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Menaces sur les autoroutes de l'information

De
320 pages
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Ajouté le : 01 janvier 1996
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EAN13 : 9782296320444
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l,')

Menaces sur les autoroutes de l'information

@L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4335-4

Jean-Marc LAMERE Philippe ROSE

Menaces sur les autoroutes de l'information

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal-Québec Canada H2Y IK9

Des mêmes auteurs: Lamère La sécurité informatique, Dunod, 1985 La sécurité des petits et moyens systèmes (en collaboration avec l Tourly), Dunod, 1988 La sécurité des réseaux (en collaboration avec Y. Leroux et l Tourly), Dunod, 1989 Comment gérer les risques dans l'entreprise (en collaboration avec le Clusit), Dunod, 1989 Protection des systèmes d'information, sécurité et qualité informatiques (en collaboration avec P. Rosé et l Tourly), Dunod, 1989-1995,4 tomes Sécurité des systèmes d'information, Dunod (Informatique et Stratégie), 1991 Le risque informatique (en collaboration avec lP. Jouas, A. Harari et l Tourly), Edition de l'Organisation, 1992.

. Jean-Marc

. Philippe

Rosé (adresse électronique:

Philippe Rosé @ lmi.fr)

La criminalité informatique, PUF, Que sais-je?, 1988 Protection des systèmes d'information, sécurité et qualité informatiques (en collaboration avec lM. Lamère et l Tourly), Dunod, 1989-1995, 4 tomes La criminalité informatique à l'horizon 2005, analyse prospective, l'Harmattan, 1992 Gérer les réseaux de télécommunications de l'entreprise (ouvrage collectit), Dunod, 1992 Dictionnaire San-Antonio (avec S. le Doran et F. Pelloud), Fleuve Noir, 1993 Cyber-thri//ers, 35 histoires vraies de la délinquance informatique (avec S. le Doran), Albin Michel, 1996.

SOMMAIRE
Préambule Janus: L'un sourit, l'autre pas
1 -Problématique des autoroutes de l'information 3 8 13 13 13 24 27 30 30 34 37 37 48

1.1 - Vers la convergence de l'informatique, des télécoms et des médias L'avènement d'un nouveau concept Quelles technologies pour les autoroutes de l'information?

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1.2 - Les autoroutes de l'information sont déjà là 1.3 - Quelles applications? - L'arrivée des nouveaux services - Le cyberespace se profile

1.4 - Quel modèle économique?

- Les leçons à tirer de la brève histoire de l'informatique - La fin des marchés captifs

2 Réflexions générales sur les nouvelles technologies de

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l'information 2.1 - Pour une téléologie structurante

51 51
52 61

-Pour une réflexion préalable

-L'état, la sécurité et la liberté

2.2 - Les tendances de risques 68 -L'évolutiongénérale des risques 68 - Les risques aléatoires liés aux télécommunications 80 2.3 - La problématiquesécurité des NT! 87 L'informatiquedistribuée 87 -L'évolutionapplicative 93 Les NT! diverses 99 Les autoroutes de l'information 110

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3 Vers un nouvel ordre informationnel 3.1 - Les implications économiques et sociales Réflexions générales Pour une économie de l'immatériel Les nouvelles stratégies de marché L'économie et l'emploi L'organisation du travail La sphère privée La santé L'éducationL'état et la démocratie

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119 119 120 131 133 140 142 146 157 159 163 177 189 202 203 212 230 233 240 245 245 246 252 255 258 264 266 269 271

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3.2 - Une illustration: qui gouverne Internet?
4 -Les Cyberdélinquants entrent en scène

4.1 - Quand les cyberdélinquants entrent en scène - Qu'est-ce que le crime informatique? Les motivations des cyberdélinquants 4.2 - Pour une criminologie du cyberdélinquant - Le cyberdélinquant applique-t-illes lois économiques? Cyberdélinquant et criminel en col blanc, même combat

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5 -Quels besoins de sécurité? 5.1 - Conduire et contrôler les mutations D'abord l'organisation Les services de sécurité logique Les firewalls

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5.2 - Réglementation et ordre juridique 5.3 - Management de la sécurité De la dissuasion comme arme du futur Les mécanismes de garantie de confiance

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Epilogue

Annexes 1 -Définitions et exemples relatifs aux risques des systèmes d'information 2 -Evaluation de l'effet des NT! sur la sinistralité 3 -Relation entre les grands axes de sécurité et les NTI 5 -Adaptation de l'analyse des risques aux autoroutes de l'information
6 Sécurité des connexions à Internet

273 279 287

4 -Impact des NT! sur le marché de la sécurité informatique 291 293 299 303 309

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Glossaire: Principaux sigles et termes techniques
Bibliographie

PREAMBULE
Le XXIè siècle est à nos portes, avec son cortège de techniques et d'applications nouvelles. L'homme n'a pas encore pris la vraie mesure des systèmes d'information dans les processus de transformation de la société, qu'il est souvent convenu de désigner a posteriori par le Progrès, faute d'avoir tenté de l'orienter a priori}. L'information et sa manipulation, son enrichissement, ne caractérisent pas l'homme en tant que tel (cela n'aurait pas de sens), mais la société humaine en ce qu'elle représente un tissu ou un réseau relationnel. L'information est la sève nourricière de la société. C'est ce qui relie les hommes, constituant un Etre nouveau, supérieur, transcendant. On peut parler de corps social lorsqu'il existe une architecture fonctionnelle. Dans le cas contraire, on peut s'interroger sur le point de savoir si l'on peut encore parler d'humanité. L'homme et l'humanité entretiennent des relations duales fondées sur l'information. Le début du XXIè siècle sera le siège de nombreux bouleversements dont le principal sera lié à l'explosion des télécommunications, de la numérisation et du multimédia*. Toutes les explorations, tous les progrès, jusque là interdits
} Le hasard et la nécessité se combinent et supportent l'évolution humaine. Il apparaît de plus en plus que le hasard créateur, discriminatoire et éliminateur joue un rôle prépondérant. La créativité du hasard laisse rêveur à notre ordre interprétatif mais il n'est pas exclu qu'il intègre quelque nécessité à un ordre différent du nôtre: il est difficile de se prononcer quant à l'existence et à la consistance d'une flèche constructive, transcendant les ordres. Cette question est insoluble au plan philosophique si elle embrasse tous les ordres. Seule la foi peut y répondre. Mais il n'en va pas de même au plan d'un ordre défini, celui du locuteur, qui ne peut survivre qu'en maîtrisant un modèle formel combinatoire du hasard et de la nécessité. L'orientation d'un tel modèle dans nos sociétés modernes est le plus généralement constructiviste. Cela implique la domestication du hasard, et l'oblitération de ses dimensions trans-ordres, de sorte que l'homme ait le sentiment de maîtriser la flèche constructive à partir de la nécessité de son propre ordre.

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ou sérieusement compromis deviendront possibles dans tous les compartiments de la science et de la société. Les synergies qui n'étaient que virtuelles, deviendront réelles et transformeront la société. La futurologie passionne beaucoup moins qu'il y a quelques années, et c'est dommage alors même que nous sommes à l'aube d'une mutation importante. Il est vrai que nous avons presque toujours commis des bévues, concernant l'impact des nouvelles technologies sur notre mode de vie (automobile, électricité, téléphone, et...informatique). Il est vrai éga]ement que ]'averur moderne reste hautement imprévisible. Nous envisageons dans cet ouvrage un certain nombre de conséquences possibles de la mise en oeuvre des nouvelles technologies de l'information et l'on constate qu'il existe presque toujours une bifurcation vers des conséquences souhaitables ou détestab]es. L'interaction de ]a société avec ]es nouvelles techno]ogies de l'information constitue un système instable, mais il est nécessaire d'explorer ce système, en partie pour décider de certains choix lorsque c'est possible, et surtout pour disposer d'indicateurs nous informant à temps des mauvais choix ou des dérives. Nous posons ]a question de ]a bifurcation à bien des endroits dans cet ouvrage. Non seulement la réponse est imprévisible, mais il est probable qu'elle sera mixte: certains individus ou groupes iront d'un côté, et les autres d'un autre côté. Ce clivage étant susceptible de se reproduire pour un certain nombre de choix, il est probable que la société sera composée d'une grande variété de groupes comportementaux. Mais, le bilan avantages-inconvénients ne sera pas le même pour tous les groupes (même si les référentiels ne sont pas standard), de sorte que tous ne profiteront pas également du progrès. Les nouvelles technologies de l'information constituent un fameux espoir à en juger par l'éclosion de nombreux rapports décrivant des ]endemains p]utôt radieux. Certains clichés sont rendus publics, allant de l'esquisse (rapport du G7), en passant par la diaposi,tive (rapport Bangemann), pour atteindre le film (vidéo de Bill Gates). Les techlliques sont là, bien réelles, dans les cartons ou raisonnablement potentielles. On ne peut en dire autant pour les applications, et l'on ne sait pas ce que seront les

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orientations socio-économiques, impulsives ou compulsives, ni leur degré d'acceptation par les consommateurs. Ce dernier aspect est très complexe, lui-même lié aux courants mondiaux et locaux géopolitiques, culturels et .économiques. La question principale relève du structuralisme dynamique. Il y a en effet interaction entre les trois grands domaines que sont les techniques, les applications, et le contexte socio.économique. Cette interaction complexe est difficile à modéliser, ce qui ne veut pas dire qu'il ne faille pas essayer de le faire. Mais il est difficile de prévoir avec certitude l'application qui sera faite avec succès des nouvelles techniques, comment cela jouera vis-à-vis du contexte socio-économique, et comment cela agira en retour quant aux orientations technologiques. Nous pensons qu'une approche par scénario se prête bien à cette nécessaire réflexion et que celle-ci devrait incorporer le souci de précaution, de sorte que nous guidions les applications structurantes, plutôt. que ce soit elles qui guident l'évolution de la société. Nous recommandons une approche sécuritaire du problème, fondée sur l'analyse des risques, c'est-à-dire croisant l'analyse des vulnérabilités et celle des menaces, aboutissant à une hiérarchisation des risques susceptible de mieux fonder les choix. Le risque est abordé sous deux angles: le risque comportemental (où l'impact est permanent) correspondant aux mutations engendrées par les nouvelles technologies de l'information en matière d'économie et de société, au plan de l'individu et de la collectivité, et le risque aléatoire (où l'impact est ponctuel) correspondant aux conséquences de tous. ordres susceptibles d'être engendrées par la survenance des sinistres causés par acci. dent, erreur ou malveillance, en conjonction avec les nouvelles technologies de l'information. . On ne peut pas considérer dans le même temps que les systèmes d'information seront encore plus déterminants qu'aujourd'hui dans nos activités professionnelles et personnelles, tant en ce qui concerne leur épanouissement que vis-à-vis des risques engendrés, et ne pas mettre tout en oeuvre pour maîtriser la sécurité le plus en amont possible des projets correspondants. L'accumulation de petits pas techniques "innocents", justifiés par des motifs techniques et économiques à court terme, ne doit pas nous laisser conduire aveuglément vers des situations que

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nous n'aurions pas voulues, mais vis-à-vis desquelles toute bifurcation serait difficile ou impossible, tant les engagements dans les trois grands domaines cités seront avancés et enchevêtrés. Cet ouvrage a pour objectif de lancer le débat en s'appuyant sur quelques considérations liminaires concernant les trois domaines en cause. Notre réflexion sera avant tout globale, nous préoccupant des aspects contextuels et structurants des nouvelles technologies de l'information. Nous pensons, en effet, que les plus grands dangers consistent en la modification insidieuse des comportements des individus dans leur vie privée et professionnelle, modification progressive, irrésistible pouvant aboutir à une société dont aujourd'hui nous repousserions l'image. Certes, on peut considérer qu'il est inutile et ridicule de noircir le tableau et de résister au progrès. Des voix se sont toujours élevées dans un esprit exagérément critique au moment de chaque grande innovation. Et pourtant, l'humanité a presque toujours su tirer le meilleur de ces innovations en maîtrisant ce qu'elles pouvaient aussi apporter de négatif ou de dangereux. Il faut faire confiance à la capacité d'adaptation de l'homme, dit-on. Nous répondons à cela qu'il est nécessaire que la critique s'exprime de sorte que, justement, l'homme averti tienne compte des risques. Nous ajoutons que le bilan de certaines innovations majeures n'est positif que par rapport à des référentiels marqués par l'esprit qui en est résulté. Nous affirmons enfin que, s'agissant d'information, c'est-à-dire d'un attribut intime de l'humanité, le principe de précaution doit prévaloir. L'éclosion des nouvelles technologies de l'information nous paraît susceptible, si elle n'est pas préparée et maîtrisée, d'ébranler le frontispice démocratique de l'édifice social, et de bousculer le sens profond des mots liberté, égalité, fraternité. Atteinte à la liberté parce qu'il serait difficile de résister au mouvement, ou même de le canaliser. Atteinte à l'égalité car ce monde pourrait avoir ses exclus: ceux qui ne pourraient bénéficier de la richesse informationnelle offerte par les nouvelles technologies de l'information. Ainsi, il y aurait les branchés ou câblés et les autres. On commence d'ailleurs à discerner le rôle de statut social des adresses électroniques (les lie-mail. Il qui ornent les cartes de visites). Atteinte à la fraternité enfin, parce que les nouvelles technolo-

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gies de l'information enfermeraient les gens chez eux, dans un cocon relativiste où se confondraient le réel et le virtuel, réduisant et faussant les rapports humains. Naturellement tout ceci n'est pas inéluctable à condition d'en parler à temps. L'avènement des nouvelles technologies est quant à lui inéluctable; il offre à l'humanité l'opportunité d'une nouvelle renaissance, dont nous ressentons tous le besoin impérieux. L'un des objets de cet ouvrage est précisément d'entamer le dialogue. Il ne faut pas se nourrir d'illusions: il sera difficile de séparer le bien du mal quant à l'usage des nouvelles technologies de l'information, si tant est que l'observateur puisse ou doive élaborer des règles manichéistes sur l'observé. Mais la réflexion préalable et l'éducation sont de puissants leviers sur lesquels nous devons agir dès maintenant. Au delà de notre réflexion globale sur les risques comportementaux, notre ouvrage aborde également au plan analytique les différents volets techniques des nouvelles technologies de l'information et leur implication directe en termes de risques aléatoires engendrant des menaces et des besoins de sécurité spécifiques. Nous avons donné un rôle de premier plan aux "autoroutes de l'information" (superhighways en américain, et parfois plus modestement inforoutes en français) parmi les nouvelles technologies de l'information, parce que ce concept, résultant du mariage de plusieurs nouvelles technologies de l'information (grands réseaux, hauts débits, multimédia., audiovisuel, etc.), est celui susceptible d'avoir un impact en profondeur sur nos comportements. Cet ouvrage pose de nombreuses questions et propose quelques lignes directrices de réflexion. Il se positionne dans une perspective d'ouverture d'un nécessaire dialogue avant même de s'engager plus avant dans l'encadrement du développement des nouvelles technologies de l'information. Cet ouvrage n'a pas de visée technique mais il traite d'un certain nombre de nouvelles techniques de /'information (NTl.). Nous avons rassemblé dans un glossaire les abréviations et termes techniques nécessaires à la compréhension. (Les éléments qui n'y figurent pas ne sont pas essentiels). Ces abréviations et termes sont suivis d'un astérisque dans le texte.

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JANUS: L'UN SOURIT, L'AUTRE PAS Paris, 13 décembre 2003, à Il h 07, Xavier est pris d'un malaise chez lui. A 38 ans, il n'a pas encore droit à la télésurveillance médicale, mais il a le temps d'appeler un service d'alerte. L'ambulance du SAMU qui arrive à Il h 20 a déjà reçu sur sa station. mobile un certain nombre d'informations médicales concernant Xavier. De la sorte, elle a été rapidement équipée avec certains matériels adéquats, et le médecin s'est connecté sur un serveur. spécialisé en cardiologie pendant le transport. A Il h 25, le médecin commence ses examens avec l'aide du serveur. pendant le transport vers l'hôpital. Il entre en lecture la carte santé de Xavier et sa propre carte de médecin. Il a alors accès à un dossier médical précis concernant Xavier; il compare les résultats de ses examens à des données antérieures. Le serveur. l'aide dans son diagnostic (le communicateur. est relié par liaison radiocomlsatellite au centre serveur. expert), sélectionne l'hôpital adéquat le plus proche, l'avertit, puis transfère le dossier complété des examens (par liaison radiocom). L'ambulance arrive à Il h 33 à l'hôpital qui s'est préparé à recevoir et traiter Xavier. A Il h 40, Xavier entre en salle d'opération. L'opération de pontage est délicate, mais le chirurgien est assisté par un robot de microchirurgie connecté à une station. reliée au Net. (et à son serveur. spécialisé). L'anesthésie est également surveillée par une station.. A 15 h 30, Xavier se réveille, tranquillisé par les capteurs et effecteurs reliés à une station. spécialisée. Xavier quitte l'hôpital, en assez bonne forme, quelques jours plus tard. Il ne se préoccupe d'aucune formalité administrative. Il a simplement validé la note sur la station. de sa chambre. Un taxi le ramène chez lui: 63 francs qu'il règle par connexion de son porte-monnaie électronique. La télésurveillance médicale a été installée chez lui pour huit jours. Ce n'est qu'une extension de sa station. domestique. Il
reste ainsi relié à l'hôpital.

Xavier modifie ses paramètres de choix de programmes de loisirs: des horaires différents, des programmes plus reposants, plus de jeux interactifs pour le moment... Sa station. de travail

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lui propose un programme composite qu'il juge lui convenir parfaitement. Dès le lendemain matin, Xavier, trader dans une banque, accède avec son communicateur* à quelques dossiers en colirs sur lesquels il travaille quelques heures, en mode partagé avec deux de ses collègues. Il se connecte sur plusieurs serveurs* étrangers afin de glaner des informations sur le cours des matières premières, avant de prendre ses décisions. A 18 h 00, Xavier a fini de passer ses ordres. Il se connecte à un serveur* de télérestauration. Il voit ainsi défiler un bar au fenouil et, après ravoir admiré sous tous les angles (à partir de son joystick), il décide de se le faire livrer pour 20 h 00. Il entre en lecture sa carte bancaire, et c'est payé. Avant le dîner, Xavier a le temps de visiter la Tate Gallery, de viser le Tokyo Nikkei, et de composer un peu de musique assistée par ordinateur: une ballade ordinaire sur l'Internet du futur... Le 20 décembre, Xavier, déclaré guéri, est libéré de l'assistance médicale. Il est temps de se préoccuper de Noël. Les serveurs* de télé-achat ciblés lui font économiser du temps et de la fatigue. Cela fait si longtemps qu'il n'a pas été dans un grand
magaSIn.. .

Il choisit pour son fils Luc un communicateur* à écran holographique* et à interfaces RV*. Luc disposait déjà des téléservices éducatifs à l'école, mais il a un peu de retard en mathématique à rattraper... Le serveur* devra être patient car Luc est plutôt porté vers l'art. Ses interfaces holographiques et RV* lui permettront d'aiJleurs de s'initier à la sculpture. Voici Noël. Xavier, divorcé, vit seul avec Luc. Il est catholique. Il est resté très croyant. Il se connectera comme chaque année à un forum de réflexion sur le sens de la vie, pour une heure ou deux, avant de regarder la messe de minuit dans un endroit perdu du monde. Sa station* est équipée d'un visiphone. Xavier souhaite, surtout à ce moment, avoir un contact complet avec les participants au forum. Noël est lumineux.

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Paris, le 18 décembre 2003, à 18 h 30, Xavier se connecte à son forum favori du Net.. Il s'agit aujourd'hui d'un débat sur le cybersex. Il a lui-même surpris son fils Luc en pleine action près de sa station. dotée d'une interface RV. très perfectionnée, gagnée à un jeu japonais de TV interactive. Ca l'inquiète, car depuis plusieurs mois, Luc qui ne va plus à l'école il est en première, et, à ce niveau, la plupart des enseignements sont dispensés sur le Net. ne sort presque plus et ne rencontre personne. Le débat est animé. Il est quelque peu réconforté de constater que beaucoup d'autres parents ont le même problème que lui. Et puis, brutalement, sa connexion est déplacée vers le serveur. "Got", appartenant à une secte politico-religieuse, manipulée par des néo-nazis. Non seulement le discours est violent, mais l'interface interactive a été particulièrement étudiée: techniques de suggestion par images subliminales, techniques d'hypnose, etc. Xavier n'a jamais osé connecter son interface RV. sur ce serveur., mais il paraît que l'effet est dévastateur. Il est 19 h 30. Après avoir téléchargé et écouté les informations de Paris XVe, et son cortège de violences dans la rue, il décide de ne pas sortir et de passer ses commandes de Noël par un serveur. de télé-achat. Il demande une projection murale sur son grand écran plat tactile.. Il a des raisons pour cela. Il avait visionné en novembre un défilé de mode pour hommes, et s'était arrêté sur un séduisant modèle de veste. Il avait fait tourner le modèle, lui avait fait enlever la veste (à partir de son joystick). Il avait communiqué ses mensurations, et s'était lui-même vu essayer la veste. Après quelques ajustements virtuels, le résultat apparaissait superbe. Il avait reçu sa veste le lendemain. Déception. Le tissu n'avait plus la brillance et la fluidité qu'il avait vues. Il avait repassé le film enregistré dans son "journal d'achats" et constaté une légère irisation à la lisière de certaines images: modification dynamique de l'image... il s'était fait avoir. Cette fois il serait prudent. Deux jours après, Xavier apprend que sa commande a été livrée chez un certain M. X, évaporé depuis. Son message, pourtant sécurisé, a été piraté. Il faut dire que le mode de chiffrement. est bien léger... Pas de chance, l'assurance n'indemni-

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sera pas car l'opération a été joumalisée avec les bonnes coordonnées... Luc, son fils, est en retard pour rendre son exposé sur Napoléon. Malheureusement, le seul serveur* documentaire valable sur ce sujet lui propose un IItalk",en anglais. Luc, indisposé, se connecte sur le serveur* de vote permanent des jeunes, et dit ce qu'il en pense. Pourvu qu'il n'y ait pas - une fois de plus - de manipulation 1... Xavier, a perdu son emploi comme beaucoup, du fait de la crise des services informatiqueset de l'extemalisation*croissante en Asie. Il paie cher son abonnement à World Job, mais rien n'arrive... sauf Noël. Et soudain, une offre tombe. Xavier a été malin de se faire domicilierau Pakistan. Un job d'ouvrier d'entretien de bases de données, même avec un salaire pakistanais, et en payant la liaison Paris-Karachi, c'est mieux que rien... Pourtant, Noël n'est plus aussi lumineuxqu'autrefois.

1 PROBLEMATIQUE DES AUTOROUTES DE L'INFORMATION
1.1 - VERS LA CONVERGENCE DE L'INFORMATIQUE, DES TELECOMS ET DES MEDIAS
L'A VENEMENT D'UN NOUVEAU CONCEPT Le concept d'autoroutes de l'information a fait un démarrage fulgurant. En 1992, cette notion n'apparaissait quasiment nulle part, si ce n'est dans quelques publications scientifiques confidentielles consacrées à l'avenir des technologies de l'information. Aujourd'hui, on ne peut échapper au déferlement médiatique qui a banalisé les autoroutes de l'information non seulement aux Etats-Unis mais également en Europe et au Japon. Les autoroutes de l'information se sont imposées "dans un temps record comme une "métaphore commune" à des industries très différentes, appelées à converger au nom du "tout numérique", mais qui n'avaient ni culture, ni langage communs. Jamais, sans doute, un concept n'avait émergé aussi rapidement". J En réalité, l'idée d'autoroute de l'information, "réseau d'information de grande dimension", est apparue lors de la publication, en 1984, du Livre Vert sur la libéralisation des télécommunications. Le terme "autoroutes de l'information" (super highways) a été popularisé par le Président américain Bill Clinton au cours de sa campagne électorale de 1992. L'ambition affichée du président américain était de favoriser le déploiement de réseaux interactifs. Sur le terrain, le concept d'autoroutes de l'information est souvent comparé à la fois au réseau Internet, au Minitel français ainsi qu'aux réseaux américains de télématique commerciale.
J Schmitt (R) : Autoroutes de l'information: Monde Informatique, 8 Juillet 1994. la juste mesure du débat, Le

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L'engouement pour les outils de type Internet ou les services en ligne comme Compuserve, Prodigy ou America Online, est indéniable. Aux Etats-Unis, ces services rassemblent, à eux trois, près de dix milIions d'abonnés et l'on dénombre au niveau mondial plus de trente millions d'utilisateurs d'Internet. Ce réseau tentaculaire, plus précisément un réseau de réseaux, est, sous sa forme actuelle, en passe de devenir à la fois un véritable supermarché électronique, une bibliothèque géante, voire une banque de données planétaire. On est bien loin du réseau conçu à l'origine par le département de la Défense des Etats-Unis pour des applications militaires et universitaires. Selon l'AFTEL (Association Française de Télématiquei, deux définitions des "autoroutes de l'information" coexistent. D'une part une définition technique selon laquelle une autoroute de l'information est "la voie unique, bidirectionnelle, numérique et à haut débit par laquelle passeront dans un avenir prochain tous les produits et services informationnels destinés aussi bien à l'entreprise qu'au grand public". Il s'agit dans ce cas d'une infrastructure principalement basée sur la fibre optique, transportant de la voix, des données et des images animées vers les foyers. Le rapport Thérl retient dans le même esprit la définition suivante des autoroutes de l'information: ce sont "des infrastructures fixes qui utilisent la fibre optique comme support quasi exclusif (qui doit être prolongée pour le raccordement des abonnés), offrent la continuité numérique, sont capables d'écouler de très hauts débits d'information (en particulier des images fixes et animées), qui garantissent l'écoulement de ces hauts débits dans les deux sens. La mise en oeuvre de ces autoroutes implique obligatoirement le remplacement massif et général des infrastructures en cuivre mais ne nécessitent pas pour autant la construction de réseaux distincts du réseau téléphonique" .

2 Association Française de Télématique: La télématique française en marche vers les autoroutes électroniques. bilan et perspectives, octobre 1994,263 pages, pp. 7,8. J Théry (G) : Les autoroutes de l'information, La Documentation Française, 1994, 127 pages, pp. 12-13.

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Il existe d'autre part, une approche plus fonctionnelle, privilégiée par l'administration américaine. Elle se fonde sur le modèle Internet, et correspond à un "ensemble de super-réseaux télématiques ouverts à tous". Une définition plus générale ferait référence. à des infrastructures à très hauts débits pouvant supporter une vaste étendue de services multimédias. interactifs, destinés à la fois aux marchés professionnels et privés, pour des applications culturelles et ludiques. Autrement dit, pour simplifier, une autoroute de l'information supporte des communications bidirectionnelles, offre des services allant bien au delà de ceux du téléphone, offre une certaine interactivité en temps réel et peut transporter des données, de l'image (fixe ou animée) et du son. Le concept d'autoroute de l'information a été précisé, tant aux Etats-Unis qu'en Europe. La première phrase du document publié le 15 septembre 19934 par l'administration Clinton commence ainsi: "Tous les américains ont une part dans la construction d'une infrastructure nationale d'information (National Information Infrastructure ou NIl), une toile "sans couture" (seamless web.) de réseaux de communications, ordinateurs, bases de données et d'électronique grand public qui apportera de vastes volumes d'information au bout des doigts des utilisateurs. La NIl aidera à asseoir une révolution de l'information qui changera pour toujours la façon dont nous vivons, travaillons et interagissons les uns par rapport aux autres" . Plus précisément, une autoroute de l'information inclut au moins cinq éléments: - des infrastructures matérielles et des outils banalisés, comme par exemple des ordinateurs, des téléphones, des modems, des câbles, de la fibre optique, des commutateurs, des équipements vidéo, etc. - des standards et des protocoles de transmission qui facilitent cette interconnexion, ainsi que l'interopérabilité entre les réseaux. Ces standards comprennent en particulier les mécanismes de sécurité indispensables pour assurer la confidentialité. des infor-

4 National Telecommunications and Information Administration: The National Information Infrastructure, Agenda for Action, 15 septembre 1993.

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mations, garantir leur intégrité. et leur disponibilité. permanente5. - des applications logicielles telles que les interfaces, des outils de navigation et de manipulation de l'information. des sources de contenu, par exemple sous forme de textes, de vidéos, d'images fixes, de bases de données, de sons.... -les ressources humaines chargées de créer, réguler, transmettre les informations sur les réseaux de réseaux que constitue l'autoroute de l'information. Au delà d'une vision parfois excessivement humaniste des autoroutes de l'information, l'idée de "new deal" technologique avancée par l'administration américaine s'apparente à la politique mise en oeuvre par Roosevelt au cours des années 30. Notons d'ailleurs que le père d'Albert Gore, actuel vice-président américain et ardent promoteur de la "NatiQnal Information Infrastructure" outre-Atlantique, avait été précisément chargé par Roosevelt de mettre en oeuvre l'ambitieux programme d'infrastructures de la Tennessee Valley. Ce que l'on a appelé la "Clintech" ne concerne pas uniquement l'informatique et les télécommunications, mais aussi la recherchedéveloppement dans l'industrie (avec des crédits d'impôts) et l'espace, pour des investissements comparables. L'administration Clinton ne cache pas non plus son intention de rééquilibrer la répartition civil-militaire des 76 milliards de dollars que le gouvernement consacre à la recherche et au développement, la part du militaire devant descendre de 60 % à 50 %. "Nous sommes au pied du mur: le monde qui s'esquisse sera structuré par le micro-ordinateur et les "autoroutes électroniques", au même titre que la voiture et les autoroutes en béton ont façonné les économies industrialisées au cours des trente dernières années" note le "Manifeste de l'Arche", document publié par treize personnalités ftançaises en novembre 1993. On y parle de "digitalisation de la société", "d'abondance postnumérique", de ''prédateurs électroniques" (en clair les américains). "Il ne faut pas être grand clerc pour se rehdre compte que, dans un tel schéma, celui qui maîtrisera les infrastructures de transmission et de diffusion de /'information disposera d'un

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Voir description des services et mécanismes de sécurité dans Lamère (lM.) : La sécurité des réseaux, Dunod, 1989.

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formidable moyen de domination économique et culturel", poursuivent les auteurs du Manifeste. Le programme électoral du President Bill Clinton arguait que, pour relancer la compétitivité américaine, il fallait mettre en oeuvre de vastes autoroutes électroniques susceptibles de relier, à terme, tous les américains, via des réseaux à hauts débits. Les citoyens auraient ainsi la possibilité d'accéder à des encyclopedies, de faire leurs emplettes par le télé-achat, de télécharger des films vidéos, des jeux, ou encore de commander leur pizza. (Encore que l'on puisse se demander s'il est vraiment nécessaire de disposer de réseaux hauts débits pour cette dernière fonction6). De son côté, l'Europe n'est pas demeurée inactive. La Commission Européenne a publié en décembre 1993, un Livre Blanc de la Commission Européenne sur la croissance, la compétitivité et l'emploï7, qui explique que "l'ouverture d'un monde multimédia* (son-texte-image) constitue une mutation comparable à la première révolution industrielle". Aux Etats-Unis, le nombre de chaînes de télévision sera multiplié par dix et celui des abonnés au câble aura triplé en l'an 2000. De même, on estime que six millions d'américains sont d'ores et déjà concernés par le télétravail* . Parmi les axes de développement identifiés par la Commission Européenne pour doper la compétitivité des économies européennes figurent les réseaux d'information8. Cela est justifié par le fait que les nouvelles possibilités issues de la numérisation rendent désormais possible la transmission de l'information grâce à leur intégration dans un seul système de communication. D'où des changements importants dans l'organisation des entreprises. Selon le rapport européen, les services. de télécommunications permettent aux PME de réaliser des économies égales, en moyenne, à 4 % de leur chiffre d'affaires.
6 Rosé (P) : Sexe. Pizza et A TM, Le Monde Informatique, 8 juillet 1994, p. 58. 7 Commission Européenne: Livre blanc sur la croi$sance. la compétitivité et l'emploi, Luxembourg, 1994, 167 p. 8 Pour une présentation de la situation européenne, voir: Information Networks in the European Economy, Réalités Industrielles, numéro spécial, décembre 1993, Annales des Mines.

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Concrètement, la Commission Européenne propose un plan d'action en cinq points: Diffuser l'exploitation des technologies de l'infonnation, par le lancement de grands projets européens et la promotion du télétravail *. - Doter l'Europe de services de base transeuropéens, en développant les réseaux de base (RNIS * et large bande) et en assurant l'interopérabilité des réseaux. - Poursuivre la mise en place. d'un cadre réglementaire adapté, en supprimant les distorsions de concurrence, en garantissant la sécurité et la fourniture de services universels et en étendant le droit de la propriété intellectuelle. - Développer la fonnation aux nouvelles technologies. - Renforcer les perfonnances technologiques et industrielles, par l'effort de recherche et développement. En outre, la Commission Européenne, qui estime à 150 milliards d'écus l'investissement nécessaire d'ici à la fin de la décennie, propose la mise en place de huit projets de réseaux transeuropéens de télécommunications: un réseau de communications à haut débit, trois programmes de développement de services électroniques (accès électronique à l'infonnation, courrier électronique-images électroniques, services vidéo interactifs), et assurer la promotion de quatre applications prioritaires (télétravail *, téléadministration, téléfonnation, télémédecine). Lors du sommet du G7 de Bruxelles, en février 1995, fut retenue l'idée de lancer onze projets pilotes, notamment dans les domaines des réseaux large bande, de l'éducation, des musées électroniques, du management des ressources naturelles, de la santé, etc.9 Le rapport BangemannJO, diffusé par la Commission Européenne en juin 1994, a, lui aussi, posé des jalons pour promouvoir la société de l'infonnation insistant en particulier sur la nécessité d'une dérégulation du marché des télécommunications, tant sur le plan des infrastructures que sur celui des services (communica-tions vocales et mobiles). On sait en effet que la

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European Commission: G7, Infonnation Society Conference, Pilot Projets, février 1995, 27 p. JO Europe and the global information society, recommandations to the European Council, Bruxelles, 26 mai 1994, 36 pages.

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dérégulation des télécommunications aura un impact positif sur les prix, ce qui est donc favorable aux consommateursll. Il en est ainsi de l'expérience américaine dans le domaine des télécommunications, issue du démantèlement d'ATT en 1984, qui a eu pour effet une chute spectaculaire des prix. Dans les années 1970, la minute téléphonique coûtait environ 70 cents, chiffre qui atteint aujourd'hui moins de 10 cents. Mais, selon un rapport préparé par le cabinet américain Mercer Consulting sur "Le futur des infrastructures de télécommunications et des réseaux de télévision câblés'2", réalisé pour le compte de la Commission Européenne (DGXIII), les pays européens ne disposent pas des mêmes atouts pour le déploiement des autoroutes de l'information. Les pays de l'Union Européenne diffèrent par leurs types d'utilisateurs de réseaux, de demande et de contrôle des infrastructures. Par conséquent, une libéralisation n'aura pas le même effet selon les pays concernés. On constate qu'il existe trois grandes catégories de différences entre les Etats de l'Union Européenne. En premier lieu, le taux de pénétration du câble et du téléphone varie de façon significative selon les pays: l'Italie, l'Espagne, la Grèce et le Portugal n'ont pas d'infrastructures câblées, contrairement à l'Europe du Nord, la France et la Grande-Bretagne qui ont des infrastructures limitées. De même, l'Irlande et le Portugal ont un taux de pénétration de lignes téléphoniques inférieur à celui des autres pays. En second lieu, les réseaux très modernes (numérique, fibre optique) coexistent avec des réseaux beaucoup plus anciens. Enfin, troisième différence significative, les propriétaires des infrastructures sont très variés. Le fait qu'en Allemagne, en France, au Danemark et aux Pays-Bas les opérateurs de télécoms sont aussi les propriétaires des réseaux câblés rend beaucoup moins probable une quelconque compétition entre ces deux types d'infrastructures. Dans la mesure où le génie civil représente entre 40 et 70 % du coût d'un réseau, l'utilisation d'infrastructures alternatives, pour un nouvel entrant peut se révéler économiquement rentable. Mais avec deux obstacles: d'une part, la capacité de ces infra/I Voir Chamoux (J.P.) : Télécoms. lafin des privilèges, PUF, 1993,281 p. 12 Mercer Consulting: Le futur des infrastructures de télécommunications et des réseaux de télévision câblés, 1994.

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structures, et, d'autre part, le risque de perte de contrôle du réseau (élément primordial pour en contrôler la qualité). Sur le plan législatif, des changements majeurs sont intervenus ces dernières années dans la plupart des pays de l'Union Européenne, avec une tendance à la libéralisation des inftastructures qui accompagne celle des services. Le cas de la Grande-Bretagne constitue l'expérience la plus aboutie. Les Pays-Bas ont autorisé un second opérateur en 1995 (TeleNed), associé à la compagnie nationale des chemins de fer, une compagnie d'électricité et des câblo-opérateurs. En Espagne, devraient prochainement apparaître des services téléphoniques évolués sur les réseaux câblés. En France, un troisième opérateur de mobile (Bouygues Télécorn) ofUe ses services de radiotéléphonie. La publication du tant attendu Rapport Théry/ 3, a permis de préciser les positions gouvernementales sur la problématique des autoroutes de l'information. On remarquera d'emblée que la vision de Gérard Théry et des pouvoirs publics en général se différencie au moins sur deux points de l'approche américaine. On constate d'abord qu'outre-Atlantique, l'initiative du secteur privé est prépondérante. "The agenda for Action" du Président Clinton note que "le secteur privé conduira le déploiement de la NIl", le gouvernement fédéral n'intervenant qu'en complément, par exemple pour modifier les législations (fiscales, des télécommunications, du câble) et garantir un "service universel" pour limiter les inégalités d'accès aux autoroutes de l'information. Cela correspond d'ailleurs à une réalité économique. Depuis le début des années 1990, les entreprises américaines ont investi plus de cinquante milliards de dollars chaque année dans les infrastructures de télécommunications, chifUe qui n'inclut pas les dépenses réalisées pour les ordinateurs et les logiciels. En comparaison, le gouvernement fédéral américain prévoit de contribuer à la NIl pour deux milliards de dollars. Cette omniprésence des entreprises privées dans la construction des autoroutes

de l'information- est cohérente avec ce que veulent les chefs
d'entreprises américains. En revanche, en France, les traditions colbertistes se sont une nouvelle fois manifestées dans les discours officiels. Et même
J3 Opus cité page 14.

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dans les actes. Ainsi, le ministère de l'Industrie ne retint pas les projets de téléphonie sur les réseaux de télévision câblée présentés par la Lyonnaise des Eaux et la Générale des Eaux dans le cadre de l'appel à proposition sur les inforoutes, dont le lancement fut décidé suite aux conclusions du rapport Théry14, Second point de divergence: l'approche retenue en France repose sur le déploiement de réseaux en fibre optique, technologie excessivement coûteuse alors que les technologies existantes, telles que le câble et même le réseau téléphonique pourrait être valorisés. Pour s'engager dans une généralisation de la fibre optique, les coûts doivent diminuer sensiblement, ce que les spécialistes n'entrevoient pas avant l'an 2000. Le rapport Théry explique que la mise en oeuvre des autoroutes de l'information suppose une mise à niveau des infrastructures, "Les réseaux actuels apparaissent en effet trop limités et doivent évoluer vers la fibre optique". En effet, précise le rapport, "aucun des réseaux actuels (téléphone, câble, télédiffusion par satellite, réseaux terrestres de diffusion hertzienne, réseaux de supports mobiles) n'offre la possibilité d'une numérisation totale de la chaine de communication à haut débit dans les deux sens. La paire de cuivre téléphonique qui arrive aujourd'hui chez l'abonné est limitée à de faibles débits et les réseaux câblés sont limités à une transmission dans un seul sens". Les technologies alternatives seraient, d'une part, l'ADSL *1.S qui fonctionne sur la paire de cuivre existante sur le réseau téléphonique et, d'autre part, l'adaptation à l'interactivité des réseaux de télévision câblée. Mais "l'ADSL * n'offre pas de perspective d'évolution, parce qu'encore très coûteux, De même, de nouveaux réseaux câblés en coaxial seraient obsolètes en moins de dix ans", affirme le rapport Théry. Il est vrai que la fibre optique offre une capacité de transmission quasi illimitée à hauts débits dans les deux sens: "ce déploiement est incontournable", souligne Gérard Théry.
14 Voir Monnot (C) : Les projets d'autoroute de l'information ne précipiteront pas la déréglementation du téléphone, le Monde, 2 mars 1995. DeI Jesus (T) : Les projets de la Lyonnaise et de la Générale écartés, La Tribune Desfossés, 1er mars 1995. 15 Asymetrical Digital Subscriber Lopp.

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Balayant l'argument selon lequel la fibre optique coûte cher, il estime que les investissements nécessaires s'élèvent entre 150 et 200 milliards de trancs.. France Télécom avait investi en 1993 environ six milliards de trancs pour moderniser le réseau téléphonique en cuivre. Le déploiement de la fibre optique ne coûterait "que" cinq à sept milliards supplémentaires. "L'investissement dans les autoroutes de l'information est donc rentable: la valeur ajoutée générée par celui-ci sera au moins trois fois supérieure", conclut le rapport Théry. Le rapport de l'AFTEL, assez critique quant au déploiement massif de la fibre optique note que si cette technologie "est bien celle du réseau qui fait tout, il serait inefficace d'un point de vue économique de creuser les tranchées en double en supposant que plusieurs sociétés privées puissent rassembler les capitaux nécessaires. Imagine-t-on de creuser plusieurs Eurotunnel? La filière fibre nécessite au moins 600 milliards de francs d'investissement avec une rentabilité au bout de 20 à 30 ans. D'où des financements publics indispensables mais la marge de manoeuvre ne dépasse guère 10 milliards de francs par an". D'autant que le réseau téléphonique français est actuellement entièrement numérisé: il est donc possible, avec le RNIS *, d'obtenir un débit de 64 kb/s16à 2 Mb/s. Selon Nicholas Negroponte, responsable du Media Lab du MIT (Massachussets Institute of Technology) "nous n'avons pas besoin de ces énormes largeurs de bande pour délivrer la plupart des services d'information et de spectacle. En fait, une largeur de bande plus modeste de l'ordre de 1,2 à 6 Mb/s convient parfaitement à la plupart des multimédias* existants (...J. Peu de gens mesurent l'efficacité des bonnes vieilles lignes téléphoniques en cuivre, (...J l'ADSL * convient parfaitement à la vidéo de qualité "J7. Ce, d'autant que les techniques de compression de l'image et du son impliquent un besoin relativement moins important et urgent de très haut débit. Quoi qu'il en soit, les besoins de financement pour le déploiement de la fibre optique ou pour une simple adaptation du réseau actuel, dépassent probablement les capacités de France Télécom.
16 Mesure du débit en kilos bits par seconde (kb/s) ou millions de bits par seconde (Mb/s). 17 Négroponte (N) : L'homme numérique, R Laffont, 1995,295 p., p. 44.

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Différences entre les Etats-Unis. le Japon et l'Europe concernant la société de l'information AUI Etals-Unis & au Jaoon En Europe
Contenu mulûnatioD3l et multiculturel. Marché multilingue. Plus petitS produCteurs naûonaILx dans le secteur des !Dédias, susceptibles de conjuguer leurs forces pour atteindre quasiment la taille el la puissance financière des producteurs américains des médi:lS. Les venles des produitS d'information se font sur des marcbés nationaILx, ainsi que sur des marcbés européens. Vit succès de la léléphonie !Dobile (GSM). Des nonnes !Dultiples existent à plusieurs niveaux; bon nombre des fournisseurs et acheteurs étrangers connaissent mielLx les nonnes américaines.

Conlenude
l'information

Contenu à caractère rutioD3l. Prédominance d'un marché unilingue dans la plupart des secteurs des conununications de rrusse. Grandes sociétés intégrées dans le secteur des médias, ayanl des capacités énormes
d'investissement dans les nnuvelles tecba<>-

logies.
les vendeurs de 'contenu' s'adresse essentiellement à un vaste marcbé unique. SINclures réseaul des

FabricanlS et utilisateurs ont accès (essentiellement)à une panOplieunique de normes, développées, dans certains endroilS,depuis de nombreuses années. Ils rencontrent néanmoins des prOblèmes
d'interopérabilité.

Il e.xistesouvent des technologies concur. La plupart des technologies sont 'du rentes, développées dans la foulée d'initiaterroir' et elles ont été développées dans le tives natioD3les de R 8< 0 ; l'innovation est cadre de programmes rutionalLx et directS très répandue. de R 8<D. La diSInDution de, services de base est l'infrastructure de base (téléphone, télévi- compliquée par les différences rutioD3les, sion câblée et résealLx à grande vitesse peu tant au niveau de la couverture que de la onérelLx) est largement distribuée. réglementation. Infrastructures de base modernes pour la télêphonie. Ce n'est pas aussi vrai au Japon. Applications logiciel & AILXEtalS.Unis, prédominance d'une vaste industrie, offensive, des produilS logiciels dans les domaines fondaroentalL' du logiciel de base. Au Japon, l'industrie des produilS logicie!s est faible. SpéeialiStes du développement; nombreuses applications excellentes pour créneaIL' sur le marché, notanunent des S).stèmes de réalité ,irtuelle, des technologies de compression, etc.

L'Elémenl bumain

les utilisateurs, en particulier dans les entreprises et l'industrie, sont orientés vers 10 technologie et sont en train d'atteindre une maturité technologique qui les rend plus sensibles aux possibilités d'utilisation de l'infomution. les producteurs d'information, qu'il s'agisse de médias de dh'elÛssement, de matériel pédagogique ou simplement de conunurucations personnelles, jonglent avec les diverses technologies et
applications.

le taILXde pénétration historiquement plus bas des applications des TIC dans les entreprises et l'industrie, dans les foyers et dans l'enseignement secondaire et supérieur, est en train d'être rapidement rehaus,sé de nos jours. Du fai t de l'avènement relativement tardif de nombrelLx se"ices d'information en Europe, les utilisateurs et les producteurs pas aueint le niveau de leurs homolon'ont gues aux EtaIS-Unis; pourtant, l'Europe possède certains des plus grands groupes d'édition du monde. s'intensifient

De plus en plus de gens ont conscience de,s technologies de l'information et de la socié- les actions de sensibilisation considérablement. té de l'infomution. Source: 18< T MAGAZINE, Commission Européenne, mars 1995.

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On devrait donc voir apparaître des opérateurs tels compagnies de distribution d'eau, d'électricité (EDF) transport (comme la SNCF) et les sociétés d'autoroutes, opérateurs alternatifs. Ces entreprises gèrent en effet des (classiques ou fibre optique) sur l'ensemble du territoire. QUELLES TECHNOLOGIES DE L'INFORMATION?

que les ou de comme réseaux

POUR LES AUTOROUTES

La mise en oeuvre des autoroutes de l'information suppose à la fois l'utilisation de technologies existantes et celle de nouvelles technologies de réseaux et de télécommunications. La transmission d'images, fixes ou animées, impose des infrastructures lourdes, à hauts débits. Les enjeux technologiques concernent à la fois les infrastructures de câblage, notamment celles capables de supporter les technologies ATM*, la compression de données multimédia., les boîtiers de décodage nécessaires à l'utilisateur final ainsi que les serveurs. de données et d'images, qui nécessitent d'énormes capacités de stockage. La transmission de la voix nécessite un débit de 16 à 64 kb/s, selon la qualité requise, la musique de 64 à 384 kp/s, mais une image fixe compressée a besoin d'un débit d'un Mb/s. Pour une image animée, le débit nécessaire atteint au moins 1,5 Mb/s (10 millions pour la télévision numérique). Pour bien comprendre ce que seront les autoroutes de l'information, il est utile de rappeler que l'évolution des technologies de télécommunications s'est effectuée en trois vagues. La première concerne les infrastructures actuelles, c'est-à-dire essentiellement le réseau téléphonique, qui, avec une vitesse de transmission de 28,8 kb/s suffit pour du texte et des images simples, par exemple des cartes ou des icônes. Avec un modem relativement rapide, le transfert de ce type d'image dure environ quinze secondes. La technologie ADSL * peut être utilisée sur le réseau téléphonique: il s'agit d'une techiüque permettant de transmettre des quantités importantes de données (de 1,5 à 3 Mb/s) sur des distances courtes. ADSL. est surtout utilisée pour adapter les réseaux de télévision câblée existants aux services interactifs. La seconde vague d'innovation voit apparaître le RNIS. (Réseau numérique à intégration de services), qui permet le

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transport d'images de meilleure qualité, mais pas d'émissions de télévision. Enfin, la troisième vague concerne les hauts débits et la large bande (type ATM.). Les transmissions hauts débits sont indispensables par exemple pour des applications de visiophonie de bonne qualité et de télévision.

Cycles d'équipement Services et infrastructures
~

1970

1980

1!190

1m

2000

2010

Servie.. . bu débit Téléphooe Minitel Mobil.. GSM-PCS Servie.. . haut débit Multimédia Visiophone Télévision
Tecbpologl.. doa équlpemepù

Communication éledromécanique Communicationlemporclle ATM Réseaux iuIerwbaius coaxiaux el faisceaux hertziens Réseaux iuIerwbaius en fibre optique Réseaux de racccrdcmen1 d'abonués, en cuivre Réseaux de racccrdcmen1 d'abonués, en fibro Source : Rapport Théry

La révolution de l'information en cours est basée sur la numé~ risation18 : les informations numérisées peuvent être compressées, donc transmises à des débits importants sur les réseaux19. La numérisation concerne tous les contenus et potentiellement chaque objet, qui peut ainsi avoir son équivalent numérique. Les hauts débits répondent à des besoins précis des entreprises, par

18 Coy (P) : Invasion of the data shrinkers, Business Week, 4 février 1994, pp.51-52 19 Marsault (X) : Compression et cryptage des données multimédias, Hermès, 1995,243 pages, en particulier la première partie.

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exemple le transfert de la voix et de la vidéo digitalisée, l'affichage graphique, l'interconnexion de réseaux locaux. Cette tendance est renforcée par la croissance de la puissance des microprocesseurs20. En 1980, le microprocesseur du Vax de Digital tournait à environ 2 Mips. En 1986, le 386 d'Intel à 3 Mips (l'équivalent d'un grand système de 1980). Les microprocesseurs commercialisés au cours des années 1990, par exemple le Pentium d'Intel, le processeur des grands systèmes mM ES/9000 et le Sparc Risc de Sun, atteignent les 50 Mips. L'Alpha de Digital approche les 150 Mips et l'on devrait atteindre, dans les prochaines années les 1 000 Mips. En 1970, une puce contenait en moyenne un millier de transistors. En 1980, on avait atteint 64 000, puis 16 millions douze ans plus tard. Cette montée en puissance s'est accompagnée d'une formidable chute des pnx. Les nouvelles technologies de réseaux hauts débits regroupent le relais de trames, le RNIS. et l'ATM.. Le relais de trames est particulièrement adapté pour la consultation de fichiers à distance, les applications client/serveur. et le multimédia.. Le RNIS. large-bande repose sur une infrastructure en fibre optique qui supporte la vidéo. L'ATM. (Asynchronous Transfer Mode) est une technique qui découpe (en cellules) des flux de données, de voix ou d'images, de manière à les transporter à très haute vitesse. Le rapport Théry précise qu'il convient "d'intensifier l'emploi de 1'A1M., c'est-à-dire remplacer, parallèlement au déploiement de la fibre optique, les centraux actuels par des centraux A 1M. capables d'assurer la commutation des signaux numériques à hauts débits". Une telle évolution suppose une certaine dérégulation du secteur des télécommunications, en particulier la fin du monopole de France Télécom sur les infrastructures, du moins tel qu'il existe aujourd'hui.

20 La puissance d'un microprocesseur se mesure en millions d'instructions par seconde (Mips).