Alexandre, ni celui des Ptolémées qu'avait connu César, ni celui des Omeyades, des Toulounides et des Fatimides qui avaient gouverné le pays après la conquête arabe. Ce n'était même plus celui de Saladin qui avait arraché Jérusalem aux Croisés..."l

1 Benoist-Méchin

"L'Expédition

française

d'Egypte"

9

La domination des Arabes fut remplacée par celle des Mameluks. Leur origine est ancienne: un Sultan de la dynastie des Ayyoubides avait eu vers 1230 l'idée originale d'acheter environ douze mille jeunes hommes, Géorgiens ou Circassiens, originaires du Caucase, afin de se constituer une armée. Courageux, experts dans l'art militaire, ces hommes qu'on appelait les Mameluks (ce qui signifiait "homme acheté") devinrent très vite une force dans un pays en pleine décomposition. Ils en prirent vite conscience, se révoltèrent, supprimèrent le Sultan de l'époque et s'emparèrent du pouvoir vers 1250. Ils établirent alors une civilisation fastueuse qui vit la construction au Caire de nombreux monuments, qu'on peut encore admirer de nos jours. Puis à son tour, le régime des Mameluks sombra dans l'indolence et l'anarchie. Ils furent alors vaincus en 1517 par le Sultan des Ottomans, Selim 1er. Celui-ci, après avoir exigé des Mameluks qu'ils reconnaissent son titre de Calife - c'est à dire de chef suprême de l'Islam -, décida de maintenir leur régime en place, tout en le plaçant sous son autorité. La situation en Égypte à la fin du XVIIIème siècle Les Mameluks avaient procédé à l'organisation administrative du pays, qu'ils avaient divisé en 24 provinces ayant chacune à sa tête un gouverneur Mameluk appelé Bey. Les 24 Beys constituaient le Diwan, genre de conseil de gouvernement présidé par le Pacha. Celui-ci, désigné par le Sultan de l'Empire Ottoman, jouait le rôle dévolu de nos jours au Gouverneur Général dans les pays du Commonwealth. Les Beys devaient à l'origine verser un tribut au Sultan mais, au fil des ans, ils s'étaient peu à peu libérés eux- mêmes de cette obligation ~ui leur paraissait coûteuse et inutile, si bien que la Sublime Porte en était venue à les considérer d'un fort mauvais oeil. Le Sultan avait de tout temps des besoins d'argent considérables pour entretenir son administration, son armée, son harem, et il n'appréciait guère que ses vassaux ne

participent pas aux ressources de son budget.

Quand en 1798 Bonaparte débarque en Egypte, le pays est gouverné par une direction collégiale composée de deux Beys: l'un, Ibrahim, portait le titre de Chef de la Nation, le "Cheik-elBelid"; l'autre, Mourad, 1"'Emir-el-Hadj", était le Commandant de l'Armée et avait également en charge le pèlerinage à La Mecque. Il s'agissait là d'une charge religieuse considérable, étant donné l'importance que le monde musulman attachait (et attache toujours) à ce pèlerinage. La population de base était alors composée de Coptes et d'Arabes. Les Coptes, les habitants d'origine, encore chrétiens pour la plupart, n'étaient plus guère que 150 000, soit environ 7 % de la
1 On désigne par la Sublime Porte ou la Porte, indifféremment, le gouvernement ou la Cour du Sultan, celui-ci ayant coutume de donner audience à la porte de son palais.

~

10

population. Les Arabes, les plus nombreux, environ 2 millions, s'étaient installés en terre égyptienne à la suite de la conquête en 640 après JC par Mahomet. Ils étaient soit sédentaires, soit nomades. Les sédentaires, les plus nombreux, habitaient dans les villes, dans le delta et dans la vallée du Nil, exerçant des activités de fellahs (cultivateurs) ou de commerçants. Les nomades, les Bédouins, vivaient dans le désert avec leurs troupeaux. Les rapines et les pillages faisaient partie de leurs activités traditionnelles et ils terrorisaient les populations sédentaires quand ils effectuaient leurs razzias. En dépit de ces exactions périodiques, les nomades avaient leur rôle à jouer dans l'organisation de type médiéval qui subsistait encore en Egypte. En effet, leurs puissantes caravanes assuraient l'essentiel des transports de marchandises entre la Mer Rouge, la vallée du Nil et Le Caire. Elles permettaient aussi de relier l'Egypte à ses principaux voisins, Syrie, Irak, Arabie ou Soudan. Sans les nomades, le pays se serait trouvé isolé du reste du monde arabe et n'aurait pu communiquer avec l'extérieur que par le port d'Alexandrie et la voie maritime. Au-dessus des Coptes et des Arabes, au sommet de l'ordre social, venaient donc les Mameluks, dont le nombre demeurait toujours étrangement constant (environ une douzaine de milliers), non pas en vertu d'une loi de sélection rigoureuse, mais plutôt à cause d'une limitation naturelle des naissances, assez curieuse à cette époque. En effet les Mameluks, choisis jeunes et beaux, étaient mariés, mais, alors que les hommes conservaient une forme éblouissante en raison des exercices physiques auxquels ils étaient astreints, leurs femmes, condamnées par leur rang social à l'inaction et grandes consommatrices de sucreries, devenaient rapidement adipeuses et peu appétissantes. Leurs maris se détournaient alors d'elles et trouvaient des compensations avec leurs jeunes compagnons. S'en suivait une reproduction insuffisante du corps des Mameluks qui, chaque année, devaient se "renouveler" en achetant sur le marché quelques centaines de jeunes garçons; recevant la même formation militaire, ceux-ci devenaient à leur tour Mameluks. Leur nombre restait ainsi constant. Ce système original avait l'avantage de réduire les liens de sang entre Mameluks et de leur donner dans la vie une autonomie certaine. Ignorants de leurs ascendants, ne se souciant guère de leurs descendants, mais se préoccupant essentiellement d'asseoir leur puissance et leur fortune par les moyens les plus faciles, à l'écart de toute idéologie, ils apparaissaient comme une gigantesque "bande" qui utilisait sans scrupules le pays à ses fins personnelles. Certains, parmi les plus importants, entretenaient même une "maison" composée de Mameluks plus jeunes et d'esclaves. Enfin, le Sultan détachait auprès du Pacha plusieurs fonctionnaires turcs qui assuraient les missions régaliennes que se réservait l'Empire Ottoman: diplomatie, armée, finances. Les Coptes étant à part, Arabes, Mameluks et Turcs avaient en commun la religion musulmane; tous se retrouvaient à la mosquée pour prier Allah, oubliant pour un temps leurs querelles

Il

traditionnelles, quitte à les reprendre à la sortie. Il n'y avait pas de places privilégiées dans les édifices religieux pour les castes supérieures, tous étant égaux devant Dieu. Les rapports entre l'Empire Ottoman et l'Égypte rappellent d'ailleurs de loin ceux que nous avons connus au milieu du XXème siècle entre les puissances coloniales européennes et leurs colonies, quand celles-ci ont commencé à jouir d'une certaine autonomie. Les différences sont, d'une part que la Turquie n'envisage à l'époque aucune évolution du statut de ses possessions, et d'autre part que l'Islam constitue un lien entre ces pays, surtout face aux

Européens.

,

Quant aux forces militaires de l'Egypte, elles relèvent de l'autorité d'lstambul: elles sont composées de troupes terrestres turques stationnées au Caire qui dépendent directement du Grand Vizir, le premier Ministre ottoman, et d'une escadre mouillée à Aboukir aux ordres du Capitan Pacha, le Grand Amiral de l'Empire. Les Mameluks, quant à eux, disposent de leurs propres armées, stationnées soit au Caire aux ordres d'Ibrahim Bey, soit en Basse Egypte aux ordres de Mourad Bey. C'est dans le contexte figé et amolli de ces structures que surviennenJ à la fin du XVIIIème siècle deux événements qui vont réveiller l'Egypte et la faire revenir aux premiers feux de l'actualité, après plus de trois mille ans: l'expédition française d'Egypte et son corollaire, la promotion de Méhémet Ali comme quasi Chef d'Etat égyptien, le premier depuis bien longtemps, redonnant ainsi à ce pays une autonomie perdue depuis des siècles. Méhémet Ali, sans l'intervention militaire de Bonaparte, n'aurait pas eu l'opportunité de se faire reconnaître comme chef de gu~rre par les autorités ottomanes, ni de prendre le pouvoir en Egypte. Aussi, est-il nécessaire de rappeler la situation exceptionnelle créée en Egypte par l'arrivée des Français pour comprendre les circonstances qui ont façonné le destin de Méhémet Ali.

12

CHAPITRE I

L'EXPÉDITION
L'origine de l'expédition

FRANÇAISE

D'EGYPTE

Comment une telle opération a-t-elle pu être imaginée au moment où la France sort à peine de la Révolution et n'est pas encore remise des bouleversements qui en ont résulté? C'est par la conjugaison de raisons très différentes que cette expédition pour le moins inattendue a pu être préparée. L'idée en remonte au temps de Louis XV où Choiseul, Ministre des Relations Extérieures, cherche une revanche à prendre contre l'Angleterre. La France, en effet, vient d'être battue au Canada par les Anglais et, par le traité de Paris (1763), elle a dû abandonner ses possessions d'Amérique, à l'exception de la Louisiane et des Antilles. En tout cas, c'en est fini pour notre pays de son rêve de pénétration américaine qui avait pourtant quelque consistance, comme le montre Pierre Gaxotte dans son livre sur Louis XV. Il s'en serait fallu de peu que l'Amérique soit, sinon française, du moins francophone, et on en imagine facilement les conséquences. Les Français, pour se venger de l'humiliation qui leur a ainsi été infligée par les Anglais, envisagent, au lieu de reprendre la lutte contre eux, de leur couper la route des Indes en projetant une expédition en Égypte. L'Inde représentait alors une part notable dans l'origine des ressources de l'Angleterre et constituait un atout maître pour la première puissance commerciale du monde. C'est à la fois pour celle-ci un important fournisseur de matières premières et un non moins important client pour ses produits manufacturés. Une occupation française en Égypte eût alors porté un coup très dur à l'industrie et au commerce britanniques, en les privant de leurs relations les plus rapides avec sa grande colonie. Tout au long 13

du XIXe siècle, jusqu'à l'ouverture du Canal de Suez en 1869, l'Angleterre aura constamment la crainte que la France ne menace la sécurité de cette fameuse route des Indes, vitale pour ses intérêts. Ce projet avait donc cheminé dans les esprits, mais Choiseul n'avait eu ni le loisir ni la volonté politique de le mener à réalisation. Puis la France avait eu une autre opportunité de nuire à l'Angleterre, son ennemie séculaire, quand les colonies américaines de celle-ci se soulevèrent contre la mère patrie. La France ne ménagea pas son aide aux insurgés, au nom de ses idées libérales, mais surtout pour affaiblir la puissan"ce anglaise. Lafayette devint un héros national pour les nouveaux Etats-Unis d'Amérique. Enfin, la Révolution française, aux prises avec ses difficultés intérieures, dut en outre faire face à des attaques sur ses frontières mêmes, auxquelles elle résista de façon spectaculaire." Plus personne ne parlait de s'aventurer en Egypte quand Talleyrand, vers 1797, croit habile de reprendre à son compte l'idée de Choiseul. En parallèle, Bonaparte, tout auréolé du succès de sa conquête d'Italie, rêvait, avec l'appui du Directoire, de s'attaquer à l'Angleterre. Fin 1797, il avait étudié les possibilités d'un débarquement à partir des côtes de la Manche, mais il s'était très vite rendu compte du caractère illusoire d'une telle opération car, l'Angleterre ayant la maîtrise des mers, il n'était pas envisageable de faire naviguer dans le Channel une flotte puissante à l'insu de la Royal Navy. Aussi, fasciné par l'Orient comme beaucoup de ses contemporains, imagin"e-t-il, lui aussi, de menacer la route des Indes en conquérant l'Egypte. Il se rapproche donc de Talleyrand qui soutient le projet et le soumet au Directoire. Jean Orieux, dans son ouvrage sur Talleyrand, cite cette phrase du Ministre des Relations Extérieures: "L'Egypte fut jadis une province de la République romaine, il faut qu'elle le devienne de la République française", phrase qui lui aurait été soufflée par Bonaparte. "Jamais, dit Jean Orieux, Talleyrand n'aurait écrit pareille énormité sur un ton aussi péremptoire ". Ce faisant, Bonaparte n'est pas mécontent d'échapper à une situation politique confuse en France et à la déconsidération d'un régime corrompu, ce qui lui permettra à son retour, après la victoire, de jouer peut-être un rôle de sauveur; il se met en "réserve de la République", comme on dirait de nos jours. De son côté, le Directoire, qui commence à s'inquiéter de la popularité naissante du jeune général, ne voit pas d'un mauvais oeil qu'il aille exercer ses talents au loin. Il encourage vivement Bonaparte à monter l'expédition, sans lésiner d'ailleurs sur les moyens qu'il met à sa disposition, tant en navires qu'en hommes. Une autre considération intervient dans la décision du gouvernement français: il s'agit de l'état de l'Egypte elle-même. Inspirée par l'esprit des Lumières qui souffle en cette fin du XVlllème siècle et qui avait accompagné la Révolution, l'opinion française s'indigne qu'un pays qui avait été autrefois à l'avant-garde de la civilisation se trouve en léthargie au sein de l'Empire Ottoman. L'enjeu de l'expédition est donc aussi de réveiller tout un

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passé, comme d'accomplir une mission civilisatrice dans une contrée à développer et à mettre en valeur: c'est là l'aspect colonial de l'opération. C'est pourquoi Bonaparte, sous l'impulsion du Directoire, n'est-il pas seulement parti avec des troupes. Fait original et sans précédent, de nombreux savants et ingénieurs l'accompagnent, comme le mathématicien Fourrier, le naturaliste Geoffroy SaintHilaire et les deux fondateurs de l'Ecole polytechnique, le géomètre Monge et le chimiste Berthollet. Plusieurs d'entre eux resteront d'ailleurs en Egypte et joueront plus tard un rôle capital comme conseillers auprès de Méhémet Ali, qui n'hésitera pas à leur confier des responsabilités de premier plan. Pendant ce temps, Talleyrand n'avait pas oublié que l'Egypte n'était pas une nation indépendante, mais qu'elle faisait partie de l'Empire Ottoman. La diplomatie française prend grand soin de tenir informé le Gouvernement turc et de faire remarquer au Sultan, allié traditionnel de la France, que l'expédition n'est en rien dirigée contre lui mais, indirectement, contre l'Angleterre. Il est vrai qu'en dépit des précautions oratoires des diplomates, la France se dispose à attaquer une possession de l'Empire Ottoman: sans l'état de faiblesse dans lequel se trouvait celui-ci, jamais l'expédition française n'aurait pu être envisagée. Chateaubriand, dans les "Mémoires d'Outre Tombe", s'insurge d'ailleurs contre le principe même de l'opération: "Les Français s'extasient de l'expédition d'Egypte, et ils ne remarquent pas qu'elle blessait tout autant la probité que le droit politique: en pleine paix avec le plus vieil allié de la France (la Turquie), nous l'attaquons, nous lui ravissons sa féconde province du Nil, sans déclaration de guerre, comme des Algériens qui, dans une de leurs algarades, se seraient emparés de Marseille ou de la Provence ". On ne voit pas très bien le rapport avec l'Algérie qui, à l'époque, dépendait du Sultan de Turquie, tout comme l'Egypte, alors que la France était un état souverain. Notons par contre l'emploi surprenant du mot "algarade" qui, à l'origine, signifie "une expédition de cavalerie en pays musulman". D'autres raisons ont été avancées pour exprimer l'intérêt de la France à se lancer dans une telle aventure. L'économiste américain Peter Gran nous en fournit une, par exemple, dans "L'Egypte au XIXème siècle". L'agriculture dans le sud de la France, estime-t-il, est en pleine régression; il en veut pour preuve les émeutes qui éclatent à Marseille dans les années 1790 et qui sont provoquées par la faim. Les autorités françaises et les milieux économiques voient une opportunité intéressante de s'emparer des riches terres agricoles du delta égyptien, comme cela sera le cas trente ans après en Algérie. C'est encore un aspect colonial de l'opération. Enfin, des raisons plus personnelles susciteraient l'intérêt de Bonaparte pour l'Egypte. Ainsi, Henry Laurens, dans "L'Expédition d'Egypte", rapporte que Freud pense à une autre motivation pour Bonaparte: "Freud verra en cette passion pour l'Orient (de Bonaparte) et, singulièrement pour l'Egypte, l'effet de son

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"complexe de Joseph", volonté de revanche envers le frère ainé rival détesté puis, après transfert de la haine sur d'autres objets, plus qu'aimé. Aller en Egypte, terre d'élection du Joseph de la Bible, ou épouser une Joséphine, ne seraient que des manifestations de ce complexe originel d'où Napoléon tire toute sa
force."

Laissons à l'initiateur de la psychanalyse la responsabilité de
curieuse de Bonaparte.

cette motivation

Le déroulement de l'expédition Bonaparte, après avoir obtenu l'accord du Directoire, rassemble ses troupes dans des conditions de rapidité surprenantes. L'armée comprend 35 000 hommes dont 2 000 officiers, tous vétérans des guerres de la Révolution. La flotte mise à la disposition du général en chef n'est pas moins imposante: 13 vaisseaux de ligne, une quarantaine d'autres bâtiments et 300 navires de transport. Le départ s'effectue de Toulon le 19 Mai 1798. Bonaparte, à bord de "l'Orient", le vaisseau amiral, en compagnie de ses généraux et des savants, passionné par ses conversations avec cette élite intellectuelle, est sûr de la réussite de son expédition et, confiant dans son étoile, il se prend pour Alexandre le Grand. De fait, tout se déroule d'abord très bien. La flotte française évite habilement l'escadre de Nelson qui, lancée à sa poursuite, ne parvient pas à la retrouver en Méditerranée. Le 27 Juin 1798, Bonaparte réussit un débarquement simultané dans les trois principaux ports égyptiens: Alexandrie, Damiette et Rosette. L'armée met en fuite les Mameluks qui n'avaient jamais été confrontés à une guerre moderne et s'empare du Caire le 22 Juillet 1798, trois semaines à peine après son arrivée dans le pays. Les combats ont cependant été très rudes. Les soldats français, harcelés par la cavalerie Mameluk, très efficace, essuient des pertes sensibles. Ils souffrent de la chaleur: la saison choisie est la pire à cet égard. Bonaparte, toujours pressé, n'y a pas songé ou n'a pas voulu s'en soucier, le succès d'une opération aussi originale ne pouvant être acquis que grâce à une grande rapidité de décision et d'exécution. Mais pour les malheureux hommes de troupe, abattus par une température écrasante, assoiffés, mal nourris, il n'en va pas de même. Le sens de l'expédition leur échappe; ils admettent à la rigueur de risquer leur vie en Europe, en luttant contre des ennemis héréditaires pour défendre les frontières de leur patrie. Malgré les proclamations grandiloquentes du commandant en chef, ils ne réalisent pas pourquoi ils sont là, face à des Egyptiens à l'encontre desquels ils n'ont aucun grief et à des cavaliers Mameluks qui leur inspirent une sainte terreur. Quant à la mission civilisatrice de l'expédition, elle les dépasse. La troupe, et même les officiers, ne comprennent pas le rôle et la présence de savants dans l'Armée, qu'ils considèrent comme des bouches inutiles et à qui ils attribuent la paternité de l'expédition. Ils les appellent "les petits baudets blancs" ; de là vient l'ordre 16

fameux qu'aurait lancé un capitaine ordonnant à sa compagnie de former le carré: "les ânes et les savants au milieu". La campagne est dure; mais, finalement battus, les Mameluks n'ont plus d'autre ressource que de s'enfuir en Haute Egypte, d'où ils continuent la lutte contre les Français. L'occupation française Dès son arrivée au Caire, Bonaparte s'emploie à se concilier les bonnes grâces de la population égyptienne. Très habilement, il montre son hostilité envers le régime des Mameluks et affiche clairement son intention de rendre aux habitants eux-mêmes le gouvernement de leur pays. Le général en chef s'installe avec grand apparat dans le palais de Mohammed-el-Elfi, un ancien favori de Mourad Bey. Bonaparte tient à impressionner les populations locales en menant un train de grand seigneur. Il prend très vite, selon la méthode qui lui deviendra habituelle, un certain nombre de décrets pour réorganiser l'administration. Il crée, pour gouverner Le Caire, un conseil de neuf membres, le Diwan, comme il l'a fait pour Alexandrie et comme il le fera dans les autres provinces; le Diwan du Caire coordonne les conseils régionaux. Il n'oublie pas la mission culturelle de l'expédition et fonde solennellement l'Institut de l'Egypte composé de plusieurs des savants qu'il a emmenés avec lui. L'Institut a un double objet, celui de jouer le rôle d'un Grand Conseil technique appelé à guider le Diwan, mais aussi de "propager les lumières en Egypte, de rechercher les faits naturels, industriels et historiques de l'Egypte". Bonaparte ne néglige pas non plus l'avantage de diffuser l'information auprès des classes supérieures, voire des classes moyennes, et c'est sous son impulsion que paraît le premier journal local "Le Courrier de l'Egypte". Dans un premier temps, les Egyptiens sont satisfaits de retrouver l'ordre dans leur pays et d'être à l'abri des exactions des Mameluks. Bonaparte participe aux fêtes locales, comme la fête traditionnelle du Nil. Et, dans le cadre de son opération de séduction, il va même jusqu'à proclamer son attachement à la foi musulmane - sans renier pour autant ses origines chrétiennes comme le fera plus tard l'un de ses généraux, Menou, qui n'hésitera pas à se convertir à l'Islam pour épouser une Egyptienne. Il s'agit donc, dans les apparences, d'une occupation douce où chacun trouve son compte. Toutefois, l'attitude hypocrite - ou à tout le moins ambiguë - des Français est très bien résumée par le général Dupuy commandant la place du Cairel : "Nous trompons les Egyptiens par un simulé attachement à leur religion à laquelle Bonaparte et nous ne croyons pas plus qu'à celle de Pie le défunt. Cependant... ce pays-ci deviendra pour la France un pays inappréciable et, avant que ce peuple ignare ne revienne de sa stupeur, tous les colons auront le temps de faire
1 Cité par Henry Laurens "L'Expédition d'Egypte"

17

leurs affaires. " Nous sommes loin des préoccupations du siècle des Lumières et de la propagation des idées généreuses de la Révolution. Pendant que Bonaparte réorganise le gouvernement de l'Egypte, l'amiral anglais Nelson est toujours à la recherche de la flotte française. Soudain, le 31 Juillet 1798, il la découvre, puissamment rassemblée dans la rade d'Aboukir, entre Alexandrie et Rosette. Nelson décide d'attaquer en force sur le champ et, profitant de l'effet de surprise, anéantit en deux jours tous les bateaux de l'amiral Bruneys. Dès lors, Bonaparte se trouve dans la position du général qui a brûlé ses vaisseaux et est condamné à vaincre. Cette situation inconfortable ne lui plaît guère, d'autant plus que les relations commencent à se détériorer avec les Egyptiens. A la demande du général en chef, en effet, le Diwan décide de procéder au recensement des titres de propriétés afin de mieux répartir l'impôt foncier. Or souvent ces titres n'existent pas et la population, mécontente des difficultés administratives qu'on lui impose, se soulève en Octobre 1798. Privé de sa flotte, agacé par l'attitude des Egyptiens, Bonaparte décide, pour se sortir du piège où il s'est laissé enfermer, d'attaquer la Syrie. Il y voit là le moyen de rompre son isolement en Egypte, d'avoir un exutoire vers l'Est en cas de besoin et de desserrer ainsi l'étau qui risquait de le broyer. Envisage-t-il pour autant une éventuelle percée vers les possessions britanniques d'Asie? C'est peu vraisemblable car, malgré son génie et sa confiance en son étoile, il est très conscient de la précarité de sa position. En Février 1799, Bonaparte fait donc mouvement en direction de la Syrie. Après des débuts prometteurs, la campagne tourne court. Le siège de Saint-Jean-d'Acre échoue, la forteresse étant ravitaillée par la flotte anglaise et, en Juin 1799, Bonaparte, lassé d'attendre un succès hypothétique, est de retour au Caire. Le 23 août, fatigué par l'Orient, et surtout désireux de voir comment les choses évoluent en métropole, il part en secret pour la France, laissant le commandement du corps expéditionnaire à son adjoint Kléber. La fin Celui-ci, esprit brillant et soldat courageux, fait face avec son brio habituel aux difficultés suscitées par les Turcs et par les Anglais. La population du Caire se soulève à nouveau et le nouveau commandant en chef prend des mesures draconiennes pour écraser l'insurrection. En même temps, il lance un programme de grands travaux, première amorce du développement économique projeté, programme que reprendra plus tard Méhémet Ali. Malheureusement, Kléber est assassiné le 14 Juillet 1800 par un émissaire des Ottomans. Le général Menou lui succède. Converti à l'Islam, marié à une Egyptienne, il semble admis par la population, ce qui lui permet de calmer le jeu et d'atténuer les conséquences de la répression décrétée par son prédécesseur. 18

Le grand dessein de Menou est de faire de l'Egypte une colonie de la République française, dont il serait le gouverneur. Cela lui permet de confier, sous le contrôle de l'administration militaire française, la gestion quotidienne des affaires aux notables égyptiens, gestion qui, dès lors, échappe aux Turcs et aux Mameluks. Ayant ainsi connu grâce aux Français les réalités du pouvoir, ces mêmes notables seront prêts, le moment venu, à aider Méhémet Ali dans sa lutte contre les étrangers qui détenaient l'autorité avant l'arrivée de Bonaparte. Mais Menou, qui au demeurant n'a pas l'agilité intellectuelle de ses prédécesseurs, oublie qu'il se trouve dans un pays en guerre. Il entre en conflit avec ses propres généraux qui le considèrent davantage comme un "plumitif" que comme un chef de guerre. Les Anglais, en effet, n'ont toujours pas lâché prise. Une force anglo-ottomane a débarqué le 8 Mars 18011 afin de débouter les Français. Le Sultan a même délégué en Egypte son premier Ministre, le Grand Vizir, et le Capitan Pacha, deux personnages de premier plan, pour bien montrer qu'il tient à conserver son autorité sur ce pays. Après quelques combats peu glorieux, Menou, assiégé dans Alexandrie, doit se résigner à capituler le 30 Août 1801. Le corps expéditionnaire français est rapatrié, les savants aussi dans leur grande majorité, à l'exception de certains qui décident de rester en Egypte. Arthur Young, essayiste anglais, observateur de l'évolution de la France à la fin du XVIIIe siècle, a exprimé le regret que l'expédition d'Egypte n'ait pas réussi car elle aurait servi d'exutoire à la jeunesse française en la détournant de ses visées européennes. D'après lui, c'eût été en quelque sorte un "abcès de fixation" qui aurait pu empêcher les guerres de Napoléon en Europe.
Les conséquences

Sur le plan militaire, l'expédition est loin d'être le succès escompté par Bonaparte, mais ce n'est pas un véritable désastre, malgré la perte de 13 000 hommes et la destruction par Nelson de

la flotte française à Aboukir.

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Par contre, les conséquences en sont considérables sur le plan scientifique, économique et politique. La "Description de l'Egypte" que les savants français entreprennent d'établir est une somme de toutes les connaissances accumulées jusqu'alors sur le pays, qui n'avaient été l'objet d'aucune évaluation scientifique. Cette oeuvre colossale, qui demandera 25 ans d'études avant d'être publiée, marque le début de l'égyptologie. En particulier, sans la description de la pierre de Rosette qui y figure, Champollion n'aurait jamais pu découvrir le sens des hiéroglyphes. Les travaux des savants de l'Institut d'Egypte créé par Bonaparte ne se limitent pas à
1 Méhémet Ali fait partie du corps de débarquement turc; contact avec l'Egypte. ce sera son premier

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l'élaboration de cette prestigieuse encyclopédie. L'Institut avait mené parallèlement des études "de type précolonial qui visaient à l'utilité immédiate: faire lever le pain, entretenir les canaux, améliorer l'hydraulique, créer des manufactures..." 1. Enfin, les études de base ainsi exécutées permettront la réalisation des grands travaux qu'entreprendra plus tard Méhémet Ali, ainsi que celle du canal de Suez. Parmi les experts français restés ou revenus plus tard au service de l'Egypte pour mettre en valeur le pays, le colonel Sève, devenu Soliman Pacha, réorganisera l'Armée, Clot Bey repensera le problème de la Santé, Linant de Bellefont orchestrera les Travaux Publics. Dans le domaine agricole, la réforme agraire, souhaitée par les Français, n'a pu connaître qu'un tout début de réalisation, mais les structures de la propriété foncière en ont été bouleversées. Les paysans ont pris conscience qu'ils étaient opprimés par un gouvernement étranger. L'arrivée au pouvoir de Méhémet Ali sera d'ailleurs facilitée par une révolte des fellahs contre le régime en place. Ainsi, sur le plan de la politique intérieure, les conséquences de l'expédition sont capitales. Elle contribue, par une lente diffusion des idées de la Révolution Française, à éveiller chez les Egyptiens, jusqu'alors étouffés par les Turcs et par les Mameluks, la prise de conscience de leur nationalité. "Civilisation et nation seront les deux idées essentielles de la Révolution française à être adoptées par les peuples de l'Orient. Ces deux grands thèmes sont présents de façon permanente dans les discours des Français de l'expédition d'Egypte"2. Les Français ont réveillé une nation endormie. Les Egyptiens ont vu leurs maîtres traditionnels, les Turcs tout puissants, battus par des Européens chrétiens. Ce sera pour eux la révélation d'un monde nouveau: ils constatent que l'occupation ottomane n'est pas éternelle, alors qu'ils s'y étaient résignés depuis trois siècles. En parallèle, un esprit national se créé: Bonaparte a donné l'habitude de consulter le Diwan sur toutes les grandes décisions politiques ou administratives, tandis qu'auparavant ni Turcs ni Mameluks ne se préoccupaient de prendre l'avis de notables égyptiens qu'ils méprisaient. C'est un très léger début de d'ouverture, et surtout l'amorce d'un gouvernement de l'Egypte par ses habitants eux-mêmes. Par contre, sur le plan des rapports avec la population, les sentiments pro-musulmans bruyamment affichés par le Commandant en chef ne sont pas pris au sérieux par les autochtones qui le considèrent avant tout comme un chrétien. Certes, quelques Français épousent des Egyptiennes, suivant l'exemple prestigieux de Menou, les Egyptiens apprennent quelques mots de français et découvrent, par leurs conversations avec leurs amis d'outre Méditerranée, l'existence d'un monde très différent de celui dans lequel ils sont enfermés. Mais il ne s'agit
1 Jean Lacouture "Champollion". 2 Henry Laurens, Op. cité.

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encore que de bien vagues prémices vers l'appel à une civilisation occidentale. Sur le plan diplomatique enfin, l'Egypte réapparait sur la scène mondiale et ne sera plus tenue au XIXème siècle pour une simple dépendance de l'Empire Ottoman, obscure et léthargique. Le monde se rend compte de la position stratégique qu'elle occupe sur la route des Indes et au Moyen-Orient. Méhémet Ali, avec beaucoup d'habileté et même de génie, saura mettre en valeur cette rente de situation. Cependant, incidence fâcheuse pour les relations entre l'Egypte et la France, l'arrivée de l'armée française marque le début des interventions anglaises en Egypte. Jusqu'alors, la présence des Anglais est seulement commerciale ou diplomatique; maintenant, ils vont participer aux opérations militaires, puis, de plus en plus au cours du XIXe siècle, s'immiscer dans le gouvernement même du pays, et ceci pendant 150 ans, jusqu'à son indépendance. Là aussi, Méhémet Ali saura admirablement se servir des uns ou des autres au profit de ses propres intérêts. Ainsi, le choc psychologique créé par l'expédition française va engendrer, par ses diverses conséquences, une situation en Egypte qui va permettre à un homme exceptionnel de se révéler et de prendre le pouvoir. Le réveil brutal de la conscience nationale, la reculade spectaculaire des Ottomans, induisent le besoin pour l'Egypte de se donner un chef qu'elle ait choisi. Le paradoxe est bien que Méhémet Ali, qui sera cet homme providentiel, soit Albanais d'origine et nullement Egyptien. Bonaparte, lui aussi d'ailleurs, n'était Français que depuis peu quand il prit le pouvoir. Mais le futur maître de l'Egypte saura jouer avec habileté la carte du nationalisme de son pays d'adoption. A l'extérieur, l'avènement de Méhémet Ali, aura des effets considérables sur l'évolution du Moyen Orient et sur la politique des Puissances Occidentales, tant dans cette région qu'en Europe même.

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CHAPITRE II

MEHEMET ALI
L'HOMME, LA PRISE DU POUVOIR ET LES DEBUTS DU REGNE
Les débuts Quel est donc ce Méhémet Ali 1 promIs aux plus hautes destinées? La légende raconte qu'il serait le frère de l'hypothétique "Sultane française" de la famille Dubuc de Rivery, des Antilles, enlevée par des Corsaires et devenue une des épouses préférées du Sultan. Ce qui aurait expliqué la sympathie qu'il a toujours manifestée envers les Français. Mais, rien ne vient conforter une telle hypothèse, sinon qu'il serait contemporain de cette Sultane. La réalité est plus prosaïque. Méhémet Ali est né dans un petit port de Macédoine, sur la mer Egée, Kavalla - ou La Cavala -, nom prédestiné pour un homme qui fut parfois qualifié d'aventurier. Il aimait à dire qu'il était né la même année que Napoléon, en 1769, et dans le pays d'Alexandre, deux hommes pour lesquels il éprouvait la plus vive admiration. Originaire de la partie albanaise de la Macédoine, il était Albanais et, à ce titre, ressortissant de l'Empire Ottoman.

1 Comme beaucoup de noms dérivant du prophète Mahomet, l'orthographe de Méhémet Ali est variable. Nous l'avons systématiquement appelé Méhémet Ali du nom qu'on lui connaissait en France à son époque, de préférence à Mohamed Aly ou Muhammed Ali. 23

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