Où en est la Nouvelle Zélande ?

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Publié le : samedi 1 janvier 1994
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EAN13 : 9782296367517
Nombre de pages : 96
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OU EN EST LA NOUVELLE-ZÉLANDE?

Publication assurée par une équipe de rédaction composée de membres de l'Association: P. de DECKIŒR, S. ROUBAUD, A. SENTILHES, P. SENTILHES, R. VIVES

OU EN EST LA NOUVELLE-ZÉLANDE?
Colloque organisé par l'Association France- Nouvelle-Zélande

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Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1986 ISBN: 2-85802-682-3

La publication de ces actes a été rendue possible grâce à l'aide financière de la banque Indosuez que nous remercions très vivement.

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AVANT-PROPOS
Emmanuel LE Roy LADURIE Professeur au Collège de France

Ma connaissance des faits néo-zélandais est évidemment superficielle, et pourtant, compte tenu du faible niveau de savoir qui caractérise le «Français moyen» relativement à ce pays, je ne m'estime pas particulièremnt handicapé. J'ai en effet passé deux mois en 1981 en Nouvelle-Zélande comme «French national fellow». De ce fait, j'ai visité toutes les universités et toutes les ville importantes du pays, en accordant à chacune d'elles beaucoup d'attention. Par la force des choses, mes compatriotes ne sont pas si nombreux, qui pourraient se targuer d'une telle «expertise». Cette fort modeste compétence justifie-t-elle l'honneur qui me fut imparti de rédiger la préface qu'on va lire... Le présent recueil est d'abord géographique et historique, disons géo-historique. La Nouvelle-Zélande humainement est née pendant notre Moyen Age, de l'arrivée des Maoris, cultivateurs de patates et amateurs de jade. Elle a pris un second départ, et considérable, avec l'intervention des Hollandais et surtout des Anglais ou des Australiens à l'âge moderne. L'histoire de cette nouvelle nation connaît depuis le ~ siècle quelques points forts: guerre de plusieurs années entre les Britanniques et les Maoris, conclue ensuite par une paix durable; orientation de l'économie vers l'exportation des viandes, laines, beurres, fromages à destination surtout

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de l'Angleterre, en raison des possibilités qu'offrait la révolution frigorifique; participation meurtrière aux deux guerres mondiales; chute, puis essor spectaculaire des populations Maoris et plus généralement Polynésiennes, sous l'impact de l'immigration; crise économique consécutive, notamment, à l'entrée de la GrandeBretagne dans le Marché Commun; conflits avec la France, et aussi avec les Etats-Unis et même l'Angleterre, à propos de la politique nucléaire. Sur ce point, les positions en présence ont du mal, c'est le moins qu'on puisse dire, à se rapprocher. La France n'imaginerait pas d'intervenir en matière de politique atomique sur ce qui se passe de l'autre côté de l'Atlantique, à Cuba, aux Bermudes ou à Three Mile Island. Les grands Etats du Pacifique Sud proposent par contre une vision globale de l'Océan dont ils sont riverains; qu'il s'agisse de son versant ouest ou de sa portion orientale. Cette vaste conception leur inspire une stratégie d'ensemble; elle est à l'origine des présentes contradictions. En outre, la Nouvelle-Zélande et jusqu'à un certain point l'Australie s'inspirent de considérations macro-régionales (le Pacifique, encore lui) et non pas globales ou mondiales (le «danger» soviétique). On ne peut que constater ces différences entre les perspectives étatiques dont s'inspirent nos différents pays. En outre, les changements gouvernementaux et même syndicaux en Nouvelle-Zélande n'ont pu qu'accentuer les tendances que je m'efforce ainsi de décrire. S'agissant de problèmes ethniques, peut-on considérer la Nouvelle-Zélande comme une société multiraciale réussie? Pour le moment, il ne fait pas de doute que les querelles entre White Power et Brown Power n'y ont nullement atteint le degré d'incandescence auquel se situait la question noire en Amérique du Nord dans

les années 1960-1970. Mais la démographie

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non-

blanche») risque de devenir une force extraordinaire de déstabilisation... D'un autre côté, le reflux actuel d'un certain radicalisme (dans la culture anglophone et plus généralement occidentale) favorise sans doute, parmi les 8

deux îles qui nous occupent, la coexistence pacifique entre ethnies diverses. On lira enfin avec beaucoup d'intérêt la savante contribution de l'Ambassadeur Mc Arthur, grand ami de la France, sur les dossiers agricoles. La décadence (partielle) des exportations néo-zélandaises a fait rétrograder le standard de vie de cette nation « bi-insulaire», par comparaison avec d'autres Etats jadis plus pauvres, aujourd'hui plus riches. On s'explique ainsi certaines frustrations: elles s'expriment par ailleurs au plan politique et diplomatique; elles ravivent même in partibus, sous des formes bien différentes, l'antique querelle qui opposa jadis les missionnaires protestants (anglo-saxons) et les missionnaires catholiques (francophones) dans le Pacifique Sud au cours d'un lointain XIX" siècle. Pritchard et Dupetit-Thouars continuent à échanger des taloches! Les amis et plus précisément les admirateurs enthousiastes de la Nouvelle-Zélande, au nombre desquels je me range, ont à cœur de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour atténuer ces frustrations et surtout ces conflits d'un autre âge. Mais n'y a-t-il pas dorénavant ce qu'on appelle en jargon diplomatique un préalable? Quel que soit le tort des uns et des autres (et parmi ceux-ci ou ceux-là je range bien entendu les responsables français des années 1981-1985), il serait souhaitable que soient libérés les deux prisonniers d'Etat dont l'actuelle détention, très loin des frontières françaises, empoisonne bien évidemment les relations entre nos deux pays. En l'occurrence, un tel souhait, purement humanitaire, servira de conclusion pertinente à ce bref avant-propos...

Emmanuel LE Roy LADURIE Mai 1986

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