Misères d'une boniche

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Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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EAN13 : 9782296335257
Nombre de pages : 134
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MISÈRES D'UNE BONICHE

Collection "Encres Noires" Dirigée par Gérard da Silva
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Pabé Mongo, Nos ancêtres les baobabs. Vincent Ouattara, Aurore des accusés et des accusateurs. Abdourahmane Ndiaye, Terreur en Casamance. (Polars Noirs). Kama Kamanda, Lointaines sont les rives du destin. Ken Bugul, Cendres et braises. Jean-Jacques Nkollo, Le paysan de Tombouctou (Théâtre). El Ghassem Quid Ahmedou, Le dernier des nomades. Mamadou Seck, Survivre à Ndumbélaan. Georges Ngal, Une saison de symphonie. Pius Ngandu Nkashama, Le Doyen Marri. Moussa Quid Ebnou, Barzakh. Olympe Bhely-Quenum, Les appels du Vodou. El Hadj Kassé, Les mamelles de Thiendella. Dominique M'Fouilou, Le quidam. Nocky Djedanoun, Yana. Albert Thierry Nkili Abou, Carton rouge. Pius Ngandu Nkashama, Yakouta. Maria N sue Angüe, Ekomo Alex I-Lemon, Kockidj, L'étrange fillette Essomba, Les lanceurs de foudre Thérèse Kuoh Moukoury, Rencontres essentielles. Mamadou Gayé, Lait caillé. Denis Qussou-Essui, Rendez-vous manqués. Auguy Makey, Sur les pas d'Emmanuel. Ruben Nwahba, L'Accouchement Charles Carrère, Mémoires d'un balayeur, suivi de contes et nouvelles. N°149 Salim Hatubou, Le sang de l'obéissance. W150 Blaise Aplogan, Les noces du caméléon. N°I51 Komlanvi lM. Pinto, L'ombre du Karité. WI52 Adamou Ide, Talibo, un enfant du quartier N°I53 Moudjib Djinadou, L'avocat de Vanessa. WI54 Emile Biti Abi, Myriam, lafille du tonnerre bienfaiteur. WI55 Aniceti Kirereza, Les enfants du faiseur de pluie. N° 156 Jimi Yuma, Bagraines, nouvelles. W157 Dominique M'Fouilou, La salve des innocents. W158 Kiridi Bangoura, Le baptême des chiots.

@ l'Harmattan,

1997

ISBN: 2-7384-5131-4

Seydi Sow

....

MISERES D'UNE BONICHE

Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

A

MES FILLES

Voici achevée l'histoire que vous avez contribuée à écrire. Tout en changeant le fond, j'ai cependant essayé de respecter pour l'essentiel vos désirs. Taquines à l'égard de votre soeur benjamine, vous avez tenu à nommer notre héroïne du nom de celleci ; c'est pourquoi Satou portera comme pseudonyme celui de Mammy. Vous avez fait aussi de Satou une sérère, par respect des liens de cousinage qui nous lient à cette ethnie. De même, vous avez dit que son histoire reste triste jusqu'à la dernière ligne! Elle l'est! Mais j'ose espérer le pardon du lecteur pour tant de cruautés; et pour votre absolution, je dois avouer que vous ne m'avez point soufflé toutes ces scènes atroces et ces lignes désagréables qui parcourent la trame de notre récit. D'ailleurs, je crains que vous-mêmes ne m'en vouliez demain en découvrant le livre. . . Votre père.

Cette histoire est purement imaginaire Toute ressemblance avec des personnes ayant existé n'est que fortuite

A mes filles, Yacine, Marie, Fatou et surtout toi Mammy à qui j'ai emprunté le pseudonyme pour le coller à mon héroïne. - A Yankhoba Sow, le frère et l'ami, toute ma gratitude. - A Gana Cissé et à sa femme mon éternelle reconnaissance - A la meilleure des épouses Kiné Ndiaye, mes sincères remerciements pour les bonnes actions d'hier.

Ma chère Adji, Je n'ai pu résister à l'envie de faire ce que faisait les anciens auteurs quand ils ont achevé une œuvre: écrire une lette dédicace pour leur ROI ou REINE. La seule différence est que je m'adresse à toi, Madame mon épouse. Tu as partagé toutes ces années mon angoisse, mes silences d'anxieux. Tu as cherché à vaincre ma pénible solitude d'artiste. Et surtout tu as cru en moi et dans l'abnégation tu as accepté de faire de la souffrance ton compagnon enfin de me rendre heureux. Pour ce sacrifice digne des femmes de Nder, je te dis simplement, affectueusement, merci. Ton époux qui t'aime.

PROLOGUE

Couchée sur le sable fin de la plage, je regardais les hirondelles de mer qui voletaient bas. Le cri des mouettes, des martins-pêcheurs et des goélands, se perdait dans le timbre des enfants qui se poursuivaient gaiement tout autour de nous. Le ciel était bleu; la mer, par vaguelettes, déposait sur le rivage, des cadavres de crustacés, des crabes qui s'enfuyaient sur leurs molles pattes, des algues, et tant d'autres débris sous-marins. La brise soufflait légèrement et la vie bruissait. Certains criaient, s'interpellaient, riaient à gorge déployée; d'autres nageaient, plongeaient ou jouaient dans l'eau, d'autres encore se doraient au soleil. . . Pour la première fois depuis longtemps, la joie, à nouveau m'habitait. J'étais allongée près du seul homme qui ait posé un regard tendre sur moi. J'étais heureuse. Mais que représentait pour moi ce laps de bonheur? Etait-ce même de la joie, cette sensation qui me parcourait?Souvent notre être, quand il est repu de désagrément, à tendance à confondre douleur et plaisir. J'en étais arrivée à ce point. Je ne parvenais plus à dissocier mes peines de mes joies.Tout m'était morose, désagréable. De façon continue, était en moi la lassitude de vivre. Vingt ans. . . Je n'avais que vingt ans, mais déjà j'étais vieille, abattue et triste. . . Gilles me jeta des yeux rieurs, et surprenant mes larmes, il se retourna carrément vers moi. - Si tu ne cesses pas de pleurer, il est certain que tu ne pourras rien me dire, m'affirma-t-il. Du coup, je me rappelais que j'avais conduit ici Gilles, pour lui faire des confidences. Pendant deux mois, Gilles n'avait cessé de me harceler; il voulait me connaître, me découvrir, me replacer sur l'échiquier de la société. N'étant pas véloce à dénicher mes souvenirs du fond de l'alcôve secret où je les avais enfouis, je lui avais tenu tête. J'avais tant souffert physiquement et moralement que je ne tenais aucunement à réveiller mes anciennes douleurs par le truchement d'une quelconque réminiscence. Pourquoi donc ai-je entraîné mon compagnon sur cette plage? Pourquoi, hier,

au coeur de la nuit, lui ai-je laissé entendre que j'allais enfin lui parler de moi? Etait-ce parce que Gilles était le premier homme qui m'inspirait une totale et réelle confiance? C'est possible. La vérité était aussi que je l'aimais. Peut-être était-ce à cause des éblouissements de cet amour, que j'étais prête à lui faire don de mon passé. Mais combien sera dure pour moi cette évocation. Certaines scènes encore vivaces dans mon esprit me seront pénibles, d'autres atroces, d'autres encore créerons en moi une véritable répulsion. Là-bas, au nord de la plage, un peu éloignées de nous, deux rangées de pêcheurs, semblables à des fourmis, tentaient de ramener à la berge, les filets de la journée. - Mon histoire est pénible, Gilles, dis-je dans un souffle. Difficile à raconter. - Qui n'a pas de choses difficiles à raconter? Moi aussi, j'ai connu les complaintes de l'âme, les nuits froides où personne ne vous jette une couverture. Pourtant, il m'a fallu les raconter à quelqu'un pour obtenir enfin l'oubli total, le nécessaire soulagement. - C'était parce que ta croix n'était pas aussi lourde que la mienne! - Toutes les croix sont lourdes, car, leurs poids est fonction des âmes qui les portent. - Je ne peux pas, Gilles. Je ne peux pas évoquer toute cette misère que j'ai endurée, cette douleur sans nom et sans visage qui m'a vieillie avant l'âge. Je ne peux pas. . . - Pourtant, il le faut, Mammy. D'abord pour ta tranquillité, ensuite pour moi, pour notre amour. Je m'étais tue, cherchant à me blottir dans ce mot "amour" que venait de susurrer les lèvres de Gilles. L'Amour! Que j'avais mis du temps à découvrir ce sentiment; j'avais même fini par nier son existence. L'apparition de Gilles dans ma vie, allait m'aider à épeler les lettres magiques. Mais il devra d'abord m'apprivoiser. Le voilier qui descendait depuis quelque temps vers l'horizon, se dessinait maintenant avec netteté devant nous. L'on voyait un couple de touristes amoureux debout sur le pont, joyeux. Le cri des enfants qui luttaient gaiement dans la mer, se faisait plus strident et rendait la plage plus animée, plus vivante.

Brusquement, j'entendis le murmure de ma voix qui racontait à Gilles le film de mon passé. -Peu importe où je suis née. . . Peu importe qui fut mon père et qui fut ma mère. . . C'est déjà trop que de m'appeler Satou. La première chose que j'ai détestée dès que j'acquis la faculté de comprendre, fut ce nom: Satou. Il me venait, disait-on, de ma défunte grand-mère, jadis sorcière réputée et redoutée de tout le village des nguéniènes. Pourquoi m'ont-ils appelée Satou? Peu importe, oui, peu importe, ainsi que tout le reste.
.

Ma vie a basculé un dimanchesoir, un triste dimanche

de trente et un décembre. . .

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