NOUVELLES CONGOLAISES (n° 23-24)

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Au sommaire de ce numéro : Lettre à Monsieur le Président de la République Française (Denis Pryen et Pr. Makouta-Mboukou) ; Pour comprendre la crise du Congo-Brazzaville (Apolinaire Ngolongolo) ; Quelles alternances en République démocratique du Congo ? (Antoine Tshitungu) ; Construire une société civile au Congo (Raymond Mackita)…
Publié le : mardi 27 mars 2012
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EAN13 : 9782296393196
Nombre de pages : 134
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NOUVELLES

CONGOLAISES
La crise congolaise
Numéro 023/024 - Janvier-Avril 1999

B.P. 32 - 91103 Corbeil-Essonnes Cedex FRANCE L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris - FRANCE L'Harmattan INC 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

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Nouvelles Congolaises numéro 023/024

Directeur de la publication:

Alain KOUNZILAT

@ ICES 1999 B.P.32 91103 Corbeil-Essonnes Cedex France e-mail: groupeices@minite1.net ISSN: 126-7504 CPP: 76166AS
@

L' Harmattan,

1999

ISBN: 2-7384-8118-3

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Nouvelles Congolaises numéro 023/024

SOMMAIRE
Page
-Editorial (Pr. J.-P. MAKOUTA-MBOUKOU) -Lettre à Monsieur le Président de la République Française (Denis PRYEN et ProMAKOUTA-MBOUKOU) -Pour comprendre la crise du Congo-Brazzaville (Apolinaire NGOLONGOLO) -Quelles alternances en République démocratique du Congo? (Antoine TSHITUNGU) -La question Kongo (Ange-Séverin MALANDA) -Construire une société civile au Congo (Raymond MACKITA) -Entretien avec Henri Lopes (Dea DRNDARKA) -La France qui gagne (B. B. BrfADYS) -Incitation à la rêverie (Poème) (Thierry SINDA) Livre: Alain MABANCKOU, Bleu Blanc Rouge, Présence Africaine (J. B. DONGALA) -Le roman en péril (Sélom K. GB;1NOU) -En mémoire du Cardinal Emile Biayenda (Association A. C.E.B.) 005

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EDITORIAL
Sassou Nguesso veut-il la paix et le bonheur du Congo?
Jean-Pierre MAKOUT A-~fBOUKOU eut-on facilement répondre à cette question, sans susciter d'autres interrogations? En effet, pourquoi son épouse se comporte-t-elle comme si elle pensait qu'on la culpabiliserait? Sa fille et son gendre seraient-ils étrangers à cette entreprise d'extermination systématique? Jacques Chirac serait-il innocent dans cette affaire, alors que le gendre de Sassou Nguesso confesse avoir facilité des passages, au Congo, des armes en provenance de France? Sassou Nguesso est totalement pris en charge par les pétroliers fIançais qui déclarent ne jamais l'abandonner, pour avoir rondement misé sur lui. Sassou Nguesso est très précieux pour la France, et Jacques Chirac n'est pas prêt à le renier publiquement, ce qui pourtant l'aurait contraint à l'arrêt du massacre. Quoi qu'il en soit, ainsi que le déclarent les observateurs, Sassou Nguesso ne peut rien contre la - 5-

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résistance congolaise. Il ne réussira pas à exterminer tous les Congolais, encore moins tous les Laris. Il y a trop de pqpulations concernées, trop de personnes hors du pays. Environ cinq cent mille (500.000) vivent à l'étranger. Ces populations reviendront, tôt ou tard, au Congo, même après le décès de Sassou, pour demander des comptes à tous ceux qui auront participé à cette violence (plus de 100.000 morts selon les statistiques d'aujourd'hui). De nombreux Congolais, où qu'ils soient, sont, d'ores et déjà, dépositaires des listes de ceux qui, de près ou de loin, auront participé au régime de Sassou Nguesso ou l'auront consolidé, en tant que Ministres, Conseillers, Administratifs, Agents municipaux ou Officiers. Même ceux qui ont démissionné, quel que soit leur statut social ou ceux que Sassou Nguesso aura démissionnés, auront participé à la mise au point du programme d'extermination des populations du Sud. Somme toute, accepter de collaborer avec Sassou Nguesso, dont on sait qu'il a détruit plus de 125.000 vie humaines, c'est déjà criminel. Ce ne sont pas seulement les Mbochi qui sont ainsi identifiés et reconnus comme génocidaires, mais également tous les autres connus et inconnus, toutes positions sociales confondues. Sassou Nguesso a légitimé la corruption au Congo. Néanmoins, nous déplorons que de nombreuses personnes ne résistent pas à la corruption, et affirmons que d'honnêtes citoyens disposent de longues listes de ceux qui ont participé aux massacres des Bakongo. On entend ici ou là:

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« Bakongo! bakofa bango! Bazaa bato te. Mpo na nini batalaka kaa bango? »1 Pour le bonheur et la paix du peuple congolais, nous suggérons le rétablissement de la liberté de circulation sur tout le territoire et la libération de tous les otages. Nous proposons que soit décidé une transition, à laquelle participeront toutes les parties en présence, pour préparer les diverses élections (régionales, communales, législatives et présidentielles). En effet, sans les élections libres et transparentes et sous contrôle international, il n'y aura pas de réel pouvoir au Congo. Nous souhaitons également l'indemnisation de toutes les victimes afin qu'elles réintègrent leurs quartiers (Bacongo, Makélékélé, PotoPoto, Mfilou etc..) ainsi que leurs régions respectives. Enfin, il faut que Sassou Nguesso reconnaisse une vérité, celle ci établit le faiJ qu'aucun Président Kongo n'a franchi la Tsiémé pour aller, jusque dans la Cuvette, incendier des villages mbochis, tékés ou kouyous, y massacrer les habitants. Lui Sassou Nguesso, est allé dans le Sud du Kongo, dans le Pool, brûler les villages, les forêts, massacrer les villageois, par tous les moyens: les chars, les migs, les mines antipersonnelles etc...

Pro Jean-Pierre MAKOUTA-MBOUKOU

1 Les Bakongo! Qu'ont les extermine. Ce ne sont pas des hommes. pourquoi est-ce toujours eux qu'on voit? - 7 -

Politique

Lettre à Monsieur le Président de la République Française
Monsieur le Président, ous n'êtes pas sans savoir que Monsieur Sassou Nguesso qui a pris le pouvoir dans le sang, à Brazzaville, est en train de se livrer à une épuration ethnique éhontée dans le sud du Congo, et singulièrement dans la région du Pool. Tout le monde est

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convaincu, Monsieur le Président, que c'est avec votre
accord que la tragédie congolaise s'est nouée. Vous auriez formellement incité les Africains à la violence, au terrorisme et à la dictature en déclarant les mots suivants, effrayants dans leur nature, que la démocratie était un luxe pour les Africains, là où François Mitterand avait dit qu'il subordonnait l'aide aux Africains à l'adoption des principes démocratiques. Même si François Mitterand ne faisait qu'appâter les Nègres~il y avait là un garde-fou. Mais vous avez indiqué clairement que la dictature était le principe politique le plus sûr pour les Africains. De plus vous avez joint le geste à la théorie, ce que vous avez reconnu vous-même, en déclarant que c'est vous qui avez choisi Sassou Nguesso, un militaire en congé pour convenance personnelle, en en faisant un rebelle pour -9-

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chasser, par le sang, Pascal Lissouba, le dictateur que les démocrates avaient décidé de chasser par les urnes, dès le 27 juillet 1997. Vous avez complété ce geste par un plan plus grave, que vous confessez aussi,. .,celui d'avoir donné l'ordre à monsieur Dos Santos, Président angolais, de prêter sa violence et son terrorisme à Denis Sassou Nguesso. Mais, la guerre terminée, le 14 octobre 1997, Sassou Nguesso annonce et ordonne un massacre et des pillages de huit jours destinés aux quartiers Sud de Brazzaville et à la région du Pool. Monsieur le Président, Sassou Nguesso vous a tendu un piège dans lequel vous êtes tombé. Sassou Nguesso voulait depuis longtemps régler leur compte aux régions du Sud du Congo, et principalement à la région du Pool, trop riche à son goût, pourvue de trop de cadres, d'où sont sortis les deux premiers présidents de la République, région appelée par Pascal Lissouba, « Locomotive du Congo». Mais, les huit jours de massacres et de pillages se sont transformés, depuis plus d'un an en une opération d'épuration et de nettoyage ethnique, méthodiquement menée et attestée par des témoins innombrables. Voilà les faits. Mais, ce qui étonne aussi bien les Africains que les Français, c'est Monsieur le Président, votre silence entretenu de sang froid devant des événements aussi graves survenus d<\l1s une zone d'influence et d'obédience françaises, et dans lesquels de plus, vous êtes impliqué en votre qualité de Président de la République. Votre silence semble avoir été imité par le Parlement et le Gouvernement Français. Par ailleurs, devons-nous induire que vous auriez opposé le veto français à la résolution numéro 867 du Conseil de Sécurité tendant à demander à - 10-

Politique

tous les étrangers engagés dans la guerre au Congo de se retirer de ce pays? Cela pourrait expliquer également le silence des Nations Unies et du Parlement européen à l'égard de la tragédie du Congo. Si c'est le cas, que gagnez-vous, Monsieur le Président, à faire périr un tout petit pays d'une insignifiance inqualifiable vis-à-vis de la France, et qui ne vaut sans doute que par un pétrole que vous avez commencé à vous approprier depuis longtemps déjà, sans verser le sang des Congolais? S'il ne dépendait que de nous, nous serions en mesure de dire, nos amis démocrates et nous: « Prenez le pétrole congolais et laisser vivre les hommes! ». Aujourd'hui, le monde se tait! se taira-t-il toujours quand vous ne serez plus Président de la République? Et même aujourd'hui le Congo qui accuse ouvertement de génocide Sas sou Nguesso, et qui vous accuse de l'y avoir poussé, se laissera-t-il convaincre par la loi qui vous protège dans l'exercice de vos fonctions? Monsieur le Président, tout le monde est convaincu aujourd'hui qu'il suffit d'un seul mot de votre part, surtout imité par le Parlement et le Gouvernement français, pour que l'ardeur sanguinaire de Sa~sou Nguesso s'arrête. Car, votre silence lui apparaît comme un gage d'impunité, une approbation de ses crimes, et un sauf-conduit vers plus de crimes qu'il perpétue à cœur joie. Monsieur le Président, veuillez tourner votre regard vers les démocrates dont Bernard Kolelas à qui vous avez refusé même un visa de transit ,au profit d'un criminel: Sas sou Nguesso. Ne méprisez pas les prises de position courageuses des francs-maçons et du député des Verts Noël Mamère ! Il ne sont pas fous. La France ne peut pas, ne doit - 11 -

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pas s'imaginer que Sassouest éternel, et qu'elle pourra toujours continuer à puiser sans règlements internationaux dans les puits congolais. Vous-même vous n'êtes pas non plus éternel, à la tête de la France. Mais de grâce ne quittez pas la France en laissant sur sa tête la haine implacable du Congo. On sait que le Congo est un petit pays que la France peut avaler définitivement à cause de son pétrole. Mais connaît -on les pays qui pourraient demain, l'aider à chasser les dictateurs que la France prépare pour la succession de Sassou Nguesso? Monsieur le Président de la république, cette lettre exprime de notre part un profond désir de vous voir vous dédouaner. C'est en tous cas le très grand désir des Français désireux de paix que nous sommes et que nous serons toujours. Nous osons espérer que vous ferez cesser la mort, même secrètement. Nous savons que même le Pape attend de vous ce geste salutaire. N'oubliez pas que vous êtes grand, un grand capable ~e vous dépasser. Vous avez tout à y gagner. Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de notre très haute considération. Denis PR YEN Professeur J.-P. MAKOUTA-MBOUKOU
Vice-Président du Collectif d'Intellectuels Congolais originaires du Pool, Congo-Brazzaville (C.LC.O.P.) Ancien Député du Congo, Ancien Vice-Président du Sénat

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Politique

POUR COMPRENDRE LA CRISE DU CONGO-BRAZZAVILLE.
Apolinaire NGOLONGOLQ~~,

1- INTRODUCTION
epuis l'écroulement, en J 989, de l'ordre mondial imposé au moyen des armes nucléaires par les deux « superpuissances », Etats-Unis et Union Soviétique, le monde entier espérait l'arrivée d'un nouvel ordre de paix, de justice et de sécurité. Or, tous ces vœux se sont envolés, en substituant à la place un nouveau désordre mondial illustré par des guerres civiles, des revendications ethniques, religieuses ou nationalistes. Le Congo-Brazzaville qui menait résolument, depuis 1964, une politique pro-bloc de l'Est, a subi sporadiquement dès 1990-1991 les conséquences de ce chambardement, lié à la naissance de ce nouveau paysage géopolitique. Durant la Conférence";~!ltionale Souveraine de 1991 qui devait faire table rase du passé et instaurer les normes d'un Etat de droit, les anciens et les nouveaux dirigeants politiques qui ont alternativement géré durant au moins trois
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Journaliste-Ecrivain

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