Nourrir Kinshasa

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Publié le : samedi 1 janvier 1994
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EAN13 : 9782296281783
Nombre de pages : 416
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Collection" Zaïre

-

Histoire & Société"

COLLECTION

«ZAIRE

-

HISTOIRE

& SOCIÉTÉ»

Le ZAIRE est l'un des pays les plus importants d'Afrique par sa population, son immensité, ses richesses, sa position stratégique. Pourtant il est mal connu et notamment en France, malgré.qu'il soit le plus grands pays francophone du continent. 10 ans après l'Indépendance, les premiers universitaires zaïrois publiaient dans nombre de revues et collections des études de haut niveau consacrées à leur pays et dont l'écho était important dans le monde. Aujourd'hui, bien que comptant quelque 40000 diplômés du Supérieur et 60000 étudiants, le ZAIRE a une production scientifique dérisoire. La COLLECTION «ZAIRE - HISTOIRE & socIÉTÉ» contribue à pallier ces manques dont souffre le pays autant que la communauté internationale. Elle accueille les écrits d'auteurs zaïrois et étrangers concernant l'Histoire, l'Economie, la Société d'hier et d'aujourd'hui. L~ but recherché est de fournir des textes de référence à un large public afin de susciter une réflexion étayée sur le passé et le devenir du Zaïre, et permettre aussi à la communauté scientifique zaïroise de s'exprimer. Directeur de collection:
Con.$eil scientifique:

-

BENOIT VERHAEGEN, ex-Doyen la Faculté des Sciences sociales l'Université de Kisangani.
LAURENT MONNIER, professeur

de de
à

l'Institut Universitaire des Etudes du Développement (lUED), Genève. OMASOMBO TSHONDA, professeur à l'Université de Kinshasa. TSHUND' OLELA EPANYA SHAMOLOLO, professeur d'Histoire à l'Université de Lubumbashi.

Dans la même collection - A. GBABENDU & E. EFOLO: Volonté de changement au Zaïre, préface de B. Jewsiewicki, 2 vol. de 224 p. - A. MAUREL: Le Congo de la colonisation belge à l'indépendance, réédition Maspero 1962 (M. Merlier), préface de J-Ph Peemans, 352 p. - A. RYCKMANS & C. MWELANZAMBI BAKWA:
africain

Droit coutumier

-

Proverbes judiciaires

Kongo

(Zaïre), préface de L-V Thomas, liminaire de J. Vanderlinden; co-édition Aequatoriusl L'Harmattan, 400 p. - B. VERHAEGEN: Femmes zaïroises de KisanganiCombats pour la survie; préfacé par J-L. Vellut, 294 p. - Fr. V. DIGEKISA PILUKA: Le massacre de Lubumbashi - Dossier d'un témoin-accusé; préfacé par Jean Ziegler, 288 p. - KABUYA LUMUNA SANDO C.: Congo 1960-1964 - Le Nord-Katanga en questions - l'élite décapitée, 224 p. _ Herbert WEISS: Le Parti solidaire africain, traduction de l'anglais (1967) préfacée par ImmanuelWallerstein.

Frans GOOSSENS Bart MINTEN Eric TOLLENS

NOURRIR KINSHASA
L'approvisionnement local d'une métropole africaine

Préface de Guy Verhaegen

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Katholieke Universiteit Leuven Faculté des Sciences Agronomiques Centre de Recherche en Economie Agricole Des Pays en Voie de Développement 3001 Leuven Belgique Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

Ir Frans GOOSSENS est ingénieur agronome et économiste agricole (K. U .Leuven, 1985). Après des recherches pour la Commission des Communautés Européennes sur les quotas laitiers et la structure des exploitations laitières au Département d'Economie Agricole de la K. U .Leuven, il a effectué de 1987 à 1990 des recherches au Zaïre sur l'approvisionnement vivrier de la ville de Kinshasa. Depuis, il est assistant de recherche au Département d'Economie Agricole de la K.U .Leuven où il prépare actuellement son doctorat. Ir Bart MINTEN est ingénieur en chimie et industries agricoles (K.U .Leuven, 1986). Il effectua également des recherches pour la Commission des Communautés Européennes sur les quotas laitiers au Départemem: d'Economie Agricole de la K.U.Leuven. Avec M. Goossens, il a fait des recherches au Zaïre de 1987 à 1990 sur l'approvisionnement vivrier de la ville de Kinshasa. De retour à la K. U .Leuven, il a travaillé sur la base de données collectées au Zaïre. II prépare actuellement son Ph. D. en économie agricole à l'Université Cornell (USA). Dr Eric TOLLENS est ingénieur agronome et économiste agricole (K.U.Leuven, 1967), professeur d'économie agricole à l'Université Catholique de Louvain (K. U.Leuven) depuis 1983. En 1975 il obtient un PhD en économie agricole à Michigan State University (USA). De 1971 à 1977, il a été chef de travaux et chargé de cours à l'Université Lovanium à Kinshasa, devenue l'Université Nationale du Zaïre. De 1973 à 1977, il dirige à Yangambi le département d'Economie Rurale. Il réintégra la K. U. Leuven de 1977 à 1979, puis il devint administrateur à la Commission des Communautés Européennes à Luxembourg jusqu'en 1983. Il porte un intérêt particulier à l'agriculture et au développement rural en Afrique Centrale et Afrique de l'Ouest, et particulièrement au Zaïre. En 1992, il a publié avec D. Shapiro "The Agricultural Development of Zaïre" (Avebury). En 1990 et 1991, il a contribué à la rédaction du plan directeur et des plans d'action du développement agricole et rural au Zaïre.

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- Toutes les photos ont été prises par le professellr Eric Tollens.

<C>L'Harmattan, 1994 ISBN: 2-7384-2108-3

PREFACE
Pour qui connaît le Zaire et l'extrême pauvreté des données statistiques sur l'agriculture vivrière, ainsi que leur manque de fiabilité, cette étude est une prouesse, par la somme considérable de travail et d'astuces qu'elle suppose. Au début des années 70, nous avons nous-mêmes collaboré à un plan de développement du nord-est du Zaire, et nous n'oublierons pas vite les trésors d'ingéniosité et la quantité de travail fourni ainsi que les milliers de kilomètres parcourus, pour obtenir des données plus ou moins fiables sur les prix, les quantités et les structures de production et de commercialisation des produits agricoles. La rigueur des méthodes scientifiques était à ce prix. Appliquer des méthodes scientifiques de collecte des données dans le cadre d'un mémoire de licence ou d'une thèse de doctorat, où on choisit soi-même le terrain d'enquête et sa taille, en fonction des possibilités, ne présente aucune difficulté majeure. Nous avons pu le constater lorsque nous étions collègue du professeur TOLLENS à l'Institut Facultaire d'Agronomie de Yangambi dans le Haut-Zaire. Mais appliquer ces méthodes de recherche et d'analyse avec la même rigueur à l'échelle d'une mégalopole de près de 4.000.000 d'habitants et de son hinterland, dans une situation aussi mouvante et en l'absence de données statistiques fiables, relève de l'exploit. Sans doute la qualité du travail et les efforts fournis révèlent-ils plus, chez les auteurs, que le seul souci d'hommes de science de produire une oeuvre de qualité qui leur vaudra l'estime de leurs collègues. Pour faire pareil effort, ne faut-il pas aimer le pays et ses habitants et être animé du désir de les aider et de contribuer au vrai développement du pays, qui est nécessairement auto-développement? Certains pourront regretter l'absence d'un chapitre sur les dimensions sociales, politiques et administratives de ce projet de développement agricole. Les auteurs pourraient répondre - non sans raison - que la situation politique du pays est tellement confuse et instable et les services administratifs dans un tel état de désintégration que toute prospective en la matière relèverait plus de la voyance grâce à une boule de cristal que de l'analyse scientifique. Celle-ci ne pourrait d'ailleurs qu'être le résultat d'une enquête pluridisciplinaire supplémentaire, qui n'a pas été prévue par les commanditaires du rapport. Les auteurs n'ont pas eu tort, pensons-nous, de s'en tenir à leur spécialité: l'économie rurale et ses méthodes dans l'étude des circuits de production et de commercialisation des produits agricoles. Par ailleurs les auteurs ont raison d'affirmer qu'au Zaire la production agricole vivrière possède une certaine autonomie par rapport au

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cadre macro-économique, et souffre moins que d'autres secteurs des déséquilibres macro-économiques graves et de la désintégration des structures de l'économie moderne. Nous avons pu le constater à Kisangani, où l'arrêt total du fonctionnement des circuits bancaires et la quasi-disparition des circuits modernes de commercialisation n'ont entrainé, à moyen terme, aucune pénurie de produits vivriers sur les marchés, la force musculaire ayant largement remplacé les transports motorisés. Le premier destinataire de ce rapport est évidemment le ministère de l'agriculture. Il dispose ici d'un merveilleux instrument de planification qui met en lumière non seulement les goulets d'étranglement et les faiblesses, mais aussi les ressources et les possibilités de la production et de la commercialisation des produits vivriers à Kinshasa et dans son hinterland. Mais tout responsable d'une ONG de développement et tout chercheur intéressé par le développement agricole dans les pays en voie de développement liront ce livre avec plaisir. Pour terminer sur une note d'espoir, nous exprimerons le souhait que le Zaïre retrouve le chemin de la légalité constitutionnelle et de la stabilité politique, afin que l'Etat renaisse de ses cendres et soit capable, même sans attendre le rétablissement de ce "cadre macro-économique stable et sain" souhaité par les auteurs, de prendre les mesures nécessaires afin d'améliorer surtout les circuits de commercialisation des produits vivriers locaux, comme le souhaitent les auteurs. Il ne fait aucun doute, à nos yeux, que le dynamisme des paysans et des petits commerçants zaïrois réagira rapidement dans le séns d'une augmentation de la production et de la disponibilité des produits vivriers locaux sur les marchés de Kinshasa. Des études faites sur la "petite économie marchande" (appelée aussi, à tort, "secteur informel ") à Kinshasa et à Kisangani ont révélé une vitalité, un esprit de créativité et une capacité d'adaptation qui permettent tous les espoirs.

Bruxelles, le 18.10.1993 Guy Verhaegen ancien professeur et chercheur au Zaïre

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REMERCIEMENTS

Les auteurs ont pu réaliser ce livre grâce aux expériences vécues lors de leurs recherches au Zaïre dans le cadre du projet "Commercialisation des Produits Agricoles" . Les auteurs tiennent à mentionner les personnes qui ont contribué au bon déroulement du projet et à l'élaboration de cet ouvrage. Ils s'excusent auprès de celles qui auraient été oubliées. En premier lieu, les auteurs tiennent à remercier la section de coopération belgo-zaïroise à Kinshasa, et plus spécifiquement messieurs Armand Parmentier et Marcus Leroy, chefs de mission successifs, et messieurs Jan Adriansens et Henri Neel, responsables successifs du secteur agricole pour l'appui quotidien. Ils tiennent également à mentionner messieurs Mansinsa Mvuala et Kaloyi Mukadi Nsenda, directeurs successifs de la Direction des Marchés, Prix et Crédits de Campagne lors de la présence du projet à Kinshasa, pour la mise à disposition de toutes les facilités de travail nécessaires dans la mesure du possible et pour la bonne collaboration avec leur Direction. Ensuite, il y a madame Renata Vandeputte à l'AGCDBruxelles qui a rendu possible le bon fonctionnement du projet grâce à son efficacité administrative. Certaines enquêtes ont été cofinancées par l'Agence pour le Développement International des Etats-Unis (USAID) à Kinshasa et plus spécifiquement par les projets USAID 660-102 (PROCAR) et USAID 660119 (Agricultural Policy and Planning). A l'USAID, messieurs Ron Harvey, Don Brown, Negash Kitle, Douglas Daniell, David Kingsbury et John McMahon ont toujours montré un intérêt particulier pour l'étude et ils ont financièrement soutenu le projet. Monsieur Suha Satana a collaboré aux analyses des variances. Les enquêtes auprès des commerçants à Kinshasa ont été possibles grâce à l'appui de monsieur Ed Rawson et le projet 660-0119. Au cours du projet, il y a eu plusieurs consultants à court terme: monsieur Yvan Dejaegher a élaboré la méthode d'enquête au niveau des producteurs, monsieur Jo Swinnen a contribué au démarrage de la cellule informatique, madame Els Huybens a participé à l'élaboration des questionnaires et à la formation des enquêteurs, monsieur Bart Leirs a collaboré aux analyses sur la consommation et la main-d'oeuvre en milieu rural. En avril 1988, les professeurs José Degand et Laurent Martens ont évalué le projet et ont donné des conseils utiles pour sa continuation. Le chef de la Division des Marchés et Prix à la D.M.P.C.C., monsieur Ntumba Ndumba était responsable de la coordination administrative entre le projet et le ministère de l'Agriculture zaïrois. Le chef de bureau Mwamba Luenyi était très apprécié pour ses conseils sur le fonctionnement

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du système d'approvisionnement de Kinshasa. Le dépouillementdes enquêtes a été possible grâce à une cellule informatique très dynamique, qui travaillait sous les ordres de monsieur Ndontoni Bafukisa. L'équipe était composée de Lepelion Bobuokien, Kanjinga Tshimanga, Lukusa Kalanda, Kangudi Ndoki, Kusakana Sewula, Mbuyi Fwanda, Masengo Shiko et Ekila Yongala. Une équipe d'enquêteurs comprenant messieurs Ntambwe, Mak{)loni,Tshimanga et Makombo, s'occupait de la collecte des prix sur les marChésde Kinshasa tout au long du projet. Au niveau de Kinshasa, le projet faisait appel aux enquêteurs de la Direction des Marchés, Prix et Crédits de Campagne, du Service d'Etudes et de Planification et de la Division Urbaine du Département de l'Agriculture. Certaines enquêtes pilotes ont été exécutées par l'Institut Pédagogique National avec un appui logistique du projet. Les enquêtes au niveau du producteur ont été possibles grâce à une .collaboration entre le projet et le Système Permanent de Collecte des Statistiques Agricoles du Département de l'Agriculture, qui disposait de l'organisation nécessaire dans les régions du Bandundu et du Bas-Zaïre. Les enquêtes ont pu avoir lieu grâce à l'aide de 461 enquêteurs-village, 96 enquêteurs, 29 contrôleurs et 8 superviseurs. Ensuite, il y a les responsables régionaux du Système Permanent de Collecte des Statistiques Agricoles au Bandundu et au Bas-Zaïre. On tient à mentionner messieurs Alain Babillot et Komi Gbeblewoo, conseillers principaux successifs et monsieur Mamadou Doumbia, le responsable technique du même projet.
Madame Maria Van Gorp s'est occupée de la correction du livre et des conseils linguistiques. La section sur l'intensification de l'agriculture du livre a bénéficié des remarques de madame Louise Fresco de l'Université de Wageningen. Madame Maria Uyttebroeck s'est occupée du développement de certains programmes pour l'établissement des cartes. Les auteurs remercient spécialement messieurs David Kingsbury et Tshiunza Muamba pour les conseils utiles lors de la rédaction de ce document.

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A V ANT-PROPOS

Depuis une dizaine d'années, le Centre de Recherche en Economie Agricole des Pays en Voie de Développement (CLEOO) de la Faculté des Sciences Agronomiques de la Katholieke Universiteit Leuven fait des recherches sur la commercialisation des produits vivriers en Afrique. L'étude du système d'approvisionnement en produits vivriers de la ville de Kinshasa constituait une phase importante dans ces recherches. Ce projet était financé par l'Agence Générale de la Coopération au Développement belge (ABOS AGCD) (projet n° INI2766/11). Les travaux sur le terrain se sont effectués de mars 1987 à juin 1990. Entre juillet 1990 et avril 1991, les analyses ont continué au Centre de Recherche en Economie Agricole des Pays en Voie de Développement à la K. U .Leuven suite au retrait de la coopération belge au Zaïre. Au Zaïre, le projet se situait au sein de la Direction des Marchés, Prix et Crédits de Campagne du ministère de l'Agriculture zaïrois, où il a renforcé la capacité de recherche et d'analyse. Les résultats scientifiques du projet ont été publiés dans une série de publications (29 numéros) et de statistiques (STATCOM, 19 numéros). Les deux séries ont été mises à disposition de toute personne intéressée. De cette façon, on a essayé, en plein accord avec le gouvernement zairois et l'AGCD, de mettre à la disposition des chercheurs, des responsables des ONG de développement, des analyses et des statistiques de base. Maintenant que la situation nutritionnelle au Zaïre s'est détériorée considérablement, les demandes multiples d'un peu partout ont motivé les auteurs à écrire cet ouvrage. Il constitue une suite logique au projet. Les informations, publiées lors du projet ont été placées dans un cadre de référence plus large, nommé "Structure-Comportement-Performance", et ont été complétées par d'autres sources. Aussi les analyses et conclusions, sont elles plus approfondies et réfléchies du fait que le tout a eu le temps de parvenir à maturité. * * * du livre. Ils

Les trois auteurs ont contribué également à l'élaboration partagent entièrement la responsabilité scientifique du texte.

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Remarque sur les chiffres dans les tableaux: le total des sous-régions ne correspond pas toujours exactement à celui de la région, vu que les sousrégions urbaines qui sont d'une moindre importance sur le plan agricole ne sont pas toujours reprises; I 'arrondissage des chiffres peut également causer des écarts minimes.

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ABREVIATIONS

AGCD ANEZA BCA BEAU

: Agence Générale de la Coopération au Développement : Association Nationale des Entreprises Zaïroises

: Banque de Crédit Agricole

,

: Bureau d'Etudes et d'Aménagement Urbains, Ministère du Plan CADEZA : Caisse Générale d'Epargne du Zaïre CCA : Contribution sur le Chiffre d'Affaires CDI-Bwamanda : Centre de Développement Intégral à Bwamanda, Région de l'Equateur CEE : Communauté Economique Européenne CEPLANUT : Centre d'Etude et de Planification en Nutrition CIF : coOt, assurance, frêt compris dans le prix COGERO : Comité de Gérance de la Caisse de Réserve Cotonnière COOCEC : Coopérative Centrale d'Epargne et de Crédit COOPEC : Coopérative d'Epargne et de Crédit COVENCO : Comptoir des Ventes de Coton CSCO : Caisse de Stabil isation Cotonnière DAIPN : Domaine Agro-Industriel Présidentiel de la Nsele DMPCC : Direction des Marchés, Prix et Crédits de Campagne du

Ministère de l'Agriculture
FAO FB FF FMI Gécamines INEAC INERA INS IPN IRES MIBA MIDEMA NCHS/CDC ONAFITEX ONATRA ONB

,

: Food and Agriculture Organization of the United Nations : francs belges : francs français : Fonds Monétaire International : Générale des Carrières et des Mines du Zaïre : Institut National pour l'Etude Agronomique du Congo : Institut National pour l'Etude et la Recherche Agronomique : Institut National de la Statistique : Institut Pédagogique National : Institut de Recherches Economiques et Sociales de l'Université de Kinshasa : Société Minière de Bakwanga : Minoterie de Matadi : National Center for Health Services / Center for Disease Control, USA : Office National des Fibres Textiles : Office National des Transports : Office National du Bois

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ONDE OFlDA ONG OPEP OPEZ
OZAC OZACAF OZRT PAM PAS PCS PIP PL480 PNE PNL PNM PNS PNUD PRAAL PRONAM SENAFlC SENARA V SENASEM SEP SIMM SNCZ SNRDA SNV SOFIDE SONAS SPCSA UCCEC US $ USAID ZTE

: Office National du Développementd'Elevage : Office des Douanes et Accises : Organisation Non Gouvernementale : Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole : Office de Promotion des Petites et Moyennes Entreprises Zaïroises : Office Zaïrois de Contrôle : Office Zaïrois du Café : Office Zaïrois de Radiodiffusion et de Télévision : Programme Alimentaire Mondial : Programme d'ajustement structurel : Projet Central Shaba : Programme d'Investissements Publics Prioritaires : public law 480 des USA régissant l'aide alimentaire : Programme National Engrais : Programme National Légumineuses (SENARAV) : Programme National Maïs (SENARAV) : Projet Nord Shaba : Programme des Nations Unies pour le Développement : Programme d'Appui à l'Auto-Suffisance Alimentaire : Programme National Manioc (SENARAV) : Service National des Fertilisants et Intrants Connexes : Service National de Recherche Agronomique Appliquée et Vulgarisation : Service National des Semences : Service d'Etudes et de Planification, Ministère de l'Agriculture : Système d'Information sur le Marché du Manioc : Société Nationale des Chemins de Fer Zaïrois : Service National des Routes de Desserte Agricole : Service National de Vulgarisation : Société Financière de Développement : Société Nationale d'Assurances : Système Permanent de Collecte des Statistiques Agricoles, Ministère de l'Agriculture : Union Centrale des Coopératives d'Epargne et de Crédit : dollars USA : United States Agency for International Development : Zaïre Trading and Engineering, Bureau d'Etudes * * 12 *

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CHAPITRE PRELIMINAIRE

A. LA JUSTIFICATION ET LE CADRE GENERAL
Après l'indépendance, le développement agricole était relégué au second plan dans la stratégie de développement du Zaïre. La stratégie poursuivie depuis les années soixante était orientée vers l'industrialisation et les milieux urbains. Depuis le début des années soixante-dix, les importations alimentaires sans cesse croissantes, surtout de céréales, de viande et de poisson, l'exode rural élevé et la croissance explosive des villes ont conduit à une prise de conscience des autorités zaïroises de l'importance de l'agriculture et du développement rural. L'année 1968 fut proclamée l'année de l'agriculture avec l'opération "retroussons les manches". En 1971, l'agriculture fut déclarée priorité des priorités et une politique de "l'indépendance du ventre" fut annoncée. A plusieurs reprises, il a été et il est encore affirmé que l'auto-suffisance en produits alimentaires est la première priorité. Traditionnellement, l'attention du gouvernement zaïrois, et en particulier celle du ministère de l'Agriculture, était focalisée sur la production agricole. L'augmentation de cette production a été et est toujours l'objectif principal des actions gouvernementales et des donateurs étrangers. L'absence d'offices de commercialisation pour les produits vivriers depuis la libéralisation économique intervenue en 1982 et le caractère ouvert et apparemment compétitif des marchés pour les produits vivriers ont soutenu l'idée que les pouvoirs publics n'ont aucun rôle à jouer dans la commercialisation, à part l'assainissement et la stabilisation macroéconomique et la réhabilitation, l'entretien et l'expansion de l'infrastructure économique, essentiellement des routes. Le Zaïre est un des rares pays d'Afrique où il n'existe pas d'organisation para-étatique, un office ou "marketing board" chargé de mettre en oeuvre une politique de stabilisation des marchés vivriers. L'opinion générale répandue parmi les donateurs est qu'on ne peut pas intervenir dans le commerce, parce que celui-ci est trop compliqué, trop flou ou trop difficile. On est convaincu qu'appuyer la commercialisation, c'est ouvrir la porte à tous les abus, mais ceci ne devrait pas être le cas. L'image stéréotype du commerçant est celle du spéculateur vivant sur 17

le dos des petits producteurs et des pauvres consommateurs et faisant des bénéfices exagérés et non justifiés. C'est comme si le commerce était un mal nécessaire. Il n'est donc pas surprenant de constater que les efforts entrepris pour nourrir les villes au Zaïre ont essentiellement porté sur l'augmentation de l'offre en produits vivriers, et du côté de l'offre, sur la stimulation de la production vivrière par les agriculteurs. Trop souvent, il est supposé qu'une fois les récoltes obtenues et des routes, des voies ferrées et des voies fluviales construites ou aménagées, une structure de commercialisation s'établira presque automatiquement. Pourtant, il est invraisemblable qu'un système de commercialisation progressiste et efficace provienne automatiquement de l'échange compétitif entre opérateurs économiques sur les marchés (Collins, Holton, 1963). De bonnes infrastructures de commercialisation qui réduisent les coOts unitaires de l'échange requièrent une intervention publique délibérée. Ces infrastructures constituent un bien public, accessible à tout le monde, qui n'intéresse pas l'opérateur privé à cause du caractère public de son utilisation et en raison d'une rentabilité privée à très long terme. Une action publique positive est nécessaire pour développer l'infrastructure des transports et des marchés, et des institutions qui accroissent l'efficacité de la commercialisation et fournissent de meilleurs services. Selon le même raisonnement, l'Etat doit établir des règles qui assurent des relations équitables et raisonnablement stables entre les participants au marché. L'Etat devrait également fournir des services publics, lorsque ceux-ci ne sont pas suffisamment assurés par le secteur privé. C'est le cas de l'information objective relative au marché, des poids, des mesures et des qualités standard, la recherche, la formation et la vulgarisation. Nul n'ignore que l'offre de produits vivriers et l'augmentation de l'offre par les paysans sont importantes. Pendant les dernières décennies, l'augmentation de la production agricole au Zaïre est essentiellement due à l'expansion des superficies cultivées avec des rendements physiques à l'hectare stagnants ou même décroissants, et des effets négatifs sur l'environnement. Ceci peut être attribué à la mise en culture de terres marginales ou moins fertiles, au raccourcissement de la durée de la jachère d'application de techniques . et au manque rendements avec peu d'intrants de production agricole qui augmentent les coOteux. Fresco (1986, 1991) postule que pour le manioc, l'extensification de l'agriculture suite à la pression démographique et à la demande de commercialisation peut donner lieu à un surplus vivrier commercialisable plus important par ménage agricole, avec des rendements à I'hectare moins élevés mais compensés par une plus grande surface cultivée (extensification) et un

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raccourcissement de la jachère (intensification de l'utilisation de la terrel). Pour d'autres cultures et sur d'autres parcelles, il peut y avoir une intensification agricole. Le résultat est un surplus plus élevé par unité de travail. La diminution de la productivité de la terre pour le manioc en termes de kg par hectare peut donc être accompagnée d'une augmentation de la productivité du travail en termes de kg de rendement par unité de travail. Cette théorie a pu être confirmée au niveau agrégé des pays et des continents (De Bruijn, Fresco, 1989) (Carter, Fresco et Jones, 1991), mais la relation causale entre la pression démographique, l'intensification, l'extensification et le rendement reste à démontrer. Elle n'a pas pu être empiriquement démontrée au Zaïre faute de données précises, mais elle est conforme aux thèses de Binswanger (1986, 1988), qui se résument ainsi: "Là où la terre est abondante, la densité de population peu élevée, et la culture itinérante dominante, c'est une erreur d'investir dans des projets qui essaient d'augmenter la productivité de la terre ... l'accès aux marchés et les infrastructures de transport et de commercialisation sont les formes d'investissement les plus indiquées. Là où la terre est abondante, il peut être plus rentable de pratiquer une culture extensive". La conclusion qui s'impose est donc que sous l'influence de la pression démographique et de la commercialisation, l'intensification de l'agriculture peut passer d'abord par une phase d'extensification et des rendements à l'hectare décroissants jusqu'à ce que la rareté des (bonnes) terres commence à se manifester. Néanmoins, longtemps avant que la frontière de la terre ne se ferme, des pénuries locales de terre se manifestent et, à un moment donné, des techniques qui augmentent le rendement à l'hectare deviennent attractives. Il peut également arriver que sur une partie de l'exploitation agricole, une extensification ait lieu pour une culture, souvent le manioc, et une intensification pour une autre culture. Nous croyons qu'au Bandundu, la terre est toujours relativement abondante, et des investissements publics et des infrastructures de transport et de commercialisation sont prioritaires. Au Bas-Zaïre par contre, des pénuries locales de terre se manifestent déjà, ce qui mène à un changement des systèmes de production agricole, une plus grande valeur ajoutée par unité de produit et une commercialisation des produits agricoles fort développée. Bien entendu, la rareté locale de terres peut se manifester partout, surtout dans les villages les plus peuplés. Il est rare que les paysans cultivent des terres à plus de dix kilomètres de leur lieu de résid~nce, d'où l'intensification des cultures accompagnée ou non d'une extensification dans la même vallée ou dans le même village.

1

Pour les défInitions des termes utilisés, voir chapitre II, B,4. 19

Dans un pays où il y a une abondance relative de la terre et où la densité de population est peu élevée, l'évacuation des produits et la commercialisation sont très importantes. Dans cet ordre d'idées, les chercheurs de la présente étude sont convaincus que les contraintes pesant sur la commercialisation sont plus importantes que celles existant au niveau de la production. Depuis plus d'une décennie, le Zaïre doit faire face à une crise alimentaire qui prend chaque année plus d'ampleur. Cette crise menace les institutions politiques et administratives du pays et conduit inéluctablement au changement. Une crise se développe habituellement à cause des retards dans les adaptations des institutions aux nouvelles conditions et aux nouveaux besoins. Ainsi, une situation de crise induit souvent des réformes et des transformations qui autrement n'auraient pas été possibles. Cette étude vient à un moment très opportun où des changements dans la structure politique du pays vers une plus grande démocratisation dans la prise des décisions publiques ouvre la voie à une nouvelle approche. Dans cette approche, on s'adressera davantage aux vrais problèmes prioritaires, à une politique agricole et à des investissements publics dans l'intérêt de la population, c'està-dire des paysans en milieu rural et des consommateurs urbains à faibles revenus. Le nouveau plan directeur du développement agricole et rural (19912000) au Zaïre est conforme à cette nouvelle approche en clarifiant les rôles respectifs de l'Etat et du secteur privé dans le développement agricole et rural, en adoptant la sécurité alimentaire comme objectif prioritaire assigné au secteur agricole et en initiant une approche nouvelle de planification. Actuellement, il n'est plus question de rechercher l'auto suffisance alimentaire à n'importe quel prix. Il s'agit plutôt de créer les conditions qui garantissent l'accès à une alimentation suffisante, équilibrée et régulière à toutes les couches de la population et d'exploiter les avantages comparatifs du pays. Dans le plan, l'Etat est appelé à créer des conditions favorables à l'épanouissement du secteur privé et à veiller à leur maintien. Le plan mentionne explicitement: "... les infrastructures sociales et économiques de base telles que les infrastructures de transport, les marchés de collecte, les marchés de gros et/ou de détail et les informations économiques essentielles au fonctionnement concurrentiel des marchés". Le secteur privé a la charge de la production et de la commercialisation aussi bien des intrants que des produits agricoles. Le cadre de référence pour une rationalisation des systèmes de commercialisation au Zaïre existe donc actuellement. Une commercialisation plus performante aurait des effets très positifs sur la production et la consommation. Une meilleure commercialisation

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fournirait des stimulants pour l'accroissement de la production vivrière, des prix plus élevés aux producteurs et des prix plus bas à la consommation finale en ville, entraînant une augmentation de la quantité consommée, aidant ainsi surtout la nutrition des plus démunis. Les commerçants gagneraient en augmentant leur chiffre d'affaires tout en accusant des coûts unitaires moins élevés à cause d'une meilleure efficience de la commercialisation. Une baisse des prix des produits vivriers au niveau du consommateur urbain augmenterait la quantité, la qualité et la variété des aliments disponibles tout en garantissant des revenus plus élevés aux cultivateurs. Plus loin dans l'étude, une quantification sera faite des effets d'une réduction de la marge de commercialisation sur le niveau des prix aux producteurs et aux consommateurs dans une situation de concurrence parfaite. Comme environ deux tiers de la population s'occupe de l'agriculture et qu'en moyenne les ménages urbains dépensent plus de la moitié de leurs revenus aux achats de produits vivriers, une amélioration de la commercialisation des produits vivriers aurait des effets bénéfiques sur le bien-être général de la population entière, avec un effet positif plus marqué pour les classes à bas revenus. L'hypothèse de base de cette étude est que le système actuel de commercialisation des vivres du producteur en milieu rural au consommateur en ville, avec sa structure et ses règles de comportement, est en grande partie responsable de la pauvre performance du secteur agricole et des prix relativement élevés des produits vivriers locaux en ville. Pratiquement aucune recherche systématique n'a été entreprise sur la structure, le comportement et la performance du système de commercialisation. Il existe des études partielles, notamment sur le secteur des transports, mais à notre connaissance, aucune étude approfondie de tous les maillons de la chaîne de commercialisation n'a encore été faite. L'objectif général de l'étude est d'obtenir une meilleure compréhension de la structure, du comportement et de la performance du système de commercialisation des produits vivriers pour le marché de Kinshasa et de la coordination verticale entre les différents maillons de la chaîne de commercialisation de manière à mettre en évidence les points faibles et à pouvoir recommander des politiques, des investissements et des actions susceptibles d'améliorer le système. Dans le contexte de l'étude, il est entendu que la commercialisation ne commence pas à la sortie de l'exploitation agricole et qu'elle ne se termine pas avec l'achat par le consommateur. Elle est plutôt incluse dans toutes les activités de prise de décision à tous les niveaux de production, de collecte, de transport, de stockage, de traitement, de transformation, de distribution et de consommation. Un objectif dérivé de l'objectif général est la création d'une capacité

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locale qui est capable de mettre sur pied une série d'enquêtes cohérentes, leur dépouillement informatique et l'analyse économique subséquente qui se traduira dans un rapport mettant en évidence les déficiences du système de commercialisation en proposant des solutions appropriées pouvant conduire à bon rapport coût-efficacité. Les objectifs spécifiques sont les suivants: - décrire et quantifier le système actuel de commercialisation des vivres entre le Bandundu, le Bas-Zaïre et la ville de Kinshasa, avec un accent particulier sur le surplus commercialisé et les conditions de vente au cours de l'année, la composition des marges de commercialisation, la structure des marchés et le degré de compétition, l'efficacité des prix et des moyens de transport, de stockage et de distribution et l'importance des coûts de transaction pour la mise au marché; - analyser le système actuel de commercialisation des vivres et faire des comparaisons avec ce qu'il pourrait être réellement, c'est-à-dire examiner comment la performance de la commercialisation pourrait être améliorée; les principaux thèmes à analyser sont: l'opportunité de créer des marchés de collecte, de distribution en gros et en détail, le transport comme goulot d'étranglement, l'intégration des marchés et la transparence des prix, les effets saisonniers et cycliques et la tendance à long terme de la commercialisation; - identifier et recommander des mesures par lesquelles le peuple zaïrois, son gouvernement et les partenaires qui l'assistent pourraient rendre le système de commercialisation des vivres plus efficace et plus opérationnel entre la campagne et la ville de Kinshasa de telle façon que la crise alimentaire puisse être atténuée et évitée dans l'avenir; - fournir une base de données fiables et des analyses constituant les fondements sur lesquels un plan directeur et des plans d'actions peuvent être bâtis à partir des enquêtes sur la production et la commercialisation menées dans les régions du Bandundu et du BasZaïre, et les enquêtes sur les marchés de Kinshasa; - élaborer une méthodologie appropriée, et tester cette méthodologie sur le terrain, pour l'étude des systèmes de commercialisation des produits vivriers au Zaïre et en Afrique en général; - renforcer les capacités de collecte et d'analyse des données au ministère de l'Agriculture et former des cadres zaïrois dans cette matière.

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B. L'OBJET D'ETUDE
L'étude du système d'approvisionnement de la ville de Kinshasa est une analyse de l'offre et de la demande en produits vivriers, et du système de commercialisation. Au début de cette étude, il est intéressant d'indiquer les variables qui déterminent ou influencent l'offre, la demande et la commercialisation, et de délimiter ainsi le terrain d'étude. 1. L'offre et la demande en produits vivriers Pour la ville de Kinshasa, l'offre en produits vivriers provient surtout des agriculteurs des régions du Bandundu et du Bas-Zaïre et de l'importation. Il y a également un apport de l'Equateur et du Haut-Zaïre, mais il est restreint. Depuis une dizaine d'années, des activités de production agricole se développent aux alentours de Kinshasa (Nsele, Bateke, Kasangulu); jusqu'à ce jour, elles ne contribuent que de manière marginale à l'approvisionnement de la capitale (Kinkela, 1989). Vu la prépondérance des régions du Bas-Zaïre et du Bandundu dans l'approvisionnement vivrier de Kinshasa, les enquêtes sont en premier lieu dirigées vers les producteurs de ces deux régions. La production des produits vivriers est presque entièrement entre les mains des petites exploitations qui se caractérisent principalement par le recours à la main-d'oeuvre familiale et par une relative abondance de terre. Le rôle des plantations est très restreint. L'importation est prise en compte du fait que son importance a atteint un niveau crucial. L'étude de l'offre totale nécessite une analyse approfondie de la production agricole et de tous les facteurs qui influencent la performance actuelle des agriculteurs. L'offre totale en produits vivriers et l'offre par produit dépendent de plusieurs facteurs: - la production agricole, qui dépend à son tour de l'utilisation efficace des facteurs de production, comme la main-d'oeuvre, la terre et le capital, l'attitude des paysans vis-à-vis du progrès et de l'acceptation de nouvelles techniques de production telles les engrais et les nouvelles variétés des cultures ou de meilleures façons culturales; - les prix obtenus pour d'autres produits agricoles, qui pourraient changer le plan de culture; - le développement ou le désenclavement de nouvelles zones de production; dans les années soixante et soixante-dix, Kinshasa était principalement approvisionné par la région du Bas-Zaïre; depuis la fin des années soixante-dix, la route Kinshasa-Kikwit a été asphaltée et la région du Bandundu est devenue un fournisseur important de

23

produits vivriers, tels que le manioc, l'arachide et le maïs, pour le marché de Kinshasa; une enquête routière exécutée en 1974 et en 1984 a démontré que la ville de Kinshasa devient de plus en plus dépendante de l'apport de la région du Bandundu; la part relative de l'apport par voie routière a augmenté de 49 % en 1974 à 67 % en 1984 (B.E.A.U., 1986); - la structure des importations, qui peut se modifier à cause des glissements sur le marché mondial ou des changements dans la législation nationale; pour le Zaïre la libéralisation de l'économie en 1982 a eu comme résultat que la situation sur le marché mondial influence plus directement le niveau national des prix. Il est important de faire une distinction entre l'offre totale et la quantité offerte. Le changement de la quantité offerte se traduit par un glissement vers le haut ou vers le bas le long de la courbe de l'offre (fig. O.la) et peut être dû à l'augmentation ou la diminution de la quantité produite par les paysans à cause du prix intéressant ou inintéressant. Le changement de l'offre totale se traduit par un déplacement de la courbe de l'offre de gauche à droite ou vice versa (fig. O.lb). Pour la demande en produits vivriers, le même raisonnement peut être appliqué (fig. O.lc, fig. O.ld). La demande en produits vivriers vient des consommateurs habitant la ville de Kinshasa et les centres urbains du Bandundu et du Bas-Zaïre, et des consommateurs en milieu rural, y compris les agriculteurs et leurs ménages. La demande totale en produits vivriers et la demande par proftuit dépendent des facteurs suivants: - la population: la demande en produits vivriers est en relation directe avec l'ampleur de la population; afin de maintenir la même consommation par personne, l'approvisionnement doit augmenter parallèlement avec la population; - le pouvoir d'achat de la population qui est en relation avec la quantité consommée et la composition du régime alimentaire; la situation précaire de l'économie zaïroise a un effet négatif sur le pouvoir d'achat; - l'ethnie: au Zaïre, chaque ethnie a ses habitudes de consommation et ses membres les gardent quand ils s'installent à Kinshasa; le changement de ces habitudes ne s'opère que lentement; - la composition de la population selon l'âge; - un changement du rapport entre les prix des produits: dans le souci de profiter le plus possible de son budget, le consommateur compare les prix des produits et remplace les produits les plus chers par ceux qui coûtent moins cher; les produits de base pouvant se substituer jusqu'à un certain niveau les uns aux autres sont: le manioc, le maïs,

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-

le riz, la banane plantain et le blé; pour les produits animaux, il y a la viande de boeuf, le poisson et la volaille; un changement de l'assortiment des produits disponibles (nouvelles zones de production, importation); l'exportation vers l'Angola, la république du Congo et les centres miniers du Kasaï; les facilités de préparation ou de conservation, qui peuvent influencer l'introduction d'autres habitudes de consommation, la durée de cuisson, qui est en relation directe avec le coût du charbon de bois, la main-d'oeuvre nécessaire ou les produits indispensables à la préparation; des changements dans les habitudes de consommation qui sont entraînés par le type de travail, la publicité, etc.. Le changement de la quantité offerte (la), de l'offre totale (lb), de la quantité demandée (le) et de la demande totale (ld)
Prix 18
Prix

Fig. 0.1:

1b

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Prix

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Prix

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Quantité Quantité

25

2. Un système de commercialisation La commercialisation représente le lien entre la campagne et la ville, entre le monde agricole et le reste de la société. Sans commercialisation, la production agricole n'aurait pas de sens et tout le monde serait obligé de vivre en tant qu'agriculteur-auto-consommateur. Ce serait perdre tous les avantages de la spécialisation et de la répartition du travail dans la société. C'est grâce à ces derniers que la croissance économique peut devenir une réalité et que le niveau de vie des citoyens peut être relevé. Un système de commercialisation peut être défini comme un ensemble d'éléments en interaction dynamique, organisé en fonction d'un but. Ces éléments ont un réseau de relations entre eux, mais des relations limitées, faibles ou nulles avec les autres ensembles. Ces relations fonctionnelles à l'intérieur de ces limites produisent un comportement d'ensemble tel que celui-ci réagit comme un tout à divers stimuli, même si le stimulus intervient dans une partie seulement de cet ensemble (Ndimira, 1991). Ainsi, un système de commercialisation est un ensemble opérationnel caractérisé par un flux de produits, un flux d'argent et un flux d'informations et le tout est lié et interconnecté (fig. 0.2). Des forces externes d'ordre économique, politique, social et culturel influent sur le système. Un système performant est caractérisé par une bonne coordination verticale dans toute la chaîne de commercialisation, c'est-à-dire que toutes les activités de prise de décision à tous les niveaux sont coordonnées et agissent de concert. Dans un tel système, les prix agissent comme des signaux vitaux de coordination. Ce sont les prix qui assurent une bonne coordination verticale des décisions à tous les maillons de la chaîne et, si c'est le cas, on parle d'une bonne efficience des prix. Ceci suppose une bonne information objective à la disposition de tous les intervenants dans le système. Une concurrence effective dans les interfaces d'échange (c'est-à-dire les marchés) entre les intervenants assure une allocation efficiente des ressources utilisées dans le fonctionnement du système de sorte que les opérations de commercialisation se font à moindre coût. Ceci requiert un certain nombre d'infrastructures de base (hardware) et des règles de comportement et un environnement légal clairs et équitables (software). Un système de commercialisation remplit essentiellement trois fonctions, à savoir une fonction d'échange (achat, vente, formation des prix), une fonction physique (collecte et transport, stockage, transformation et emballage, triage et classification) et une fonction de facilitation (financement et couverture du risque, informations objectives sur les conditions de commercialisation, recherche et développement, promotion des ventes). Ces fonctions existent dans tous les systèmes de commercialisation, mais elles

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Fig. 0.2.:

Schéma d'un système de commercialisation

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Source:

U.S.A.J.D.,

1972

sont remplies de manière différente selon le niveau de développement du pays et le degré d'évolution du système. Les différences sont aussi bien quantitatives que qualitatives, parce que le type de produits commercialisés, les quantités et les qualités sont tous fonction du niveau de développement du système qui dépend d'un ensemble de forces économiques, politiques, sociales et culturelles et du niveau de développement économique du pays. Etant donné que chacune de ces fonctions donne une valeur ajoutée au produit, la commercialisation ne peut pas être considérée comme une activité parasite, elle représente bel et bien un paquet de services ajoutés au produit pour lequel le consommateur est prêt à payer un certain prix.

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3. Les effets d'une diminution de la marge de commerciolisation Les différents services ajoutés à un produit après que celui-ci a quitté la ferme concernent la forme, le lieu et le temps (Eicher, Baker, 1985). Les changements de la forme comprennent les transformations, les triages, les changements de l'emballage, etc.. Les changements du lieu comprennent le transport du producteur aux centres de consommation et la distribution jusqu'au consommateur. Le temps comprend la durée du stockage afin de garantir au consommateur un approvisionnement stable au cours de l'année. En stockant un produit de la période de récolte jusqu'à une période sans récolte, le commerçant donne une valeur ajoutée à ce produit. La marge de commercialisation, définie comme l'écart entre le prix à la ferme et le prix à Kinshasa, comprend les coûts de collecte, de transport du centre de production au centre de consommation, de transformation si besoin est, de stockage, d'emballage et de distribution et des taxes diverses. L'amélioration du système de commercialisation doit aboutir à une diminution de la marge de commercialisation, par exemple par la réduction des frais de collecte, de transport, de distribution, de stockage, d'emballage, etc.. C'est seulement si de nouveaux services sont ajoutés au produit, par exemple une meilleure transformation, que la marge, ceteris paribus, pourrait augmenter. Lors d'une augmentation, la situation sera l'inverse de l'exemple étudié ci-après. Une diminution de la marge de commercialisation a les effets suivants (fig.O.3a) (sans augmentation des services ajoutés): - une diminution du prix au consommateur de Pc à P' e, - une augmentation du prix au producteur de Pp à P'p, - une augmentation de la production de Qp à Q'p, - une augmentation de la consommation de Qc=Qp à Q'c=Q'p, c'està-dire que la quantité consommée et la quantité produite augmentent parallèlement toutes les deux, - un déplacement des courbes de l'offre dérivée et de la demande dérivée. Lorsque la concurrence est parfaite, une diminution de la marge de commercialisation profite généralement aussi bien aux producteurs qu'aux consommateurs et ceci met en évidence l'importance d'une rationalisation des systèmes de commercialisation. La diminution du prix 6Pc (=Pc-P'c) et l'augmentation de la quantité consommée 6Q(=Qc-Q'c) favorisent le consommateur pour le montant abcd, le surplus du consommateur. Le producteur profite également d'une diminution de la marge pour le montant efgh, le surplus du producteur. Quand les courbes de l'offre et de la demande sont inélastiques, l'effet sur les prix est plus grand que l'effet sur les

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quantités (fig.0.3a); quand elles sont élastiques par contre, les effets sur les quantités (ÔQ) sont relativement plus importants que les effets sur les prix (fig.0.3b ). L'importance relative des effets sur les quantités et les niveaux des prix dépend du rapport entre les élasticités de l'offre et de la demande. Si les élasticités de l'offre et de la demande sont égales, l'effet sur le prix au consommateur sera égal à celui sur le prix au producteur (C:!Pp = C:!Pc). Si les élasticités ne sont pas égales, les effets de prix différeront: une inélasticité de l'offre donne lieu à une augmentation relativement importante du prix au producteur, une demande inélastique a comme conséquence une baisse du prix au producteur qui est plus importante que celle du prix au consommateur. Dans le tableau 0.1, les effets d'une réduction de la marge de commercialisation de 10 %, ceteris paribus, sur les prix au producteur (P) et au consommateur (C) sont calculés pour des courbes d'offre et de demande linéaires. L'importance d'une réduction de la marge de commercialisation peut être démontrée à l'aide d'un exemple concret. En supposant que l'élasticité de la demande est de -0.3 et l'élasticité de l'offre de 0.6 (ces estimations réalistes sont basées sur des études disponibles et sur notre expérience), une diminution de 10 % de la marge de commercialisation du manioc du Bandundu destiné au marché de Kinshasa aurait les effets suivants (en admettant une concurrence parfaite): - une augmentation du prix au producteur: + 10 % - une diminution du prix au consommateur urbain: - 5 % - une augmentation du volume commercialisé: + 6 % Les bénéfices totaux de cette réduction peuvent être calculés pour chaque niveau de la chaîne de commercialisation, à savoir pour le producteur, pour le consommateur et pour les commerçants. a. Le surplus des producteurs Selon nos calculs, les producteurs du Bandundu ont vendu 657 000 tonnes de manioc en équivalents de tubercules frais destinés au marché de Kinshasa en 1987/1988, soit 256 230 tonnes de cossettes (facteur de conversion: 0.39). Etant donné un prix moyen au producteur de 13 Z/kg (1 US $ = 160.7 Z), la valeur moyenne au niveau du producteur était de 3331 millions Z ou l'équivalent de 20.73 millions $ en 1987-1988. Les effets d'une réduction de la marge de commercialisation sont doubles: une augmentation du prix de 10 %, soit 2.07 millions $ (ejgh) et une augmentation du volume de 6 %, soit 256 230 t x 0.06 x 13.0 Z/kg x 0.10 x 0.5 = 9.99 millions Z ou 0.062 million $ Gfg). Les bénéfices totaux au niveau du producteur s'élèvent alors à 2.07 millions $ (l'influence du prix)

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+ 0.062 million $ (l'influence du volume), soit au total 2.13 millions $. b. Le surplus des consommateurs A Kinshasa, la consommation du manioc s'élève à 657 000 tonnes brutes en équivalents de tubercules frais, ou 591 300 tonnes nettes (en supposant 10 % de pertes), ou bien 230 607 tonnes nettes de cossettes de manioc (facteur de conversion: 0.39). Etant donné un prix de détail de 51.0 Z/kg, la valeur totale au niveau du consommateur est de Il 761 millions Z (73.19 millions US $). Les effets d'une réduction de la marge sont doubles: une diminution du prix au niveau du consommateur de 5 %, soit 3.66 millions $ (abid), et une augmentation du volume consommé de 6 %,
soit 230 607 t x 0.06 x 51 Z/kg x 0.05 x 0.5

= 17.64

millions

Z ou

0.11 million $ (bci). Les bénéfices totaux au niveau du consommateur à Kinshasa s'élèvent alors à 3.66 millions $ (l'effet du prix) + 0.11 million $ (l'effet du volume), soit au total 3.77 millions $. c. Les bénéfices pour les commerçants Les commerçants feront également des bénéfices à cause du volume commercialisé plus grand (+ 6 %). Le chiffre d'affaires des commerçants avant la diminution de la marge s'élève à 11 761 millions Z pour une vente de 230 607 tonnes à un prix de 51 Z/kg. En supposant les bénéfices des commerçants à 20 % pour le volume commercialisé, les bénéfices supposés pour tous les commerçants s'élèvent à 2 352 millions Z ou l'équivalent de 14.64 millions $. Après la diminution de la marge de commercialisation, la valeur de la quantité vendue s'élève à 230 607 t x 1.06 x 51 Z/kg x 0.95 = 11 843 millions Z, les bénéfices supposés pour tous les commerçants (20 %) à 2 369 millions Z ou l'équivalent de 14.74 millions $. L'augmentation des bénéfices nets est alors de 0.10 million $. Il est clair que si la marge bénéficiaire est calculée comme un pourcentage fixe de la valeur de la quantité vendue, les bénéfices n'augmenteront pas beaucoup, parce que la valeur de la quantité vendue a diminué à cause de la réduction de la marge de commercialisation. Mais même dans ce cas, les bénéfices des commerçants ne diminueront pas, car l'influence du volume commercialisé plus grand est plus importante que l'influence de la réduction des prix au consommateur. Si l'on suppose que les bénéfices des commerçants ne changent pas par unité de quantité vendue, les bénéfices nets seront égaux à l'effet du volume commercialisé plus grand (6 %). Si les bénéfices sont égaux à 20 % de la quantité vendue (14.64

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Fig. 0.3:

Les effets d'une baisse de la marge de commercialisation: (a) une offre et une demande inélastiques; (b) une offre et une demande élastiques.

Prix

(a) Prix Dc Dc Dc'

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Quantité

Marge:
Prix au consommateur Prix au producteur Demande au consommateur (demande primaire) Demande au producteur (demande dérivée) Offre du producteur (offre primaire) Offre au consommateur (offre dérivée Consommation Production Source: Boddez et Pevenage, 1962

avant réduction Pc Pp Dc Dp Op Dc Qc Qp

après réduction Pc' Pp' Dc' Dp' Op' Dc' Qc' Qp'

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millions $) avant la diminution de la marge de commercialisation et que ces bénéfices augmentent seulement sous l'influence du volume commercialisé plus élevé (6 %), les bénéfices nets pour les commerçants, ceteris paribus, seraient égaux à 14.64 millions $ x 0.06 =0.88 million $. On pourrait également supposer que les commerçants augmentent leur marge bénéficiaire unitaire en exerçant un certain pouvoir sur les marchés, c'est-à-dire en concurrence libre mais moins que parfaite. Ce scénario n'a pas été examiné. Les bénéfices totaux d'une réduction de la marge de commercialisation de 10 % sont: 2.13 millions $ - les bénéfices au niveau du producteur: 3.77 millions $ - les bénéfices au niveau du consommateur: 0.88 million $ - les bénéfices au niveau des commerçants: TOTAL: 6.78 millions $ Les calculs sont faits en admettant que la réduction de la marge de commercialisation n'affecte que le manioc vendu pour les consommateurs à Kinshasa; le manioc vendu aux ménages non agricoles de la région du Bandundu et le manioc vendu au Congo, en Angola et au Kasaï, ainsi que le manioc venant du Bas-Zaïre ou d'autres régions n'est pas pris en considération. D'autres produits ne sont pas pris en compte non plus. Ces effets bénéfiques pourraient se répéter chaque année et il serait possible de calculer la valeur actuelle nette de l'effet de la réduction de la marge de commercialisation. Dans ce cas, il serait irréaliste d'admettre que l'effet de cette réduction se ferait sentir tout de suite, sans délai. En réalité, la réduction serait graduelle et les effets bénéfiques ne sortiraient que graduellement en fonction de la dynamique concurrentielle des marchés. Tous les calculs ont été faits en utilisant des prix déflatés (1987 1988) et le taux de change officiel. Comme le prix réel au niveau du consommateur à Kinshasa a fort augmenté ces dernières années, les bénéfices attendus seront encore plus élevés que ceux démontrés dans ces calculs. Il est clair que les consommateurs à Kinshasa sont les grands bénéficiaires d'une diminution de la marge de commercialisation à cause de la demande assez inélastique pour le manioc et de l'influence du volume commercialisé plus grand. L'effet au niveau des consommateurs est le plus élevé à cause de l'ampleur de la marge de commercialisation. L'effet d'un changement d'un pourcentage au niveau du consommateur est quatre fois plus grand que le même changement au niveau du producteur. Les producteurs gagneront également à cause des effets combinés du prix et du volume plus élevés. La valeur de la quantité vendue augmentera de 2.13 millions $ par an, ce qui est égal à 10.3 % de leur revenu d'avant

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la diminution de la marge de commercialisation. Il est à remarquer que l'effet d'un changement du volume devient plus important en admettant que la demande et l'offre sont plus élastiques que dans ces calculs. Tab. 0.1: Les effets d'une réduction de la marge de commercialisation de 10 % sur les prix au producteur et au consommateur et sur les quantités commercialisées (en %) en supposant que le prix au producteur représente un quart du prix au
consommateur Elasticité de la demande -0.1 Producteur Consommateur Effet volume Producteur Consommateur Effet volume Elasticité de l'offre 0.2 +10.0 -5.0 +2.0 +18.0 -3.0 +3.6 0.6 +4.3 -6.4 +2.6 1.0 +2.7 -6.8 +2.7 1.4 +2.0 -7.0 +2.8 1.8 +1.6 -7.1 +2.9

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+10.0 +5.3 +4.3 +6.9 -5.0 -5.8 -6.2 -6.4 +7.4 +6.0 +6.9 +7.7 ......................................................................................................................................................................... +7.9 +6.5 -5.5 -5.9 +11.1 +11.7 ......................................................................................................................................................................... -0.5
Producteur Consommateur Effet volume
+21.4 -2.1 +4.3

-0.3

+13.6 -4.1 +8.2

+10.0 -5.0 +10.0

-0.7

.........................................................................................................................................................................

Producteur Consommateur Effet volume Producteur Consommateur Effet volume

+23.3 -1.7 +4.7 +24.5 -1.4 +4.9

+ 16.1 -3.4 +9.7

+12.3 -4.4 +12.3

+10.0 -5.0 +14.0

+8.4 -5.4 +15.1

+11.7 +10.0 -4.6 -5.0 + 16.4 +18.0 ......................................................................................................................................................................... -0.9 +18.0 -3.0 +10.8
+14.2 -3.9 +14.2 +19.4 +13.2 +11.4 +15.7 + 25.4 -2.6 -4.2 -4.6 -1.2 -3.6 +11.6 +18.5 +15.7 +20.5 +5.1 ......................................................................................................................................................................... -1.1 -1.3 Producteur Consommateur Effet volume +26.0 -1.0 +5.2 +20.5 -2.4 +12.3 +17.0 -3.3 +17.0 +14.4 -3.9 +20.2 +12.6 -4.4 +22.7 Producteur Consommateur Effet volume

Si les élasticités sont plus élevées, l'effet du volume deviendra plus important que l'effet du prix au niveau du producteur et du consommateur. En général, une diminution de la marge de commercialisation ne nuira pas 33

aux commerçants, mais les bénéfices ne seront pas très grands non plus si le système reste parfaitement compétitif. La compétitivitédu système garantit la répartition des bénéfices d'une diminution de la marge de commercialisation entre le producteur et le consommateur selon l'élasticité de la demande et de l'offre. C. LE CADRE DE REFERENCE DES ANALYSES
Afin d'établir des programmes effectifs pour améliorer le système de commercialisation des produits agricoles, les pays en voie de développement ont besoin d'analyses économiques complètes et profondes de ce secteur. Le système analytique de base permettant de développer des méthodes d'approche adaptées, est basé sur la théorie "Structure-ComportementPerformance" qui a été décrite par Bain (1968), Pritchard (1969) et Scherer (1980) (fig. 0.4). Selon ce modèle, les données physiques, économiques, légales et sociales sont généralement considérées comme des conditions de base. Bain (1968) définit la structure d'un marché comme toutes les caractéristiques qui déterminent les rapports entre les producteurs, entre les producteurs et les clients, entre les clients et entre les producteurs existants et potentiels. Clodius et Mueller (1969) d'une part et Scherer (1980) d'autre part distinguent trois critères pour la structure: - le nombre de commerçants doit être aussi élevé que l'économie le permet; - l'absence d'obstacles artificiels pour la mobilité et l'entrée; - l'existence de différences modérées et visibles des prix selon la qualité des produits. Il faut toutefois remarquer que tous ces critères sont développés pour des analyses dans les pays industrialisés. Pour la commercialisation des produits agricoles dans les pays en voie de développement, la définition est trop restreinte, puisque les problèmes structurels se situent souvent à un autre niveau. Le développement d'un système de mesures uniformes et de lois efficientes sur les contrats et sur l'organisation du commerce par exemple, peut être plus important pour la performance du marché qu'une action réduisant la concentration du marché. Le degré limité de différenciation des produits dans une économie en développement avec ses outputs bien limités et la basse demande effective, peut être moins important que les déficiences dans la structure qui réduisent la productivité (Pritchard, 1969). Dans notre étude, la structure comprend les caractéristiques générales. Au niveau de

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l'agriculteur traditionnel, il y a l'analyse des facteurs de production, à savoir la main-d'oeuvre, la terre et le capital. L'intensification de l'agriculture qui se base sur un changement de l'utilisation des facteurs de production, notamment à cause de la pression démographique et de l'accès au marché, sera analysée. Au niveau du commerce et du transport, il yale degré de concentration de l'offre et de la demande, c'est-à-dire le nombre et la taille des entreprises de commerce, la distribution des informations sur les marchés, la présence des différentes qualités et leurs prix, la manipulation des poids et mesures, les conditions d'entrée dans le commerce et la structure financière. Le comportement est "la manière de réagir des entreprises en matière de commercialisation" (Bain, 1968), c'est-à-dire la politique et la stratégie des entreprises. Selon Scherer, les critères du comportement incluent: - l'incertitude chez les concurrents s'ils vont suivre des initiatives des prix, - que les entreprises doivent essayer d'atteindre leurs buts indépendamment sans collusion, - l'absence de tactiques malhonnêtes, exclusives, prédatrices ou coercitives, - que des vendeurs et des clients inefficaces ne peuvent pas être protégés d'une manière permanente, - que la publicité des ventes est honnête, - que la discrimination des prix par des différences persistantes et malfaisantes des prix doit être absente. Dans le cadre de cette étude, les variables de comportement retenues sont l'adaptation des producteurs et des commerçants aux changements du marché et leurs prises de décision. Pour les commerçants et les transporteurs, il y a la façon de fixer les prix, les ententes, les relations avec les fournisseurs et le service à la clientèle. Pour les agriculteurs, il y a également la décision de produire sur la base des prix au marché, la façon de fixer les prix et la décision de stocker des produits. La performance est le résultat du comportement et de la structure et concerne l'efficacité, le progrès et la diffusion des bénéfices de la progression. Ces variables seront corrélées avec les variables observées de comportement et de structure afin de déterminer la causalité. En pratique, il est souvent difficile de faire une distinction entre le comportement et la performance. La nature de la variable comportement est claire par sa performance (pritchard, 1969). Scherer (1980) définit les critères de la performance comme suit: - les opérations de la production de l'entreprise doivent être efficaces; - les dépenses pour la publicité ne peuvent pas être excessives;

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les bénéfices doivent être à un niveau où l'investissement, l'efficacité et l'innovation sont rémunérés; les niveaux de production et la gamme des qualités doivent répondre à la demande des clients; les opportunités afin d'introduire des produits et techniques nouveaux supérieurs sur le plan technique doivent être exploitées; les prix ne peuvent pas intensifier l'instabilité cyclique; le succès doit être attribué aux vendeurs qui répondent le mieux aux demandes des clients.

Les réactions des commerçants sont fort influencées par des facteurs non économiques comme les caractéristiques psychologiques et culturelles des participants, leurs relations sociales et leurs manières de communication. Tous ces facteurs peuvent former des obstacles énormes pour arriver à des bénéfices économiques (Slater et al., 1969). Ainsi, il y a par exemple: - le niveau d'éducation, qui est souvent assez bas dans les pays en voie de développement et surtout en milieu rural: l'incapacité d'utiliser des messages écrits empêche souvent le transfert de nouvelles idées ou d'une nouvelle technologie ou l'apprentissage de techniques existantes par des gens qui entrent dans le métier; - les buts effectifs des participants, qui peuvent être non économiques, par exemple les relations sociales, l'acceptation par les autres, etc.; - le manque de coopération qui empêche l'intégration efficace des actions telles que le défrichage de champs nouveaux, la combinaison d'achats afin d'arriver à un prix unitaire moins élevé, etc.; - le fatalisme ou l'idée que l'environnement ne peut pas être contrôlé par un individu; - le manque d'innovation dans la vie économique personnelle; les mass-media, qui pourraient être un moyen important de communication et d'information dans le commerce, sont rarement utilisés dans ce but. Dans cette étude, l'efficacité est analysée sur le plan technique (allocation efficiente des ressources) et sur le plan des prix. Auprès des paysans, les indicateurs de l'efficacité technique comprennent la production, les revenus, les bénéfices, les pertes et le stockage. Au niveau du commerce, l'efficacité technique concerne surtout l'organisation des entreprises. Pour l'étude de l'efficacité-prix du commerce, les analyses des séries de prix sont utilisées: les tendances, les cycles et les mouvements saisonniers, les écarts de prix d'un marché à l'autre et les frais de transport, la corrélation des prix entre les différents marchés, la comparaison des variations saisonnières des prix et les frais d'entreposage. L'efficience des prix concerne les prix comme

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signaux d'allocation des ressources et la compétition effective dans les marchés. Cela signifie une bonne coordination verticale dans la chaine de commercialisation. Le concept de coordination verticale est l'élément dynamique dans l'approche, qui pour le reste est souvent statique. Pour une bonne coordination verticale, il faut des informations correctes (prix, conditionsde commercialisation)et disponiblesau momentopportun et à tous les intervenants, afin d'assurer également une compétitioneffective.
D. L'ORGANISATION DE L'ETUDE2

La structure de l'étude reflète la chaîne de commercialisation. Les différents chaînons, à savoir la production, la collecte, le transport (routier et fluvial), la distribution en ville (demi-gros et détail) et la consommation à Kinshasa seront traités consécutivement (fig.O.S). Chaque stade du processus de commercialisation sera l'objet d'un chapitre et sera analysé en détail selon l'approche "Structure-Comportement-Performance". Le premier chapitre concernera les conditions de base du système de commercialisation. Les caractéristiques générales des régions du Bandundu et du Bas-Zaïre, telles que la géographie, la végétation, le climat et les aspects généraux de l'agriculture, y seront présentées. La politique agricole du Zaïre et les instituts officiels qui interviennent dans l'agriculture et dans la commercialisation, seront également commentés. Le chapitre deux comprendra un commentaire détaillé sur les méthodes qui ont été développées pour la mesure de la production, des ventes, des prix et des achats des produits vivriers par les agriculteurs traditionnels zaïrois. Ensuite, il y aura une analyse détaillée des principaux facteurs de production, notamment la main-d'oeuvre, la terre et le capital. La performance des agriculteurs sera également mesurée sur base des quantités produites et commercialisées, de la situation nutritionnelle des familles rurales et des revenus agricoles. Le chapitre trois traitera la collecte et le transport des produits vivriers par voie fluviale et par voie routière. Dans le processus de

2 Les enquêtes se sont déroulées pendant une période de trois ans. Etant donné que l'inflation fluctuait énormément pendant cette période, il faut bien tenir compte de l'indice utilisé et il faut faire attention lors d'une comparaison des valeurs exprimées en zaïres dans les différents chapitres de l'étude. Le déflateur généralement utilisé est l'indice général des prix à la consommation des ménages, à Kinshasa, de l'Institut National de la Statistique.

38

commercialisation, la collecte des produits en milieu rural et leur transport aux centres de consommation présentent une part importante des coûts d'intervention. Pour les produits vivriers de faible valeur marchande destinés à l'alimentation de la population disposant de revenus modestes, ceci est important. Pour la ville de Kinshasa, la distance entre le lieu de production et le lieu de consommation est grande à cause de la faible densité de la population autour de Kinshasa. L'analyse sera concentrée sur trois catégories d'intermédiaires jouant un rôle prépondérant dans le processus de commercialisation, notamment les transporteurs routiers et fluviaux, qui peuvent être propriétaire, locataire ou gérant d'un camion ou d'un bateau, et les par-colis, une catégorie de commerçants qui louent une place sur un véhicule et qui vont acheter (collecter) des produits agricoles dans les zones rurales pour les vendre sur les parkings de la ville. Le secteur de distribution comprend les grossistes, les demi-grossistes et les détaillants. Ce secteur sera discuté dans le chapitre quatre. Les demigrossistes avec dépôt se situent dans le soi-disant "circuit long", c'est-à-dire dans le circuit où il y a plus d'un intermédiaire entre le producteur et le détaillant. Ils commercialisent principalement des produits qui arrivent par bateau, qui sont importés ou qui arrivent par camion mais qui ne sont pas directement vendus sur les parkings et qui passent par les grossistes et puis par les demi-grossistes. Les "par-colis" par contre, achètent auprès du paysan et revendent souvent au détaillant et même au consommateur. Ce deuxième circuit est le "circuit court". A Kinshasa, le commerce de demi-gros est relativement difficile à définir. Les fournisseurs des demi-grossistes sont aussi bien des grossistes, des demi-grossistes, des producteurs que des par-colis. Parfois les demi-grossistes fonctionnent également comme grossistes, transporteurs, collecteurs, etc.. Il arrive également que les consommateurs achètent directement auprès des demi-grossistes et ceci surtout pour la nourriture de base (le manioc, les bananes, le riz, le maïs, etc..). Théoriquement, les demi-grossistes fonctionnent dans ces cas comme des détaillants. Le chapitre cinq sera consacré à la consommation à Kinshasa. Font l'objet d'étude, les facteurs qui influencent la demande en produits vivriers, tels que la structure de la population, le pouvoir d'achat et les habitudes de consommation. L'importation des produits vivriers sera également traitée. L'accent sera mis sur les céréales et les produits d'origine animale. Dans le chapitre six, la performance de la chaîne de commercialisation sera traitée. Un système de commercialisation performant est caractérisé par une bonne coordination verticale dans la chaîne, qui est le résultat d'informations objectives disponibles en temps opportun à tous les intervenants, par une efficience des prix comme signaux d'allocation des ressources et par une compétition effective dans les marchés. Par conséquent, la recherche sera

39

surtout basée sur les prix aux différents niveaux de la chaine de commercialisation.Les chapitres sept et huit seront consacrésaux conclusions et aux recommandations. Fig. 0.5.:
Schéma de la chatne de commercialisation
Production agricole
Transformation
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à la ferme

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Vente au détail

D
Vente au micro-détail

il
Consommation

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CHAPITRE I: LES CONDITIONS PHYSIQUES ET INSTITUTIONNELLES DE BASE

A. LES CONDITIONS PHYSIQUES (BANDUNDU, BAS-ZAIRE, . KINSHASA)

1. La géographie, la végétation et le climat La région du Bandundu couvre une superficie de 295 750 km2 et est divisée en trois sous-régions rurales et deux sous-régions urbaines. Les sousrégions rurales sont le Mai-Ndombe1, le Kwilu et le Kwango. Les villes de Bandundu et de Kikwit constituent les sous-régions urbaines. Chaque sousrégion est subdivisée en zones, qui à leur tour sont subdivisées en collectivités, groupements et villages. Les analyses seront faites au niveau des régions, des sous-régions et des zones. Il s'avère que pour la région du Bandundu, les aires écologiques correspondent au découpage administratif de la région (S.B.P., 1986). Le Mai-Ndombe est une zone forestière, le Kwilu est constitué de forêt et de savane et le Kwango est essentiellement une zone de savane. Dans l'ensemble, les sols de la région du Bandundu sont formés de sables limono-argileux et de limons sableux. La teneur en limon argileux est la plus forte dans la zone qui environne le lac Mai-Ndombe. Dans le sud, principalement dans la sous-région du Kwango, les sols sont sableux ou sablo-argileux avec un squelette pauvre. Ce sont des sols du type Kalahari d'une extrême pauvreté, caractérisés par 10 % d'argile, un pH de 3 à 5, une pauvreté en cations et donc une valeur agricole médiocre (S.E.P., 1988) (fig. 1.1). La région du Bas-Zaïre couvre une superficie de 54 804 km2 et est également divisée en trois sous-régions rurales (le Bas-Fleuve, les Cataractes, la Lukaya) et deux sous-régions urbaines (Matadi, Borna). Elle est caractérisée par une hétérogénéité du sol et, dès lors, de la végétation. Le sol

1

En 1990, la sous-région du Mai-Ndombea été subdiviséeen deux parties: la

nouvelle sous-région du Mai-Ndombe contient les zones de Kutu, de Kiri, d'Inongo et d'Oshwe. La deuxième partie s'appelle la sous-région du pfateau et contient les zones de Mushie et de Bolobo. Seul le chapitre 4 (la collecte et le transport) tient compte de ce changement. 41

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