MODUKPE

De
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(Roman béninois).
Modukpè est prise en otage dans un double univers ; celui masochiste d'un père autoritaire à l'excès ; celui fataliste d'une mère marginalisée. Ce roman révèle avec humour un clavier de caractérisation intense de personnages familiers, inquisiteurs, trames des évocations vives, destinés à nous interpeller tous. Aimer, désaimer, mal aimer mais il sera toujours temps, sous tous les soleils, de se dire, et surtout de se convaincre, que l'amour et la mer ont l'amer en partage.
Publié le : samedi 1 avril 2000
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EAN13 : 9782296410817
Nombre de pages : 129
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Modukpè Le rêve brisé

Collection Encres Noires dirigée par Maguy Albet

2000 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Inc. 55, rue Saint-Jacques, Montréal (Qc) Canada H2Y 1K9 L'Harmattan, Italia s.r.!. Via Bava 37 10124 Torino ISBN: 2-7384-9091-3

@ L'Harmattan,

Adélaïde FASSINOU

Modukpè Le rêve brisé
ROll1an

L 'Harll1a ttan

A mon père
Merci pour m'avoir traînée de force sur les bancs de cette école rustique de quartier où j'ai fait mes premiers pas de lecture et de copie dans la langue du Blanc.

Cette histoire est la tienne, Modukpè n' est-ce-pas ? Tu me l'avais racontée un après-midi où nous étions seules toutes les deux, assises à l'ombre du manguier qui se dresse majestueusement dans la cour de ma concession. J'étais si captivée par le récit de ta vie dont certains pans ressemblaient étrangement à la mienne, que je n'avais pas vu le soleil venir se coucher à nos pieds.

En lisant ce livre, chère amie, tu feras également tienne l' histoire de toutes ces femmes qui n'ont vécu nulle part, sauf dans mon imagination. Mais la fiction dans laquelle elles se meuvent nous les rend encore plus proches et nous fait partager leurs drames.

CHAPITRE I

Lorsque je fus admise au baccalauréat, j'annonçai,

autour de moi,

cette nouvelle et déclarai que j'irais à l'université pour devenir avocate. Ma mère ennuyée me dit, sans ambages, qu'il me fallait chercher du travail, car elle ne pouvait continuer à s'occuper, tout le temps, de moi, l'aînée de ses filles, et qu'il était temps que je me marie pour lui donner des petits-fils. Quant à mon père, il était enthousiasmé à l'idée qu'un de ses enfants devienne avocat et porte très haut et loin le nom de la famille, ce que n'avaient su faire ses garçons dont la plupart centrale. Mon occupaient des postes subalternes dans l'administration moi particulièrement,

père disait toujours que c'était sur ses filles qu'il comptait le plus, et pour étonner le monde. Pourtant, je n'avais pas eu un sort particulier attaché à ma naissance. J'étais entrée dans un foyer polygame où il y avait déjà pas mal de gosses et où je devais me frayer un chemin. A ma naissance, ma mère trop excitée par ce qui lui arrivait (jusque-là elle n'avait eu que des garçons) décida de m'appeler par le prénom d'une de ses sœurs qu'elle avait perdue très en effet un nom était, jeune et à qui elle était très attachée: Modukpè. Quant à mon père, il n'en avait pas fait une affaire trop importante; selon lui, chose secondaire. Il avait tranché le problème en ces tennes:
- Elle est née à la Sainte-Agnès et je veux qu'elle
porte

ce prénom-là.

- Tu y ajouteras celui de ma sœur Modukpè, tu me l'avais promis, lui rappela ma mère.

Il

Elle me raconta, un jour où nous étions assises à bavarder de tout et de rien, qu'elle attendait tellement la naissance d'une fille, et qu'elle avait dû ronger son frein lorsque quatre fois de suite, elle avait donné naissance à des garçons. Mais le vieux, fou de joie à chacune de ces naissances, (ne venaient-elles monde entier? pas témoigner de sa virilité au yeux du ) consolait ma mère en lui disant qu'il la laisserait

donner le nom qu' il lui plairait à sa fille, quand celle-ci finirait par voir le jour. Le moment tant attendu arriva et mon père devait tenir sa promesse. Ille fit, et me voilà, moi, Modukpè Agnès Fumilayo, en face de vous, pour vous raconter mon histoire. Que de chemins parcourus depuis ce soir-là de saison sèche. Ma mère me dit que c'était un jour dont elle se souvient comme si c'était hier.

Ce matin-là, elle avait vaqué à ses occupations habituelles; elle venait à peine de finir la préparatiopn du repas, lorsque les douleurs qui l'avaient dérangée une bonne partie de la nuit, la reprirent avec force. Stoïquement, sans rien signaler à sa coépouse, elle était allée se laver proprement, car elle savait qu' il lui fallait être présentable pour se rendre à la maternité, de peur d'être mal reçue par la sagefemme. Elle ne comprenait pas comment certaines parturientes pouvaient se rendre à ce lieu sacré, exhalant les relents de poissons de la veille. Jamais, au grand jamais, elle ne se reconnaîtrait dans cette catégorie de femmes; surtout qu'elle était quand même l'épouse d'un fonctionnaire de l'administration coloniale.
Pourtant ma mère était une femme très discrète au départ; elle était devenue subitement volubile sans que nous arrivions à déterminer la cause et le point de départ de cette transformation subite.

- C'est la vie qui m'a changée, mes enfants,ne cessait-ellede répéter. J'ai tout enduré pendant des années, sans qu'un mot, un seul petit mot ne s'échappât de ma bouche. Mais lorsque j'en ai eu assez, j'ai décidé de dire haut et fort ce que je pense et depuis je n'arrête pas.

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