MIEUX COMPRENDRE L'EXCLUSION SOCIALE

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Comment ressent-on le monde lorsqu'on est issu de famille pauvre ? comment se matérialisent les sentiments d'infériorité, de dévalorisation de soi qu'éprouvent les personnes appartenant à ce milieu social ? Vivre en grande pauvreté, c'est être enfermé dans un cercle vicieux qui fait que, aujourd'hui, l'exclusion tend à se poursuivre et à se transmettre de génération en génération. Au fil des temps, aux données d'ordre strictement économique de la dérive viennent s'ajouter le mal-être dans la société, l'exclusion culturelle.
Publié le : lundi 1 mai 2000
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EAN13 : 9782296411838
Nombre de pages : 144
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MIEUX

COMPRENDRE SOCIALE

L'EXCLUSION

Pierre MOREAU

MIEUX

COMPRENDRE SOCIALE

L'EXCLUSION

Roman pédagogique

Préface d'Albert

JACQUARD

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique
75005 Paris

- FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

@ L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-9147-2

SOMMAIRE
I II III IV V VI L'embarquement à «Bruxelles-National Aéroport » Je ne suis pas romancier: je suis journaliste, critique de cinéma Le voyage de la famille Point à Venise Je ne peux plus faire un pas sans être rattrapé par mon sujet. La pauvreté avant et après la sécurité sociale Le séjour à Venise Je reçois une carte postale de Venise 17 29 39 41 45 49

VII Nathalie vient de sortir de chez moi: ce qu'elle ressent par rapport au monde qui l'entoure

- un sentiment

d'exclusion - une vie très dure dès la petite enfance - un sentiment de dévalorisation - un sentiment d'ignorance - une difficulté à prendre la parole - des difficultés à trouver des appuis Les comportements des familles pauvres:

51 57 58 59 59 60 60 64 64 64 65 70 70 71 75

-la passivité

- la crainte et la méfiance - une notion différente du temps et de l'espace
Un ensemble de facteurs qui s'enchaînent et se renforcent:

- l'inégalité économique - la pauvreté sociale et culturelle
Les conceptions de la famille et du travail

VIII

La tentative d'interview: la susceptibilité des personnes pauvres

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IX Voilà un mois que Nathalie est venue sonner à ma porte Le cours de Mr Vingtier sur les enjeux culturels de l'école scientifique - la cascade de l'irresponsabilité - les attentes inconscientes du futur enseignant - l'évolution de l'opinion en faveur de l'école maternelle - si « tout se joue avant six ans», l'école maternelle est celle de tous les enjeux - le harcèlement des parents dès l'école maternelle - pourquoi l'enfant défavorisé s'intègre-t-il plus difficilement à l'école? - code élaboré et code restreint X Nathalie installée dans le bureau de son écrivain - la sensibilisation des enseignants lors de leur formation - faire rentrer les parents dans le vie et le projet pédagogique de l'école - des apprentissages ayant une utilité concrète - une pédagogie de coopération qui valorise les enfants plus faibles - la con~titution de groupes hétérogènes - voir « au delà» de sa classe - ne pas rester seul XI Nathalie présente son écrivain à ses parents Annexe. Les enjeux culturels de l'école: l'approche scientifique Bibliographie, chansons, films, malettes pédagogiques

- l'approche

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Rien n'est plus inégal Qu'une école égale
Pour des enfants inégaux.

Conseil National des Associations de Parents (Belgique) 1980

relaté par Jacques ZWICK

PREFACE

Quand Pierre Moreau m'a demandé de rédiger une préface pour son livre, je me suis inquiété. Préfacer un roman? Quelle curieuse idée! J'ai vite constaté qu'il s'agissait d'un roman un peu particulier. C'est plutôt un «essai romancé». Et puisque le thème était la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, j'ai accepté de participer. Aujourd'hui, nous sommes six milliards d'hommes sur notre planète, bientôt dix. Le problème est que seuls, dix à quinze. pour-cents d'entre eux ont la possibilité de devenir une personne, de se choisir un destin. qu'en La planète est quarante fois plus riche aujourd'hui 1900. Mais les inégalités se creusent. L'excellent

« Rapport mondial sur le développementhumain» que publie

chaque année le P.N.U.D. (Programme des Nations-Unies pour le Développement) nous apprend, qu'en 1988, le cinquième plus pauvre de la planète dispose de moins d'un demi-dollar par personne et par jour. Or, la Banque Mondiale, qui ne peut être suspecte en la matière, estime que le seuil de la pauvreté monétaire dans un pays du tiers-monde est de un dollar par jour. La pauvreté ne se réduit pas à sa seule dimension monétaire. Sur notre belle planète, un tiers de la population mondiale n'a pas accès à l'eau potable, près de 800 millions d'humains ne mangent pas à leur faim, plus d'un tiers des enfants des pays en développement souffrent de

malnutrition. 400 millions d'entre eux n'ont pas accès à l'école. 200 millions de personnes sont gravement touchées par la désertification. Et l'écart entre les pays riches et le tiers-monde se creuse. Les inégalités ne décroissent pas, elles agrandissent. Voilà bien des chiffres terrifiants. Un record dans l'inacceptable de l'histoire humaine. Et quand on côtoie l'inacceptable, on ne peut pas faire autrement que de ne pas 1' accepter. Mais, que pouvons-nous faire? Le roman-essai de Pierre Moreau nous indique des pistes pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale chez nous. Il tente d'être la voix de ceux qui n'ont pas la parole parce qu'on ne leur donne pas. Il montre la relation, les similitudes entre la pauvreté dans le Sud et celle d'une partie grandissante de la population du Nord. Le roman fait comprendre, de l'intérieur, l'état d'esprit dans lequel se trouvent les exclus de chez nous ainsi que les mécanismes qui sont à l'œuvre et qui conduisent une part de plus en plus importante de nos populations à la pauvreté. Il nous fait prendre conscience des raisons pour lesquelles cette pauvreté se reproduit de génération en génération. Il évoque non seulement la pauvreté économique et financière, mais surtout, l'exclusion sociale et la pauvreté culturelle. Cette dernière est la plus déterminante. C'est à elle qu'il faut s'attaquer pour faire changer les choses. Il propose d'agir dans deux directions: la famille et l'école. En cela, nous sommes tous concernés. Il nous montre bien que nous pouvons tous agir. Particulièrement ceux qui exercent ou se préparent à des professions du secteur des sciences humaines: enseignants, assistants sociaux, éducateurs, avocats, médecins, infirmiers... Il propose de commencer par «changer le regard» que nous avons sur les pauvres de notre société. Il nous rappelle que «si tout se joue avant six ans », les jeunes parents et les institutrices maternelles sont au centre d'un enjeu déterminant. 12

Si nous nous mettons comme objectif la dignité pour tous les hommes, ceux du Nord comme ceux du Sud, les exclus comme les inclus de chez nous, il n'y a pas d'autre solution que la mise en commun. Il s'agit de transformer les individus en personnes. «Je» n'existerais pas s'il n'y avait «tu ». Je suis les liens que je tisse. La seule source, c'est l'échange. Bien sûr, je suis le résultat d'une histoire. Une histoire que j'ai un peu subie mais à laquelle j'ai réagi. Si quelqu'un me regarde et qu'il me sourit, je peux ne pas sourire. Mais je peux sourire. Je peux refuser le regard, mais je peux l'accepter. Si je l'accepte, c'est peut-être dangereux. Que va-t-il m'arriver? A cause d'un regard, à cause d'une connivence que j'aurais acceptée, me voilà peut-être entraîné dans une aventure. C'est grâce à cela que je deviens quelqu'un. C'est pour cela que je suis si fier d'être un membre de cette espèce humaine. C'est aussi pour cela que je suis si scandalisé que cette dignité humaine soit refusée à la plupart des hommes. Tous les hommes sont différents. Et c'est très bien ainsi. Mais les différences ne sont pas des hiérarchies. Pour autant, vous n'êtes ni inférieur ni supérieur à moi. Mon frère est différent de moi. Je ne suis pas comme lui. Heureusement. Par quelle aberration a-t-on pu accepter de transformer toute différence en hiérarchie? C'est pourquoi je m'élève contre la compétition. Dans la compétition, il y a un gagnant et un perdant. Un autre moteur doit être trouvé. La science est une méthode qui nous pennet de lire et de relire le monde. En pennanence, elle nous donne des informations nouvelles. Aujourd'hui, elle nous montre que notre modèle de développement conduit tout droit à une collision frontale. J'en veux à la plupart de mes collègues scientifiques qui n'élèvent pas la voix. Il faut faire de la politique. Bien sûr, faire de la politique, c'est courir le risque de se 13

tromper. Mais ne pas en faire, c'est être sûr de se tromper. Il
.

faut remettre au cœur du débat politique la problématique de
la répartition des richesses que nos sociétés économiques performantes parviennent à produire. Demain dépend de nous. Nous n'avons pas le droit de déserter. Albert JACQUARD

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AVANT -PROPOS

Comment voit-on le monde quand on appartient à une catégorie sociale qui se trouve au bas de l'échelle de notre société? Pourquoi les inégalités entre les hommes se transmettent-elles de génération en génération? Comment se fait-il que les enfants issus du monde des très pauvres éprouvent autant de problèmes à l'école et se retrouvent le plus souvent en situation d'échec scolaire? Pourquoi les jeunes de familles très défavorisées sortent-ils du circuit scolaire sans véritable qualification professionnelle? Pourquoi les enseignants ne parviennent-ils pas à sortir ces enfants de leur analphabétisme ? Pourqui beaucoup de travailleurs sociaux qui interviennent dans ces familles doivent-ils faire face à la passivité, la méfiance et l'apathie? Pourquoi éprouvent-ils souvent un sentiment d'échec? Pourquoi le monde des exclus est-il si mal compris du reste de la population? Voilà bien des questions que nous nous posons et auxquelles nous n'obtenons que des réponses partielles ou peu satisfaisantes. La pauvreté, l'exclusion, c'est d'abord une notion financière, celle à laquelle on pense quand on évoque le sort des marginaux. Mais il y a d'autres dimensions tout aussi importantes qui caractérisent cette situation: la pauvreté cul-

turelle, par exemple. Sait-on que cinq pour-cent de la population ne parvient pas à lire et écrire correctement un texte simple? Il Y a aussi la pauvreté sociale, la rupture du lien social entre l'individu, sa famille et la société. Vivre en grande pauvreté, c'est le plus souvent cumuler ces trois dimensions, c'est être enfermé dans un cercle vicieux qui fait que l'exclusion se poursuit et se perpétude de génération en génération. Mieux comprendre les personnes vivant dans la grande pauvreté: tel est l'objectif principal de cet essai. Il est dédié à tous les jeunes qui se préparent à exercer une profession de relations humaines: éducateurs, médecins, juristes, enseignants, infirmiers, psychologues, assistants sociaux,... Mais aussi à tous les professionnels de ces disciplines qui rencontrent régulièrement ces personnes et ces familles et qui finissent par se décourager, faute de parvenir à comprendre leurs logiques et à les sortir de leur situation. L'objectif de cet ou~rage est à la fois simple et ambitieux : faire comprendre que l'attitude la plus positive et la plus efficace est celle qui consiste à établir un véritable partenariat avec ces exclus. C'est la meilleure voie en vue de les transformer d'assistés sociaux en véritables acteurs sociaux. Les idées contenues dans cet essai font partie d'un module de formation dispensé à de futurs instituteurs et futurs assistants sociaux. Vivement intéressés par cette analyse de la pauvreté, ce sont les étudiants qui ont suggéré de transformer les notes de cours en livre afin d'atteindre une diffusion plus large. Et pour le rendre plus accessible à un grand public, l'essai a pris la forme littéraire d'un roman pédagogique.

Pierre MOREAU

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