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Mémoire d'un peuple

De
416 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1993
Lecture(s) : 221
EAN13 : 9782296272163
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Mémoire d'un peuple Chronique de la Résistance au Maroc (1631-1993)

LE MAROC A L'HARMATTAN

(1992-93)

BRACHET Philippe: Corruption et sous-développement au Maroc, 200p. GHILLET Andrée: Dieu aime celui qui aime les dattes - Dialogue judéo-islamochrétien. préface de M. Duval, 238p. LAGARDÈRE Vincent Les Almoravides jusqu'au règne de Jusuf B. Tasfin,24Op. LEGUIL Alphonse: Structures prédicatives en berbère - Bilan et perspectives. 176p. MONJIB Maâti: La monarchie marocaine et la lutte pour le pouvoir - Hassan II face à l'opposition nationale. De l'Indépendance à l'état cf exception. préfacé par Gilles Perrault. 367p.

SOUHAlLI Mohamed: Le Roi et la Rose - Hassan II et Mitterrand. des rapports
équivoques. 144p. TAIFI Miloud: Dictionnaire Tamazight-français (Parlers du Maroc central), 879p. Ete.

MODMEN DIOURI

MÉMOIRE D'UN PEUPLE
Chronique de la Résistance au Maroc 1631-1993

L'Harmattan
5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 - Paris

Du même auteur

Réquisitoire contre un despote, Albatros, 1972. -Réalités marocaines, Jaca Book-L'Harmattan, 1987. - Chronique d'une expulsion annoncée, L'Harmattan, 1991. -A qui appartient le Maroc? L'Harmattan, 1992.

-

Photo de couverture: une manifestation au Maroc contre le protectorat français (archives nationales).

@ L'Hannattan,

1993

ISBN: 2-7384-1592-X

«Le mépris trahit l'Histoire et mutile le Monde. Les tout-puissants fabriquants d'opinion nous traitent comme si nous n'existions pas ou comme si nous étions des ectoplasmes imbéciles. L'héritage colonial contraint ce qu'on appelle le tiers monde, habité par des gens de troisième catégorie, à accepter de faire sienne la mémoire de ses vainqueurs, à acheter le mensonge étranger et à l'employer comme s'il était la vérité même. (...) Nous pouvons être un écho, jamais une voix, et ceux qui commandent vantent notre talent de perroquets. Nous disons Non: nous refusons d'accepter ceue médiocrité pour destin. Nous disons Non à la peur. Non à la peur de dire, à la peur de faire, à la peur d'être.» Eduardo Galeano, discours prononcé à la séance inaugurale des journées «Le Chili crée» à Santiago du Chili en juillet 1988 (Amérique: la dicouverte qui n'a pas encore eu lieu, Messidor, 1992)

Maroc et Sahara occidental

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AVANT-PROPOS

Voici qu'encore une fois, on voudrait réduire l'histoire du Maroc à la mémoire trafiquée d'un seul, à vrai dire dictateur-sultan-roi-émir «de métier» comme il se plait lui-même à le préciser. Et voici qu'encore une fois, on voudrait recouvrir la mémoire collective du peuple d'un épais linceul, l'abandonner derrière un mur d'oubli, la livrerà l'obscurité. Une tentative d'assassinat devenue une habitude, mais on sait bien qu'un pouvoir qui n'existe que par la terreur et le crime a besoin pour étayer sa très fragile légitimité, et durer, d' affinner une existence «historique» aux yeux de ses sujets et des puissances du monde. On sait aussi qu'à suivre le regard du <<maitre», uel qu'il soit et sous toutes q les latitudes, on perd de vue l'opprimé là où il échappe à ce regard, où il excède les forces de ce pouvoir -là où il résiste. Et l'histoire du Maroc sous la botte des sultans Alouites, est celle de l'exploitation, de la misère et de la résistance. Celle du peuple créant dans la précarité du jour le jour, la maille serrée du temps social autour duquel l'Histoire s'est faite et se fait, œuvre des femmes autant que des hommes. Œuvre d'un peuple jamais soumis, jamais «spectateur» de l'Histoire, mais acteur premier et fondateur de son histoire. Ce livre est une liste d'actes et de faits, jour après jour, car il ne s'agissait pas de remplir des blancs, mais plutôt de repasser au crayon noir les contours d'un dessin bien tracé qu'«on» tente inlassablement d'effacer. Une liste de dates, une chronologie où d'un regard sur le déroulement des événements, on peut voir un autre monde en gestation. Une accumulation des faits bruts, afin que la Résistance, la turbulence du peuple, ses stratégies quotidiennes apparaissent comme ce qu'elles sont: des forces d'initiative et de bouleversement. Et cela, à tout moment. Quand la monarchie fait semblant de construire, de «développer» un pays où elle a tout cassé, où elle pille tout, dont elle a roué de coups jusqu'à l'âme... Quand elle manipule, manigance, corrompt les consciences et les cœurs, prive la majorité de parole, de tout droit, d'instruction, d'eau, de pain, de toit, d'électricité. Quand le pouvoir lâche ses chiens, bourreaux, tueurs, violeurs, et se déchaîne en massacres, atrocités, destructions, pour que coule le sang du peuple. Ce livre est un état de ces lieux où la mémoire affolée, folle, des sultans, croise sans la voir celle qui fonde l'identité de la nation marocaine dans sa multiplicité. Comme toute tyrannie, la monarchie Alaouite perdure en s'attribuant la force du secret, gardé figé dans le silence des complices nationalistes, dans les silences de l'Histoire dite «officielle». Une histoire qu'elle sécrète, fabrique et ficelle au service de sa gloire et pour sa survie. Et qu'elle décrète par la voix du «monarque» à la moindre occasion. Elle la fait écrire par «ses» historiens, chercheurs, journalistes, écrivains, artistes, tous sous étroite surveillance. Elle en charge également des étrangers, entre autres cet universitaire français dont i'His-

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toire du Maroc est vantée depuis des mois par la presse marocaine - ce «spécialiste de l'Afrique», qui chaque année au Mardi gras, apparait à ses étudiants déguisé en «colon», un casque colonial surJa tête et un fouet à la main... * Tout «secret» de ce genre est explosif, et finit par détruire ses détenteurs. Ici, le silence tue. Et la longue marche du peuple marocain vers un monde meilleur, dont ce livre commence à recenser les pas, consûtue sa bombe libératrice.

tant de fonnidable courage, fonnent - avec la diversitédes individus - un ciment national définitif.
Paris, le 28 mai 1993

Tant de combats, de martyrs, de vies brisées, le fusil à la main, dans le noir des cachots, dans l'obscure désolation de la grande pauvreté, tant de souffrances,

Lugan».

*

Dans Le Monde du 2 avril 1993, l'encadré intitulé: «Education (...) Le "folklore" de Bernard

8

I DES SULTANS PAR LE DROIT DU SABRE AUX «PROTECTEURS» PAR LE DROIT DU CANON
Décadence économique et mise sous tutelle (1631-1912)

1521-1659 Les Saadiens, émigrés du Hedjâz arabe, battent les derniers successeurs des Mérinides et deviennent souverains du Maroc. Leur capitale: Marrakech. 1578 Bataille des Trois Rois: les Saadiens alliés à l'Espagne et au Portugal contre les Turcs (qui menacent d'une restauration mérinide). 1610-1672 La République des corsaires de Salé (Morisques expulsés d'Espagne en 1609 qui, pour se venger, veulent brigander des vaisseaux espagnols, et s'attaquent à tous les autres après avoir absorbé Rabat). Ce qui n'empêche pas les Saadiens de signer des traités de commerce (et rachat des chrétiens captifs) avec l'Angleterre et les Pays-Bas.

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-Invasion Les alaouites émigrés du Hedjâz arabe (Arabie) se fixèrent au Tafùalet dans le sud saharien. Par la manigance, la rose et la force du sabre, Moulay Rachid, fort d'une année de mercenaires, composée-d'esclavesnoirs - prisonniers soudanais (du Mali) rachetés en pièces d'or- conquiert le Maroc. Fès devient sa capitale. - Destruction
Malgré l'opposition des «Chorfas», des Oulamas et des représentants de la confrérie religieuse Dilayiin, l'invasion du Maroc par" les alaouites, se solda par la destruction de la ville majestueuse de Sigelmassa. Aujourd'hui Sigelmassa est gommée de la carte officielle (seul un cabaret-restaurant pour touristes, à Casablanca, porte son nom). 1631 17 et 24 décembre Traités signés à Marrakech entre le Maroc et la France: celle-ci ne pourra prêter appui aux Espagnols. Des consuls français seront installés dans les ports marocains, et les captifs libérés.

1635 Traité de commerce franco-marocain. Après plusieurs démonstrations navales devant Salé, la France obtient une situationprivilégiée. 1672-1727 Ismai1, deuxième sultan alaouite. Sa capitale: Meknès. Célèbre pour sa croauté. Avec son armée de 40000 Noirs, esclaves «assermentés»,il «pacifie» le pays avec le même esprit destructeur que Rachid. 1662-1684 Tanger occupée par les Anglais. 1682 Nouveau traité de commerce franco-marocain. 1728-1732
«55 - Mort de Moulay 'Abd el-Malek et de Moulay Ahmed Ed-Dehebi: Moulay 'Abd el-Malek, qui s'était réfugié au Tafilalet, a été livré à son frère par les habitants de cette région. Ed-Dehebi l'a fait emprisonner à Meknès, puis l'a/ait exécuter avant de mourir lui-même. Auparavant, ce prince avait tenté de rétablir la paix dans ses Etats et de reprendre des relations avec les Européens. Son frère Moulay 'Abd Allah est proclamé sultan à Meknès, mais l'armée des Noirs a refusé de le reconnaître.» (Journal de Verdun) *

* <<Documentsinédits sur l' Histoire du Maroc», sources françaises, Tome 2 (1728-1732), par Chantal de la Véronne. Souligné par nous. . 11

«70 - Lettre du Supérieur des Récollets de Meknès à ceux de Cadix: Moulay 'Abd Allah a été victorieux d'une des principales tribus soulevées. Le butin a été tel qu'il a fallu un «mud» pour répartir les blanquilles, et que les 5% du bétail qui revenaient au sultan consistaient en 4000 vaches et 2000 chameaux; il a laissé les moutons à ses soldats noirs. Ceue tribu aurait pillé un grenier à grains de son père, aussi le souverain a-t-il décidé de le remplir des têtes des ressortissants de ladite tribu. (Meknès, 10 septembre 1730)>> (idem)

1757-1789 Mohammed ben Abdallah sultan du Maroc. 1765 Mohammed fonde Mogador pour favoriser le commerce européen; il enferme les Espagnols dans leurs «présides». 1767 Pour libérer le commerce français de la «menace des corsaires marocains», Louis XV fait négocier un autre traité réglant les rapports franco-marocains et définissant les attributions des consuls français au Maroc. Premier «traité de protection» entre le Maroc et la France. 28 mai A l'article 18 du traité hispano-marocain concernant le sud de l'Oued Noun (entre Tiznit et le Dra), le sultan reconnaît que le Sud-Ouest échappe à son autorité- «sa souveraineténe s'étend pas jusque-là». 1769 Mohammed chasse les Portugais de Mazagan. 1792-1822 Slimane sultan du Maroc. 1808 En Algérie, naissance de l'émir Abd el-Kader à Al-Qaytana, province d'Oran.

- Révoltes
1818 Révolte de Fès. 1822-1859
Abderrahmane sultan du Maroc. Révoltes de Fès.

1827 Le dey d'Alger «frappe»le consul français Deval... d'un coup d'éventail. 1830 14-16juin Un corps expéditionnaire français débarque en Algérie, à Sidi-Ferruch: 36000 hommes sous les ordres du général de Bourmont. 12

5 juillet Les troupes françaises prennent Alger. AoQt Les Français occupent Blida, Médéa. Cette année-là, Moulay Abderrahmane ouvre le port de Casablanca au commerce international. fi tente des'emparer de Tlemcen.

1831 4 janvier En Algérie, les troupes françaises occupent Oran.
1832 Bône (Algérie) occupée par les troupes françaises. 21 novembre

Pour lutter contre les Français, les tribus d'Oran proclament Abd el-Kader sultan et khalife (Commandeurdes Croyants); il ne prend que le titre d'émir. 1833 Bougie occupée par les Français. 1834 26février L'émir Abd el-Kader signe avec la France le traité Demichels qui lui garantit la souveraineté sur la province d'Oran, le droit d'avoir des représentants dans les villes et à Alger, de commander une année et d'acheter annes et munitions. fi établit l'unité du pouvoir dans les régions placées sous son autorité. 1835 Avril Abd el-Kader aux abords d'Alger. 28 juin Victoire d'Abd el-Kader, à La Macta, sur les troupes françaises commandées par le général Trezel. 6 décembre Prise de Mascara par les Français, qui l'incendient.

1836 Le général Bugeaud envoyé en Algérie par Louis-Philippe. 13janvier L'année française occupe Tlemcen. 6 juillet
Victoire française à Sikkak.

1837 30 mai Abd el-Kader signe avec le général Bugeaud le traité de la Tafna qui re13

conmu11asouveraineté de l'émir sur les deux tiers du territoire algérien. Il organise l'administration et l'économie de son Etat.
13 octobre Les troupes françaises (général Valée) prennent Constantine.

1839 Abd el-Kader refuse que le traité de la Tafna soit modifié: une expédition française (maréchal Valée et duc d'Aumaie) traverse la province de Constantine d'est en ouest.
18 novembre A Médéa, Abd el-Kader proclame la Guerre Sainte contre la France. TIenvahit la Mitidja. 1840 Mai L'armée française occupe Miliana. 29 décembre Le général Bugeaud nommé gouverneur général de l'Algérie.

1842 Le général Bugeaud enlève les plus importantes forteresses d'Abd el-Kader. 1843 16 mai Le duc d'Aumale prend la Smala. Bugeaud devient maréchal de France. 1844 6 août
Tanger bombardée par la marine de guerre française. 14 août Défaite marocaine à la bataille de l'Isly (maréchal Bugeaud). 15 août Les Français bombardent Mogador. 10 septembre Traité de Tanger entre la France et le Maroc: le sultan Abderrahmane s'engage à trahir (<<neutraliser»)l~émir Abd el-Kader.

1845 18 mars Par la convention de Lalla Marnia, la France obtient un «droit de suite» sur le territoire marocain: délimitation de la frontière algéro-marocaine, sauf au Sahara «puisquela terre ne s'(y) laboure pas» (article 4).
14

1846 Juillet AM el-Kader, harcelé par les troupes de Bugeaud, se réfugie au Maroc; le sultan Moulay AMerrahmane se retourne contre lui; il rentre en Algérie.
23 septembre Victoire d'AM el-Kader sur les Français à Sidi~Brahim. 1847 23 décembre AM el-Kader se rend au général Lamoricière et au duc d'Aumale.

1852 En Algérie, les Français contrôlent la Petite Kabylie. 1854 Les Français occupent Laghouat et Touggourtdans le Sud algérien. 1855 AMerrahmane reconnaît qu'il n'a pas d'autorité sur les Rifains. Anglais, Français et Espagnols prennent directement contact avec les chefs locaux pour négocier avec eux la fin de la «piraterie». 1856 9 décembre Traité signé entre le Maroc et la Grande-Bretagne,fixant les conditions des relations commerciales et maritimes des deux Etats. 1857 Les Français en Grande Kabylie. 1858 18 mai Déclaration fixant les rapports commerciaux entre le Maroc et les PaysBas et accordant aux consuls et sujets hollandais les mêmes privilèges et pro~ tection que ceux accordés à la nation la plus favorisée. 1859-1872 Mohammed sultan du Maroc. 1859-1860 Guerre entre le Maroc et l'Espagne. 1859 Expédition française au Maroc, arrêtée par le choléra. 1861
20 novembre

Traité de commerce signé entre le Maroc et l'Espagne définissant les attributions et privilèges des représentants espagnols au Maroc. 15

1862 «Paix de Tétouan»: le sultan s'engage à payer une énorme indemnité à l'Espagne pour «racheter»Tétouan.
1863

Le Maroc signe un «traité de protection» avec la France: les étrangers ont le «droit» de protéger et juger leurs ressortissants au Maroc et de soustraire à la «juridiction locale» les sujets marocains employés par leurs consuls et leurs négociants. Règlement relatif à la «protection de Tanger» fixé par le Maroc et la France, ainsi que la Belgique, les Etats-Unis, la Grande-Bretagneet la Suède. En Algérie, Napoléon III remplace le gouvernement civil par un gouvernement militaire qui devra «favoriserl'essor des populations autochtones».
1864 Le maréchal de Mac-Mahon nommé gouverneur général de l'Algérie pour y appliquer la «politique du Royaume arabe».
1865

31 mai Convention conclue à Tanger, au sujet de «l'administration et de l'entretien du Cap Sparte!», entre le Maroc et la France, l'Autriche, la Belgique, l'Espagne, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Italie, les Pays-Bas, le Portugal et la Suède. 1870 Expédition française au Maroc arrêtée par la guerre franco-allemande. 4 septembre Chute du Second Empire en France. Le régime de l'administration civile rétabli en Algérie. Contrôle français de la frontière algéro-marocaine.

1871 14 mars En Algérie, AI-Moukranirassemble 150000 hommes et proclame la guerre de libération.
18 mars Insurrection de la Commune de Paris; deux mois plus tard: répression sanglante. Novembre AI-Moukrani est tué, le mouvement pour la guerre de libération en Algérie, écrasé.

1873-1894 Hassan 1er du Maroc. fi parcoun le pays à la tête de ses harka, va jusqu'à Tarfaya, au sud du Dra. Il favorise les relations commercialesavec l'Europe. 16

-

Révolte

1873 Révolte de Fès. En France, Mac-Mahon, président de la République (A. Thiers a démissionné). 1878 La famine au Maroc.
1880 3 juillet Convention de Madrid (complétée par le Règlement de Tanger du 30 mars 1881) qui codifie le «Régime des Capitulations» et l'étend à toutes les puissances signataires: Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, EtatsUnis, France, Grande-Bretagne, Italie, Pays-Bas, Portugal, Suède et Norvège.

1881 Régime de «l'Indigénat» en Algérie tion... 1882 La famine au Maroc. 1883 25-26 mai
L'émir Abd el-Kader meurt à Damas.

politique française de colonisa-

1885 Bombardement de Salé.
1890 Après l'expédition du sultan Slimane en 1807, le Touat est devenu autonome; il passe sous l'autorité d'un pacha marocain Gusqu'à 1900, date de l'occupation française). 1er juin Traité de commerce entre le Maroc et l'Allemagne (1'Angleterre domine le marché du thé et des cotonnades, la France vend le sucre et achète la moitié de la laine exportée, la concurrence allemande est au troisième rang depuis 1886).

1892 24 octobre Accord commercial entre le Maroc et la France. 1894-1907 A la mort de Hassan 1er, son fils Abdelaziz, âgé de 13 ans, lui succède. Le chambellan Ba Ahmed, fils d'un esclave noir, devient vizir et gouverne le Maroc pendant six ans - jusqu'à sa mort. 17

-

Révoltes 1899 Une mission française (commandant Calley Saint-Paul) envoyée à Oujda pour amorcer avec un émissaire du sultan le règlement des revendications de la France. Révoltes au Nord et répressions sous prétexte de violations de frontière depuis 1849; à Oujda, en 1892,le makhzen a encore tenté de rétablir l'ordre en vain. 1900-1907 Abdelaziz sultan du Maroc. Son premier acte: la confiscation de tous les biens de Ba Ahmed. Puis il épuise le Trésor en dépenses extravagantes. 1901 Avril Manifestationmilitaire de la marine française dans les eaux marocaines à la suite de l'assassinat de M. Pouzet dans la région de Nador. Des «réclamations» sont présentées.au sultan et une nouvelle police algéro-marocaine est créée: «...une zone mixte où les autorités locales françaises et marocaines seraient chargéesde résoudreles questionslitigieuses;puis la France aiderait le sultan à pacifier et réorganiserla partie orientalede l'Empire.» 21juillet La France et le sultan signent le protocole de Paris en vue «d'améliorer la situation» à la frontière algéro-marocaine: «voisinage», douanes et police des confins.
31 décembre

Le sultan emprunte 7,5 millions à 6% auprès de la Banque de Paris. 1902 20 avril Accord franco-marocainsur le protocole de Paris. 7mai Nouvel accord franco-marocainsur le même protocole. Avril-mai Emprunt du sultan auprès de banques espagnoles et anglaises. Pendant que le gouverneur général en Algérie, Jonnard, applique le «droit de suite» de la France au Maroc, permettant à l'influence française de s'étendre sur les confins algéro-marocains;-etque le colonel Lyautey exécute cette politique dans les confins sud-oranais, le gouvernement français multiplie les offres d'emprunts auprès du sultan Abdelaziz.
1903 Le colonel Lyautey occupe Colomb-Béchar, installe des postes à Fortassa et à Berguent, puis dans la Haute Moulouya. Le général Lyautey fixe la frontière algéro-marocaine.

18

1904 8 avril Delcassé, ministre français des Affaires étrangères, a. «lié la question d'Egypte à celle du Maroc»: conclusion de l'Entente cordiale entre la France
et la Grande-Bretagne.

12juin Le sultan du Maroc emprunte 62,5 millions à un «syndicat de banques européennes».
3 octobre L'Espagne adhère aux accords du 8 avril qui prévoient l'établissement politique de la France et de l'Espagne au Maroc et ses conséquences juridiques. 1905

Mars Visite de Guillaume II à Tanger où, dévoilant les visées impérialistes allemandes, il fait une déclaration en faveur de «l'indépendance» du Maroc.
1er septembre Accord secret franco-espagnol réglant le fonctionnement du traité du 3 octobre 1904. -lnllérence mondiale 1906 16 janvier au 7 avril Conférence internationale d'Algésiras (Belgique, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Pays-Bas, Autriche-Hongrie, Portugal, Russie, Suède, Espagne, Etats-Unis): le Maroc doit connaître «l'ordre, la paix et la prospérité» en acceptant des «réformes basées sur le triple principe de la souveraineté du sultan, de l'intégrité de ses Etats et de la liberté économique sans aucune inégalité». L'Acte d'Algésiras prévoit la création de la police, la répression de la contrebande des armes, la concession d'une banque d'Etat marocaine, des impôts plus ren-

tables et de nouveaux revenus, un règlement sur les douanes et la fraude (dans les ports, corps de police sous les ordres de gradés françaisou espagnols).
4 août Suspension des relations commerciales entre l'Algérie et le Maroc, à la demande du gouvernement français. Le sultan du Maroc est aux abois: il a emprunté pour financer les opérations militaires autour d'Oujda en 1905, il emprunte à nouveau pour créer un cotps de police à Tanger en application de l'Acte d'Algésiras. Sur le point de perdre le trône, il hypothèque les bijoux de la couronne afin que le makhzen fonctionne quelques mois encore...

-

Rébellions Rébellions organisées depuis le début du siècle et qui vont durer encore: le rogui Bou Hamra; autour de Tanger (Raïsouli); devant Mogador (Anflous); dans le Sous (Ma El Aïnine).
19

1907 19 mars Assassinat du docteur Mauchamp à Marrakech.

- Allression
29 mars Oujda et sa région occupées par les. troupes françaises venues d'Algérie
(général Lyautey). 30 juillet En réaction à l'arrivée des premiers contrôleurs des recettes douanières (servant de gage à l'emprunt de 1904 à 60%) prévus à Algésiras: incidents sur le chantier d'aménagement du port de Casablanca (9 morts européens).

- Réoression 5 août Arrivée de l'escadre française à Casablanca:la ville est bombardée. 7 août Des navires de guerre y débarquentdes détachements de marins français et espagnols (4000 hommes puis jusqu'à 6300, général Drude) pour «établir la sécurité». Dès lors, «répression ne signifie plus que pacification».
16 août Hafid proclamé sultan à Marrakech.

- Massacres
3 septembre Malgré «l'armistice» demandé par les tribus de la Chaouïa, le général Drude prend l'offensive et massacre... 11 septembre Massacre des habitants du village de Taddert. 12 septembre Abdelaziz quitte Fès pour Rabat avec son makhzen; il devient le sultan

des Européens... 21 septembre Les troupes du général Drude massacrent et brûlent les villages de SidiBrahim, Zian, Ziaïda, Zenata et Mdakra.
23 septembre

Conférence de Casablanca entre les «Français» et les notables de la Chaouïa, acculés à la «pacification»qui s'organise dans la ville: pare d'artillerie, bureau de la place, police des tabors,justice militaire, services de santé... - Résistance 19 octobre Près de Taddert, des cavaliers «hafidistes»attaquent un escadron français. 20

1908
1erjanvier Prise de Mediouna par le général Drude. 5 janvier Drude remplacé par le général d'Amade qui va poursuivre la «pacification» vers le Sud, le Sud-Ouest,l'Ouest - très violents combats.
24 novembre Abdelaziz décide de se retirer à Tanger. 7 décembre

Par un dahir-communiqué lu dans les mosquées, Hafid accepte les décisions de l'acte d'Algésiras (police européenne dans les ports, banque d'Etat, travaux publics...) comme Abdelaziz... déposé pour cela.

1909
9 février Convention franco-allemande équivalant à un accord de partage économique, la France s'engageant à maintenir l'intégrité de l'Empire chérifien. Première guerre du Rif contre l'Espagne - campagne de 1909 menée par Ameziane.

23 juillet Les Espagnols repoussésjusqu'aux murailles de Melilla. A Barcelone, véritable insurrection contre la guerre - «la semaine sanglante». - Résistances
27 juillet Victoire rifaine à la bataille de l'Oued Dib (Barranco deI Lobo), désastre pour les Espagnols, le général Pintos qui commande l'armée est tué. L'Espagne met en route plus de 40000 hommes. 30 septembre Bataille de Souk el-Khemis; les Rifains submergés. Le chérif Mohammed Ameziane, pieux musulman et résistant nationaliste, se replie à l'ouest de l'Oued Ken. Son successeur est Mohammed Ben Abdel-Krim

1910 4 mars Accord entre le sultan et le gouvernement français «prévoyant que les troupes françaises se retireraient du territoire marocain, sous la condition que le gouvernement chérifien y assurerait le maintien de l'ordre». Novembre Dans le Rif, la zone occupée placée sous le contrôle conjoint des Espagnols et du sultan.
21

1911 27 avril Les troupes françaises sous les ordres du général Moinier partent de Casablanca vers Fès... où Hafid est assiégé par les tribus du Nord. Nombreux combats de Casablanca à Fès. - Occupation 21 mai L'année française entre dans Fès. Elle va occuper Meknès et Rabat. 1erjuillet Guillaume II, refusant de laisser les mains libres aux Français, envoie une

canonnièreallemande -le navirede guerrePanther---:- dansle portd'Agadir.
Septembre Attaques de l'année rifaine du chérif Ameziane sur tout le front tenu par les Espagnols. Renforts espagnols acheminésd'urgence, avec le ministre de la Guerre.
9 octobre L'année espagnole, refoulée, repasse le Kert. 4 novembre

Convention franco-allemande: l'Allemagne obtient un accès au Congo en échange de sa neutralité vis-à-vis de l'établissement du protectorat français au Maroc.
Fin décembre

Dans le Rif, la nouvelle offensive du chérif M. Ameziane échoue. Les Rifains se préparent à un grand soulèvement...

22

II
DES SULTANS SOUMIS AU DROIT DES BANQUES
La Résistance populaire jusqu'après l'indépendance (1912-1960)

Le maréchal Lyautey, Résident général de France au Maroc, conduit le «premier sultan des Français», l'enfant Moulay Youssef.

24

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Le «Protectorat» .français 1912

30 mars La France et le sultan alaouite Hafid signent le traité de protectorat instituant «un nouveau régime, comportant les réfonnes administratives,.judiciaires, scolaires, économiques, financières et militaires que le gouvernement françaisjugera utile d'introduire sur le territoire marocain». 28 avril Décret nommant le général Lyautey résident au Maroc.

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Révoltes

Avril-mai-juin «Troubles graves» à Fès, réprimés par l'armée française. Hafid vend le Maroc puis abdique. 15 mai Le chérif Mohammed Ameziane est tué. 11juin Décret du président de la République française définissant les pouvoirs du «commissaire-résident général», pouvoirs qui découlent du traité de protectorat. 13 août

Youssef,frère de Hafid, est choisi par Lyautey et «proclamé sultan» - il le

restera jusqu'à sa mort en 1927.

- Révolte
6 septembre

Le colonel Mangin (5000 hommes) affronte les troupes d'El Hiba (proclamé sultan à Marrakech) à Sidi Ben-Othman: combat sanglant. - Occuoation 7 sept. Les troupes françaises entrent à Marrakech. 27 novembre

Accord franco-espagnol: la France concède à l'Espagne une zone d'influence que l'on appelle couramment «Maroc espagnol».
1913

«Pacification» d'une grande partie du Sud marocain avec l'aide des seigneurs féodaux. Les troupes françaises entrent dans Agadir. Le général Mangin occupe Kasba-TadIaet Béni-Mellal; «pacifie» la région du Tadla jusqu'au fleuve Oum er-Rébia.
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Le général Henrys «dégage» la région du sud de Meknès; «commence à encercler» le Moyen-Atlas.

Les troupes françaises d'Oujda «à la fois progressent vers Taza et remontent le fleuve Moulouya, de façon à opérer leur jonction avec les troupes du Tafilalet». - Dissidences
A la fin de 1913, il reste pour la France «quatre foyers de trouble et de dissidence: la zone entre Taza et Fès, le bloc zaïan, le Moyen-Atlas et le Sous». Création de la nouvelle organisation judiciaire: «Au Maroc, aucune procédure, aucune opération judiciaire ne s'effectue autrement que sous l'œil du juge et par son ordre. Ce juge est un magistrat français... nommé par décret du président de la République...» 1914 - OccuDation

Mai
Les troupes du général Lyautey occupent Taza. Juin Lyautey occupe Khenifra, le pays zaïan. 27-28 juillet Télégrammes des ministres des Affaires étrangères et de la Guerre au résident général: «Ne maintenir au Maroc que le minimum de forces indispensables, le sort du Maroc devant se régler en Lorraine...» 31 juillet Réponse du Résident: «Garder jusqu'au bout le Maroc à la France, non seulement comme possession, comme gage acquis, mais comme réservoir de ressources de toutes sortes pour la Métropole.» 2 août L'Allemagne déclare la guerre à la France. - Levée de tirailleurs Août La 1ère division marocaine (S 000 hommes) débarque en France. 8 septembre Les soldats marocains engagés dans les batailles de l'Ourcq et de la Marne. II septembre 700 survivants sur les 5000 hommes arrivés en août.
23 novembre

Proclamation du sultan «à Nos fidèles sujets qui combattent en soldats valeureux sur le sol de France... vous avez déployé tout le zèle désirable pour accomplir la mission que Nous vous avons dévolue...»

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1915 Lyautey redoute un «soulèvement général» Nombreux et farouches combats. - Levée de travailleurs

il poursuit la «pacification».

700 «travailleurs coloniaux» marocains débarquent à Bordeaux.
1916

Les tirailleurs marocains à Verdun maréchal Pétain.

avec le «vainqueur de Verdun», le

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Levée de travailleurs

1916-1918 34000 «travailleurs coloniaux» marocains transponés en France, recrutés sur contrat pour travailler dans les usines, les mines, les champs. 1917 Après la bataille du Chemin-des-Dames, la citation décernée au régiment marocain est signée: Mangin - le général français qui a «occupé» Marrakech en septembre 1912.

- Révolte
1918

Grave révolte des tribus Aït Ana dans le Tafilalet évacué par les troupes françaises qui se maintiennent dans le poste proche d'Erfoud. Août La 2ème division de Marocains envoyée sur le front français. 1919 Le «bloc des tribus zafannes» du Moyen-Atlas à peu près «pacifié». Les «travailleurs coloniaux» marocains en France sont rapatriés, sauf 2 500 à 3000 autorisés à y rester. 4000 Soussis envoyés en France qui a besoin de main-d'œuvre pour se redresser. Le courant migratoire Maroc-France de travailleurs non qualifiés est établi. Il ne cessera plus.

1920
18 novembre

Circulaire de Lyautey dite «du coup de barre»: «Ici, nous avons trouvé un Etat et un peuple». Lyautey décide de ne pas occuper ni pacifier tout le Maroc mais, en trois ans, seulement le «Maroc utile»: «...ces zones peuplées ...de dissidents actifs ...dont la possession est indispensable ...à cause de ce qu'elles contiennent de ressources naturelles, forces hydrauliques, massifs forestiers, cheptel et pâturages»... Ouezzane, près de la frontière de la zone espagnole, occupée par les troupes françaises du général Pœumirau. Dans le Rif, la tribu des Béni Ouriaghel sous les ordres d'Abd el-Krim, se
retranche à Ajdir. 27

1921 Succès militaires français au sud de Taza et, dans le Moyen-Atlas, vers les sources de l'Oum er-Rebia. Dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la France a «pacifié» le Maroc utile, c'est-à-dire plus de la moitié du Maroc, la plus riche et la plus peuplée, «la seule susceptible d'un important développement économique». TIlui reste à «pacifier» ce qu'elle appelle le «Maroc indispensable» et à mettre [m «à un lourd effort militaire». 1921-1926 Front rifainl République du Rif. -1 ère I!uerre du Rit,. 1921 21 juillet Victoire rifaine d'Anoual. L'émir Mohammed Ben Abd el-Krim Al-Khattabi à la tête de l'année rifaine, écrase les Espagnols (20000 hommes sous les ordres du général Sylvestre; 15 000 morts). Les Espagnols envoient 140000 hommes en renfort mais, réduits à la défensive, ils se replient sur Tétouan. Début août Renforts espagnols détruits au Jbel Aaruit. Avant la fin de l'année, les troupes d'élite commandées par Milan Astray et Franco, sont battues. 27 août Dernier dahir (après ceux de janvier 1914 et janvier 1920) réglementant la recherche et l'exploitation des mines au Maroc.

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OccuDation

1922 Les Français s'attaquent à ce qu'ils appellent la «tache de Taza»; combats
très meurtriers. Ils occupent Ksiba et Ouaouizarhte dans le Tadla.

1923 Abd el-Krim, Président de la République des tribus confédérées du Rif, est à la tête d'un Etat souverain doté d'institutions constitutionnelles. Succès français très durement acquis dans la «tache de Taza».

- Victoires
1924 Les Rifains prennent Chaouen, se préparent à l'assaut [mal de Tétouan à l'est, de Mélilla à l'ouest. Mais au sud, les troupes françaises ont franchi l'Oued Ouergha: la plus puissante année du moment sous les ordres du maréchal Lyautey.

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Ume guerre du Rif. 1925 Mai Les Rifains font craquer la ligne des postes français (300 km). A nouveau, stupeur dans le monde. L'armée rifaine progresse vers Fès et Taza. Juillet Les Rifains approchel)t de Fès (<<l'annéedu Rifain») et d' Ouezzane; on envisage d'évacuer Taza. Août «Débarrassez-nous de ce rebelle!» dit le sultan Youssef en désignant l'émir Abd el-Krim au maréchW. Pétain qui arrive avec des renforts, et remplace I Lyautey. i L'armée française (725000 hommes) opère sa jonction avec les troupes espagnoles (100000 ho~es). L'armée populaire rifaine compte environ 75000 partisans (dont 30000 combattants en permanence) encadrés par 7 ou 8000 réguliers. Septembre Primo de Rivera attaque par la mer, Pétain par voie de terre. Abd el-Krim fait des ouvertures de paix. Pétain refuse de traiter avec «un rebelle». 2 octobre Les Espagnols prennent Ajdir. Repli des Rifains à l'automne. Pendant l'hiver, Abd el-Krim poursuit son action politique. 1926 26 avril-7 mai Conférence d'Oujda. Négociations directes des autorités françaises avec Abd el-Krim. Conditions draconiennes de la France. La guerre reprend. Début mai Offensive des troupes françaises en liaison avec l'armée espagnole, sur tout le Front. Victoire française en trois semaines, grâce à l'aviation: 250 avions lâchent 1147 tonnes de bombes sur le Rif. Les bombes françaises contiennent des gaz toxiques. 27 mai A Targuist, Abd el-Krim se rend aux avant-gardes françaises du colonel Corap. Exilé à La Réunion, il y restera vingt et un ans tant il fait peur aux occupants, même après sa défaite. Juin-juillet Le commandement français profite de la présence de troupes nombreuses pour «réduire la tache de Taza».

A0I2t Les Espagnols reprennent Chaouen. 29

1927 Lyautey (remplacé à la résidence par Théodore Steeg le Il octobre 1925), quitte le Maroc. Mort du sultan Youssef. Son fils Mohammed ben Youssef, âgé de 17 ans, lui succède. Il prend Rabat comme capitale.

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Occupation
Les troupes françaises de Marrakech occupent Ouarzazate.

1928

1929 Les Français occupent la vallée du Dadès. Avance dans le Tadla du général de Loustal. Dans le Sud-est, le général Giraud à la tête d'un «commandement des confins algéro-marocains»,prépare l'encerclement du Tafùalet évacué en 1918. Division 1930 16 mai Le «Dabir (décret) berbère» crée en zone «berbère» des «tribunaux coutumiers» composés par des «commissaires du gouvernement». Les tribus «arabes» gardent le droit musulman et la juridiction du cadi. C'est «diviser pour régner». Violente émotion parmi les Marocains. Arrestations des «meneurs» nationalistes dont, à la surprise des Français, le mot d'ordre est: «Ne pas être séparés de nos frères musulmans». - Occupation
1931 Occupation du Moyen-Atlas par les Français. 1932 Le général Giraud occupe le Tafilalet. 1933 Occupation du Djebel Sargho; combats très durs au cours desquels le capitaine de Bournazel (<<l'hommerouge») est tué.

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RébelUon La «tache dissidente» de l'Atlas central réduite par l'action du général Hure, des «groupes mobiles» du Tadla (Loustal), de Meknès (Goudot), des confins al~ géro-marocains (Giraud) et de Marrakech (Catroux); très violents combats. Création d'un hebdomadaire nationaliste en français: l'Action du Peuple.

1934 Occupation de l'Anti-Atlas et de l'extrême Sud. La «pacification» est déclarée terminée (elle ne le sera jamais) après 27 ans de guerre (1907-1934) où l'on estime que plus de 250000 Marocains ont trouvé la mort. L'Action du Peuple interdit Formation du Comité d'Action marocaine
(CAM) de 10 jeunes nationalistes (<<plande réformes modérées»).

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1937 Le CAM se scinde en «parti national» et «mouvement populaire»; manifestations; leaders arrêtés; Allal el-Fassi déporté au Gabon (9 ans). 1938 Le Service marocain de l'Emigration créé par dahir du 13 juillet: le secrétariat général du protectorat passe directement des accords avec les employeurs français et se charge d'acheminer vers la France des travailleurs marocains. 1939 Début de la Deuxième Guerre mondiale. 4 septembre Proclamation du sultan Mohammed Ben Youssef lue dans les mosquées: «...avant la Convention qui Nous lie à la France, la guerre intestine régnait partout... on se battait pour des petites futilités... vous n'aviez pas de sécurité... Depuis le Traité du Protectorat, la paix est assurée dans vos foyers, dans vos villes et dans vos campagnes... Tous ces bienfaits Nous font l'impérieux devoir d'en remercier la Providence, mais... le Croyant est celui qui reste fidèle à ses engagements... fi est de Notre devoir le plus absolu de manifester au gouvernement de la France Notre reconnaissance pour tout ce qu'elle a fait pour Nous... (de) lui assurer un concours sans réserve...».

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«Etœ!:J.4e1!uerre» Septembre 1939-juin 1940 100000 travaiJIeurs marocains participent à l'effort de guerre, envoyés en Algérie et en France par le Service marocain de l'Emigration. Les soldats marocains sont sur le front tunisien contre l'armée italienne; la 1ère division formée à Meknès en septembre 1939, à Gembloux en Belgique, Dunkerque, Sedan...

1940 Juillet Les unités marocaines camouflées au vainqueur. 1942
8 novembre

Débarquement allié au Maroc. Le résident Noguès obéit à Vichy - il fait ouvrir le feu sur les bâtiments américains. Trois jours de combat: 1000 morts. Les «goumiers sortent de l'ombre»: Corse, Italie, France, Allemagne.
1943 Entrevue d' Anfa (Casablanca) entre Mohammed Ben Youssef et Roosevelt qui promet «d'aider le Maroc à recouvrer son indépendance». JO décembre Fondation du parti de l'Istiqlal.

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Emeutes 1944
Emeutes à Rabat et à Fès. Les dirigeants nationalistes sont arrêtés.

1946 Les unités marocaines en Indochine. Hassan el-Ouazzani fonde le Parti démocrate de l'Indépendance dont certains membres sont républicains.

(PDI)

13février Manifeste franco-marocain (Istiqlal et personnalités catholiques et juives): le régime du protectorat est dépassé, urgence de réfonnes fondamentales (libertés syndicale. de la presse, de réunion pour Français et Marocains). 16 mars Eirik Labonne, résident; il tente une politique libérale, fait libérer les chefs nationalistes. 22 juillet Le plan de réfonnes du résident fait scandale à la section française du Conseil de gouvernement. 24 juillet Français du Maroc et Istiqlal repoussent le plan de réfonnes du résident. Le sultan refuse de signer les six dahirs entérinant les réformes.

1947 - Massacre 7 avril Des tirailleurs sénégalais massacrent des centaines de Marocains. La fusillade dure des heures sans que les officiers ou la police n'interviennent. 10 avril Discours du sultan à Tanger: il revendique «l'émancipation du Maroc». Appel aux femmes marocaines de la fille ainée du sultan, Lalla Aicha, visage découvert. 23 mai Rappel du résident Labonne. TIest remplacé par le général Juin et un régime colonial totalitaire. 31 mai «Evasion» d'Abd el-Krim en Egypte. 10juin Lettre de revendicationsdu sultan au résident. 21juin Le sultan signe des dahirs qui renforcent encore l'autorité de la résidence.

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1948 Janvier Sous la pression des nationalistes, le sultan adresse une lettre au président Vincent Auriol sur «sa mésentente avec le général Juin» et son souhait de révision du traité de protectorat.

- Emeutes
7-8juin Emeutes sanglantes à Oujda. Du Caire, Abd el-Krim annonce la création d'un Comité de Libération pour l'Afrique du Nord et réclame l'indépendance pour le Maroc. 23 octobre La libené des salaires est promulguée. 1949 Janvier Au Conseil du gouvernement, à Rabat, les délégués marocains dénoncent la liberté des salaires et demandent pour les travailleurs marocains, le droit syndical et le droit de créer des syndicats «purement marocains». Réponse de la résidence: les travailleurs marocains sont libres d'adhérer aux organisations syndicales existantes quoique... «les Marocains, qui font encore leur apprentissage syndical, (n'aient) pas une formation suffisante».

1950 8 octobre Dépan du sultan pour Paris. Il va y «négocier l'abrogation du régime de protectorat et la reconnaissance de l'indépendance de son pays». Le général Juin, qui ne «s'avoue pas vaincu», est décidé à s'imposer lors des conversations que le sultan (<<qui parle correctement le français») souhaite avoir seul à seul avec le président Auriol.
10 octobre Télégramme de l'Istiqlal au sultan, à Paris: «...Nous sommes persuadés que l'abolition du régime de protectorat qui s'est révélé inapte à conduire le Maroc à se gouverner lui-même, créera de véritables liens d'amitié et de coopération entre le Maroc et la France. Nous assurons Votre Majesté de notre attachement indéfectible à Votre Trône que vous n'avez jamais cessé de mettre au service d'un idéal démocratique et humain.» On évalue à 300000 le nombre des ouvriers marocains, dont les trois quans pour la seule ville de Casablanca (mines, docks, bâtiment, industrie alimentaire et chaouchs). Les salaires légaux (rarement payés intégralement à cause de la pression du chômage et de l'ignorance des lois des travailleurs) ne s'élèvent qu'à la moitié des traitements métropolitains. Différence justifiée pour le patronat: mauvais rendement de l'ouvrier marocain et son «peu de besoins»... Pounant... «les faits montrent que si la fréquence des famines a habitué (le fellah) à subsister» avec presque rien, il consomme autant qu'un autre homme quand il en a les moyens!

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Le salarié marocain n'a aucune garantie. Le droit syndical ne lui est toujours pas accordé car, pour résidence et patronat français, «les ouvriers musulmans... ne sont pas à même d'en user avec sagesse... et, syndiqués et organisés, ils représenteraient une force dont nous pourrions être victimes». A l'occasion du voyage du sultan à Paris, la presse ne parle que de «l'œuvre de la France au Maroc»: «routes, chemins de fer, villes, usines et ports... méthodes modernes de culture (<<on meurt plus de faim au Maroc») ne ...progrès industriel (phosphates, charbonnages, cobalt, fer, plomb, zinc, étain, manganèse... électricité, barrages, conserveries, pêche...)>>;et de la Bourse de Casablanca où les valeurs ont «triplé et quadruplé en quelques mois tandis que les établissements bancaires regorgent de capitaux en quête d'investissements».
11 octobre

Le sultan remet un «mémoire» au gouvernement français. Il y dénonce «l'autorité de contrôle cumulant, comme dans les colonies, l'administration et le contrôle», demande «un accord sur les bases d'avenir et le but final» - plus de «réformes fragmentaires» mais un programme politique précis et ses étapes.
20 octobre

Allal el-Fassi déclare à l'envoyé de la Tribune des Nations: «Aller par la réforme à l'indépendance et non point à l'indépendance par la réforme demeure l'essence de notre programme... (en France) Sa Majesté tâchera, hors des problèmes des relations franco-marocaines,de défendre certains intérêts des classes populaires.»
6 novembre Retour du sultan au Maroc. Lancement d'une émission de bons d'équipement (pour plus de 4 milliards de francs). Le gouvernement français soumet au jugement de la Cour de Justice internationale de La Haye, la question des importations américaines au Maroc. Le Fonds de Modernisation et d'Equipement du plan Monnet fournit à l'économie marocaine 6 milliards de francs. Décembre Nouveaux gisements de pétrole découverts dans le Gharb. Pose de la première pierre pour l'agrandissement du port d'Agadir. 12 décembre Le résident exclut Mohammed Laghzaoui - chargé du rapport sur le budget des travaux publics - d'une séance du Conseil du gouvernement. Onze délégués nationalistes se solidarisent avec Laghzaoui (les 66 autres le désavouent). Fête du Mouloud. Le pacha de Marrakech rompt avec le sultan.

- Ultimatum
1951 26janvier Ultimatum du résident au sultan - celui-ci est sommé de se désolidariser de l'Istiqlal, de renvoyer le cabinet royal et ses collaborateurs nationalistes:
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«Où vous désavouez ouvertement le parti de l'Istiqlal, ou vous abdiquez. Autrement, je vous déposerai moi-même.» 2 février Emotion à Paris. Schuman déclare attendre le retour (de Washington) du général Juin «pour savoir ce qui s'est passé». Télégramme de l'ambassade de France à Washington: «...Si le sultan était déposé, le gouvernement des Etats~unis ne saurait que se dissocier d'une telle politique... » Le Glaoui déclenche le mouvement des tribus. 8février Le général Juin de retour au Maroc. Il accélère la marche des tribus sur Rabat, espérant sauver la vie du sultan en échange de son abdication. 21 février Le sultan demande, par télégramme, l' arbritrage du président Auriol. 23 février Télégramme du résident à Paris: impossible «d'arrêter les mesures mises en œuvre»: les 10000 cavaliers qui marchent sur Rabat pour «obliger (Juin) à déposer le sultan». 24 février Lettre du président Auriol au sultan: approbation officielle de la violation du protectorat par le général Juin. - Pression 25 février Les cavaliers des tribus à Fès. Les troupes cernent le Palais. Si le sultan ne signe pas le protocole qu'on lui présente avant 20h 30, «le dispositif en place sera déclenché». Le sultan signe ce «protocole d'accord» par lequel il s'engage à appeler le peuple au calme en lui rappelant les «bienfaits de l'amitié franco-marocaine» et à condamner l'Istiqlal. Il promet de signer les dahirs en instance. Mars Campagne de fausses nouvelles: Fès aurait été bombardée. 3 avril Les partis nationalistes (Istiqlal, PDI et les deux partis de la zone «concédée» à l'Espagne) fondent à Tanger, le Front national marocain afin de lutter pour l'indépendance, de soutenir le sultan et de collaborer avec la Ligue arabe, en refusant toute alliance avec le Parti communiste marocain (Ali Yata).

- Révoltes
Troubles dans le Moyen-Atlasprovoqués par les exactions de caïds.

- Manifestation
1er mai Manifestation à Casablancade 5000 syndicalistes(majorité de Marocains),
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ce qui confirme l'existence d'une aile gauche de l'Istiqlal à la conquête des syndicats.

- Résistance isolée
15 et 16 mai

Premier acte isolé de résistance armée au Maroc - dans le Tadla. Ahmed Hansali tue six «étrangers», en blesse deux, entre le barrage en construction de Bin el-Ouidane et Afourer. Démuni de tout, affamé, il est recherché par 10 000 hommes et 200 policiers français «protégés» par 50 goumiers.
23 mai Dénoncé pour la prime d' I million promise, Ahmed Hansali est arrêté à Taghzirt, avec son complice Moha Lioucine Sidi Smiha. L'interrogatoire prouve «s'il en est besoin, que le meurtrier n'est pas fou» (le Petit Marocain du 24 mai), qu'il n'a tué que «pour manifester sa haine des Français et de leur œuvre, que le barrage de Bin el-Ouidane symbolise ici» (Paris-Match du 2 juin). Hansali ne se réclame d'aucun parti et répète qu'il a tué parce que «Dieu l'a voulu».

- Résistance républicaine
Un mouvement révolutionnairede lutte armée pour l'indépendance et la République apparaît et commence à s'organiser.La majorité des Marocains ne connaît que la misère, la faim, les bidonvilles,la peur (la police qui tire dans la foule, rafales de mitraillettes dans les médinas chaque 30 mars, «jour de malheur», forces armées en état d'alerte). A l'insu des partis, des groupes se forment et s'arment dans cette majorité qui considère le sultan comme la France. Pour ces Marocains, «l'amitié franco-marocaine» représente le vol des terres fertiles, l'exode rural, l'abaissement dramatique du niveau de vie, les exactions des féodaux soutenus par la France, l'exploitation, la prison... Juillet Le sultan, poussé par l'Istiqlal, refuse de signer le dahir sur la création de municipalités urbaines dont la moitié des membres seraient élus par la communauté française (puis viendraient des assemblées régionales et au sommet, un conseil), le régime dit de la parité accordant le même nombre de sièges à 500000 Français qu'à 8700000 Marocains. Aoat Allal el-Fassi quitte Tanger pour Le Caire: il va y préparer la question marocaine pour l'ONU. Ouazzani l 'y rejoint. 31 aoat Le sultan à Casablanca: visite orchestrée par l'Istiqlal. 20 septembre Le général Juin quitte le Maroc. 4 octobre Le général Guillaume, nouveau résident, prend officiellement ses fonctions à Rabat. Reçu en audience solennelle par le sultan, il déclare s' «interdire de 36

laisser à la pioche des démolisseurs, l'édifice du Maroc moderne, élevé... par Français et Marocains en quarante années, au prix de tant de sacrifices... le Maroc n'a jamais été aussi vigoureux... (il souffre) d'une crise de croissance inévitable...» Le sultan l'assure de «...notre concours en vue d'œuvrer pour le bien du pays... suivant la ligne de conduite (de la nouvelle résidence): franchise, désintéressement, efficacité». 12 octobre Le général Guillaume fait «son entrée» dans les principales villes du pays. Création de 1'hebdomadaire Al Istiqlal en français. L'Istiqlal appuyé à l'ONU par les Etats arabes et asiatiques. Décision de l'Istiqlal de boycotter les élections aux chambres consultatives marocaines prévues par le palais pour le 1er novembre.

- Emeute
1er novembre

Graves incidents (6 morts) à Casablanca à l'occasion des élections. Agitation à Khénifra. 18 novembre

Discours du Trône: le sultan demande des réformes de structures, ce qui rappelle l'échec des négociationsenvisagées en 1950.
Décembre Vote rassurant pour la France à l'ONU. Le sultan à Rabat et à Salé: voyages organisés par l'Istiqlal qui, redoutant d'être débordé par sa base (ce qui est déjà fait), réchauffe ainsi l'ardeur de ses militants tout en continuant à se servir du palais comme pivot de sa politique. 18 décembre Constitution de la cellule de résistance «Les Volontaires», à Casablanca, commandée par Hassan Laaraïchi.

1952
Janvier L'édification des cinq bases militaires américaines au Maroc (après l'accord franco-marocain de 1950) terminée, elles s'étendent sur des milliers d 'hectares. Européens et Marocains ont été expropriés, tous sont inquiets. La résidence fait surveiller par sa police, les nationalistes et... les Américains. (4 bases seront évacuées én 1963, celle de Kenitra en 1978 mais à cause de l'accord secret de 1963 entre le Maroc et les Etats-Unis, elle restera un centre de communications américain; on estime qu'un million d'Américains a séjourné au Maroc - civils et militaires - entre 1942 et 1963.) 14 mars Memorandum du sultan au président de la République française, pour réclamer «l'assainissement du climat politique, l'octroi des libertés syndicales» et «la constitution d'un gouvernement marocain provisoire» afin de négocier avec la France un nouvel accord.

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30 mars Incidents graves à Tanger.

-

Manifestations 31 mars Manifestations à Safi (3 morts).

Juin Le résident général revient de Paris sans réponse au memorandum du sultan. Aoat Agitation dans les Béni Snassen.
17 septembre

On remet au sultan la réponse du gouvernement français à son memorandum: «objectifs et pouvoirs concrets définis dans le traité de protectorat du 30 mars 1912» ne seront pas remis en cause. Le sultan refuse de signer les dahirs.

- Assassinat
4-5 décembre Assassinat en Thnisie du leader syndicaliste tunisien Ferhat Hached, première victime des organisations contre-terroristes françaises au Maghreb la Main Rouge, puis l'AGIR, I'ODAT (colons ultras, policiers européens manipulés par le SDECE). - Emeutes 7 décembre L'appel à la grève générale pour le 8 (le syndicaliste tunisien Ferhat Hached assassiné) lancé par l'Union des Syndicats, est soumis aux assemblées syndicales partout dans le pays. Au soir du 7, début des «émeutes de Casablanca» dans le bidonville des Carrières centrales: la police tire sur la foule.

- Réoression
8 décembre La police tire à nouveau - deux fois - sur les habitants du bidonville (centaines de morts dont 3 Européens) tandis qu'en ville, la «souricière de la maison des syndicats» .est posée par Boniface (300 à 400 morts). Répression: 500 peines de prison, des milliers de «déplacés». L'Istiqlal et le PCM interdits. Résistance armée et Armée de Libération nationale marocaine (ALN) sont des organisations structurées, en ville et à la campagne. 1953 12 janvier Par une lettre adressée au président de la République française Vincent Auriol, par l'entremise de la résidence, le sultan propose la reprise des négociations; il exprime son désir de réaliser de profondes réformes. 38

9 février Réponse remise au sultan. Le gouvernement français «suggère que soit abordée dès que possible l'étude des réformes proposées et tendant à développer progressivement les institutions démocratiques dans le respect de la souveraineté marocaine et avec la coopération active des éléments français. TIsouligne sa détermination de poursuivre l'œuvre de modernisation de l'économie et des institutions du Maroc...» (communiqué du ministère des Affaires étrangères du 13 février). 20 mars A Marrakech, le Glaoui fait signer à 20 caïds une pétition réclamant au gouvernement français la «déposition» du sultan et «l'attribution du pouvoir à qui en est digne». 4-6 avril Le chérif Kittani organise une assemblée des zaouïas, faisant appel à la solidarité contre «les perturbateurs de l'islam et de la société musulmane» - on y acclame les orateurs qui attaquent le sultan, imam des croyants. Le Quai d'Orsay alerté, empêche que la déchéance du sultan soit réclamée. Avril Le sultan signe tous les dahirs que lui présente la résidence, sauf celui sur les municipalités, où la désignation de Français par élection, substituerait au régime du protectorat, celui de la cosouveraineté. II mai A Tizi N'Tretten, sur le plateau d'Ifrane, le maréchal Juin préside le rassemblement d'une centaine de milliers de montagnards - surtout goumiers encadrés par les autorités civiles et militaires. Spectacle destiné à impressionner le sultan (la France pourrait mobiliser les Berbères contre lui) et l'opinion (<<éblouissanteet puissante manifestation d'amitié pour la France»). 21 mai La pétition du Glaoui est officiellement remise au résident, avec la signature de 250 pachas ou caïds, de 6 chefs religieux et de 31 notables. 31 mai Le Glaoui proclame la déchéance du sultan. Menace de «dissidence organisée». 1er juin Le sultan rappelle que pachas et caïds sont «des fonctionnaires investis par dahif» et proteste contre les «pressions exercées sur un grand nombre d'entre eux pour obtenir leurs signatures» (texte du grand vizirat, Maroc Presse, 2 juin). 17 juin Le sultan propose l'établissement d'un plan d'ensemble «en accord avec le gouvernement français» pour que le Maroc puisse «gérer démocratiquement ses propres affaires et prendre rang parmi les nations modernes, les intérêts de la France et des Français étant garantis» - la réforme municipale répondant à «son profond désir de doter les villes d'assemblées élues»...

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20 juin Le Glaoui voit là une «nouvelle manœuvre destinée à semer le trouble dans les esprits simplistes». Mais 287 personnalités marocaines adressent à des hommes politiques en France un manifeste contre la pétition du Glaoui. 26 juin Deuxième pétition contre le sultan mise en circulation par le fils du Glaoui, Brahim. 29 juin Conférence de presse à Paris, du Comité France-Maghreb présidé par François Mauriac. Régis Blachère, Charles-André Julien, le général Catroux et Louis Massignon exposent la situation au Maroc. Le Glaoui y fait son propre panégyrique. 30 juillet Retour du Glaoui au Maroc, accueilli triomphalement par les autorités à Marrakech, et «comme un souverain» à Casablanca par Boniface. 1er août Blesson, délégué à la résidence, accueille le Glaoui à Rabat «avec une pompe inusitée» et lui remet la deuxième pétition signée par 330 notables et 5 cheikhs de confréries. Une déclaration annexe du 2 juillet, y donne au Glaoui «pleins pouvoirs pour traiter de nos affaires et des intérêts de notre peuple», et à Kittani, «pleins pouvoirs en ce qui concerne la religion musulmane». 4~12 août Voyage triomphal du Glaoui: Agadir, Marrakech, Khouribga, Rommani, Khenifra.

7 août Le Glaoui déclare à Blesson qu'il veut faire «proclamerpar l'ensemble des chefs et des dignitaires religieux la déchéance de Sidi Mohammed et la désignation d'un nouveau sultan». 8 août
Dépêche de Blesson au Quai d'Orsay. 11 août Instructions énergiques du Quai d'Orsay (Georges Bidault) qui refuse de n'avoir plus «le choix qu'entre la déposition du sultan et l'emploi de la force contre nos amis, car le gouvernement français ne peut accepter présentement ni l'une ni l'autre de ces solutions». 12 août Vincent Auriol reçoit un appel du sultan qui craint les troubles que pourraient provoquer «les agissements du pacha de Marrakech encouragé et soutenu par des fonctionnaires relevant de la résidence générale». Le président Auriol sévère envers la résidence, surtout envers Boniface «évidemment à l'origine de cette affaire». Le général Guillaume convainc le président du Conseil, Laniel, qu'il faut déposer le sultan, et obtient de «le mettre dans un avion et de l'envoyer en exil».

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13 août La résolution en neuf articles (acceptée par Bidault, ratifiée par Laniel), présentée au sultan pour qu 'ilIa signe, lui laisse le pouvoir religieux et le dépouille de tous les autres. Les nouveaux dahirs pennettent une souveraineté française «sans limite ni contrôle», mettant fin au protectorat. Le Palais investi par les troupes, le sultan a deux heures pour se soumettre. TIsigne - «C'est un ultimatum. Je cède à la force.» La dynastie est dans une situation critique; pour le sultan, l'exil est la meilleure solution. 15 août Le général Guillaume à Marrakech. TI «réussit à faire accepter à ses farouches interlocuteurs (le Glaoui, Kittani, les caïds) une solution de compromis»: on ne prononce pas la déposition du sultan, mais on proclame imam son cousin, Mohammed ben Arafa.

- Emeutes
16 août La désignation du nouvel imam provoquela colère populaire: émeutes sanglantes à Oujda. Selon l'avocat des inculpés: 1000 victimes marocaines. Selon l'acte d'accusation: 25 mons victimes des émeutiers, dont 3légionnaires et 8 Français. En tout cas, 788 condamnations et 1180 émeutiers arrêtés en flagrant délit au cours d'une «véritable tuerie d'Européens, légionnaires, israélites et Marocains francophiles ou amis du Glaoui». - Massacres
17 août' Emeutes à Casablanca, Rabat, Marrakech. Appel au calme du sultan Ben Arafa qui invite ses «fidèles sujets à garder leur sang-froid et à éviter toute effusion de sang», les émeutes et le massacre d'Oujda étant des «incidents spontanés» en réaction contre «le sacrilège portant atteinte aux lois intangibles de l'islam». - Exécution 18 août Mohammed Diouri, le seul nationaliste et fondateur de l'Istiqlal qui ait pris parti en faveur de la lutte année, meun sous la torture dans les prisons du Glaoui. 20 août Pendant qu'à Paris, le conseil des ministres délibère sur la déposition du sultan, celui-ci ayant refusé d'abdiquer, est arrêté avec ses deux fils et embarqué dans un avion militaire qui atterrit à Ajaccio à 2lh 30. Transféré à Zonza en septembre, à L'lIe-Rousse en octobre, le sultan Mohammed Ben Youssef et sa famille seront exilés à Madagascar en janvier 1954.
2 septembre

En signe de protestation, François Mitterrand démissionne du gouvernement Laniel. Le sultan démis, les dirigeants de l'Istiqlal en exil ou en prison, l'action 41