//img.uscri.be/pth/c5c8de5f7f8e6f36ab0ed2a747db2d06149c40a4
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,15 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Montagnards d'Afrique noire

72 pages
Au nord du Cameroun, dominant les plaines du Tchad et du Sahel, une vingtaine de petites ethnies vivent perchées dans une chaîne d'autant de massifs-forteresses. Rescapées de la très vieille civilisation paléonigritique, elles ont aménagé ces amas de pierres granitiques en terrasses pour y cultiver le mil, à l'abri des invasions, des razzias, des empires, des Etats. Comment, à la fin du XXème siècle, peut se maintenir ce système traditionnel ? Roland Breton et Guy Maurette, par missions successives, sur des années, ont parcouru à pied, en toutes saisons, chaque massif, et ont rapporté ce témoignage direct et attentif sur tout un mode de vie venu du fond des âges, et, aujourd'hui, menacé. Le choix et la place des photos, comme la rédaction du texte se répondent afin que, page à page, le lecteur puisse aussi bien, pénétrer visuellement, que déchiffrer intellectuellement, l'univers décrit, expliqué, dévoilé, exposé.
Voir plus Voir moins

MONTAGNARDS

D'AFRIQUE NOIRE

LES HOMMES DE LA PIERRE ET DU MIL Haut-Mandara, Nord-Cameroun

I

f~
I~

I.. I .
~

Q) "
CIl " cr w

E .. o o ~ j

ilt!!
e::EA

MONTAGNARDS D'AFRIQUE NOIRE
LES HOMMES DE LA PIERRE Haut-Mandara, ET DU MIL

Nord-Cameroun

Texte de

Roland Breton
Photographies de Guy Maurette

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

à nos amis Camerounais des montagnes qui nous ont si bien reçus et de l'Institut des Sciences Humaines qui ont permis cette recherche

Photo de couverture: Au pays melokwo, paysan à la houe, chaumes de mil, pousses de mil ; au second plan, la plaine; au fond, les massifs mbuko, puis gemzek. Cartes p. 2 (Les massifs de la zone soudanaise) et p. 71 (Le HautMandara) de R. Breton. Dessin pp.34-35 (Système de défense végétal) de Christian Seignobos. @ L'Harmattan, 1993 ISBN: 2-85802-805-2

Sommaire

Introduction

.

6

1. Vivre à l'âge de pierre

..................

9
10 14 15 16 16 18 22

Univers lunaire: tant de pierres et si peu de terre... .............................. Granite omniprésent...................................................................................... Un «travail de Chinois » ................................................................................ Un massif, une ethnie................................................................................... Treize langues et neuf dialectes: Babel organisée .................................... La guirlande des ethnies ............................................................................... Massifs-forteresses inexpugnables ......

2. Le royaume

du mil

......

25 26 31 32 35

Au centre de la vie: le mil.......................................................................... Aliment de base, boisson élue et matériau universel................................ Autres cultures, bêtes et arbres .................................................................... Quartier, concession, case: du clan à l'individu........................................

3. Descendre

en plaine?

... .......

41 42 48 51 54 57 58 64

Rites ancestraux ... ....... Chefferies, guerres et guerriers..................................................................... Nouvelles hiérarchies politiques et stratégies religieuses........................... Contacts massif/plaine ............................... Descente en plaine et remontées................................................................. La femme, principale force de changement? ............................................. L'avenir est-il ailleurs? .......................................

5

Au sud de l'immense Sahara s'étend le Sahel «semi-aride", a la végétation pauvre, d'arbustes épineux, de plaques d'herbes saisonnières séparées par des étendues de steppes nues. L'élevage y règne tant bien que mal: vaches maigres, avec ou sans bosse, moutons tachetés de noir, chèvres omniprésentes sachant faire leur profit de la moindre parcelle de verdure: brin d'herbe, feuille, pousse fraîche. La culture y est possible localement quand arrivent les pluies d'été; à condition qu'elles durent assez, avant que la terre ne se craquèle, que les cours d'eau ne s'assèchent et que les puits ne tarissent. Au sud du Sahel commence le domaine de la savane soudanienne aux hautes herbes, avec toute sa gradation jusqu'à la forêt: savane arbustive, puis arborée, savane-parc, savane à forêts-galeries le long des cours d'eau permanents. C'est le royaume naturel des grands troupeaux d'herbivores détalant devant les fauves en chasse. Puis vient la forêt, d'abord claire, avec arbres à feuilles caduques, puis de plus en plus humide, dense, obscure jusqu'à l'Équateur. Cet étagement nord-sud en longues bandes de végétation traversant le continent africain n'est dû qu'aux différences de pluviosité, mesurées en nombre de mois humides, en hauteur de précipitations: là où les pluies durent moins d'un mois et où il ne tombe pas un demi-mètre d'eau commence la menace du désert. Mais plus la saison des pluies couvre de mois d'été plus les cultures sont sûres. Et, vers le sud, là où il pleut deux fois, au printemps et en automne, tout pousse presque sans mal. Ce grand rythme annuel faisant verdir la terre en été quand le soleil monte au zénith commande la vie des peuples qui se sont partagés ces espaces, depuis que le Sahara s'est asséché, il y a trois mille ans. Le désert appartient surtout aux grands nomades chameliers, comme les Touareg et les Maures; le Sahel est partagé entre les pasteurs, à pied ou à cheval, tels les Foulbé, les Arabes Choa, et les Goranes, et quelques sédentaires; la savane a vu ses populations, plus denses, de paysans, subir les incursions des cavaliers, mais, aussi, s'allier à eux pour fonder les empires du Soudan, aux noms légendaires - Ghana, Mali, Tombouctou, Abéché, etc. - commerçant avec le Nord transsaharien, pourvoyeur de chevaux, d'étoffes fines et d'armes, comme avec les royaumes de la forêt d'où venaient l'or, l'ivoire, l'ébène et les esclaves. Sahel, Soudan, large zone d'instabilité météorologique, végétative, ethnique, politique, où toutes les influences se font sentir du Nord au Sud, et d'Est en Ouest: voies de commerce, d'invasions, de conquêtes, des conversions à l'islam, des pèlerinages à La Mecque; où les courants humains et religieux, traversant ou longeant le désert, viennent battre l'orée de la forêt dense et les pieds des massifs. Car des massifs sont là, aussi, non plus désertés, désertifiés comme ceux du Hoggar, en plein Sahara, mais, au contraire, grouillant de monde, de populations anciennes, accrochées à eux, depuis la nuit des temps, contre vents et marées de sables venus du large, du sec, du Nord. Ces massifs dominant le Sahel n'ont pu être conquis par les envahisseurs, gravis par les cavaliers. Un monde ancestral africain y a survécu, abrité par l'inaccessibilité, en préservant ses coutumes contre les influences musulmanes, ses cultures contre la dévastation, et ses bras, aussi,

contre la quête des esclaves. Ce sont les populations dites « paléosoudanaises ou " « paléonigritiques ": Dogons de la Falaise de Bandiagara, surplombant la plaine
du delta intérieur du Niger, au Mali, Kabiyés et autres montagnards du massif de l'Atakora, au Nord du Bénin, «Pagans» (<< aïens,,) du Plateau, de Jas à Bauchi, P 6

dans le nord du Nigeria, "Kirdis" (c'est-à-dire «Païens ,,) des Monts Mandara, au Nord Cameroun, Diongars et autres" Hadjaraïs" «, Montagnards ,,) du massif de Guéra au Tchad, "Noubas" (c'est-à-dire «Montagnards ,,) du Sud du Kordofan, au Soudan (cf carte p. 2). Toutes ces forteresses naturelles sont souvent des fourmilières humaines, et des sanctuaires de l'africanité, et autant d'îlots de résistance à l'islamisation. C'est ainsi qu'à 150 km au sud du Lac Tchad, qui marque la limite du Désert et du Sahel, se dressent les Monts Mandara, dont le versant occidental tombe au Nigeria, mais dont la plus grande partie est au Cameroun. L'extrémité nord du massif, avançant en proue vers les terres marécageuses du Tchad est le Pays Mandara à proprement parler, ancien royaume local coincé entre le puissant empire du Bornou, c'est-à-dire des Kanouris du Nord-Est nigérian, et les lamidats

des Foulbé de Maroua. Ce royaume, islamisé au

XVIIIe

siècle, eut pour dernière

capitale Mora, au pied même de l'avancée du massif, et l'on débat encore du sens originel des mots «mandara" (chef des collines?) et "wandala" (peuple des collines ?). De toutes façons le peuple Mandara, ou Wandala, était en plaine mais avait pour vassaux ses frères du proche massif, qui jamais ne s'islamisèrent. Entre le royaume Mandara, sis en plaine, et le Haut-Mandara s'étaient établies des relations de complémentarité: les montagnards payant tribut et rendant hommage au sultan Mandara, le l1iksé, vivaient librement dans leur massif d'où ils descendaient commercer à Mora, et rentraient le soir même. Ce Haut-Mandara historique et ethnique n'est donc qu'une petite partie du grand massif qui maintenant, du fait des géographes et de l'administration, étend cette appellation sur cent cinquante kilomètres plus au sud, sur des régions qui n'ont jamais dépendu de Mora et du royaume Mandara. En fait le Haut-Mandara n'est donc que l'extrémité nord-est des actuels «Monts Mandara ", extrémité naguère politiquement englobée dans le royaume wandala : c'est une collection de petits massifs occupés chacun par une ethnie propre et sis à moins de 30 km au sud de l'ex-capitale, Mora. Le voyageur qui passe en auto sur l'unique route goudronnée de la région reliant Maroua à Mora, ne voit que les massifs rocailleux apparemment inhabités, hostiles, inhabitables. Il ignore qu'à l'intérieur subsiste une vie parfois intense, mais qu'iJ ne pourrait saisir qu'à condition d'y grimper par des sentiers de chèvre. Alors seulement il pourrait voir, installés entre les pierres, nichés dans la pierre, outillés de pierre, ces populations vivant du miJ, par le mil et pour le mil, nourries et abreuvées de mil, travaillant une terre rare et précieuse, avec une eau encore plus rare, et logés dans des maisons de pierre, de terre et de miL Toute une civilisation fondée sur ces éléments rendus savamment solidaires. Et qui, au rythme des deux saisons, passe d'un décor à l'autre: du verdoyement général de l'été pluvieux, quand le mil domine largement les hommes et ne laisse dépasser que la pointe des toits, à la terre d'hiver, nue, brune, semée de roches noires et grises et piquetée des tiges blanches du mil moissonné: paysage pétré, presque lunaire, d'où ressortent à peine les cases circulaires de pierres aux toits coniques de chaume. Monde stable, oui, immuable non, car circonvenu par la modernité toute proche, pénétrante, harcelante, contraignante. Monde passant directement de l'âge de pierre à celui de l'électronique. Monde équilibré, purement rural, suspendu au-dessus de la plaine où grondent et se déploient les nouvelles forces conquérantes: motorisation, électrification, urbanisation, éducation, télécommunication, protection sanitaire, organisation d'État. Combien de temps leur résister? Et pourquoi? Pour quoi? Pour quelles valeurs rester dans les massifs? Quelle vie y maintenir? Quel bonheur y préserver?

7