MUSULMANES FRANCAISES

De
Publié par

En nous faisant toucher du doigt les multiples manières par lesquelles ces jeunes femmes articulent identité individuelle, histoire familiale, projection dans l'avenir, et bien souvent les paradoxes de leurs positions, voire leurs contradictions, ce travail permet d'aller au-delà des clichés faciles et des dichotomies rassurantes.
Publié le : vendredi 1 janvier 1999
Lecture(s) : 41
Tags :
EAN13 : 9782296378476
Nombre de pages : 144
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

"

MUSULMANES FRANÇAISES

Ce livre a obtenu le prix scientifique l'Harmattan (version mémoire)

1998

@L'Hannatum, 1999 ISBN: 2-7384-7370-9

Nancy VENEL

MUSULMANES

FRANÇAISES

Des pratiquantes voilées à l'université

Préface de Catherine Neveu

L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Ine 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

On ne peut pas décliner à l'infini les générrations issues de l'immigration, de la première à la énième. Un jour, il faut savoir dire, ils sont Français. BEGAG Azouz, Ecarts d'identités, Paris, Point Virgule, 1990.

REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier Frédéric Sawicki, mon directeur de thèse, pour l'aide attentive qu'il m'a apportée et qu'il continue à pourSUIvre. Que Catherine Neveu, directrice de mon mémoire de DEA, trouve dans ces lignes le témoignage de ma reconnaissance pour son soutien précieux et ses encouragements tout au long de mes recherches et lors de la rédaction de cette étude. Mes très sincères remerciements vont à toutes les jeunes femmes qui, en me consacrant une grande partie de leur temps, toujours avec le sourire, m'ont permis de réaliser ce travail. Je garderai un souvenir affectueux de toutes les personnes qui, de leur bienveillant concours, ont permis la poursuite de mes recherches, particulièrement et par ordre d'intervention, Ali Rahni, Leïla Babès, Omero Marongiu, Farhad Khosrokhavar et Siham. Enfin, j'adresse toute ma reconnaissance à Jean et Danièle pour leur confiance de tous les jours.

- 7-

PREFACE

Parmi les nombreuses évolutions sociales et politiques auxquelles nous assistons, il en est que le bruit et la fureur d'un certain type de traitement médiatique rendent plus délicat à saisir, à décrypter, à comprendre. Touchant à des enjeux emblématiques pour nos sociétés, ou construits comme tels, tel événement fait brusquement la une des journaux, soulevant les passions, permettant souvent aux uns de brandir leurs certitudes, parfois aux autres de proposer une vision non pas plus nuancée, mais laissant une plus large place à la complexité des "choses sociales", et rarement à certains de faire entendre leur
VOIX.

Ce qui est dorénavant connu sous le nom d"'affaire des foulards" fait sans doute partie de ce type d'évènements. Au grand étonnement, parfois amusé, de nos voisins européens, le port d'un foulard à l'école par quelques adolescentes musulmanes allait à deux reprises - octobre 1989 et septembre 1994 - secouer la France entière, partisans d'une laïcité dogmatique vouant aux gémonies les supposés tenant d'un multiculturalisme mou et destructeur de République, laïcs "modérés" estimant l'effet émancipateur de l'école plus fort que toutes les pressions, supposées ou réelles, dont les jeunes filles en cause auraient été les victimes. Ce n'est pas ici le lieu pour analyser, avec quelques années de recul, le contenu idéologique de ces discussions ou les décisions pratiques auxquelles la présence de ce foulard a pu donner lieu. Mais c'est aussi eu égard à cette histoire récente qu'il convient de situer le travail que Nancy Venel nous présente dans cet ouvrage. Depuis "L'affaire des foulards", les travaux d'un certain nombre de sociologues nous ont en effet permis d'y voir un peu plus clair, de mieux comprendre qui portait ce foulard, de distinguer de multiples -9-

motivations, parfois contradictoires, à cet acte d'affirmation religieuse dans l'espace public, de replacer ce phénomène dans une prise en compte plus globale du "retour au religieux" et des nouvelles manières de croire chez les jeunes. S'inscrivant dans la poursuite de ces travaux, le travail de Nancy Venel s'en distingue cependant de plusieurs manières. Tout d'abord en ayant choisi de s'intéresser au port du foulard par des jeunes femmes étudiantes en université, donc dans un milieu où les enjeux de la laïcité républicaine ne pèsent pas du même poids; du même coup, Nancy Venel nous mène aussi à la rencontre d'une population encore peu connue, celle de ces jeunes femmes issues de l'immigration fréquentant l'enseignement supérieur. Mais ce qui me semble faire la grande originalité de ce travail, c'est aussi et surtout l'attention portée au point de vue des agents euxmêmes, à leurs représentations, à la fois cohérentes et paradoxales, à leurs questionnements et le souci constant de les réinscrire dans une analyse sociologique plus vaste. En effet que savons-nous des raisons pour lesquelles telle jeune musulmane décide un jour de porter le foulard, alors qu'une autre ne le fait pas? Comment se mêlent dans ce choix affirmation d'identité(s), recherche de statut, stratégie de contournement ou d'évitement, ou encore conviction religieuse? C'est ce qu'explore ici Nancy Venel, et il faut souligner tout autant la grande rigueur scientifique dont elle fait preuve que le respect très réel qu'elle éprouve à l'égard du sujet (et des sujets) de sa recherche. Elle s'est appliquée à saisir de l'intérieur l'univers des représentations de jeunes, étudiantes, et françaises, et musulmanes, et voilées, et c'est parce qu'elle se situe à la croisée de ces dimensions diverses que sa recherche me paraît la plus riche. Parce qu'en nous faisant toucher du doigt les multiples manières par lesquelles ces jeunes femmes articulent identité individuelle, histoire familiale, projection dans l'avenir, et bien souvent les paradoxes de leurs positions, voire leurs contradictions, ce travail permet d'aller au-delà des clichés faciles et des dichotomies rassurantes. Prendre au sérieux, dans l'analyse de ses causes comme de ses conséquences, la double affirmation sereine de ces jeunes femmes, d'être à la fois et indissociablement française et musulmane, est chose importante; adopter cette double « qualité» comme clé d'analyse, comme posture - 10 -

scientifique, en lieu et place de la plus que problématique topique de l"'intégration", voilà qui me paraît plus important encore, et qui peut ouvrir la voie à de fructueuses et innovantes recherches. En explorant ces enjeux, et d'autres, à propos de jeunes Françaises musulmanes, l'approche proposée ici par Nancy Venel "banalise", tout en respectant leurs spécificités, ces jeunes femmes, les sortants alors des stigmatisations, qu'elles soient sociales ou construites par la démarche scientifique elle-même. Du même coup, c'est un regard nouveau qu'elle nous invite à poser sur des processus encore peu explorés. Gageons qu'elle saura y apporter une contribution appréciable.

Catherine Neveu (LAJOS-CNRS)

- Il -

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.