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NOUVELLES CONGOLAISES (n° 19-20)

162 pages
Au sommaire de ce numéro :
- Biographie de Denis Sassou Nguesso
- Le MPC et le Forum national pour la reconciliation du Congo
- MCDDI/Paris : chronique d'une volte-face
- Congo-Brazzaville nouvelle transition ? Vers quoi
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NOUVELLES CONGOLAISES

numéro 019/020 Mars- juin 1998

B.P.32 91103 Corbeil-Essonnes Cedex France E-mail: groupeices@minitel.net
L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE L'Harmattan Ine 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

=r.

]998 IS ON : 2-7384-7040-8

@ L'Harmattan,

@ ICES 1998 Directeur de la publication: Alain KOUNZILAT Direction générale: Denis SAMBA

ISSN: 126-7504 Commision paritaire: 76166 AS

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SOMMAIRE
Editorial Denis Sassou Nguesso - Biographie (Marie KOUNZILA 1) Congo-Brazzaville nouvelle transition? Vers quoi? (abbé Jonas KOUD/SSA) Le MPC et le Forum national pour la réconciliation du Congo (Maître Aloise MOUDILENO-MASSENGO) MCDDI/Paris: Chronique d'une volte-face (Gustave B/MBOU) L'Afrique et la tounnente financière (Benjamin BILOMBOT-B/TADYS) Les démoliseurs en habits neufs? (Berijamin B/LOMBOT-B/TADYS) A propos des cercles magiques kindoki (Alain KOUNZ/LA1) Essai d'ontologie kimbanguiste (Nkalu BALONDA) Le laser et le concept kundu (Alain KOUNZ/LATj Crises, mutations et conflits politiques au CongoBrazzaville par Grégoire Ndaki (Gustave B/MBOU) La sorcellerie infantile en milieu urbain kinois (Jackie BOT/MELA -LOTETEKA) Illustratio partielle d'un nouveau mode de vie au Congo: le mbeba (Gustave B/MBOU) La veuve (Nouvelle) - (Yvonne BIFOUENJ) Le M'bongui (Lucien GOMEZ)

Pages 4-5 6- 10
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EDITORIAL
S'efforçant essentiellement de mettre hors d'état de nuire les partisans de Pascal Lissouba ou de Bernard Kolelas, le gouvernement présidé par Sassou II donne souvent l'impression de ne pas être à même de résoudre les terribles problèmes que connaissent des Congolais désemparés depuis la catastrophe de 1997. Quant aux partisans de l'ancien régime qui s'évertuent à mener des opérations militaires contre les forces gouvernementales, leur volonté de détruire le tissu social et économique participe de plus en plus d'une vision primaire des enjeux actuels. Les difficultés rencontrées par l'actuel gouvernement étaient en fait prévisibles. Seuls ceux qui ont l'habitude de prendre le Congo pour ce qu'il n'est pas continuent à tenir des discours qui rendent difficile la résolution de ses maux. Les évêques réunis à Kinkala en mai 98 ont, eux, fait preuve de plus de maturité, et de sens de l'analyse. Dans un message extrêmement rigoureux et prophétique, ils se sont prononcés en faveur de l'exclusion définitive de la scène politique de tous ceux qui ont, ces dernières années, entretenu et dirigé des milices privées au Congo-Brazzaville. Malheureusement, les propos des évêques n'ont pas été appréciés adéquatement par Sassou Nguesso et ses hommes. Or, ignorer la portée de ce que les évêques ont dit à Kinkala, c'est jouer la politique du pire et -4-

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maintenir le pays sur la voie de la violence et de la régression. Le 8 mars 1998, le Parlement européen a adopté une résolution sur le Congo-Brazzaville dans laquelle il déplore le fait que "depuis le 19 octobre 1997, la Constitution du pays est abrogée, et que le Parlement, les institutions locales, la Cour suprême et le Conseil constitutionnel ont été dissous", puis "demande aux autorités congolaises de respecter les libertés fondamentales et individuelles", et considère à juste titre que "seule l'organisation d'élections libres, démocratiques et sous contrôle international peut garantir la légitimité du pouvoir au Congo et permettra la restauration de la démocratie". Le processus démocratique congolais restera-t-il longtemps interrompu? Sassou Nguesso tentera-t-il de se maintenir au pouvoir par les armes? Si le pouvoir actuel veut réellement favoriser la paix, il lui faut faire en sorte que des élections pluralistes soient organisées au Congo aussi rapidement que possible. Le pouvoir actuel doit comprendre qu'il est dans son intérêt que de telles élections soient supervisées par la communauté internationale.

Ange-Séverin MALANDA

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DENIS SAS SOU NGUESSO BIOGRAPHIE
Né en 1943 à Edou dans le nord du Congo, .Denis Sassou Nguesso a suivi uneformation militaire à l'Ecole Interarmes des officiers de réserve de Cherchell en Algérie, puis à l'Ecole d'Application de l'Infanterie de SaintMaixent en France. Il est marié et père de sept enfants. Après des études primaires dans sa régiun natale, Denis Sassou Nguesso est admis au Collège normal de Dolisie. - 1960: Denis Sassou Nguesso a environ 18 ans quand il termine à l'Ecole Normale de Dolisie avec comme diplôme le Brevet élémentaire d'études.
A cette époque, il pouvait déjà exercer le métier d'instituteur, mais il préféra suivre une formation militaire. - 1961: Admis au concours d'élèves officiers, Denis Sassou Nguesso est affecté à la base militaire de Bouar, en Centrafrique, pour suivre une préparation militaire supérieure.

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Cette formation sera complétée à Cherchell, en Algérie, à l'Ecole Interarmes des officiers de réserves'.

« Rentré au Congo, j'ai pratiqué mon métier d'officier pendant un an dans une unité de combat. Après quoi, j'ai été admis à l'Ecole d'Application de l'Infanterie de SaintMaixent, dans les Deux-Sèvres »2.

Fonctions occupées: -1974: Commandant du Groupement aéroporté, Commandant des forces terrestres et Commandant de la zone autonome de Brazzaville. - 1976: Directeur de la sécurité d'État.
- 1976-1978: Ministre de la Défense. «... Je n'aspirai à rien de plus lorsqu'un évènement dramatique en décida autrement.. le 18 mars 1997, Ngouabi était assassiné, à 14h30, dans le palais présidentiel... »3. « ...En qualité de ministre de la Défense, j'ai assuré l'intérim du 18 mars au 2 avril, jour des obsèques de Ngouabi »4.

I

Nous ignorons les dates exactes et la durée de la scolarité à l'école de

Cherchell en Algérie et à celle d'Application de l'Infanterie de SaintMaixent en France. : Denis Sas sou N'Guesso, Le manguier. leflel/ve et la sOI/ris. Editions Jean-Claude Lattès. 1997. 3lbid. 4lbid.

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-1977: ministre de la Défense et vice-président du Comité militaire du parti, organe créé à la suite de l'assassinat du président Marien Ngouabi.

-1979: Congrès du PCTs, le 5 février, Denis Sassou Nguesso est élu président du Comité du parti. « ...j'ai eu la chance d'organiser ce congrès. Au cours de celui-ci,j'ai exposé le programme d'action que j'avais mis au point. Mes camarades durent estimer que, étant favorable à l'exercice civil du pouvoir, je représentais une synthèse idéale des différentes tendances. Le seul, sans doute, à être en mesure d'éviter de nouveaux déchirements à l'intérieur du pays. Ils m'élirent président du parti. Je devenais, ipso facto, le nouveau chef de l'Etat. J'avais trente-six ans .»6 -1979: Président de la République, puis général d'armée.
-1986: Président (OUA). de l'Organisation de l'unité africaine

- Distinctions honorifiques: -Grand croix de la Légion d'honneur de France. -Prix Simba. -Mercure International. -Prix du conseil mondial de la paix. -Docteur honoris causa de l'Université du Maroc.
* * *
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PCT: Parti congolais du travail, parti unique à cette époque. Ibid.

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Sur le plan international, l'action du président Denis Sassou Nguesso s'est déployée dans deux directions principales: *le règlement pacifique des conflits politiques internes ou externes entre États africains.

*le développement et l'intensification de la coopération Sudsud. Pour lui, cette stratégie contribue à réduire le déséquilibre Nord-Sud. Ces initiatives ont convergé vers la création à Brazzaville, de la Communauté économique des États d'Afrique centrale (CEEAC) regroupant Il pays.

Autres initiatives:
-Organisation à Brazzaville du premier congrès des hommes de sciences africains. -Création d'un fonds de solidarité avec les pays d'Afrique australe. -Président de l'OUA, Denis Sassou Nguesso a parcouru le monde pour plaider la cause de l'Afrique. Il a été le principal artisan de l'évolution démocratique du Congo, car après avoir opéré des mutations internes dans son parti, il a convoqué et garanti, dans la paix, la tenue en 1991 de la Conférence nationale souveraine. Cette Conférence débouchera sur le processus démocratique en cours au Congo, avec l'organisation en 1992 des élections libres.

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- Août

1992: Denis Sassou Nguesso est battu aux élections présidentielles. - Après deux ans d'exil à l'étranger, notamment en France, Denis Sassou Nguesso rentre au Congo en Février 1997 dans le but de se représenter aux élections présidentielles prévues pOUf uillet 1997. j - Le 5 juin 1997, Denis Sassou Nguesso est victime d'une attaque de l'armée gouvernementale. Cette attaque entraînera une guerre au Congo pendant 4 mois. - Le 14 octobre 1997, Denis Sassou Nguesso confmne sa supériorité militaire en contrôlant presque l'ensemble du pays avec l'aide de l'armée angolaise.
-Le 27 octobre 1997, Denis Sassou s'autoproclame Président de la République. Nguesso

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CONGO-BRAZZA VILLE: NOUVELLE TRANSITION? ... VERS QUOI?
Abbé JOl/aJ I(OUDISS~!

1-Introduction
Du 5 au 14janvier 1998,j'ail pris part au « Forum national pour la réconciliation, l'unité, la démocratie et la reconstruction du Congo» à Brazzaville, capitale du Congo. L'événement a rassemblé près de I 500 Congolais2. Cette réunion avait été organisée par le nouveau maître du Congo, le général Denis Sassou-Nguesso, autoproclamé président de la République à la mi-octobre 1997 après que ses milices « Cobras ». soutenues par les troupes angolaises, soient sorties victorieuses dans la lutte qui les opposait aux milices « Cocoyes )}du Président régulier Pascal Lissouba. Après 5
Jonas Koudissa a participé directement au processus de démocratisation du Congo (1991-92). II était conseiller et chef des services de presse de l'évêque Ernest Kombo, président de la Conférence Nationale et du Parlement transitoire. Depuis 1994, il rédige une thèse à l'Université WWU de Munster. : La Conférence Nationale du 25.02.-10.06.1991 avait seulement réuni 1200 délégués.
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mois de rudes combats Uuin-octobre 1997) à Brazzaville et dans le nord du pays, le «Forum National» devait marquer le retour à la normalité et jeter les bases d'une nouvelle transition démocratique. Dans le discours qu'il tint le 25.10.1997, à l'occasion de sa prestation de serment, SassouNguesso fixa au Forum les objectifs suivants: «Il (le Forum) aura pour objectifs de permettre à l'ensemble du peuple, de participer aux débats sur les questions essentielles de la Renaissance du Congo, de déterminer la durée, le contenu et les modalités de la période de transition, de débattre des questions relatives au développement d'une démocratie pluraliste qui ne saurait être parasitée par les facteurs ethniques, fixer les dates des prochaines élections générales, favoriser la réconciliation nationale >l
L'exposé suivant veut en premier lieu mettre en relief les circonstances, ou les causes, directes et indirectes, qui ont conduit le Congo à la situation politique présente, avant d'aborder la question de savoir si le « Forum National» a répondu ou non aux objectifs à lui fixés par Sassou Nguesso, à savoir la réconciliation, l'unité, la démocratie et la reconstruction du Congo. Cette réflexion sur la portée réelle du Forum je l'ai thématisée sous la forme des cinq sousquestions suivantes: 1. Dans quelle mesure peut on prétendre que le « Forum National» a posé les fondements pour la réconciliation, l'unité, la démocratie et la reconstruction du Congo? Le
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Extrait d'un discours de Sassoll-Ngllesso: cité d'après le "Rapport Général": Forum National pour la réconciliation. l'unité. la démocratie et la reconstruction, Brazzaville du 5 au 14 janvier 1998. p. 9. - 12 -

Politique

forum a-t-il rendu les parties en conflit et les communautés ethniques ennemIes aptes à une cohabitation pacifique? 2. Quelles perspectives nouvelles apporte cette «2ème Conférence Nationale}) qui n'a duré que dix jours; une réunion qui n'a du reste pas bénéficié d'une aussi large acceptance que la Conférence Nationale de 1991? 3. La nouvelle transition approuvée par le Forum peut-elle vraiment conduire le Congo à une démocratie plus stable, là où précisément la première transition (10.06.199131.08.1992), qualifiée de particulièrement réussie, n'a pas pu empêcher l'effondrement du Congo?4 4. Le modèle présidentiel, actuellement préconisé par Sassou-Nguesso, est-il en mesure d'offrir au Congo plus de chances pour consolider sa démocratie, pour sa stabilité politique et son développement, que ne le fit le modèle semi-présidentie15 qui a prévalu jusqu'à présent? Est-ce que ce changement de modèle résoudra à lui seul tous les problèmes qui, en cinq années seulement, ont plongé le Congo dans deux guerres de milices? En d'autres

~

Voir entre autres à ce sujet la réponse du CNT sur la position du

Parlement Européen du 08.03.\998 concernant la situation politique au Congo: "Au terme d'une transition pacifique, les congolais se sont dotés, le 15 mars 1992, d'une Constitution conforme à leurs nouvelles aspirations. Sans accrocs, les élections locales, législatives et présidentiel/es ont été organisées." Cité d'après La Semaine Africaine, n° 2151/19.03.1998, p. \0. < L'article 36 de l''' Acte Fondamental" adopté par Sassou-Nguesso, prévoyait déjà que le Président devienne le seul responsable de l'exécutif et introduisait ainsi un système présidentiel à la place du système semiprésidentiel. Le Forum n'a fait qu'entériner cette décision (voir sous 4!). - 13 -

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termes: est-ce que le Forum constitue une garantie contre tout recours à la violence au Congo? 5, Quels pronostics peut-on faire sur l'évolution politique du Congo dans les prochaines années, eu égard à la situation politique actuelle, en particulier au regard des premiers actes du régime Sassou II?

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Les causes cinq mois

immédiates

de la guerre des

Le 5 juin 1997, c'est-à-dire, environ un mois avant les nouvelles élections présidentielles prévues pour le 27 Juillet6, le chef d'Etat en exercice Pascal Lissouba ordonna l'assaut de la résidence de son rival, Denis Sassou-Nguesso, Cette attaque qualifiée par la radio de l'Etat « d'opération régulière de police », avait été ordonnée la veille par le conseil des ministres. L'unique but de l'opération, semble-t-il, était de mettre aux arrêts deux des gardes du corps de Sassou, tenus par le gouvernement Lissouba pour responsables dans les « événements d'Owando-Oyo »: le colonel Bonaventure Engobo et le commandant Pierre Aboya. Dans un communiqué de presse publié par l'Ambassade du Congo à Paris, le 9 Juin 1997, on pouvait lire, au sujet des événements d'Owando-Oyo, le récit suivant (je n'en retiens que les passages les plus significatifs!):

6

Le mandat de Lissouba qui avait débuté le 31.08.1992 devait expirer le

31.08.1997. Jusqu'à cette échéance. les nouvelles élections devaient avoir eu lieu. La classe politique congolaise s'étaÎt mÎse d'accord sur la date du 27 juillet pour le premier tour. - 14 -