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Noirs et nouveaux maîtres dans les "vallées sanglantes" de l'Équateur 1778-1820

De
200 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1997
Lecture(s) : 48
EAN13 : 9782296332911
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Noirs et Nouveaux MaÎtres dans les « vqllées sanglantes» de l'Equateur 1778-1820

Collection Recherches et Documents -Amériques latines dirigée par Joëlle Chassin, Pierre Ragon et Denis Rolland

Dernières parutions:
EBELOT A., Laguerre dans la Pampa. Souvenirs et récits de lafrontière argentine, 1876-1879, 1995. ENTIOPE G., Nègres, danse et résistance. La Caraïbe du XVIIe au XIXe siècle, 1996. GRUNBERG B., La conquête du Mexique, 1995. GUICHARNAUD-TOLLIS M., Regards sur Cuba au 19ème siècle, 1996. MERIENNE-SIERRA M., Violence et tendresse. Les enfants des rues à Bogota, 1995. ROUX J.-c., L'Amazonie péruvienne. Un Eldorado dévoré par laforêt, 1821-19/0,1994. SARGET M.-N., Système politique et parti socialiste au Chili, 1994. SIGAL S., Le rôle politique des intellectuels en Amérique latine, 1995 SILVA-CACERES R., L'arbre aux figures, Etude des motifs fantastiques dans l'oeuvre de Julio Cortazar, 1996. TARDIEU J.-P.,L'inquisition de Lima et les hérétiques étrangers, XV1eXVIIe siècles, 1995. TEITELBOIM V., Neruda, une biographie, 1995. TERRAMORSI B., Le fantastique dans les nouvelles de Julio Cortazar,1995. VASCONCELLOS E., La femme dans le langage du peuple au Brésil,1994. YEPEZ DEL CASTILLO I., Les syndicats à l'heure de la précarisation de l'emploi. Une approche comparative Europe-Amérique latine, 1994. CONDORI P., Nous, les oubliés de l'Altiplano. Témoignage d'un paysandes Andes boliviennes recueilli par F. Estival. BASTIDE R , Les amériques noires. 3e édition, 1996. FREROT C. Echanges artistiques contemporains. La France et le Mexique, 1996. HÉBRARD V., Le Venezuela indépendant. Une nation par le discours.
1808- 1830, 1996.

ALBALA DEJO C. et TULET J.-c., coord. Les fronts pionniers de l'Amazonie brésilienne, 1996. COICAUD I.-M., L'introuvable démocratie. Les dictatures du Cône Sud: Uruguay, Chili, Argentine (1973-1982), 1996. EZQUERRO M., Construction des identités en Espagne et en Amérique latine, 1996. POLICE Gérard, Lafête noire au Brésil, L'Afro-brésilien et ses doubles, 1997

Jean-Pierre

TARDIEU

Noirs et Nouveaux MaÎtres dans les « vqllées sanglantes » de l'Equateur

1778-1820

Publication de l'Observatoire de Recherches sur les Anciennes Colonies et leurs Liens avec l'Europe (O.R.A.C.L.E.) Faculté des Lettres et des Sciences humaines - Université de La Réunion

UNIVERSITE DE LA REUNION 15, avenue René Cassin 97715-Saint-Denis LA REUNION

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

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: (262) 938585- <l) copie: (262) 938500

@ Éditions L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5005-9

La loi du Il mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute reproduction, intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants cause, est illicite.

« ... debe [el amo] mirarnos segun el precepto divino, pues a nosotros no nos falta otra casa sino es quitarnos este color morena obscuro e infeliz, pero en la que sea alma racional e censitiva, tiene la tan igual el amo como el siervo.
»

Francisco Ca"illo Esclave de l'hacienda San Antonio de Tumbaviro

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PLAN DE SffUATION

: LE BASSIN

DU CHOTA-MIRA

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Chamana l
Sonia Lucia . CHAMANAL . Empedradillo

LaLoma

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La Concepcion

. Piquer
Rio ira

.El Hato

.MIRA

SALINAS
TUMBA

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VIRO

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URCUQUI

Antonio

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. SanJosé

Légende
RioAmbi : cours d'eau ou plan d'eau San José: hacienda
LA'&.';t,'iJr.~ fi7d1'W#'I~.~~~ URCUQUI : village IBARRA: chef ~eu d'un corregimiento

A V ANT-PROPOS

En consultant une carte de l'Equateur, héritier du territoire soumis à la juridiction de l'ancienne Audience royale de Quito, Oil constate l'exiguïté du cadre spatial où se déroulèrent les événements exposés dans cet ouvrage. Le bassin du rio Chota-Mira occupe effectivement une faible partie du pays, aux dimensions déjà modestes par rapport à la masse du sous-continent. L'historiographie n'eut guère l'occasion de s'intéresser au sort des Noirs qui se substituèrent bien malgré eux à la main-d'œuvre autochtone dans les exploitations agricoles implantées par l'économie coloniale!. Pourtant, leurs revendications ne tardèrent pas à éclater au grand jour, quelques décennies seulement après le parachèvement de ces ensembles. A la même époque se produisirent en effet les révoltes dans la partie française de SaintDomingue dont les répercussions, pour divers motifs, se firent d'ailleurs sentir jusque dans le couloir inter-andin. Et puis, dira-t-on, c'était une goutte d'eau dans l'océan américain de la servitude. Cela concernait au plus deux milliers d'êtres, à peine un quart des esclaves répandus dans tout le district de l'Audience, peu de chose par rapport aux 271 000 travailleurs serviles de l'Amérique continentale espagnole, encore moins face au million d'individus d'origine africaine exploités au Brésil, et surtout comparativement au 1 112000 hommes, femmes et enfants attachés aux plantations des îles espagnoles, anglaises et françaises de la Caraïbe2. De quoi justifier l'oubli ou l'ignorance s'il n'y avait des raisons précises d'étudier les troubles qui, sans jamais atteindre l'ampleur des rébellions dominicaines, marquèrent profondément la région pendant le dernier quart

du XVIII e siècle et les premières années du XIXe, peu de temps avant les
luttes de la population créole pour l'indépendance. Dans les vallées arides et malsaines du fleuve Chota-Mira et de son affluent, la rivière Ambi, les jésuites, forts de leur expérience péruvienne et mexicaine, réussirent à installer plusieurs complexes sucriers, grâce à une organisation spécifique et à une vision singulière de l'esclavage. Quelques années après qu'ils se
1.
Le processus de substitution est étudié dans l'ouvrage de Rosario Coronel Feij60, El Valle Sangriento. De los Ind[genas de la Coca y el Algod6n a la Hacienda Canera Jesuita: 1580-/700, Quito: F.L.A.C.S.O.lAbya-Yala, 1991, auquel nous aurons recours le moment venu. Chiffres cités par Hubert S. Klein, La esclavitud africana en América Latina y el Caribe, Madrid: Alianza Editorial, 1986, p. 173.

2.

furent rendus maîtres en grande partie de ces lieux isolés, l'ordre d'expulsion du Nouveau Monde, signé par Charles III d'Espagne en 1767, délogea les disciples d'Ignace de Loyola. Une fois disparue la cohérence soutenant ces haciendas malgré les ingrates conditions géographiques, après le ruineux intermède de l'administration royale, leurs composantes passèrent entre les mains de l'oligarchie traditionnelle et de la bourgeoisie minière ou marchande et se trouvèrent brusquement soumises aux règles du capitalisme moderne. Les mutations internationales donnant un tour particulier aux restructurations régionales, la dureté de la transition accéléra une prise de conscience qui utilisa pour se manifester les contradictions de la société coloniale espagnole. Elles permirent en effet la libre apparition d'un discours étonnamment original et positif qui, s'il ne put éviter de déboucher sur une violence localisée due à la courte vue des maîtres, revendiquait la plénitude de la dignité humaine à travers l'intégration de l'homme noir et de sa famille dans le milieu ambiant. Ce discours attira particulièrement notre attention, à la suite de nos études sur l'attitude de l'Eglise face aux Noirs, les rapports entre Noirs et
Indiens dans la vice-royauté de Lima aux XVI
e

et XVII

e

siècles, et la place

du Noir dans les vallées du Cuzco à la fin du XVIIe, à l'autre bout des Andes. Le présent ouvrage s'intègre dans ces recherches sur les Noirs et le monde colonial andin. L'admirable effort entrepris depuis quelques années par le Centro Cultural Afroecuatoriano de Quito, sous la houlette de Rafael Savoia, nous a encouragé à le mener à bien. Il représente aussi notre modeste contribution au programme de la chaire Africania de la prestigieuse Université d'A1cala de Henares, fondée grâce au dynamisme du professeur

Luis Beltran, bien connu des afro-américanistes, et au projet « La route de
l'Esclave» lancé en 1994 par l'U.N.E.S.C.O., auquel nous avons été associé lors du colloque de Ouidah, sur l'ancienne Côte des Esclaves, où nous avons d'ailleurs passé une bonne partie de notre vie. Le professeur Bernard Lavallé, en bon connaisseur des archives andines, nous a incité à entreprendre ce travaiP. Nous remercions particulièrement Dona Grecia Vasco de Escudero, directrice des Archives Nationales de l'Equateur, et tout le personnel de cet organisme pour leur aimable bienveillance, dispensée au long de nombreuses semaines studieuses passées à Quito. Ces divers séjours ont été en partie effectués grâce à l'aide aux voyages accordée par l'Observatoire de Recherches sur les Anciennes Colonies et leurs Liens avec l'Europe (O.R.A.C.L.E.) de l'Université de La Réunion.

3.

B. Lavallé a lui-même étudié le sujet dans deux articles publiés dernièrement en Espagne et en Equateur. Nous les citerons en temps voulu.

PREMIÈRE PARTIE

LE CONTEXTE

CHAPITRE

1

Les haciendas du nord de la sierra équatorienne
«

Ygualmentehagopresente a V.S. el temperamento
»

calid{ssimo. sangriento y enfermisso de aquellas Haciendas. El que se introduce en ellas siempre va
expuesto a enfermar gravemente y perder la vida.

Manuel de la Parra Avocat

1.

CADRE GEOGRAPHIQUE

Réalités physiques

Les événements étudiés dans la seconde partie de ce travail se déroulèrent dans les bassins du rio Chota-Mira et de ses affluents, situés dans la partie nord du couloir andin, soit dans un triangle scalène désaxé selon une ligne sud-est nord-ouest. La pointe de cette figure se trouve à la hauteur de l'hacienda de Cuajara, soit approximativement à 78° 10' de longitude et à 0° 38' de latitude nord, c'est-à-dire à une vingtaine de kilomètres de la frontière actuelle avec la Colombie. Le côté occidental descend en direction d'Otavalo, siège à l'époque d'un corregimiento que nous aurons l'occasion d'évoquer. Le côté oriental passe à l'est de Pimampiro. On pourrait localiser la base de ce polygone au sud d'Ibarra, dont le corregidor eut à connaître des affaires cidessous exposées, soit à la latitude nord de 0° 20' 39". Légèrement à l'ouest du centre de cette base s'étend le lac de Yahuarcocha. Entre cette retenue d'eau naturelle et le rio Mataqui s'étend un massif constitué par un ensemble de lomas, dont l'une des plus élevées est le Padre Rumi culminant à 3 399 mètres, et qui descend vers le rio Chota. A part quelques exceptions, cet ensemble est particulièrement dénudé. Au sud de la partie orientale de cette base confluent les rios Pisque et Blanco qui forment le Mataqui à quelque 2 000 mètres d'altitude. Cette rivière, prenant une direction sud-nord, s'allie avec l'Escudillas un peu au nord-est de Pimampiro pour devenir le rio Chota, orienté sud-est nord-

J EAN-P

IERRE

TARDIEU

ouest sur tout son cours jusqu'à devenir le Mira. L'une des régions dont nous aurons à parler se situe dans l'axe du confluent du Chota et du Rumichaca, avec La Caldera à l'est, Chalguayacu et Carpue1a à l'ouest. A la , hauteur de ce lieu, le Chota coule à 1 600 mètres d'altitude. En fait, tout au long de la limite nord du massif de lomas, la déclivité du Chota est faible, et cela jusqu'à sa rencontre avec le rio Ambi : il lui arrive même de s'étaler en vegas comme au nord de Chalguayacu. Des fraîches hauteurs de Pimampiro où souffle une agréable brise, s'offre un panorama extrêmement contrasté. Au loin se dressent des montagnes dont les sommets retiennent de lourds nuages prometteurs de pluies qui ne tombent pas souvent dans les vallées. Au second plan les flancs érodés et grisâtres du relief plongent assez brusquement vers une vaste pénéplaine où se déploie paresseusement le Chota en plusieurs bras pierreux. Les terres de La Caldera semblent plus fertiles que celles de Chalguayacu où les incessants déplacements de la rivière ont accumulé de profondes couches de galets. Une route sinueuse nous amène vers les bas. Les femmes de Chalguayacu utilisent le vieux canal d'irrigation pour faire leur lessive et, les dimanches de carême, les enfants y préparent leurs bombes d'eau pour asperger les passants, a moins qu'ils n'aillent batifoler au Juncal dans le resserrement du Chota, ignorant les tribulations de leurs ancêtres. Puis la vallée s'étrangle avant de se dilater de nouveau dans un large espace, occupé par les terres de Carpuela sur la rive gauche et de Pusir sur la rive droite. La rivière, profitant d'une pente légèrement accrue, perd moins son temps à s'étendre et laisse davantage de place aux activités agricoles qui donnent à l'environnement un aspect plus verdoyant. La route panaméricaine déroule son étrange ruban asphalté au bord de la fertile vega, à quelques mètres de Carpuela dont l'habitat témoigne du passé, avec ses cases en brique couvertes de tuile. De l'autre côté de la rivière, on aperçoit la tache blanche de Pusir la dominicaine. Ces anciens domaines de la Compagnie de Jésus sont de nos jours essentiellement occupés par les descendants de la diaspora africaine qui, bien malgré elle, fit la prospérité de ces lieux. Regagnons maintenant la partie sud-ouest du triangle. Entre Ibarra à la base et Tumbabiro, se présente une contrée particulièrement amène, irriguée par nombre de ruisseaux et de petites rivières. Ces terres sont encadrées par le Tahuando et le Chorlavf, à l'ouest duquel est implantée Guayllabamba4. Après sa conjonction avec le Chorlavf, le Tahuando se jette dans le rio Ambi. Nous atteindrons cette région par Atuntaquf, d'où une route pavée de galets, souvent longée par un étroit mais bruissant canal
4.
L'orthographe moderne des noms de lieux est parfois légèrement différente de celle offerte par les documents utilisés dans ce travail. C'est le cas par exemple pour « Tumbabiro qui s'est substitué à «Tumbaviro.. Précisons dès à présent que pour les prénoms. "nous avons adopté la graphie contemporaine (José au lieu de Josef ou même Joseph). Nous maintiendronsl'emploi du titre honoritique « Don. devant ces prénoms. souvent significatif d'une situation sociale ou d'une évolution. 16

NOIRS ET NOUVEAUX

MAITRES

de dérivation, nous conduit à San José de Chaltura. De là nous descendons vers l'Ambi, en profitant d'une vue panoramique sur une vaste plaine très fertile, qui semble prise dans une faille, alors que les montagnes s'éloignent à l'horizon. Le contraste entre la végétation et les flancs dénudés du relief est peut-être ici plus frappant qu'à l'est. En amont de ce cours d'eau se trouve toujours l'hacienda de Santiago deI Rey où n'ont pas disparu les traces laissées par les jésuites. L'eau arrive par un aqueduc en brique bien conservé et se déverse à gros bouillons dans plusieurs bassins, entraînant autrefois le moulin à canne, aujourd'hui disparu. La conduite qui acheminait le vesou n'était pas très longue, l'édifice de la batterie se dressant juste à côté. Ce bâtiment, bien conservé, présente une architecture d'inspiration nettement religieuse: d'ailleurs il sert actuellement de chapelle. Il est en effet soutenu par deux séries de cinq arcs élevés en ogive dont les pilliers en brique se dressent sur une base de pierre. Cette disposition permettait une aération optimale destinée à faciliter le travail auprès des chaudières. La maison de maître, aux dimensions modestes, ne manque pas de charme, avec sa galerie de brique formée d'arcs en plein cintre. Mise en valeur par un élégant bassin aux formes baroques construit sur l'esplanade, elle constituait un cadre digne de ses anciens propriétaires. Poursuivant notre chemin en direction d'Urcuqui, nous arrivons à l'hacienda de San José, dont les bâtiments harmonieux attestent la splendeur passée. L'ample demeure, encadrant deux patios aux fines colonnes de pierre, se dresse sur une terrasse qui domine le quartier des Noirs aux cases de brique et les champs de la propriété où les plantations de fleurs destinées à l'exportation rivalisent maintenant avec la canne à sucre. Un bel escalier descend vers l'imposante chapelle construite en contrebas, précédée d'un porche massif et d'un parvis orné d'une fontaine. Le tout, volontairement impressionnant, est emblématique du pouvoir des propriétaires d'antan, auxquels vint à succéder un de nos personnages, l'ambitieux Carlos Araujo. Délaissant Urcuqui, nous passerons par les anciennes possessions du marchand à Salinas, où règne une chaleur étouffante, afin de monter par une route empierrée vers les températures plus clémentes de Tumbabiro. On devine l'historique opulence de ce village qui ne manque pas d'activités agricoles, grâce à l'abondance de l'eau en provenance des hauteurs voisines. L'hacienda de San Antonio, qui paraît avoir délaissé la canne au profit d'activités plus modernes, est l'une des scènes de notre histoire. La troisième contrée amplement évoquée dans notre documentation est formée par la pointe nord du triangle. Le rio Chota, devenu Mira après son alliance avec le Pigachuela, reprend une direction sud-nord, avant de bifurquer de nouveau vers l'ouest. Entre Chota Chiquito et El Ingenio, une route grimpe vers le vieux centre administratif de Mira, offrant un panorama où le contraste entre vallées et massifs montagneux est encore plus saisissant qu'à Pimampiro. Une église en pierre de taille grise, couronnée par deux tourelles, témoigne de temps plus prospères. 17

JEAm' IERRE

TARDIEU

Un chemin difficile aboutit à La Concepcion, héritière de la puissante hacienda des jésuites, dont il reste peu de traces, perdues dans ce bout du monde. Cependant chaque Semaine Sainte la population revit la passion du Christ à travers un authentique substrat africain5. Mais, par la même occasion, la mentalité populaire ne commémore-t-elle pas aussi les sévices endurés par des générations de travailleurs asservis? En aval, se situe le hameau de Chamanal, et enfin, sur la rive gauche, Cuajara, dont les esclaves donnèrent beaucoup de fil à retordre aux propriétaires et à l'administration. A ce niveau, nous ne sommes plus qu'à I 280 mètres au dessus de la mer. Voilà rapidement planté le décor de nos divers récits. A l'intérieur de cet ensemble géographique axé autour du Chota-Mira, le climat est essentiellement chaud et sec, mises à part les zones dépassant 3 200 mètres d'altitude. En dessous de la courbe des 2 800 mètres, les terres jouissent d'un bon ensoleillement, de hautes températures et de fortes chutes de pluie pendant l'été, soit d'octobre à avril, avec un intermède sec (veranillo del Nino) entre décembre et janvier. La pluviosité varie certes avec les lieux et même les années. Cependant la moyenne annuelle dans la basse vallée du Chota tourne autour de 500 millimètres, atteignant pourtant 1 000 millimètres dans la partie orientale. Les températures varient peu au cours de l'année, avec une différence plus accentuée de mai à août entre le jour et la nuit. Dans la basse vallée, la moyenne maximale ne dépasse pas 29°C et la moyenne minimale ne descend pas en dessous de 18°C. Ce sont là d'excellentes conditions pour les cultures tropicales, en particulier la canne à sucre qui réclame toutefois une irrigation constante. Celle-ci, grâce à un système de canalisation, s'effectue à partir des cours d'eau précédemment cités ou des torrents permanents qui dévalent du relief environnant mieux arrosé6.
Visions diachroniques

En 1788, Don Nicolas Diaz de Cervantes, arpenteur-géomètre domicilié à Ibarra, déposa une plainte auprès de l'Audience royale de Quito afin de toucher les émoluments que lui devait l'administration des Temporalités, chargée de la gestion des anciens biens des jésuites expulsés en 1767. Au péril de sa vie, il avait passé plusieurs semaines à effectuer les mesures des haciendas de Cuajara, La Concepcion, Chamanal, Santiago, Pisquer
5.
6. Rafael Saboia. directeur du Centre Culturel Afro-écuatorien, a effectué un reportage admirable sur ces manifestations de type évidemment syncrétique. Pour ce paragraphe, voir: D. A. Preston, «Negro, Mestizo and Indian in an Andean Environment~, The Geographical Joumal131 (2), 1965, p. 222-225; Pierre POUlTUt,
« Los climas del Ecuador. Fundamentosexplicativos~,in

: Los climas del Ecuador,

Quito: I.P.G.HJO.R.S.T.O.M., Documentos de Investigaci6n n° 4, 1983, p. 12-18 ; Jean-Paul Deler, «L'Equateur bipolaire ~, it : Claude Bataillon, Jean-Paul Deler et Hervé Théry, Amérique latine, Paris: Hachette/Reclus, 1991, p. 271 ; Atlas deI Ecuador, Quito: Ediciones Jeune MriquelBanco Central del Ecuador, 1982, p. 18. 18

NOIRS ET NOUVEAUX

MAITRES

Chiquito, Carpuela, Chalguayacu et la Caldera, situées dans « les vallées sanglantes» (valles sangrientos). Qualifiant les vallées du Chota-Mira et de quelques affluents, cette surprenante expression apparaît de façon récurrente dans les textes de l'époque, surtout pour la région de Cuajara. Le rapport relatant l'expédition dirigée en janvier 1793 contre les marrons réfugiés sur le territoire de Cuajara souligna le courage du corregidor d'Ibarra pour avoir affronté le climat de cette vallée « si malsaine et sanglante» (un valle tan enfermiso y sangriento). Toujours pour cette affaire, il fut précisé l'année suivante que les Indiens de Cotacachi, d'Otavalo et de la lagune San Pablo consentaient seulement à travailler dans « ces vallées sanglantes » s'ils ne trouvaient pas d'ouvrage en d'autres lieux. Manuel de la Parra, avocat de Cervantes, explicita la portée de l'expression dans un mémoire adressé la même année à la justice. Toute personne qui séjournait dans ces haciendas courait le risque de tomber gravement malade et de perdre la vie à cause de leur climat excessivement chaud, malsain et mortel. D'ailleurs un collègue de son client, Don Justo Javier de Pefiaherrera, engagé dans le même travail et parcourant les champs du matin au soir sous un soleil ardent, n'y résista point, touché par la maladie dont il mourut au bout de quelques jours 7. Cette mauvaise réputation était fort ancienne. En 1577, le père Antonio Borja, curé de San Pedro de Pimampiro, évoqua l'histoire du peuplement de cette vallée très fertile du rio Coangue ou Mira. Auparavant, il y avait quatre villages installés au bord du cours d'eau. Mais la vie y était tellement malsaine que les enfants n'y survivaient pas, d'où le dépérissement de ces agglomérations. Aussi lors d'une inspection générale, le docteur Pedro de Hinojosa, auditeur auprès de l'Audience, ordonna leur regroupement à Pimampiro. Sur de telles hauteurs, où il ne faisait ni chaud ni froid, la vie était incontestablement plus facile qu'au fond de la vallée, au climat particulièrement malsain entre février et mai, selon les années8. En 1743, le jésuite Marco Cicala apprécia les températures agréables de Pimampiro par rapport à celles de la vallée, dont l'air était très chaud et malsain9. Selon le licencié Salazar de Villasanta, auditeur, l'altitude du village de Mira corrigeait les effets de sa latitude. Ses terres, se trouvant sur la ligne équinoxiale, auraient dû être stériles et inhabitables. Or elles produisaient 7.
«Ygualmente hago presente a V.S. el temperamento calidissimo, sangriento y enfermisso de aquellas Haciendas. El que se intr oduce en ellas siempre va expuesto
a enfermar gravemente y perder la vida
».

8.

9.

Archivo Nacional de Ecuador (A.N.E.), Temporalidades 31 (24-IX-1794). Rosario Coronel Feij60, dans le titre de son ouvrage El Valle sangriento..., op. cit. ,employa l'adjectif au singulier. Relaci6n en suma de la doctrina y beneficio de Pimampiro y de las cosas notables que en ella hay. De la cual es beneficiado el padre Antonio Borja, in : Relaciones historico-geogrtificas de la Audiencia de Quito. S.XVI-XIX, Estudio, introducci6n y transcripci6n de Pilar Ponce Leiva, Madrid: C.S.LC., 2 t., 1991-1992,1. 2, p. 480482. Marco Cicala, Descripcion Historico-geogrtifica de la Provincia de Quito de la Compania de Jesus, Viterbo, 1771, Traducci6n del italiano por Julian Bravo s.j., Quito: Biblioteca Ecuatoriana Aurelio Espinosa P6lit, 1994, p. 304. 19

JEANPIERRE

TARDIEU

tous les fruits de Castille et l'atmosphère y était meilleure qu'à QUitolO. n E bas, dans la vallée, il en allait tout autrement. En 1766, Dionisio Alcedo y climat et des terres de Mira qui s'opposait à l'attribution d'Indiens (indios mitayos) pour le travail de ses haciendas 11. De l'avis de tous, Ibarra, siège du corregimiento, jouissait par contre d'un bon climat. En 1740 Charles-Marie de La Condamine estima sa population à 10 000 habitants appartenant à toutes les classes sociales. Les moulins des plantations de cette juridiction fabriquaient un sucre de bonne qualité. Otavalo, d'après le même auteur, était peuplée de 18000 à 20000 âmes 12, Quelques années plus tard, Jorge Juan et Antonio de Ulloa furent plus précis dans leur description. Si l'air d'Ibarra n'était pas aussi frais que celui de Quito, la chaleur n'y incommodait point. Les villages jouissaient de différentes circonstances climatiques selon leur position, mais la plupart, situés dans les basses terres appelées « vallées », se caractérisaient par de chaudes températures qui conditionnaient leur production agricole. Outre les fruits tropicaux, on y cultivait un excellent coton et les haciendas élaboraient en grande quantité un sucre très raffiné. Les moulins fonctionnaient toute l'année, car la coupe de la canne mûre s'étalait dans le temps. D'ailleurs un retard d'un ou deux mois ne diminuait pas sa teneur en sucre 13.Marco Cicala, à peu près à la même époque, ne se trompait donc sans doute pas en estimant que le sucre produit par ses confrères à La Concepci6n se distinguait par sa très bonne qualité. Toutefois il exagéra en estimant la dotation de cette propriété entre 500 et 600 esclaves, et celle de Santiago entre 300 et 40014. Le 26 janvier 1808, écrivant pour le corregidor d'Otavalo, Manuel Saenz de Vitori loua le climat de Tumbaviro, dont l'air pur et salutaire ne

Herrera, parlant de la région d'Ibarra, évoqua l' « ardente condition» du

connaissait pas « ces pestes et ces maux contagieux qui anéantissent le genre humain en peu de temps ». La référence au climat des vallées
chaudes est claire. Des cinq haciendas du village, quatre cultivaient la

canne. Leurs Noirs, pas très nombreux, étaient
10. 11.

«

des gens pervers, peu

soumis à leurs maîtres »15.Le 18 février de la même année, Don Martin
ln: Relaciones historico-geograficas..., op. cit., t 1, p. 95. <I iano geogrâfico e hidrognifico dei distrito de la Real Audiencia de Quito y P descripciones de las provincias, gobiemos y corregimientos que se comprenden en su jurisdicci6n y las ciudades y villas, asientos y pueblos que ocupan sus territorios», in : Relaciones historico-geograficas..., op. cit., t. 2, p. 434. ln: Nelson G6mez, La Mision Geodésica y la cultura de Quito, Quito, 1987, p. 102103. Entre 1779 et 1785, la population totale du corregimiento d'Otavalo passa de 32060 à 34459 habitants et les esclaves domestiques de 216 à 275. Voir: Iveline Lebret, La vida en Otavalo en el siglo XVIll, Otavalo: Instituto Otavaleiio de Antropologfa, 1981, p. 31. Jorge Juan y Antonio de Ulloa, Relacion historica dei viaje a la América Meridional, edici6n facsfmil de la de 1748, Madrid: EV.E., 1978, t. l, p. 411-412. Op. cit., ibid. «Se respira un aire puro y saludable, no se conocen aquellas pestes y males contagiosos que en breve aniquilan el género humano [...]. Ultimamente, los negros esclavos, que componen la tercera clase, son en carta numero : es gente perversa, poco sujeta a sus amos... » 20

12.

13. 14. 15.

NOIRS

ET NOUVEAUX

MAITRES

Jeronimo

Chiriboga,

curé d'Urcuquf,

dénombra

dans sa paroisse

1000 Indiens « de confession», 400 Espagnols et Métis et 80 esclaves des
deux sexes appartenant aux haciendas de San Buenaventura et de San Andés. Il y avait en tout huit moulins sur le territoire du village, quatre mûs par la force hydraulique et quatre par la force animalel6. Selon José Rosales, adjoint du corregidor d'Ibarra à Salinas, la population de sa circonscription s'élevait en 1808 à 962 âmes, dont 124 esclaves, 56 Noirs ou Mulâtres libres et 131 Indiens. Les esclaves relevaient pour la plupart (120) de l'hacienda Puchimbuela, dont nous aurons à reparler. Cette référence nous permettra, le moment venu, de mesurer l'évolution de la dotation sous le pouvoir de son maître, Carlos Araujo 17. S'étalant sur deux siècles, ces « relations» font apparaître une stratification historico-géographique significative. Les Espagnols, dans la mesure du possible, établirent villes et villages en des lieux élevés et bien ventilés, au-dessus des vallées torrides et infestées de malaria dont les terres produisaient de la richesse, grâce à la chaleur ambiante, à une bonne irrigation et au labeur des Noirs. 2
CADRE HISTORIQUE des haciendas

Formation et organisation

A travers toutes les Indes occidentales, les ordres religieux, masculins ou féminins, se trouvèrent très rapidement à la tête de considérables propriétés urbaines et rurales, léguées par de nombreux bienfaiteurs ou acquises pour le maintien d'importantes communautés peuplant couvents et monastères. Point n'est besoin d'insister ici sur le processus historique, bien connu des historiens 18. Arrivés seulement le 19 juillet 1586 à Quito, les disciples d'Ignace de Loyola n'eurent pas droit aux premières répartitions de terres effectuées à la fin du XVIe et au début du XVIIe sièclesl9. L'une des premières villes de l'Audience à solliciter la création d'un collège de jésuites fut San Miguel de Ibarra en 1618, demande renouvelée le 27 août 1622. Les habitants de la cité tenaient à la disposition de la Compagnie les dons recueillis à cet effet, soit 120 hectares de terre (10 caballerias), 2 137 pesos, 160 moutons,
In : « Descripci6n topogrMica del pueblo de Tumbabiro en cumplimiento del orden dei senor corregidor de Otavalo y en conformidad dei impreso a mf remitido ~, Relaciones hist6rico-geograficas..., op. cit., 1.2, p. 723-724. «Relaci6n del pueblo de Urcuquf~, in : Relaciones hist6rico-geograficas..., op. cit., 1.2, p. 730. «Descripci6n dei pueblo de Salinas, al ilustre cabildo de la villa de San Miguel de Ibarra~, in : Relaciones hist6rico-geograficas..., op. cit., t. 2, p. 736. Voir par exemple: Ronald Escobedo Mansilla, «La economfa de la Iglesia

16. 17. 18.

Americana~, in : Pedro Borges (ed.), Historia de la Iglesia en Hispanoamérica y
19. Filipinas (siglos XV-XIX), Volumen I : Aspectos generales, Madrid: RA.e., 1992, p. 99-135. Pour cette répartition des terres, voir: R. Coronel Feij60, El Valle Sangriento..., op. cit. , p. 56-57. 21

J EAN-P

IERRE

TARDIEU

50 chèvres, etc.:X> n 1631, les représentants de deux ordres religieux des E plus connus se montrèrent franchement hostiles au projet, arguant de l'habileté des jésuites à gagner la bienveillance des puissants21 pour leur plus grand profit matériel et au détriment des autres clercs et des laïcs, surtout en ce qui concerne la main-d'œuvre indienne. De plus ils se croyaient dispensés de payer la dîme à l'Eglise et le neuvième à la Couronne. Si la permission leur était accordée, toute la région leur appartiendrait bientôt 22. En fait elle intéressait profondément les jésuites qui avaient déjà pensé à établir un chemin reliant Ibarra à Tumaco sur la côte par la vallée du Mira. Selon une lettre écrite par le père Rugi au père Barnuevo le 13 juin 1644, l'itinéraire serait bien supérieur à celui de Telembf par le territoire des Pastos. Ce chemin, souvent recouvert de boue et bordé d'impressionnants précipices, ne permettait pas en effet le passage de convois de mules: il fallait tout transporter à dos d'hommes. De plus, il manquait de moyens d'approvisionnement en eau et en vivres. Par contre la vallée du Mira, à la rencontre sableuse des terres tempérées et des terres chaudes, s'ouvrait en vegas cultivables grâce aux ruisseaux s'y déversant, comme celles proches de Pimampiro. On y trouvait même une sorte d'alose (sabala), poisson à la chair savoureuse. La zone la plus fraîche se situait près d'Ibarra. On l'a compris, les jésuites avaient déjà élaboré un plan de développement de la contrée en mettant à profit toutes ses possibilités23. Le 10 octobre 1651, le père Hernando Cabero revint sur le projet d'installation d'un collège à Ibarra. La Compagnie y disposait d'une
20. 21. Voir: José Jauanen s.j., Historia de la Compania de Jesus en la antigua provincia de Quito. 1570-1774, Quito: Ed. Ecuatoriana. 1941, p. 124. Pour d'autres exemples de donations en faveur des jésuites, voir: R. Coronel Feij60, op. cit. , p. 120, n. 53. Roberto Andrade, dans la mouvance de Federico Gonzalez Suarez, dont nous évoquerons la vision ci-dessous, se réfère à la Manita secreta, manuel destiné à inculquer aux jésuites les méthodes nécessaires à l'approche de ces gens. Les dons, affirme-t-il. «étaient obtenus au moyen de la magie de la confession, sur le lit de l'agonisant.. ln : Historia deI Ecuador, Primera parte. Quito: Corporaci6n Editora Nacional, 1984, t 1, p. 84-86. «... los Padres de la Compania de Jesus son tan manosos e industriosos, que 10 primera que hacen en las republicas, es ganar y granjear los poderosos de elias, con que crecen aventajada y superfluamente en los bienes temporales, adquiriendo tierras, ganados e indios de servicio, asi de padron como voluntarios, con tanto exceso que las demtis personas eclesitisticas y seculares padecen por falta de servicio y avio para sus haciendas... [...] sifundasen otros {colegiosJ de nuevo, toda
esta tierra y provincia vendrfa a ser suya...

22.

23.

Cité par J. Jauanen, op. cit., p. 124-136. Les informations de ce paragraphe sont tirées de cet ouvrage. «Presto hablarti de si el {caminoJ de Mira, con elfavor de Dios {...J. Es loma llana, muy ancha, el monte ralo, tierra tiesa, y en los encuentros de tierra fria y caliente, arenosa. Lo mas frio del camino de Mira a Ibarra es la villa de Ibarra. Tiene arroyos a trechos, rozas viejas, las vegas amenisimas, donde se puede sembrar 10 que en el valle de Mira junto a Pimampiro. temple apacible, sin mosquito. El rio de Mira, desde mas arriba de las juntas con el de Cuaiquer, comienza a tener stibalos. » Cité par Juan Manuel Pacheco s.j., Los jesuitas en Colombia, t. l, 1567-1615, Bogota: Editorial San Juan Eudes, 1959, p. 374. 22

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