Mozambique - La révolution implosée

De
Publié par

Le 25 juin 1985, la République Populaire du Mozambique fêtait le 10ème anniversaire de son indépendance. Le 1er octobre 1986, Samora Machel, son premier Président, et deuxième Président du FRELIMO, mourait dans l'accident (?) du Tupolev qui le ramenait à Maputo. En fait, cette seconde circonstance clôt, du point de vue de la conjoncture historique, la première décennie non coloniale du Mozambique. Dix à douze ans ne représentent pas grand-chose à l'aune de l'Histoire : mais à celle des rythmes révolutionnaires, des flux et reflux du mouvement social, c'est considérable. La nécessité d'une première analyse approfondie des divers aspects de l'évolution du jeune Etat et des peuples qui le composent ainsi qu'une première synthèse se font cruellement sentir. Qu'est-ce que le FRELIMO ? Quelle est la nature de l'Etat mozambicain ? Quelle est la réalité concrète du "pouvoir populaire" ? Quelles sont les causes sociales et politiques de l'indifférence (ou de l'hostilité) de la population face aux "projets de développement" officiels ? Qu'est-ce qui, dans la crise des rapports sociaux peut expliquer le maintien d'une rébellion favorable au pays de l'Apartheid ? Etc. Dans l'état actuel des sources, commencer à répondre à ces questions n'est pas chose aisée. Mais il faut au moins les poser et justement l'auteur s'y emploie. Là est son mérite.
Publié le : samedi 1 janvier 2000
Lecture(s) : 77
Tags :
EAN13 : 9782296382916
Nombre de pages : 168
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Collection « Points de Vue concrets»

LE MOZAMBIQUE

A L'HARMATTAN

E. MONDLANE: Mozambique, de la décolonisation à la libération nationale; 260 p. FRELlMO: Le IVe Congrès, du sous-développement au socialisme; 200 p. M.-E. CHONCHOL: Guide bibliographique du Mozambique; 136 p. G. VELLASQUEZ: Pour une politique du médicament, l'expérience du Mozambique; 94 p. C. VERSCHUUR,M. LIMA, Ph. LAMY, G. VELLASQUEZ: Mozambique, 10 ans de solitude... ; 182 p. Femmes mozambicaines; 54 p. Soins de santé primaires au Mozambique; 128 p. Du même auteur: «Autour des indépendances angolaise et mozambicaine. Etat des travaux », in Politique Africaine, II (6), mai 1982, p. 112-143. «Corporatisme et colonialisme: approche du cas mozambicain, 1933-1979 », in Cahiers d'Etudes Africaines, 92, XXIII-4, 1983, p. 383-417 et 93, XXIV-l, 1984, p. 5-24 (parution en 1985). «Etat et pouvoir populaire dans le Mozambique indépendant », in Politique Africaine, n° 19, sept. 1985, p. 36-60. «Le Portugal et l'Afrique: le cas des relations luso-mozambicaines (1965-1985). Etude politique et bibliographique », in Afrique Contemporaine, n° 137, janvier-mars 1986, p. 3-55. «Notes pour une lecture économique de l'accord de Nkomati », in Estudos de Economia, Lisbonne, Instituto Superior de Economia, VI (3), avril-juin 1986, p. 421-449 (n° spécial: «Estudos de Economia Africana»). Publications prévues «Syndicalisme urbain, luttes ouvrières et questions ethniques: Luanda, Angola, 1974-1977/81 », in Michel Cahen (coord.) : Cidades et Vilas: Villes et bourgs dans l'Afrique lusophone, Paris, L'Harmattan, 1988.

-

-

MICHEL

CAHEN

MOZAMBIQUE
LA RÉVOLUTION IMPLOSÉE
Études sur 12 ans d'indépendance (1975-1987)

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 - Paris

En couverture 1, une sculpture sur une place publique à Pemba (Cabo Delgado) : l'Africain a brisé ses chaînes et à ses pieds un Portugais demande pardon. (Photo prise par l'auteur en août 1975.)

@ L'Harmattan, 1987 ISBN: 2-85802-760-9

AVANT-PROPOS

De prime abord, que le lecteur soit honnêtement averti: il n'a pas entre les mains une synthèse achevée des douze premières années de l'Indépendance mozambicaine, mais un recueil de trois études (deux inédites, une réédition) sur le même thème. Le genre a ses limites, ses défauts: écrits dans des circonstances et des dates différentes, ces textes se recoupent sur certains points, cependant, sous des angles d'approche dissemblables: on retrouvera les villages communaux et les assemblées populaires par deux fois, et les thèmes de la démocratie politique et de la mobilisation populaire traversent l'ensemble des pages même si un chapitre spécifique ne leur est pas consacré (1). Inversement, il y a des vides béants: pas d'analyse de l'église catholique, pourtant seule force politique légale indépendante du pays; trop peu d'attention accordée à la place des Blancs mozambicains dans l'appareil d'Etat, ou à la formation de la direction du groupe rebelle pro-sud-africain, la Renamo ; ou encore à l'émergence de problèmes ethniques. Enfin, on trouvera de légères nuances d'appréciation dans ces textes de dates diverses (notamment sur la question des négociations Renamo-Frelimo et sur l'analyse de la tactique de la Renamo). Il Y a cependant deux raisons - historique et historiographique - qui m'ont décidé à réunir ces pages, en attendant que ma profession non-universitaire me laisse le loisir de tenter d'écrire une synthèse digne de ce nom. Le 25 juin 1985, la République Populaire du Mozambique (RPM) fêtait le dixième anniversaire de son

Sur cet aspect voir mon article «Etat et pouvoir populaire dans le Mozambique indépendant », in Politique Africaine, Paris, n° 19, sept. 1985, p. 36-60.

e)

5

indépendance. Le 19 octobre 1986, Samora Machel, son premier Président, deuxième président du Frelimo, mourait dans l'accident (?) du Tupolev qui le ramenait à Maputo. En fait, c'est cette seconde circonstance qui, du point de vue de la conjoncture historique, clôt la première décennie non coloniale du Mozambique. Dix à douze ans ne représentent pas grand' chose à l'aune de l'Histoire; mais à celle des rythmes révolutionnaires, des flux et reflux du mouvement social, c'est considérable. La nécessité d'une première analyse approfondie des divers aspects de l'évolution du jeune Etat et des peuples qui le composent, et d'une première synthèse, se fait à mon avis cruellement sentir. Par exemple, on ne peut continuer indéfiniment d'accoler les étiquettes de «gouvernement marxisteléniniste», de «premier Etat ouvrier-paysan d'Afrique australe », tout en saluant non moins indéfiniment une « souplesse» et un «pragmatisme» si élastiques qu'ils aboutissent à une intégration à toutes les principales institutions régissant les rapports néo-coloniaux entre le Nord/Ouest et le Sud, à des accords qualifiés d'« exceptionnels» avec le Club de Paris (2). Les mots finissent par perdre leur sens, et il faut se poser des questions fondamentales: qu'est-ce que le Frelimo? quelle est la nature de l'Etat mozambicain? quelle est la réalité concrète du «pouvoir populaire»? quelles sont les causes sociales et politiques de l'indifférence (ou de l'hostilité) de la population face aux projets de développement? qu'est-ce qui, dans la crise des rapports sociaux peut expliquer le maintien d'une rébellion favorable au pays de l'apartheid, trop rapidement justifiée par le soutien que ce dernier lui apporte? Etc. Le lecteur sera déçu: ces questions ne recevront pas une réponse suffisamment étayée, mais il pourra juger qu'elles sont au moins posées et sérieusement étudiées. La deuxième justification de ce petit ouvrage est donc historiographique : les études sur le Mozambique indépendant ont été jusqu'à présent principalement anglo-saxonnes, scandinaves ou germaniques, et secondairement françaises

«Le Club de Paris rééchelonne sur vingt ans la dette garantie du Mozambique» in Le Monde, Paris, 18 juin 1987, p. 34. 6

e)

ou portugaises - hormis bien entendu les travaux des Mozambicains eux-mêmes (3). Ces études ont eu deux caractéristiques distinctes mais finalement du même ordre. D'un côté, elles furent souvent très partielles (monographiques ou thématiques, voire recueils de souvenirs de coopérants), ce qui est utile avant de pousser plus loin, mais évitèrent de fait ou volontairement fausse humilité du coopérant militant face à une révolution africaine dans un contexte défavorable, qui émousse singulièrement l'esprit critique - les tentatives de conceptualisation, d'extraction du signifiant historique et politique des phénomènes constatés. D'un autre côté, on eut diverses études plus générales mais qui se sont toujours placées dans le cadre des concepts officiels mozambicains, des mythes fondateurs de la République Populaire: la qualité «marxiste-léniniste» du parti et du gouvernement, la nature sociale «ouvrière et paysanne» du nouvel Etat, le caractère «socialiste» de la transition, etc. n'ont jamais été contestés mais au contraire considérés comme aXIOmes. Dans ces conditions, la discussion, plus ou moins pertinente selon les auteurs, n'a pu concerner que les erreurs du Frelimo (souvent, d'ailleurs, après que le Frelimo les ait luimême dénoncées) et non son orientation générale, que les effets des agressions économiques et militaires externes sur le pays et non l'absence d'une politique de rupture progressive avec les lois du marché; on discute des circonstances de l'échec des villages communaux, sans jamais remettre en cause le principe même de leur existence; les rapports économico-financiers avec l'Afrique du Sud sont vus comme une fatalité issue du colonialisme et intouchable avant le très long terme (ce pays étant vu comme un danger parce que raciste et non parce que capitaliste, ce qui justifie par avance la persistance de la dépendance mozambicaine envers la RSA - République Sud-africaine - après la chute de l'apartheid) ; la structure politique fondée sur le principe du parti unique n'est pas même évoquée, tant elle semble une évidence nécessaire (légitimation «de gauche» de la théorie selon laquelle en Afrique la démocratie pluraliste n'aurait aucun sens); etc. (4).
(3) Mais y compris les textes des «coopérants internationalistes» intégrés au sein des institutions mozambicaines. Voir à ce sujet notamment la première partie du chapitre «Marxisme et Mozambique» ci-après, et les notes respectives. Le pre-

e)

7

La grille générale de la majeure partie de ces textes est cependant la suivante: au début le Frelimo a péché par dogmatisme marxiste, voire par gauchisme; peu à peu, expérience et pragmatisme ont permis de corriger les erreurs, mais l'agression externe empêche d'en tirer les bénéfices; la transition au socialisme est donc un difficile chemin (5) mais le Frelimo en reste la garantie. Trop de marxisme initial, en quelque sorte. La grille d'analyse que l'on trouvera ici est radicalement différente. Elle n'est pas partie des intentions politiques proclamées des dirigeants, mais, avec des sources il est vrai incomplètes, d'une tentative de compréhension des rapports sociaux réels et actuels, de la nature des rapports parti/Etat/masses, des effets de la structure politique sur le mouvement social. Si des accès de fièvre gauchiste, technocratique, dogmatique, etc., ont évidemment été discernés à tel ou tel moment du processus, ils n'ont pas caché le principal: le maintien de l'essentiel de la structure économique et sociale néo-coloniale; une orientation politique générale combinant les accès de fièvre ci-dessus énoncés avec de très grandes concessions à l'économie de marché; une absence de démocratie politique empêchant l'expression du mouvement social et devenue facteur d'aggravation de la crise économique, etc. Trop peu de marxisme d'un bout à l'autre, en quelque sorte. Tout s'est passé, dans l'historiographie marxiste sympathisante et l'activité des divers comités et associations de solidarité comme si, par amitié pour ce régime se réclamant du marxisme-léninisme, on avait évité de lui appliquer l'analyse... marxiste. Certes, nul n'a le label du

mier livre critique paru en français sur le Mozambique est celui de Verschuur, Christine, et autres: Mozambique: dix ans de solitude... Paris, L'Harmattan, 1986, 182 p., dont la date tardive est significative. Cet ouvrage fort utile n'évite cependant pas, à mon avis, l'aspect d'une succession de monographies, avec un effort insuffisant de théorisation. Il est, en un sens, l'un des produits de l'accord d'!ncomati entre le Mozambique et l'Afrique du Sud, qui a amené des coopérants militants à un réexamen de leur vécu dans le pays. e) Voir par exemple Ie titre évocateur de Saul, John (Editor) : A difficult Road: the Transition to Socialism in Mozambique, New York, 1985, Monthly Review Press, 320 p.

8

«vrai marxiste»! Mais tenter de l'être impliquait au minimum de partir de l'analyse de l'évolution des rapports sociaux et de la structure économique, quelles que soient les teneurs des discours et résolutions de congrès des militants frélimistes. Les pages qui suivent ont-elles donc un dessein de dénonciation politique du Mozambique? Dénonciation de certains mythes concernant le Mozambique, d'ailleurs plus souvent européens ou américains que mozambicains, certes! Mais l'essentiel n'est pas là. En un sens, ces pages évidemment très critiques et qui ne m'identifient pas aux amix politiques du parti Frelimo sont aussi un travail de solidarité avec le pays Mozambique. Essayer de comprendre le réel et non le mythe permet par exemple de ne pas avoir crié à la trahison lors de l'Accord d'Incomati (plus connu comme Nkomati) (16 mars 1984) avec l'Afrique du Sud - sans pour autant l'approuver - tout simplement parce que, même spectaculaire, il ne changeait rien à la nature du régime et du pays; simple péripétie dramatique. Un compagnon de route de longue date des dirigeants du Frelimo, à la lecture de l'un des manuscrits du présent ouvrage, m'a fait la remarque suivante: «si tu veux que l'article soit "efficace" au Mozambique, quelques changements de ton et de vocabulaire s'imposent... sinon... OK. mais ce ne sera pas utile ». J'espère bien sûr, dans la limite de mes capacités et de ma position d'analyste étranger, être utile à la réflexion de militants mozambicains, mais je n'ai changé ni Je ton ni le vocabulaire. Il est possible qu'ils choquent, qu'ils me donnent l'apparence d'un donneur de leçons vivant douillettement à Paris. Mais comment dire - et j'aborde ici l'historiographie mozambicaine elle-même (dont les meilleurs morceaux sont «restritos », confidentiels - autre problème) - que la démocratie politique, le pluralisme, le droit à l'existence d'un mouvement social autonome libre jusques et y compris dans ses possibles expressions culturelles ethniques, n'est pas une affaire de «démocratie bourgeoise»? que la fusion parti/Etat est antagonique au pouvoir populaire? que le centralisme démocratique ne peut être qu'un principe partidaire (relevant d'un parti) qui ne saurait être appliqué à 9

aucune autre structure associative ou étatique? que 1'« antitribalisme» officiel et l'alphabétisation en portugais ne sont qu'une chape de plomb sur des aspirations qui s'exprimeront bien un jour, alors sous une forme éventuellement récupérée par l'impéralisme? que le maintien des liens économiques avec l'Afrique du Sud est un facteur permanent et structurel de crise? que le libéralisme économique actuel n'a rien d'une NEP soviétique sauvegardant l'Etat socialiste? que le processus de villagisation communale est partie de l'ignorance des rapports sociaux originaux au sein de la paysannerie, plus ou moins théorisée dans la tendance à considérer l'anthropologie comme une discipline bourgeoise? que le libéralisme envers les secteurs commerçants et industriels s'accompagne en réalité d'une politique très autoritaire envers l'agriculture familiale? Je préfère la franchise brutale - au risque de me tromper brutalement si mes analyses se révélaient fausses. Encore une fois, les textes qui suivent ne sont pas des synthèses achevées, mais des provocations à la discussion de fond. Et cette discussion n'est pas toujours facile (6)! Tentons-la néanmoins, avec qui voudra bien. Le 28 juin 1987.

(6) Le texte « Marxisme et Mozambique» a, par exemple, été refusé par la plus importante revue africaniste marxiste anglaise, à laquelle il avait initialement été présenté pour publication... 10

PRINCIPALES

A BR É VIA TIONS UTILISÉES

ACP ou Pays ACP, pays d'Afrique-Caraïbe-Pacifique liés à la Communauté Economique Européenne par les Conventions dites «de Lomé ». AIM, Agence d'Information du Mozambique. ANC, African National Congress, la plus ancienne et la plus importante organisation nationaliste anti-raciste d'Afrique du Sud, officiellement reconnue par le Mozambique comme représentant légitime et unique du peuple sud-africain (l'Organisation de l'Unité Africaine et l'ONU reconnaissent conjointement l'ANC et Ie PAC, Pan African Congress. BAD, Banque Africaine de Développement. BP, Bureau Politique (du Frelimo). CAEM, Conseil d'Assistance Economique Mutuelle qui groupe l'URSS, la majeure partie des pays d'Europe de l'Est, Cuba, le Viêt-Nam, le Cambodge et le Laos. CC, Comité Central (du Frelimo). CEE, Communauté Economique Européenne. CONCP, Conférence des Organisations Nationalistes des Colonies Portugaises, structure de coordination mise sur pied par le PAIGC, le MPLA et l'UDENAMO (une des trois organisations constitutives du FRELIMO). FRELIMO, Frente de Libertaçao de Moçambique (Front de Libération du Mozambique), créé en 1962 à Dar-es-Salam, sous forte pression tanzanienne, par la fusion de la MANU (Mozambique ou Makonde African National Union), de l'UNAMI (UnÜ[o Nacional de Moçambique Independente) et de l'UDENAMO (Uniâo Democratica Nacional de Mozambique); le premier président du FRELIMO, Eduardo Mondlane, a été tué par l'explosion d'un colis piégé en 1969. MNR, voir à RENAMO. MPLA, Mouvement Populaire de Libération de l'Angola, créé à Lisbonne en 1956 et au pouvoir aujourd'hui à Luanda. OCDE, Organisation de Coordination et Développement Economique (groupement de la plupart des pays capitalistes européens et nord-américains, et le Japon). OPIC, Oversea Private Investment Corporation (organisme de garantie internationale des investissements privés des pays capitalistes) . PAIGC, Parti Africain de l'Indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap- Vert, créé par Amilcar Cabral; aujourd'hui, le sigle PAIGC signifie Parti Africain de l'Indépendance de la Guinée-Parti de Cabral; le Cap-Vert est dirigé par le PAICV. RENAMO, Resistência Nacional de Moçambique ou MNR (Résistance Nationale du Mozambique ou «Mozambique National 11

Resistance », sigle anglais courant); organisation créée par quelques transfuges du FRELIMO et des soldats africains des excommandos portugais, soutenue par la Rhodésie puis par l'Afrique du Sud malgré l'accord d'Incomati du 16 mars 1984 avec le Mozambique. RPA, République Populaire d'Angola. RPM, République Populaire du Mozambique. RSA, République Sud-Africaine. SADCC, Southern African Development Coordination Conference, organisation régionale des pays d'Afrique australe dont le but est de diminuer progressivement la dépendance à l'égard de l'Afrique du Sud en renforçant, par la coopération, le potentiel des Etats-membres. SATCC, Southern African Transport and Communication Commission, section spécialisée de la SADCC, dont le siège est à Maputo (Mozambique). SNASP, Serviço Nacional de Acçao e Segurança Popular, Service National d'Action et Sécurité Populaire (Police politique du FRELIMO). UNIT A, Uniao para a Independência Total de Angola, Union pour l'Indépendance Totale de l'Angola, soutenue par l'Afrique du Sud dans sa lutte contre le MPLA ; contrairement à son attitude envers la RENAMO, le FRELIMO est favorable à des négociations avec l'UNITA dont le dirigeant est Jonas Savimbi; ce qui a occasionné quelques tensions avec le MPLA. UPA-FNLA, Uniao dos Povos de Angola-Frente Nacional de Libertaçâo de Angola, organisation ethno-nationaliste angolaise soutenue par le Zaïre et les Etats-Unis, aujourd'hui disparue (son leader était Holden Roberto). USAID, Agence Internationale pour le Développement, organisme du gouvernement des USA.

12

MOZAMBIQUE:

L'IMPLOSION?*
(Le 20 février 1987)

Le 19 octobre 1986, le Tupolev 134 ramenant Samora Moisès Machel d'un sommet des pays de la ligne de front (Angola, Botswana, Mozambique, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe) à Lusaka, s'écrasait à Mbuzini, dans l'est du Transvaal, l'une des zones de plus grande surveillance militaire d'Afrique du Sud. Les dirigeants mozambicains semblent aujourd'hui hésiter sur la cause de la mort du président, criminelle ou accidentelle - dès le début, ils avaient d'ailleurs été beaucoup plus prudents dans leurs accusations que d'autres dirigeants africains, mais la commission mozambicaine d'enquête a rejeté les conclusions de la partie sudafricaine: en effet, c'est l'existence d'un «phare-radio» émettant puissamment sur la même fréquence que Maputo qui avait dérouté l'avion... Il est certain que les services sud-africains ont mis plus de huit heures à prévenir officiellement les autorités mozambicaines, délai pendant lequel ils ont mis plus d'empressement à fouiller l'avion et emporter des documents qu'à secourir les victimes encore en vie. Un grand nombre d'autres points de détails mettront sans doute longtemps à être éclaircis. Comme on le verra, il n'est pas certain du tout que la mort du second président du Frelimo soit une «bonne affaire» pour l'Afrique du Sud, mais elle se produisit à un moment d'aggravation rapide de la tension entre les deux pays, à tel point que quatre jours auparavant, le 15 octobre, Carlos Cardoso, un responsable de l'Agence d'Information du

* Ce texte est la version écrite et développée d'une conférence prononcée dans le cadre des «Rencontres du CERI» (Centre d'Etudes et de Recherches Internationales de la Fondation Nationale des Sciences Politiques) à Paris, le 9 février 1987. 13

Mozambique, déclarait qu'il était très possible qu'un attentat soit en cours d'organisation contre S. Machel (1). Lorsque les accords d'Incomati (ou Nkomati, en graphie anglaise) furent signés, le 16 mars 1984, qui devaient entraîner l'arrêt du soutien sud-africain au mouvement rebelle Renamo, l'opinion blanche du pays de l'apartheid avait une image plutôt sympathique de S. Machel: ce dernier était connu de 89,5 % des Blancs (contre 74,6 % en 1982), et 65,6 % pensaient qu'on pouvait faire confiance à son régime pour appliquer les termes de l'accord de bon voisinage (2). L'image d'un président pro-occidental avait été forgée par la majeure partie des médias plusieurs mois avant l'accord, et pendant environ un an, cette approche assez favorable se maintint. Mais l'aggravation de la situation intérieure et l'échec de la première tentative de négociations indirectes RenamoFrelimo, en octobre 1985, modifia ensuite l'image du président mozambicain dans les organes d'information sud-africains, sous la pression de l'aile militaire du régime de Prétoria. Cependant, c'était plutôt le Mozambique ou le gouvernement mozambicain en général qui étaient attaqués, et non la personne de Machel. Toutefois, au moment même où la tension s'aggravait avec le Malawi du fait de fortes infiltrations de groupes de la Renamo par cette frontière, le général Malan accusa Machel d'avoir «perdu le contrôle de la situation », d'avoir «choisi le terrorisme et la révolution », tout cela parce qu'une mine avait explosé à la frontière. Il fut accusé d'être lié au groupuscule armé portugais FP-25, dans une claire tentative de le déconsidérer aux yeux de l'Occident en l'assimilant à un Khadafi propagateur du terrorisme dans les pays européens. Par ailleurs, Maputo fut à nouveau accusé de laisser libre cours aux activités de l'ANC. Dans le même temps était diffusée l'idée que le gouvernement du Frelimo était sur le point de tomber, qu'il ne manquait plus qu'un coup de pouce... pourquoi pas sud-africain.

(l) Cardoso, Carlos: «Samora: Maputo, n° 838, 2 novembre 1986, p. (2) Geldenhuys, Deon : What Do nion on Foreign Policy Issues (n° 2), Institute of African Affairs, septembre 14

urn alvo possivel », in Tempo, 84-87. we think? A Survey of White OpiBraamfontein, The South African 1984, 32 p. multigr., p. 5 et p. 16.

Les sabotages sur le réseau ferré du sud-Mozambique se multiplièrent, et on parla d'un commando sud-africain déjà introduit dans la capitale. Enfin, en représailles contre les sanctions occidentales approuvées par le Mozambique, la République sud-africaine décidait de ne plus recruter de mineurs mozambicains, malgré l'opposition de la Chambre des Mines. C'était un moyen de pression particulièrement efficace car le nombre de mineurs mozambicains travaillant légalement en Afrique du Sud, qui était tombé de 118030 à 39731 de 1975 à 1983, avait cru à nouveau de 54 % depuis les accords d'Incomati (tableau n° 1) et rapportait 210 millions de dollars annuellement (soit plus de 50 % des recettes des invisibles et des services) alors que le pays est au bord de la banqueroute. Même si le gouvernement sud-africain a ensuite partiellement fait machine-arrière (les nouveaux recrutements restent interdits, mais les mineurs qualifiés et/ou ayant au moins sept ans d'ancienneté peuvent continuer à renouveler leurs contrats), le nombre total de mineurs devrait plafonner autour des 35 000, soit le niveau le plus bas jamais atteint.

Tableau n° 1 : Evolution récente du nombre des mineurs mozambicains légalement recrutés pour l'Afrique du Sud
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 Effectifs 113 102 97 99 101 118 34 41 293 000 700 424 800 030 244 364 Années 1978 1979 1980 1981 1982 1983 1984 1985 Effectifs ? ? 45 824 41 288 45 491 39 731 51 510 61 156

Sources: RPM, Comissao Nacional do PIano, lnformaçao Economica, Maputo, janvier 1984, 76 p. multigr., p. 31; BRANCO, Antonio I PACHECO, Antonio, lnvestimento Estrangeiro: 0 caso da RPM, Lisbonne, 1982, 65 p. multigr., p. 59; R.P.M., Comissao Nacional do PIano, lnformaçao Estanstica 1985, Maputo, mai 1986, 66 p. multigr., p. 34. IS

Enfin, la mort de Machel, chef militaire incontesté, survint au moment même où celui-ci, allégé d'une partie des charges gouvernementales par l'institution d'un Premier ministre et d'une présidence de l'Assemblée distincts de la présidence de la République, avait décidé de se consacrer à la réorganisation et à la direction effective de l'armée. Le gouvernement mozambicain commençait une contre-offensive diplomatique en publiant, le 11 octobre un communiqué mettant violemment en cause les «militaristes» sud-africains - ménageant par là-même encore le gouvernement civil - et le 12, un sommet extraordinaire des pays de la ligne de front se tenait à Maputo.

LE FRELIMO AU BORD DE LA DÉFAITE (fin 1986) ?

-

La situation militaire

Le grand tournant de la politique mozambicaine de l'Afrique du Sud date non pas de l'indépendance de la RPM (25 juin 1975), mais de l'indépendance du Zimbabwé. En effet, auparavant, qu'il s'agisse d'une simple distribution des tâches entre la RSA et la Rhodésie ou de deux politiques vraiment différentes, Prétoria avait suivi une politique qualifiée de «détente» et en tout cas de relative coexistence pacifique, déclarant que mieux valait une république noire stable qu'une colonie blanche en proie à la guerre, et se contentant de très efficaces pressions économiques - comme le non-renouvellement, en avril 1978, de l'accord sur les salaires différés des mineurs mozambicains d'Afrique du Sud; ou la mauvaise volonté évidente de maintenir le trafic sud-africain du port de Maputo. La Rhodésie au contraire, depuis la déclaration de l'état de guerre de 1976, multipliait les raids directs contre les camps du Front Patriotique établis au Mozambique et créait de toute pièce le MNR - Mouvement National de Résistance. Ce mouvement était formé à partir de quelques transfuges du Frelimo, mais surtout des anciens commandos africains de l'armée coloniale portugaise dont Orlando Cristina qui fut l'un des fondateurs et principaux chefs de la Renamo jusqu'à sa mort en avril 1983 (en Afrique du Sud) avait réussi à acquérir le fichier à la fin 1974. 16

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.